‹ Dictionnaire historique des institutionsChapitre 159 sur 224 · RIC · texte numérisé non relu

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bis la France. Les invasions des barbares produisirent dans les institutions de la France une révolution que nous avons indiquée à l’article Germains; l’établissement du régime féodal (voy. Féodalité) en fut le dernier terme. L'organisation des communes, au xnc siècle (voy. Communes), fui aussi une véritable révolution. A son tour, la royauté entreprit contre les institutions féodales une lutte qui a duré plusieurs siècles, et qui a eu pour dernier résultat l’établissement de la moj archie absolue (voy. Roi , Royauté).

J nfin, la royauté absolue elle-même, avec

s institutions qu’elle avait créées (parlements, éiats généraux, états provinciaux, intendances, généralités, chambres des comptes, etc.), a été emportée par la révolution qui a commencé en 1789. Voy. CONSTITUTION.

RHEINGRAVE ou RHINGRAVE. — Ce mot qui signifie comte du Rhin était en Allemagne un titre porté par des princes; il désigna en France un vêtement long, emprunté aux Allemands, et usité principalement au xvn® siècle.

RIBAUDS. — Les ribauds (ribaldi ) , dont il est question dans les armées de Philippe Auguste, formaient un corps d’élite dont les historiens admirent la bravoure et l'impétuosité. « Les ribauds 9 dit ltigord, parlant du siège de Tours, sont dans l’usage d’attaquer les premiers les villes; les premiers ils appliquent les échelles aux murailles. » Guillavime le Breton dit aussi que la troupe des ribauds était accoutumée à. braver tous les dangers ;

Qui nunquam dubitant in quævia iro pericla.

Leur chef s’appelait rot des ribauds .

Cette troupe d'élite ne tarda pas à se dégrader par ses excès , et le nom de ribauds devint, dès le commencement du xiv« siècle, une épithète injurieuse qui s’appliquait surtout aux vagabonds et aux mauvais sujets. Le corps des ribauds fut licencié, et le roi des ribauds ne fut plus qu’un officier de rang inférieur chargé de maintenir la police dans la cour.

RICHES-HOMMES. — Le titre de richehomme s’employait, au xiiic siècle, pour désigner la haute noblesse, comme en espagnol l’expression ricos hombres. Joinville l’emploie pour désigner les hauts barons et les grands seigneurs, lîn rouleau de la chambre des comptes, cité par du Cange ( v° R ici hommes ), porte qu’il fut donné à Riche-homme le comte de Dreux, monseigneur de Bourbon, fils du comte de Flandre, trois cents livres pour des robes de soie, pour des manteaux, pou*'

trois dextriors et trois palefrois. Le mot riche viem de l’allemand rich ou rzfc, qui signifie •puissant et se trouve dans beaucoup de noms de rois barbares, tels que Chilpéric, Childérie, Théodoric , etc. Voy. Mérovingiens , liste des rois.

RIPUAIRES (Lois des Francs), — lies Francs ripuaires tiraient leur nom de ce qu’ils habitaient primitivement les bords du Rhin ; le mot ripuaires vient de ripa ( rive , bords du fleuve ). Lorsque les Francs saliens s’avancèrent vers le sudouest , les Francs ripuaires occupèrent le pays situé entre le Rhin et la Meuse; ils devinrent, dans la suite, les Francs ostrasiens. Nous n’avons à nous occuper ici que de leur loi. Le préambule de la loi salique attribue à Théodoric ou Thierry, fils de Clovis, la rédaction de la loi des Francs ripuaires , dans le champ de Mars de Chàlons-sur-Marne , vers 516.

M. Guizot pense que la rédaction qui nous est parvenue ne remonte pas au delà du règne de Dagobert, de 628 à 638. La loi des Francs ripuaires est surtout , comme la loi salique, une loi pénale; sur deux cent vingt-quatre articles, elle en contient cant soixante-quatre de droit pénal. Les formes de procédure y sont les mêmes que dans toutes les lois des barbares; on y trouve les conjurateurs (voy. ce mot) qui attestent la véracité des allégations de l'accusé; les épreuves (voy. Ordalie) et le duel ou combat judiciaire (voy. Duel), ainsique la composition ou wehrgeld.Pri mitivement, comme le remarque M. Guizot, les coutumes barbares autorisaient à poursuivre la vengeance les armes à la main. Le wehrgeld ( voy. ce mot ) fut un premier adoucissement à ce droit cruel.

Le législateur intervint et changea la guerre en rançon ; mais il pouvait arriver que la partie lésée voulût poursuivre sa vengeance les armes à la main. La loi ne prohibait pas un usage qui était si profondément enraciné dans les mœurs germaniques; mais elle le régularisait; elle décernait le duel judiciaire. Dans la suite, l’idée de l'intervention divine en faveur de l’innocent lit appeler ce combat le jugement de Dieu .

La loi des Francs ripuaires paraît postérieure à la loi salique , Le droit civil, quoique tenant moins de place que le droit pénal, a cependant plus d’articles que dans la loi salique. Le pouvoir royal paraît plus solidement constitué et est mentionné plus fréquemment; il en est de même de l'Église et de ses privilèges. On retrouve aussi dans la loi ctes Francs ripuaires des traces plus fortement marde la loi romaine. Le ton même de

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Ja rédaction dénote une époque postérieure et où la société est plus régulièrement constituée. Le texte de la loi des Francs ripuaires a été souvent publié ; on le trouvera dans le tome II de la collection de Canciani {Barbarorum leges antiquæ), dans le tome IV de la collection des historiens de France, par D. Bouquet, et dans le tome I des lois des Germains , publiées par Pertz, dans son Recueil des chroniques et des lois de la Germanie .

RITES ECCLESIASTIQUES. — Les rites ecclésiastiques sont les cérémonies religieuses dont les formules sont consacrées. Ces formules, qui dépendent de la discipline extérieure de l’Eglise , tiennent étroitement à l’histoire des mœurs, et c'est pour ce motif que j’en parle dans ce Dictionnaire.

Baptême . — Le baptême se donnait primitivement par immersioi , en pl«n- \ géant dans Peau celui qu’on voulait baptiser. Dans la suite, on substitua l’aspersion à l’immersion. Cependant, on conserva longtemps en France l’usage de l’immersion. On en trouve encore des traces au commencement du xive siècle.

Dans la primitive Eglise, le baptême n’était conféré qu’à. Pâques et à la Pentecôte. Quant à Page auquel on recevait le baptême, il variait beaucoup. Plusieurs personnages célèbres n’ont reçu le baptême qu’au moment de la mort ou en cas de maladie grave. On appelait cliniques les chrétiens qui attendaient pour recevoir le baptême qu’ils fussent étendus sur le lit de mort. Les enfants, les adultes et môme les vieillards que l’on présentait aux fonts baptismaux étaient revêtus de la robe blanche des catéchumènes, et ils la portaient pendant huit jours. Grégoire de Tours rapporte ( livre II , chap. xxix ) que Clotilde accoucha d'un fils qui fut nommé lngomer et ne vécut que quelques jours. « Il portait encore, dit l’historien, au moment de sa mort, les vêtements blancs qu’il avait reçus à son baptême {in ipsis , sicut regeneratus fue rat , albis obiit ).

On gardait dans la chapelle de Vincennes les fonts baptismaux qui servaient aux baptêmes des enfants de France; c'était une urne de cuivre rouge, revêtue de plaques d’argent ciselées avec art. Elle avait été faite pour le baptême de Philippe Auguste. L'usage de donner ajax personnes que Ton baptise des parrains et marraines remonte à une très-haute antiquité. Jusqu'au xvi® siècle, on avait souvent plusieurs parrains et marraines.

Quelquefois une ville ou un corps de métier en tenait lieu. A l’époque de la Fronde,

le fils de Mme de Longueville eut pour marraine la ville de Paris. Les formules de la consécration des fonts de baptême indiquent toujours l’idée ie purification. Un ancien missel, cité par Martène ( Dô antiquis Ecclesiæ ritibus , T, 175 C), contient une formule remarquable pour une bénédiction des fonts de baptême . Voici la traduction qu’en a donnée M. Michelet: «Debout, chers frères, au bord de la cristalline fontaine, amenez les hommes nouveaux qui de la terre au rivage viennent faire échange et commerce. Qu’ils naviguent ici , chacun battant la mer nouvelle, non de la rame, mais de la croix; non de la main, mais des sens; non du bâton , mais du sacrement. Le lieu est petit, il est vrai, mais il est plein de la grâce. Le Saint-Esprit a été dirigé par un bon pilote. Prions donc le Seigneur notre Dieu qu’il sanctifie ces fonts baptismaux. »

Dans l’origine , il était d’usage , comme nous l’avons dit, que les nouveaux baptisés conservassent quelque temps les vè~ tements blancs qu’ils avaient reçus sur les fonts baptismaux. Dudon de Saint- Quentin raconte que Rolf ou Rollon, premier duc de Normandie , porta pendant neuf jours après son baptême la robe blanche des catéchumènes, et que chaque jour il fit un don h une des principales églises de Rouen. Au xi® siècle , dans le diocèse de Rouen , les nouveaux baptisés allaient encore à l’église avec des habits blancs et des cierges allumés. Ils donnaient à l’église ces cierges et le linge qui enveloppait leur tète.

Les parrains et marraines étaient unis à leur filleul par des liens très-étroits , comme le prouvent un grand nombre de passages de Grégoire de Tours. Ainsi, l’on voit Théodebert résister aux ordres de son père Théodoric ou Thierry, roi de Metz, et refuser de faire périr un de ses parents nommé Giwald, parce qu’il l’avait tenu sur les fonts de baptême. Les parrains et marraines étaient dans l’usage de faire des présents aux enfants baptisés et à leurs mères. Comme cette coutume empêchait de trouver facilement des parrains et marraines, un concile tenu à l’Isle, près d’Avignon, en 1288 9 défendit de donner aux enfants nouvellement baptisés autre chose qu’un vêtement blanc. On avait aussi autrefois des parrains et marraines pour la confirmation.

Confession publique , absolution , absoute. — L’Eglise imposait autrefois des confessions publiques ; mais il en résulta des scandales qui firent renoncer à cet usage. Le jeudi saint, l’évèque donnait une absolution solennelle à ceux qui

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avaient été soumis à une pénitence publique (voy. Pénitence). C'est en mémoire de celle âbsolutioyi solennelle que l'on fait encore, dans toutes les églises* la cérémonie de l 'absoute , qui n’est autre chose qu’une absolution générale donnée à tous les pécheurs dans les cathédrales. L'évêque fait cette cérémonie le mercredi saint ou le jeudi saint au soir. 11 charge aussi quelques prêtres de faire l’aosoute , tant dans les cathédrales que dans certaines autres églises. L y absoute se fait encore par les curés dans les paroisses le jour de Pâques.

Ordre et pompe des cérémonies religieuses. — *< Les temples chrétiens , dit ÎVI. Guérard ( Préface du cartulaire de Notre-Dame de Paris, p. xii et suiv.), étaient ouverts a tous, mais tous n'y étaient pas admis confusément et pendant le même temps. Le clergé avait établi un ordre et des rangs qu’il n’était pas permis de troubler, et qui devenaient à la fois une cause d'influence et de popularité pour lui et un sujet d'émulation pour les fidèles. Les ecclésiastiques occupaient le sanctuaire et le chœur; quant aux laïues, ils étaient distribués dans la nef et ans les bas côtés, en plvisieurs classes, qui avaient chacune leurs places distinctes. Les plus rapprochés de l’autel étaient les chrétiens ; venaient ensuite les catéchumènes, et derrière ceux-ci se tenaient Jes pénitents. Les sexes étaient d’ailleurs séparés; les hommes étaient à droite et les femmes à gauche ( Martine, De antiquis Ecclesiae ritibus , t. I , col. 340-i). Ce n'était plus ici comme dans l’ordre civil , où le Franc était mis ayant le Romain, l'antrustion avant le simple Franc. Dans l'église, l’in égalité sociale disparaît ; le colon et le serf sont dans la meme classe que le seigneur et ue l'homme libre; non pas qu'il y ait galité ; mais si l’inégalité y règne, elle est pour ainsi dire toute morale , et l'homme faible ( dcbilior persona ), si peu protégé par la loi, voyait souvent placé derrière lui et à un rang inférieur, l'homme puissant dont il avak souffert l’oppression dans le monde.

« Une classification de cette espèce devait être populaire; car le peuple, quelque corrompu ou grossier qu'il soit, aimera toujours mieux les distinctions fondées sur les mœurs ou sur la piété, que celles qui seraient fondées sur la puissance ou sur la richesse.

« Entrons dans quelques détails sur les pratiques du culte. Non-seulement l'ordre majestueux des cérémonies, la magnificence des tentures, dont les églises, jonchées de fleurs et d'herbes odorifé-

rantes, étaient ornées; la richesse des vêtements ecclésiastiques et les chants sacrés, présentaient un charme attrayant pour la multitude ; mais encore , la part directe qui lui était réservée dans la célébration de l'office divin était bien propre à la captiver. Alors l'usage des basses messes était peu répandu; le peuple, lorsqu'il était appelé au temple, y enterrdait une messe haute et solennelle. Ce n’était pas une affaire laissée au clergé seul; clercs et laïques y concouraient pareillement. La messe tenait le peuple attentif et toujours en haleine, et constituait, si je puis me servir d'une comparaison aussi profane, un grand drame , partagé en plusieurs actes distincts , dans lequel l’intérêt, toujours croissant depuis Y introït n était porté au comble au moment de la consécration et de la communion, qui en était le dénoûment. La langue dans laquelle on la célébrait était encore entendue de la plupart des assistants. Les chants ne se confondaient pas autant qu'aujourd'hui avec les lectures. Celles-ci étaient plus nombreuses et plus variées, et suivant qu'elles étaient tirées des prophètes, des apôtres, des vies des saints et des diptyques, elles se faisaient en des lieux particuliers et par des bouches différentes. Les chants d'Église étaient eux-mêmes devenus uopulaires et retentissaient dans les festins (Grég. de Tours, VIII , i ) ; on entonnait les litanies en allant au combat. »

Offrande . — « La cérémonie de l 'offrande, bien plus intéressante, avait un tout autre caractère que celui qu’elle présente actuellement. Tout le monde y participait , à l'exception des catéchumènes, des pénitents et des autres personnes qui ne pouvaient communier. Outre ce qui était nécessaire pour la communion des prêtres et des laïques, et ce qui était destiné pour les eulogies, on offrait aussi d'abord toutes sortes de présents, qui, plus tard ? durent être déposés dans la maison épjscopale et non plus apportés à la messe. Dans l'église, l'évêque recevait <œs offrandes en parcourant successivement tous les rangs des fidèles. L’archidiacre prenait les fioles de vin et les versait dans un calice que lui présentait le sous-diacre; celui-ci vidait le calice dans une cuvette portée par un acolyte. Le pain était offert sur des serviettes blanches et déposé dans des corbeilles (Martène, ibid.? t. I, col. 385-7). J/ancien usage du baiser de paix s'était conservé dans ces temps de guerre et de vengeance ; on le retrouve encore au xm« siècle ; après la consécration , les hommes 3'embrassaient entre eux et les femmes

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entre elles, « Voy. Cl. de Vert, Cérëm . àe l’Eglise, t, III, p. 361-2; le P. Lebrun, Explication des cérémonies de la messe, part . V, art. 7, t. I, p. 606-7.

Communion sous les deux espèces. — La communion sous les deux espèces fut longtemps en usage. On voit, par les récits de Grégoire de Tours, que de son temps, les fidèles buvaient dans le calice où était le vin consacré. Plus tard , on se servit d’un chalumeau pour puiser le vin dans le calice. Lorsque l’Église eut supprimé l’usage du calice à cause des abus qui en résultaient, on voulut du moins en conserver un souvenir, et tous ceux qui avaient communié allaient boire du vin que leur fournissait le curé.

Sainte - Palaye rapporte ( v° Liturgie ) qu'un contrat fait, vers le milieu du xvii® siècle, en faveur de la cure de Sainte-Palaye, lui léguait une terre pour le vin que les communiants buvaient à Pâques et à la Pentecôte après avoir reçu la communion. C’était sans doute un souvenir de la communion sous les deux espèces . Les rois de France avaient conservé le privilège de communier sous les deux especes.

Calices. — Les calices ou coupes qui servaient à la messe pour la consécration du vin , étaient de bois dans la primitive Église. Le pape Urbain 1er ordonna qu’on les fit d’or ou d’argent. Ce qui faisait dire à saint Boni (ace, archevêque de Mayence : « Autrefois, des prêtres d’or se servaient de calices de bois. Aujourd’hui, c’est le contraire; des prêtres de bois se servent de calices d'or. »

Rites de la communion. — Jusqu’au VIe siècle, les fidèles recevaient l’Eucharistie dans leurs mains et se communiaient eux-mêmes, comme on le voit dans Grégoire de Tours (IV, 24, et X , 8). Mais depuis la fin de ce siècle, il fut prescrit aux femmes de recevoir l’Eucharistie sur un voile blanc, appelé dominical , et de se servir de ce voile pour porter l'hostie à leur bouche (voy. Grancolas , les anciennes Liturgies, t. II, p. 314-320). En 880, le concile de Rouen changea cette coutume, et ordonna que tous les fidèles communieraient, non plus de leurs propres mains, mais de celles des prêtres ( idem , ibid.j p. 323). C’est à ces anciennes pratiques, observées par les chrétiens, de se donner le baiser de paix , de prendre • l’hostie dans leurs mains etdecommuj nier aussi sous la seconde espèce , en i aspirant le vin du calice par un chalu- \ meau commun, qu’il faut attribuer l’usage de construire devant les églises des fontaines oti les fidèles se lavaient la bouche et les mains avant d’assister à le messe

(Guêrard, préface du Caréulaire de N. JD, de Paris, p, xiv-v, note 6.)

Communion, signe de réconciliation .

— La communion était souvent un signe de réconciliation, et alors ceux qui abjuraient leurs haines se partageaient ordinairement l’hostie. Les Grandes chroniques de Saint - Denis rapportent qu’en 1358, Charles de France, duc de Normandie et régent du royaume, et le roi de Navarre ayant conclu la paix, l’évêque de Lisieux leur dit la messe et leur fit jurer sur l'hostie l’accomplissement du traité. Il avait consacré une hostie qu’il devait partager entre eux; mais le roi de Navarre refusa de communier, sous pré texte qu’il n’était pas à jeuu. D’autres ne reculèrent pas devant le sacrilège. Ainsi, Jean sans Peur, duc de Bourgogne , partagea l’hostie avec le duc d’Orléans en signe de réconciliation, et quelques jours après il le fit assassiner (1407).

Quelquefois on conservait pendant longtemps une hostie pour la communion . Marie Stuart communia, avant sa mort, si l’on en croit Brantôme {Dames illustres), avec une hostie consacrée qu’elle avait reçue du pape Pie V. La profanation des hosties était expiée solennellement.

En 1503, une profanation de cette natuie ayant eu lieu à Paris, on couvrit d’un drap d’or le lieu où le sacrilège avait été commis, et l’on plaça auprès deux cierges ardents. Le lieu fut ensuite dépavé puis repavé; les pierres enlevées furent déposées au trésor de la Sainte Chapelle ainsi que les parties de l’hostie qu’on avait recueillies avec le plus grand soin.

Eulogies. — Il était d’usage , dans la primitive Église, que tous les fidèles qui n’étaient pas soumis à la pénitence, participassent à la communion; mais, dans la suite, on remplaça la communion sacramentelle par une distribution d’euZogies . On appelait ainsi du pain, du vin, de la viande et d'autres mets bénits que l’on donnait aux assistants avec les mêmes cérémonies que l’Eucharistie ; les fidèles devaient être à jeun pour recevoir les eulogies . Les excommuniés et les infidèles n'étaient pas admis à cette distribution. L’usage de donner du pain bénit rappelle encore maintenant cette ancienne coutume. Les dignitaires de l’Église, et même les simples pretres, s’envoyaient des eulogies en signe de communion ou par simple politesse. On trouve dans Marculfe une formule de lettre missive d’un évêque qui envoie <- un autre évêque des eulogies le jour de la résurrection du Seigneur. On distribuait aussi des eulogies dans les monastères.

De quelques rites anciens relatifs a la

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me5sc. — Avant de dire la rnesse, io prêtre se peignait; ainsi s'explique l'usage des peignes que l’on trouve encore dans les trésors de quelques églises (du Cange, \° Pecten ). On mettait quelquefois une nappe de soie sur l'autel et Ton répandait dessus des feuilles d’or.

Deux diacres placés auprès de l’officiant écartaient avec des éventails (voy. Éventail ) les mouches qui s’approchaient de l'autel. Dans certaines paroisses, les seigneurs feudataires tiraient l'épée lorsque le diacre commençait la lecture de l'Évangile, lis annonçaient par ce signe leur zèle pour la défense de la foi. Cet usage devint une obligation féodale dans un grand nombre de lieux. On disait quelquefois plusieurs messes l'une après l'autre jusqu'à l'offertoire , et on ne récitait qu'un seul canon pour toutes ces messes. On appelait ces messes à double face y à triple face (bifaciatæ , Irifa datez, etc.)> suivant le nombre des messes récitées. Un concile tenu à Paris, en 1213, défendit à aucun prêtre, sous peine de suspension , de célébrer des messes ^ à double face. Les écrivains du moyen âge parlent aussi de messes sans consécration. Guillaume de Nangis raconte qu’au second voyage de saint Louis en terre sainte , la flotte ayant été battue par une tempête, on célébra le lendemain quatre messes sans consécration en l’honneur de la Vierge , des anges , du Saint-Esprit et des morts.

Année ecclésiastique ; principales fêtes . — L'office divin est réglé suivant la différence des jours pendant tout le cours de l'année. L "année ecclésiastique ne commence pas au mois de janvier, comme l'année civile, mais au mois de décembre, c'est-à-dire à l’Avent, qui est la préparation à la fête de Noël. L'Avent commence au dimanche le plus proche de la fête de Saint-André , dernier jour de novembre.

Ce qui ne peut s’étendre qu'à trois jours avant et trois jours après, depuis le 27 de novembre jusqu'au 3 de décembre, en sorte que c'est le premier dimanche qui se rencontre après le 26 novembre. On l'a ainsi réglé ? à cause du changement des lettres dominicales (voy. Comput ecclésiastique), afin que l’Avent ait toujours trois semaines entières et une quatrième au moins commencée.

La plus grande de toutes les fêtes, dit Fleury ( Institut . au droit ecclésiastique), est la Pâque, et d’elle dépendent toutes les fêtes, que l'on appelle mobiles, parce qu’elles n'ont point do jour fixe dans l'année. On se prépare à la Pâque par un jeûne de quarante jours qui est le carême, et on se prépare au carême pen-

dant les trois semaines précédentes, qui commencent au dimanche de la Septuagésime, en sorte que ce dimanche est comme un autre commencement d'année ecclésiastique. Le quarantième jour après la Pâque est le jour de l'Ascension de Notre-Seigneur ; le cinquantième est la Pentecôte. Tous les autres dimanches se comptent depuis la Pentecôte jusqu'à l’Avent, et depuis VÊpiphanie jusqu’à la Septuagésime. L’important est donc de fixer le jour de la Pâque. U y a deux règles à observer, que ce soit un dimanche, et que ce soit le plus proche après le quatorzième jour de la lune de mars. Il ne sa règle pas suivant le cours apparent ou astronomique de la lune, mais selon le cours déterminé par l’Eglise, lequel n'est pas toujours conforme au cours apparent de la lune. La Pâque des chrétiens doit être un dimanche, parce que Jésus-Christ ressuscita en ce jour, le lendemain du sabbat , et le premier de la semaine qui est aussi le jour oix commença la création du inonde. La Pâque doit être célébrée le plus tôt qu'il se peut après le 14 de la lune de mars, c’est-à-dire après la pleine lune la plus proche de l'équinoxe du printemps, pour observer l’institution originaire de la Pâque qui la fixait à ce quatorzième jour, quand même ce serait un dimanche , parce qu’il est certain que Jésus-Christ ressuscita après le jour de la Pâque des Juifs; ainsi, notre Pâque ne doit jamais se rencontrer en même jour que la leur. Pendant les trois premiers siècles , plusieurs églises conservèrent cette observance judaïque, de faire la Pâque précisément le 14. Il y eut de grandes contestations sur ce sujet; enfin, le concile de Nicée condamna cet usages et défendit de ia célébrer un autre jour que le dimanche.

