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On écrivait ce mystérieux triangle sur an morceau de papier carré qui était plié de manière à cacher le triangle. Un fil blanc traçant le signe de la croix fermait cette amulette (voy. ce mot) , que l’on suspendait au cou avec un ruban de lin. Après l’avoir porté pendant neuf jours , on se rendait sur le bord d'une rivière qui se dirigeait à l’Orient , et on jetait l'amulette derrière soi sans regarder. Le charme avait opéré, et on devait s’en retourner guéri.
Divination . — La divination ou de vination a été et est encore une des superstitions le plus profondément enracinées. Un des moyens autrefois employés pour scruter l'avenir consistait à placer sur l'autel la Bible ou le livre des Évangiles que Ton ouvrait et dont on lisait un verset. On cherchait dans le passage que lesorf présentait un présage (voy. Sorts). Ainsi , lorsque Chramme se révolta contre son père Clotaire Ier, il envoya consulter les sorts dans l’abbaye de Saint-Martin de Tours , et il n’en obtint que des réponses menaçantes. Le livre des Écritures fut trois fois ouvert, et trois fois les passages sur lesquels on tomba lui annoncèrent une lin tragique. Cette superstition était une tradition païenne; elle rappelait l’usage oh étaient les Grecs et les Romains de chercher des présages dans les vers d’Homère ou de Virgile. Les conciles condamnèrentplusieurs lois cette superstition. Un capitulaire de Charlemagne rendu en 790 s’exprime ainsi :
« Que personne n’ait la témérité de prédire l’avenir par le psautier ou par l’Évangile. » Malgré ces prohibitions , cette coutume superstitieuse se maintint trèslongtemps. Guibert de Nogent, qui vivait au commencement du xue siècle , ruconte que de son temps, lorsqu'un évêque ou un abbé prenait possession de sa dignité, on consultait les sorts en ouvrant le livre des Écritures, et que si la première page qui se présentait était vide, c'était un très-mauvais présage. Il existait encore à la lin du dernier siècle quelques
traces de cet usage dans quelques églises. Lorsqu'on recevait un chanoine dans les cathédrales de Bourges, d'Ypres et de Saint-Omer, après l’aspersion et le baiser de paix, le récipiendaire ouvrait le livre des psaumes , et l'on écrivait le premiei verset qui se présentait pour conservei la mémoire de la réception 11 arrivai quelquefois que le verset contenait des imprécations ou des paroles de menace et de reproche, qui étaient comme une flétrissure imprimée au nouveau chanoine. Un évêque de Boulogne ayant tenté de supprimer cet usage au xvme siècle , le chapitre s'y opposa, et la coutume fut maintenue. Aujourd'hui, si Ton ne cherche plus l’avenir dans les versets de l'Ancien ou du Nouveau Testament, on consulte les cartes, les tables, les somnambules, et, pour avoir changé de forme , la superstition n'est guère moins puissante.
Divination par les paroles . — On attachait aussi, au moyen âge, une grande importance aux paroles que Ton entendait prononcer dans certaines circonstances solennelles. Grégoire de Tours rapporte (livre II,chap. xxxvii ) que Clovis, au moment de marcher contre Marie, roi des Wisigoths , envoya des messagers à la basilique de Saint-Martin de Tours.
Allez , leur dit-il, et vous trouverez peutêtre dans le temple quelque présagé de la victoire . 11 leur remit des présents destinés au lieu saint , et ajouta ces paroles : Seigneur , si vous êtes mon aide , et si vous avez résolu de livrer en mes mains cette nation incrédule et toujours enne •• mie de votre nom , daignez manifester votre faveur à Ventrée de la basilique de Saint-Martin y afin que je sache si vous daignerez être favorable à votre serviteur. Les messagers se rendirent en toute hâte à la sainte basilique, suivant les ordres du roi. Au moment où iis y entraient , le chantre commençait ce verset du psaume xvn (v. 39 40) : Seigneur , vous m'avez revêtu de force pour la guerre , et vous avez abattu sous moi ceux qui s* élevaient contre moiy et vous avez fait tourner le dos à mes ennemis devant moi , et vous avez exterminé ceux qui me haïssaient . Après avoir entendu ces paroles , ils rendirent grâce à Dieu , présentèrent les dons au saint confesseur, et allèrent pleins de joie annoncer au roi ce présage de victoire. » L’Église, qui condamnait les sorts de la Bihle et des saints (voy. Soiits , p. i J 67, ‘2e colonne), n'approuvait pas davantage ces pratiques superstitieuses.
