Dictionnaire historique des institutions
IDOLATRIE. — Voy. Feux de joie. Feux de la Saint-Jean, Gateau des rois, Gui, Paganisme.
IGNORANTS ( Frères ). — On donna le nom de frères ignorants à des religieux établis vers 1604. On les appelait encore frères de la charité ou de Saint-Jean de Dieu . Voy. Clergé régulier , Frères de la charité .
ILLUMINATIONS. — L’usage des illuminations dans les le tes publiques remonte à une très-haute antiquité. 11 en est déjà question dans le roman de Per ceforest , cité par Sainte-Palaye ( v° Illuminations ). Les Mémoires du xvc siècle mentionnent fréquemment des illuminations. J. Chartier, dans son Histoire de Charles VU à l’année 145S, s'exprime ainsi : « En quantité de lieux et diverses rues , plusieurs des bourgeois avaient fait parer et orner leurs maisons de draps et de luminaires , très-richement et à grands frais, et dura cette fête trois jours. » Monstrelet, parlant de la même année , dit qu'à l'entrée du duc de Bourgogne à Gand les rues étaient illuminées par douze ou quinze mille torches. Depuis cette époque , l’usage des illuminations a été maintenu et perfectionné.
Elles ont été , comme les feux d'artifice , un complément des fêtes publiques, et
ont souvent présenté un spectacle magique au moyen des transparents, verres de couleur, constructions théâtrales, et formé quelquefois d’ingénieuses décorations d’architecture.
ILLUMINÉS. — Dans la primitive Église, on appelait illuminés ceux qui venaient de recevoir le baptême , parce que , dans l’administration de ce sacrement, on présentait aux néophytes un cierge allumé, symbole de la roi et de la grâce que leur conférait le baptême. — Dans la suite , le nom d'illuminés s’appliqua à des sectes mystiques qui prétendaient s’unir directement à Dieu par la contemplation et qui soutenaient que ce commerce avec la Divinité effaçait toules les souillures et justifiait toutes les actions. Un curé de Ptoye , en Picardie, nommé Pierre Uuérin, répandit ces erreurs vers 1634 et forma une secte que de son nom on appelait les guérinets . L’un de ces visionnaires disait .* « qu'une fois arrivé à cet état sublime d’union avec Dieu, on n’avait plus besoin de produire aucun acte; que Dieu seul agissait en nous. » Cette secte mystique fut sévèrement poursuivie et disparut sous le règne de Louis XIII.
D’autres illuminés parurent au xvinc siècle ; leur secte se répandit d’abord en Allemagne , et finit par pénétrer en France, Leurs opinions mystiques furent surtout propagées en France par un théosophc nommé Saint-Martin.
ILLUSTRE. — Les titres d illustre t*ï
d 'illustrissime ont été inventés à l'époque de la décadence de l'empire romain.
Les rois francs, dont les plus remarquables cherchaient à se rattacher à la tradition romaine, prenaient aussi les titres d’illusti e et d'illustrissime. Dagobert ajoutait à son nom celui d'homme illùstre Charles Martel prend le même titre dans un sauf-conduit qu'il donna à saint Boniface lorsque cet apôtre prêcha la foi chrétienne en Germanie. Charlemagne proclamé empereur renonça au titre d'illustre qui fut alors attribué aux comtes , aux ducs, aux évêques, aux abbés, et finit par tomber en désuétude. Les nonces et les prélats romains sont les derniers personnages qui aient porté les titres d'illustres et d’illustrissimes
ILLUSTRISSIME. — Voy. Illustre.
IMAGIERS. — On appelait imagiers , au moyeu âge, les peintres et les sculpteurs. Cette corporation a ses statuts dans le Livre des ?néliers d'Et. Boileau , prévôt de Paris à l'époque de saint Louis. Il y avait les pein Ires-imagiers qui ornaient les églises de peintures à fresque, et les imagicrs- tailleurs ou sculpteurs, auxquels on doit une partie des sculptures des églises gothiques.
1MBLOCATION. — On a quelquefois donné ce nom à la sépulture des exconi muniés , que l'on n’enterrait pas en terre sainte, mais dont les corps étaient jetés à la voirie et recouverts d'un monceau de terre ou de pierres. Manfred ou Mainfroi, roi des Deux-Siciles , excommunié par le pape, ayant été tué à la bataille de Bénévent en 1266 , fut enseveli sous ries pierres qu'entassèrent les soldats de l'armée de Charles d'Anjou.
