‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 28 sur 183 · CRÉ · texte numérisé non relu

CRÉ

lâtre , disait, en 466 : « Faites-moi évêque de Rome , et je me fais chrétien. •

(Essai sur (es moeurs ).

CRÉMONE ville d'Italie,BLLs bstprisb ■t bbpbisb ( a février i 70a.) — Le prince Eugène conserva toujours sa supériorité sur le maréchal de Villeroi. Enfin, au cœur de l'hiver, un jour que ce maréchal dormait avec sécurité dans Crémone, ville assez forte , et munie d'une très grande garnison , il est réveillé au bruit des décharges de mousqueterie. Il se lève en hâte, monte à cheval; la première chose qu'il rencontre, c'est un escadron ennemi. Le maréchal aussitôt est fait prisonnier, et conduit hors delà ville sans savoir ce qui s'y passait , et sans pouvoir imaginer la cause d'un événement si étrange. Le prince Eugène était déjà dans Crémone. Un prêtre, nommé Bazzoli, prévôt de Sainte-Marie-la-Weuve , avait introduit les troupes allemandes par un égout. Quatre cents soldats, entrés par cet égoùt dans la maison du prêtre , avaient sur-le-champ égorgé la garde des deux portes ; les deux portes ouvertes, le rince Eugène entre avec quatre mille ommes. Tout cela s'était fait avant que le gouverneur, qui était espagnol, s en fût douté, et avant que le maréchal de Villeroi fût éveillé. Le secret, l'ordre, la diligence , toutes les précautions possibles avaient préparé l'entreprise. Le ouverneur espagnol se montre d'abord ans les rues avec quelques soldats; il est tué d'un coup de fusil : tous les officiers généraux sont ou tués ou pris , à la réserve du comte de Rével , lieutenant général , et du marquis de Praslin. Le hasard cunfpndit la prudence du prince Eugène.

Le chevalier d'Entragues devait faire ce jour là , dans la ville , une revue du régiment des vaisseaux , dont il était colonel ; et déjà 1rs soldats s'assemblaient à quatre heures du matin à une extrémité de la ville, précisément dans le temps que le prince Eugène entrait par l'autre. D'Entragues commence à courir par les ruen avec ses soldats. Il résiste aux Allemands qu'il rencontre. 11 donne le temps au reste de la garnison d'accourir. Les oQiciers, les soldats pêle-mêle, les uns mal armés | les autres presque nus, sans commandement, sans ordre, remplissent les rues , les places publiques. On combat en confusion ; 011 se retranche de rue en me, de place en place. Deux régime ns

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irlandais, qui fesaient partie de la garnison, arrêtent les efforts des impériaux.

Jamais ville n'avait été surprise avec plus

de sagesse , ni défendue avec tant de valeur. La garnison était d'environ cinq mille hommes. Le prince Eugène n'en avait pas encore introduit plus de quatre mille. Un gros détachement de 6on armée devait arriver par le pont du Pô : les mesures étaient bien prises. Un autre hasard les dérangea toutes. Ce pont du Pô, mal gardé par environ cent soldats français, devait d'abord être saisi parles cuirassiers allemands qui, dans l'instant que le prince Eugène entra dans la ville , furent commandés pour aller s'en emparer. Il fallait pour cet effet qu'étant entrés par la porte du midi, voisine de l'égout, ils sortissent sur-le-champ de Crémone du côté du nord par la porte du Pô, et qu'ils courussent au pont. Ils y allaient; le guide qui les conduisait est tué d'un coup de fusil d'une fenêtre ; les cuirassiers prennent une rue pour une autre : ils allongent leur chemin. Dans ce petit intervalle de temps , les Irlandais se jettent à la porte du Pô; ils combattent et repoussent les cuirassiers : le marquis de Praslin profite du moment ; il fait couper le pont: alors le secours que l'ennemi attendait ne peut arriver, et la ville est sauvée.

( Siècle de Louis XI f.)

CROISKS. LKUB l- Il KM I K II DÉPART KS

1095. — On fut obligé de tenir un concile à Clermont en Auvergne. Le pape y harangua dans la grande place. On avait pleuré en Italie sur les malheurs des chrétiens de l'Asie ; on s'arma en France. Ce paya était peuplé d'une foule de nouveaux seigneurs , inquiets, indépcndans , aimant la dissipation et la guerre, plongés, pour la plupart, dans les crimes que la débauche entraîne , et dans une iguorance aussi honteuse que leurs débauches. Le pape proposait la rémission de tous leurs péchés, et leur ouvrait le ciel, en leur imposant pour pénitence de suivre la plus grande de leurs passions, c'e courir au pillage. On prit donc la croix à l'envi. Les églises et les cloîtres achetèrent alors à vil prix beaucoup de terres des seigneurs, qui crurent n'avoir besoin que d'un peu d'argent et de leurs armes pour aller conuérir des royaumes en Asie. Godefroi e Bouillon, par exemple, duc de Brabant, vendit sa terre de Bouillon au chapitre de Liège , et Stenay à l'évèque de Verdun. Baudouin, frère de Godefroi ,

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tendit au même évêque le peu qu'il avait en ce pays là. Les moindres seigneurs châtelains partirent à leurs irais ; les pauvres gentilshommes servirent d'écujers aux autres. Le butin devait se partager selon les grades, et selon les dépenses des croisés. C'était une grande source de division , mais c était aussi un grand motif. La religion , l'avarice et l'inquiétude encourageaient également ces émigrations. On enrôla une infanterie innombrable et beaucoup de simples cavaliers, sous mille drapeaux diBerens.

