‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 27 sur 183 · CHR · texte numérisé non relu

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tenus avec une magnificence et une économie qui n'ont rien d'égal que chez le» anciens Romains. (Essai sur (es Mœurs ) CHRISTIERN II, roi de Suède. -1

tBSTiW QU'IL DONZIB AUX GRANDS Dg SX COUR

(8 novembre i5ao.) — Les Suédois, en secouant le joug des évèques de la communion romaine, écoulèrent surtout les motifs delà vengeance. [i5ao] Opprimelong-temps par quelques évèques, et surtout par les archevêques d'Upsal, primats du royaume, ils étaient encore indignés de la barbarie commise, il n'y a\ait que trois ans, parle dernier archevêque, nomme Troll. Cet archevêque, ministre et complice de Christiern n, surnommé le Néron du Nord, tyran du Danemarck et de la Suède, était un monstre de cruauté, non moins abominable que Christiern; il avait obtenu une bulle du pape contre le sénat de Stockolm, qui s'était opposé à ses déprédations, aussi biA qu'à l'usurpation de Christiern; mais tout ayant été apaisé, les deux tyrans Christiern cl l'archevêque ayant juré .^ur l'hostie d'oublier le passé, le roi invita dans son palais deux évèques, tout le sénat, et quatre-vingt-quatorze seigneurs. Toutes les tables étaient servies : on était dans la sécurité et dans la joie, lorsque Christiern et l'archevêque sortirent de table. Ils rentrèrent un moment après, mais suivis de satellites et de bourreaux : l'archevêque, la bulle du pape à la main , fit massacrer tous les convives. On fendit le ventre au grand prieur de l'ordre de saint Jean de Jérusalem, et on lui arracha le cœur.

Cette fête de deux tyrans fut terminée par la boucherie qu'on fit de plus de six cents citoyens, sans distinction d'âge ni de sexe.

Les deux monstres, qui devaient périr par le supplice du grand-p/ieur de Saint- Jean , moururent à la vérité dans leur lit ; mais l'archevêque après avoir étéblessé daus un combat, et Christiern après avoir été détrôné. [i5ao] Le fa meux Gustave Vasa , comme nous l'avons dit en parlant de la Suède, délivra sa patrie du tyran; et les quatre états du royaume lui ayant décerné la couronne, il ne tarda pas à exterminer une religion dont on avait abusé pour commettre de si exécrables crimes.

(Essai sur (es Mœurs.)

CHRISTINE, reine de Suède. — son abdication (ai mai i654.) — Christine»

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Fillede Gustave, et non moins célèbre que lui, ayant régné aussi glorieusement qu<son père avait combattu , ayant présidé aux traités de Wcstphalîe [i65aj tjui pacifièrent l'Allemagne , étonna l'Europe par l'abdication de sa couronne , à l'âge de vingt-sept ans. Puffendorf dit qu'elle fut obligée de se démettre : mais en même temps il avoue que, lorsque c< t te reine communiqua pour la première l'ois sa résolution au sénat, en i<>5i , des sénateurs en larmes la conjurèrent <le ne pas abandonner le royaume ; qu'elle n'en fut pas moins ferme dans le mépris de son trône , et qu'enfin , ayant assemblé les états, elle quitta la Suède « malgré, les prières de tous ses sujets, fille n'avait jamais paru incapable de porter le poids de la couronne , mais elle aimait les beaux-arts. Si elle avait été reine en Italie, où elle se relira, elle n'eût point abdiqué. Ces me plu%, grand exemple de la supériorité réelle des arts , de la politesse et de la société perfectionnée , sur la grandeur qui n'est que grandeur.

Son dessein était d'aller se retirer au milieu d'eux en Italie. Elle ne vint en France que pour y passer , parce que ces arts ne commençaient qu'à y naître. Son goût la fixait à Rome. Dans cette vue elle avait quitté la religion luthérienne pour la catholique ; indifférente pour l'une et pour l'autre , elle ne fit point scrupule de se conformer, en apparence, aux sentimens du peuple chez qui elle voulut passer sa vie. Elle avait quitté son royaume en i654» et fait publiquement à Inspruck la cérémonie de son abjuration. Elfe plut à la cour de Fiance, quoiqu'il ne se trouvât pas une femme dont le géuie pût atteindre au sien. Le roi la vit, et lui rendit de grands honneurs; mais à peine lui parla-t-il.

Élevé dans l'ignorance, le bon sens avec lequel il était né le rendait timide.