Comme l'année astronomique excédait l'année civile de cinq heures quaranteneuf minutes, on avait compté six heures entières pour en composer un jour surnuméraire chaque quatrième année qui est la bissextile, et on avait négligé les onze minutes que l'année astronomique a de moins. Or, ces onze minutes avaient produit, dans l’espace de douze siècles, une augmentation de dix jours, qui avançait d'autant les nouvelles lunes. Ce fut la cause de la réformation du calendrier, qui fut faite en 1582 , par l'autorité du pape Grégoire XIII , et dans laquelle on a pris toutes les précautions possibles pour empêcher qu’il n’arrive à l'avenir aucune erreur sensible en cette matière. Après le concile de Nicée, afin que la célébration de la Pâque fût uniforme, le patriarche d'Alexandrie, ville où étaient les

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meilleurs astronomes, en faisait tous les ans calculer exactement le jour, et l'envoyait au pape qui le communiquait aux évêques les plus éloignés. C'était le sujet des lettres que Ton appelait paschales.

La publication s'en faisait solennellement en chaque église cathédrale par l'archidiacre, qui, le jour de l’Épiphanie, annonçait toutes les fêtes mobiles. Il était d’usage d’écrire sur un cierge bénit le tableau des fêtes mobiles. Plus tard , on en dressa une liste que Pou attacha au cierge pascal ; ce qui se pratiquait encore dans quelques églises, au xvm® siècle, et dans tout l’ordre de Cluny. Depuis la réformation grégorienne, les calendriers perpétuels et les almanachs qui s’impriment chaque année, font qu’il n’y a personne qui ne puisse savoir exactement l’ordre de toute l’année civile et ecclésiastique.

Ornements sacerdotaux ; aubey chasuble. — I J aube ou vêtement blanc ( alba vestis) que portent les prêtres, est un symbole de la pureté qui doit régner dans leur âme et présider à leurs actions. La chasuble est le vêtement que le prêtre met sur l’aube lorsqu’il va dire la messe. Elle était autrefois ronde et fermée de tous côtés; on avait seulement ménagé une ouverture pour passer les bras. Dans la suite, on Péchancra sur les côtés afin de laisser les mouvements plus libres.

Voy. Dalmàtique.

Couleurs des ornements . — L’Église emploie différentes couleurs dans les ornements , suivant les offices des mystères ou des fêtes qu’elle célèbre. D'après le rituel de Paris , le blanc sert pour les mystères de Jésus-Christ , les fêtes de la Sainte-Vierge, desanges, des vierges, etc.; le rouge , pour les fêtes du Saint-Esprit, les solennités du Saint-Sacrement, les offices de la Passion, les fêtes des apôtres et des martyrs; le vert, pour les fêtes des pontifes, docteurs, abbés, moines, etc. ; le violet, en Avent et en Carême, aux Vigiles , aux Rogations , aux Quatre- Temps et dans tous les autres temps de pénitence; le noir, pour les offices des morts.

Mélange de latin et de français dans les cérémonies religieuses . — L’intervention des fidèles dans certaines parties de la liturgie avait donné lieu à un mélange bizarre de latin et de français dans des chants qu’on appelait épîtres farcies. Encore aujourd'hui , on chante , à Aix, le jour de Saint-Étienne, à la messe du peuple, le planch de san Esteve ( complainte de saint Étienne), publié par M. Kaynouard comme un des plus anciens monuments de la langue romane. Ce chant religieux

peut être considéré comme un dernier vestige de Pintervention de la langue vulgaire dans l’office divin (Notice sur la bibliothèque d’ Aix , par E. Rouard ; Aix , 1834, p. 295-6).

Les cérémonies ecclésiastiques étaient même souvent accompagnées d’une pantomime qui dégénéra en farces scandaleuses. Telle fut surtout la fête des fous y qui se célébrait à Paris, au xne siècle, avec de tels abus, qu’une réforme devint nécessaire. Le carlulaire^ de la cathédrale de Paris en fait mention. Voici ce qu'en dit M. Guérard, dans la préface de ce document ( p. clxxvl) : « Pierre , cardinal-diacre de Sainte-Marie in via lata , légat du saint-siège, considérant que la fête des fous donnait lieu à tant d’indignités et d'infamies , que la sainte habi tation de la Vierge y était souillée, nonseulement par dés paroles obscènes, mais d’ordinaire encore par l’effusion du sang , enjoignit à l’évêque , au doyen et aux autres dignitaires de l’église, de réformer l’office de cette fête et d'en retrancher tout ce qui blessait la dignité ecclésiastique et le respect de la religion. En conséquence de cette injonction, l’évêque Eudes de Sully et le chapitre, procédant à cette réforme, réglèrent, en 1198, les détails de l’office , et proscrivirent les chansons, les représentations de personnages, etc. Ils défendirent aussi d’amener à l’église et de reconduire chez lui Je maître ou roi de la fête avec procession et chants. Celui-ci devait se revêtir dans le chœur de sa chape, assisté de deux chanoines sous-diacres, et, tenant le bâton de chantre, entonner, avant le commencement des vêpres, la prose Lætemur gaudiis . La messe était célébrée comme à l’ordinaire , excepté que l'épître était dite avec farce ( cum far sia , c’est-à-dire avec mélange de latin et de français , voy. Èpître farcie), par deux personnes en chapes de soie, et ensuite lue par le sous-diacre. » Il ne s’agit pas, comme on le voit, d’une abolition de ces cérémonies burlesques, mais d’une simple restriction mise à la licence des scènes dont l’église était quelquefois le théâtre.

Cérémonies dramatiques. — - A ceitaines fêtes , les cérémonies ecclésiastiques étaient un véritable drame. On voyait, à Noël, l’enfant Jésus dans la crèche et les bergers qui s’avançaient pour l’adorer ( voy. du Cange, v° Pastorum officium Des enfants placés dans les voûtes de l’eglise figuraient les anges et chantaient Gloria in excelsis Deo . Les bergers mêlaient leurs voix à celles des anges. Deux prêtres revêtus de dalmatiques leur demandaient : Qui cherchez-vous ? Le

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Christ notre Sauveur , répondaient les bergers. Alors les prêtres écartant les rideaux de la crèche , leur montraient l'enfant et la Vierge sa mère, en chantant des paroles appropriées à la cérémonie.

Les bergers adoraient l’enfant Jésus et saluaient la Vierge, On célébrait ensuite la messe, pendant laquelle les bergers dirigeaient le chœur.

A la fête des Rois, l'étoile guidait les rois mages qui venaient de l’Orient se prosterner devant le Sauveur. Les cendres, symbole de pénitence chez tous les peuples, rappelaient au chrétien qu’il n’était que poussière et retournerait en poussière. La procession des palmes ou des rameaux était une représentation de l’entrée de Jésus à Jérusalem. Les cérémonies de la passion, le calvaire, le saint tombeau, étaient rendus présents aux yeux du peuple par une pantomime expressive. A Pâques , la joie se manifestait par des chants d’allégresse et quelquefois par des danses et des festins. Le calendrier placé sur le cierge paschal indiquait le renouvellement de l’année.

Enfin, à la Pentecôte, des étoupes enflammées, jetées des voûtes du temple , figuraient le Saint-Esprit descendant sur les apôtres. Je ne rappelle que quelquesunes des nombreuses scènes dramatiques dont l’église était le théâtre , et qui ont fait dire avec raison que les mystères ou drames religieux du moyen âge étaient sortis de l’Église. Quant à certaines processions et fetes étranges que tolérait la liturgie du moyen âge, il en a été question à l’article Fêtes (§ I, p. 4i6-4i9).

Les rites relatifs aux mariages et aux pénitences publiques ont aussi été exposés ailleurs. Voy. Mariage et Pénitence Publique.

Dédicace des églises. — La dédicace est la cérémonie qui consacre une église au culte divin. On s'y prépare par les jeûnes et les vigiles cliantees devant les reliques qui doivent être placées sous l’autel. Le matin , l'évêque consacre la nouvelle église par plusieurs bénédictions et plusieurs aspersions qu’il fait dedans et dehors. Il y emploie l’eau , le sel , le vin et la cendre, matières propres à purifier; puis il la parfume d’encens, et fait aux murailles plusieurs onctions avec le saint chrême. Il consacre l'autel, qui est une table de pierre, sous laquelle il enferme des reliques; enfin, il célèbre la messe. La dédicace est solennisée pendant huit jours, et la mémoire en est renouvelée tous les ans, tant on a voulu donner au peuple de respect pour les lieux destinés à la prière et àla célébration des saints mystères. On 11e réitère point la consécration

de l’église, tant que le bâtiment subsiste. Mais si elle est profanée par l’exercice d’une faus.se religion , par effusion de sang ou par quelque impureté criminelle, elle doit être réconciliée par une nouvelle bénédiction. On y emploie, comme à la première consécration , l’eau , le \in , le sel et la cendre , et les prières que Ton y fait tendent principalement à chasser le démon et à obtenir la rémission .des péchés. Cette réconciliation d’une église polluée, aussi Lien que la dédicace d’une nouvelle église , ou la consécration d’un autel, sont toutes cérémonies épiscopales. I/autel , à proprement parler, 11’est que la pierre consacrée; si elle est brisée, elle perd sa consécration. En attendant la consécration d’une église, elle peut être bénie par un prêtre à qui l’évêque en donne le pouvoir, afin que Ton y puisse faire l’office, et, si elle est profanée en cet état, un prêtre aussi peut la réconcilier (Fleury, Institution au droit ecclésiastique, 11e part., chap. vu).

Églises employées aux usages profanes; acclamations . — Pendant longtemps, les églises ne furent pas seulement consacrées aux cérémonies religieuses , elles étaient devenues un lieu à’assemblée et retentissaient d’acclamations profanes. L’on applaudissait les prédicateurs de la voix , des mains , des pieds , en un mot , de la manière la plus bruyante.

Souvent, le soin des affaires publiques venait interrompre les officies sacrés. Le roi Sigebert reçoit à la messe, le jour de Pâques, un messager qui lui dit : Il Vest né un fils . Dans le même moment, le diacre prononçait les mêmes mots en lisant l'évangile du jour. Aussitôt le peuple pousse des acclamations de joie (Grég. de Tours, VIII, 4). Dans une autre circonstance , on voit le roi Contran prendre la parole après la lecture de l’Évangile , à la messe solennelle d’un dimanche, pour adjurer les assistants de lui rester fidèles et de ne pas attenter à sa vie (idem, Vil, 8). Frédégonde, irritée d’un message qu'elle avait reçu dans une église de Paris, y fait dépouiller le messager de ses armes et de ses vêtements et le chasse de sa présence ( idem, ibid ., 15). Les prêtres eux-mêmes souillaient quelquefois l’église par de véritables profanations. Le prêtre Caton , voulant enlever l'épiscopat à Cautin , évêque de Clermont, fit crier dans l’église, par une femme contrefaisant l’énergumène, que le prêtre Caton était un grand saint, et que l’évêque Cautin n’était qu’un misérable , couvert de crimes , indigne du siège épiscopal ( idem , IV, 11).

Églises servant dyhôtels de ville et de

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théâtres. — • « Les ventes, dit M. Guérard (préface du Cartulaire de N. D . de Paris , p. xxin et suiv.), les donations et tous les actes publics ou privés des citoyens étaient passés et mis en écrit dans les églises. C’était au coin de f autel que les affranchissements étaient célébrés, de manière que le serf, après avoir trouvé dans le temple un asile contre l’emportement de son maître, venait encore y recevoir le bienfait de la liberté. Les églises servaient d’archives publiques. On en faisait aussi, surtout dans les campagnes, la grange ou le grenier du village. Théodulf, évêque d’Orléans, défend d’y serrer les foins et les blés. On allait donc au temple, non-seulement pour les offices, mais pour ses affaires. Un maître s’y rendait pour réclamer son esclave qui s’y était réfugié; les prêtres lui faisaient jurer qu’il ne le maltraiterait pas, et son esclave lui était remis ; mais Je maître était souvent parjure et l’esclave puni cruellement (Grég. de Tours, V, 3). » U a été question ailleurs des asiles (voy. Asiles), et d'autres usages profanes auxquels servaient les églises (voy. Eglise, p. 334).

Peines canoniques. — Quant aux peines canoniques que , dans l'ancienne organisation de la France , les juges ecclésiastiques pouvaient prononcer, elles étaient de deux sortes, les unes spirituelles , les autres temporelles. Les premières étaient l’interdit , ia suspense, \a dégradation , les pénitences, l’excommunication (voy.

ces mots); les autres la privation des bénéfices, la condamnation à une aumône, la prison, la fustigation. Le pouvoir d’imposer des peines spirituelles, dit Fleury ( Institution au droit ecclesiastique) , est essentiel à l’Eglise. Dès les premiers siècles du christianisme l’Église avait imposé aux coupables des aumônes, des jeûnes et d’autres peines temporelles , leur refusant l’absolution s’ils ne se soumettaient pas à la pénitence, et passant jusqu’à, l’excommunication s’ils s’obstinaient dans le crime. Saint Augustin parle de la fustigation ou peine des verges comme pratiquée par les évêques , à l’exemple des maîtres sur leurs domestiques , des pères sur leurs enfants.

Les abbés infligeaient cette punition aux moines. La prison h. temps ou à perpétuité était aussi regardée comme une peine canonique, parce qu’il était d’usage d’enfermer dans les monastères les prêtres et les autres clercs déposés pour crimes. Quelquefois les coupables excommuniés et incorrigibles étaient exilés avec le secours de la puissance séculière. Les usages de l’Église gallicane

autorisaient les officiaux (voy. Official) à condamner à l’amende honorable , pourvu qu’elle se fit dans leur prétoire. Ces juges pouvaient imposer des peines pécuniaires, non sous le titres d’amendes, mais sous celui d’aumônes avec application à des œuvres pies. Ils avaient le droit de condamner à. quelque fustigation secrète, mais non au fouet, qui se" donnait publiquement par la main du bourreau. Us r«e pouvaient prononcer le bannissement, mais enjoindre à un clerc étranger de sortir du diocèse. La prison perpétuelle était la plus forte des peines canoniques admises en France.

Abjuration . — L’abjuration ou renonciation solennelle à une hérésie se fait ordinairement entre les mains de l’évêque, au pied des autels. Suivant le concile de Trente , l’évêque peut seul absoudre du crime d’hérésie. L’histoire de France présente, entre autres exemples à' abjuration, celle de Henri IY. Le roi abjura à Saint- Denis, le 25 juillet 1593, entre les mains de l'archevêque de Bourges, grand aumônier de France, et des évêques du Mans et d’Evreux. Reçu à la porte de l'église par les évêques et le clergé , Henri s’agenouilla, demanda pardon à Dieu de son hérésie, et protesta qu’il voulait vivre et mourir dans la religion catholique, apostolique et romaine. L’archevêque de Bourges lui donna alors de l’eau bénite et lui lit baiser la croix ; puis il l’interrogea sur les vérités de la religion, et lui fit prononcer et signer son abjuration . Le roi , qui était jusqu’alors resté à genoux, se releva, fut conduit au grand autel et y renouvela son abjuration . S’étant ensuite retiré avec l’archevêque de Bourges, il se confessa à ce prélat et reçut l’absolution. Le TeDeum fut enfin chanté solennellement.

Le roi assista à la grand’messe célébrée par l’archevêque de Bourges et y communia. Puis il lit largesse au peuple au bruit des trompettes et haut-bois.

Cri à Dieu . — Dans les calamités publiques du moyen âge on avait recours à des rites particuliers pour fléchir la colère céleste. Tantôt des processions de pèlerins parcouraient les campagnes en se flagellant et chantant des prières (yoy. Flagellants); tantôt, au milieu même de la messe, après l’oraison dominicale, on couvrait lq pavé de l’église d’une étoffe grossière et quelquefois d’épines. On y plaçait le crucifix, le livre des Évangiles et les reliques des saints , et le clergé agenouillé répétait le psaume : Ut quia , Deus , repulisti in finem. C’était le cri à Dieu poussé par le clergé et par le peuple pour implorer la miséricorde divine. Dans les temps de tribulation et de tristesse,

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dit l’abbé Le Beuf (t. III des Dissertations rur l'histoire de Paris), on mettait des épines à la porte des églises et autour des chasses des saints pour empêcher qu’on n’en approchât.

Prières pour les morts. — Aux messes des morts les parents du défunt , revêtus de manteaux noirs , faisaient des offrandes ; ils tenaient des torches allumées à l'élévation et jetaient sur le défunt de l’eau bénite après qu’on avait chanté le Libéra ( Sainte-Palaye , v° Liturgie). Ces usages se sont conservés en partie dans les rites modernes de l’Église.

La coutume de se tourner vers l’orient pour faire ses prières a longtemps existé dans l’Église. On la trouve encore mentionnée dans le roman de Lancelot du Lac. Voy. Sainte-Palaye , v° Liturgie.

Ordre ; Diaconat. — Il a déjà été question des cérémonies usitées pour le sacrement de l’ordre (voy. Évêque, Ordres). Je me bornerai à ajouter quelques mots relatifs au diaconat. L’archidiacre présente à l’évêque celui qui doit être ordonné diacre en disant que l’Église le demande pour le diaconat. « Savez-vous qu'il en soit digne ? » Lui dit l’évêque. « Je le sais et le témoigne, répond l’archidiacre , autant que la faiblesse humaine permet de le savoir. » L’évêque remercie Dieu de ce témoignage; puis s’adressant au clergé et au peuple , il lui dit : « Nous élisons, avec l’aide de Dieu , ce présent sous-diacre pour l’ordre du diaconat. Si quelqu'un a quelque chose contre lui, qu’il s’avance hardiment pour l’amour de Dieu et qu’il le dise; mais qu’il se souvienne de sa condition. » Cette cérémonie rappelle l’ancien usage de l’Église de consulter le clergé et le peuple pour les ordinations, ï/évêque adressant ensuite la parole à celui qu’il ordonne lui dit : « Vous devez penser combien est grand le degré où vous montez dans l’Église ; un diacre doit servir à l’autel, baptiser et prêcher. Les diacres tiennent la place des anciens lévites; ils sont la tribu et l’héritage du Seigneur; ils doivent garder et porter le tabernacle ; c’est-à-dire défendre l’Église contre ses ennemis invisibles et l’orner par leurs prédications et par leur exemple. Ils sont obligés à une grande pureté , comme partageant le ministère des prêtres, coopérateurs du corps et du sang de Notre - Seigneur et chargés d’annoncer l’Évangile. » Après quelques prières sur fordinant, l’éveque ajoute : « Nous autres hommes nous avons examiné sa vie autant qu’il nous a été possible. Vous, Seigneur, qui voyez le secret des cœurs , vous pouvez le purifier et lui donner ce qui lui manque. » L’éyêque met alors la

main sur la tête de l’ordinant en disant t « Recevez le Saint-Esprit pour avoir la force de résister au diable et à ses tentations. « Il lui donne ensuite l'étole, la dalmatique et enfin le livre des Évangiles. (Fleury, Instit. au droit ecclésiast.)

Abstinence. — 1/abstinence prescrite par l’Église remonte à une très-haute antiquité. Sainte-Palaye (v° Abstinence) rapporte, d’après le roman de Gérard de Roussillon, que, dans certaines circonstances, on s’abstenait de chair, de poisson et de vin. L’abbé Le Bœuf, dans son Histoire civile d’ Auxerre ( p. 60 ), dit que V abstinence de vin était imposée tous les vendredis et l 'abstinence de viande tous les samedis , à moins qu’il ne survînt quelque grande fête. L’abstinence était observée avec une grande sévérité at moyen âge. Une femme , que l’on trouva manquant* à cette loi, fut promenée avec ignominie dans toute la ville de Paris ( Sainte-Palaye, ibicL ). Les œufs mêmes étaient défendus en carême , et ce fut pat grâce spéciale que l’archevêque de Paris en permit l’usage à l’époque de la Fronde ( mars 1649 ).

Cependant le roi Jean avait obtenu pour lui et pour ses successeurs d’être aispensé de Vabstinence du samedi, quand son confesseur et son premier chapelain le jugeraient à propos. Louis XIV étendit cette autorisation à son armée après avoir pris l’avis du père Ferrier, jésuite, et du cardinal de Bouillon (voy. Lettres historiques de Pellisson , t. I, p. 81 ). L’Église a laissé aux évêques le pouvoir de dispenser les particuliers de l’abstinence pour des causes nécessaires , et les évêques peuvent communiquer ce pouvoir aux cures à cause du besoin pressant des malades. Quelquefois même l’évêque autorise le diocèse tout entier à ne pas observer quelque partie de Yabstinence. On ne jeûne jamais le dimanche, et quand le jour de Noël tombe le vendredi, on est dispensé de Vabstinence ; ce que l’Église latine n’accorde à aucune autre fête (Fleury, ibid.)

Voy. sur les anciens rites de l’Église ^ l’ouvrage deMartène intitulé . Veantiquis Ecclesiæ ritibus ; Gabriel de l’Aubespine , De veteribns Ecclesiæ ritibus ; Grancolas, Les anciennes liturgies : Cl. de Vert, Cérémonies de VEglise; Bocquiliot, Traite historique de la liturgie; Lebrun des Marettes, Voyages liturgiques ; Le P. Lebrun, Explication des cerem de la messe „

RITUEL. — Livre qui contient les formules des cérémonies ecclésiastiques.

Le rituel varie suivant les églises ; il y a le rituel parisien , le rituel romain , etc.

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RIVERAINS, RIVIÈRES. — Voy. Navigation.

ROBE. — Pendant longtemps la robe fat le vêtement commun des hommes et des femmes. Il en était encore ainsi au xme siècle. Voy. Habillement. — A la même époque il était d'usage qu’aux grandes fêtes les rois distribuassent des robes à leurs principaux officiers.

ROBE (La). — Symbole de certaines professions. Les magistrats, les membres des universités étaient des hommes de robe . On opposait la robe à l’épée.

ROCAILLE. — Composition d’architecture rustique qui imite les rochers naturels et qui se fait de pierres trouées, de coquillages et de pétrifications de diverses couleurs, ainsi qu’on en voit aux grottes et bassins des fontaines.

F.OCHET. — Vêtement ecclésiastique dont il est question dès le xic siècle. Helgaud, historien du roi Robert, successeur de Hugues Capet, parle d’un vêtement qu’en langue rustique ou vulgaire on nommait rocus ( rocket ).

RODAGE. — Droit féodal. Voy. Rouage.

ROD1ENS ou RHODIENS. — Nom sous lequel les chevaliers de Malte étaient compris dans la répartition des décimes.

ROELLE, ROUELLE. — Pièce de drap jaune, en forme de roue, que les juifs devaient porter sur la poitrine d'après les anciennes ordonnances. Il est question de ces rouelles dès le xne siècle. Lorsque le pape Innocent II fit son entrée solennelle à Saint-Denis au commencement du xue siècle , les juifs lui offrirent une rouelle .

ROGATIONS. — Les processions des rogations furent instituées, en 474 , par Saint-Mamert , archevêque de Vienne, pour implorer la protection du ciel en faveur des biens de la terre. Le concile d’Orléans, tenu en 511, ordonna de célébrer les rogatioiis dans toute la France. Ces prières durent trois jours et ont lieu les lundi , mardi et mercredi qui précèdent l’Ascension.

ROI, ROYAUTE. — De toutes les institutions de la France, il n’en est aucune qui ait exercé une aussi grande inlluence sur les destinées de la nation que la royauté . Cette puissance souveraine absorba la France au point qu’on a pu prêter avec vraisemblance à Louis XIV le mot célèbre : « L’État , c’est moi. « La royauté n’a pas toujours eu cette prépondérance; elle a passé par différents âges et revêtu différents caractères que Ton peut rame-

ner à six : 1° royauté romaine; 2° royauté barbare ; 3° royauté ecclésiastique ;

4# royauté féodale; 5° royauté absolut; 6° royauté constitutionnelle. On disting^0 ordinairement trois dynasties royales ; :î en est question aux mots Mérovingiens et Royales (dynasties).