Cette foule de croisés se donna rendezvous à Constanlinople. Moines, femmes, marchands , vivandiers , tout partit , comptant ne trouver sur la route que des chrétiens qui gagneraient des indulgences en les nourrissant. Plus de quatre-vingt mille de ces vagabonds se rangèrent sous le drapeau de Coucoupêtre, que j'appellerai toujours Pierre l'ermite. Il marchait en sandales et ceint d'une corde, à la tête de l'armée. Nouveau genre de vanité! Jamais l'antiquité n'avait vu de ces émigrations d'une partie du monde dans l'autre, produites par un enthousiasme de religion. Cette fureur épidémique parut alors pour la première fois, aGn qu'il

Se fi t aucun fléau possible qui n'eût igé l'espèce humaine.

(Essai sur Us Mœurs.) CROMWELL (Olivier), protecteur d'Angleterre. — il eenvebse le parlement (5o avril i653.) — Jamais l'Angleterre n'avait été si puissante que depuis qu'elle était république. [i65i] Ce parlement tout républicain forma le projet singulier de joindre les sept provinces unies à l'Angleterre , comme il venait d'y joindre l'Écosse. Le stathouder, Guillaume h, gendre de Charles ier, venait de mourir, après avoir voulu se rendre souverain en Hollande, comme Charles en Angleterre, et n'ayant pas mieux réussi que lui. Il laissait un (ils au berceau ; et le parlement espérait que les Hollandais se passeraient de stathouder, comme l'Angleterre se passait de monarque, et que fa nouvelle république de l'Angleterre, de l'Ecosse et de la Hollande pourrait tenir la balance de l'Europe ; mais , les partisans de la maison d'Orange s'étant opposes à ce projet, qui .tenait beaucoup de l'enthousiasme de ces temps-là , ce même enthousiasme porta le parlement anglais à déclarer la guerre à fa Hollande. On se battit sur mer avec des succès balancés. Les

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plus sages du parlement, redoutant le

grand crédit de Cromvvell, ne continuaient cette guerre que pour avoir un prétexte d'augmenter la flotte aux dépens de l'armée, et de détruire ainsi peu à peu la puissance dangereuse du général.

Cromvvell les pénétra comme ils l'avaient pénétré : ce fut alors qu'il développa tout son caractère : «Je suis , dit-il au major général Vernon , poussé à un dénoûment qui me fait dresser les cheveux à la tête.» [ 3o avril iC53] Il se rendit au parlement, suivi d'officiers et de soldats choisis, qui s'emparèrent de la porte. Dès qu'il eut pris sa place : «Je crois, dit-il, que ce parlement est assez mûr pour être dissous.» Quelques membre* lui ayant reproché son ingratitude , il se met au milieu de la chambre : « Le Seigneur , dit-il , n'a plus besoin de vous , il a choisi d'autres instrumens pour accomplir son ouvrage. » Après ce discours fanatique, il les charge d'injures, dit k l'un qu'il est un ivrogne, à l'autre qu'il mène une vie scandaleuse, quel' Evangile les condamne, et qu'ils aient à se dissoudre sur-le-champ. Ses officiers et ses soldats entrent dans la chambre : > Qu'on emporte la masse du parlement, dit-il;

Su 'on nous défasse de cette marotte.»

on major général , Harrisson , va droit à l'orateur , et le fait descendre de la chaire avec violence. « Vous m'avez forcé , s'écria Cromvvell , à en user ainsi ; car j'ai

Krié le Seigneur, toute la nuit, qu'il me t plutôt mourir que de commettre une telle action.» Ayant dit ces paroles, il fit sortir tous les membres du parlement l'un après l'autre, ferma la porte luimême , et emporta la clef dans sa poche.

Ce qui est bien plus étrange , c'est que , le parlement étant détruit avec cette violence, et nulle autorité législative n'étant reconnue, il n'y eut point de confusion. Cromvvell assembla le conseil des officiers. Ce furent eux qui changèrent véritablement la constitution de 1 état; et il n'arrivait en Angleterre que ce qu'on a vu dans tous les pays de la terre, où le fort a ; donné la loi au faible. Cromvvell fit nommer, par ce conseil, cent quarante-quatre députés du peuple, qu'on prit pour la plupart dans les boutiques et dans les ateliers des artisans. Le plus accrédité de ce nouveau parlement d'Angleterre, était un marchand de cuir, nommé Barebone ; c'est ce qui fit qu'on appela cette assemblés le parlement des Barétants. Crom-

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•weD, en qualité de général, ccrtrtt une lettre circulaire à tous ces députés, et les somma de venir gouverner l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande. Au bout de cinq mois ce prétendu parlement , aussi méprisé* qu'incapable , fut obligé de se casser lui-même, et de remettre à son tour le pouvoir souverain au conseil de guerre. [2?. décembre i653] Les officiers »euls déclarèrent alors Gromwell protecteur de» trois royaumes. On envoya chercher le maire de Londres et les alderxnans. Cromwell fut installé à Witehall dans le palais des rois , où il prit dès lors son logement. On lui donna le titre à1 Alteste , et la ville de Londres l'invita à un festin avec les mêmes honneurs qu'on rendait aux monarques. C'est ainsi qu'un citoyen obscur du pays de Galles parvint à se faire roi , sous nn autre nom , par sa valeur secondée de son hypocrisie.