La plupart des femmes et des courtisans n'observèrent autre chose dans cette reine philosophe , sinon qu'elle n'était pas coiffée à la française , et qu'elle dansait mal. Les sages ne condamnèrent dans elle que le meurtre de Monaldcschi, son écuyer, qu'elle fit assassiner à Fontainebleau dans un second M»\age. De quelque faute qu'il fût coupable envers elle, ayant renoncé à la royauté, elle devait demander justice, et n<»n se la faire. Ce n'était pas une

reine qui punissait un sujet; c'était une femme qui terminait une galanterie par un meurtre; c'était un Italien qui en fesait assassiner un autre par l'ordre d'une Suédoise, dans un palais du roi de France. Nul ne doit être mis à mort que par les loi*. Christine , en Suède , n'aurait ' eu le droit de faire assassiner personne; et certes, ce qui eût été un crime à Stockholm n'était pas permis à Fontainebleau. Ceux qui ont justifié cette action, méritent de servirde pareils maîtics.Ccttc honte et celte cruauté ternirent la philosophie de Christine, qui lui avait fait quitter un trône. Elle eût été punie en Angleterre, et dans tous les pay* où les lois régnent : mais la France ferma le* yeux à cet attentat contre l'autorité du roi, contre le droit des nations, et contre l'humanité. (SiècU do Louis XI P.)

COLICM. (l'amiral Gaspard de) — pfioFANATion ob soif CADAviE ' 37 septembre i5?3.) — La journée de la Saint- Barthéfemi fut ce qu'il y a jamais eu de plus horrible. La manière juridique dont la cour voulut «outenir et justifier ces massacres, fut ce qu'on a vu jamais de plus lâche. Charles îx alla lui-même au parlement, le troisième jour des massacres , et pendant qu'ils duraient encore. 11 présupposa que l'amiral de Coligni et tous ceux qu'on avait égorgés , et dont on continuait de poursuivre la vie , av. lient fait une conspiration contre sa personne et contre la famille royale, et que cette conspiration était près d'éclater, quand on se vit obligé de l'étouffer dans le sang des complices.

11 n'était pas possible que Coligni , assassiné trois jours avant par Maurevert , presque sous les yeux du roi, et blessé très-dangereusement , eût fait dans son lit cette conspiration prétendue.

C'était le temps des vacances du parlement; on assembla exprès une chambre extraordinaire. Cette chambre condamna l'amiral Coligni , déjà mort et mis en pièces, à être traînés sur la claie, et pendu à un gibet dans la place de Grève, d'où il serait porté aux fourches patibulaires de Montfaucon. Par cet arrêt, son château de Châlillon-sur-Loing fut rasé , les arbres du parc coupés ; on sema du sel sur le territoire de cette seigneurie ; on croyait par là rendre ce terrain stérile , comme s'il n'y eût pas eu dans ces temps déplorables assez de friches en France. lTn ancien préjugé fesait pen-

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ser que le tel ôte à h terre sa fécondité ; c'est précisément tout le contraire ; mais l'ignorance des hommes égalait alors leur férocité.

Les eofans de Goligni , quoique nés du sang le plus illustre, furent déclarés roturiers, privés non-seulement de tous leurs biens , mais de tous les droits de citoyen , et incapables de tester. Enfin le. parlement ordonna qu'on ferait tous les ans à Paris une procession pour rendre grâces à Dieu des massacres, et pour en célébrer la mémoire. Cette procession ne se fit point , parce que les temps changèrent ; et cette honte fut du moins épargnée à la nation.

Par un autre arrêt du môme jour , deux gentilshommes , amis de l'amiral, Briquemaut et Cavagnes, échappés aux assassins de la saint Barlhélcmi « lurent condamnés à être pendus comme complices de la prétendue conspiration ; ils furent traînés le même jour dans un tombereau à la Grève, avec l'effigie de l'amiral. De Thou assure que le roi et Catherine , sa mère, vinrent jouir de ce spectacle à l'hôtel de ville , et qu'ils y traînèrent le roi de Navarre , notre Henri iv. {Histoire qcnéraie^)

COLOMB (Christophe). — dkcoovib l'ambbiqub ( i5 mars ifoù). — C'est ici le plus grand événement sans doute de notre ^lobe , dont une moitié avait toujours été ignorée de l'autre. Tout ce qui a paru grand jusqu'ici semble disparaître devant cette espèce de création nouvelle. Nous prononçons encore avec une admiration respectueuse les noms des Argonautes, qui firent cent fois moins que les matelots de Gama et d'Albuquerquc.

Que d'autels on eût érigés dans l'antiquité à un Grec qui eût découvert l'Amérique l Christophe Colombo et Barthelcmi son frère ne furent pas traités ainsi.

