‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 21 sur 183 · CAR · texte numérisé non relu

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dam la vie du czar Pierre 1". , que, lorsqu'il voulut condamner son 01s à la mort, il fit venir d'Espagne les actes du procès de don Carlos; mais ni ces actes, ni la condamnation de ce prince n'existent. On ne connaît pas plus son crime que son genre de mort. Il n'est ni prouvé, ni vraisemblable que son père l'ait fait condamner par l'inquisition. Tout ce qu'on sait, c'est qu'en i568 son père vint l'arrêter luimême dans sa chambre , et qu'il écrivit à l'impératrice, sa sœur, « qu'il n'avait jamais découvert dans le prince , son (ils , aucun vice capital , ni aucun crime déshonorant, et qu'il l'avait fait enfermer pour son bien et pour celui du royaume. • 11 écrivit en môme temps au pape Pie v tout le contraire : il lui dit , dans sa lettre du 20 janvier i568, que, dès sa plus tendre jeunesse, la force d'un naturel vicieux a étouffé dans don Carlos toutes les instructions paternelles. «Après ces lettres, par lesquelles Philippe rend compte de l'emprisonnement de son fils, on n'en voit point par lesquelles il se justifie de sa mort ; et cela seul, joint aux bruits qui coururent dans l'Europe, peut faire croire qu'en effet Philippe fut coupable d'un parricide. Son silence, au milieu des rumeurs publiques, justifiait encore ceux qui prétendaient que la cause de cette horrible aventure fut l'amour de don Carlos pour Elisabeth de France, sa bellemère , et l'inclinalion de cette reine pour ce jeune prince. Rien n'était plus vraisemblable : Elisabeth avait été élevée dans une cour galante et voluptueuse ; Philippe ii était plongé dans les intrigues des femmes ; la galanterie était l'essence d'un Espagnol. De tous côtés était l'exemple de l'infidélité. 11 était naturel que don Carlos et Elisabeth, à peu près du même âge, eussent de l'amour l'un pour l'autre. La mort précipitée de la reine, Qui suivit de près celle du prince , confirma ces soupçons.

Toute l'Europe crut que Philippe avait immolé sa femme et son fils à sa jalousie ; et on le crut d'autant plus que , quelque temps après , ce même esprit de jalousie lu porta à vouloir faire périr par la main du bourreau le fameux Antoine Pérès, son rival auprès de la princesse d'Eboli. Ce «ont là les accusations qu'on a vues intentées contre lui, par le prince d'Orange, au tribunal du public. 11 est bien étrange que Philippe n'y fit pas au moins répondre par les plumes vénales de son royaume,

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et que personne dans l'Europe ne réfutât le prince d'Orange. Ce ne sont pas là des convictions entières, mais ce *out les présomptions les plus fortes ; et l'histoire ne doit pas négliger de les rapporter comme telles , le jugement de la postérité étant le seul rempart qu'on ait contre la tyrannie heureuse. {Histoire générale.)

CEVENISES ( Massacres des ). — Voyez Vassi.

CHARLES vi, roi de France. — ©«viKmr rou et manque d'etee ebdlss ( i" février i5q5). — Il avait vengé en personne le comte de Flandres, son vassal, des Flamands rebelles, toujours soutenus par l'Angleterre. 11 profita des troubles où cette île était plongée sous Richard n. On équipa même plus de doute cents vaisseaux pour faire une descente. Ce nombre ne doit pas paraître incroyable; saint Louis en eut davantage : il est vrai que ce n'était que des vaisseaux de transport; mais la facilité avec laquelle on prépara cette flotte, montre qu'il y avait alors plus de bois de construction qu'aujourd'hui, et qu'on n'était pas sans industrie. La jalousie , qui divisait les oncles du roi, empêcha que la flotte ne fut employée. Elle ne servit qu'à faire voir quelle ressource aurait eue la France sous un bon gouvernement , puisque , malgré les trésors que le duc d'Anjou avait emportes pour sa malheureuse expédition de Naples, on pouvait faire de si granies entreprises.