(Histoire générale. ) CULLODEN (Bataille de). — rktrb

EDOUARD LE PRETENDANT ET l'aRMÉB DU ROI

d'arcletehrb ( 27avril 1746.) — Le prince avait à peu près le même nombre de troupes qu'à la journée de Falkirck. Le duc de Cumberland avait quinze bataillons et neuf escadrons avec un corps de montagnards. L'avantage du nombre était toujours nécessairement du côté des Anglais : ils avaient de la cavalerie et une artillerie bien servie, ce qui leur donnait une grande supériorité. Enfin ils étaient accoutumés à la manière de combattre des montagnards* qui ne les étonnait plus. Ils avaient a réparer, aux yeux du duc de Cumberland, la honte de leurs défaites passées. Les deux armées furent en présence le 37 avril iffô > a deux heures après midi , dan,.* un lieu nommé Culloden. Les montagnards ne Grent point leur attaque ordinaire qui était si redoutable. La bataille fut entièrement perdue, et le prince légèrement blessé fut entraîné dans la fuite la plus précipitée. Les lieux , les temps , font l'importance de l'action. On a vu dans cette guerre, en Allemagne , en Italie et en Flandre, des batailles de près de cent mille hommes qui n'ont pas eu de grandes suites. Mais à Cullodcn, uno action entre onze mille hommes d'un côté, et sept à huit mille de l'autre, décida du sort de trois ro)aumes. Il n'y eut

Sas dans ce combat neuf cents hommes e tués parmi les rebelles; car c'est ainsi nue leur malheur les a fait nommer en Ecosse même. On ne leur fit que trois

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cent vingt prisonniers. Tout s'enfuit du

côté d'Inverness , et y fut poursuivi par les vainqueurs. Le prince, accompagné d'une centaine d'officiers, fut obligé de se jeter dans une rivière à trois milles d'Inverness , et de la passer à la nage. Quand il eut g*»gné l'autre bord , il vit de loin les flammes au milieu desquelles périssaient cinq ou six cents montagnards dans une grange à laquelle le vainqueur avait mis le feu , et il entendit leurs cris.

Il y avait plusieurs femmes dans son armée : une entre autres , nommée madame de Séford, qui avait combattu à la tête des troupes de montagnards qu'elle avait amenées ; elle échappa à la poursuite ; quatre autres furent prises. Tous les officiers français furent faits prisonniers de guerre ; et celui qui fesait la fonction de ministre de France auprès du prince Edouard , se rendit prisonnier dans Inverness. Les Anglais n'eurent que cinquante hommes de tués et deux cent cinquante-neuf de blessés dans cette affaire décisive.

Le duc de Cumberland fit distribuer cinq mille livres sterling (environ cent quinze mille livres de France) aux soldats: c'était un argent qu'il avait reçu du maire de Londres ; il avait été fourni par quelques citoyen* qui ne l'avaient donné qu'a cette condition. Cette singularité prouvait encore que le parti le plus riche devait être victorieux. On ne donna pas un moment de relâche aux vaincus; on les poursuivit partout. Les simples soldats se retiraient aisément dans leurs montagnes et dans leurs déserts. Les officiers se sauvaient avec plus de peine ; les uns étaient trahis et livrés, les autres se rendaient eux-mêmes dans l'espérance du pardon.

Le prince Edouard, Sullivan, Shéridan, et quelques-uns de ses adhérens, se retirèrent d'abord dans les ruines du fort Auguste, dont il fallut bientôt sortir. A mesure qu'il s'éloignait, il voyait diminuer le nombre de ses amis. La division se mettait parmi eux , et ils se reprochaient l'un à l'autre leurs malheurs; ils s'aigrissaient dans leurs contestations, sur les partis qu'il fallait prendre; plusieurs se retirèrent: il ne lut resta que Shéridan et Sullivan, qui l'avaient suivi quand il partit de France.

Il marcha avec eux cinq jours et cinq nuits sans presque prendre de repos, et manquant souvent de nourriture. Ses ennemis le suivaient à la piste. Tous les en-

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virons étalent remplis de soldats qui le i h. reliaient, et le prix mis à sa tête redoublait leur diligence. Les horreurs du sort qu'il éprouvait étaient en tout semblables à celles où fut réduit son grandoncle Charles u , après la bataille de Worcester, aussi funeste que celle de Culloden. 11 n'y a pas d'exemple sur la terre, d'uue suite de calamités aussi singulières et aussi horribles que celles qui avaient affligé totite sa maison. Il était né dans l'exil, et il n'en était sorti que pour traîner, après des victoires, ses partisans sur J'échafaud, et pour errer dans des montagnes. Son père, chassé au berceau du palais des rois et de sa patrie, dont il avait été reconnu l'héritier légitime , avait fait, comme lui, des tentatives qui n'avaient abouti qu'au supplice de ses partisans. Tout ce long amas d'infortunes uniques se présentait sans cesse au cœur du prince, et il ne perdait pas l'espérance, il marchait à pied, sans appareil à sa blessure, sans aucun secours, à travers ses ennemis ; il arriva enfin tlans un petit port nommé Arizaig, à l'occident septentrional de l'Ecosse.

La fortune sembla vouloir alors le consoler. Deux armateurs de Nantes fesaient voile vers cet endroit, et lui apportaient de l'argent, des hommes et des vivres:

mais, avant qu'ils abordassent, les recherches continuelles qu'on fesaît de sa personne, l'obligèrent de partir du seul endroit où il pouvait alors trouver sa sûreté ; et à peine fut-il à quelques milles de ce port , qu'il apprit que ces deux vaisseaux avaient abordé, et qu'ils s'en étaient retournés. Ce contre-temps aggravait encore son infortune. Il Calhit toujours fuir et >o cacher. Onel , un de ses partisans irlandais au service d'Espagne, qui le joignit dans ces cruelles conjonctures, lui dit qu'il pouvait trouver une retraite assurée dans une petite île voisine, nommée Stornai, la dernière qui est au nordouest de l'Ecosse. Ils s'embarquèrent dans un bateau de pêcheur; ils arrivent dans cet asile ; mais a peine sont-ils sur le rivage, qu'ils apprennent qu'un dëta- » bernent de l'armée du duc de Cumberland est dans l'île. Le prince et ses amis furent obligés de passer la nuit dans un marais pour se dérober a une poursuite si opiniâtre. Ils hasardèrent au point du jour de rentrer dans leur petite barque, et de se mettre en mer sans provisions, et Fans savoir quelle route tenir. A peine

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eurent-ils vogué deux millet, qu'ils furent entourés de vaisseaux ennemi».

