‹ Dictionnaire historique des événemens remarquablesChapitre 55 sur 183 · HAC · texte numérisé non relu

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l'évêque de Meaux. Il semblait qu'une afîaire assoupie dans laquelle il n'y avait eu jusques là que du ridicule, ne devait jamais se réveiller. Mais madame Guyon accusée de dogmatiser toujours, après avoir promis le silence , fut enlevée par ordre du roi dans la même année 1695, et mise en prison à Vincennes comme si elle eût été une personne dangereuse dans l'état. Elle ne pouvait l'être, et ses pieuses rêveries ne méritaient pas l'attention du souverain. Elle composa à Vincennes un gros volume de vers mystiques plus mauvais encore que sa prose; elle parodiait les vers des opéras. Elle chantait souvent :

L'amour pur et parfait ri plus loin qu'on ne pense : On ne «ait pas lorsqu'il commence, Tout ce qu'il doit coûter un jour.

Mon cœur n'aurait connu Vincennes ni souffrance S'il n'eût connu le put amour.

( Essai sur les mœurs. )

HACHETTE. — Vouez Jeanne Uachette.

HAYE (la), ville de Hollande. — kr-

TBEPniSK MARQUÉE DO MAEKCHAL DK LUXEM- BOURG xn 167a. — Le gouverneur de Flandre, Monterey, sans être avoué du conseil timide d'Espagne , renforça la petite armée du prince d'Orange d'environ dix mille hommes. Alors ce prince fit tête aux Français jusqu'à l'hiver. Cotait déjà beaucoup de balancer la fortune. Enfin l'hiver vint; les glaces couvrirent les inondations de la Hollande. Luxembourg, qui commandait Utrecht , fit un nouveau genre de guerre inconnu aux Français, et mit la Hollande dans un nouveau danger, aussi terrible que les précédens.

Il assemble, une nuit, près de douze mille fantassins tirés des garnisons voisines. On arme leurs souliers de crampons. Il se met à leur tête et marche sur la glace vers Levde et vers la Hâve. Un dégel survint : la Haye fut sauvée. Son armée entourée d'eau, n'ayant plus de chemin ni de vivres, était près de périr. Il fallait, pour s'en retourner à Utrecht, marcher sur une digue étroite et fangeuse , où l'on pouvait à peine se traîner quatre de front. On ne pouvait arriver à

cette digue qu'en attaquant un fort, qui semblait imprenable sans artillerie. Quand ce fort n'eût arrêté l'armée qu'un seul jour, elle serait morte de faim et de fatigue. Luxembourg était sans ressource ; ruais Ja fortune, qui avait sauvé la Haye, sauva son armée par la lâcheté du commandant du fort, qui abandonna son poste sans aucune raison. Il y a mille événemens dans la guerre commo dans la vie civile, qui sont incompréhensibles : celui-là est de ce nombre. Tout le fruit de cette entreprise fut une cruauté qui acheva de rendre le nom français odieux dans ce pays. Bodegrave et Svammerdam, deux bourgs considérables, riches et bien peuplés, semblables à nos villes de la grandeur médiocre, furent abandonnés au pillage des soldats pour le prix de leur fatigue. Ils mirent le feu à ces deux villes ; et à la lueur des flammes ils se livrèrent à la débauche et à la cruauté. Il est étonnant que le soldat français soit si barbare , étant commandé par ce prodigieux nombre d'officiers qui ont, avec justice, la réputation d'être aussi humains que courageux. Ce pillage laissa une impression si profonde, que plus de quarante ans après j'ai vu les livres hollandais, dans lesquels on

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apprenait à lire aux enfans , retracer cette aventure , et inspirer la haine contre les Français à des générations nouvelles.

{SiècU de Louis XIV.) HENRI II, roi d'Angleterre. — tait

ASSASSMEB L* AECIIBVEQlJ B OR CARTOEBBEY

( 29 décembre 1 170.) — L'Angleterre prenait une nouvelle face sous Henri 11 , qui réunissait la Normandie, l'Anjou, la Touraine , la Saintonge , le Poitou , la Guicnne, avec l'Angleterre, excepté Cornouaiîle non encore soumise. Touty était tranquille , lorsque ce bonheur fut trou* blé par la grande querelle du roi et de Thomas Becquct, qu'on appelle saint Thomas de Gantorbéri.