Enfin on respirait, lorsque le roi , allant en Bretagne faire la guerre au duc, dont il avait à se plaindre, fut attaqué d'une frénésie horrible. Cette maladie commença par desassoupissemens, suivis d'aliénation d'esprit, et enfin d'accès de fureur. 11 tua quatre hommes dans son premier accès, continua de frapper tout ce qui était autour de lui , jusqu à ce que , épuisé de ces mouvemens convulsiis, il tomba dans uue léthargie profonde.

Je ne m'étonne point que toute la France le crut empoisonné et ensorcelé.

Nous avons été témoins dans notre siècle, tout éclairé qu'il est, de préjugés populaires aussi injustes. Son frère, le duc d'Orléans, avait épousé Valeotinc de Milan. On accuse Valcntine de cet accident. Ce qui prouve seulement que les Français, alors fort grossiers % pensaient que les Italiens en savaient plus qu'eux.

Le soupçon redoubla quelque temps après, dans une aventure digne de la ros-

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licite de ce temps. On fit à la cour une mascarade dana laquelle le roi, déguisé en satyre, traînait quatre autres satyres enchaînés. Ils étaient vêtus d'une toile enduite de poix résine , à laquelle on avait attache des étoupes. Le duc d'Orléans eut le malheur (Rapprocher un flambeau d'un de ces habits, qui en furent enflammés en un moment. Les quatre seigneurs furent brûlés, et à peine put-on sauver la vie au roi par la présence d'esprit de sa tante , la duchesse de Berri , qui l'enveloppa dans son manteau. Cet accident hâta une de ses rechutes. On eût pu le guérir peut-être par des saignées , par des bains et par du régime ; mais on fit venir un magicien de Montpellier. Le magicien vint. Le roi avait quelques relâches, qu'on ne manqua pas d attribuer au pouvoir de la magie. Les fréquentes rechutes fortifièrent bientôt le mal, qui devint incurable. Pour comble de malheur, le roi reprenait quelquefois sa raison. S'il eût été malade sans retour, on aurait pu pourvoir au gouvernement du royaume. Le peu de raison qui resta an roi fut plus fatal que ces accès. On n'assembla point les états, on ne régla rien ; le roi restait roi , et confiait son autorité méprisée et sa tutelle , tantôt à son frère, tantôt à ses oncles , le duc de Bourgogne et le duc de Berri. C'était un surcroît d'infortune pour l'état, que ces princes eussent de puissans apanages. Paris devint nécessairement le théâtre d'une guerre civile, tantôt sourde, tantôt déclarée.

Tout était faction ; tout, jusqu'à l'université , se mêlait du gouvernement.

(H isioire général*.)

CHARLES' IX , roi de France. — sa uobt (3oMai i574). — Il fut toujours malade depuis la Saint-Barthélemi , et mourut environ deux ans après , le 3o mai 1574, tout baigné dans son sang , qui lui sortait par les pores.

Henri ivfut témoin de la mort de Charles ix. Ce prince , dont il avait reçu tant d'outrages, le fit appeler peu d ncurcs avant de mourir : il lui recommanda sa femme et sa fille, comme à l'héritier naturel de la couronne , et à un prince dont il connaissait la grandeur d'âme et la bonne

foi. IU'avertit ensuite de se défierde

(mais il prononça ce nom et quelques paroles qui suivirent , de manière à n'être pas entendu de ceux qui étaient dans la chambre. ) « Monsieur , il ne faut pas dire cela , dit la reine-mère qui était présente.

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Pourquoi ne pas le dire? répondit Charles ix ; cela est vrai. • Il est vraisemblable que c'est de Henri m qu'il parlait. Il connaissait tous ses vices, et l'avait pris en horreur depuis qu'il l'avait vu retarder son départ pour la Pologne , dans l'espérance de sa mort prochaine.

(Notes de ia Hcnriade.) CHARLES XII , roi de Suède. —

PHKMtER PAIT d'à BU ES DB CB COICQUBBAUT

(8 mai 1700. ) — 11 était à la chasse aux ours , quant il reçut la nouvelle de l'irruption des Saxons en Livonie : il fesait cette chasse d'une manière aussi nouvelle que dangereuse ; on n'avait d'autres armes que des bâtons fourchus derrière un filet tendu à des arbres ; un ours d'une grandeur démesurée vint droit au roi , qui le terrassa après une longue lutte à Paidc du filet et de son bâton. Il faut avouer qu'en considérant de telles aventures , la force prodigieuse du roi Auguste et les voyages du czar, on croirait être au temps des Hercule et des Tliésée.