Il n'y avait plus de salut qu'en échouant entre aes rocliers sur le rivage d'une petite île déserte et presque inabordable.

Ce qui, en d'autres temps, tût été regardé comme une des plus cruelles infortunes, fut pour eux leur unique ressource. Ils cachèrent leur barque derrière un rocher, et attendirent dans ce désert que les vaisseaux anglais fussent éloignés, on que la mort vînt finir tant de désastres. Il ne restait au prince, à ses amis et aux matelots qu'un peu d'eau-de-vie pour soutenir leur vie malheureuse. On trouva par hasard quelques poissons secs que des

ftècheurs poussés par la tempête avaient ais>és sur le rivage. On rama <l\l<- I 11 Ut quand les vaisseaux ennemis ne parurent plus. Le prince aborde dans cette même île de West, où il était venu prendre terre lorsqu'il arriva de France. 11 y trouve un peu de secours et de repos; mais cette légère consolation ne dura guère. Des milices du duc de Cumberland arrivèrent au bout de trois jours dans ce nouvel asile. La mort ou la captivité paraissait inévitable.

Le prince avec ses deux compagnons, se cacha trois jours et trois nuits dans une caverne. U fut encore trop heureux de se rembarquer, et de fuir dans une autre Ile déserte, ou il resta huit jours avec quel-

3ues provisions d'eau-de-vie, de pain 'orge et de poisson salé. On ne pouvait sortir de ce désert et regagner l'Ecosse

au'en risquant de tomber entre les mains es Anglais qui bordaient le rivage; mais il fallait ou périr par la faim, ou prendre ce parti.

Ils se remettent donc en mer, et ils abordent pendant la nuit. Ils criaient sur le rivage, n'ayant pour habits que des lambeaux déchirés de vêtemens à l'usage des montagnards. Ils rencontrèrent au point du jour une demoiselle à cheval , suivie d'un jeune domestique. Ils hasardèrent de lui parler. Cette demoiselle était de la maison de Makdonall, attachée aux Stuarts. Le prince , qui l'avait vue dans le temps de ses succès, la reconnut et s'en fit reconnaître. Elle se jeta à ses pieds : le prince , ses amis et elle fondaient en larmes, et les pleurs que mademoiselle de Makdonall versait d'ans cette entrevue si singulière et si touchante, redoublaient par le danger où elle To\ait le prince. On ne pouvait faire un pas

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sans risoner d'être pria. Elle conseilla au prince de se cacher dans une caverne qu'elle lui indiqua au pied d'une montagne , près de la cabane d'un montagnard connu d'elle et affidé ; et elle promit de Tenir le prendre dans cette retraite , ou de lui envoyer quelque personne sûre qui se chargerait de le conduire.

Le prince s'enfonça donc encore dan9 une caverne avec ses fidèles compagnons. Le paysan montagnard leur fournit un

{>eu de farine d'orge détrempée dans de 'eau ; mais ils perdirent toute espérance lorsque , ayant passé deux jours dans ce lieu affreux , personne ne vint à leur secours. Tous les environs étaient garnis de milices. Il ne restait plus de vivres à ces fugitifs. Une maladie cruelle affaiblissait le prince : son corps était couvert de boutons ulcérés. Cet état, ce qu'il avait souffert , et tout ce qu'il avait à craindre, mettaient le comble à cet excès des plus horribles misères que la nature humaine puisse éprouver; mais iln'était pas au bout.

Mademoiselle de Makdonall envoie enfin un exprès dans la caverne ; et cet ex* près leur apprend que la retraite dans le continent est impossible; qu'il faut .fuir encore dans une petite île nommée Benbécula , et s'y réfugier dans la maison d'un pauvre gentilhomme qu'on leur indique ; que mademoiselle de Makdonall s'y trouvera , et que là on verra le» arrangemens qu'on pourra prendre pour leur sûreté.

La même barque qui les avait portés au continent, les transporte donc dans cette île. Ils marchent vers la maison de ce gentilhomme. Mademoiselle de Makdonall s'embarque à quelques milles de là pour les aller trouver. Mais ils sont à peine arrivés dans l'île , qu'ils apprennent que le gentilhomme, chez lequel ils comptaient trouver un asile , avait été enlevé la nuit avec toute sa famille. Le prince et ses amis se cachent encore dans

des marais. Onel enfin va à la découverte. II rencontra mademoiselle de Makdonall dans une chaumière. Elle iui dit qu'elle

Souvait sauver le prince en lui donnant es habits de servante qu'elle avait apportés avec elle , mais qu'elle ne pouvait sauver que lui , qu'une seule personne de plus serait suspecte. Ces deux hommes n'hésitèrent pas à préférer son salut aa leur, lis se séparèrent en pleurant. Char» lcs-Edouad prit des habits de servante, et suivit , sous le nom de Betti , mademoiselle Makdonall. Les dangers ne cessèrent pas, malgré ce déguisement. Cette demoiselle et le prince déguisé se réfugièrent d'abord dans l'île de Skie, à l'occident de l'Ecosse.

Ils étaient dans la maison d'un gentilhomme , lorsque cette maison est tout-àcoup investie par les milices ennemies.