$ 1 . Royauté romaine . — La royaume romaine , dont les barbares s’empressèrent d’adopter l’idée et même les symboles, reposait sur la théorie du droit absoîu du souverain, entre les mains duquel ïo peuple avait déposé tous ses pouvoirs. La loi royale, si souvent invoquée par les jurisconsultes romains, n'était pas autre chose, en théorie, qu’une abdication du peuple entre les mains de l’empereur iu-* vesti par la volonté populaire de la puissance suprême. Dès lors, le pouvoir do faire des lois , de déléguer à qui bon luf semblait une partie de la souveraineté, do lever des impôts et d’en fixer le taux, ce déclarer la guerre et de (Mire la paix , en un mot, la souveraineté dans toute Péter** due du mot, fut le partage exclusif des empereurs. Une vaste hiérarchie de fonctionnaires s’étendit d'une extrémité K l’autre de l’empire pour y faire pénétrer la volonté du souverain , y puiser tout#* les forces des nations en hommes et est argent et les mettre aux mains de Temps* reur. C’était le despotisme absolu.

§ II. Royauté barbare . — La royauté barbare avait un caractère tout différent. Ces chefs de guerre, qui n’avaien?. pour parure que leur longue chevelure et la dépouille des bêtes sauvages n’étaient guère que les égaux de leurs leudes. Proclamés par les guerriers qui les élevaient sur le pavois , forcés de* suivre l’avis de l’assemblée des France dans toutes les questions importantes 7 partageant le butin avec leurs compas gnons d’armes, souvent entraînés à de*; guerres lointaines malgré leur résistance0 ils n’étaient rien moins qu’absolus. Grégoire de Tours raconte que les leudes de Clotaire 1er pénétrèrent de force dans sk tente et le contraignirent de les mener contre les Saxons en le menaçant de le quitter s’il ne cédait à leurs instances* Ainsi, la royauté barbare était presque élective et tellement restreinte dans sa puissance qu’elle se réduisait à commander sur le champ de bataille. Les leudes élaient les véritables souverains. Ils refusaient de se soumettre à l’impôt , et dans leurs domaines ils exerçaient presque les droits régaliens. La souveraineté se morcela après la conquête. Les rois mérovingiens (voy. Mérovingiens) luttèrent, à la vérité, contre la puissance des Leudes; mais ce fut en vain qu’ils prirent le dia-

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dème et les insignes de la royauté romaine (voy. Royauté, insignes de la) ; ils ne purent faire revivre cette puissante unité,ce système habilement organisé dont l'empire romain avait offert le modèle

5 III. Royauté ecclésiastique. — L’Eglise vint à leur secours et leur rendit une partie de la force que leur enlevaient les institutions barbares. A ses yeux les rois étaient les représentants de Dieu sur la terre et participaient à son autorité , s'ils imitaient sa sagesse et sa justice. La royauté , au lieu de n'ètre qu'une force, comme chez les barbares, devenait un pouvoir moral réglé par la loi. Il suffit pour s'en convaincre de consulter la loi des Wisigoihs écrite sous l'influence des conciles de Tolède. « Le roi , dit-elle, est dit roi (rex), de ce qu'il gouverne justement (recie). S’il agit avec justice, il possède légitimement le nom de roi; s'il agit avec injustice, il le perd misérablement. Nos pères disaient donc avec raison : Tu seras roi si tu agis bien; sinon , no n (rex eris , si recta facis ; si autem non facis , non eris). Les deux principales venus royales sont la justice et la vérité. La puissance royale est tenue, comme la totalité des peuples , au respect des lois. » La royauté devenait ainsi , dit M. Guizot , une magistrature sociale qui puisait son droit dans la mission de faire régner la loi divine , la justice , sur les forces particulières, de protéger l'intérêt commun contre les intérêts privés. 11 fallut bien des siècles avant que cette royauté ecclésiastique , si je puis m'exprimer ainsi, prévalût sur le despotisme impérial et la force brutale des barbares.

Charlemagne. — Charlemagne réunit un instant tous ces principes divers d'origine et de nature. Chef de guerre comme les rois barbares et capable plus qu'aucun d'eux de faire respecter sa puissance sur les champs de bataille, il avait conservé une partie des mœurs et des institutions germaniques; il convoquait toujours les assemblées des guerriers, il faisait recueillir les vieux chants des bardes germains et se plaisait à porter le costume de ses pères; mais en meme temps Charlemagne était empereur. Il avait une admiration instinctive pour cette unité qui plaçait toutes les forces d'une nation dans les mains du souverain; il s'efforçait dans ses Capitulair es ( voy. ce mot ) de faire revivre les lois romaines et de substituer l'autorité d'un seul à ce morcellement de la souveraineté qui avait été une des conséquences de l’invasion des barbares. Enfin Charlemagne sacré par le pape , promoteur ardent de la foi chrétienne, auxiliaire du saint-siège dans

ses luttes contre les Lombards, Charlemagne avait pour lui toutes les sympathies du clergé; il s'entourait de ses conseils et était proclamé le représentant d<* Dieu sur la terre. Cette union de toutes les forces diverses en un seul homme et la conciliation de principes qui semblaient opposés ont été une des causes de la grandeur de ce prince. Mais après lui, l'empire tomba en dissolution; les lois ne furent plus respectées; la tradition de l'unité romaine, vainement soutenue par le clergé, fut abandonnée. La tendance à la souveraineté individuelle, h l'isolement de la vie barbare, prévalut, et la féodalité s’établit (voy. Féodalité et Capitulaires). Au milieu de cette anarchie, l'idée d'une puissance sociale élevée audessus de tous, gouvernant dans l'intérêt de tous, s’effaça peu à peu. On attacha exclusivement la puissance à la possession territoriale. Les derniers carlovingiens , qui ne possédaient plus que la ville de Laon, étaient sans pouvoir. On choisit pour leur succéder un des principaux seigneurs féodaux, le duc de France, et alors commença ce qu'on peut appeler la royauté féodale.

S IV. Royauté féodale. — La royauté, aux xie et xii® siècles, fut réduite à une suzeraineté qui n'était pas toujours respectée des vassaux. A peine obtenait-elle un hommage qui n'imposait de devoirs positifs que si le souverain avait la force nécessaire pour contraindre l'obéissance.

11 y avaiialorsen France, sans parler d’une multitude de petits fiefs, plusieurs centres principaux de la puissance féodale , égaux pour le moins au duché de France ; la Flandre, avec ses riches manufactures de draps et ses communes démocratiques ; la Normandie conquérante de l'Angleterre; la Bretagne, fidèle aux traditions et h la langue celtiques; FAquitaine, brûlante par l'élégance des mœurs, par l'éclat de la poésie et par sa lutte ardente pour défendre ses libertés contre les rois de France et d'Angleterre; le Languedoc, berceau des troubadours qui chantaient la guerre comme l’amour et entretenaient la haine contre les hommes du Nord et l'ardeur de l'indépendance nationale; les deux Bourgognes, qui venaient de donner des rois à. la Castille et au Portugal; la Champagne, illustrée par ses trouvères et bientôt souveraine de la Navarre. Je ne parle pas des royaumes d'Arles et de Lorraine (Provence, Savoie, Dauphiné, Lyonnais, Lorraine, Brabant) qui étaient terres d'empire et ne tenaient pas à la France, même par le faible lien delà vassalité. Les souverains du duché de France n'étaient pas en état d'imposer la

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loi à tant de seigneurs dont la puissance égalait au moins la leur. Quant au droit de la royauté , les seigneurs féodaux le reconnaissaient à peine; témoin la réponse d’un comte de Périgord à Hugues Capet : k Qui t’a fait comte ? » lui demandaient les envoyés du roi. « Qui t’a fait roi?» répondit le comte, comme s’il se fût adressé à Hugues Capet. Pendant tout le xic siècle , la royauté fui effacée; elle ne commença la lutte qu’au xue.

Intronisation du roi féodal . — Les assises de Jérusalein prouvent que le roi féodal n’était intronisé qu’avec l'agrément de ses vassaux Voici le texte dont j’ai seulement modifié le style : « Quand le royaume écheoit à un héritier collatéral, il doit assembler les meilleurs de ses hommes liges en plus grand nombre possible , et leur faire savoir comment le royaume lui est échu. Les hommes- liges doivent ensuite se retirer et délibérer sur ce que leur a dit le seigneur. Ensuite, s’ils le reconnaissent pour légitime héritier, ils reviennent vers lui, et lui disent : Sire , nous reconnaissons bien que vous êtes tel que vous avez dit , et 7ious sommes prêts à faire ce dont vous nous avez requis, faisant vous le premier ce que vous devez y comme vous nous l'avez offert .

Alors on apporte l’évangile; le seigneur se doit agenouiller et mettre la main dessus , pendant qu’un des hommes-liges dit : Sire , vous jurez sur ces saints évangiles de Dieu , comme chrétien , que vous garderez , maintiendrez et défendrez de tout votre pouvoir la sainte église y les veuves et orphelins , en leur droiture > et que vous ferez tenir de tout votre pouvoir les bo?is us et coutumes y et les assises qui fure7it ordonnées pour ce royau7ne . Lorsque ces choses seront accomplies, les hommes-liges doivent faire l’un après l’autre hommage au seigneur. » La royauté ne se résigna pas longtemps à l’état de dépendance oh la tenaient les seigneurs féodaux, et pendant six siècles elle soutint contre eux une lutte qui transforma la France.

Lutte de la royauté contre la féodalité. - Quelles étaient les armes de la royauté féodale dans cette lutte contre les grands feudataires? Elle avait le droit de suzeraineté, c’est-à-dire le droit d’appeler sous ses drapeaux les vassaux et arrière-vassaux en cas d’invasion, le droit de reviser les sentences des feudataires, le droit de confisquer leurs terres s’ils se rendaient coupables de félonie, etc. Cette suzeraineté, mal définie dans l’origine, devint par la suite un droit redoutable entre les mains des rois; ils en profitèrent pour s’emparer delà justice par voie

d’appel (voy. Appel), pour interdire les guerres privées (voy. Guerres privées) et réunir à leur domaine la plupart des fiefs par confiscation ou par déshérence (voy. Domaine et Provinces). Il faut ajouter que Ja royauté fut soutenue dans cette lutte par le clergé et par le tiers état. Le clergé, qui sacrait les rois et les proclamait les oints du seig7ieur , devait préférer un pouvoir social basé sur la loi à ces souverainetés locales qui n’étaient fondées que sur la force. Suger, abbé de Saint -Denis et conseiller des rois Louis VI et Louis VII , écrivait, dès le xne siècle , dans sa Vie de Louis le Gros : « La gloire de l'Église et de Dieu est dans l’union de la royauté et du sacerdoce. » Il fut décrété par l’Eglise au xu° siècle, que les prêtres suivraient le roi à la guerre avec leurs paroisses et leurs bannières.

Le tiers état et en général le peuple s’appuyèrent sur la royauté pour se relever de la dégradation où ils étaient tombés; les communes ( voy. Commune et État [tiers] ) furent en partie émancipées par les rois, et la bourgeoisie donna dans la suite à la royauté ses ministres les plus habiles et les plus dévoués. Grâce à ce concours de circonstances, la royauté finit par triompher de la féodalité. La lutte dura plus de trois siècles; commencée sous Louis le Gros elle ne se termina que sous Louis XI et François Ier; mais, tout en triomphant, la royauté laissa subsister une multitude d’abus féodaux qui se manifestaient surtout dans la division territoriale de la France en provinces oîi régnaient les institutions les plus diverses (voy. Provinces); dans l’importance laissée à la propriété féodale (voy. Propriété); dans l’inégalité des ordres et les privilèges de la noblesse ( voy. Noblesse).

Institutions féodales conservées par la royauté. — Enfin, la royauté elle-même, tout en se séparant de la féodalité, continua de traîner à sa suite un appareil féodal ; on retrouvait les institutions féodales dans l’administration de la justice, de la guerre et des finances. 11 im-* porte de les indiquer rapidement ;

La cour des pairs y où siégeaient les ducs et pairs avec tous les membres du parlement, remontait aux temps féodaux.

<c Chaque grand fief, dit Saint-Simon si versé dans l’étude de ces questions, chaque grand fief avait ses pairs de fief, dont on voit les restes jusqu’à nos jours par les pairs de Cambrésis et d’autres grands ou moindres fiefs , et le nom de pairs de France demeura aux plus grande de ces grands feudataires, qui tenaient leurs grands fiefs du roi et qui avec lui jugeaient les causes majeures de tous les

grands fiefs.» (Voy. Pairs.) Une ombre do cette cour féodale subsista jusqu’à la lin de la monarchie.

Les lits de justice étaient encore un souvenir du régime féodal et de la royauté siégeant en son trône au milieu de ses pairs. Seulement le despotisme avait imposé silence à toute opposition (voy.

Lits de justice). Enfin, c'était encore par tradition des temps féodaux que le roi siégeait de loin en loin comme juge suprême dans le Conseil des parties (voy.

Conseil d’état). Louis XIV lui-même ne dédaigna pas ces fonctions judiciaires , et vint plus d’une fois présider, à la place du chancelier, aux délibérations de son conseil.

Le système militaire de l’administration monarchique conserva aussi quelques traces du régime féodal. Sans revenir sur les privilèges accordés à la noblesse, nous nous bornerons à rappeler que jusqu’à la fin du xvnc siècle, la royauté maintint l’usage de Yarrière-ban. 11 fut encore convoqué au commencement de la guerrede succession d’Angleterre en 1689. Les possesseurs de fiefs étaient tenus de servir personne. Les femmes, les mineurs, les ecclésiastiques devaient se faire représenter, suivant les anciennes prescriptions de la loi féodale (voy. Lettre de Mme de Sévigné du 13 mai 1689).

Enfin , l’administration monarchique , tout en ajoutant de nouveaux impôts aux anciennes taxes féodales , avait conservé ces dernières, droits de joyeux avènement, dJ amortissement , de francs-fiefs , de nouveaux acquêts , d'aubaine , de bâtardise, etc. (voy. ces mots). Elle maintint aussi plusieurs des magistrats spéciaux, tels que sénéchaux et baillis, qui se rapportaient par leur origine à la féodalité et conservaient avec elle plus d’un rapport. C’était devant les baillis et les sénéchaux qu’on portait l’appel des justices seigneuriales ; c’étaient eux qui , en cas de convocation de l’arrière-ban dressaient les rôles des possesseurs de fiefs ; eux , enfin , qui surveillaient la perception des droits féodaux. Ils étaients restés comme un débris de la royauté féodale.

En laissant subsister quelques vestiges de la féodalité , la royauté se sépara néanmoins fortement de* la féodalité. II suffit de rappeler les principes de ces deux systèmes pour reconnaître combien ils étaient profondément opposés (voy. Féodalité, p. 4l 0-413).

§ V. Royauté absolue; vicissitudes de la royauté avant d'arriver au pouvoir absolu. — Touten laissant subsister quelques vestiges du régime féodal, la royauté arriva à son but, l’établissement de l’au-

torité absolue. Ce ne fut qu’après de longues luttes et progressivement qu’elle atteignit ce résultat; souvent elle paruv reculer, mais toujours pour prendre un nouvel essor. Victorieuse sous Philippe Auguste , saint Louis et Philippe le Bel, elle retombe pendant la triste période que signaient la guerre de Cent ans, la folie de Charles VI et la guerre civile des Armagnacs et des Bourguignons. Si la royauté triomphe avec Louis XI et paraît absolue sous François Ier, c'est pour subir une nouvelle décadence pendantlesguerres de religion. Enfin, L’éclat dont elle brille sous Henri IV, Richelieu et Louis XIV est bientôt obscurci par les turpitudes de Louis XV et la faiblesse de Louis XVI. Le pouvoir ne semble s’être élevé si haut que pour se préparer une chute plus éclatante. Faut-il donc ne voir dans l’histoire de la monarchie française que ces ncorsi de Vico, un retour presque fatal de triomphes et de désastres, un cercle de grandeurs et de misères, de gloire et de honte, de crimes et de vertus, où l’homme, esclave de ses passions et de l’ambition, tourne sans cesse, immobile, alors qu’il rêve le progrès? Cette solution, qu’ont adoptée quelques esprits chagrins ou sceptiques, n’est pas , grâce à Dieu , celle qui ressort des faits, et, sous la monotonie apparente des vicissitudes de la royauté , il est facile de constater le progrès.

Un historien moderne (M. Mignet, Formation territoriale et politique de la France) l’a très-bien caractérisé : « Quoique souvent forcée de rétrograder et bien près d’être vaincue, soit dans la lutte territoriale, soit dans la lutte politique, la royauté est toujours sortie de chaque débat avec des domaines plus étendus et une puissance plus forte. La résistance l’avait retrempée au lieu de l’affaiblir. Elle lui avait toujours permis en dernier résultat de s’avancer d’un pas de plus sur le territoire, et de faire un essai plus précis de son système d’autorité. Cette répétition constante du même phénomène, cette ruine si souvent imminente de La monarchie, toujours suivie d’un triomphe signalé de sa part, prouvait que de son côté était la force, qu’à elle appartenait l’avenir et à ses adversaires le passé. Or, le propre de la résistance du passé est toujours, en mettant le présent en péril, de l’obliger à un grand effort qui l’affermisse par un progrès. C’est ce qui arrive à toute puissance nouvelle qui agit dans l’intérêt d’un pays ou du monde. L’ancienne monarchie, dont les destinées eut été si grandes, passa par cette série de résistances et de triomphes, jusqu’à ce qu’elle eût terminé son imposante et glo-

rieuse tâche au xvme siècle, en réunissant un territoire démembre et en formant une nation homogène, »

Pour constater les progrès de la royauté, il suffît d'examiner quelles sont les conditions d’un bon gouvernement , et d'examiner jusqu’à quel point la royauté les a remplies. Les conditions d'ùn bon gouvernement sont ; io un pouvoir central fortement organisé; *2° une hiérarchie de fonctionnaires publics se rattachant directement au pouvoir central, portant sa volonté dans toutes les branches d'administration et faisant remonter vers lui les forces de la société, en hommes et en argent; 3° des efforts assidus pour perfectionner l’administration de la justice, des finances, de la guerre, protéger le commerce et l’industrie ; enfin , contribuer au développement intellectuel de la nation et par conséquent à sa moralité. Lorsque l’administration remplit ces conditions, elle obtient l'adhésion des peuples, qui fait sa force et sa gloire. Jusqu'à quel point la royauté française a-t-elle réuni ces con ditions et réalisé ces résultats ? Telles sont les questions dont la solution est nécessaire pour établir le progrès de l'administration monaVchique.

Progrès du pouvoir central ; théorie du droit divin. — Au xne siècle, il n'y avait pas en France de pouvoir central. La royauté n’était alors qu'une suzeraineté à peine reconnue par les grands vassaux de la couronne. Son autorité législative était restreinte au duché de France; elle ne pouvait juger un vassal qu’avec le concours de ses pairs. Les impôts étaient déterminés par la loi féodale et se réduisaient à quelques redevances. Le service militaire n’était imposé du vassal que dans des cas fixés et pour un temps marqué; il pouvait même en certaines circonstances guerroyer son seigneur. Chaque baron était souverain dans ses domaines ; la royauté elle-même le proclamait. Telles sont les faibles origines d'une autorité qui devait un jour arriver au despotisme le plus absolu. Dès le xiii« siècle, elle fait reconnaître son droit législatif dans toute la France. Elle interdit les guerres privées, impose sa monnaie aux seigneurs féodaux, proclame au xive siècle qu'à elle seule appartient le droit de battre monnaie, s’empare par les appels et les cas royaux de l’administration de la justice, en un mot exerce dans toute la France la plénitude des droits souverains. C’est là son premier pas.

Bientôt elle attaque et détruit toute souveraineté rivale, et, au xvlc siècle, la France n’a plus quyun souverain , qui

substitue le bon plaisir à la pleine puissance. Enfin, faisant descendre son autorité de Dieu, la royauté se présente comme une image de la divinité sur la terre et absorbe en elle l'État tout entier. Bossuet exprime la théorie acceptée par le xvne siècle , lorsqu'il dit : « Le prince en tant que prince n'est pas regardé comme un homme particulier : c'est un personnage public; tout l’État est en lui; la volonté de tout le peuple est renfermée dans la sienne. Comme en Dieu est réunie toute perfection et toute vertu , ainsi toute la puissance des particuliers est réunie en la personne du prince. Que Dieu retire sa main , le monde retombera dans le néant : que l’autorité cesse dans le royaume, tout sera en confusion. Dieu donne au prince de découvrir les trames les plus secrètes. Il a des yeux et des mains partout. 11 a même reçu de Dieu , par l’usage des affaires, une certaine pénétration qui fait penser qu'il devine.

A-t-il pénétré l’intrigue, ses longs bras vont prendre ses ennemis aux extrémités du monde : ils vont les déterrer au fond des abîmes. Il n'y a point d'asile assuré contre une telle puissance. Je ne sais quoi de divin s'attache au prince , et inspire la crainte aux peuples.... O rois, exercez hardiment votre puissance; car elle est divine et salutaire au genre humain. Vous êtes des dieux, c’est-à-dire, vous avez dans votre autorité, vous portez sur votre front un caractère divin. Vous êtes les entants du Très-Haut; c'est lui qui a établi votre puissance pour le bien du genre humain.» On reconnaît dans ce passage les principes de Louis XIV, sa croyance à son droit divin et presque à son infaillibilité. Son règne ne fut qu’une magnifique application de cette théorie, et le mot: « L'État , c’est moi , » en est le résumé. Ainsi, la royauté s’était progressivement élevée d'une autorité restreinte par les usages féodaux à une autorité illimitée.

Progrès des ministres et conseillers de la couronne. — Môme progrès dans les agents de la puissance royale , dans les ministres et les conseils qui entouraient le trône. A la fin du xn° siècle , nous trouvons près du roi une réunion do hauts dignitaires, sénéchal héréditaire, grand bouteiller, grand panetier, grand chambellan , connétable , chancelier, etc.

La plupart sont investis de droits féodaux qui les rendent presque indépendants de la royauté, droits du grand bouteiller sur toutes les tavernes et meme sur l’administration financière, du grand panetier sur les boulangers, du grand chambellan sur les pelletiers, etc. Le connétable et dans la suite l’amiral avaient

leurs tribunaux particuliers. La royauté ne laissa pas longtemps h ces grands offi ciers une autorité dangereuse pour sa puissance. La dignité de sénéchal fut supprimée dès n9i; les autres grands officiers de la couronne perdirent peu à. peu leur importance, La royauté les conserva longtemps encore comme une parure aux jours de pompe ; mais, au xvue siècle , les dignités de connétable et de grand amiral disparurent, et les rois ne voulurent plus tolérer que des instruments dociles de leur autorité. Les secrétaires d’iïtat remplirent parfaitement ce rôle(voy. Ministère). Longtempssimplesc/ercs du secret , admis au conseil pour tenir note des délibérations, ils ne prirent une importance réelle qu’au xvi® siècle. La multiplicité des affaires, la nécessité d’hommes spéciaux et habiles, accrurent leur puissance. Sous Charles IX, Villeroy contresigna les ordonnances royales; politique extérieure, guerre, finances, marine, commerce, en un mot toutes les branches des services publics reçurent l’impulsion de ces fonctionnaires. Le règne de Louis XIV fut l’apogée de leur autorité. Colbert. et Louvois présentent les types de ministres habiles , dévoués et toutpuissants.