Colombo, frappé des entreprises des Portugais a conçut qu'on pouvait faire quelque chose de plus grand; et, par la seule inspection d'une carte de notre univers , jugea qu'il devait y en avoir un autre, et qu'on le trouverait en voguant toujours vers l'Occident. Son courage fut égal à la force de son esprit, et d'autant plus grand qu'il eut à combattre les préjugés de tous ses contemporains , et à soutenir les refus de tous les princes. Gènes, sa patrie, qui le traita de visionnaire, perdît la seule occasion de s'agrandir, qui

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pouvait s'offrir pour elle. Henri vu , toi

d'Angleterre, plus avide d'argent que capable d'en hasarder dans une si noble en* treprisè , n'écouta pas le frère de Colombo : lui-même fut refusé en Portugal par Jean u, dont les vues étaient entièrement tournées du côté de l'Afrique. II ne pouvait s'adresser a la France, où ia marine était toujours négligée, et les affaires autant que jamais en confusion, sous la miuorité de Charles vm. L'empereur Maximilien n'avait ni ports pour une flotte , ni argent pour l'équiper, ni grandeur de courage pour un tel projet. Venise eût pu s'en charger; mais, soit que l'aversion des Génois pour les Vénitiens ne permit pas à Colombo de s'adresser à la rivale de sa patrie, soit que Venise ne conçut de grandeur que dans son commerce d'Alexandrie et du Levant, Colombo n'espéra qu'en la cour d'Espagoe.

Ferdftand, roi d'Aragon, et Isabelle, reine de Castille, réunissaient par leur mariage toute l'Espagne, si vous en exceptez le royaume de Grenade, que les maliométans conservaient encore, mais que Ferdinand leur enleva bientôt après. L'uniou d'Isabelle et de Ferdinand prépara la grandeur de l'Espagne : Colombo la commença; mais ce ne fut qu'après huit ans de sollicitations que la cour d'Isabelle consentit au bien que le citoyen île Gènes voulait lui faire. Ce qui fait échouer les plus grands projets , c'est presque toujours le défaut d'argent. La cour d'Espagne était pauvre. Il fallut que le prieur Pérez, et deux négociaos , nommés Pinzone , avançassent dix-sept mille ducats pour les frais de l'armement, [aô août 1492] Colombo eut de la cour une patente, et partit enfin du port de Palos en Andalousie , avec trois petits vaisseaux et un vain titre d'amiral.

Des îles Canaries, où il mouilla, il ne mit que trente-trois jours pour découvrir la première île de l'Amérique; et pendant ce court trajet il eut à soutenir plus de murmures de son équipage qu'il n'a vait essuyé de refus des princes de l'Europe. Cette île, située environ à mille lieues des Canaries , fut nommée San Salvador. Aussitôt après il découvrit les autres îles Lucayes, Cuba et Hispaniola, nommée aujourd'hui Saint-Domingue.

[i5 mars 1 i<j~>] Ferdinand et Isabelle furent dans une singulière surprise de le voir revenir au bout de sept mois avec des Américains d'Hispaniola, des raretés

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du pays, et surtout de l'or qu'il leur présenta. Le roi et la reine le firent asseoir et couvrir comme un grand d'Espagne, Je nommèrent grand amiral et vice-roi du nouveau monde. Il était regardé partout comme un homme unique envoyé du ciel. C'était alors à qui s'intéresserait dans ses entreprises, à qui s'embarquerait sous ses ordres. Il repart avec une flotte de dix-sept vaisseaux. [i4o3] Il trouve encore de nouvelles îles, les Antilles et la Jamaïque. Le doute s'était changé en admiration pour lui, à son premier voyage; mais l'admiration se tourna en envie au second.

Il était amiral, vice-roi, et pouvait ajouter à ces titres celui de bienfaiteur de Ferdinand et d'Isabelle. Cependant des juges , envoyés &ur ses vaisseaux mêmes pour veiller sur sa conduite, le ramenèrent en Fspagne. Le peuple, qui entendit que Colombo arrivait, courut au-devant de lui, comme du génie tutélaire de l'£spagne. On tira Colombo du vaisseau, il parut, mais avec les fers aux pieds et aux mains.

Ce traitement lui avait été fait par l'ordre de Fonseca, évêque de Burgos, intendant des arméniens. L'ingratitude était aussi grande que les services. Isabelle en fut honteuse : elle répara cet affront autant qu'elle le put; mais on retint Colombo quatre années, soit qu'on craignît qu'il ne prit pour lui ce qu'il avait découvert, soit qu'on voulût seulement avoir le temps de s'informer de sa conduite. Enfin, on le renvoya encore dans son nouveau monde. [1498] Ce fut à ce troisième voyage, qu'il aperçut le continent a dix degrés de I equatcur, et qu'il vit la côte où l'on a bâti Cartbagène.