Le prince ouvre lui-même la porte aux soldats. Il eut le bonheur de n'être pas reconnu ; mais bientôt après on sut dans l'île qu'il était dans ce château. Alors il fallut se séparer de mademoiselle de Makdonall , et s'abandonner seul à sa destinée. 11 marcha dix milles suivi d'un simple batelier. Enfin , pressé de la faim, et prêt è succomber, il se hasarda d'entrer dans une maison dont il savait bien que le maître n'était pas de son parti. « Le fils de votre roi , lui dit-il , vient vous demander du pain et un habit. Je sais que vous êtes mon ennemi ; mais je vous crois assez de vertu pour ne pas abuser de ma confiance et de mon malheur. Prenez les misérables vètemens qui me couvrent, gardez-les ; vous pourrez me les apporter un jour dans le palais des rois de la Grande-Bretagne. » Le gentilhomme auquel il s'adressait fut touché comme il devait l'être. Il s'empressa de le secourir, autant que la pauvreté de ce pays peut le permettre , et lui garda le secret.

{Siècle de Louis X F.)

D A MIENS (Robert), assassin de Louis xv. — soi» supplice (28 mars 1757.) — Après la lecture de son arrêt, prononcé en présence de cinq princes du sang , de vingt-deux ducs et pairs, de douze présidens à mortier, de sept conseillers d'honneur, de quatre maîtres des

requêtes et de dix-neuf conseillers de grand'chambre , il fut appliqué à la question des coins , qu'on enfonce entre les genoux serrés par deux planches : il commença par s'écrier : «C'est ce coquin d'archevêque qui est cause de tout. » Ensuite il énonça que c'était le nommé Gau-

tier, homme d'affaires de M. de Ferrières, frère d'un conseiller au parlement, qui lui avait dit en présence de ce même Ferrières, qu'on ne pouvait finir cet querelles qu'en tuant le roi ; qu'il demeurait dans la même rue que Gautier; qu'il lui avait entendu tenir ce discours dix fois , et ajouter que c'était une œuvre méritoire.

Au huitième et dernier coin , il répéta encore qu'il avait été inspiré par les dis* cours de ce Gautier et par ceux qu'il avait entendus dans le palais. Immédiatement après la question , on lui confronta Dominique-François Gautier, qui dit d'abord n'avoir point de reproches à lui faire, mais qui nia toute sa déposition. On lui confronta aussi le sieur Ferrières : celuici conrint que Damiens lui avait apporté quelquefois des arrêts du parlement , et

Justifia son domestique Gautier tant qu'il e put.

On mit dans les préparatifs du supplice de ce misérable et dans son exécution un appareil et une solennité sans exemple.

[î8 mars 1757] On avait entouré de palissades un espace de cent pieds en carré, qui touchait à la grande porte de l'hôtel de ville. Cet espace était entouré en dedans et en dehors de tout le guet de Paris* Les gardes françaises occupaient toutes les avenues , et des corps de gardes suisses étaient répandus dans toute la ville. Le prisonnier fut placé , vers les cinq heures , sur un échafaud de huit pieds et demi carrés. On le lia avec de

S rosses cordes retenues par des cercles e far qui assujettissaient ses bras et ses cuisses. On commença par lui brûler la main dans un brasier rempli de souffre allumé. Ensuite il fut tenaillé avec de grosses pinces ardentes, aux bras, aux cuisses et à la poitrine. On lui versa du plomb fondu avec de la poix résine et de l'huile bouillante sur toutes ses plaies. Ces supplices réitérés lui arrachaient les plus affreux hurlemens. Quatre chevaux vigoureux , fouettés par quatre valets de bourreau , tirèrent les cordes qui portaient sur les plaies sanglantes et enflammées du patient ; les tirades et les secousses durèrent une heure. Les membres s'alongèrent et ne se séparèrent pas. Les bourreaux coupèrent enfin quelques muscles. Les membres se détachèrent l'un après l'autre. Damiens, ayant perdu deux cuisses et un bras, respirait encore, et n'expira que lorsque le bras qui lui

restait fut séparé de son tronc tout sanglant. Les membres et le tronc furent jetés dans un bûcher préparé à dix pas de l'échafaud.

A l'égard de ce Gautier, si violemment accusé d'avoir tenu des discours qui avaient disposé Damiens à son crime , il fut interrogé, mais après la mort de Damiens. Il avoua qu'à la vérité il avait entendu un jour Damiens parler vivement des affaires du parlement, et qu'il avait dit que c'était un ton citoyen. On ordonna contre lui un plus ample informé pendant une année , après quoi il fut élargi. (Voyez Louis xv, attentat, etc.)

(Siècle de Louis XV.)

DAMIETTÊ, ville d'Egypte. — sites

DE CETTE VILLE, EN 1 2 1 8 , ET ZÉLÉ DB FBAJï-

çois d'assise. — Près des ruines de Pélusc est élevée Damictte, sur une chaussée qui la défend des inondations du Nil. [î ai 8] Les croisés commencèrent le siège pendant la dernière maladie de Saphadin , et le continuèrent après sa mort. Mélédin , l'aîné de ses fils , régnait alors en Égypte , et passait pour aimer les lois* les sciences et le repos, plus |que la guerre. Corradin, sultan de Damas, à qui la Syrie était tombée en partage, vint le secourir contre les chrétiens. Le siège, qui dura deux an*, fut mémorable en Europe , en Asie et en Afrique.

Saint François d'Assise, qui établissait alors son ordre , passa lui-même au camp des assiégeans ; et, s'étant imaginé qu'il pourrait aisément convertir le sultan Mélédin , il s'avança avec son compagnon , frère Illuminé, vers le camp des Egyptiens. On le prit , on le conduisit au sultan. François le prêcha en Italien. Il proposa à Mélédin de faire allumer un grand fen , dans lequel ses imans d'un côté, François et Illuminé de l'autre, se jetteraient, pour faire voir quelle était la religion véritable. Mélédin, à qui un interprète expliquait cette proposition singulière , répondit, en riant, que ses prêtres n'étaient pas hommes à se jeter au feu pour leur foi : alors François proposa de s'y jeter tout seul. Mélédin lui dit que, s'il acceptait une telle offre, il paraîtrait douter de sa religion. Ensuite il renvoya François avec bonté , voyant bien qu'il ne pouvait être un homme dangereux.