Il partit pour sa première campagne le 8 mai (nouveau stile) de l'année 1700. Il quitta Stockholm, où il ne revint jamais. Une fuule innombrable de peuple l'àccompagna jusqu'au port de Carclocroon , en fesant des vœux pour lui , en versant des larmes , et en l'admirant.

Avant de sortir de Suède, il établit à Stockholm un conseil de défense composé de plusieurs sénateurs. Cette commission devait prendre soin de tout ce qui regardait la flotte, les troupes et les fortifications du pays. Le corps du sénat devait régler tout le reste provisionnellement dans l'intérieur du royaume. Avant ainsi mis un ordre certain dans ses états , son esprit, libre de tout autre soin, ne s'occupa plus que de la guerre. Sa flotte était composée de quarante •trois vaisseaux : celui qu'il monta , nommé le Roi Charte*, le plus grand <ju'on ait jamais vu , était de cent vingt pièces de canon ; le comte de Piper, son premier ministre, et le général Renschild s'y embarquèrent avec lui. Il joignit les escadres des alliés. La flotte danoise évita le combat, et laissa la liberté aux trois flottes combinées de s'approcher assez près de Copenhague pour y jeter quelques bombes.

Il est certain que ce fut le roi lui-même ui proposa alors au général Renschild e faire une descende , et d'assiéger Copenhague par terre , tandis qu'elle serait bloquée par mer. Renschild fut étonné

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d'une proposition qui marquait autant, d'habileté que de courage dans un jeune prince sans expérience. Bientôt tout fut prêt pour la descente ; le* ordres furent donnés pour faire embarquer cinq mille hommes, qui étaient sur les côtes de Suède , et qui furent joints aux troupes qu'on avais- à bord. Le roi quitta son grand vaisseau, et moota nue frégate plus légère : on commença par faire partir trois cents grenadiers dans de petites chaloupes. Entre ces chaloupes , de petits bateaux plats portaient des fascines, des chevaux de frise et les instrumens des pionniers ; cinq cents hommes d'élite suivaient dans d'autres chaloupes : après venaient les vaisseaux de guerre du roi , avec deux frégates anglaises et deux hollandaises, qui devaient favoriser la descente à coups de canon.

Copenhague , capitale du Danemarck , est située dans Pile de Zéelande, au milieu d'une belle plaine , ayant au nordouest le Sund , et à l'orient la mer Baltique, où était alors le roi de Suède. Au mouvement imprévu des vaisseaux qui menaçaient d'une descente , les habilans consternés par l'inaction de leur flotte, et par le mouvement des vaisseaux suédois , regardaient alors , avec crainte , en quel endroit fondrait l'orage : la flotte de Charles s'arrêta vis-à-vis Humblebck, àSept milles de Copenhague. Aussitôt les Danois rassemblent en cet endroit leur cavalerie. Des milices furent placées derrière d'épais retranchemens , et l'artillerie qu'on put y conduire l'ut tournée contre les Suédois.

Le roi quitta alors sa frégate pour s'aller mettre dans la première chaloupe , à la tète de ses gardes. L'ambassadeur de France était alors auprès de lui. «Monsieur l'ambassadeur, lui dit-il en latin (car il ne voulait jamais parler français ) , vous n'avez rien à démêler avec les Danois : vous n'irez pas plus loin , s'il vous plaît. • — « Sire , lui répondit le comte de Guiscard, en français, le roi mon maître m'a ordonné de résider auprès de votre majesté; je me flatte que vous ne me chasserez pas aujourd'hui de votre cour, qui n'a jamais été si brillante. » En disant ces paroles , il donna la main au roi , qui sauta dans la chaloupe , où le comte de Piper et l'ambassadeur entrèrent. On s'avançait sous les coups de canon des vaisseaux qui favorisaient la descente. Les bateaux de débarquement n'étaient encore