IMMATRICULE. — On appelait ainsi, autrefois, l'inscription d’un nom sur les registres publics. Les rentiers de l'hôtel de ville étaient immatriculés sur le registre des payeurs. On devait un écu au commis des payeurs pour droit d’tnmiatricule. — Ce mot désignait encore l'inscription du nom des avocats sur les registres de l'ordre.
IMMERSION (Baptême par ). — Dans la primitive Église on baptisait les enfants en les plongeant dans l’eau ; c’était ce qu'on appelait baptême par immersion.
Voy. Rites ecclésiastiques, p. 107?.
IMMEUBLES. — Les immeubles sont des biens fixes qu’on ne peut ni transporter, ni cacher, ni dérober. De ce nombre sont les maisons , terres , usines, etc.
IMMUN1T&S. — On désignait par ce
nom les exemptions d'impôts ou d'autres charges qui résultaient des privilèges du cierge , de la noblesse , de la magistrature, des universités, etc. Le droit d’asile était une des immunités de l'Eglise. Voy. Clergé et Exemptions.
IMPANATION. — Terme consacré pou expliquer l’opinion des luthériens qr»i admettent la présence réelle du corps du sang de N. S. J. C. dans VeucharistU> et de la substance du pain et du vin.
IMPERATRICE. — Le nom d'impératrice a été donné aux femmes des souverains de France qui ont porté le titre d'empereur, et entre autres à Joséphine et Marie-Louise, femmes de Napoléon Ier.
11 aété rétabli en 1853. — Mathilde, fille d< Henri 11, duc de Normandie, et veuve de Henri V, empereur d'Allemagne, conser va le titre d'impératrice, ou emperesse , ap rè> la mort de son mari et quoiqu'elle eiu contracté un second mariage avec Geoffroy Plantagenet.
IMPÉRIAL. — Ce nom a été donné à un certain nombre de fonctionnaires , de corps et d'institutions lorsque l’empire fut établi en 1804. Les cours d’appel prirent alors le nom de cours impéria les : le procureur général, celui de procur eur général impérial: le chef du parquet du tribunal de première instance s'appela procureur impérial. Ces noms ont été rétablis par un décret du 2 décembre 1852. Les musées, bibliothèques , lycées et en général les monuments et établissements publics ont été désignés de 1804 à 1815, par le titre d'tmpérûxZ, qu’ils ont repris de 1852 à 1870.
IMPORTANTS. — C'était le nom d'une cabale qui troubla la cour au commencement du règne de Louis XIV (1643). A la tète des importants étaient le duc de Beaufort et Mme de Chevreuse. Us tentèrent de faire assassiner Mazarin , comme le prouvent les mémoires d'un des conjurés Henri Campion. L'emprisonnement de Beaufort et l'exil de de Chevreuse dispersèrent la cabale des importants.
IMPOSITION DES MAINS. — Cérémonie essentielle dans l'ordination. Voy. Évêques.
IMPOTS. — L'histoire des impôts est une des parties les plus importantes de rhistoire financière de la France. Elle présente cinq époques principales : 1° Les impôts sous la domination romaine; 2° les impôts sous la domination franque ; 3° sous le régime féodal; 4° les impôts établis par les rois jusqu’en 1789; 5° les impôts de 1789 à nos jours.
S I*r. Des impôts à l'époque de la do -
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mination romaine ; charges sordides . — Les Romains, dans les derniers temps de leur administration , avaient établi dans la Gaule, comme dans toutes les provinces de l’empire, des impôts exorbitants. Les principaux étaient la rapitation on impôt par tète; ou appelait tète (caput) une portion de territoire qui payait un tribut de vingt-cinq pièces d'or. Il y avait en outre une contribution personnelle qui variai t suivant la position des individus, et des prestations en nature qui étaient fournies aux gouverneurs et aux autres officiers du prince; on les désignait sous le nom de cursus publicus.
Les prestations de moindre valeur, les corvées, l’obligation de cuire le pain , de réparer les routes, etc., s’appelaient c/iarges sordides. LTn canon réglait tous ces impôts. 1 Sindi< tion était l'impôt territorial dont \* assiette était établie au moyen d'un cadastre (voy. Cadastre'. Le c/rrysargyre, ou impôt d’nr et d’argent, était un droit qui se percevait sur tous les métiers, même sur le> plus ignobles. L'or coronaire se payait à i 'avènement de chaque empereur. La Gaule était comme étranglée, suivant l’expression de Salvien , parla main des exacteurs. De là les révoltes qui éclatèrent plusieurs fois et entre autres les révoltes des bagaudes (voy. Bagaudes . Le système financier des Romains , si cruellement oppressif, contribua certainement à la ruine de leur empire et explique le peu de résistance que rencontrèrent les barbares.
S II. Des impôts sous la domination des Francs . — Les barbares n’avaient aucune idée de la savante organisation que les Romains avaient établie dans toutes les parties de l’administration, et d'ailleurs les idées de liberté qui faisaient comme le fond de la nation germanique, répugnaient au régime fiscal de l'empire. Aussi voit-on les barbares résister enerçiquement à toutes les tentatives que font es rois de France pour rétablir le système financier des Romains. Un certain Parthenius ayant cherché à soumettre les Francs à un tribut sous les fils de Clovis, ils le poursuivirent jusque dans une église de Trêves où il s'était réfugié, l’en arrachèrent et le lapidèrent. ChiJpéric tenta aussi le rétablissement des impôts. « U fii dresser par tout son royaume, dit Grégoire de Tours, des rôles pour do nouvelles impositions qui étaient trèspesantes. Pour ce motif, plusieurs abandonnant les villes de ce pays et leurs propres possessions, se réfugièrent dans d’autres royaumes , aimant mieux vivre parmi des étrangers que de rester exposes à un tel péril. En effet il avait été
statué que chaque propriétaire payerait pour sa terre une amphore de vin par demi-arpent. On avait aussi imposé pour les autres terres et pour les esclaves des char^e> nombreuses qu’il éiait impossible d’acquitter Le peuple^ du Limousin se voyant accablé sous Le faix, se réunit aux calendes de mars i ter mars) et voulut tuer le référendaire Marcus chargé du recouvrement des impôts, et Ü l’eùi tué, si Tévèque Ferreolus ne l'eût délivré de ce péril imminent. La multitude assemblée saisit les registres du recensement et les livra aux flammes. Aussi le roi fort mécontent * après avoir envoyé sur les lieux des inspecteurs partis de son palais, ruina ce peuple par des amendes, l’effraya par des supplices et punit de mort plusieurs citoyens. On rapporte que des abbés et des prêtres attachés à des poieaux subirent divers tourments, parce que les envoyés royaux les avaient accusés d'avoir animé le peuple dans la sédition où furent brûles les registres. On établit ensuite des impôts encore pJus durs qu’auparavant. » Malgré les supplices infligés par Chilpéric à la population de Limoges, la lutte des barbares contre le système fiscal ne se ralentit pas. Les impôts étaient d'autant plus odieux que souvent ils étaient perçus par des juifs, comme on le voit dans l’histoire d’Armemarius que retrace Grégoire de Tours.
Les hommes libres, les Francs, parvinrent enfin à s'exempter des tributs dont tout le poids retomba sur les Gallo-Romains.
Charlemagne rétablit l'impôt territorial sous le nom de dinie et un autre impôt apnele hèriban, qui servaii à l'entretien des armées, l.es villæ ou métairies royales , dont il réglait l’administration avec le plus grand soin, étaient d’ailleurs pour lui une source de revenus. La féodalité multiplia les redevances , dont quelques-unes avaient un caractère bizarre ( voy. Féodalité, $ U , n° 9 . U y avait parfois des impositions générales pour* des circonstances extraordinaires ; telle fut la dime saladine prélevée pour les croisades.
S III. Des impôts à Vépoque féodale .
— La royauté fut longtemps réduite aux droits féodaux, c'est-à-dire i° aux aides qui se payaient en cas de guerre , pour l’avénement du seigneur (droit dejoyeua?
avènement ), quand le roi mariait son fils, lorsqu'il l’armait chevalier, dans le cas où il était fait prisonnier, etc.; 2° à la taille que les rois , comme tous les seigneurs féodaux, levaient sur leurs vassaux roturiers; 3* à la vente des chartes et privilèges , aux confiscations . épaves ,