Telle est la force de l'enthousiasme, que François, n'ayant pu îéussir à se jeter dans un bûcher en Egypte, et à, ren-

dre le Soudan Chrétien , voulut len ter cette aventure à Maroc, il s'embarqua d'abord pour l'Espagne ; mais, étant tombé malade, il obtint de frère Gille, et de quatre autres de ses compagnons, qu'ils allassent convertir les Maroquin». Frère Cille et les quatre moines font voile vers Tétuan, arrivent à Maroc, et prêchent en italien dans une charrette. Le miramolin, ayant pitié d'eux, les fit rembarquer pour l'Espagne ; ils revinrent une seconde fois; on les renvoya encore. [1218] Ils revinrent une troisième; l'empereur, poussé à bout, les condamna à la mort dans son divan, et Feur trancha lui même la tête. C'est un usage superstitieux autant que basbarc, que les empereurs de Maroc soient les premiers bourreaux de leur pays. Les miraniolina se disaient descendus de Mahomet. Les premiers qui furent condamnés à mort, sous leur empire , demandèrent de mourir de la main du maître, dans l'espérance d'une expiation plus pure. Cet abominable usage s'est si bien conservé , que le fameux empereur de Maroc, Mulei Ismaël, a exécuté de sa main près de dix mille hommes dans sa longue vie.

Cette mort de cinq compagnons de François d'Assise est encore célébrée tous les ans à Coimbre , par une procession aussi singulière que leur aventure. On prétendit que les corps de ces franciscains revinrent en Europe après leur mort , et s'arrêtèrent à Coimbre , dans l'église de Sainte-Croix. Les jeunes gens, les femmes et les filles vont tous les ans , la nuit de l'arrivée de ces martyrs, de i'église de Sainte-Croix à celle des corde liers. Les garçons ne sont couverts que d'un petit caleçon qui ne descend qu'au haut des cuisses; les femmes et les filles ont un jupon non moins court. La marche est longue , et l'on s'arrête souvent.

[1220] Damiette cependant fut prise, et semblait ouvrir le chemin à la conquête de l'Egypte; mais Pélage Albano, bénédictin espagnol, légat du pape, et cardinal, fut cause de sa perte. Le légat prétendait que, le pape étant chef de toutes les croisades , celui qui le représentait en è^ait incontestablement le général; que le roi de Jérusalem, n'étant roi que par la permission du pape, devait obéir en tout au lé'gat. Ces divisions consumèrent^ du temps. Il fallut écrire à Rome; le' pape ordonna au roi de retourner au camp» et le roi y retourna pour servir

sous le bénédictin. Ce général engagea l'armée entre deux bras du Nil, précisément au temps que ce fleuve, qni nourrît et qui défend l'Egypte , commençait à se déborder. Le sultan , par des écloses , inonda le camp des chrétiens. [îaatj D'un côté, il brûla leurs vaisseaux; de l'autre côté, le Nil croissait et menaçait d'engloutir l'armée du légat. Elle se trouvait dans 1 état oii l'on peint les Egyptiens de Pharaon, quand ils virent la mer prête à retomber sur eux.

Les contemporains conviennent que, dans cette extrémité, on traita avec le sultan. Il se fit rendre Damiette; il renvoya l'armée en Phënicie , après avoir fait jurer que de huit ans on ne lui ferait la guerre ; et il garda le roi Jean de Briennc en ôtage. ( Histoire générale, )

DEMETRI (faux), sur le trône det czars. ( Bit 1597, i6o5 , 1606, 16104 i633 bt 1640.) — L'histoire ne fournit guère d'événement plus extraordinaire que celui des faux Demétrins, qui agita si longtemps la Russie après la mort de Jean Basilidcs. Ce czar laissa deux fils, l'un nommé Fédor, ou Tbéodor; l'autre Démétri , ou Démétrius. Fédor régna ; Démétri fut confiné dans un village nommé Uglis , avec la czarine sa mère. J usquc-là les mœurs de cett# cour n'avaient point encore adopté la politique des sultans et des anciens empereurs grecs, de sacrifier les piinces du sang à la sûreté du trône. Un premier ministre , nommé Boris Gudenou , dont Fédor avait épousé la. sœur, persuada au czar Fédor qu'on ne pouvait bien régner qu'en imitant les Turcs, et en assassinant son frère. Ce premier ministre Boris envoya un officier dans le village où était élevé le jeune Démétri , avec ordre de le tuer. L'officier, de retour, dit qu'il avait exécuté sa commission, et demanda la récompense qu'on lui avait promise. Boris, pour toute récompense, fit tuer le meurtrier, afin de supprimer les preuves du crime. On prétend que Boris, quelque temps après , empoisonna le czar Fédor; et, quoiqu'il en fût sotip: çonné, il n'en monta pas moins sur le trône.

[1597] 11 parut alors dans la Lithnanie un jeune homme oui prétendait être le prince Démétri , échappé à l'assassin.

Plusieurs personnes , qui l'avaient vu auprès de sa mère; le reconnaissaient à des marques certaines. 11 ressemblait par-

faitement au prince ; il montrait la crott

d'or, enrichie de pierreries , qu'on avait attachée au cou de Démétri à son baptême. Un palatin de Sandomir le reconnut d'abord pour le fils de Jean Basilides , et pour le véritable czar. Une diète de Pologne examina solennellement les preuves de sa naissance; et, les ayant trouvées incontestables , lui fournil une armée pour chasser l'usurpateur Boris, et pour reprendre la couronne de ses ancêtres.

