‹ Dictionnaire historique des institutions (volume 2)Chapitre 38 sur 300 · ABB · texte numérisé non relu

ABB

qui suivit les luttes du xvr» siècle, la réforme du couvent de Port-Royal par Angélique Arnauld et la célèbre réunion des solitaires de Port-Koyai datent aussi du xvn« siècle.

Rn 1662, Armand LeRouthillier deRancé réforma le monastère de la Trappe, qui remontait au xu« siècle et était de l'ordre de Cîteaux. 11 rétablit et aggrava même la sévérité de la règle de saint Benoit. Le silence absolu , le travail des mains, les offices noeturnes , la pensée perpétuelle de la mort, donnent encore aujourd'hui aux Trappistes un caractère particulier d'austérité.

Vers le même temps, en 1 68 1 , J. B. de Lasalle fonda l'institut des Ecoles chrétiennes: il établit le siège de son ordre dans la Maison Suint -Von, près d'Arpnji'n. De là, les Frères de la doctrine chrétienne sont quelquefois appelés Frères Saint- Yon ; leur institut a pris un trèsgrand développement et est spécialement consacré à l'instruction des enfants.

La révolution suppiima les ordres monastiques Mais, depuis le concordat, de nombreux couvents de femmes se S'«nt rétablis et s'occupent particulièrement de l'éducation de la jeunesse et du soulagement des malades. Les Trappistes et les Frères de la doctrine chrétienne ont aujourd'hui de vastes établissements; enfin, on a vu reparaître, depuis un certain nombre d'années, des Jésuites, des Bénédictins , des Capucins et des Dominicains.

En résumé, les ordres monastiques, depuis le vi« siècle jusqu'à nos jours, ont toujours répondu à un besoin spécial de la société. Au vie siècle . l'Europe était bouleversée par les barbares, les terres incultes, les lettres abandonnées ; les Bénédictins eurent pour mission la culture intellectuelle et le travail manuel. Réformés plusieurs fois, ils s'associèrent à tous les grands événements jusqu'aux croisades. Ils portèrent le christianisme chez les nations de la Cermanie et secondèrent les conquêtes de Charlemagne. Avec le xiii* siècle, commencent les ordres mendiants; prêcher l'Evangile, ramener la vie chrétienne à la pauvreté primitive, tel fut leur rôle De grands docteurs , saint Thomas d'Aquin, *aint Bonaventure, attestent l'impulsion vigoureuse que ces moines donnèrent à la seolaslique. Lorsqu'au xvi«sièelele catholicisme fut attaqué avec une nouvelle violence, il s'éleva de son sein un or<tre ne pour la ixuerre, et qui opposa, au principe de la liberté, l'obéissance passive. Knfin, les Oratoricns, les savants Bénédictins de la congrégation de Saint- Maur, continuèrent au rétablissement de l'ordre, pendant que les maisons de la

Trappe ouvraient un asile aux tees. avides de pénitence et d'effrayantes

mortifications.— Consult. Hélyot, Histoire des ordres monastiques, etc.. Pari*, 11 14- 1721, 8 vol. in-4°. Voy d*ns ce Dictionnaire au mot Clergé kégcliek une liste alphabétique des principaux ordres religieux d'hommes et de femmes , et au mot Religieux les obligations qu'imposait la vie monastique.

ATtr.fi. — on appelait abbé et abbesse les chefs d'un monastère d'hommes ou de femmes. I.e moi abbé est tire du syriaque et signifie pèie. Dan* le priocue , les abbés et les abbesses étaient nommés par tous les moines , et il n'y avait p*s entre eux de hiérarchie. M*is, à une époque postérieure, plusieurs abbés revendiquèrent le titre d'abbé des abbés; les abbes du Mont-Cassin en Italie, de Marmoutier et de CJuni en France, se le disputèrent. Un concile tenu à (tome, en me. trancha la question en faveur de l'abbé du Mont- Cassin ; l'abbé de Cluni garda le titre d'arcni-aobe.

Les abbés avaient quelquefois le droit de porter la mitre et la crosse. Les anciens actes leur donnent les noms de prxsul, autistes prxlaïus : les abbesses sont aussi désignées, dans certains actes, par le nom de prxlalx. Ces dignitabes ecclésiastiques disposèrent d immenses richesses aux ix' et x* siècles ; ils étaient alors investis des droits féodaux : haute, moyenne et basse justice, droits débattre monnaie, de lever des impôts, de faire la guerre, »ans par ler d'une multitude de privilèges honorifiques. Cette puissance tenta les seigneurs laïques, et le titre d'abbé fut souvent donné a des homn.es de guerre qui touchaient les revenus du monastère , exerçaient tous les droits seigneuriaux, et laissaient l'administration spirituelle à un moine appelé doyen ou prieur. On nommait ces abbés laïques abbés-comtes (abba- comités) . en opposition avec les abbés réguliers a> <> ai es veri et legitimt ). Hugues leGrand, père de Hugues Capet, est souvent désigné sous le nom de Hugues /'Abbe , parce qu'il avait L'administration des riches abbayes de Saint-Denis , de Saint Martin de fours , de Naint-Gcrmam des Prés et de Saiol-Kicquier. C'est sans doute, en souvenance de ces fonctions d'un des ancêtre* des Capétiens, q ,e l'on donna dans la suite aux rois de France le titre et les prérogatives d'abbé de Saint- Martin.