qu'à trois cents pas du rivage. Cbau.» xii , impatient de ne pas aborder assez près , ni assez Jôt , se jette de sa chaloupe dans la mer, l'épée à la main , ayant de l'eau par-delà la ceinture : ses ministres , l'ambassadeur de France, les officiers, les ■ soldats suivent aussitôt son exemple, et marchent au rivage, malgré une grêle de mousquetades. Le roi, qui n'avait jamais entendu de sa vie de mousquet erie chargée à balle , demanda au major général Stuart , qui se trouva auprès de lui , ce que c'était que ce petit sifflement qu'il entendait à ses oreilles.* C'est le bruit que font les balles de fusil qu'on vous tire • , lui dit le major. « Bon , dit le roi , ce sera là dorénavant ma musique. ■ Dans le même moment le major, qui expliquait le bruit des mousquetades, en reçut une dans l'épaule ; et un lieutenant tomba mort à l'autre côté du roi. N

11 est ordinaire à des troupes attaquées dans leurs retranchemens, d'être battues , parce que ceux qui attaquent ont toujours une impétuosité que ne peuvent avoir ceux qui se défendent, et qu'attendre les ennemis dans sis lignes, c'est souvent un aveu de sa faiblesse et de leur supériorité. La cavalerie danoise - et les milices s'enfuirent après une faible résistance. Le roi, maître de leurs retranchemens , se jeta à genoux pour remercier Dieu du premier succès ae ses armes. 11 fit sur-le-champ élever des redoutes vers la ville , et marqua lui-même un campement. En même temps il renvova ses vaisseaux en Scanie , partie de la 3uède, voisine de Copenhague, pour chercher neuf mille hommes de renfort. Tout conspirait à servir la vivacité de Charles. Les neuf mille hommes étaient sur le rivage prêts à s'embarquer, et dès le lendemain matin un vent favorable les lui amena.

Tout cela s'était fait à la vue de la flotte danoise , qui n'avait osé s'avancer. Copenhague intimidée envoya aussitôt des députés au roi , pour le supplier de ne point bombarber la ville. 11 les reçut à cheval , à la tête de son régiment des gardes : les députés se mirent à genoux devant lui ; il nt payer, à la ville quatre cent mille risdales , avec ordre de faire voiturer au camp toutes sortes de provisions, qu'il promit de faire payer fidèlement. On lui apporta des vivres, parce qu'il fallait obéir ; mais on ne s'attendait guère que des vainqueurs daignassent payer ; ceux qui les apportèrent furent bien étonnés

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d'être payés généreusement et sans délai parles moindres soldats «de l'armée. Il régnait depuis long-temps dans les troupes suédoises une discipline qui n'avait pas peu contribué à leurs victoires : le jeune roi en augmenta encore la sévérité. Un soldat n'eût pas osé refuser le paiement de ce qu'il achetait ; encore moins d'aller en maraude, pas même de sortir du camp. Il voulut de plus que, dans une victoire, ses troupes ne dépouillassent les morts qu'après en avoir eu la permission ; et it parvint aisément à (aire observer cette loi. On fesait toujours dans son camp la

Srière deux fois par jour, à sept heures u matin , et à quatre heures du soir : il ne manqua jamais d'y assister, et de donner à ses soldats l'exemple de la piété , q ui Tait toujours impression sur les hommes quand ils n'y soupçonnent pas de l'hypocrisie. Son camp , mieux policé que Copenhague, eut tout en abondance; les paysans aimaient mieux vendre leurs denrées aux Suédois, leurs ennemis, qu'aux Danois qui ne les payaient pas si bien. Les bourgeois de la ville furent même obligés de venir plus d'une fois chercher , au camp du roi de Suède , des provisions qui manquaient dans leurs marchés. (Histoire de Charles xu.)

CHARLES XII , roi de Suède. — soi* combat a brkdbr (12 février i7i3J. — Si l'on en croit un ministre pnblic, homme sage et clairvoyant, qui résidait alors à Constantinople , le jeune Coumourgi roulait déjà dans sa tète d'autres desseins que de disputer des déserts au czar de Moscovie , dans une guerre douteuse ; il projetait d'enlever aux Vénitiens le Péloponèse, nommé aujourd'hui la Morée, et de se rendre maître de la Hongrie.