Cependant on traitait en Russie Démétri d'imposteur, et même de magicien. Les Russes ne pouvaient croire que Démétri s présenté par des Polonais catholiques, et ayant deux jésuites pour conseil , pût être leur véritable roi. Les boyards le regardaient tellement comme un imposteur, que, le czar Boris étant mort, ils mirent sans difficulté sur le trône le fils de Bons , âgé de quinze ans.

[i6o5] Cependant Démétri s'avançait en Russie avec l'armée polonaise. Ceux qui étaient mécontens du gouvernement moscovite se déclarèrent en sa faveur.

Un général russe, étant en présence de l'armée de Démétri, s'écria : • Il est le seul légitime héritier de l'empire , » et passa de son côté avec les troupes qu'il commandait. La révolution fut bientôt pleine et entière; Démétri ne fut plus un magicien. Le peuple de Moscou courut au château , et traîna, en prison le fils de Boris et sa mère. Démétri fut proclamé czar sans aucune contradiction.

On publia que le jeune Boris et sa mère s'étaient tués en prison : il est plus vraisemblable que Démétri les fit mourir.

La veuve de Jean Basilides, mère du vrai ou faux Démétri, était depuis longtemps reléguée dans le nord de la Russie; le nouveau czar l'envoya chercher dads une espèce de carosse aussi magnifique qu'on en pouvait avoir alors. Il alla plusieurs milles au devant d'elle : tous deux se reconnurent avec des transports et des larmes en présence d'une foule innombrable; personne alors dans l'empire ne douta que Démétri ne fût le véritable empereur. [1606] Il épousa la fille du palatin de Saudomir, son premier protecteur; et ce fut ce qui le perdit. Le peuple vit avec horreur une impératrice catholique , une cour composée d'étrangers , et surtout une église qu'on bâtissait pour des jésuites. Démétri dès lors ne passa plus pour an Russe.

Un boyard, nommé Zusii, se mit à la tête de plusieurs conjurés , au milieu des fêtes qu'on donnait pour le mariage du czar : il entre dans le palais le sabre dans une main , et une croix dans l'autre; on égorge la garde polonaise. Démétri est chargé de chaînes. Les conjurés amènent devant lui la czarine , veuve de Jean Basilides, qui l'avait reconnu si solennellement pour son fils.

Le clergé l'cbligea de jurer sur la croix, et de déclarer enfin si Démétri était son fils ou non. Alors , soit que la crainte de la mort forçât cette princesse à un faux serment, et l'emportât sur la nature , soit qu'en efiét elle rendît gloire à la vérité, elle déclara en pleurant que le czar n'était point son fils; que le véritable Démétri avait été en eitét assassiné dans son enfance, et qu'elle n'avait reconnu le nouveau czar qu'à l'exemple de tout le peuple , et pour venger le sang de son fils sur la famille des assassins. On prétendit alors que Démétri était un homme du peuple , nommé Criska Utropoya , qui avait été quelque temps moine dans un couvent de Russie. On lui avait reproché auparavant de n'être pas du rite grec, et de n'avoir rien des mœurs de son pays; et alors on lui reprocha d'être à la fois un paysan russe et un moine grec. [1606] Quel qu'il fût , le chef des conjurés , Zuski , le tua de sa main , et se mit à sa place.

Ce nouveau czar , monté en un moment sur le trône, renvoya dans leur pays le peu de Polonais échappés au carnage. Comme il n'avait d'autre droit au tronc, ni d'autre mérite que d'avoir assassiné Démétri, les autres boyards, qui de ses égaux devenaient ses sujets , prétendirent bientôt que le czar assassiné n'était point un imposteur, qu'il était le véritable Démétri, et que son meurtrier n'était pas digne de la couronne. Ce nom de Démétri devint cher aux Russes. Le chancelier de celui qu'on venait de tuer s'avisa de dire qu'il n'était pas mort , qu'il guérirait bientôt de ses blessures , et qu'il reparaîtrait a la tête de ses fidèles sujets.

Ce chancelier parcourut la Moscovie , menantavec lni dans une litière un jeune homme auquel il donnait le nom de Démétri, et ou'il traitait en souverain. A ce nom seul les peuples se soulevèrent; il se donna des batailles au nom de ce Démétri qu'on ne voyait pas ; mais le

parti du chancelier ayant été battu, ce second Démétri disparut bientôt. Les imaginations étaient si frappées de ce nom, qu'un troisième Démétri se présenta en Pologne. Celui-là lut plus heureux que les autres : il fut soutenu par le roi de Pologne, Sigismond, et vint assiéger le tyran Zuski dans Moscou même. Zuski , enfermé dans Moscou , tenait encore en sa puissance la veuve du premier Démétri , et le palatin de Sandomir, père de cette veuve. Le troisième redemanda la princesse comme sa femme. Zuski rendit la fille et le père, espérant peut-être adoucir le roi de Pologne , ou se flattant que la palatine ne reconnaîtrait pas son mari dans un imposteur; mais cet imposteur était victorieux. La veuve du premier Démétri ne manqua pas de reconnaître ce troisième pour son véritable époux ; et , si le premier trouva une mère , le troisième trouva aussi aisément une épouse. Le beau-père jura que c'était là son gendre, et les peuples ne doutèrent plus.

Les boyards, partagés entre l'usurpateur Zuski, et l'imposteur, ne reconnurent ni l'un ni l'autre. Ils déposèrent Zuski, et le mirent dans un couvent. C'était encore une superstition des Russes, comme de l'ancienne église grecque , qu'un prince qu'on avait fait moine ne pouvait plus régner : ce même usage s'était insensiblement établi autrefois dans l'église latine. Zuski ne reparut plus, et Démétri fut asfassiné dans un festin par des Tartares.