Divination par lettres. — On cherchait encore à pénétrer l’avenir au moyen de lettres que Ton déposait sur l’autel , ainsi
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que l'atteste le passage suivant de Grégoire de Tours (livre V, chap. xiv) : « Gontram-Bose ou Boson , qui s'étaii, réfugié dans la basilique de Saint-Martin à. Tours, était accusé d’avoir fait périr Théodebert. Le roi Chilpéric, pour s’assurer du fait, envoya des messagers avec une lettre écrite au saint. Dans "cette lettre, il priait le saint de lui faire connaître, par sa réponse, s’il lui était permis ou non de tirer Gontram-Bose de la basilique. Le diacre Beaudégésile , chargé de cette lettre, la mit avec une feuille de papier blanc sur le tombeau du saint; il attendit trois jours sans recevoir aucune réponse , puis retourna vers Chilpéric. »
Prophéties de Merlin . — Les vers obscurs d’un ancien barde gallois , nommé Myrdhin , eurent, au moyen âge, une grande célébrité sous le nom de Prophéties de l’enchanteur Merlin. Mathieu Paris , chroniqueur du xiii® siècle, invoque souvent son autorité. Suger, Vie de Louis le Gros , cite aussi une prédiction de Merlin qu'il applique au roi d’Angleterre Henri 1er : « Merlin , dit-il ? a prédit avec détail, et d'une manière étonnante , les événements qu'on doit voir, dans la suite des siècles, se passer en Angleterre ; il a publié dans tout l’univers et consacré la supériorité du roi Henri Ier par des éloges magnifiques , aussi vrais que délicats.
C'est pour le célébrer qu’à la manière des hommes inspirés, il a fait entendre ces accents d’une voix prophétique : Sur le trône montera le lion de la justice ; à ses rugissements trembleront les tours gauloises et les dragons insulaires . î)ans son temps , on extraira l’or du lis et de l’ortie ; l'argent découlera du pied des animaux mugissants ; les bêtes à poil frisé revêtiront des toisons diverses , et leur extérieur fera connaître leurs dispositions intérieures ; les pieds des chiens seront coupés ; les animaux sauvages jouiront d’une douce paix ; les hommes , réduits à supplier, souffriront ; les formes du commerce changeront ; la moitié d’un tout deviendra ronde ; les milans perdront leur rapacité ; les dents des lo ups s’émousseront ; les petits des tio7i$ scro'nt transformés en poissons de la mer , et V aigle bâtira son nid sur les monts de l'Arabie. La totalité de cette prophétie ancienne et merveilleuse s’applique jusqu'ici avec tant de justesse à la vigueur personnelle du roi Henri et à l’administration de son royautne> qu’il ne s’y trouve pas un mot qui contredise ce rapport. Ce qui est dit, à la tin , des petits du lion s’est manifestement vérifié dans les fils et la fille du roi, qui , noyés dans un naiu frage et dévorés par les poissons de la
mer, ont ainsi changé physiquement de forme et prouvé la certitude de la prophétie. »
Il suffit de citer de pareilles interprétations pour prouver avec quelle facilité (pour ne pas dire avec quelle stupidité) on appliquait à tous les personnages et à tous les événements ces vagues et obscures prophéties. Mathieu Paris ( Grande Chronique , à l'année 1 17 4) en fournit une autre preuve. Parlant de la captivité du roi d’Éeosse, Guillaume, qui fut enfermé au château de Richmond : « Cette circonstance , dit-il, fut regardée comme l’accomplissement d'une prophétie de Merlin, conçue en ces termes ; On lui mettra aux dents un fer forgé sur les rives du golfe armoricain. Le golfe armoricain, ajoute Mathieu Paris, doit s’entendre du château possédé héréditairement et depuis un temps immémorial par des seigneurs de l'Armorique. » On avait donné, peu de temps auparavant , une interprétation toute differente de la même prophétie. On l’avait appliquée à Henri II, qui avait été menacé par les Bretons ou Armoricains, à l’époque de la révolte de ses fils. Au xvc siècle, on invoquait encore les prophéties de Merlin, et on croyait y voir annoncée la mission de Jeanne d'Arc. Au xvi® siècle , Nostradamus détrôna Merlin. Les centuries ou prophéties de Michel Nostradamus , publiées pour la première fois en 1555, eurent une vogue qui se soutint pendant plus d'un siècle.
Terreur causée par les comètes . — On cherchait aussi la révélation de l'avenir dans l'astrologie ou prétendue science qui rattachait la destinée des hommes au cours des astres (voy. sciences occultes, p. n4i,2® col.). L’apparition des comètes fut longtemps considérée comme un signe menaçant. Louis le Débonnaire, d’après l'auteur anonyme qui a écrit son histoire, fit dire de tous côtés des messes pour apaiser la colère céleste, qui se manifestait , disait-on, par l’apparition d’une comète. En 1453, l'apparition d'une comète, eoincidant avec l'invasion des Turcs, inspira une frayeur générale, et on chercha par des prières publiques à détourner ce présage menaçant. Les hommes instruits, même au xvn® siècle, n’étaient pas moins effrayés par ce phénomène que les ignorants. La comète de 168O étonna les savants comme le peuple, et donna lieu aux Pensées de Bayle sur la comète. L'astronome Halley démontra, en 1705, l’identité de la comète de 1607 et de celle de 1682, et il annonça son retour pour 1759, prédiction qui s'est vérifiée. En soumettant les comètes aux calculs astronomiques.
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on les a dépouillées du prestige qu'elles devaient au* croyances superstitieuses , et Voltaire put écrire dans son épître à Mme du Châtelet :
Comètes, que l’on craint à l’égal du tonnerre. Cessez d’épouvanter les peuples do la terre ; Dans une ellipse immense , achevez votre cours ; Bemontez, descendez près de l’astre des jours; Lancez vos feux, volez ; et, revenant sans cesse, Des mondes épuisés ranimez la vieillesse.
Coscinomance. — On appelait Coscinomance une espèce de divination, qui consistait à. élever un crible en l'air et à le tenir de deux doigts seulement en prononçant le nom des personnes contre lesquelles on avait conçu des soupçons.
La personne au nom de laquelle le crible tournait était réputée avoir commis le vol ou le mal dont on recherchait l'auteur. Citait ce qu'on appelait vulgairement tourner lésas .
Cartomancie . — La Cartomancie , ou divination au moyen des cartes, remonte àirtie époque fort ancienne et a eu une grande célébrité, surtout au xvm® siècle. Voici la méthode indiquée par Eteilla: On prend un jeu de trente-deux cartes ou jeu de piquet ordinaire ; on bat les cartes, et on les fait couper à trois personnes. Si l'on tire pour un mariage , il faut avoir soin de retenir deux cartes , le monsieur et la demoiselle, savoir brun ou blond. Les cœurs et les carreaux représentent blond et blonde ; les trèfles et les piques , brun et brune. S'il s'agit d’un brun , il faut la tierce au roi de trèfle ; pour une brune , la tierce au roi de trèfle avec l'as dépiqué, la queue en l’air. Est-il question d'un blond ou d'une blonde , il faut la même répétition en cœur ou en carreau.
S'ils habitent la campagne, il faut que la carte soit en carreau. Dans le cas d'un mariage de veuf, on exige la tierce au roi de pique avec l'as de cœur. On trouve la description de pratiques analogues pour les héritages , procès , vols , pour le succès de voyages , etc.
Eternuments ; présages. — Dès la plus haute antiquité , les eternuments étaient regardés comme un présage. Si l'on en croit quelques historiens, l’usage de saluer ceux qui éternuent ne remonte en France qu'au siècle de Brunehautet au pontificat de Grégoire le Grand, pendantdequel une maladie épidémique faisait expirer sur-lechamp les personnes qui éternuaient.
Mais cette tradition parait erronée , puisque l’on trouve l’usage de saluer ceux qui eternuaient dès le temps des Grecs et des Romains. Jte n’insisterai pas sur les autres présages tirés de différents signes , du vol ou du cri des oiseaux, des rencontres fortuites, des jours de la se-
maine , etc. Il a été question au mot Paganisme de ces superstitions païennes. Il en est de même du culte rendu à certains arbres et a certaines sources. Ces usages étaient un reste du paganisme que les prescriptions de l’Église ne parvinrent à détruire qu'avec beaucoup de peine.
Envoûtement ; anneaux constellés ; billets empreints de caractères mystérieux. — Les pratiques superstitieuses avaient quelqueiois pour but de faire périr ceux qui en étaient l'objet. 11 a éé question ailleurs de la pratique appelée envoûtement (voy . ce mot). On la retrouve encore au xvie siècle. De Thou raconte (livre lvii) qu'en 1574, La Mole ayant été condamné à mort, on saisit chez lui une image de cire dont le cœur était percé d'une aiguille. Il déclara qu’il avait eu recdfers h ce moyen pour se faire aimer, et que ce procédé lui avait été enseigné par un Florentin. Ce dernier fut aussitôt arrêté et rasé; il n'échappa au supplice des magiciens que par la pr otection spéciale de Catherine de Médicis.
Les pierres constellées et les billets empreints de caractères mystérieux étaient aussi regardés comme douée d'une puissance magique; on croyait, dit Sainte- Palaye , d’après les poètes provençaux (v° Magie), qu'on pouvait, au moyen de ces talismans, faire fondre une personne comme neige. Le plus souvent les talismans étaient regardés comme un préservatif.
De Thou raconte que, dans les années du xvic siècle , on croyait se mettre à l'abri des coups de l'ennemi en portant sur soi quelqu’un de ces talismans. Au temps de Grégoire de Tours, on était dans l'usage de toucher les bestiaux malades avec la clef de Saint-Martin, comme on le voit par un passage de son traité des Miracles de Saint-Martin. — Voy. le Traité des Sti-
Î)erstition$ , selon T Ecriture sainte , par e chanoine Thiers, 4 vol. in-12.
SUPPLICES. — La liste des différents genres de supplices qui ont été usités en France serait aussi longue que hideuse.
Je me contenterai de rappeler quelquesuns des plus célèbres.
Fouet. — