‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 24 sur 183 · M1SB A MO HT DI SES PARTISANS, AF1£S LA · texte numérisé non relu

M1SB A MO HT DI SES PARTISANS, AF1£S LA

aouHftrtE dk cullodbh (io août 1/46). — On commença par tâcher de rendre le prince Charles-Edouard méprisable parce qu'il avait été terrible. On fit porter publiquement dans Edimbourg les drapeaux pris à la journée de Culloden ; le bourreau portait celui du prince; les autres étaient entre les mains des ramoneurs de cheminée, et le bourreau les brûla tous dans la place publique. Cette farce était le prélude des tragédies sanglantes qui suivirent.

On commença, le io auguste 1746, par exécuter dix-sept officiers. Le plus considérable était le colonel du régiment de Manchester, nommé Tounley; il fut traîné, avec huit officiers, sur la claie au lieu du supplice, dans la plaine de Ken sington , près de Londres ; et, après qu'on les eut pendus, on leur arracha le cœur, dont on leur battit les joues , et on mit leurs membres en quartiers. Ce supplice est un reste d'une ancienne barbarie. On arrachait le coeur autrefois aux criminels condamnés, quand ils respiraient encore. On ne fait aujourd'hui cette exécution que quand il» sont étranglés. Leur mort est moins cruelle, et l'appareil sanguinaire qu'on y ajoute sert à effrayer la multitude. 11 n'y eut aucun d'eux qui ne protestât, avant de mourir, qu'il périssait pour une juste cause, et qui n'excitât le peuple à combattre pour elle. Deux jours après trois pairs écossais furent condamnés à perdre la tète.

On sait qu en Angleterre les lois ne considèrent comme nobles que les lords, c'est-à-dire , les pairs. Ils sont jugés , pour crime de haute trahison, d'une autre manière que le reste de la nation. On Hiobit, pour présider à leur jugement,

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un pair à qui on donne le titre de grand stuart du royaume. Ce nom répond à peu près à celui de grand sénéchal. Les pairs de la Grande-Bretagne reçoivent alors ses ordres. Il les convoque dans la grande salle de Westminster par des lettres scellées de son sceau, et écrites en latin. 11 faut qu'ilait au moins douze pairsavec lui pour prononcer l'arrêt. Les séances se ticunent avec grand appareil ; il s'assied sous un dais; le clerc de la couronne délivre sa commission à un roi d'armes , qui la lui présente à genoux : six massiers l'accompagnent toujours, et sont aux portières de son carrosse quand il se rend à la salle et quand il en sort; et il a cent guinées par jour pendant l'instruction du procès. Quand les pairs accusés sont amenés de-^ vant lui et devant les pairs leurs juges, un sergent d'armes crie trois fois oyez, en ancienne langue française. Un huissier porte devant l'accusé une hache dont le tranchant est tourné vers le grandstuart; et, quand l'arrêt de mort est prononcé , on tourne alors la hache vers le coupable.

[12 auguste 1746.] Ce fut avec ces cérémonies lugubres qu'on amena à Westminster les trois lords Balraerino, Kilmarnock , Cromarty. Le chancelier lésait les fonctions de stuart : ils furent tous , trois convaincus d'avoir porté les armes pour le prétendant, et condamnés à être pendus et écartelés selon la loi. Le grands tuait, qui leur prononça l'arrêt, leur annonça en même temps que le roi, en vertu de la prérogative de sa couronne, changeait ce supplice en celui de perdre la tête. L'épouse du lord Cromarty, qui avait huit enfans, et qui élait enceinte du neuvième, alla avec sa famille se jeter aux pieds du roi , et obtint la grâce de son mari.

[29 auguste] Les deux autres furent exécutés, kilmarnock, monté sur l'échafaud , sembla témoigner. du repentir.

Balmerino y porta une intrépidité inébranlable. 11 voulut mourir dans le même habit uniforme sous lequel il avait combattu. Le gouverneur de la tour ayant crié, selon l'usage, Vive ie roi Georges! Balmerino répondit hautement, Viveic roi Jacques et son digne fils! Il brava la mort comme il avait bravé ses juges.

On voyait presque tous les jours des exécutions; on remplissait les prisons d'accu* sés. Un secrétaire du prince Edouard, nommé Murray, racheta sa vie en décou-

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vrant au gouvernement des secrets qui firent connaître au roi le danger qu'il avait couru. 11 fit voir qu'il y avait en effel dans Londres et dans les provinces uu parti caché , et que ce parti avait fourni d'assez grandes sommes d'argent. Mais, soit que ces aveux ne fussent pas assez circonstanciés , soit que le gouvernement craignit d'irriter la nation par des recherches odieuses, on se contenta de poursuivre ceux qui avaient une part évidente a la rébellion. Dix furent exécutés à Yorck , dix à Carlile , quarante sept à Londres: au mois de novembre, on fit tirer au sort des soldats et des bas officiers, dont le vingtième subit la mort , et le reste fut transporté dans les colonies. On fît roouiir encore, au même mois, soixante et dix personnes à Penrith , à Brumpton et à Yorck, dix à Carlile, neuf à Londres. Un prêtre anglican, qui avait eu l'imprudence de demander au prince Edouard l'évôché de Carlile, tandis que ce prince était en possession de cette ville, y fut mené à la potence en habits pontificaux ; il harangua fortement le peuple en faveur de la famille du roi Jacques, et il pria Dieu pour tous ceux qui périssaient comme lui dans celte querelle.

Celui dont le sort parut le plus à plaindre , fut le lord Devenwater. Son frère aîné avait eu la tète tranchée à Londres, en 1715, pour avoir combattu dans la même cause ; ce fut lui qui voulut que son Gis, encore enfant, montât sur 1 échafaud , et qui lui dit : Soyez couvert de mon sang t et apprenez à mourir pour vos rois. Son frère puîné, qui, s'étant échappé alors , alla servir en France , avait été enveloppé dans la condamnation de son frère aîné. Il repassa en Angleterre, dès qu'il sut qu'il pouvait être utile au prince Edouard; mais le vaisseau sur lequel il s'était «mbarqué avec son fils et plusieurs officiers , des armes et de l'argent , fut pris par les Anglais. Il subit la même mort que son frère, et avec la même fermeté, en disant que le roi de France aurait soin de son fils. Ce jeune gentilhomme, qui n'était point né sujet du roi d'Angleterre, fut relâché et revint en France, où le roi exécuta en effet ce que son père s'était promis , en lui donnant une pension à lui et à sa sœur.

Le dernier pair qui mourut parla main du bourreau, fut le lord Lovât, âgé de

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tjuatre-f ingts ans; c'était lui qui avait clé le premier moteur de l'entreprise. Il en avait jeté les fonderaens vers l'année 1/4°» les principaux méconlens s'étaient assemblés quelque temps « lie/ lui ; il devait faire soulever le» Clans, en 17 13, lorsque le prince Charles-Édouard s'embarqua. Il employa autant qu'il le put, les subterfuges des lois à défendre un reste de vie qu'il perdit enfin sur l'échafaud : mais il mourut avec autant de grandeur d'âme qu'il avait mis dans sa conduite de finesse et d'art ; il prononça tout haut ce vers d'Horace avant de recevoir le coup :

Du/ce et décorum est pro patriâ mon.

Ce qu'il y eut de plus étrange, et ce qu'on ne peut guère voir qu'en Angleterre, c'est qu'un jeune étudiant d'Oxford , nommé Painter, dévoué au parti jacobite, et enivré de ce fanatisme qui produit tant de choses extraordinaires dans les imaginations ardentes, demanda à mourir à la place du vieillard condamné. 11 lit les plus pressantes instances qu'on n'eut garde d écouter. Ce jeune homme ne connaissait point Lovât; mais il savait qu'il avait été le chef de la conspiration , et le regardait comme un homnie respectable et nécessaire.

Le gouvernement joignit aux vengeances du passé, des précautions pour l'avenir; il établit un corps de milices subsistant vers les frontières d'Ecosse. On dépouilla tous les seigneurs écossais de leurs droits de juridiction qui leur attachaient leurs tribus : et les c hefs qui étaient demeurés fidèles furent indemnisés par des pensions et d'autres avantages.

Dans les inquiétudes où l'on était en France sur la destinée du prince Edouard, on avait fait partir, dès le mois de juin, deux petites frégates qui abordèrent heureusement sur la côte occidentale d'Écosse, où ce prince était descendu quand il commença cette entreprise malheureuse. On le chercha inutilement dans ce pays et dans plusieurs iles voisines de la cote du Lockaber. Enfin, le 29 septembre , le prince arriva par des chemins délournés , et au travers de mille périls nouveaux, au lieu où il était attendu. Ce qui est étrange, et ce qui prouve bien que les cœurs étaient à lui, c'est que les Anglais ne furent avertis ni du débarquement, ni du séjour, ui du départ de ces deux vaisseaux. Ils ramenèrent le prince jusqu'à la vue de Brest ; mais ils trouvè-

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rent vis-à-vis le port une escadre anglaise. Ou retourna alors en haute mer, et on revint ensuite vers les côtes de Bretagne , du côté de Morlaix. Une autre flotte anglaise s'y trouva encore; on hasarda de passer à travers les vaisseaux ennemis; et enfin le prince , après tant de malheurs et de dangers , arriva, le 10 octobre 1746» au port de Saint-Paul-de-Léon , avec quelques-uns de ses partisans échappés, comme lui , à la recherche des vainqueurs.

Voilà où aboutit une aventure qui eût réussi dans les temps de la chevalerie, mais qui ne pouvflfr avoir de succès dans un temps où la discipline militaire, l'artillerie, et surtout l'argent, décident de tout à la longue. ( Siècle <U Louis XFA

CHARLES-QUINT, empereur. — il SBDiQOB rt sb paît moi\k ( 17 septembre l556.) — Tout le dégoûtait. Les Turcs étaient toujours maîtres de la Hongrie jusqu'à Bude, et inquiétaient le reste; JesTransi! vains sou lirair nt impatiemment le joug; le protestantisme pénétrait dans les états autrichiens; et l'empereur avait résolu, depuis long-tcmpi, de dérober à tant de soins une vieillesse prématurée et infirme, et un esprit détrompé de toutes les illusions; il ne voulait pas montrer sur le trône sa décadence.

Ne pouvant donc céder l'empire à son fils, if le cède à son frère; il demande

f préalablement l'agrément du saint-siége, ui qui n'avait pas certainement demandé cet agrément pour être élu empereur.

Paul iv abuse de la soumission de Char les Q ni» t , et le refuse ; ce pontife était à la fois très satisfait de le voir quitter l'empire, et de le chagriner.

Charles-Quint , sans consulter le pape davantage, envoie de Bruxelles son abdication, le xj septembre 1 5 )6, la trentesixième année de son » m pire.

Le prince d'Orange porte la couronne et le sceptre impérial a Ferdinand. Charles s'embarque aussitôt pour l'Espagne, et va se retirer dans TEslramadurc, au monastère de Saint-Just, de Tordre des hiéronymites. La commune opinion est qu'il se repentit ; opinion fondée seulement sur la faiblesse humaine , qui croit impossible de quitter sans regret ce que tout le monde envie avec fureur. Charles oublia absolument le théâtre où il avait joué un si grand personnage , et le monde qu'il avait trouble, parce qu'il sentait bien, dans son aûaiblissenient , qu'il ne pouvait le troubler davantage.

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Paul iv engage les électeur» ecclésiastiques à ne point admettre la démission de Charles-Quint , et à ne point reconnaître Ferdinand. Son intérêt était de mettre la division dans l'empire, pour avoir plus de pouvoir en Italie; en effet, tous les actes dans l'empire furent promulgues au nom de Charles-Quint jusqu'à l'année de sa mort ; fait aussi important que véritable, et qu'aucun historien n'a rapporté. ( Histoire générale* )

CHARLES-QUINT , empereur. — sa

MOBT ET SES Fl'.NÉH AILLES ( 2 1 Septembre

i558). — Le plus grand événement de cette année est la mort de Charles-Quint, le at septembre. On sait que par une dévotion bizarre , il avait fait célébrer ses obsèques avant sa dernière maladie, qu'il y avait assisté lui • même en habit de deuil, et s'était mis dans la bière au milieu de l'église Saint-Just, tandis qu'on lui chantait un De profundis. Il sembla, dans les dernières actions de sa vie , tenir un peu de Jeanne, sa mère, lui qui sur le trône n'avait agi qu'en politique, en héros et en homme sensible aux plaisirs. Son esprit rassemblait tant de contrastes, qu'avec cette dévotion plus que monacale, il fut soupçonué du mourir attaché à plus d'un dogme de Luther. Jusqu'où va la faiblesse et la bizarrerie humaine 1 Maximilien voulut être pape:

Charles -Quint meurt moine, et meurt soupçonné d'hérésie.

Depuis les funérailles d'Alexandre, rien de plus superbe que les obsèques de Charles-Quint dans toutes les principales villes de ses états. Il en coûta soixante et dix mille ducats à Bruxelles, dépenses nobles qui, en illustrant la mémoire d'un grand homme, emploient et encouragent les arts. Il vaudrait mieux encore élever des monumens durables. Une ostentation passagère est trop peu de chose. Il faut, autant qu'on le peut, agir pour l'immortalité. ( Histoire générait).

CHARLES LE TEMERAIRE, duc de Bourgogne. — échoue coxtbb la suisse , eh 1476. — Peu de rois dans l'Europe étaient aussi puissans que lui ; aucun n'était plus riche et plus magnifique. Son dessein était de faire ériger ses états en royaume ; ce qui pouvait devenir un jour très préjudiciable à la France. Il ne s'agissait d'abord que d'acheter le diplôme de l'Empereur Frédéric m. L'usage subsistait encore de demander le titre de roi aux empereurs; c'était un hommage qu'on

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rendait à l'ancienne grandeur romaine.

La négociation manqua ; et Charles de Bourgogne, qui voulait ajoutera ses états la Lorraine et la Suisse, était bien sùr, s'il eût réussi, de se faire roi sans la per mission de personne.

Son ambition ne se couvrait d'aucun voile; c'est principalement ce qui lui fit donner le surnom de Téméraire. [1474] On peut Juger de son orgueil, par la réception qu'il fit à des députés de Suisse. Des écrivains de ce pays assurent que le duc obligea ces députés de lui parler à genoux. C'est une étrange contradiction dans les mœurs d'un peuple libre, qui fut bientôt après son vainqueur.

Voici sur quoi était fondée la prétention du duc de Bourgogne, à laquelle les Helvé tiens se soumirent. Plusieurs bourgades suisses étaient enclavées dans les domaines vendus à Charles par le duc d'Autriche. Il croyait avoir acheté des esclaves. Les députés des communes parlaient à genoux au roi de France ; le duc de Bout* gogne avait conservé l'étiquette des chefs de sa maison. Nous avons d'ailleurs remarque que plusieurs rois, à l'exemple de l'empereur, avaient exigé qu'on fléchit un genou en leur parlant, ou en les servant; que cet usage asiatique avait été introduit par Constantin , et précédemment par Dioclétien. De là même venait la coutume qu'un vassal fit hommage à son seigneur les deux genoux en terre. De là encore l'usage de baiser le pied droit * du pape. C'est l'histoire de la vanité humaine.

Philippe de Comines et la foule des historiens qui l'ont suivi, prétendent que la guerre contre les Suisses , si fatale au duc de Bourgogne , fut excitée pour une charrette de*pcaux de moutons. Le plus léger sujet de querelle produit une guerre, quand on a envie de la faire : mais il y avait déjà long-temps que Louis xi animait les Suisses contre le duc de Bourgogne* et qu'on avait commis beaucoup d'hostilités de part et d'autre avant l'aventure de la charette: il est très sùr que l'ambition de Charles était l'unique sujet de ia guerre.

Il n'y avait alors que huit cantons confédérés. Fii bourg, Soleure. Schafibuse et Appenzel n'étaient pas encore entrés dans l'union. Baie, ville impériale, que sa situation sur le Rhin rendait puissautc et riche , ne fesait pas partie de cette république naissante, connue seulement par

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