£1610] Les boyards alors offrirent leur couronne au prince Ladislas, fils de Sigismond , roi de Pologne. Ladislas se préparait à venir la recevoir , lorsqu'il

{>arut encore un quatrième Démétri pour a lui disputer. Celui-ci publia que Dieu l'avait toujours conservé , quoiqu'il eût été assassiné à Uglis par le tyran Boris , à Moscou par l'usurpateur Zuski , et ensuite par des Tartares. Il trouva des partisans qui crurent ces trois miracles. La ville de Pleskou le reconnut pour czar; il y établit sa cour quelques années, pendant que les Russes, se repentant d'avoir appelé les Polonais , les chassaient de tous côtés, et que Sigismond renonçait à voir son fils Ladislas sur le trône des czars. Au milieu de ces troubles on mit sur le trône le fils du patriarche Fédor Romanow. Ce patriarche était parent, par les femmes, du czar Jean Ba-

silides. Son fils, Michel Fédérowitz, c est* à-dire, fils de Fédor, fut élu à l'âge de dix-sept ans, par le crédit du père. Toute la Russie reconnut ce Michel , et la ville de Pleskou lui livra le quatrième Démétri, qui finit par être pendu.

U en restait un cinquième ; c'était le fils du premier qui avait régné en effet, de celui-là même qui avait épousé la fille du palatin de Sandomir : sa mère l'enleva de Moscou, lorsqu'elle alla trouver le troisième Démétri , et qu'elle feignit de le reconnaître pour son véritable mari. [i633] Elle se retira ensuite chez les Cosaques avec cet enfant, qu'on regardait comme le petit-fils de Jean Basilides , et qui en effet pouvait l'être. Mais, dès que Michel Fédérowitz fut sur le trône, il força les Cosaques à lui livrer la mère et l'enfant , et les fit noyer l'un et l'autre.

On ne s'attendait pas à un sixième Démétri. Cependant sous l'empire de Michel Fédérowitz , en Russie , et sous le règne de Ladislas en Pologne, on vit encore un nouveau prétendant de ce nom à la cour de Russie. Quelques jeunes ens, en se baignant avec un Cosaque e leur âge, aperçurent sur son dos des caractères russes , imprimés avef une aiguille ; on y lisait , Démétri t fils du czar Démétri. Celui-ci passa pour ce même fils de la palatine de Sandomir, que le czar Fédérowitz avait fait noyer dans un étang glacé. Dieu avait opéré un miracle pour le sauver; il fut traité en fils de czar à la cour de Ladislas , et on prétendait bien se servir de lui pour expiter de nouveaux troubles en Russie.

La mort de Ladislas, son protecteur, lui ôta toute espérance. Il se retira en Suède , et de là dans le Holstein ; mais malheureusement pour lui, le duc de Holstein ayant envoyé en Moscovie une ambassade pour établir un commerce de soie de Perse , et son ambassadeur n'ayant réussi qu'à faire des dettes à Moscou , le duc de Holstein obtint quittance de la dette en livrant Démétri , qui fut mis en quartiers..

Toutes ces aventures , qui tiennent da fabuleux , et qui sont pourtant très vraies, n'arrivent point chez les peuples policés qui ont une forme de gouvernement régulière. Le czar Alexis, fils de Michel Fédérowitz, et petit-fils du patriarche Fédor Romanow, couronné en 1645 , n'est guère connu dans l'Europe que pour avoir été le père de Pierre-le-Grand.

DEML

La Russie, jusqu'au ciar Pierre, resta presque inconnue aux peuples méridionaux de l'Europe , ensevelie sous un despotisme malheureux du prince sur les boyards , et des boyards sur les cultivateurs. Les abus dont se plaignent aujourd'hui les nations policées, auraient été des lois divines pour les Russes. 11 y a quelques règlemens parmi nous qui excitent les murmures des comniercans et des manufacturiers ; mais dans ces pays du JVord il était très rare d'avoir un lit : on couchait sur des planches que les moins pauvres couvraient d'un gros drap acheté aux foires éloignées , ou bien d'une peau d'animal, soit domestique , soit sauvage. Lorque le comte de Carlile, ambassadeur de Charles n d'Angleterre à Moscou , traversa tout l'empire russe d'Archangel en Pologne, en i663, il trouva partout cet usage, et la pauvreté générale que cet usage suppose , tandis que l'or et les pierreries brillaient à la cour au milieu d'une pompe grossière. ( Histoire de Picrre-le- Grand. )

DÉMONIAQUE, promenée k.\ 1^99 par dbs capccins. — Le parlement de Paris, renfermé dans les bornes de son devoir , n'en fut que plus respecté ; et il eut beaucoup plus de réputation sous Henri iv que sous la ligue.

L'a lia ire ecclésiastique dans laquelle il signala le plus sa prudence , fut celle qui fit le moins d'honneur à quelques ecclésiastiques encore ennemis secrets du roi qui avait embrassé leur religion. Ils imaginèrent de produire sur la scène une démoniaque , pour confondre les protestans dont Je roi récompensait les services fidèles , et dont plusieurs avaient un grand crédit à la cour. On prétendait exciter les peuples catholiques, en leur fesant voir combien Dieu les distinguait des huguenots. Dieu ne fesait qu'à eux la faveur de leur envoyer des possédés; on contraignait les diables, par les exorcismes , à déclarer que le catholicisme était la vraie religion; et que, renoncer au protestantisme, c'était renoncer au diable.

Ce sont presque toujours des filles, qu'on choisit pour jouer ces comédies ; la faiblesse de leur sexe les soi/met plus aisément que les hommes aux séductions de 1/iurs directeurs ; et , accoutumées par leur faiblesse même à cacher leurs secrets, elles soutiennent ces rôles singuliers avec plus de constance que les hommes.

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