On retrouve les mêmes progrès dans les conseils qui entourent et éclairent la couronne. C'est d’abord une assemblée féodale composée des grands vassaux du duché de France et des m inisteriales hospilii regis . Elle cumule tous les pouvoirs : guerre, finances, justice; toute l’administration est entre ses mains. Philippe le Bel introduit une division exigée par la multiplicité des affaires. Legrand conseil a les attributions politiques , le parlement la justice, la chambre des comptes les finances. Dans la suite, de nouvelles subdivisions devinrent nécessaires. La cour des aides eut une partie ne l'administration financière , ainsi que la chambre du trésor. Legrand conseil, qui avait conservé quelques attributions judiciaires, subit sous Charles VIII une nouvelle transformation. 11 perdit toute autorité politique : mais constitué comme tribunal , il jugea les causes privilégiées (voy. Grand conseil,). Quant à l’autorité politique, elle passa au conseil d>Êtat; mais cette assemblée elle-même se subdivisa en un grand nombre de conseils spéciaux , conseils des dépêches pour les affaires intérieures, de conscience pour les questions religieuses, de finances, du commerce, etc. Voy. Conseil d’état.

Ainsi la royauté était servie pat* des agents spéciaux et dévoués, qui relevaient exclusivement de sa puissance.

L'administration monarchique présentait donc la première condition de force et de grandeur, un pouvoir central bien organisé. Elle s’y était élevée lentement ; mais il est impossible de méconnaître ses progrès.

Hiérarchie de fonctt07inaires institues par la royauté. — Quant à la hiérarchie de fonctionnaires portant du centre aux extrémités la volonté du pouvoii suprême, elle s’est aussi constituée lentement et progressivement La royauté eut la prudence de maintenir dans les provinces acquises l'ancienne administration , mais en la rattachant à l'autorité centrale. Les baillis et vicomtes , les sénéchaux et prévôts furent tenus de rendre compte au parlement royal de Leur administration judiciaire et financière. Ils ne pouvaient acquérir de propriétés dans le pays qu'ils administraient ni s’y marier. On les changea tous les trois ans, afin de les empêcher de prendre racine dans leur province et d’y reconstituer la féodalité. Mais le cumul des fonctions judiciaires , militaires et financières était un abus dangereux pour le pouvoir et pour le peuple. La royauté songea bientôt à le faire disparaître.

Organisation de V administration dans les provinces . — Lorsque Louis XI eut vaincu la féodalité apanagée et affermi l’autorité royale, lorsque l'institution des postes eut permis de transmettre avec rapidité et sûreté les ordres du pouvoir central jusqu’aux extrémités de la France, il s’opéra une nouvelle organisation de l’administration locale. Douze gouverneurs de province établis par les rois Charles VIII , Louis XU et François 1er représentèrent l’autorité centrale dans les grandes subdivisions du royaume. Ils ne furent investis que de la puissance militaire ; on leur interdit toute levée de deniers , toute usurpation de fonctions judiciaires , et la royauté les tint si strictement sous sa main que d’un mot elle pouvait suspendre tous leurs pouvoirs. Huit parlements poui l'administration de la justice, trente-deux présidiaux subordonnés aux parlements, une justice prévôtale pour la répression des désordres et des flagrants délits , seize, puis dix-sept receveurs généraux pour la perception des tailles, des bureaux de finances pour l'administration du domaine et la répartition des impôts, complétèrent cette organisation de l’admimstration provinciale.

Les efforts des provinces pendant les troubles de la Ligue et de la Fronde pour ressaisir leur indépendance ne servirent qu’à affermir l\iutorité royale. Elle annula

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les gouverneurs qu’elle réduisit a prendre tous les trois ans de nouvelles provisions , et elle les retint souvent à la cour dans une brillante servitude. Près d’eux elle établitles intendants, agents dociles, dont la mission était de surveiller toutes les parties de l’administration , guerre , finances , justice , marine , commerce , agriculture, instruction publique (voy.

INTENDANTS DES PROVINCES ). Dès lors ,

les parlements, réduits au silence , perdirent toute autorité politique et meme administrative. Lorsqu’ils voulurent , à l’occasion de la famine de 1709, s’occuper des approvisionnements , Louis XIV leur reprocha cette intervention comme une usurpation de pouvoir et déclara qu’aux intendants seuls appartenait de pourvoir aux subsistances. Ainsi , par une série do mesur es habiles , la royauté avait organisé une hiérarchie de fonctionnaires qui ne relevaient que d’elle et dont les attributions étaient mieux déterminées.

Inspectioîis des enquêteurs royaux , chevauchées des maîtres des requêtes . — Afin de tenir ces représentants du pouvoir royal dans une dépendance plus étroite et de les contraindre à une exacte observation de leurs devoirs, les rois renouvelèrent dès le xui° siècle l’institution des Missi dominici . Saint Louis envoyait dans les provinces des enques leurs royaux. Les maîtres des requêtes de l’hôtel , qui figurentdès le temps de saint Louis , furent chargés dans la suite de faire leurs chevauchées pour surveiller les officiers royaux ; les ordonnances de Moulins et de Blois leur rappellent ce devoir, et l’ordonnance de Blois dit formellement, que chaque année le garde des sceaux fera « un département des provinces du royaume , >» et que les maîtres de3 requêtes de l’hôtel y feront leurs chevauchées et rapporteront les contraventions qu’ils trouveront avoir été faites aux ordonnances.

Dans le principe, les intendants n’avaient pas d’autre mission ; Us exerçaient une surveillance temporaire. Lorsque, sous Louis XIV, ils résidèrent dans une généralité déterminée, les inspections furent confiées à des envoyés spéciaux.

Chaque ministère eut les siens, la guerre sous Louvois, les finances, la marine et le commerce sous Colbert. Louis XIV envoya souvent des maîtres des requêtes ou des conseillers d'État pour surveiller les parlements et assurer l’exécution des ordonnances. En un mot, la royauté ne cessa d’avoir les yeux ouverts sur toutes les parties du royaume et sur toutes les branches d’administration. Cette centralisation , fortement organisée et servie

par des agents dévoués, produisit d’heureux résultats pour la puissance de la France et hâta son progrès politique et in tellectuel. Le pouvoir, par l'organisation financière et militaire, eut la sueur et le sang du peuple ; mais il lui donna des lois plus équitables , une puissance maritime , et protégea le commerce, l’agricui ture, les lettres^ et les arts : échange fécond , qui fortifia la royauté , et donna au pays l'ordre et la grandeur, en développant tous les éléments de prospérité qu’il renfermait.

Administration financière — Au xne siècle, il n’y avait que des redevances féodales ou aides (auxili a)y payées par les vassaux dans des circonstances déterminées. L’administration monarchique, en maintenant les anciennes taxes féodales, déploya une grande habileté pour se créer de nouvelles ressources.

L’impôt de la taille devint permanent sous Charles VII, et s’accrut â volonté sous les règnes suivants; Le taillon établi par Henri II, en 1549, avait spécialement pour objet l’entretien de l’armée. En le payant, les villes se rachetaient du logement militaire. La capitation introduite, en 1695, par Louis XIV, aggrava l’impôt personnel. La population était divisée en vingt-deux classes , dont la première payait deux mille livres et la dernière vingt sous par tête. Cet impôt devait cesser trois mois après la conclusion de la paix , mais la guerre pour la succession d’Espagne le lit rétablir presque immédiatement, et avec de nouvelles charges.

Uimpôt du dixième des revenus fut une mesure extrême; il frappait les rentiers comme les propriétaires et donnait lieu à des mesures inquisitoriales pour constater l’état des fortunes. Le clergé s’en racheta par un don gratuit de huit millions. Enfin, la taxe des chemins se rattache à l’impôt foncier.

Les impôts indirects portèrent les noms d 'aides, gabelles, traites forauies , rêve ou haut passage . L’impôt sur les denrées ot. aides varia très-souvent de quotité. Il était à la fin du règne de Louis XIV de cinq pour cent du prix des denrées vendues en gros et de douze et demi pour cent des marchandises détaillées; on lui donnait les noms de vingtième et de huitième , ou de droits de gros et de huitième . Des taxes, inventées par la fiscalité, comme les droits de jaugeage et de courtage , s’ajoutaient encore à l’impôt des aides.

La marque des espèces d’or et d’argent, et le papier timbré, faisaient aussi partie des contributions indirectes.

Les gabelles ou impôt sur le sel furent l’objet d'une multitude de règlements jus-

♦ u’à la giandc ordonnance de 1680, qui réunit et coordonna toutes les dispositions antérieures. Cet impôt produisait , en 1661, quatorze millions cinq cent mille livres de monnaie du temps.

Les droits, désignés sous les noms de haut passage, rêve , traites foraines , correspondaient aux douanes modernes.

Mais les bureaux de péage étaient beaucoup plus nombreux et interceptaient la circulation des denrées et des marchandises dans le royaume. En 1581, Henri III réunit ces diverses taxes sous le nom de domaine forain. Le droit étaitalors de cinq deniers par livre pour chaque marehan dise. Il varia souvent dans la suite.

Le domaine royal était une dernière source de revenu public. On y rattachait les droits de francs-fiefs , nouveaux acquêts, payés par les roturiers qui achetaient des terres féodales, d’ amortissement, d’aubaine , de bâtardise , les parties casuelles , la paulette ou droit annuel payé par les magistrats pour s’assurer le droit transmettre leurs charges, les taxes judiciaires , le contrôle des actes notariés , les exploits , les insinuations , et droits de greffe.

Pendant longtemps la perception de l’impôt fut confiée aux fonctionnaires qui administraient la justice et commandaient les armées. Les inconvénients de ce cumul devinrent plus manifestes, lorsque les impôts se multiplièrent, et, dès le xi\c siècle, on trouve quelques traces de 2a division des fonctions publiques. Mais ce fut seulement au x\ic siècle que la séparation se compléta. François Ier créa l'épargne, « qui fut comme la mer à laquelle toutes les autres recettes générales et particulières se vinrent rendre. >' Il en confia la garde à un trésorier; mais, dans la suite, la tiscalité rendit cet office quatriennal , et les quatre trésoriers de l’épargne servirent par quartier. Les intendants des finances , qui, au xvn« siècle, étaient au nombre de quatre, surveillaient les recettes et les dépenses.

Le surintendant ordonnançait les dépenses et avait au-dessous de lui le contrôleur général. A partir de 1661 , il n’y eut plus qu’un contrôleur général , et les ordres de payement furent signés du roi et contre-signés par le contrôleur général. Les intendants de finances, qui formaient, avec les trésoriers de France, la chambre du trésor ou le bureau des finances, érigé en 1577, assignaient le fonds spécial pour le payement ordonnancé. Le bureau était aussi chargé de la répartition de l’impôt.

Chaque province eut une administration financière semblable à celle de Paris. Les dix - sept généralités établies par

Henri II eurent leurs trésoriers et receveurs généraux des finances. On rendit les trésoriers alternatifs en 1571 , et triennaux en 1573, afin de disposer d’un plus grand nombre de charges vénales.

En 1577, Henri 1H réunit en une chambre les divers receveurs. Deux trésoriers pour le domaine , deux receveurs généraux pour les impôts et un garde du trésorf formèrent, dans chaque généralité, le bureau des finances. On leur adjoignit un greffier et un huissier. Tous ces offices furent vénaux et héréditaires. Chaque bureau de finances était chargé de fonctions administratives et judiciaires.

Comme administrateur, il faisait la répartition de l’impôt pour la généralité, et en remettait les rôles aux fonctionnaires d’un rang inférieur, aux élus , qui procédaient à la répartition dans chaque localité; le bureau exerçait un premier contrôle sur la gestion des comptables , qui était soumise, en dernier ressort, aux chambres des comptes. Comme tribunaux d’attribution , les bureaux de finances jugeaient en dernier ressort jusqu’à la concurrence de deux cent cinquante francs de capital ou de dix livres de rente. Les appels de leurs sentences étaient portés aux parlements.

La juridiction des bureaux de finances s’étendait sur le domaine , sur le laillon et quelques autres impôts. Les membres du bureau devaient faire des inspections, « à Peffet de voir le bon ou le mauvais ménage des élus, receveurs, grenetiers et contrôleurs. » La répartition des impôts appartenait aux bureaux des finances , de concertavec les intendants, dans les généralités d’Alençon, d’Amiens, d’Auch , de Bordeaux, de Bourges, de Caen , de Châlons, de Grenoble v le la Rochelle, de Limoges , de Lyon , de Montauban , de Moulins , d’Orléans , de Paris , de Poitiers , de Reims, de Rouen, de Soissons et de Tours Les pays d’ États s’imposaient eux-mêmes. Enfin, dans certaines provinces plus récemment soumises , les intendants faisaient seuls la répartition de l’impôt. Une partie des impôts, et spécialement les aides étaient affermées à des traitants, qui formèrent, en 1680, une compagnie, dont les membres s’appelaient fermiers généraux.

La juridiction financière était distincte de l’administration. Les chambres des comptes avaient la haute surveillance de la comptabilité financière. Elles jugeaient en dernier ressort. Il y en avait à Paris depuis Philippe le Bel, à Montpellier ( 1437), à Rouen (1543) ; à Dijon. Aix, Grenoble , Nantes et Blois ( 1566 ); à Pau (1624); à Bar (i66l);à Metz, à Dole (1692). Dans plusieurs villes, la chambre

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des comptes était unie à la cour des aides, par exemple à Dijon, Grenoble, Rennes, Tau, Rouen, Aix, Metz, Dùlc.

À Paris, Montpellier, Bordeaux, Clermont, Montauban les cours des aides étaient distinctes et avaient juridiction souveraine en matière d’aides et gabelles. Les vingt bureaux des finances étaient institues dans les généralités citées plus haut. A un degré inférieur, les élus, à la fois administrateurs et juges, répartissaient les taxes et jugeaient en première instance les procès relatifs aux impôts.

La royauté avait enlevé aux seigneurs le droit de battre monnaie. Elle abusa souvent de son monopole et s’en fit une ressource lucrative, mais odieuse et inique ( voy. Monnaie). Il y avait un grand nombre d’hôtels des monnaies. Celui de Paris était sous la direction d’un trésorier général; on y trouvait un essayeur des monnaies, un graveur des monnaies , un inspecteur général des monnaies , un commissaire du roi, etc. La cour des monnaies, établie à Paris par Henri II, en 1551 , et érigée par le même prince en cour souveraine, connaissait en dernier ressort des mines, métaux et poids, de la fabrication des monnaies, du titre, prix, cours et police des espèces d’or et d’argent, etc.

Enfin, les eaux et forêts, partie du domaine royal, avaient leur tribunal particulier. Les gruyers ou gardes forestiers n’avaient qu’une juridiction de simple police. Les tribunaux des maîtres des eaux et forêts jugeaient en seconde instance; ils se composaient des maîtres particuliers, d’un lieutenant versé dans l’étude des lois, du garde-marteau, d’un procureur, d’un avocat du roi, d’un greffier et d’un huissier. Enfin , la juridiction suprême appartenait aux Tables de marbre; il n’y en eut qu’une jusqu’en 1587 ; mais, à partir de cette époque, ces tribunaux se multiplièrent. On en compta seize et enfin dix-neuf. Ils se composaient du grand maître des eaux et forêts du ressort, d’un président de parlement et de plusieurs conseillers des parlements.

Ainsi la royauté , d’abord presque dénuée de ressources financières , avait conquis l'impôt 'permanent au x\e siècle, puis le droit de multiplier les impositions directes et indirectes à sa fantaisie; elle avait institué, pour faire passer les richesses du pays dans son épargne, une hiérarchie de fonctionnaires, depuis le surintendant jusqu’aux élus , et une juridiction financière qui se composait des chambres des comptes, des cours des aides, de la cour des mon-

naies, des tables de marbre, etc. A côte de l’organisation financière se place le système militaire, laborieusement constitue par les elforts séculaires de l'administration monarchique. Il avait aussi pour but de livrer au pouvoir central les forces du pays.

% Administration militaire . — Le svstème féodal ne donnait qu’une armée temporaire et indisciplinée. La royauté avait besoin d’une armée permanente et disciplinée , mais elle ne parvint à l’organiser qu après bien des tentatives. Dès le xii® siècle , elle avait soudoyé des armées mercenaires. Cfidoc commandait les routiers de Philippe Auguste.

Mais ces bandes indisciplinées se signalaient par leurs violences et leurs cruautés impies. Ce fut surtout pendant les longues guerres du xiv° et du xvc siècle qu’éclata la licence de ces mercenaires, écorcheurs, tard-venus, côtereaux , etc.

Ils désolèrent la France qu'ils appelaient « leur chambre. » Charles V et Charles VII parvinrent à les éloigner et les remplacèrent par des armées permanentes et nationales. L’ordonnance de Yincennes (1373), et surtout les ordon nances de 1439 et 1445 créèrent une force militaire soumise à une organisation régulière, quoique imparfaite. Nomination des capitaines par le roi, solde des troupes par le trésor royal, ce sont là des innovations importantes et qui rattachent l’armée au pouvoir central. La cavalerie des compagnies d'ordonnance fut, dès cette époque, regardée comme excellente.

L’usage de la poudre à canon et de l’artillerie, longtemps retardé par l’imperfection des armes et des machines de guerre , acquit une grande importance sous Charles VIL Les en gt7\s volants de Jean Bureau, comme les appelle Mathieu de Coussy, abattaient les murailles et forçaient la soumission des villes. L’infanterie dispersée des francs archers ne put se soutenir, et ce fut en vain , qu’au siècle suivant , Louis XII et François Ier s’efforcèrent d'organiser l’infanterie des légions provinciales. La confiance et le courage manquaient à ces paysans trop longtemps avilis. Blais, lorsqu’au xviie siècle, la France eut un peuple, il prit place sur les champs de bataille à côté de la cavalerie et l’égala à Rocroy.

F. a centralisation appliquée à l’armée, l’uniforme imposé à tous les corps, le perfectionnement des armes , l’organisation des corps d’élite , l’établissement d’écoles pour l'instruction des officiers, de magasins abondamment pourvus, d’ambulances , de haras , l’avancement par ordre du tableau , les inspections fré-'

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queutes, les revues , les camps de manœuvres, telles furent les mesures qui, sous Louis XIV, firent de l’armée française la première armée du monde. Le génie militaire donna à la France la plus redoutable ceinture de forteresses. La cavalerie eut ses corps d’élite comme l’infanterie ; des distinctions honorifiques et le magnifique asile des invalides récom-

f pensèrent la valeur. Comment contester e progrès d’une administration qui avait substitué au service précaire des vassaux et aux bandes indisciplinées des mercenaires ces armées de plus de quatre cent mille hommes , soumises à. une organisation uniforme et obéissant à l’impulsion centrale?

La royauté , enrichie par l’impôt et fortifiée par l’organisation militaire, s’occupa avec zèle de la justice , du commerce, de l’agriculture , et des progrès intellectuels de la nation. Elle lui rendit, en protection et en direction sage et intelligente, ce qu'elle recevait en richesse et en grandeur.

Administration de la justice . — Le progrès, dans l’administration de la justice, tient à trois causes principales : l’excellence de la loi, la bonne composition du tribunal et l’équité de la procédure. A la fin du xic siècle, l’autorité des lois générales, émanées d’un souverain unique, s'était perdue; le sentiment d’une législation établissant un droit commun , uniforme, s’était effacé: l’ignorance des lettres avait achevé de faire perdre de vue les lois écrites; et il n’était resté dans chaque province, ou plutôt dans chaque seigneurie, que des coutumes, des usages d’origine multiple , diversement pratiqués, malaisés à définir et h constater, et qui n’avaient pour règle que quelques chartes, quelques transactions, la juridiction partiale et bigarrée des cours seigneuriales, les souvenirs annotés de quelques praticiens ou tabellions , ou la ressource extrême et toujours périlleuse des enquêtes par turbes de témoins. Pour mettre un terme à cette anarchie, saint Louis ordonna de rédiger les coutumes des diverses provinces , et en donna l’exemple parla publication des Etablissements. La rédaction des coutumes de Normandie, de Beauvaisis et d’Anjou date du même temps. Les malheurs du xi Ve siècle interrompirent ce travail, et ce fut seulement après avoir terminé la guerre de Cent ans, que Charles VII le reprit et prescrivit la publication des couLumes provinciales par l’article 125 de l’ordonnance de Montils-lès-Tours. Un siècle suffit à peine pour cette œuvre. Ce premier progrès de la législation excluait

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l’arbitraire, mais on était encore loin de vï l 'unité législative.

La pensée de ce nouveau progrès se présenta à Louis XI, mais il ne fut pas donné à l'ancienne monarchie de le réa- j liser. Elle s’en rapprocha, du moins , en réformant les coutumes locales et en publiant les grandes ordonnances de Blois i (1499), de Villers-Cotterets (1539), d’Orléans (1560), de Moulins (1566), de Biois (1579), qui s’appliquaient au royaume entier (voy. Ordonnances). Enfin, les :

codes de Louis XIV (1667-1685) embras- ; sant toutes les parties de la procédure ? et de l’administration , lois civiles , lois criminelles, eaux et forets, commerce, marine et colonies , imposèrent une procédure uniforme, coordonnèrent et améliorèrent l’ancienne législation ; on reconnaît dans ces lois un progrès vers l’équité et l’égalité. En résumé, la France, au lieu de mille législateurs féodaux , dont le caprice tenait lieu de code, n’eut plus qu’un législateur; au lieu des coutumes traditionnelles, elle eut des lois écrites. Enfin, la procédure fut soumise à des principes uniformes.

Si des lois nous passons aux tribunaux, même progrès. Au xne siècle, la justice est rendue par chaque seigneur ou par son bailli, assisté des pairs du fief. Sous saint Louis, les appels , les cas royaux, l’organisation des bailliages et du parlement de Paris centralisent l’administration de la justice. Le parlement de Paris, tribunal suprême, se modifie et se perfectionne. Au xme siècle , il admet les légistes à côté des barons et des prélats; au xive siècle, il devient sédentaire, puis perpétuel: au xv° siècle, il ne se compose plus que de jurisconsultes. Les membres, qui se recrutaient par libre élection dans la première moitié du xvc siècle, sont nommés par le roi sur une liste de candidats que présente le parlement, lorsque l’autorité royale s’est affermie sous Charles VU (ordonnance de Montils-lès-Tours, 1453). Louis XI leur assure, avec l’inamovibilité, l’indépendance “ nécessaire aux magistrats pour la bonne ■; administration de la justice. La vénalité J, des charges, si abusive en principe, est t atténuée en fait par les mœurs parlemen- t taires,par l’examen sévère imposé aux magistrats(ordonnance deMoulins, 1566) enfin par les conditions d’àge et de capa- { cité que prescrivent les ordonnances de : Moulins et de Blois (1579). On ne trouve, . dans aucun pays, un corps de magistrats aussi savant, aussi dévoué et en général aussi vertueux que la magistrature fran- . çaise des xvie et xvue siècles.

La création de parlements provinciaux

('Toulouse, Grenoble, Bordeaux , Dijon , Kouen, Aix , Rennes, Pau , Metz , Douai et Besançon) et du conseil souverain d’Alsace assura une exécution plus prompte et plus complète de la justice, La royauté ne donna pas suite au projet d’une cour suprême composée de l’élite des parlements; mais Louis XIV plaça le conseil d’État au-dessus des parlements, et lui donna le droit de déterminer les juridictions.

Le progrès fut encore plus sensible dans les /tribunaux inférieurs. Longtemps le bailli et le sénéchal avaient été les seuls juges royaux; ils cumulaient les fonctions de magistrats, de chefs militaires et d’administrateurs, recevaient les appels des tribunaux féodaux et exécutaient eux-mêmes les sentences qu’ils avaient rendues. La royauté avait placé ces magistrats dans une dépendance plus étroite de l’autorité centrale en les for- \ çant de rendre compte aux parlements de

* leur administration. Dès le xve siècle, elle

• tenta de séparer des fonctions incompatibles , dont le cumul entraînait les plus graves abus. L’ordonnance de Montils-

J lès-Tours (1453) défendit au juge d’exé- ; cuter lui-même les sentences qu’il aurait prononcées. L’abus fut signalé et blâmé 2 longtemps avant qu’on pût le corriger. ? Louis XII, par l’ordonnance de Blois (1499), ordonna aux baillis qui n’auraient pas fait une étude spéciale des lois, de “ s’adjoindre un lieutenant licencié en droit. Enfin, les ordonnances d’Orléans (1560), de Moulins (1566) et de Blois (1579) sépa- : rèrent entièrement la robe et Y épée. Le

bailli, qui était d’épée , put assister aux sentences rendues par son tribunal et même présider aux jugements, mais sans voix délibérative. L’institution des présidiaux, en 1551, et les développements que reçut la juridiction civile et criminelle de ces tribunaux, accélérèrent l’administration de la justice entravée par la lenteur des parlements et l’ignorance des juges seigneuriaux.