Lorsque la discipline ecclésiastique fut rétablie , l'abbé reguln r reprit la direction du monastère. « Mais, comme le remarque Fleury, les abbés eurent des

et des troupes qu'ils à la guerre; il* étaient souvent à la coor et étaient appelé» aux conseils des rois et aux parlemt-uis on peut loger dans cette vie si dis^pée combien U leur était difficile d'observer la règle, et non- seulement à eux, mais aux moines, dont lit menaient toujours quelques-uns è leur suite.» D'autres abus se glissèrent encore dans celle institution. Les abbés régulier* devaient être nommés par les moines.

Mais les rois voulant s'emparer des riches bénéfices qui dépendaient des abbayes tn mirent un grand nombre en commende , c'esi-a-dire en «carde, ou administration provisoire jusqu'à la nomination d'un titulaire. Les abbayes devinrent alors la récompense de « ourtisans et de Ronsard était abbe de bcllosane lippe Desportes abbé de BonporL One splendnie demeure appelée aooaftafr , une portion considérable des revenus, qu'on désignait sous le nom de mens* abbatiale, étaient spécialement attribués à l'abbé. On nommait abbés commendataires ces supérieurs qui lie résida ent pas. Cet abus lemomaità une époque très- ancien ne. Les laïques et les ecclésiastiques, auxquels on conférait des bénéfice» qu'ils ne pouvaient desservir, les confiaient depuis longtemps à des ecclésiastiques a gages appelés cusiotiinos. Au x vin» siècle, les abbes commmdalairet ne portaient point le costume monastique; un petit collet et une r<>be n- ire indiquaient seuls qu'ils upparienaicnl à l'ordre ecclésiastique. De la vint l'usage de donner le titre honorifique d'abbé à tous les ecclésiastiques ; on fiattait leur amour-propre en les supposant pourvus d'un bénéfice.

I.e nom d'abbé servit aussi quelquefois à désigner la puissance laïque. Au moyen âge, on appelait dans quelques villes, et principalement à Gèn«s, les magistrats municipaux, abbés du peuple. Knfin, certaines confréries désignaient leur chef par le nom d'ab>>é: telles étaient, entre autres, les confréries des Cut naras et de Liesse. Les Comards, C«tn<irds ou Couards formaient à Kouen et a Evreux une confrérie, qui, à l'époque du carnaval , parcourait ces villes en chantant des couplets satiriques contre certaines personnes. L'a66e des Couards , la mitre en tète et la crosse pastorale à la main , présidait à celte procession burlesque. A Kouen, il était traîné sur un char; a Evreux, monté sur un ane. A Arras, V.sbbé de Liesse (abb*ts Ixtitix, l'abbe de la joie); à Lille, le roi des sots: a Valent ien nés , le prime des farces.

jouaient le même rôle. L'abbé de liesse, nommé par les juges , les magistrats et I*

i îplc, recevait une crosse d'argent doré, da poids de quatre onces, qu'il portait suspendue à son bonnet. II était accompagne d'officiers, et, entre autres, d'un maître d'hôtel et d'un héraut; on portait devant lu» un étendard de soie rouge, et il présidait aux jeux qui se célébraient a Arras et dans les villes voisines a époque du carnaval. On trouve des abbes de Liesse de H3T a 1540 f voy. du Gange , v-Ajbuas). L'tihhé des Bejnunes était le chef de lu confrérie des étudiants novices. Voy. DÉrATjîCES.

ABBESSE. — Voy. Aubé.

ABE1LLAGE. — Droit en vertu duquel le sngneur prenait un certain nombre • i'abeillt-s, nrc ou miel , sur les ruches de ses* vassaux. On appelait aussi abeillagele- droit qu'avaient les seigneurs hauts justiciers de s'emparer des abeilles épave* Vby. Epaves.

A Util. LES- — Voy. Armes ub France.

ABKNEVIS. — On appelait abenevit dans uiiuuimn prniinnrr les concessions faites pan un seigneur, moyennant un cens ( voy. ce mot). On donne encore aujourd'hui ce nom à la permission concédée, moyennant redevance, de détourner les eaux pour arroser uu pré ou faire tourner un moulin.

AB1GEAT. — Espèce particulière de vol qui consistait à chasser un troupeau devant soi ( abigere ) et à le dérober à celui auquel il appartenait 11 fallait dix brebis ou quatre pourceaux au moins pour que le vol fût qualifié d'abigeat.

AB -INTESTAT. — L'héritier ab in testât est celui qui est appelé à la succession d'une personne qui n'a pas fait de testament ou dont le testament a été annulé.

ABJURATION. — Voy UiTFS ECCl.ÉsiASti©«es% Ce mot n'indiquait pas seulement la renonciation solennelle a une hérésie. 11 désignait encore , au moyen âge , la déclaration d'un proscrit qui , après avoir cherché un asile dans un lieu privilégié, s'engageait à quitter le pays dans un délai déterminé. Voy. Asile.

ABLAIS. — Plusieurs coutumes , entre autres celles d'Amiens et de Ponthieu, appelaient ablais les blés coupés qui étaient encore sur le champ.

ABLEGAT. — Voy. Lécat.

ABTMVREMBNT. — Pestin donné à la réception d'un maître boucher. — Voy.

Bouchbrs.

ABOLI MON. —Voy. Lettres.

A-BONNftS. — Voy. affranchissement.

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