HE
Jacques Clément sortit de Paris le dernier juillet i58q, et fut mené à Saint- Cloud par la Guêle, procureur général.
Celui-ci, qui soupçonnait un mauvais coup de la part de ce moine, l'envoya épier pendant la nuit dans l'endroit où il s'était retiré. On le trouva dans un profond sommeil ; son bréviaire était auprès de lui, ouvert et tout gras, au chapitre du meurtre d'Holopherne par Judith.
.Nous citerons ici un passage d'un livre fait par un jacobin , et imprimé à Troyes, chez M. Moreau , peu de temps après la mort de Henri ni.
« De façon que Dieu , exauçant la prière de cestui serviteur, nommé frère Jacques Clément , une nuit , comme il était en son lit , lui envoie son ange en vision, lequel avec grande lumière se présente à ce religieux, et lui montre un glaive nu, lui dit ces mots : •Frère Jacques, je suis messager du Dieu tout-puissant , qui te viens acertener que par toi le tyran de France doit être mis à mort. Penses donc a toi, et te prépare, comme la couronne du martyre t'est aussi préparée. »
« Cela dit, la vision se disparut, et le laissa rêver à telles paroles véritables. Le matin venu, frère Jacques se remet devant les yeux l'apparition précédente ; et , douteux de ce qu'il devait faire , s'adresse à un sien ami, aussi religieux, homme fort scientifique et bien versé en la sainte écriture , auquel il déclare franchement sa vision, lui demandant d'abondant si c'était chose désagréable à Dieu de tuer un roi qui n'a ni foi ni reli-
§ion , et qui ne cherche que l'oppression e ses pauvres sujets, étant altéré du sang innocent, et regorgeant en vices autant qu'il est possible. A quoi l'honnête homme fit réponse, que véritablement il nous était défendu de Dieu estroitement d'être homicides : mais d'autant que le roi qu'il entendait était un homme distrait et séparé de l'église, qui bouflàit de tyrannies exécrables, et qui se déterminait d'être le fléau perpétuel et sans retour de la France, il estimait
Suc celui qui le mettrait à mort , comme t jadis Judith un Holopherne, ferait chose sainte et très recommanda h le. »
Henri m mêlait avec ses mignons la religion à la débauche , il fesaitavec eux des retraites , des pèlerinages , et se donnait la discipline. Il institua la confrérie de la mort , soit pour la mort d'un de ses
H EN ia9
mignons , soit pour celle de la princesse de Coudé sa maîtresse : les capucins et les minimes étaient les directeurs des confrères, parmi lesquels il admit quelques bourgeois de Paris; ces confrères étaient vêtus d'une robe d'étaminc noire avec un capuchon. Dans une autre confrérie toute contraire , qui était celle des pénitens blancs, il n'admit que ses courtisans. 11 était persuadé, aussi bien que certains théologiens de son temps , que ces momeries expiaient les péchés d'habitude : on tient que les statuts de ces confrères ,' leurs habits, leurs règles, étaient des emblèmes de ses amours, et que le poète Desportes , abbé de Tyron , l'un des plus fins courtisans de ce tempslà , les avait expliqués dans un livre qu'il jeta depuis au feu.
Henri m vivait d'ailleurs dans la mollesse et dans 1'aifétcrie d'une femme coquette ; il couchait avec des gants d'une peau particulière, pour conserver la beauté de ses mains, qu'il avait effectivement plus belles que toutes les femmes de sa cour ; il mettait sur son visage une pâte préparée et une espèce de masque pardessus : c'est ainsi qu'en parle le livre des Hermaphrodites , qui circonstancié les moindres détails sur son coucher , sur son lever et sur ses habillcmens. Il avait une exactitude scrupuleuse sur la propreté dans la parure : il était si attacné à ces petitesses, qu'il chassa un jour le duc d'Espernon de sa présence , parce qu'il s'était présenté devant lui sans escarpins blancs et avec un habit mal boutonné.
Un fait très long -temps ignoré, c'est la forme du jugement contre le cadavre du moine parricide; son procès fut fait par le marquis de Richelieu , grand prévôt de France , père du cardinal ; et , loin que le procureur général , la Guêle , témoin de l'assassinat, et qui avait amené frère Clément à Henri m , fit les fonctions de sa charge dans ce jugement , H ne fit que celle de témoin, il déposa comme les autres. Ce fut Henri rv qui
{»orta lui-même l'arrêt, et qui condamna e corps du moine à être écartelé et brûlé, de l'avb de son conseil , sigué Rusé. [ A Saint-Cloud, a auguste i58q.]
(Notes de la Henriade. ) HENRI IV, empereur d'Allemagne.