La justice prévôtale, instituée par François Ier, inspira aux brigands une ter reur salutaire dans un temps de désordres et I de licence. Les eaux et forêts, les finances, la marine, le commerce eurent leurs juges spéciaux.

La procédure était dans le principe, grossière et digne de la barbarie du moyen âge. Les épreuves et le jugement de Dieu I furent regardés pendant plusieurs siècles comme le seul moyen de discerner l’inno- ; cenoe de la culpabilité. La renaissance du droit romain substitua à ces usages bar- I baves une procédure plus équitable. Le duel judiciaire disparut peu à peu, et les

tribunaux royaux le remplacèrent par le témoignage oral et les épreuves écrites. De nombreuses ordonnances des xiv°, xv* et xvie siècles hâtèrent la lenteur des juges, prévinrent leur partialité en appelant les affaires par ordre d’inscription et en interdisant aux parents de siéger au même tribunal; elles protégèrent l’accusé innocent en lui donnant le droit de faire entendre lui-même sa défense; enfin, elles substituèrent le français au latin barbare du moyen âge dans la rédaction des actes et des sentences. L’établissement de registres de l’état civil par François 1er prévint de nombreux procès en constatant les rapports de parenté et les droits de succession. L’ordonnance de Moulins ne permit d’enlever un procès aux juges naturels que par ordonnance royale contre-signéed'un secrétaire d’Ètat, Les évocations et le droit de committimus , qui renvoyaient les parties devant la juridiction spéciale des maîtres des requêtes ou du grand conseil, furent soumis à des règles déterminées. La défense de l’accusé exigea l’institution de l’ordre des avocats; la rédaction des actes authentiques, celle des notaires; la signification legale des arrêts, celle des sergents-ès-lois ou huissiers.

En résumé, unité de puissance législative, publication et amélioration des coutumes, principes plus équitables introduits par les ordonnances royales, voilà pour le progrès des lois. Trois ordres de tribunaux , parlements , présidiaux, justices seigneuriales et municipales réduites à un rôle secondaire, voilà pour les degrés de juridiction. Dans la procédure, témoignage oral ou écrit substitué aux épreuves ou au duel, défense personnelle de l’accusé en matière criminelle , rédaction des aides judiciaires en langue française, établissement des registres de l’état civil, intervention des avocats, notaires , huissiers pour la défense de l’accusé ou la régularité des procédures et transactions, tels sont les progrès les plus importants de ^administration de la justice sous l’influence delà royauté. Cette administration contribua aussi à développer les richesses naturelles de la France, à lui donner des ports, une marine, et un commerce florissant.

Progrès du commerce et de V industrie sous t'influence de la royauté . — La royauté avait reçu des mains de la féodalité la France embarrassée d’entraves de toute espèce. Les artères naturelles de ce grand corps, les rivières et les fleuves, étaient interceptés par des barrages, que la politique feodaVe avait créés et que l’usage et la fiscalité main louaient opinià-

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trément. Les anciennes voies romaines avaient dispara, et la difficulté des communications par terre était encore augmentée par les péages , les exactions féodales et une multitude de coutumes odieuses ou absurdes, comme celle gui défendait de relever une voiture versee, sans l’autorisation du seigneur. Que lit la royauté en présence de ces obstacles?

Pour en juger, il suffît de voir en quel état elle laissa la France à la lin du xvme siècle* La navigation intérieure, délivrée des entraves féodales, était partout favorisée. Sur la Seine, des coches d'eau avaient été régulièrement établis ; l’Aube et la Marne étaient rendues navigables.

Des canaux (canal de Briare et canal du Loing) unissaient la Seine et la Loire. Les deux mers qui baignent la France communiquaient par le canal du Languedoc. Le royaume était sillonné de grandes routes, et, dès la fin du xvne siècle, des carrosses partaient de Paris pour toutes les parties de la France. M,ue de Sévigné admiraitces belles routes qui changeaient les voyages en promenades, et elle attribuait avec raison ce progrès à l’administraLion des intendants : « C’est une chose extraordinaire, écrivait-elle, que la beauté des chemins; on n'arrète pas un seul moment; ce sont des mails et des promenades partout; toutes les montagnes aplanies, la rue d’Enfer un chemin de paradis; mais non; car on dit que le chemin en est étroit et laborieux, et celui-ci est large, agréable et délicieux. Les intendants ont fait des merveilles, et nous n’avons pas cessé de leur donner des louanges. Si jamais j’allais à Dieu , Dieu me préserve d’une autre route. »

Les postes, instituées par Louis XI pour l’avantage exclusif de la royauté , avaient été mises au service des particuliers dès le xvi° siècle.

La facilité des communications tournait surtout à l'avantage du commerce. Aussi quel rapide progrès! Au commencement du xm° siècle, l'industrie de la France se bornait à la production d’étoffes grossières ou d’armures commandées par le luxe féodal. Fournir à la guerre et aux nécessités de la vie, tel était le but de tous ses efforts. Au xvin® siècle , elle lutte avec les industries les plus avancées de l’Europe. Elle n’est plus tributaire de l’Italie pour les glaces et les étoffes de soie, ni de la Flandre pour les tapisseries et les cuirs dorés, ni de l’Angleterre pour le fer et l’acier. Les richesses minérales sont arrachées aux entrailles de la terre. Le creuset les épure, et la main de l’ouvrier français les cisèle avec une élégance qu'envient les nations étrangères. La France s’enrichit par

des exportations, qui ne consistent plus seulement en productions du sol , mais en glaces , tapis , étoffes de soie , etc. Les colonies, qui atteignent leur plus brillant développement sous Louis XIV, et comprennent la Nouvelle-France (Canada, Acadie , Terre-Neuve) , la Louisiane , explorée par Cavelier de La Salle dès 1678 , les îles de Saint-Domingue, la Martinique, la Guadeloupe et autres Antilles, la Guyane française, la Sénégambie et les comptoirs des Grandes Indes, les colonies, favorisent les exporiations et lo développement de la richesse nationale. Ce commerce lointain crée la marine française, que perfectionne l’administration monarchique.

Création et progrès cle la marine . — - La féodalité avait enlevé à l’autorité centrale les vastes cètes de l’Océan et de la Méditerranée. Elle avait , par d’odieuses coutumes , par les droits de bris , de varech , etc., entravé le commerce et la navigation. La royauté abolit, dèslexme siècle, le droit de bris , elle détruisit la piraterie , et rendit à la France le littoral de F Océan et de la Méditerranée , qui en fit une grande puissance maritime. Elle bâtit les arsenaux de Brest, Toulon, Rochefort et Dunkerque , fonda le Havre et protégea la marine marchande de Marseille, Nantes , Bordeaux, etc. La population des côtes classée, le commerce extérieur placé sous la protection de flottes redoutables, la marine soumise h des règlements uniformes et sagement combinés, des colonies bien administrées et où la population noire n’était plus livrée aux caprices des maîtres , attestent les progrès delà marine française sous l’influence de l'administration monarchique.

Agriculture . — L’agriculture, comme le commerce, demande surtout au gouvernement protection, sécurité et facilité de communications. Au xn° siècle elle n’avait aucune de ces conditions de prospérité. Les guerres privées désolaient la France et ruinaient les campagnes. La royauté , en réprimant l’anarchie féodale et en rétablissant la paix, permit à l’agriculture de prospérer. Froissart atteste combien les campagnes de Normandie étaient r^bes et plantureuses , lorsque l’Anglais vint les dévaster au xiv® siècle. Les malheurs de la guerre de Cent ans, les ravages des grandes compagnies, les guerres civiles des Armagnacs et des Bourguignons plongèrent encore la France clans l’état de misère et de confusion d’où la monarchie l’avait liree.

Sous Charles VIT, Louis XI et Louis XII, un gouvernement réparateur lit de nouveau fleurir l’agriculture. Louis XII sur-

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tout fut le protecteur des campagnes et le défenseur des paysans contre les gens de guerre. Henri IV et Sully firent oublier les désastres de la fin du xvic siècle. La culture plus perfectionnée devint l'objet de traités spéciaux, entre lesquels on remarque ceux d’Oliv. de Serres. On a reproché à Colbert d’avoir négligé cette partie importante de !a richesse publique.

iMais un homme d’État étranger, qui connaissait bien la France , témoigne de sa prospérité agricole aussi bien qu’industrielle vers lu. fin du ministère de Colbert. Sir William Temple écrivait en 1678 : «La richesse de la France , qui est la cause de sa puissance, résulte de la consommation prodigieuse faite par les pays qui l’environnent, des produits si nombreux et si riches de son sol et de son climat, ou du travail ingénieux de ses habitants.... Une guerre avec l'Angleterre aurait fermé aux Français tout le marché du nord de l’Europe, d’où, au moyen de leurs vins , de leurs sels, de leurs modes d’habillement et d’équipages , ils font venir de si grosses sommes d’argent, dans ce fertile et noble royaume, le plus favorisé par la nature, suivant mon opinion , de tous ceux qui sont au monde. » En résumé, sécurité et protection, voilà ce que demande l’agriculture, ce que lui refusait la féodalité et ce que lui donna presque toujours l’administration monarchique.

Il est un autre ordre de faits et d’idées, dans lequel le gouvernement doit intervenir, quoique son influence y soit moins directe ; je veux parler du développement religieux et intellectuel des sociétés. Sans doute l’élan de l’homme vers Dieu , la contemplation des perfections divines, la pratique des vertus, la croyance religieuse ne s’imposent pas; sans doute aussi , l’inspiration poétique, le sentiment du beau, du vrai, du grand qui animent l’écrivain et l’artiste se puisent dansles profondeurs de l’âme, dans l’étude de la nature, dans la méditation des chefs-d’œuvre , et une littérature servile n’est qu’une misérable copie ou l’effort stérile d’une imagination avilie. Cependant, après avoir revendiqué pour la religion , les lettres et les arts , une large indépendance qu’une administration sage et intelligente devra toujours respecter, il faut ajouter que le pouvoir a aussi sa mission dans le domaine intellectuel ; il doit encourager, diriger et quelquefois contenir le mouvement des esprits. Ainsi, les mesures adoptées par la royauté pour fixer les rapports du temporel et du spirituel , la centralisation progressive de l'instruction publique, enfin les encouragements donnés aux lettres et aux arts , se rattachent

aux progrès de l’administration monarchique.

Relations des deux puissances temporelle et spirituelle. — A la fin du xii® siècle, les deux puissances n’étaient pas nettement séparées. Philippe Auguste en avait fait T épreuve dans sa lutte contre le pape Innocent III, lorsque le souverain pontife avait placé le royaume sous 1 interdit et délié les sujets du serment de fidélité. Saint Louis assura l’indépendance du pouvoir temporel (voy. Pragmatique sanction ) ; Charles VU la consacra par la pragmatique de Bourges; François Ier soumit le clergé à la centralisation monarchique par son concordat avec Léon X (voy. Concordat); enfin, sous Louis XIV, les quatre propositions de 1682 ( voy. Quatre propositions ) établirent nettement les rapports des deux puissances , et servirent de base aux libertés de V Eglise gallicane (voy. Libertés de l’Eglise gallicane). La France eut alors le clergé le plus instruit, le plus régulier et le plus national qu’aient jamais présenté aucun pays et aucun siècle. Une étroite union existait entre ce clergé et la royauté qui était presque un sacerdoce.

Caractère religieux de la royauté . — Les rois de France étaient, comme les empereurs chrétiens successeurs de Constantin , des évêques extérieurs . Leur caractère religieux est reconnu et proclamé par les écrivains du moyen âge.

Jean Juvénal des Ursins, archevêque de Reims, s’adressant au roi Charles VII, s’exprimait ainsi: «Au regard de vous, mon souverain seigneur, vous n’êtes pas seulement personne laye (laïque), mais prélat ecclésiastique ; le premier, en votre royaume, qui soit après le pape, le bras dexlre de l’Eglise.» Le Maréchal, dans son traité du Droit de patronage (titre III), dit que l’onction du roi «lui donne presque participation au sacerdoce, et que c’est pour cela qu’il est chanoine dans certaines églises. » Les rois de France étaient spécialement chanoines de Saint-Martin de Tours. A leur sacre (voy. Sacre), ils étaient revêtus d’ornements ecclésiastiques, et entre autres, de la dalmatique. Ils étaient admis, comme les prêtres, à la communion sous les deux espèces. Enfin, ils portaient les titres de fils aînés de l’Église et de rois très - chrétiens. La croyance si généralement répandue q\ie les roisdeFranceguérissaient les écrouelles est une nouvelle preuve du caractère religieux attribué à la royauté. D’anciens privilèges mettaient les rois de France à l’abri de l’excommunication. Louis XI traitant avec Charles de Bourgogne (14 octobre 1648), rappelle que les rois de

France ne pouvaient être contraints par les censures de V Église. Le 30 janvier 1549, le parlement de I*aris procédant à la vérification des bulles d’érection de l’Université de Reims, déclara que.« le roi ne pouvait être sujet aux excommunications ni censures apostoliques. »

Administration de VInstruction publique. — L’instruction publique a été, de toutes les branches d’administration, celle qui a le plus longtemps échappé à l’influence du pouvoir central. Confiée dans le principe aux corporations religieuses et aux écoles épiscopales, elle resta sous la surveillance presque exclusive de l’autorité ecclésiastique. Cependant les rois l’encouragèrent , et, depuis Philippe Auguste jusqu’à Louis XV, il est peu de souverains oui n’aient confirmé les privilèges de ^Université de Paris, la fille aînée des rois . Orléans, Montpellier, Avignon, Orange ces deux dernières hors du royaume), Angers, Valence, Dole, Poitiers, Bordeaux, Besançon, Caen, Bourges, Dijon , Nantes, Rennes, Metz , Douai, Strasbourg eurent successivement leurs universités provinciales , sans lien et sans principes communs, diverses d’organisation, de juridiction, et d’enseignement.

Longtemps l’Université de Paris , forte de ses privilèges pontificaux et royaux, du nombre de ses disciples et de sa réputation européenne , brava l’autorité temporelle et aspira même à la diriger. Ces abus provoquèrent une réforme qui s’accomplit sous le règne de Charles VII. L’Université de Paris fut soumise à la surveillance du parlement, et, depuis cette époque, elle perdit l’arrogante indépendance qui avait produit tant de désordres. Vainement, dans la suite, elle voulut profiter de la bonté de Louis XII pour recouvrer des libertés anarchiques. Cette tentative fut réprimée. François Ier lui donna pour rival le collège des trois langues , dont elle s’efforça vainement d’empèeher l’établissement (voy. College de France ).

L’ordonnance de Blois soumit toutes les universités du royaume à l’inspection de commissaires délégués par le pouvoir central. La Ligue marque la dernière époque de l’elfervescence politico-religieuse des universités.

Elles rentrent dans l’ordre sous Henri IV. Renfermées alors dans leur mission scientifique, elles obtiennent de nouveaux privilèges et le droit exclusif de conférer les grades. L’étude du droit, qu’une bulle avait bannie de l’Université de Paris, y fut introduite par Louis XIV ;

la médecine eut scs règlements uniformes, et Louis XiV voulut, comme Charlemagne, doter chaque village d’une école. Ainsi,

les universités, d’abord indépendantes de i’ autorité royale , sont soumises à. la surveillance des parlements , représentants de la puissance monarchique , et à l’inspection de commissaires délégués par le ])ouvoir central* L’instruction ymblique est régie par des ordonnances royales. Il y a donc encore, sur ce point, progrès de l’administration monarchique.

Lettres , sciences et arts. — Les lettres, les sciences et les arts ont trouvé des protecteurs dans tous les rois vraiment dignes de ce nom. Au xn« siècle, la diversité d'idiomes correspondait à la diversité de mœurs, de lois, de gouvernements. La royauté a introduit l’unité de langue comme l’unité d’administration. A

f partir du xvi° siècle, le français est la angue de la loi, la langue politique. La fondation de la Sorbonne, de la Sainte- Chapelle et de tant d'autres monuments par saint Louis , de la Bibliothèque royale par Charles V, l’organisation des confrères de la Passion , avec l’autorisation de Charles VI, l’introduction de l’imprimerie sous Louis XI , favorisèrent le progrès intellectuel de la nation. Louis XII et François Ier appelèrent d’Italie des savants et des artistes illustres; les Lascaris , les Démétrius , les Budé répandaient le goût de la littérature classique. Pendant que le liosso,le Primatice et Léonard de Vinci ornaient les palais élevés par François Ier et fondaient l’école de peinture française, Guillaume Budé recueillait en Italie de précieux manuscrits pour la Bibliothèque royale et contribuait à la fondation du collège des trois langues y berceau de la renaissance française (voy. Collège de France ). L’établissement d’une imprimerie pour le grec lut encore un bienfait de ce règne ingénieux et brillant. Une littérature savante imitait l’antiquité, en même temps que le poète favori du Père des Lettres , Clément Marot, continuait en la surpassant l’école naïve de nos vieux poètes. Malheureusement la reproduction peu intelligente des formes grecque et latine , le manque de direction sous les derniers Valois, l’anarchie du monde intellectuel et moral, non moins déplorable que celle du monde politique, égarèrent pour quelque temps le goût français. Mais, avec Henri IV, Tordre rentra partout. Ce prince compléta l’œuvre de François 1er en élevant les bâtiments du College de France sur la place de Cambrai; il assura le traitement des professeurs, et appela en France Casaubon pour ranimer le goût des lettres classiques. Les palais s'achevèrent; les Tuileries, Saint- Germain , le Pont- Neuf, la Place-Royale, l’hôpital Saint -Louis,

furent des monuments d'utilité publique et des œuvres d'art. Richelieu et surtout Louis XLV accordèrent une protection constante aux lettres, aux sciences et aux arts. Est-il nécessaire de rappeler la Sorbonne rebâtie, l'Académie française fondée, les savants étrangers appelés en France, l’Observatoire élevé, les Académies des inscriptions et belles-lettres, de peinture et de sculpture, de musique, d’architecture, des sciences, formant autant de foyers, où se concentrent l'érudition, le génie des arts et des sciences, pour jaillir en rayons lumineux sur la France et le monde entier?

Amour du peuple français pour les rois . — Ces services rendus à la France concilièrent à la royauté l’affection du pays et cette adhésion morale, qui fait la sanction, la force et l'honneur d'un gouvernement. Instinctif ou réfléchi, ce sentiment paraît dans toute notre histoire, de Philippe Auguste à Louis XIV. A Bouvines, les communes se battent pour Philippe Auguste; les bourgeois de Paris protègent saint Louis encore enfant et l’escortent de Montlhéry à la cité; le tiers état soutient Philippe le Bel contre le pape, le clergé et la noblesse. Même au milieu des défaillances et des malheurs delà royauté , le peuple l'entoure de sa pitié et de son amour. Sous Charles VI il se persuade que le pauvre insensé qui porte la cou - I ronne le couvrirait de sa protection s’il avait sa raison. Jeanne d’Arc est la glorieuse expression de ce sentiment patriotique né du malheur. Ni l’ingratitude deChàrles VII ni les cruautés de Louis XI ne lassent l'amour du peuple pour la royauté . 11 s’attache surtout au Père du | peuple , que les paysans adoraient presque

comme un saint. Le roi- chevalier , brave à la guerre, joyeux aux fêtes, d’une loyauté, d’une vivacité ingénieuse qui sympathisaient avec le génie français , enlè\e et enchaîne tous les cœurs. La France se reconnaît en lui et jusque dans ses défauts ; elle lui donne , sans murmurer, son sang et ses sueurs ; elle lui sacrifierait , dit un contemporain , jusqu'à son honneur.

Après des années de tristesse et de deuil , ensanglantées par la guerre civile, le roi victorieux qui chasse l’Espagnol, apaise les factions et rétablit la gloire et l’intégrité du pays , a pour lui la majorité de la nation. Le peuple garde son souvenir, et, maigre les attaques des factions, son nom vit dans tous les cœurs français. Le redouté cardinal, qui abaissa les grands, les huguenots et l'Autriche, obtint aussi l’adhésion du tiers état, lorsqu'en 1626 il lui dévoila ses projets

pour l’unité et la grandeur de la France. Enfin, après les excès de la Fronde, la nation entoure son jeune roi d’amour ei d'espérance. Louis XIV s'étonne lui-même de l'ardeur des Français à répondre à son appel. Ils se pressent sous ses drapeaux pendant que la poésie exalte sa gloire et que la chaire retentit de ses louanges. Ainsi , il n'a rien manqué à la monarchie française, lorsqu'elle a rempli sa mission; l’adhésion du peuple a couronné sa puissance et récompensé les services rendus à la nation. La noblesse conserva pour elle, surtout aux jours du malheur, un culte chevaleresque, et le clergé l'entoura de l’appareil religieux.

Abus de ly ancienne monarchie . — Cependant, il ne faut rien exagérer; quelque grands qu’aient été les résultats obtenus par l’administration monarchique , quelque digne d’éloges qu’elle se soit montrée, elle a préparé les catastrophes qui ont bouleversé la France eu substituant le despotisme à l'anarchie féodale. Louis XIV, qui est le type le plus complet et le plus glorieux de l'ancienne monarchie, en montre les abus en même temps que la grandeur.

Despotisme des rois.> — Le souverain ne pouvait souffrir que la nation tentât de limiter sa puissance, ce serait pour lui la dernière calamité de prendre la loi de ses peuples . Louis XIV dit encore dans ses Mémoires , que « ces corps, formés de tant de têtes, n’ont point de cœur qui puisse être échauffé par le feu des belles passions. » L’obéissance absolue, voilà le devoir du sujet : « La volonté de Dieu est que, quiconque est né sujet, obéisse sans discernement. »

Une autre conséquence de cette autorité absolue, que s'attribua la royauté, fut de considérer comme sa propriété, les biens, la fortune et même la vie de ses sujets ; <c Tout ce qui se trouve dans l’étendue de nos Etats, dit Louis XIV, nous appartient à même titre. Les deniers qui sont dans notre cassette, ceux qui demeurent entre les mains des trésoriers, et ceux que nous laissons dans le commerce de nos peuples, doivent être par nous également ménagés.... Vous devez donc être persuadé, ajoute le même prince, dans ses instructions au dauphin, que les rois sont seigneurs absolus, et ont naturellement la disposition pleine et libre de tous les biens qui sont possédés aussi bien parles gens d’Église que par les séculiers, pour en user en tout temps, comme de sages économes. » La vie même de ses sujets appartient au souverain: « comme la vie de ses sujets est son propre bien , le prince doit avoir bien plus de soin de

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la conserver. » Il n’y avait donc plus en France qu'une seule puissance, qui disposait arbitrairement des biens et de la vie même de tout un peuple, et n’en devait compte quà Dieu.

Despotisme des ministres . — Le roi, souverain absolu, exigea la même obéissance pour les représentants de son autorité. Les ministres, secrétaires d’État, devinrent tout-puissants* Saint-Simon, d'accord avec la plupart des auteurs de mémoires de cette époque, s'élève contre « la tyrannie que ces rois de France exerçaient à leur gré sous le nom du roi vé ritable, et presque en tout à son insu , et l'insupportable hauteur ou ils étaient montes. » Honneurs, titres, punitions ou récompenses , tout dépendait de leur volonté, et les indignes successeurs des Colbert et des Louvois exercèrent avec le même despotisme une autorité qui n’avait plus l’excuse de grands services rendus à la nation. Moins accessibles que le roi lui-même, ils taisaient durement acheter leur protection. La fortune de l’Etat était à leui* disposition , et souvent ils en abusaient pour satisfaire leurs fantaisies.

