‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 23 sur 183 · CM A · texte numérisé non relu

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rouie dans uu chariot traîné par de forts chevaux. A quelques milles il rencontra, au point du jour, le roi de Suède qui , ne pouvant plus faire marcher sa monture, s'en allait de son pied, gagner la poste prochaine.

Il Tut forcé de se metlre sur le chariot de During ; il dormit sur de la paille. Ensuite ils continuèrent leur route, courant à cheval ie jour, et dormant sur une charclte la nuit, sans s'arrêter en aucun lieu.

fai novembre i"i4-] Après seize jours de course, non sans danger d'être arrêtés plus d'une fois , ils arrivèrent enfin aux portes de la ville de Stralsund , à une heure après minuit.

Le roi cria à la sentinelle qu'il était un courrier dépêché de Turquie par le roi de Suède , qu'il fallait qu'on le fit parler dans le moment au général Docker, gouverneur de la place. La sentinelle répondit qu'il était tard , que le gouverneur était couché, et qu'il fallait attendre le point du jour.

Le roi répliqua qu'il venait pour des affaires importantes, et leur déclara que, s'ils n'allaient pas réveiller le gouverneur sans délai , ils seraient tous punis le lendemain matin. Un sergent alla enfin réveiller le gouverneur. Ducker s'imagina que c'était peut-être un des généraux du roi de Suède : on fil ouvrir les portes ; on introduisit ce courrier dans >a chambre.

Ducker, à moitié endormi, lui demanda des nouvelles du roi de Suède; le roi le prenant par le bras : c Hé quoi! dit-il, Ducker, mes plus fidèles sujets m'ont-ils oublié? • Le général reconnut le roi : il ne pouvait croire ses

2 eux ; il se jette en bas du lit, embrasse es genoux de son maître en versant des larmes de joie. La nouvelle en fut répandue à l'instant dans la ville ; tout le monde se leva : les soldats vinrent entourer la maison du gouverneur. Les rues se remplirent des lia bilans qui se demandaient les uns aux autres : Est-il vrai que le roi est ici ? On fit des illuminations à toutes les fenêtres; le vin coula dans les rues, à la lumière de,millc flambeaux et au broil de l'artillerie.

Cependant on mena le roi au lit : il y avait seize jours qu'il ne s'était couché : il fallut couper ses bottes sur les jambes, qui s'étaient enflées par l'extrême fatigue, Il n'avait ni linge ni habits :

on lui fit une garde-robe eu hâte de ce

3u 'on put trouver de plus convenable ans la ville. Quand il eut dormi quelques heures , il ne se leva que pour aller faire la revue de ses troupes, et visiter les fortifications. Le jour même il envoya partout ses ordres pour recommencer une guerre plus vive que jamais contre tous ses ennemis. Au reste toutes ces particularités , si conformes au caractère extraordinaire de Charles xu , m'ont été confirmées par le comte de Croissy, ambassadeur auprès de ce prince, après m'avoir été apprises par M . Fabrice. (Histoire de Chartes XII.)

CHARLES XII, roi de Suède. — sa moht (n décembre 1718. ) — A l'embouchure du fleuve Tistendall, près de la manche de Danemarck, entre les villes de Uahus et d'Anslo, est située Frederichshall, place forte et importante qu'on regardait comme la clef du royaume.

Charles en forma le siège au mois de décembre. Le soldat, transi de froid, pouvait à peine remuer la terre endurcie sous la glace; c'était ouvrir la tranchée dans une espèce de roc : mais les Suédois ne pouvaient se rebuter en voyant à leur tête uu roi qui partageait leurs fatigues. Jamais Charles n'en essuya de plus grandes. Sa constitution, éprouvée par dixhuit ans de travaux pénibles, s'était fortifiée au point qu'il dormait en plein champ en Norwégc, au cœur de l'hiver, sur de la paille ou sur une planche, enveloppé seulement d'un manteau, sans que sa santé en fût altérée. Plusieurs de ses soldats tombaient morts de froid dans leurs postes ; et les autres , presque gelés, voyant leur roi qui souffrait comme eux, n'osaient proférer une plainte. Ce fut quelque temps avant cette expédition , qu'ayant entendu parler en Scanie d'une femme , nommée Jobns Dolter , qui avait vécu plusieurs mois sans prendre d'autre nourriture que de l'eau, lui , qui s'était étudié toute sa vie à supporter les plus extrêmes rigueurs que la nature humaine peut soutenir , voulut essayer encore combien de temps il pourrait suppoi ter la faim sans en être abattu. 11 passa cinq jours entiers sans mariger ni boire; le sixième au matin il courut deux lieues à cheval , et descendit chez le prince de Hesse, son beau-frère, où il mangea beaucoup, sans que ni une abstinence de cinq jours l'eût abattu, ni qu'un grand repas à la suite d'un si long jeûne l'incommodât.

Avec ce corps de fer gouverné par une âme si hardie et si inébranlable, dans quelque état qu'il pût être réduit, il n'avait point de voisin auquel il ne fût redoutable.

[1718] Le 1 1 décembre , jour de Saint - André , il alla sur les neuf heures dn soir visiter la tranchée ; et , ne trouvant pas la parallèle assez avancée à son gré , il parut très mécontent. M. Megret, ingénieur français oui conduisait le siège, Tassura que la place serait prise dans huit jours : « Nous verrons , dit le roi ; et il continua de visiter les ouvrages avec Tingénieur. Il s'arrêta dans un endroit où le boyau fesait un angle avec là parallèle; il se mit à genoux sur le talus intérieur; et, appuyant ses coudes sur le parapet, il resta quelque temps à considérer les travailleurs qui continuaient les tranchées à la lueur des étoiles.

Les moindres circonstances deviennent essentielles , quand il s'agit de la mort d'un homme tel que Charles su; ainsi je dois avertir que toute la conversation que tant d'écrivains oat rapportée entre le roi et l'ingénieur Megret, est absolument fausse. Voici ce que je sais de véritable sur cet événement.

Le roi était exposé près qu'à de m i-cotps à une batterie de canon , pointée vis-àvis l'angle où U était : il n'y avait alors auprès de sa personne que deux Français; l'un était M. Siquier, son aide-decamp, homme de tête et d'exécution, qui s'était mis à son service en Turquie, et qui était particulièrement attaché a*i prince de H esse ; l'autre était cet ingénieur. Le canon tirait sur eux à cartouche; mais le roi , qui se découvrait davantage, était le plus exposé. A quelques pas derrière était le comte Shwerin , qui commandait la tranchée. Le comte Posse, capitaine aux gardes, et un aide-de-camp, nommé Rulbert, recevaient des ordres de lui. Siquier et Megret virent dans ce moment le roi de Suède qui tombait sur le parapet en poussant un grand soupir; ils s'approchèrent : il était déjà mort. Une balle, pesant une demi-livre, l'avait atteint à la tempe droite , et avait fait un trou dans lequel on pouvait enfoncer trois doigts ; sa tête était renversée sur le

Îiarapet, l'œil gauche était enfoncé, et e droit entièrement hors de son orbite. L'instant de sa blessure avait été celui de sa mort; cependant il avait eu la force, en expirant d'une manière si subite , de

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mettre, par un mouvement naturel, la main sur la garde de son épée , et était encore dans cette attitude. A ce spectacle , Megret , homme singulier et indifférent, ne dit autre chose, sinon : Voilà la pièce finie , allons souper. Siquier court sur-le-champ avertir le comte Shwerin. Ils résolurent ensemble de dérober la connaissance de cette mort aux soldats, jusqu'à ce que le prince de Hesse en pût être informe. On enveloppa le corps crun manteau gris : Siquier mit sa perruque et son chapeau sur la tête du roi ; en cet état on transporta Charles, sous le nom du capitaine Carlsberg, au travers des troupes, qui voyaient passer leur roi mort sans se douter que ce fût lui.

Le prince ordonna à l'instant que personne ne sortît du camp, et fit garder tous les chemins de la Suède, afin d'avoir le temps de prendre ses mesures pour faire tomber la couronne sur la tête de sa femme, et pour en exclure le duc de Holstein, qui pouvait y prétendre.

Ainsi périt , à l'âge de trente - six ans et demi, Charles xu, roi de Suède, après avoir éprouvé ce que la prospérité a de plus grand, et ce que l'ad-versité a de plus cruel , sans avoir été amolli par l'une , ni ébranlé un moment par l'autre. Presque toutes ses actions, jusqu'à celles de sa vie privée et unie, ont été bien loin au-delà du vraisemblable. C'est peut-être le seul de tous les hommes , et jusqu'ici le seul de tous les rois , qui ait vécu sans faiblesse ; il a porté toutes les vertus des héros à un excès où elles sont aussi dangereuses que les vices opposés. Sa fermeté, devenue opiniâtreté, fit ses malheurs dans l'Ukraine , et le retint cinq ans en Turquie : sa libéralité, dégénérant en profusion , a ruiné la Suède : son courage , poussé jusqu'à la témérité, a causé sa mort r sa justice a été quelquefois jusqu'à la cruauté : et , dans les dernièref années, le maintien de son autorité approchait de la tyrannie. Ses grandes qualités , dont une seule eût pu immortaliser un autre prince , ont fait le malheur de son paya. 11 n'attaqua jamais personne ; mais il ne fut pas aussi prudent qu'implacable dans ses vengeances. 11 a été le premier qui ait eu l'ambition d'être conquérant , sans avoir l'envie d'agrandir ses états ; il voulait gagner de* empires pour les donner. Sa passion pour

la gloire,, pour la guerre , et pour la ▼engeance , l'empêcha d'être bon politique , qualité sans laquelle on n'a jamais vu de conquérant. Avant la bataille, et aprcs la victoire, il n'avait que de la modestie ; et après la défaite , que de la fermeté : dur pour les autres comme pour lui-même , comptant pour rien la peine et la vie de ses sujets , aussi bien que la sienne; homme unique plutôt que grand homme , admirable plutôt qu'à imiter. Sa vie doit apprendre aux rois combien un gouvernement pacifique et heureux est au-dessus de tant de gloire.

Charles xn était d'une taille avantageuse et noble ; il avait un très beau front, de grands yeux bleus remplis de douceur; nn nez bien formé ; mais le bas du visage désagréable , trop souvent dé- Gguré par un rire fréquent qui ne partait que des lèvres; presque point de barbe ni de cheveux. 11 parlait très peu, et ne répondait souvent que par ce rire dont il avait pris l'habitude. On observait a sa table un silence profond. Il eût été embarrassé dans une conversation , parce que , s'étant donné tout entier aux travaux et à la guerre , il n'avait jamais connu la société.

Je ne puis me défendre de parler ici d'une calomnie renouvelée trop souvent a la mort des princes , que les hommes malins et crédules prétendent toujours avoir été empoisonnes ou assassinés. Le bruit se répandit alors en Allemagne que c'était M. Siquier lui-même qui avait tué le roi de Suède. Ce brave officier fut long-temps désespéré de cette calomnie.

Un jour, en me parlant, il me dit ces propres paroles : « J'aurais pu tuerie roi de Suède; mais tel était mon respect pour ce héros, que , si je l'avais voulu, )e n'aurais pas osé. »

Je sais bien que Siquier lui-même avait donné lieu à cette fatale accusation , qu'une partie de la Suède croit encore; il m'avoua lui-même qu'a Stockholm , dans une fièvre chaude, il s'était écrié qu'il avait tué le roi de Suède , que même il avait dans son accès ouvert la fenêtre , et demandé publiquement pardon de ce parricide. Lorsque dans sa guérison il eut appris ce qu'il avait dit dans sa maladie, il fut sur le point de mourir de douleur. Je n'ai point voulu révéler cette anecdote pendant sa vie. Je le vis quelque temps avant sa mort , et je puis assurer

que, loin d'avoir tué Charles tu, il se serait fait tuer pour lui mille fois. S'il avait été coupable d'un tel crime, ce ne pouvait être que pour aervir quelque puissance qui l'en aurait sans doute bien récompensé : il est mort très pauvre, en France , et même il a en besoin du secours de ses amis. Si ces raisons ne suffisent pas. que l'on considère que la balle qui frappa Charles xu ne pouvait entrer dans un pistolet , et que Siquier n'aurait pu faire ce coup détestable qu'avec un pistolet caché sous son habit.

( Histoire de Charles XII. ) CHARLES-ÉDOUARD (le prince), prétendant au trône d'Angleterre. —

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