Lorsque Colombo avait promis un nouvel hémisphère, on lui avait soutenu que cet hémisphère ne pouvait exister; et, quand il l'eut découvert, on prétendit qu'il avait été connu depuis long-temps. Je ne parle pas ici d'un Martiu Behem de Nuremberg, qui, dit-on, alla de Nuremberg au détroit de Magellan, en 1460, avec une patente d'une duchesse de Bourgogne, qui , ne régnant pas alors, ne pouvait donner de patentes. Je ne parle pas des prétendues cartes qu'on montre de ce Martin Behem, et des contradictions qui décréditent cette fable : mais" enfin ce Martin Behem n'avait pas peuplé l'Amérique. On en fesait honneur aux Carthaginois, et on citait un livre

d'Aristote qu'il n'a pas composé. Queiqu es-un s ont cru trouver de la coq for mité entre des paroles des caraïbes et de» mots hébreux, et n'ont pas manqué de suivre une si belle ouverture. D autres ont su que les enfans de Noé , «'étant < tablis en Sibérie, passèrent de là en Canada sur la glace, et qu'ensuite leurs enfans nés en Canada allèrent peupler le Pérou. Les Chinois et les Japonais , selon d'autres , envoyèrent des colonies en Amérique, et y firent passer des jangart *

Îour leur divertissement, quoique ni le apun ni la Chine n'aient de jangars.

C'est ainsi que souvent les savans ont raisonné sur ee que les hommes de génie ont inventé. On demande qui a mis des hommes en Amérique : ne pourrait-on pas répondre que c 'est celui qui y fait croître des arbres et de l'herbe .J

La réponse de Colombo à ces envieux, est célèbre. Ils disaient que rien n'était plus facile que ses découvertes. 11 leur proposa de faire tenir un œuf debout; et, aucun n'ayant pu le faire, il cassa le bout de l'œuf, et le fit tenir. « Cela était bien aisé , ■ dirent les assistans. ■ Que ne vous en avisiez-vous donc? » répondit Colombo. Ce conte est rapporté du Brunelleschi, grand artiste, qui réforma l'architecture à Florence long-temps avant que Colombo existât. La plupart des bons mots sont des redites.

La cendre de Colombo ne s'intéresse plus à la gloire qu'il eut pendant sa vie , d'avoir doublé pour nous les œuvres de la création : mais les hommes aiment à rendre justice aux morts, soit qu'ils se flattent de l'espérance vaine qu'on la rendra mieux aux vivans, soit qu'ils aiment naturellement la vérité.

( Histoire générale. ) COJNOÉ (le prince de). — est assa*

S1.\K A LA. BATAILLE DE JABNAC ( l3 mars

1569). — Louis de Condé, frère d'Antoine, roi de Navarre , le septième et dernier des enfans de Charles de Bourbon, duc de Vendôme, fut un db ces hommes extraordinaires nés pour le malheur et pour la gloire de leur patrie. Il fut long-temps le chef des réformés , et mourut, comme l'on sait, à Jarnac. 11 avait un bras en écharpe le jour de la bataille. Comme il marchait aux ennemis, le cheval du comte de la Rochefoucauld, son beau-frère, lui donna un coup de pied uî lui cassa la jambe. Ce prince , sans signer se plaindre, s'adressa aux gen-

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tilshommea qui l'accompagnaient : « Apprenez, leur dît-il | que .'es chevaux fougueux nuisent plus qu'ils ne servent dans une armée. » Un instant après il leur dit : «Avec un bras en écharpe et une jambe cassée , le prince de Coudé ne craint point de donner la bataille, puisque vous le suivez; » et chargea dans le moment.

Brantôme dit qu'après que le prince se fut rendu prisonnier à Dargencc , dans # cette bataille, un très honnête et très brave gentilhomme , nommé Montesquiou, qui, ayant demandé qui c'était, comme on lui dit que c'était M. le princé de Condé : « Tuez , tuez , mordieu , » ditil; et lui tira un coup de pistolet dans la tète. Montesquiou était capitaine des gardes du duc d'Anjou , depuis Henri ni.

Le comte de Soissons , fils cadet du prince de Condé, chercha partout Montesquiou et ses parens poar les sacrifier à sa vengeance.

Henri iv était à la journée de Jarnac, quoiqu'il n'eût pas quatorze ans , et remarqua les fautes qui firent perdre la bataille.

Le prince de Condé était bossu et petit, et cependant plein d'agrémens, spirituel, galant, aimé des femmes. On fit, sur lui ce vaudeville :

Ce petit homme tant joli, Qui ton jours cause et toujours rit.