« Les puissants de ce temps-ci, dit Saint- Simon , c’est-à-dire de la plume et de la robe, car il n’y en a plus d’autres, avaient embelli leurs parcs et leurs jardins de pièces d’eau , de canaux , de conduites d’eau, de terrasses qui avaient coûté infiniment et dont ils n’avaient déboursé que quelques pistoles. Le roi, parlant à Mme de La Vrillière dans son carrossG , où étaient Mme la duchesse de Berry et Mme de Saint-Simon (allant à la chasse de Ghàteauneuf, elle lui en avait vanté la terrasse, qui est en effet d’une rare beauté sur la Loire) : « Je le crois bien , « répondit sèchement le roi , c’est à mes « dépens qu’elle a été faite et sur les «ponts et chaussées de ce pays-là pen- « dant bien des années. » Si l’image d’un secrétaire d’État , continue Saint-Simon , avait osé faire ce trait sans qu’il en ait rien été, que n’auront pas fait tous les autres secrétaires d’État et gens en place, considérables dans la robe, dans la plume et, en sous-ordre, les financiers et les petits tyrannaux dans les provinces. »

Les ministres étaient donc armés d’une puissance presque absolue et dont souvent ils abusaient; mais, au faîte même de leur grandeur, ces rois d’un jour étaient forcés d'en reconnaître la fragilité. Colbert était mort disgracié, et Louvois succomba aux attaques de Mme de Maintenon. Iis tenaient toute leur puissance du roi , « qui ne voulait de grandeur que par émanation de la sienne. » En précipitant de sa place, dit Saint-Simon , un

secrétaire d’État ou un autre ministre de la même espèce , il le replongeait, lui et les siens, dans la profondeur du néant d’où cette place T'avait tiré.

Despotisme des intendants . — Dans le?

provinces, les intendants étaient investi? d’une autorité non moins despotique et éphémère. Ils cumulaient plusieurs fonctions, répariissaient l’impôt, en surveillaient la rentrée , distribuaient les étapes des troupes et jugeaient même en qualité de commissaires extraordinaires lorsque la cour avait quelque ennemi à perdre. Sans remonter jusqu’à Lafïemas, dont le nom a une triste célébrité, il suffit de rappeler que Machault, intendant de Picardie, présida la commission qui condamna à mort Barthélemy de Targues.

Son prédécesseur, Courtin , avait refusé de se faire l'instrument de la vengeance royale. Comme la révolte de Fargues avait été couverte par une amnistie , on chercha un prétexte qu’il fut facile de trouver. L'intendant condamna Fargues pour crime de péculat. Des mutations fréquentes tenaient en haleine ces agents de la royauté, et leur rappelaient, que, placés sous la main du pouvoir central, ils n’avaient aucune résistance à lui opposer. D’un mot, elle les brisait. Mais en compensation de cette dépendance, la royauté leur dormait une autorité presque absolue sur les finances, le matériel de l’armée, les questions de police , de voirie, etc., etc. Magistrats utiles quand l’autorité était éclairée et animée de bonnes intentions , ils devinrent les fléaux du pays sous un gouvernement avide et ignorant. En résumé, le despotisme descendait du sommet aux derniers rangs de la société par trois degrés, le roi, les ministres, les intendants. Ces derniers étalent vraiment les yeux et les mains du pouvoir central, mus par sa volonté et reproduisant servilement ses vices ou ses vertus.

Police , instrument du despotisme wonarchique . — Le despotisme , que la royauté avait substitué à l’organisation féodale, s’appuyait sur la police, les finances et l’arbitraire dans toutes les branches de l’administration. La police n’est pas , comme on Ta quelquefois prétendu, une invention de Louis XIV; il faudrait en reporter l’origine à une époque beaucoup plus ancienne. On la trouve déjà ébauchée sous François Ier. Mais elle fut perfectionnée sous Louis XIV et devint un des principaux instruments de l’administration monarchique. Les lieutenants de police, La Keynie et d’Argenson, ne furent pas seulement d’habiles administrateurs, s’occupant avec zèle de la sûreté des personnes et des biens, de

la beauté et de la propreté des villes : citaient surtout des agents du despotisme dont la police pénétrait partout, violait le secret de la poste et ne respectait pas même l'asile sacré de la famille. On pouvait dire d'eux comme des délateurs romains :

Scire volunt sécréta domus, atque indo timeri.

« Louis XIV, dit Saint-Simon, s’étudiait avec grand soin à être bien informé de ce qui se passait partout, dans les lieux publics., dans les maisons particulières , dans le commerce du monde, dans le secret des familles et des liaisons. Les espions et les rapporteurs étaient infinis. Il en avait de toute espèce; plusieurs qui ignoraient que leurs affaires allassent jusqu’à lui, d’autres qui le savaient, quelques-uns qui lui écrivaient directement en faisant passer leurs lettres par les voies qu’il leur avait prescrites, et ces lettres-là n’étaient vues que de lui et toujours avant toute autre chose; quelques autres enfin qui lui parlaient secrètement dans ses cabinets, par les derrières. Ces voies inconnues rompirent le cou à une infinité de gens de tous états, sans qu’ils en aient jamais pu découvrir la cause , souvent très-injustement , et le roi, une fois prévenu, ne revenait jamais ou si rarement que c’était presque sans

exemple Les dangereuses fonctions de

police allèrent toujours croissant , ajoute le même auteur. Ces officiers ont été sous lui plus craints, plus ménagés, aussi considérés que les ministres, "jusque par les ministres mêmes, et il n’y avait personne en France, sans excepter les princes du sang, qui n’eût intérêt de les ménager, et qui ne le fît. Mais la plus cruelle de toutes les voies par laquelle le roi fut instruit bien des années avant qu’on s’en fût aperçu, et par laquelle l'ignorance et l’imprudence de beaucoup de gens continuèrent toujours encore de l’instruire, fut celle de Y ouverture des lettres. On ne saurait comprendre la promptitude et la dextérité de cette exécution. Le roi voyait l’extrait de toutes les lettres où il y avait des articles, que les chefs de la poste, puis le ministre qui la gouvernait jugeaient devoir aller jusqu’à lui, et les lettres entières quand elles en valaient la peine par leur titre et par la considération de ceux qui étaient en commerce. »

Les lettres de cachet , violation de la liberté individuelle , étaient encore un des instruments du despotisme. Elles expliquent la haine populaire contre les prisons d’Êtat et surtout contre la Bastille.

Arbitraire dans V administration des

finances . — Les finances étaient aussi ivrées à l’arbitraire. La volonté du sou-

verain réglait seule l’impôt. La suppression des États généraux avait aboli toute espèce de contrôle, et l’unique borne à la tyrannie était la modération personnelle du prince ou l’épuisement du pays. De là ces inventions multipliées de la fiscalité , le trafic des offices, les monopoles, les loteries , les emprunts; de là, enfin , ces dettes énormes que la royauté légua à la Révolution. L’administration des finances avait été obscurcie et embarrassée à dessein par les receveurs , trésoriers et traitants qui s’enrichissaient de la misère publique. Les ordonnances de comptant où le roi se bornait à écrire de sa main : Je sais V objet de cette dépense , laissaient à l’arbitraire un moyen de déguiser les dépenses ruineuses ou de honteuses prodigalités.

Les assignations spéciales sur un fonds déterminé par le surintendant ou le contrôleur général des finances étaient une occasion de fraudes indignes. En effet, on assignait souvent le payement sur un fonds déjà épuisé, et il fallait que le créancier de l’État sollicitât une réassignation sur un nouveau fonds. Souvent fatigué d’attendre il vendait à vil prix son titre à quelque financier qui avait assez de crédit pour se faire payer par le trésor, et qui réalisait d’énormes bénéfices. Qu’on me permette de citer à ce sujet une anecdote racontée par Pierre de L’Étoile : « En ce temps-là Henry Estienne étant venu de Genève à Paris, et le roi lui ayant donné mille écus pour son livre de la préexcellence du langage françois , un trésorier sur son brevet voulut lui en donner 600 comptant. Henry les refusa , lui offrant 50 écus. De quoy ledit trésorier se moquant; «Je vois bien, lui dit-il, « que vous ne sçavez pas ce que c’est que « finances ; vous reviendrez à l’offre et ne « la retrouverez pas. » Ce qui advint; car après avoir bien couru partout, Estienne revint à son homme et lui offrit quatre cents écus ; mais l’autre lui dit que cette marchandise n’allait pas comme celle des livres et que, de ses mille écus, il ne voudrait pas lui en donner cent. Enfin il perdit tout , le bruit de la guerre et l'édit contre ceux de la religion le forçant de retourner en son pays. » Cet arbitraire en matière de finances résista à tous les efforts de Sully et de Colbert , et sous Louis XIV, l’usage des assignations spéciales était toujours employé pour tromper les créanciers sans crédit. Ces abus prouvent la réalité des accusations de Tavannes : « Les financiers , dit-il , obscurcissent le métier, pour -faire croire qu’il faut être né dans le maniement des finances pour le savoir exercer. » Que si

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certains? rois prescrivirent une administration sévère et économe de la fortune publique et voulurent soulager leurs peuples d'une partie des impôts , ils firent preuve de zèle pour le bien général et méritèrent les éloges de l’histoire ; mais sans remédier au mal inhérent au despotisme , qui fait dépendre le bonheur des peuples de la volonté d’un homme.

Arbitraire dans V administration de la justice . — J, a môme remarque s'applique à toutes les parties de L’administration, justice, armée , etc, La royauté ht beaucoup sans doute pour la bonne et prompte administration de la justice; mais comment oublier ces commissions qui enlevaient l’accusé à ses juges naturels; les arrestations arbitraires, les évocations au grand conseil , les lettres de committimu s pour les officiers royaux et autres privilégiés ? L'administration pouvait arbitrairement créer un tribunal exceptionnel , et violer le principe sacré de l'égalité devant la loi. Et la loi olleraême ne dépendait-elle pas du caprice du souverain? Elle émanait du roi seul et if pouvait la modifier à son gré. Ainsi, en 1671 , une ordonnance étendit à deux cents avocats du conseil le droit de committimus que Vordonnance civile de 1667 ou Code Louis avait attribué exclusivement atix quinze plus anciens membres de l'ordre.

Les garanties qui doivent protéger l’innocence accusée , n’étaient pas mieux assurées. La torture lui arrachait l'aveu de crimes qu'elle n'avait pas commis. Vainement cet atroce usage avait été attaqué dès le xvic siècle par Montaigne (voy.

Torture). Les lois le laissèrent subsister jusqu’à la révolution. Les juges royaux semblaient bien plus préoccupés de la recherche et de la punition du crime que de la protection nécessaire à l’accusé. De là ces justices prévôtales, créées aux époques de licence et malheureusement conservées, avec de bien faibles restrictions , dans des temps plus calmes. En un mot, la théorie de la pénalité , son esprit et son but, ne paraissent pas avoir été soupçonnés par les bouchers de la Tournelle , comme on appelait ces juges endurcis aux cris des patients et au spectacle de leur douleur. L'atrocité des supplices leur paraissait le meilleur moyen d’effrayer le crime. Les roues et les gibets étaient en permanence sur les places publiques et on se plaisait à prolonger dans d’horribles tortures l'agonie du condamné. Combien d'armées s'écoulèrent avant que les généreuses réclamations de Beccaria et des philosophes français lissent abolir ces usages barbares!

Arbitraire dans V administration militaire. — L’administration militaire n'était pas moins entachée des vices inhérents au despotisme. La laveur disposai!

souvent des charges de l'armée. Elle lii préférer les Bonnivet et les Lesparre aux Bourbon et aux Bayard, et livra aux femmes la direction des armées ; on les vit alors , dit Tavannes , « déplacer les plus braves pour les plus beaux , comme si les armes étaient des habits voluptueux et les champs de bataille des salles de bal. » Le favoritisme eut de fatales conséquences dans la dernière partie du règne de Louis XIV, lorsqu’un Villeroy, nn Tallard, un Marsin, obtenaient la préférence sur Catinat , Vendôme etVillars.

Le ministre Chamillart prétendait diriger de Versailles les opérations militaires, et jamais nulle part l’abus de la centralisation ministérielle ne fut plus funeste. Louis XIV avouait d'ailleurs avec un orgueil naïf qu’il voulait ramener à lui toute espèce de gloire , et « qu’on lui ôtait de la sienne quand sans lui on pouvait en avoir. » De là cette préférence pour les médiocrités qui a été un des caractères les plus tristes de la lin de son règne. Si du sommet de la hiérarchie militaire nous descendons aux derniers rangs, nous ne trouvons aucune règle lixe pour le recrutement et l’avancement. La débauche et la misère étaient souvent l’unique cause de la vocation militaire et livraient une proie facile aux racoleurs .

Quelquefois même on exerça la presse pour l'armée et la royauté dut défendre positivement ces violences ( voy. Racoleurs). La noblesse seule embrassait la carrière des armes par devoir et par tradition. Mais elle-même était esclave pour l’avancement du despotisme royal ou ministériel. L’ordre du tableau établi par Louvois ne commençait qu'au grade de colonel ou de mestre de camp : de là seulement comptaient les services.

Conséquences du desjïotisme monar~ chique pour le commerce , V industrie , T agriculture et le développement religieux et intellectuel de la France . — Les finances , la justice, l’armée sont surtout des moyens d’ordre et de puissance et peuvent se concilier avec le despotisme; mais le commerce , l’industrie, l'agriculture , le développement religieux et intellectuel d’une nation s'appauvrissent par l'oppression et finissent par tarir. L'Espagne depuis Philippe II jusqu'à Philippe V en a offert une preuve éclatante, et la France n'a échappé aux conséquences fatales du despotisme que par les secousses d'une révolution.

Le commerce, entravé par les variations

des monnaies que multiplia Fadministration monarchique, même sous le règne de Louis XIV, le commerce avait encore à supporter le fardeau des impôts. La noblesse , le clergé et la plupart des offi ciers royaux étaient exempts des charges publiques. Le paysan était trop pauvre pour y subvenir, le fardeau retombait sur le commerce et répuisait. Ajoutez les douanes intérieures et le système des corporations, invention de la féodalité conservée par la royauté ■ Les monopoles , multipliés par la' fiscalité monarchique , étaient un nouvel obstacle. Ln un mot, le commerce n'avait ni liberté ni sécurité , les deux principales conditions de sa

chrétien et Français. » Il en résulta que bien tôt la littérature se tourna contre l'autorité absolue, et prépara les bouleversements de la fin du xvm° siècle.

Vénalité des offices . — A ces déplorables conséquences du despotisme, j'ajouterai la vénalité des offices, un des ressorts de Fancienne administration : offices de judicature, de finances et même dignités militaires, tout s’achetait et se revendait en détail, comme le dit un ambassadeur vénitien du xvie siècle. Les Français en convenaient aussi ; « 11 y a en France, dit Tavannes , quasi plus" d’officiers de

prospérité.

La prohibition de toute circulation de grains dans le royaume et les inipôts dont on accablait l’agriculture, dîmes, -ailles, capitation, etc., frappaient (de stérilité les contrées les plus fertiles et les transformaient en déserts. La France

justice et de finances que d'autres peuples, nécessités de gagner aux dépens des mal-avisés qu’ils recherchent pour mettre en leurs lacs, d’ovi ils ne sortent plus que ruinés. Quoi qu’ils gagnent, ils perdent. » Bodin s’élève avec energie contre ce scandaleux trafic : « Il est bien certain, dit-il, que ceux-là qui mettent en vente les états , offices et bénéfices , vendent aussi qui nourrit aujourd’hui plus de trente- la chose la plus sacrée du monde qui est quatre millions d’habitants, n’en comp- la justice ; ils vendent la république ils tait, à la fin du xvili® siècle , que vingt- vendent les lois et ôtant les bijeis d ho ncinq millions dans un espace presque neur, de vertu, de savoir, de piete, de aussi étendu. Des esprits éclairés et ennemis de la féodalité en venaient à regretter ce régime pour les campagnes à la vue d’une administration oppressive.

«Je déteste l’anarchie féodale, écrivait Voltaire à d’Argental ; mais je suis convaincu par mon expérience que , si les pauvres seigneurs châtelains étaient moins dépendants de nos seigneurs les intendants, ils pourraient faire autant de bien à la France que nos seigneurs les intendants font quelquefois de mal , attendu qu’il est tout naturel que le seigneur châtelain regarde ses vassaux comme ses enfants. » ,

Il ne peut être question de liberté religieuse sous un système qui fermait Port-Royal, ordonnait les dragonnades, révoquait l’édit de ISautes, et arrachait les enfants à leurs mères pour leur imposer une autre religion.

Comment la littérature n’eùt-elle pas souffert de la dépendance absolue et presque servile qu’eîle subissait? Les disgrâces de Racine , de Fénelon, de Vauhan attestent comoien est onéreuse la protection du despotisme; combien pesant le joug qu’il impose à la pensée. La royauté absolue ne tolérait que la flatterie ; elle proscrivait tout examen des questions politiques et religieuses. L’éloquence politique, l’histoire moderne, Ja philosophie indépendante étaient incompatibles avec un pareil gouvernement. La Bruyère luimême en convenait: « Les grands sujets, disait-il, sont interdits h quiconque est né

Malgré ees énergiques réclamations et les attaques de Montaigne, d’Hotman et d’autres philosophes et publicistes, la vénalité se maintint et fut acceptée par les plus grands ministres comme une nécessité du gouvernement monarchique.

Les avantages qu’assuraient ces offices aux titulaires et à la royauté qui en trafiquait multiplièrent à l’infini les charges de justice et de finance. Au commencement du ministère de Colbert, on comptait îusqu’à quarante-cinq officiers

de finance. 11 en supprima vingt-cinq mille en 1670 ; mais dans la suite, tous les abus reparurent et s’accrurent même à la fin du règne de Louis XIV. Voltaire écrivait fi d’Argenson le 21 juin 1739 : « En mon particulier je vous remercie des belles choses que vous dites de la vénalité des charges ; malheureuse invention, qui a ôté l’émulation aux citoyens et prive les rois de la plus belle prérogative du trône « (Lettres de Voltaire, edit. Beuchot, t. LUI, î) 6 1 2 )

La vénalité s’étendit aux chaiges. militaires; il fallut, en 17H, que le roi taxât les régiments d’infanterie qui étaient montés à un prix excessif. « Cette vénalité, dit Saint-Simon, de l’unique porte par laquelle on puisse arriver aux grades supérieurs est une grande plaie dans le militaire et arrête bien des gens qui seraient d’exceller ts sujets. C est une gan-

grène qui ronge depuis longtemps tous les ordres et toutes les parties de l’État. » L’argent qui donnait un régiment, imposait souvent à l’armée des colonels Imberbes. Le petit-fils de madame de Sévigné obtint cette dignité avant dix-huit ans et éprouva sans doute des embarras qui faisaient dire àson aïeule : « C’est une affaire à cet âge que de commander d’anciens officiers. »

Principes contradictoires de V ancienne monarchie . — Malgré tous ces abus et un despotisme accablant , l’administration monarchique ne put atteindre entièrement son but et donner à la France une organisation homogène. Loin de là, on y trouvait des principes opposés et souvent même contradictoires , les institutions féodales et monarchiques juxtaposées , quelques débris des municipalités républicaines du moyen âge à côté des mairies royales établies par Louis XIV, des tribunaux ecclésiastiques en lutte avec les parlements , en un mot , une société bigarrée que Ton pourrait comparer à ces villes oix les rues sales et tortueuses du moyen âge contrastent avec la régularité un peu monotone des constructions modernes. Le xvme siècle , qui n’était plus sous renchantement de la grandeur de Louis XIV, ne se lit pas illusion sur les vices de l’administration compliquée et hétérogène de la France. « Plût a Dieu , écrivait Voltaire, plût à Dieu que la France manquât absolument de lois ! On en ferait de bonhes. Lorsqu’on bâtit une ville nouvelle , les rues sont au cordeau ; tout ce qu’on peut faire dans les villes anciennes, c’est d'aligner petit à petit. On peut dire parmi nous, en fait de lois,

..... Hodiequo mancut vestigia ruris. x>

D’autres lettres de Voltaire signalent la confusion de l’ancienne société. « Dans les premiers corps de l’Ata t, écrivait-il à Servan , que de droits équivoques et que d’incertitudes». Les pairs sont-ils admis dans le parlement, -ou Je parlement est-il admis dans la cour des pairs ? Le parlement est-il substitué aux états généraux? Le conseil d’État est-il en droit de faire des lois sans le parlement? A chacune de ces questions fondamentales on pourrait répondre par des antécédents contradictoires. » Les usages , comme Voltaire le remarquait avec raison, ont toujours varié en France. Ce sont des fantômes, ajoutet-il, que le pouvoir absolu a fait disparaître.

Principes co?istitutifs de l'ancienne monarchie , — Malgré les principes contradictoires que je viens de rappeler, les écrivains qui ont traité de ^ancienne

France s’accordent à reconnaître un certain nombre de maximes fondamentales , sur lesquelles reposait le gouvernement monarchique, telles que l’indépendance de la couronne déjà proclamée dans les établissements de saint Louis par cette maxime : Le roi ne tient de nul , fors de Dieu et de lui ; l’autorité absolue du roi pour faire et proclamer des lois : Si veut le roz, si veut la Zoz, était encore un axiome de l'ancienne monarchie; le caractère inaliénable de la souveraineté , suivantla formuledu serment que les rois de la troisième race, prononçaient à leur sacre : Je garderai invio lablement la sou veraincté , les droits , les prééminences de la couronne de France ; je ne les transmettrai à qui que ce soit , ni ne les aliénerai. Ce pouvoir absolu se transmettait de mâle en mâle, par ordre de primogéniture.

On a cru trouver un obstacle à l’autorité absolue des rois dans les États généraux et dans les parlements. Mais les premiers n’étaient convoqués que de loin en loin (voy. Assemblées politiques et États généraux); les seconds n’avaient que le droit de remontrances , et, s’ils s’emparèrent quelquefois delà puissance politique, cette usurpation ne put constituer un droit. Les anciens publicistes n’ont pas hésité à le reconnaître : «les compagnies souveraines, dit Le Bret dans son Traité de la souveraineté (liv. ir, cliap. vi), doivent persévérer dans leurs remontrances, jusqu’à ce qu’elles aient obtenu quelque chose, ou qu’elles en aient du tout perdu l’espérance ; car alors, il faut se résoudre à l’obéissance, suivant l’édit que le roi Charles IX fit publier touchant les remontrances des magistrats; autrement la majesté et l’autorité royale serait par ce moyen sujette aux volontés de ses officiers ; ce qui serait trop préjudiciable à l’État. » Le président Hénault est aussi formel:

« les princes, diuil dans son Abrégé chronologique de V histoire de France , sont des hommes; ils peuvent se tromper; iis peuvent être trompés ; leur sagesse est de vouloir être avertis ; ils en ont fait un devoir aux magistrats, parce que comme les magistrats sont plus près du peuple, ils sentent mieux ses besoins. Mais, d’un autre côté, comme le secret de l’État ne

f>eut leur être confié, ils ignorent souvent es motifs et la nécessité de telle ou telle loi. C’est ce secret de la domination que Tacite appelle Jus dominationis et arcana imperii . Qu’en résulte-t-il? C’est qu’après avoir rempli le devoir de leurs fonctions, après avoir exposé la vérité, comme ils la voient, leur résistance doit finir où la vo-

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lonté du prince, plus instruit qu’eux, per siste dans sa détermination ; qu’il est de l’ordre qu'ils se soumettent, parce que le droit doit enfin rester à quelqu’un; parce qu’aux termes de l’édit de Charles IX, l'autorité royale serait au contraire sujette aux volontés de ses officiers : ce qui serait trop préjudiciable à la majesté d'un roi de Fran laquelle est si pleine et si absolue , qu'elle se laisse bien modérer aux remontrances d'un sénat , mais non jamais s'y assujettir, et parce qu’enfin ce qui était fait pour le bien général en deviendrait le trouble et en pervertirait l’usage.... N'altérons pas des maximes si sages. Eclairer le prince et lui obéir , tels sont les vrais principes. »

En signalant les défauts de l’ancienne monarchie, il ne faut jamais oublier les services qu'elle a rendus à la France. La royauté s’était élevée de la suzeraineté féodale à l’autorité suprême, incontestée, presque divine de Louis XIV. Elle s’était entourée de conseils éclairés et d’agents dociles. Ses ordres transmis avec rapidité dans les provinces y trouvaient, au lieu de l'ancienne indépendance féodale, des représentants actifs et dévoués. Chaque branche d’administration était organisée et obéissait à l’administration partie du centre. Sous l’influence de la royauté , la justice s’était perfectionnée dans son esprit et dans ses formes, l’armée avait été organisée et disciplinée, le génie militaire créé et élevé par Vauban à la hauteur d’une science, les finances soumises à un contrôle plus régulier. La marine avait ses ports , ses arsenaux; le commerce, ses routes, ses canaux, ses débouchés extérieurs ; l’industrie , ses usines; l’agriculture n’était plus exposée aux violences delà soldatesque. Les deux puissances spirituelle et temporelle respectaient leurs limites nettement tracées ; l’instruction publique marchait vers la centralisation, et des encouragements avaient été donnés avec discernement et magnificence aux lettres , aux sciences et aux arts. Comment contester, à la vue de pareils résultats , le progrès de l’administration monarchique? Elle avait trouvé tout divisé et avait tout réuni; elle avait fait d’un duché un royaume, d’une troupe de vassaux et de serfs une grande nation.