Il n'attendait, pour exécuter ses grands desseins, que l'emploi de premier visir, dont sa jeunesse l'écartait encore. Dans cette idée, il avait plus besoin d'être l'ami que l'ennemi du czar; son intérêt ni sa volonté n'étaient pas de garder longtemps le roi de Suède , encore moins d'armer la Turquie en sa faveur. Le sultan ■e voulait point commettre son honneur et celui de l'empire ottoman, en exposant le roi à être pris sur la route par ses ennemis. Il fut stipulé qu'il partirait, mais que les ambassadeurs de Pologne et de Moscovie répondraient de la sûreté de sa personne. Ces ambassadeurs jurèrent, au nom de leurs maîtres, que ni le crar, ni le roi Auguste, ne troubleraient

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son passage ; et que Charles , de son côté , ne tenterait d'exciter aucun mouvement en Pologne. Le divan ayant ainsi réglé la destinée de Charles, Ismaël, sérasquier de Bender, se transporta à Varnitza , où le roi était logé , et vint lui rendre compte des résolutions de la Porte , en lui insinuant adroitement qu'il n'y avait plus à différer, et qu'il fallait partir.

Charles, indigné de se voir en quelque jSOrte chassé des terres du grand-seigneur, se détermina à ne point partir du tout.

Il pouvait demander à s'en retourner par les terres d'Allemagne , ou s'embarquer sur la mer Noire, pour se rendre à Marseille par la Méditerranée ; mais il aima mieux ne demander rien , et atten* dre les événemens.

Le mufti déclara que l'hospitalité n'est point de commande aux musulmans envers les infidèles > encore moins envers les ingrats ; et il donna son fetfa , espèce de mandement qui accompagne presque toujours les ordres importans du grand-seigneur. Ces fetfas sont révérés comme des oracles , quoique ceux dont ils émanent soient des esclaves du sultan comme les autres.

L'ordre et le fetfa furent portés à Bender par le bouyouk imraour, grand-maître des écuries, et un chiaoux-bacha , premier huissier. Le bâcha de Bender reçut l'ordre chez le kan des Tartares, aussitôt il alla à Varnitza demander si le roi voulait partir comme ami , ou le réduire à exécuter les ordres du sultan.

Charles xu menacé n'était pas maître de sa colère : « Obéis à ton maître , si tu l'oses, lui dit-il, et sors de ma présence.* Le bâcha indigné, s'en retourna au grand galop, contre l'usage ordinaire des Turcs : en s'en retournant il rencontra Fabrice, et lui cria toujours en courant : «Le roi ne veut point écouter la raison , tu vas voir des choses bien étranges. » Le jour même il retrancha les vivres au roi, et lui ôta sa garde de janissaires. 11 fit dire aux Polonais et aux Cosaques qui étaient à Varnitza, que, s'ils voulaient avoir des vivres , il fallait quitter le camp du roi de Suède, et venir se mettre dans la ville de Bender sous la

Î>rotection de la Porte. Tous obéirent , et aissèrent le roi réduit aux officiers de sa maison et à trois cents soldats suédois contre vingt mille Tartares et six mille Turcs.

Il n'y avait plus de provision» dans le camp , pour les hommes ni pour les che-

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vaux. Le roi ordonna qu'on tuât hors du camp , à coups de iusil , cinq de ces beaux chevaux arabes que le grand-seigneur lui avait envoyés , en disant : «Je ne veux ni de leurs* provisions ni de leurs chevaux.» Ce fut un régal pour les troupes tartares , q ui , comme on sait , trouvent la chair de cheval délicieuse. Cependant les Turcs et les Tartares investirent de tous côté* le petit camp du roi.

Ce prince , sans s'étonner, fit faire des retranchemens réguliers par ses trois cents Suédois : il y travailla lui-même; son chancelier, son trésorier, ses secrétaires , ies valets de chambre , tous ses domestiques , aidaient à l'ouvrage. Les uns barricadaient les fenêtres , les autres enfonçaient des solives derrière les portes, en forme d'arcs-boutans.