SA DÉGRADATION PAS LB PAPB ( janvier 1077. ) — ( 1076. ) Henri IV agit en prince , en convoquant à Worms un concile d'évêques, d'abbés et de docteurs,
HEN
HEN
dans lequel il fit déposer le pape. Toutes les voix, à deux près, conclurent a la déposition. Mai» il manquait à ce concile des tronpes pour relier faire respecter à Rome. Henri ne. fit que commettre son autorité en écrivant au pape qu'il le déposait, et au peuple romain qu'il lui défendait de reconnaître Grégoire.
Dès que le pape eut reçu ces lettres inutiles, il parla ainsi dans un concile , à Rome": «De la part de Dieu tout-puissant, et par notre autorité, je défends à Henri, fils de notre empereur Henri, de gouverner le royaume teutonique et d'Italie; j'absous tous les chrétiens du serment qu'ils lui ont fait on feront; et je défends que qui que ce soit le serve jamais comme roi.» On sait que c'est là le premier exemple d'un pape qui prétend ôter la , couronne à un souverain. ïïous avons vu auparavant des évêques déposer Louis-le- Débonnaire; mais il y avait au moins un voile à cet attentat. Ils condamnaient Louis , en apparence seulement , à la pénitence publique; et personne n'avait
{'amais osé parler depuis la fondation de 'église, comme Grégoire vu. Les lettres circulaires du pape respirèrent le même esprit que sa sentence. Il y redit plusieurs fois que les évêques sont au-dessus des rois, et faits pour les juger; expressions non moins adroites que hardies, qui devaient ranger sous son étendard tovs les prélats du monde.
.11 y a grande- apparence que quand Grégoire vu déposa ainsi son souverain par de simples paroles, il savait bien qu'il serait secondé par les guerres civiles d'Allemagne , qui recommencèrent avec plus de fureur. Un évèque d'Utrecht avait servi è faire condamner Grégoire. On prétendit aue cet évéque, mourant d'une mort soudaine et douloureuse, s'était repenti de la déposition du pape comme d'un sacrilège. Les remords vrais ou faux de l'évêqne en donnèrent au peuple. Ce n'était pins le temps où l'Allemagne était unie sous les Othoos. Henri iv se vit entouré près de Spire par l'armée des confédérés, qui se prévalaient de la bulle du pape. Le gouvernement féodal devait alors amener de pareilles révolutions.
Chaque prince allemand était jaloux de la puissance impériale , comme le haut baron nage en France était jaloux de celle de son roi. Le feu des guerres civiles couvait too jours, et une bulle lancée a propos pouvait l'allumer.
Les prinres confédérés ne donnèrent la liberté à Henri îv, qu'à condition qu'il vivrait en particulier et en excommunié dans Spire, sans faire aucune fonction de chrétien , ni de roi , en attendant que le pape vint présider dans Ausboorg, à une assemblée de princes et d'évêques , qui devait le juger.
II paraît que des princes qui avaient le droit d'élire l'empereur, avaient aussi celui de le déposer; mais vouloir faire présider le pape à ce jugement, c'était le reconnaître pour juge naturel de l'empereur et de 1 empire. Ce fut le triomphe de Grégoire vu et de la papauté. Henri iv, réduit à ces extrémités , augmenta encore beaucoup ce triomphe.
Il voulut prévenir ce jugement fatal d'Ausbourg ; et par une résolution inouie, passantl es Alpes du Tyrol avec peu de domestiques, il alla demander au pape son absolution. Grégoire vu était alors avec la comtesse Matnilde dans la ville de Canosse , l'ancien Ganusium , sur l'Apen* nin , près de Beggio , forteresse qui passait alors pour imprenable. Cet empereur , déjà célèbre par des batailles gagnées, se présente à la porte de la forteresse, sans gardes, sans suite. On l'arrête dans la seconde enceinte ; on le dépouille de ses habits; on le revêt d'un cilice. Il reste pieds nus dans la cour : c'était au mois de janvier 1077. On le fit jeûner trois jours, sans l'admettte à baiser les pieds du pape , qui pendant ce temps était enferme avec la comtesse Mathilde, dont il était depuis long-temps le directeur. Il n'est pas surprenant que les ennemis de ce pape lui aient reproché sa conduite avec Mathilde. Il e*t vrai qu'il avait soixante-deux ans ; mais il était airecteur, Mathilde-étalt femme , jeune et faible. Le langage de ta dévotion , qu'on trouve dans les lettres du pape à la princesse, comparé avec les emportemens de son ambition, pouvait faire soupçonner que la religion servait de masque à toutes ses passions. Mais aucun fait, aucun indice, n'a jamais fait tourner ces soupçons en certitude. Les hypocrites voluptueux n'ont ni un enthousiasme si permanent, ni un xéle si intrépide. Grégoire passait pour austère, et cWt par là qu'il était dangereux.
Enfin l'empereur ent la permission de se prosterner aux pieds du pontife, qui voulut bien l'absoudre, en le fesant jurer qu'il attendrait le jugement juridique do