Et toujours baise m mignonne ; Dieu ganl' de mal ce petit homme.

La maréchale de Saint-André se ruina pour lûi, et lui donna, entr'autres présens, la terre de Vallcry, qui depuis est devenue la sépulture des princes de la maison de Condé.

Jamais général ne fut plus aimé de ses soldats ; on en vit à Pont-à-Mousson un exemple étonnant. Il manquait d'argent pour ses troupes, et surtout pour les reîtres qui étaient venus à son secours et qui menaçaient de l'abandonner. Il osa proposer à son armée, qu'il ne payait point, de payer elle-même l'armée auxiliaire ; et, ce qui ne pouvait jamais arriver que dans une guerre de religion et sous un général tel que lui , toute son armée se cotisa, jusqu'au moindre goujat.

11 fut condamné, sous François u, à Orléans, à perdre la tête; maispn ignore si l'arrêt fut «igné. La Fiance fut étonnée de voir un pair, prince du sang, qui ne pouvait être jugé que par la cour des pairs, les chambres assemblées, obligé de répondre devant des commissaires;

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mais ce qui parnt le plus étrange , fut que

ces commissaires mêmes fussent tirés du corps du pa rlement. C'était Christophe de Thou, depuis premier président, et père de l'historien ; Barthélemi Faye , Jacques Viole, conseillers; Bourdin , procureur général; et du Tillet , grenier; qui tous, en acceptant cette commission, dérogeaient à leurs privilèges, et s'ôtatent par là la liberté de réclamer leurs droits , si jamais on leur eût voulu donner a euxmêmes, dans l'occasion, d'autres juges que leurs juges naturels. On prétend que madame Rénéc de France, fille de Louis xii et duchesse de Ferrare, qui arriva en France dans ce même temps , ne contribua pas peu à empêcher l'exécution de l'arrêt.

11 ne faut pas omettre un artifice de cour dont on se servit pour perdre ce prince, qui se nommait Louis. Ses ennemis firent frapper une médaille qui le représentait ; il y avait pour légende :

Louis xui, roi de France. On Gt tomber cette médaille entre les mains du connétable de Montmorency, qui la montra tout en colère au roi , persuadé que le prince de* Condé Tarait l'ait frapper. Il est parlé de cette médaille dans Brantôme et dans "Vigneul de Marville.

{Notes de iaHenriade).

CONDÉ (le grand Condé, prince de) — soif arrestation (18 janvier i65o.) — Le prince de Condé , ayant ramené dans Paris la cour triomphante, se livra au plaisir de la mépriser après l'avoir défendue; et , ne trouvant pas qu'on lui donnât des récompenses proportionnées à sa gloire et à ses services, il fut le premier à tourner Af azarin en ridicule , à braver la reine , à insulter le gouvernement qu'il dédaignait. Il écrivit, à ce qu'un prétend, au cardinal, ail' Uiustrissimo Signor Faquino. Il lui dit un jour : Adieu , Mars. Il encouragea un marquis de Jarsai à faire une déclaration d'amour à la reine, et trouva mauvais qu'elle osât s'en offenser. 11 se ligua avec le prince de Conti, son frère, et le duc de Longueville, qui abandonnèrent le parti de la fronde. On avait appelé la cabale du duc de Beaufort, au commencement de la régence, cèlle des importans ; on appelait celle de Condé le parti des petttsmaîtres, parce qu'ils voulaient être les maîtres dfe Pétat. 11 n'est resté de tous ce* troubles d'autres traces, que ce nom de petit maître, qu'on applique aujour-

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d*hui a la jeunesse avantageuse et mal élevée; et le nom de frondeurs , qu'on donne aux censeurs du gouvernement.

On employa, de tous côtés, des moyens aussi bas qu'odieux. Joly, conseiller au Châtelet , depuis secrétaire du cardinal de Retz , imagina de se faire une incision au "bras , et de se faire tirer un coup de pistolet dans son carrosse , pour faire accroire que la cour avait voulu l'assassiner.

Quelques jours après , pour diviser le parti du prince deCondé et les frondeurs, et pour les rendre irréconciliables , on tire des coups de fusil dans les carrosses du grand Gondé , et on tue un des valets de pied , ce qui s'appelait une joliado renforcée. Qui fit cette étrange entreprise î est-ce le parti du cardinal Mazarin ? Il en fut très soupçonné. On en accusa le cardinal de Retz, le duc de Beaufort et le vieux Broussel en plein parlement, et ils furent justifiés.

