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lloudard, Saurin et Malafaire ont survécu à ce procès , aucun d'eux n'a été soupçonné ni de la moindre mauvaise manoeuvre , ni de la plus légère satire. La Mothe Houdard n'a jamais répondu à ces invectives atroces , connues sous le nom de calottes , et sous d'autre titres dont un ou deux hommes, qui étaient -en horreur à tout le monde , raccablèrent si longtemps. Il ne déshonora jamais son talent par la satire; et même, lorsqu'en 1709, outragé continuellement par Rousseau , il fit cette belle ode :
On ne te choisit point aon père t Par un reproche populaire Le sage n'est point abattu.
Oui, quoi que le vulgaire pense, Rousseau , la plus vile naissance Xtonne du lustre à la vertu , eto.
quand , dis-je , il Ct cet ouvrage, ce fut bien plutôt une leçon de morale ct de philosophie qu'une satire. Il exhortait Rousseau, qui reniait son père, à ne point rougir de sa naissance. Il l'exhortait à dompter l'esprit d'envie et de satire. Rien ne ressemble moins à la rage qui respire dans les couplets dont on 1 accuse*
Mais Rousseau , après une condamnation qui devait le rendre sage, soit qu'il lut innocent ou coupable, ne put dompter son penchant. 11 outragea souvent, par des epigrammes , les mêmes personnes attaquées dans les couplets, la Fayc, Danchet , la Mothe Houdard , etc. 11 fit des vers contre ses anciens et nouveaux protecteurs. On en retrouve quelques-uns dans des lettres peu dignes d'être connues, qu'on a imprimées; et la plupart de ces vers sont du style de ces couplets pour lesquels le parlement l'avait condamné ; témoin ceux-ci contre l'illustre musicien Rameau :
Distillateurs d'accords baroques Dont tant d'idiots sont férus , Ches les Thraces et les Iroques, Portes vos opéra-bourrus , etc.
On en trouve du même goût dans le recueil intitulé , Porte feuille de Rousseau , contre l'abbé d'Olivet , qui avait formé un projet de le faire revenir en France. Enfin , lorsque , sur la fin de sa vie , il vint se cacher quelque temps â Paris , affichant la dévotion , il ne put s'empêcher de faire encore des épigrammes violentes. 11 est vrai que l'Age avait gâté son style ; mais il ne réforma point
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son caractère, soit que par un mélange bizarre , mais ordinaire chez les hommes, il joignît cette atrocité a la dévotion , soit que , par une méchanceté non moius ordinaire , cette dévotion fût hypocrisie.
11° Si Saurin, la Mothe et Malafaire avaient comploté le crime dont on les accuse, ces trois hommes ayant été depuis assez mal ensemble , il est bien difficile qu'il n'eût rien transpiré de leur crime. Cette réflexion n'est pas une preuve; mais, jointe aux autres , elle est d'un grand poids.
13° Si un garçon aussi simple ct aussi grossier que le nommé Guillaume Arnoult, condamné comme témoin suborné par Rousseau , n'avait point été en effet coupable, il l'aurait dit, il l'aurait crié toute sa vie à tout le monde. Je l'ai connu. Sa mère aidait dans la cuisine de mon
gère, ainsi qu'il est dit dans le factum de aurin ; et sa mère et lui ont dit plusieurs fois à toute ma famille, en ma présence, qu'il avait été justement condamné.
Pourquoi donc, au bout de quarantedeux ans, W. Boindin a-t-il voulu laisser, en mourant, cette accusation authentique contre trois hommes qui ne sont plus ? C'est que le mémoire était composé il y a plus de vingt ans; e'est que Boindin les haïssait tous trois ; c'est qu'il ne pouvait pardonner à la Mothe de n'avoir pas sollicité pour lui une place à l'académie française , et de lui avoir avoué que ses ennemis, qui l'accusaient d'athéisme, lui donneraient l'exclusion. Il s'était brouillé avec Saurin , qui était , comme lui , un esprit altierct inflexible. Il s'était brouillé de même avec Malafaire , homme dur et impoli. Il était devenu l'ennemi de Lériget de la Faye, qui avait fait contre lui cette épigramme :
Oui , Vadius , on connaît votre ctprit : Savoir s'y joint ; et quand le cas arrive Qu'ouvre parait par quelque coin fautive, Plus aigrement qui jamais la reprit?
Mais on ne voit qu'en vous aussi se montre L'art de louer le beau qui s'y rencontre, Dont cependant maints beaux esprits font cas : De vos pareils que voulez-vous qu'on pense ? Xh quoi t qu'ils sont connaisseurs délicats ? Pas n'en voudrais tirer la conséquence} Mais bien qu'ils sont gens à fuir tle cent pas.
C'était là en effet le caractère de Boindin, et c'est lui qui est peint dans le TemyU du goût, sous le nom de Bar don. 11 fut dans son mémoire la dupe de sa haine; incapable de dire ce qu'il ne croyait pas,
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et incapable de changer d'avis sur ce que sonhumeurlui inspirait : ses mœurs étaient irréprochables; il vécut toujours en philosophie rigide « il fit des actions de générosité ; mais cette humeur dure et insociable lui donnait des préventions dont il ne revenait jamais.
Toute cette funeste affaire , qui a «u de si longues suites, et dont il n'y a guère d'hommes p!us instruits que moi, dut son origine au plaisir innocent que prenaient plusieurs personnes de mérite, des'assembler dans un café. On n'y respectait pas assez la première loi de la société , de se ménager les uns les autres. On se critiquait durement, et de simples impolitesses donnèrent lieu à des haines durables et à des crimes. C'est au lecteur à juger si dans celte affaire il y a eu trois criminels ou un seul.
On a dit qu'il se pourrait à toute force que Saurin eût été l'auteur des derniers couplets attribués à Rousseau. Il se pourrait que Rousseau ayant été reconnu cou-
Cable des cinq premiers , qui étaient de i même atrocité , Saurin eût fait les derniers pour le perdre , quoiqu'il n'y eût aucune rivalité entre ces deux hommes, quoique Saurin fût alors plongé dans les calculs de l'algèbre , quoique lui-même fût cruellement outrage dans ces derniers couplets , quoique tous les offensés les imputassent unanimement à Rousseau , enfin quoiqu'un jugement solennel ait déclaré Saurin innocent. Mais si la chose est physiquement dans l'ordre des possibles, elle n'est nullement vraisemblable.
Rousseau l'en accusa toute sa vie : il le chargea de ce crime par son testament ; mais le professeur Rollin, auquel Rousseau montra ce testament quand il vint clandestinement à Paris, l'obligea de rayer cette accusation. Rousseau se cootenta'de
Erotester de son innocence à l'article de i mort ; mais il n'osa jamais accuser La Mothe, ni pendant le cours du procès, ni durant le reste de sa vie , ni à ses derniers momens. Il se contenta de faire toujours des vers contre lui.
(Catalogue des écrivains du siècie de Louis XI y . ) LANGLADE. — scpplicir qcoiqu'inkocbnt. — Je suis certain ; j'ai des amis ; ma fortune est sûre; mes parens ne m'aban^ donneront jamais; on me rendra justice; mon ouvrage est bon, il sera bien reçu; on me doit, on me paiera; mon amant sera fidèle, il Ta juié;le ministre m'avancera-,