‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 53 sur 183 · GUY · texte numérisé non relu

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que sainte Thérèse. L'ambition d'avoir des disciples, la plus forte peut-être de toutes les ambitions, s'empara tout entière de son cœur.

Son directeur La Combe la conduisit en Savoie, dans son petit pays d'Anneci, où l'évêque titulaire d'Anneci fait sa résidence. C'était déjà une très-grande indécence à un morne de conduire une jeune veuve hors de sa patrie ; mais c'est ainsi qu'en ont usé presque tous ceux qui ont voulu établir une secte; ils traînent presque toujours des femmes avec eux.

La jeune veuve se donna d'abord quelque autorité dans Anneci, par sa profusion en aumônes. Elle tint des conférences. Elle prêchait le renoncement entier A soi-même, le silence de l'âme, l'anéantissement de toutes ses puissances, le culte intérieur , l'amour pur et désintéressé, qui n'est ni avili par la crainte , ni animé de l'espoir des récompenses.

Les imaginations tendres et flexibles, surtout celles des femmes et de quelques jeunes religieux , qui aimaient plus qu'ils ne croyaient !a parole de Dieu dans la bouche d'une belle femme , furent aisément touchées de cette éloquence de paroles , la seule jpropre & persuader tout à des esprits prépares. Elle fit des prosélytes. L'évêque d'Anneci obtint qu'on la ht sortir du pays, elle et son directeur. Ils s'en allèrent à Grenoble. Elle y répaudit un petit livre intitulé te Moyen court , et un autre sous le nom des Torrent , écrits du style dont elle parlait; et fut encore obligée de sortir de Grenoble.

Se flattant déjà d'être au rang des confesseurs, elle eut une vision, et elle prophétisa ; elle envoya sa prophétie au père La Combe. « Tout l'enfer se bandera , dit-elle, pour empêcher les progrès de l'intérieur et la formation de Jésus-Christ dans les Âmes. La tempête sera telle,

3u'il ne restera pas pierre sur merre ; et me semble que dans toute la terre U y aura trouble, guerre et renversement.

La femme sera enceinte de l'esprit intérieur, et le dragon se tiendra debout devant elle. »

La prophétie se trouva vraie en partie: l'enfer ne se banda point, mais étant revenue à Paris, conduite par son directeur , et l'un et l'autre ayant dogmatisé , en 1687, l'archevêque de Harlai de Chanvalon obtint un ordre du roi pour faire enfermer La Combe comme un séduc-

teur, et pour mettre dans un couvent madame Guyon comme un esprit aliéné qu'il fallait guérir. Mais madame Guyon, avant ce coup , s'était fait des protections qui la servirent. Elle avait dans la maison de Saint-Cyr , encore naissante , une cousine, nommée madame de La Maison- Fort, favorite de madame de Maintenoo.

Elle s'était insinuée dans l'esprit des duchesses de Chevreuse et de Beauvilliers.

Toutes ses amies se plaignirent hautement que l'archevêque de Harlai, connn pour aimer trop les femmes, persécutât une femme qui ne parlait que de l'amour de Dieu.

La protection toute-puissante de madame de Maintenoo imposa silence à l'archevêque de Paris , et rendit la liberté à madame Guyon. Elle alla à Versailles , s'introduisit dans Saint-Cyr, assista à des conférences dévotes que fesait l'abbé de Fénelon , après avoir diné en tiers avec madame de Maintenon. La princesse d'Harcourt , les duchesses de Chevreuse, de Beauvilliers et de Charost étaient de , ces mystères.

L'abbé de Fénelon, alors précepteur des enfans de France, était l'homme de la cour le plus séduisant. Né avec un cœur tendre et une imagination douce et brillante , son esprit était nourri de la fleur des belles-lettres. Plein de goût et de grâces, il préférait dans la théologie tout ce qui a l'air touchant et sublime , à ce qu'elle a de sombre et d'épineux. Avec tout cela , il avait je ne sais quoi de romanesque qui lui iospira, non pas les rêveries de madame Guyon , mais un goût de spiritualité qui ne s'éloignait pas des idées de cette dame.

Son imagination s'échauffait par la candeur et La vertu comme les autres par leurs passions. Sa passion était d'aimer Dieu pour lui-même. Il ne vit dans madame Guyon qu'une âme pure éprise du même goût que lui , et se lia sans scrupule avec elle. Madame Guyon , assurée et fière d'un tel disciple qu elle appelait son fils , et comptant même sur madame de Maintenon, répandit dans Saint-Cyr toutes ses idées. L'évêque de Chartres, Godet, dans le diocèse duquel est Saint* Cyr, s'en allarma et s'en plaignit. L'archevêque de Paris menaça encore de recommencer ses premières poursuites.

L'abbé Fénclon voyait un orage se former , et craignit de manquer les grands postes où il aspirait. Il conseilla à son

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