Tous les partis se choquaient , négociaient, se trahissaient tour à tour. Chaque homme important, ou qui voulait l'être , prétendait établir sa fortune sur la ruine publique ; et le bien public était dans la bouche de tout le monde. Gaston était jaloux de la gloire du grand Gondé et du crédit de Mazarin. Gondé ne les aimait ni ne les estimait. Le coadjuteur de Farchevèché de Paria voulait Être cardinal par la nomination de la reine , et il se dévouait alors à elle pour obtenir cette dignité étrangère qui ne donnait aucune autorité, mais un grand relief. Telle était alors la force du préjugé que le prince de Gonti, frère du grand Gondé, voulait aussi couvrir sa couronne de prince d'un chapeau rouge. Et tel était, en même temps , le pouvoir des iutrigues, qu'un abbé sans naissance et sans mérite, nommé La Rivière, disputait ce chapeau romain au prince : ils ne l'eurent ni l'un ni l'autre; le prince, parce qu'enfin il sut le mépriser ; La Rivière , parce qu'on se moqua de son ambition : mais le coadjuteur l'obtint pour avoir abandonné le prince de Gondé aux ressentimens de la reine. .

Ces ressentimens n'avaient d'autre fondement que de petites querelles d'intérêt entre le grand Gondé et Mazarin. Nul crime d'état ne pouvait être imputé à Gondé ; cependant on l'arrêta dans le Louvre, lui, son frère de Gonti, et son beau -i'i ère de Longue ville , sans aucune

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formalité , et uniquement parce que Mazarin le craignait [18 janvier i65o]. Cet tu démarche était, à la vérité, contre toutes les luis, mais on ne connaissait les lois dans aucun des partis *.

Le cardinal , pour se rendre maître de ces princes, usa d'une fourberie qu'on appela politique. Les frondeurs étaient accusés d'avoir tenté d'assassiner le prince de Gondé; Mazarin lui fait accroire qu'il s'agit d'arrêter un des conjurés, et de tromper les frondeurs; que c'est à son altesse à signer l'ordre aux gendarmes de la garde de se tenir prêts au Loavrc. Le grand Gondé signe lui-même l'ordre de sa détention. On ne vit jamais mieux que la politique consiste souvent dans le mensonge, et que l'habileté est de pénétrer le menteur.

On lit, dans la Vie de la duchesse de LongueviUe, que la reine-mère se retira dans son petit oratoire pendant qu'on se saisissait des princes, qu'elle fit mettre à genoux le roi son fils, âgé de onze ans, et qu'ils prièrent Dieu dévotement ensemble pour l'heureux succès de cette expédition. Si Mazarin en avait usé ainsi, c'eût été une momerie atroce. Ce n'était dans Anne d'Autriche qu'une faiblesse ordinaire aux femmes. La dévotion , chez elles , s'allie avec l'amour, avec la politique , avec la cruauté même. Les femmes fortes sont au-dessus de ces petitesses.

Le prince de Condé eût pu gouverner l'état , s'il avait seulement voulu plaire ; mais il se contentait d'être admiré. Le peuple de Paris, qui avait fait des barricades pour un conseiller-clerc presque imbécille, fit des feux de joie lorsqu'ou

* Le prince de Coudé fut d'abord conduit à Vincent] c» avec une escorte commandée par le comta de Miojsens. L'abbé de Choisi rapporte, dans sea mémoire*, que la voiture du prince avant cassé Condé dit & Miossens : « Voilà une belle occasion pour un cadet de Gascogne; * mais que Miossens fut fidèle à la reine. Cette anecdote ne peut êtr» vraie, Miossens était d'Albret, du même nom que la mère de Henri IV j et ce n'était pas du prince do Condé qu'il pouvait attendre sa fortune. C'est lo même que le maréchal d'Albret , quifut depuis un, des premiers protecteurs de Mme. de Mainteuon.

Le comte d'Harcourt , de la maison de Lorraine, conduisit ensuite Condé au Havre ; le prince , étant avccluidansla même voiture, lui fit eette ohanson :

Cet homme gros et court

Si fameux dans l'histoire,

Ce grand comte d'Harcourt

Tout rayonnant de gloire, Qui secourut Casai, et qui reprit Turin, Est devenu «ecors de Jules Xacarin.

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mena au donjon de Vincennes le défenseur et le héros de la France.

Toute la France redemandait le grand Coudé. S'il avait paru alors, la cour était perdue. Gourville, qui de simple valet de chambre du duc de La Rochefoucauld, était devenu un homme considérable par son caraclère hardi et prudent , imagina un moyen sûr de délivrer les princes enfermés alors à Vincennes. Un des conjurés eut la hélise de se confesser à un prêtre de la fronde. Ce malheureux prêtre avertit le coadjuteur , persécuteur en ce temps là du grand Condé. L'entreprise échoua par la révélation de la confession, si ordinaire dans les guerres civiles.