Quand on eut bien barricadé la maison , et que le roi eut fait le tour de ses prétendus retranchemens , il se mit à

Jouer aux échecs tranquillement avec son àvori Grothusen , comme si tout eût été dans une sécurité profonde. Heureusement Fabrice, l'envoyé de Holstein, ne s'était point logé à Varnitza , mais dans un petit village entre Varnitza et Betider, où demeurait aussi M. JefiTrcys, envoyé d'Angleterre auprès du roi de Suède. Ces deux ministres, voyant l'orage prêt à éclater, prirent sur eux de se rendre médiateurs entre les Turcs et le roi. Le kan, et surtout le bâcha de Bender, qui n'a» vaient nulle envie de faire violence à ce monarque , reçurent avec empressement les offres de ces deux ministres : ils eurent ensemble à Bender deux conférences, où assistèrent cet huissier du seraiî et le grand-maître des écuries, qui avaient apporté l'ordre du sultan et le fetfa du mufti.

M. Fabrice leur avoua que sa majesté suédoise avait de justes raisons de croire qu'on voulait le livrer à ses ennemis en Pologne. Le kan, le hacha et les autres, jurèrent sur leurs tètes, prirent Dieu à témoin , qu'ils détestaient une si horrible perfidie , qu'ils verseraient tout leur sang plutôt que de souffrir qu'on manquât seulement de respect au roi en Pologne ; ils dirent qu'ils avaient entre leurs mains les ambassadeurs russes et polonais, dont la vie leur répondait du moindre affront qu'on oserait faire au roi de Suède. Enfin, ils se plaignirent amèrement des soupçons outrageans que le roi concevait sur des personnes qui l'avaient si bien

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reçu et si bien traité. Quoique les sermens ne soient souvent que le langage de la perfidie , Fabrice se laissa persuader : il crut voir dans leurs protestations cet air de vérité que le mensonge n'imite jamais qu'imparfaitement. Il savait bien qu'il y avait eu une secrète correspondance entre le kan tartare et le roi Auguste; mais il demeura convaincu qu'il ne s'était agi dans leur négociation que de faire sortir Charles xn des terres du grandseigneur. Soit que Fabrice se trompât ou non , il les assura qu'il représenterait au roi l'injustice de ses défiances. ■ Mais prétendez-vous ie forcer partir?» aioutat -il . . Oui , dit le bâcha ; tel est l'ordre de notre maître. ». Alors il les pria encore une fois de bien considérer si cet ordre était de verser le sang d'une tête couronnée? • Oui, répliqua le kan en colère, si cette tète couronnée désobéit au grandseigneur dans son empire. •

Cependant, tout étant prêt pour l'assaut, la mort de Charles xu paraissait inévitable; et, l'ordre du sultan n'étant pas positivement de le tuer en cas de résistance , le bâcha engagea le kan à souffrir qu'on envoyât dans le moment un exprès à Andrinople, où était alors le grand-seigneur, pour avoir les derniers ordres de sa hautessc.

M. Jeffreys et M. Fabrice ayant obtenu ce peu de relâche, courent en avertir le roi. Ils arrivent avec l'empressement de gens qui apportaient une nouvelle heureuse; mais ils furent très-froidement reçus : il les appela médiateurs volontaires, persista à soutenir que l'ordre du sultan et le fetfa du ministre étaient forgés, puisqu'on venait d'envoyer demander de nouveaux ordres à la Porte.

Le ministre anglais se retira , bien résolu de ne plus se mêler des affaires d'un pnjnce si inflexible. M. Fabrice, aimé du roî; et plus accoutumé à son humeur que le ministre anglais , resta avec lui pour le conjurer de ne pas hasarder une vie si précieuse dans une occasion si inutile.

Le roi , pour toute réponse , lui fit voir ses retranchemens, et le pria d'employer sa médiation seulement pour lui faire avoir des vivres. On obtint aisément des Turcs de laisser passer des provisions dans le camp du roi , en attendant que le courrier fût revenu d'Andrinople. Le kan même avait défendu à ses Tartares , impatiens du pillage , de rien attenter contre les Suédois, jusqu'à nouvel ordre; de sorte

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