§ VI. Royauté constitutionnelle . — On appelle royauté constitutionnelle la puissance monarchique limitée par une constitution écrite. La royauté française devint constitutionnelle, en 1791, lorsque Louis XVI sanctionna, le 14 septembre^ la constitution votée par l'Assemblée nationale. Ce premier essai de royauté constitutionnelle ne fut pas heureux. La royauté,

après uneannéedeluttes avec l’Assembl^o legislative, fut abolie parla Convention (21 septembre 1792). Rétablie en 1814, l a royauté constitutionnelles, duré jusqu’en 1848. Leroi, dont l’autorité était limitée par des chartes, partageait le pouvoir législatif avec les chambres des pairs et des députés. Il conservait le pouvoir exécutif.

On peut consulter dans ce Dictionnaire plusieurs articles oh il est question de l’autorité royale et de la pompe qui l’entourait. Voy. Domaine, Étiquette, Funérailles, Loi Salique, Maison nu roi.

Mérovingiens, Officiers (grands).

Royales (dynasties). Sacre.

Parmi les nombreux ouvrages composés sur l’ancienne monarchie, les principaux sont ceux de Du Tillet, Recueil des rois de France , leur couronne et maison, etc.; Paris, 1589, in-fol.; réimprimé en 1602, 1607, 1610 et 1618, in-4°; Jean Savaron, Traicté de la souveraineté du Roy et de son royaume; Paris? 1615, 1 vol. in-8°; Th. Godefroy, le Cérémonial de France ; Paris, 1619, l vol. in-4# ; Pierre Dupuy, De la majorité de nos rois et des régences du royaume y avec les preuves , Paris, 1655, in-4°; Le Bret, Traité de la souveraineté , 1 vol. in-fol.; Talon, Traité de L'autorité des rois touchant V administration de l'église ; Paris, 1700.

ROI D’ARMES. — Le rot d9 armes de France portait le nom de Montjoie ; il était à la tête de tous les hérauts d’armes (voy. Héraut). La réception du rot d'armes était accompagnée de cérémonies solennelles. On le revêtait des insignes de la royauté, et il était conduit en grande pompe à l'église par le connétable et les maréchaux. Là, il s’agenouillait devant le roi et prêtait serment entre ses mains. Le connétable lui enlevait alors le manteau royal , et le roi l’armait chevalier en le frappant du plat de l’épée que lui remettait le connétable. 11 révélait ensuite le roi d’armes de la cotte armoriée , et déclarait que par cette cérémonie il lui donnait l’investiture de la dignité dont la cotte d’armes était le symbole. Les hérauts faisaient retentir par trois fois le cri de Montjoie , Saint -Denis. Le roi d’armes était alors conduit à un lestin solennel. Il recevait en présent du roi une coupe d’or qui était souvent remplie de pièces d’or. Après le festin, il présentait au roi le héraut qu’il avait choisi pour maréchal d’armes. Puis, il retournait a son hôtel conduit par le connétable, les maréchaux et autres officiers de la couronne. Il recevait encore, au nom du roi, une couronne et les insignes de la chevalerie.

L’installation du mw&d armes était alors

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complète. Il avait juridiction sur tous les hérauts d’armes et les recevait après avoir constaté leurs connaissances dans l’art héraldique. U était chargé de la surveillance des armoiries et réprimait les usurpations de noblesse. Représentant le roi et la France, il allait sur Je territoire ennemi déclarer la guerre ou proposer des traités. Il portait dans toutes les cérémonies la cotte d’armes de velours violet, semée de Heurs de lis que surmontait une couronne. Tous les trois ans, les hérauts d’armes se réunissaient auprès du roi d'armes et lui présentaient les généalogies et blasons des familles nobles des provinces; on dressait ainsi un inventaire générai de la noblesse et des armoiries de France.

ROI DE LA BAZOCHE. — Chef de la corporation des cLercs de la basoche. Yoy.

Bazoche.

BOl DE L’ÊPINETTE. — On donnait ce nom au personnage que l’on élisait tous les ans à Lille, le mardi gras , pour présider aux fêtes de V épine l te. Cette solennité attirait un concours extraordinaire de personnes de tous pays. Le dimanche des brandons ou premier dimanche de carême , le roi de Vépinette se rendait en grande pompe au lieu destiné pour les joutes. Les combattants y disputaient le prix la lance au poing. La récompense était un épervier d’or. Les quatre jours suivants, le roi de Vépinette , accompagné de deux jouteurs qui avaient été élus en même temps que lui et suivi du chevalier victorieux , était obligé d’entrer en lice pour rompre des lances contre tous ceux qui se présentaient. En 1416, Jean sans Peur, duc de Bourgogne, honora cette fête de sa présence. Le duc Philippe le Bon y assista aussi avec Louis XI , en *464. Charles le Téméraire suspendit la fête de Vépinette , de 1470 à 1475 , à cause des grandes dépenses qu’elle occasionnait et de la ruine de plusieurs familles qui avaient fourni des rois de Vépinette . Rétablie en 1475 , en partie aux frais du trésor public, elle fut encore suspendue, en 1516, par Charles-Quint, et enfin délinitivement supprimée en 1556. IL ne se conserva de cette fête que le nom de V épinette * donné à un des officiers inférieurs du magistrat ou maison de ville de Lille, qui représentait le héraut d’armes par lequel les rois de Vépinette avaient droit de se faille précéder. On trouvera la liste des rois de Vépinette dans un ouvrage du P. Jean Buzelin , intitulé G allo-Fiandria.

ROI DES ARBALÉTRIERS, etc. — Le mot roi s’employait souvent autrefois pour désigner le chef d’un corps ou d’une

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corporation. Ainsi il est souvent faitrnen • lion des rois des archers , des arbalé triers , des barbiers , des jongleurs , etc.

« 11 serait très-malaisé , dit pàsquier (Recherches de la Fr ., livre VIII, chap. XLtv), voire impossible de dire pourquoi l’on honora les supérieurs de ces ordres du nous de roi 9 au désavantage de icus les autres, et plus encore de deviner en quel temps ces royautés imaginaires furent introduites, fors celle des arbalétriers , en laquelle nous trouvons lettres patentes de Charles VI du 26 avril i4li portant que le roi avait reçu la supplication des roi , connétable et maîtres de la confrérie des soixante arbalétriers de Paris; le roi des merciers avait l'œil sur les poids et mesures des marchands; le roi des barbiers sur tous les autres barbiers.... Le roi des poètes était celui qui , ès jeux floraux de notre poésie ancienne , se trouvait avoir mieux besogné que tous les autres fatistes; le roi des arbalétriers celui qui avait gagné le prix sur ses confrères au jeu de l’arbalète, et, à vrai dire, les deux premiers visaient au gain sous prétexte de leurs visitations , et les deux derniers à l’honneur. >* Il sera question dans les articles suivants de quelques-uns des personnages auxquels on donnait par extension le titre de roi .

ROI DES MÉNÉTRIERS. — Yoy. Ménétriers , p. 766 et 767.

ROI DES MERCIERS. — Voy. MERCIERS (Roi des).

ROI DES RIRAUDS. — On appelait d’abord roi des ribauds le chef d’une troupe mercenaire qui marchait en tête de l’armée et formait l’avant-garde à l’attaque des places (voy. Ribauds). Dans la suite, ce corps ayant été supprimé et le nom do ribauds et ribaudes appliqué à des hommes et à des femmes de mœurs disso" lues, on appela roi des ribauds un officier de la maison du roi qui était spécialement chargé de chasser de la cour les vagabonds, les bleus, les femmes débauchées et en général tous les gens de mauvaise vie. 11 avait soin , comme on le voit dans un règlement de 1 317, cité par du Gange, que personne ne restât dans le palais du roi pendant le dîner et le souper que ceux qui avaient bouche à la cour, et d’en faire sortir tous les soirs ceux qui n’avaient pas droit d’y coucher. Il tenait la main a l’exécution des sentences qtii étaient rendues par le grand maître de France et par les maîtres d’hôtel de la maison du roi. Bouteiller, qui écrivait sous le règne de Charles VI, dit que le prévôt avait le jugement de tous les cas advenus en l’ost ou chevauchée du roi, et que le

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roi des ribauds en avait l’exécution. Lorsqu'on mettait à mort un malfaiteur, le prévôt avait l’or et l’argent de la ceinture, es maréchaux prenaient le cheval et les harnais; le roi des ribauds , qui présidait a l’exécution , s’emparait des vêtements, il n’est plus question de roi des ribauds depuis la seconde moitié du xve siècle.

Il y avait aussi des rois des ribauds a la cour des grands feudataires, en Normandie, en Bourgogne, en Guienne, en Languedoc , etc. Les anciennes coutumes assimilent souvent le 7-01 des ribauds au bourreau. Voy. du Cange , v° Rex.

UOI DES ItOIS. — Le roi de France est quelquefois désigné sous le nom de roi des rois. Mathieu Paris l’appelle roi des rois de la terre ( terrestrium rex regum), et Anne Gomnène paaiXeùç tûv pasiïéu*(roi des rois ). Nicolas de Brai, dans le poème intitulé : Gestes de Louis VIH (Gesla Ludovici VIH) , dit en parlant de Philippe Auguste :

ce moment on allumait devant le crucifix place sur l’autel un candélabre en forme ae couronne qui représentait l’étoile. Les rois mages s’avançaient vers l’autel , s’v prosternaient et adoraient l’enfant Jésus dans la crèche, en chantant : Salve, princeps sæculorum ( salut , prince des siècles ). Puis ils lui offriraient les présents apportes par leurs serviteurs , l’or, l’encens et la myrrhe. Les rois mages paraissaient ensuite s’endormir, et pendant leur sommeil un enfant vêtu de blanc, qui jouait le rôle d’ange , chantait Implela sunt omnia quæ prophetæ , etc. (tout ce qu’ont annoncé les prophètes est accompli). On commençait alors la messe, pendant laquelle les rois mages dirigeaient le choeur. Cet office appelé o/Jice de l’étoile se célébrait spécialement dans l’église de Rouen. Il a été publié d’abord par Jean d AvT|nches dans son ouvrage intitulé de Officiis ecclesiæ (p. 30), et ensuite par Jean Prévôt , chanoine de Rouen.

Rex regum mundi venerabilis illo Pliilippus,

Enfin Octavien de Saint-Gelais , parlant de Charles VIII , s’exprime ainsi :

En grand triumpho et parfaite excellence,

En bruit, en l’os d’honneur victorieux

Le roy des roys entra dedans Florence.

ROI DE TOIIELORE. — Expression ironique employée, au moyen âge, pour désigner un fanfaron, un roi de comédie. Du Cange cite un exemple de cette locution dans des lettres de rémission de l’année 1403 : Comme le suppliant eut troué un mur de sa maison pour faire une cheminée , le voisin dit que ce n’étoit pas son plaisir , et que ledit suppliant cuidoit (croyait) voler dessus les murs et être roi de Torelore. C'est peut-être de là que vient l'expression populaire de Turelure 0 qui implique une idée burlesque.

ROI DES VIOLONS. — Chef de la corporation des violons. Voy. Violons.

ROI D’YVETOT. — Voy. Yvetot.

ROIS (Fête des). — Dans certains églises, on célébrait le jour de la fêle Îles rois un véritable mystère. Les rois mages étaient représentés par des chanoines qui , le jour de l'Épiphanie , se présentaient devant l'église avec des serviteurs qui portaient leurs présents. Un des trois rois montrait de son bâton l'étoile qui les avait guidés , et tous trois chantaient des versets qui convenaient à la circonstance. Puis s'embrassant ils s’avançaient vers l’autel , et le chantre entonnait le répons Magi veniunt (les rois mages s’avancent). La procession se dirigeai t"alors vers l'autel, s'arrêtait dans la nef de l’église, et à

ROIS (Gâteau des). — Voy. Gateàij des LOIS 7 p. 476.

ROLES (Garde des). — On donnait ce nom à un officier des anciennes chancelleries. Voy. Chancellerie, p. 130, 2e col.

ROMAINS (Institutions romaines dans la Gaule). — § I. La Gaule sous l’administration romaine depuis la colique te de César jusqu’ au ive siècle . — Les Romains commencèrent à envahir la Gaule au iic siècle avant Père chrétienne; ils y fondèrent Aquæ Sextiæ (Aix) en 123 ou 122 av. J. c. César s’empara des Gaules après une lutte de huit années de 58 à 50 av. J. C. Dès lors la Gaule , soumise à la domination romaine subit les lois et l’administration des conquérants La colonie de Lugdunum (Lyon), fondée en 4i av. J. C. par Plancus , devint la métropole de la Gaule, et bientôt de nombreuses cités s'élevèrent dans ce pays.

Auguste, qui la visita en 27 av. J. G la divisa en Aquitaine, Lyonnaise et Belgique. Quelques minées plus tard ( 12 av. J. C. ) soixante villes de la Gaule chevelue (Gallia comata) envoyaient leurs députés à Lyon, et l'on pouvait déjà apprécier l'importance qu'allait prendre celte grande province sous l’habile direction du gouvernement romain. Cependant le sentiment national , entretenu par les druides , ne se résignait pas aisément à accepter une domination étrangère. En 21 après J. C. Julius Florus et Sacrovir se mirent à la tête d’une insurrection de la Gaule à laquelle prirent part les Andécaves ou habitants de l'Anjou, lesTurons ou habitants de Tours, les Tré rires (habitants de Trêves ô et les Eduens ( populations de la

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Bourgogne). Les délies étaient énormes, dit Tacite ( Annales , livre 111 , etiap. xl). Julius Florus souleva les Belges, et Julius Saerovir les populations de la Gaule centrale. Toute la force des armées romaines, disaient-ils, consistait dans les étrangers ( nihil valiaum in exercitibus , nisi quod externum ). La révolte fut surtout redoutable chez les Eduens. La ville d’Autun , capitale de ce peuple, était fréquentée par l’élite de la jeunesse gauloise, comme nous l’apprend Tacite (AugustocLumim , caput gentis.... nobilissimam Galliarum sobolem , liberalibus studiis ibi opéra tam). Sacrovir s'empara de ces jeunes gens comme d’otages qui lui répondaient de la fidélité de leurs familles. Les Romains finirent par étouffer cette révolte.

Caligula fonda à Lyon ( 40 après J. C.) un concours d’éloquence , et il marqua cette institution du caractère bizarre et insensé que l’on retrouve dans tous ses actes. Le vaincu devait effacer son discours avec sa langue et être ensuite précipité dans le Rhône. Juvénal fait allusion à la terreur que cette condition inspirait aux concurrents , lorsqu'il parle de la pâleur du rhéteur qui allait prononcer son discours devant l'autel de Lyon. Claude , né à Lyon , est un des empereurs qui ont fait le plus d'efforts pour rattacher la Gaule à la domination romaine. Il commença par proscrire la religion druidique (43 après J. G.); mais peu de temps après il accorda aux Gaulois le droit d’entrer au sénat ; c'était un moyen de gagner l'aristocratie gauloise. Nous avons encore le discours qu’il prononça en cette circonstance et qui a été retrouvé à Lyon gravé sur une table d’airain. Il n’est pas sans intérêt de le comparer au discours que Tacite prête à Claude. Semblable pour le fond des idées, il est très-différent pour la forme et montre comment les historiens de l’antiquité retouchaient les documents contemporains afin de conserver à leur œuvre l'unité de style.

La Gaule, malgré les avantages que lui permettait le décret de Claude, tenta encore une fois de s’affranchir. Au moment oii des révoltes militaires éclataient dans la plupart des provinces (69-70 après J. C. ) , Ja Gaule s'agita pour reconquérir son indépendance. J. a druidesse Velléda s’unit à Julius Sabinus, et ce dernier fut salué empereur des Gaulois (Tacite, Histoires, livre IV, chap. lxvii). Les lieutenants de Vespasien comprimèrent cette insurrection. Le druidisme, foyer de l'indépendance nationale, fut étouffé. Bientôt la religion chrétienne se répandit dans les Gaules (vers 160 ou 177) , et contribua à

détruire l’ancienne religion qui ne trouva plus d'asile que dans les forêts.

Les mouvements qui agitèrent la Gaule au inc siècle et à la tête desquels nous trouvons Posthumus, Tétricus et Vittoria la mère des légions , avaient pour but de constituer un empire romain dans les Gaules. Ils n'eurent aucun résultat durable. Cependant la misère causée par l'énormité des impôts allait toujours croissant; elle fit éclater la révolte des Bagaudes ( voy. ce mot). L'insurrection fut étouffée sous le règne de Dioclétien , et les empereurs tentèrent à cette époque une réorganisation administrative de la Gaule comme de tout l’empire romain.

La Gaule fut partagée en dix-sept provinces ( voy. Divisions territoriales i>e la France, § II).

S II. Etat de la Gaule sous l'administration romaine au ive siècle. — A la tête de la Gaule était un préfet du prétoire qui résidait d’abord à Trêves.

Lorsque les Francs eurent pris et saccagé cette ville en 402 , le préfet du prétoire établit sa résidence à Arles. 11 avait audessous de lui un vicaire ou vice-préfet chargé spécialement de l'administration de la Gaule , tandis que l'autorité du préfet du prétoire embrassait l’Espagne, la Grande-Bretagne et la Mauritanie Tingitane. Dix-sept gouverneurs, nommés présides ou rectores , administraient les provinces. L'autorité militaire était séparée de la puissance civile. Celle-ci appartenait exclusivement au préfet du prétoire, à son vicaire et aux gouverneurs de provinces. Celle-là était entre les mains d'un comte de la milice, que l’on trouve aussi désigné sous le nom de maître de la cavalerie dans les Gaules {magister eqnitum per Gallias ). Au-dessous de lui cinq ducs commandaient les troupes placées sur les frontières, et on voit dans la Notice des dignités de V empire d'Occident cju’ils avaient leur résidence dans la Séqna* naise , l'Armorique , la Belgique seconde, la Germanie première et à Mayence. L' administration financière était confiée à un grand nombre de fonctionnaires publies. Quatre rationales étaient chargés de la perception des impôts; il y avait quatre gardiens du trésor public ; un seul était chargé du fisc.

Les villes de la Gaule avaient pris un grand développement sons l'habile administration des magistrats romains. Ausone, qui écrivait précisément à celte époque , nous en a laissé une description dans ses Villes illustres de la Gaule ( ordo nobilium urbium ). ( Yoy. Municipes. ) Mais, au ive siècle, la Gaule, comme tout l'empire , fut écrasée par les

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impôts; les documents de cette époque attestent combien elle en avait souffert. La révolte des Bagaudes ( voy. ce mot) fut provoquée, comme l'atteste Salvien, par les exactions des magistrats romains. Les terres étaient tellement désertes dès le commencement de ce siècle qu’il fallut y transporter des cultivateurs barbares. Eumène , un des panégyristes de cette époque, s’adressant à Constance Chlore, lui dit: « Maintenant, grâce à tes victoires , ô César invincible , toutes les terres désertes des contrées d’Amiens , de Beauvais , de Troyes et de Langres se raniment cultivées par des barbares. » Comment s’étonner de ces déserts que l’administration romaine avait faits au milieu de la Gaule, lorsqu’on voit que même aux portes de Rome , dans la fertile Campanie (Campania felix ), on fut obligé de retrancher des rôles des contributions 528,042 arpents de terre qui restaient abandonnés ( Code Théod livre XI, titre xxviii, loi 2)?

L’énormité des impôts était la cause principale de cette dépopulation de l'empire. « Tellement grande, dit Lactance , était la multitude de ceux qui recevaient en comparaison du nombre de ceux qui devaient payer, telle était l’énormité des impôts que les forces manquaient aux laboureurs , les champs devenaient déserts et les cultures se changeaient en forêts. Je ne sais combien d’emplois et d’employés fendirent sur chaque ville.

Tous ces gens-là ne connaissaient que condamnations, proscriptions, exactions , exactions non pas fréquentes, mais per-

Ï)étuelles , et dans les exactions d’intoérables outrages. Mais la calamité publique, le deuil universel, ce fut quand le fléau du cens ayant été lancé dans les provinces et les villes , les censitaires se répandirent partout, bouleversèrent tout ; vous auriez dit une invasion ennemie, une ville prise d’assaut. On mesurait les champs par mottes de terre , on comptait les arbres , les pieds de vigne. On inscrivait les bêtes; on enregistrait les hommes. On n’entendait que les fouets, les cris de la torture ; l’esclave Adèle était torturé contre son maître , la femme contre son mari, le flls contre son père , et, faute de témoignages, on les torturait pour déposer contre eux-mêmes ; quand ils cédaient vaincus par la douleur, on ajoutait à ce qu’ils avaient dit. Point d'excuse pour la vieillesse ou la maladie; on apportait les malades, les inflrmes, on estimait l’âge de chacun , on ajoutait des années aux enfants, on en ôtait aux vieillards ; tout était plein de deuil et de consternation. Encore ne s’en rapportait-on

pas à ces premiers agents ; on en envoyait toujours d’autres pour trouver davantage, et les charges doublaient toujours , ceux-ci ne trouvant rien , mais ajoutant au hasard pour ne pas paraître inutiles. Cependant les animaux diminuaient, les hommes mouraient, et l'on n’en payait pas moins l’impôt pour les morts.»

Ce triste tableau explique la dépopulation de la Gaule au ive siècle et justifie le mot énergique de Salvien : « Elle périssait étranglée par les impôts, comme par les mains des brigands ( tributorum vincu lis , quasi prœdonum manibus , strangu lata). » La classe des curiales, sur laquelle retombait le fardeau des impôts, en fut bientôt accablée. Les partisans mêmes de l’empire, comme Sidoine Apollinaire, se plaignaient de ce que Rome faisait porter si lourdement aux provinces le poids de son ombre :

.... Portavimus umbram

Imperii.

La classe moyenne ou classe des curiales ne tarda pas à être ruinée (voy. Municiues), et il ne se trouva plus de force suffisante pour résister aux invasions des Germains. Les armées étaient depuis longtemps remplies de barbares ; ce qui faisait dire à un poète gaulois de cette époque : « Rome était depuis longtemps livrée à des gardiens couverts de fourrures , et, avant d’avoir été prise, elle était déjà prisonnière :

Ipsa satellitibus pellitis Roma patebat ,

Et captiva, prius qiiam caporetur, erat.

(IVutilius Numatianus, Icinerariur/i 9 livre II).

Les Gallo-Romains en étaient venus à souhaiter la domination des barbares :

« Les ennemis, dit Salvien , leur paraissaient moins à redouter que les exacteurs; ils fuyaient chez les barbares pour échapper à l’énormité des impôts. » Paul Orose , qui vivait au commencement du ve siècle, confirme ce témoignage. « On trouve des Romains, dit-il , qui préfèrent la liberté et la pauvreté au milieu des nations barbares à l’esclavage et aux tributs que leur impose l’empire. » Ainsi s’explique la facilité avec laquelle s’accomplirent l'invasion et la ruine de l'empire romain.

Ce fut en vain qu’au commencement du Ve siècle Rome voyant la Gaule lui échapper chercha à ranimer le patriotisme gaulois en accordant aux provinces de la Gaule méridionale une assemblée qui devait se réunir à Arles et délibérer sur les intérêts nationaux. Vainement, en 418, l’empereur Honorîus rendit le inscrit suivant adressé au préfet du prétoire des Gaules résidant à Arles ; « Sur le très-

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salutaire exposé que nous a fait ta magnificence, entre autres informations évidemment avantageuses à la république , nous décrétons , pour qu'elles aient force de loi à perpétuité, les dispositions suivantes, auxquelles devront obéir les habitants de nos sept provinces (Viennoise, Aquitaine première, Aquitaine seconde , Novempopulanie, Narbonnaise première, Narbonnaise seconde, Alpes maritimes et qui sont telles qu'eux-mêmes auraient pu les souhaiter et les demander* Attendu que, pour des motifs d'utilité publique ou privée, non-seulement de chacune des provinces , mais encore de chaque ville, se rendent fréquemment auprès de ta magnificence les personnes en charge ou des députés spéciaux, soit pour rendre des comptes, soit pour traiter des choses relatives à l’intérêt des propriétaires , nous avons jugé que ce serait chose opportune et grandement profitable qu’à dater de la présente année, il y eût tous les ans , à une époque fixe , pour les habitants des sept provinces, une assemblée tenue dans la métropole, c'est-à-dire dans la ville d'Arles. Par cette institution, nous avons en vue de pourvoir également aux intérêts généraux et particuliers. D’abord, par la réunion des habitants les plus notables en la présence illustre du préfet, si toutefois des motifs d’ordre public ne l’ont pas appelé ailleurs, on pourra obtenir, sur chaque sujet en délibération, les meilleurs avis possibles. Rien de ce qui aura été traité et arrêté après une mûre discussion ne pourra échapper à la connaissance d'aucune province, et ceux qui n’auront pas assisté à Rassemblée seront tenus de suivre les mêmes règles de justice et d'équité.

« De plus, en ordonnant qu'il se tienne tous les ans une assemblée dans la cité Constantine (Arles avait reçu ce nom sous le règne de Constantin), nous croyons faire une chose non-seulement avantageuse au bien public, mais encore propre à multiplier les relations sociales. En effet, la ville est si avantageusement située, les étrangers y viennent en si grand nombre, elle jouit d'un commerce si étendu, qu’on y voit arriver tout ce qui naît et se fabrique ailleurs. Tout ce que le riche Orient, l’Arabie parfumée, la délicate Assyrie, la fertile Afrique, la belle Espagne et la Gaule courageuse produisent de renommé, abonde en ce lieu avec une telle profusion, que toutes les choses admirées comme magnifiques dans les diverses parties du monde y semblent des produits du sol. D’ailleurs la réunion du Rhône à la mer de Toscane rapproche et rend presque voisins les

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pays que le premier traverse et que la seconde baigne dans ses sinuosités. Ainsi, lorsque la terre entière met au service de cette ville tout ce qu’elle a de plus estimé, lorsque les productions particulières de toutes les contrées y sont transportées par terre, par mer, par le cours des fleuves, à l’aide des voiles, des rames et des charrois, comment notre Gaule ne verraitelle pas un bienfait dans l’ordre que nous donnons de convoquer une assemblée politique au sein de cette ville , oh se trouvent réunies , en quelque sorte, par un don de Dieu, toutes les jouissances de la vie et toutes les facilités du commerce ?

«Déjà l'illustre Pétronius (préfet du prétoire des Gaules de 402 à 408; , par un dessein louable et plein de raison, avait ordonné qu’on observât cette coutume; mais comme la pratique en fut interrompue par l’incurie des temps et le règne des usurpateurs , nous avons résolu de la remettre en vigueur par l'autorité de notre prudence. Ainsi donc, cher et bienaimé parent, Agricola, ton illustre magnificence, se conformant à notre présente ordonnance et à la coutume établie par tes prédécesseurs, fera observer dans les provinces les dispositions suivantes : on fera savoir à toutes personnes honorées de fonctions publiques ou propriétaires de domaines, et à tous les juges des provinces qu'ils doivent se réunir en conseil, chaque année, dans la ville d’Arles, dans l'intervalle des ides d’août à celles de septembre , les jours de convocation et de session pouvant être fixés à volonté. La Novempopulanie et la seconde Aquitaine , comme les provinces les plus éloignées , pourront, si leurs juges sont retenus par des occupations indispensables, envoyer à leur place des députes, selon la coutume. Ceux qui auront négligé de se rendre au lieu désigné, dans le temps prescrit, payeront une amende qui sera pour les juges de cinq livres d’or, et de trois livres pour les membres des curies et autres dignitaires. Nous croyons, par cette mesure, accorder de grands avantages et une grande faveur aux habitants de nos provinces. Nous avons aussi la certitude d'ajouter à l'ornement de la ville d’Arles , à la fidélité de laquelle nous devons beaucoup. »

Malgré les avantages offerts à la Gaule et les peines portées contre ceux qui manqueraient de se rendre aux assemblées nationales, cette institution n'eut aucun résultat. Les Gaulois n'avaient plus d'intérêts communs , et , sans ce lien, les assemblées devenaient impossibles. Aussi n'en trouve-t-on aucune trace, et, si elles

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se réunirent , elles ne furent d'aucune uiîlîté pour la Gaule. La domination romaine ne tarda pas à y disparaître de cette province, mais elle y laissa des institutions qui lui ont survécu: ainsi le droit ' romain , les municipes ( voy. Commune , Droit romain et Municipes ) , le souvenir d’un pouvoir unique établissant partout Tordre et la régularité (voy. Légistes , Mérovingiens, Loi et Rovauté, § 1 et II;, ont perpétué jusqu’aux temps modernes Tinfluence romaine.

Voy. Histoire de la Gaule sous la domination romaine , par M. Amédée Thierry, 3 vol. in-s°, et VHistoire du droit français par M. Laferriere, t. I.

ROMAN. — On a désigné sous ce nom un idiome, mélange de langue latine et tudesque ou germanique, d'où s'est formé le français. Voy. Romane (Langue). — On appelle aussi romans des compositions littéraires. Elles ont tiré leur nom de ce qu'on a écrit les principales fictions du moyen âge dans la langue romane ou romance . Du reste, le nom de roman s'est appliqué à des œuvres fort diverses. On a appelé romans les longs poèmes héroïques, satiriques et allégoriques du moyen âge. De tous ces romans , le plus célèbre est le Roman de la rose : il a exercé une si grande influence sur la culture des esprits pendant plusieurs siècles, que nous avons cru devoir lui consacrer un article spécial (voy. l'article suivant). Les romans continuèrent à servir de cadre à des leçons morales ou à des bouffonneries satiriques jusqu'au xvnc siècle. Les romans de Rabelais principalement, obtinrent une réputation qui s’est toujours soutenue. Au xvn« siècle, une école, qui eut pour chef Honoré d'ürfé, lit du roman un genre langoureux et sentimental, se perdant dans les descriptions minutieuses de la carte du tendre , dénaturant les Grecs et les Romains pour en faire des personnages galants et des marquis damôrets. Les romans de Mlle de Scudéry ont marqué l'apogée et le commencement de la décadence de ce genre faux et ridicule.

Mme de La Fayette ouvrit une nouvelle voie au roman par l'analyse ingénieuse du cœur humain ; elle entreprit de peindre des sentiments réels au lieu de créer une nature chimérique. Au xvme siècle , le roman prit un nouvel essor : peinture du cœur humain, satire des mœurs contemporaines et des travers des hommes, leçons morales et même scientifiques, études d’histoire et d’archéologie, tout se déguisa sous une forme romanesque qui semblait donner à l'étude un attrait

nouveau et déguiser l’enseignement sous le charme de ia fiction. Tl y avait là un danger que la littérature n’a pas su éviter. Elle a trop souvent préféré un plaisir facile, qui naît de la variété des aventures à la beauté réelle dont le goût s’est émoussé. Le roman a fini par envahir et compromettre la littérature tout entière.

ROMAN DE LA ROSE. — Le Roman de la rose , composé par Guillaume de Lorris et Jean de Meung, eut une grande influence sur les mœurs et les idées de la France, pendant les xiv° et x\« siècles, et jusqu'au commencement du xvi*. Clément Marot écrivait encore :

J’aî lu des saints la légende dorée,

J’ai lu Alain le très-noble orateur.

Et Lancelot le très-plaisant menteur ;

J’ai lu aussi le Roman de la Rose,

Maître en amours, et Valero et Orose

Contant les faits des antiques Romafns.

Baïf, qui vivait, comme Marot, au xvie siècle, a résumé, dans le sonnet suivant, tout le plan du Roman de la rose. Il s’adresse à Charles IX :

Sire, sous le discours d’un songe imaginé. Dedans ce vieux roman vous trouverez déduite D’un amant désireux la pénible poursuite ,

Contre mille travaux en sa flamme obstiné ;

Par avant que venir à son pien destiné Mallebouche et Dangier tâchent le mettre en fuite; A la fin, Ilel-Accueil en prenant la conduite Le loge après l’avoir longuement cheminé ;

L'amant, dans le verger, pour loyer des tr averses Du’il passe constamment, souffrant peines diverses Cueil du rosier fleuri Je bouton précieux.

Sire , c’est le sujet du Roman de la Rose ,

Où d’amours épineux la poursuite est enclose ;

La Rose , c'est d'amour le guerdon (récompense) précieux.

ROMANCE. —Chanson qui tire son nom de ce que les premiers auteurs de chansons en langue moderne se servirent de l'idiome appelé roman ou romance .

ROMANCE ( Langue). • — Langue formée du mélange du latin et des langues septentrionales. Voy. Romane (Langue).

ROMANE (Architecture). — L’architecture romane, formée de l'architecture romaine, comme son nom l’indique, se caractérise surtout par le plein cintre . Voy. Eglise, p. 336 et suiv.

ROMANE (Langue). — Cette langue, dans laquelle entrèrent comme éléments le latin, le celtique et la langue germanique, a été désignée sous les noms de roman , romant , romance, romans., roman rustique , etc. Elle a eu plusieurs dialectes, d’où sont nés les idiomes de l'Europe moderne, qui ont pour base la langue latine, tels que le français. Pi ta-

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lien, l’espagnol, le poïlugais. Nous ne pouvons insister sur les questions auxquelles cette langue a donne lieu et qu'agite encore la philologie. Nous nous bornerons à signaler le plus ancien monument qui nous soit parvenu de la langue romane : c’est le serment prêté, en

842, par Louis le Germanique, dans l’entrevue qu’il eut à Strasbourg avec son frère Charles le Chauve. En voici le commencement avec la traduction latine et française interlinéaire. On verra mieux, par le rapprochement du latin du moyen âge, l’origine du roman :

Pro Peu amur, et pro Christian poble, et

Pro Dei amore , et ' pro christiano populo , et

Pour l’amour de Dieu, et pour le chréLien peuple, et

Nostro commun salvamento, diste di in avant

Nostro communi salvamento , de ista die in abante Notre commun salut , de ce jour en avant

In quant Deus savir et podir me dunat , si salvarai Quantum Deus sapere et potire mi donat , sic salvabo En tant que Dieu savoir et pouvoir me donne, je sauverai

Jo cist meon fradre Karlo

Ego eccislum meum fratrem Karlum

Moi celui-ci mon frère Charle,etc.

La langue romane domina surtout dans la partie méridionale de la France ; elle y prit le nom de langue d'oc, tandis qu’au nord de la Loire elle était désignée sous le nom de langue d’oil. Quelques auteurs ont cependant prétendu, mais sans preuves, qu'une même langue romane avait dominé dans toute la France.

Voy. Raynouard, Grammaire romane .

ROMANTIQUES. — Partisans d’une école littéraire qui n’a jamais eu d’autre symbole que l’affranchissement des règles imposées par l’ancienne poétique. I)u reste, on confondait, sous le nom de romantiques, des écrivains appartenant à des opinions très-diverses : i° les admirateurs passionnés du moyen âge, de sa littérature, de son architecture; c'est de la langue et de l’architecture romanes que leur est venu le nom de romantiques ; 2° les partisans fanatiques des littératures étrangères, et principalement des littératures allemande et anglaise; 3° les littérateurs qui voulaient que l'art n'eût d’autre but que lui- même; ce qu’ils formulaient ainsi: Vartpour Vart . Ce parti qui comprenait tant de*sectes différentes’ a dominé pendant les dernières années de la restauration et les premières années du règne de Louis-Philippe. Il avait pour adversaires les classiques ou partisans des anciennes règles. Le camp des classiques renfermait, du reste , autant de partis distincts que celui des romantiques. Ces querelles littéraires n’avaient que l’apparence de la nouveauté. Elles avaient déjà agité les xvnc et xvme siècles sous le nom do querelle des anciens et des modernes.

ROME (Cour de). — Voy. Papauté.

ROMÉE , ROMIEU. — On désignait sous ce nom , au moyen âge, ceux qui avaient fait le pèlerinage de Rome. Yoy. Pèlerinage.

RONCIN DE SERVICE. — Certains feudataires devaient à leur seigneur un cheval ou roncin de service . Ce roncin était un cheval commun laissé ordinairement aux paysans. Les Établissements de saint Louis (chap. cxxxi ) parlent do cette redevance, et disent que le roricin de service , réclamé par un seigneur, devait être amené dans les soixante jours, avec frein et selle, ferré des quatre pieds. Si le seigneur le refusait comme trop faible, le vassal pouvait lui dire : Sire , faites-le essayer comme vous devez. Le seigneur pouvait faire monter le roncin par le plus fort de ses écuyers, portant en croupe une armure ou haubert et une botte de fer, et l’envoyer à douze lieues. Si le roncùi faisait la course et revenait le lendemain , le seigneur était obligé de le recevoir. Dans le cas contraire, il pouvait le refuser.

RONDACHE, RONDELLE. — La rondache était une espèce de bouclier rond, dont on se servait au moyen âge. Il a été d’usage en France jusqu’à la fin du xyie siècle. — La rondelle était un bouclier de même forme et plus petit, dont se servaient les gens de pied et la cavalerie légère.

RONDEAU. — Pièce de poésie d’origine française, comme le dit Boileau ;

Le rondeau ué Gaulois, a la naïveté.

ROS

On trouve déjà des rondeaux a.# xive siècle. Cette pièce comprend treize vers qui roulent sur deux rimes, dont la première est employée huit fois et l’autre cinq, dans Tordre "suivant : le premier vers , les deuxième, cinquième, sixième , septième, neuvième, dixième et treizième riment ensemble , et sont masculins ou féminins à volonté; les cinq autres riment pareillement entre eux, et la rime y est d’espèce différente de celle des premiers. Ces vers sont distribués en deux stances de cinq vers séparées par un tercet, et on ajoute à la suite du tercet et de la dernière stance un refrain pris des premières paroles du rondeau Le nom de ce petit poëme vient de ce qu’il semble se retourner et revenir sur lui-même.

Les rondeaux de Voiture sont célèbres.

Je citerai deux rondeaux qui ont surtout un intérêt historique : le premier est dirigé contre la mémoire du cardinal de Richelieu et fut composé aussitôt après sa mort (décembre 1642) :

Il est passé : îl a plié bagage Ce cardinal , dont c’est moult grand dommage Pour sa maison; c*est comme je l’entends.

Car, pour autrui, maints hommes sont contenta En bonne foi do n’en voir que l’image.

Sous sa faveur s’enrichit son lignage Par dons , par vols, par fraude et mariage ; Mais aujourd’hui ce n’en est plus le temps ;

Il est passé.

Or parlons sans crainte d’ôrro en cage ; ll.est en plomb l’éminent personnage Qui de nos maux a ri plus de vingt ans.

Le roi de bronze en eut le passe-temps.

Quand sur le pont , à (avecj tout son attelage , Il est passé.

Le second rondeau est une sorte de parodie du précédent. Il fut composé vers la fin de Tannée 1643, lorsque Mazarin eut triomphé de la cabale des ùnportants et que Ton crut voir renaître en lui le cardinal de Kichelieu :

Ils n’est pas mort ; il n’a que changé d’Ago Co cardinal , dont chacun en enrage ;

Mais sa maison on a grand passe-temps ;

Maint chevaliers n’en sont pas trop contents ; Ains l’ont voulu mettre en pauvre équipage.

Sous sa faveur renaît son parentage Par lo même art qu’il mettait en usage ,

Et , par ma foi , c’est encore leur temps ;

Il n’est pas mort.

Or nous taisons do peur d’entror en enge ,

11 est en cour l’éminent personnage ,

Et pour durer encor plus de vingt ans. l)emandcz-leur à tous ces ituportans ;

Ils vous diront d’un moult piteux langage •

11 n’est pas mort.

ROSACES. — Ornements d’architecture en forme de rose employés surtout dans l’architecture ogivale. Voy. Eoa.iSE> 0. 340 et 341, tig. T.

uOSAIRE. Chapelet en usage dans 1 Eglise romaine ; il est composé de quinze dizaines d 9 Ave Maria , dont chacune commence par un Pater. Le nom de rosaire vient probablement de ce que ces quinze douzaines à* Ave composent une couronne de roses mystiques en Phonneur de la sainte Vierge. On ne connaît pas avec certitude l'auteur du rosaire; mais il paraît constant qu’il était en usage avant Tannée lioo. Cependant, quelques auteurs prétendent que l’invention du rosaire et l'institution de la confrérie du rosaire ne datent que de 1208 et sont dus à saint Dominique.

ROSE-CROIX. — Secte mystique qui parut en Europe au commencement du xvne siècle (vers 1 610), et qui venait des pays Scandinaves. Comme les Pose-croix ont eu peu d'influence en France, je n’insisterai pas sur cette association. 11 suffira de citer le passage où Mosheim donne l'explication de leur nom d’après les principes cabalistiques. « Le titre de Posecroix y dit-il, désigne évidemment les philosophes chimistes qui joignaient les secrets de la chimie aux vérités de la religion ; il est tiré de la chimie ellemême, et il n'y a que ceux qui entendent cet art et la langue qui lui est propre qui puissent en saisir le vrai sens et toute l’énergie. Il n’est pas composé, comme quelques personnes le croient* des deux mots rose et croix , mais bien du dernier de ces mots et de celui de rus, qui, en latin , signifie la rosée , le plus puissant dissolvant de l’or. Dans le style des alchimistes, la croix est équivalente au mot lumière , parce que sa figure offre en meme temps les trois lettres qui composent le mot latin lux , qui signifie lumière . Or, la lumière, dans le langage des Posecroix , est la semence du dragon rouge, ou, en d’autres termes, cette lumière grossière, qui, étant bien digérée et modifiée, produit l'or. Un Rose-croix est donc un philosophe qui, par le moyen delà lumière, cherche la rosée, ou, en d'autres termes, ce qu’on appelle la pierre philosophale. » Mosheim cite , à l’appui de son opinion , les témoignages de Gassendi et de Renaudot. Si l’on admet cette explication, il faut rattacher les Posecroix aux alchimistes du moyen âge.

ROSE D’OR. — Il était d’usage que Je pape envoyât en présent à certains princes une rose d'or bénite ( du Cange, v° Posa aurea ). Alexandre 111 fut le premier pape qui envoya une rose dyor en présent à un roi de France. IJ l’adressa à Louis Vil avec une lettre dont le texte nous a été \ observé. En 1573 , le pape lit don d’une

ROS

ROS

rose d'or h Henri III qui venait d'être élu roi de Pologne ( De Thon, livre LYII).

DOSES (Baillée des). — Redevance féodale à laquelle les ducs et pairs étaient astreints envers le parlement de Paris, Voy. Redevances féodales.

ROSIER DE LA COUR. — On appelait ainsi un officier du parlement qui était chargé de fournir les roses dont les ducs et pairs faisaient hommage au parlement dans la cérémonie appelée baillée des roses . Voy. Redevances féodales. — Le rosier de la cour et les marchands de chapels de roses avaient le monopole de la vente des roses à Paris; mais ils étaient astreints k présenter chacun, tous les ans , au voyer de la ville, trois chapeaux de fleurs la veille des rois, et, vers r Ascension , un panier de roses pour ua provision d’eau de roses.

ROSIÈRE. — Nom donné , en certains lieux, à la jeune fille qui obtient la couronne de roses , symbole de venu. La première rosière fut, dit-on , couronnée en 535, à Saiency, par saint Médard, évêque de Noyon.

Le seigneur de Saiency était en possession du droit de choisir la rosière entre trois filles natives du lieu, qu’on lui présentait un mois d'avance. Lorsqu’il l'avait nommée, il était obligé de la faire annoncer au prène de la paroisse, afin que les autres filles ses rivales eussent le temps d’examiner ce choix et de l’attaquer s'il n'était pas conforme à la justice la plus rigoureuse. C’était seulement après cette épreuve que le choix du seigneur était confirmé. Le 8 juin, jour de la Saint- Médard, vers deux heures après midi , la rosière , vêtue de blanc, les cheveux flottants en grosses boucles sur les épaules, accompagnée de sa famille et de douze filles aussi vêtues de blanc avec un large ruban bleu en baudrier, auxquelles douze garçons du village donnaient la main , se rendait au château de Saiency au son des tambours, des violons, des musettes, etc. Le seigneur ou son représentant allait les recevoir lui-même. La rosière lui faisait un petit compliment pour le remercier de l'honneur qu’il lui avait fait en la choisissant; ensuite, le seigneur et son bailli lui donnant chacun la main, précédés des instruments et suivis d’un nombreux cortège, la conduisaient k la paroisse, où elle entendait les vêpres sur un prie - dieu placé au milieu du chœur.

Les vêpres finies, le clergé sortait processionnellement avec le peuple pour aller k la chapelle de saint Médard. Là ,

le curé ou l’officiant bénissait la couronne ou chapeau de roses placé sur l’autel. Ce chapeau était entouré d'un ruban bleu et garni sur le devant d'un anneau d’argent depuis le règne de Louis XIII. Ce prince se trouvant au château de Varennes, près de Saiency, M. de Belloy, alors seigneur de ce dernier village, supplia le roi de couronner la rosière . Louis XIII y consentit; il envoya le marquis de Gordes, son premier capitaine des gardes , qui fit la cérémonie en son nom, et qui , par ses ordres, ajouta aux fleurs une bague d'argent et un cordon bleu. Depuis cette époque, la rosière recevait une bague d’argent, et elle et ses compagnes portaient un ruban bleu.

Après la bénédiction du chapeau de roses et un discours analogue au sujet, le célébrant posait la couronne sur la tête de la rosière , qui était à genoux , et il lui remettait en même temps les vingtcinq livres, en présence du seigneur et des officiers de la justice. La rosière , ainsi couronnée, était reconduite parle seigneur ou son procureur fiscal jusqu'à la paroisse où l'on chantait le Te Deuni et une antienne à saint Médard, au bruit de la mousqueterie des jeunes gens du village. Au sortir de l'église, le seigneur ou son représentant menait la rosière jusqu'au milieu de la grande rue de Saiency, où des censitaires de la seigneurie avaient fait dresser une table garnie d’une nappe, de six serviettes, de six assiettes, de deux couteaux, d’une salière pleine de sel , de deux pots de vin clairet, de deux pains blancs d'un sou pièce, d'un demi-cent de noix et d'un fromage de trois sous. On donnait encore k la rosière , par forme d’hommage, une flèche, deux balles de paume et un sifflet de corne, avec lequel un des censitaires sifflait trois fois avant que de l’offrir. Ils étaient tenus d'accomplir strictement toutes ces formalités. sous peine de soixante sous d'amende.

Toute l’assemblée se rendait ensuite dans la cour du château sous un gros ar~ bre, où le seigneur dansait le premier branle avec la rosière ; ce bal champêtre se terminait au coucher du soleil. Le lendemain, dans l'après-midi, la rosière invitait chez elle toutes les filles du village et leur donnait une grande collation.

L'usage de couronner des rosières s’est répandu dans quelques parties de la France. On le retrouve, entre autres, à Nanterre , près de Paris.

HOTE (Auditeur de). — Le tribunal de rote, séant à ltome, est composé de douze piélats qui jugent par appel toutes

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