On voit par les mémoires du Conseiller d'état Lenet, plus curieux que connus, combien , dans ces temps de licence effrénée, de troubles, d'iniquités, et même d'impiétés, les prêtres avaient encore du pouvoir sur les esprits. Il rapporte qu'en Bourgogne le doyen de la Sainte-Chapelle , attaché au prince de Condé , offrit pour tout secours de faire parler en sa faveur tous les prédicateurs en chaire» et de faire manœuvrer tous les prêtres dans la confession. (Siècle de Louit 7LIV. )

CONRADIN (le prince). — sa fui tragique (a6 octobre ia68.) Les Guelfes venaient d'être chassés de Naples par Mainfroî.Le nouveau pape, Alexandre iv, mal affermi dans Rome, veut, comme son prédécesseur, ôter Naples et Sicile à la maison excommuniée de Suabe , et dépouiller à la fois le jeune Conradin à qui ce royaume appartient, et Mainfroi qui en est le tuteur.

Urbain iv, nouveau pontife, ofTre à Charles d'Anjou Naples et Sicile, mais il ne veut pas qu'il soit sénateur ; ce serait trop de puissance.

II pjoposc à saint Louis d'armer le duc d'Anjou pour lui faire conquérir le royaume de Naples. Saint Louis hésite. C'était manifestement ravir à un pupille l'héritage de tant d'aïeux , qui avaient conquis cet état sur les musulmans. Le pape calme ses scrupules. Charles d'Anjou accepte la donation du pape , et se fait élire sénateur de Rome malgré lui.

[1267 et 1268] Dès que Charles d'Anjou est sur le trône de Sicile , il est craint du pape et haï de ses sujets. Les conspirations se forment. Les Gibelins, qui partageaient l'Italie , envoient en Bavière solliciter le jeune Conradin de venir prendre l héritags dé ses pères. Clément iv,

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successeur d'Urbain, lui défend de passer en Italie, comme un souverain donne un ordre à son sujet.

Conradin part à l'âge de seize ans avec le duc de Ravière, son oncle, le comte de Tirol, dont il vient d'épouser la fille, et surtout avec le jeune duc d'Autriche son cousin, qui n'était pas plus maître de l'Autriche que Conradin ne l'était de Naples. Les excommunications ne leur manquèrent pas. Clément iv, pour leur mieux résister, nomme Charles d'Anjou vicaire impérial en Toscane : car les papes, osant prétendre au'ils donnaient l'empire , devaient à plus forte raison en donner le vicariat. La Toscane , cette province illustre , devenue 'libre par son esprit et par son courage, était partagée en Guelfes et en Gibelins; et par là les Guelfes y prennent toute l'autorité.

Charles d'Anjou , sénateur de Rome et chef de la Toscane, en devenait plus redoutable au pape : mais Conradin l'eût été davantage.

Tous les cœurs étaient à Conradin ; et, par une destinée singulière, les Romains et les musulmans se déclarèrent en même temps pour lui. D'un côté , l'infant Henri, frère d'Alfonsc x, roi de Castille, vrai chevalier errant, passe en Italie, et se fait déclarer sénateur de Rome pour y soutenir les droits de Conradin. De l'autre, un roi de Tunis leur prête de l'argent et des galères ; et tous les Sarrasins qui étaient restés dans le royaume de Naples prennent les armes en sa faveur.

Conradin est reçu dans Rome au Capitole comme un empereur. Ses galères abordent en Sicile : et presque toute la nation y reçoit ses troupes avec joie. Il marchede succès en succès jusqu'à Aquila dans l'Abruzze. Les chevaliers français aguerris défont entièrement en bataille rangée l'armée de Conradin, composée à la hâte de plusieurs nations.

Conradin, le duc d'Autriche» et Henri de Castille , sont faits prisonniers.

Les historiens Villani, Guadelfiero, Fazelli, assurent que le pape Clément iv demanda le supplice de Conradin à Charles d'Anjou. Ce fut sa dernière volonté. Le pape mourut bientôt après. Charles fait prononcer une sentence de mort par son protonotaire, Robert de Bari, contre les deux princes. Il envoie prisonnier Henri de Castille en Provence ; car la Provence lui appartenait du chef de sa femme. Le a6 octobre 12Ç8, Conradin et Fré-

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déric d'Autriche 6ont exécutés dans le marché de Naples par la main du bourreau. C'est le premier exemple d'un pareil attentat contre des tètes couronnées.

Conradin, avant de recevoir le coup, jeta son gant clans l'assemblée, en priant qu'il fut porté à Pierre d'Aragon son cousin , gendre de Mainfroi , qui vengera un jour sa mort. Le gant fut ramassé par le chevalier Truchsès de Walbourg, qui exécuta en elTet sa volonté. Depuis ce temps Ja maison de Walbourg porte les armes de Conradin, qui sont celles de Suabe. Le jeune duc d'Autriche est exécuté le premier. ( Histoire gèneraie. )

CONSTANTIN, empereur. — de son

PKKIKMiL LEGS EN FAVEUR DE l'ÉGMSE RO- MAINE (année 336.) — On sait assez sur

3uelle imposture est fondée la donation c Constantin ; mais cette pièce est aussi rare que curieuse. Il est utile de la transcrire ici pourfaire connaître l'excès de l'absurde insolence de ceux qui gouvernaient les peuples, et l'excès de l'imbécillité des gouvernés. C'est Constantin qui parle.

«Nous, avec nos satrapes et tout le sénat, et le peuple soumis au glorieux empire , nous avons jugé utile de donner au successeur du prince des apôtres une plus grande puissance que celle que notre sérénité et notre mansuétude ont sur la terre. Nous avons résolu de faire honorer la sacro-sainte église romaine plus que notre puissance impériale , qui n est que terrestre; etnousattiibuonsau sacré siège du bienheureux Pierre toute la dignité, toute la gloire et toute la puissance impériale. .Nous possédons les corps glorieux de saint Pierre et de saint Paul , et nous les avons honorablement mis dans des caisses d'ambre, que la force des

auatre élémens ne peut casser. Nous avons onné plusieurs grandes possessions en Judée, en Grèce, dans l'Asie, dans l'Afrique et dans l'Italie, pour fournir aux frais de leurs luminaires. Nous donnons , en outre, à Sylvestre et à ses successeurs, notre palais de Latran, qui est plus beau que tous les autres palais du monde.

« Nous lui donnons notre diadème , notre couronne, notre mitre, tous les habits impériaux que nous portons, et nous lui remettons la dignité impériale, et le commandement de la cavalerie.

\ous voulons que les révérendissimes Hères de la sacro-sainte romaine é^li^e jouissent de tous les droits du sénat. Nous le* créons tous patrices et consuls. \ou«

CON

Toulon» que leurs chevaux soient toujours

ornés de caparaçons blancs , et que non principaux officiers tiennent ces chevaux par la bride, comme nous avons conduit nous-mêmes par la bride le cheval du sacré pontife.

« Nous donnons en pur don au bienheureux pontife , la ville de Rome et toutes les \illes occidentales de l'Italie, comme aussi les autres villes occidentales des autres pays. Nous cédons la place au saint père ; nous nous démettons de h domination sur toutesces provinces ; nous nous retirons de Home , et transportons le siège de notre empire en la province de Byzancc; n'étant pas juste qu'un empereur terrestre ait le moindre pouvoir dans les lieux ou Dieu a établi le chef de la religion chrétienne.

• Nous ordonnons que cette nôtre donation demeure ferme jusqu'à la fin du monde , et que si quelqu'un désobéit à notre décret, nous voulons qu'il soit damné éternellement, et que les apôtres Pierre et Paul lui soient contraires en cette vie et en l'autre, et qu'il soit plongé au plus profond de l'enfer avec le diable. Donné sous le consulat de Constantin et de Gallicanus. »

Croira-t-on un jour qu'une si ridicule imposture, très digne de Gillect de Pierrot, ou de Nonotte, ait été généralement adoptée pendant plusieurs siècles ? Croira-t-on qu'en 1.4 78 on brûla dans Strasbourg des chrétiens qui osaient douter que Constantin eût cédé l'empire romain au pape ?

Constantin donna en effet, non au seul évêque de Rome, mais à la cathédrale, qui était l'église de Saint Jean , mille marcs d'or, et trente mille d'argent, avec quatorze mille sous de rente, et des* terres dans la Calabre. Chaque empereur ensuite augmenta ce patrimoine. Les évé ques de Rome en avaient besoin. Les missions qu'ils envoyèrent bientôt dans 1 Europe païenne , les évèques chassés de leurs sièges, auxquels ils donnèrent un asile, les pauvres Qu'ils nourrirent, les mettaient dans la nécessité d'être très riches. Le crédit de la place , supérieur aux richesses, fit bientôt du pasteur des chrétiens de Rome, l'homme le plus considérable de l'Occident. La piété avait toujours accepté ce ministère ; l'ambition h> brigua. On se disputa la chaire; il y eut deux anti-papes dès le milieu du quatrième siècle ; et le consul Prétextât, ido-

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