Ce Thomas Becquet, avocat , élevé par le roi Henri 11 à la dignité de chancelier, et enfin à celle d'archevêque de Gantorbéri, primat d'Angleterre et légat du pape, devint l'ennemi de la première personne de l'état dés qu'il fut la seconde. Un prêtre commit un meurtre. Le primat ordonna qu'il serait seulement privé de son bénéfice. Le roi indigné lui reprocha qu'un laïque en cas pareil étant puni de mort , c'était inviter les ecclésiastiques au crime , que de proportionner si peu la peine au délit. L'archevêque soutint qu'aucun ecclésiastique ne pouvait être puni de mort , et renvoya ses lettres de chancelier, pour être entièrement indépendant.Le roi, dans un parlement, proposa qu'aucun évêque n'allât à Rome, qu'aucun sujet n'appelât au saiot-siége, qu'aucun vassal et officier de la couronne ne tix\ excommunié et suspendu de ses fonctions sans permission du souverain ; qu'enfin les crimes du clergé fussent soumis aux juges ordinaires. Tous les pairs séculiers passèrent ces propositions. Thomas Becquet les rejeta d'abord. Enfin il signa des lois si justes; mais il s'accusa auprès du pape d'avoir trahi les droits de l'église , et promit de n'avoir plus de telles complaisances.

Accusé devant les pairs d'avoir malversé pendant qu'il était chancelier, il refusa de répondre, sous prétexte qu'il était archevêque. Condamné à la prison, comme séditieux , par les pairs ecclésiastiques et séculiers, il s'enfuit en France, et alla trouver Louis le-Jeu ne, ennemi naturel du roi d'Angleterre. Quand il fut en France, il excommunia la plupart des seigneurs oui composaient le conseil de Henri. Il lui écrivait : « Je vous dois , à la vérité, révérence comme a mon roi;

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mais le vous dois châtiment comme a mon fils spirituel. » Il le menaçait dans sa lettre d'être changé en bête comme Nabuchodonosor, quoi qu'a près tout il n'y eût pas un grand rapport entre Nabuchodonoaor et Henri 11.

Le roi d'Angleterre fit tout ce qu'il put pour engager l'archevêque à rentrer dans son devoir. 11 prit, dans nn de se» voyages, Louis-le-Jeune, son seigneur suzerain, pour arbitre :« Que l'archevêque, dit-il à Louis en propres mots, agisse avec moi comme le plus saint de ses prédécesseurs en a usé avec le moindre des miens, et je serai satisfait. » Il se fit une paix simulée entre le roi et le prélat. Becquet revint donc en Angleterre ; mais il n'y revint que pour excommunier tous les ecclésiastiques , évêques , chanoines , curés, qui s'étaient déclarés contre lui.

[1170] lis se plaignirent au roi, <jui était alors en Normandie. Enfin Henri 11 , outré de colère, s'écria : « Est-il possible qu'aucun de mes serviteurs ne me vengera de ce brouillon de prêtre ? »

Ces paroles , plus qu'indiscrètes , semblaient mettre le poignard à la main de quiconque croirait le servir en assassinant celui qui ne devait être puni que pur les lois.

[1 170] Quatre de ses domestiques allèrent à Kenterbury, que nous nommons Cantorbéri ; ils assommèrent à coups de massue l'archevêque , au pied de l'autel. Ainsi un homme qu'on aurait pu traiter en rebelle, devint un martyr; et le roi fut chargé de la honte et de l'horreur de ce meurtre. ( Essai sur les mœurs.)

HENRI III, roi de France. — son

ASSASSINAT FAX J ACQUIS CLÉM EUT ( 1er août

i58q.) — L'on imprima et l'on débita

Su bli quement une relation du martyre e frère Jacques Clément , dans laquelle on assurait qu'un ange lui avait apparu, et lui avait ordonné ac tuer le tyran , en lui montrant une épée nue. Il est resté depuis un soupçon dans le public, que quelques confrères de Jacques Clément, abusant de la faiblesse de ce misérable, lui avaient eux-mêmes parlé pendant la nuit, et avaient aisément troublé sa tête, échauffée par le jeûne et par la superstition. Quoi qu'il en soit, Clément se prépara au parricide, comme un bon chrétien ferait au martyre, par les mortifications et par la prière. On ne peut douter qu'il n'y eût de la bonue foi dans son crime.

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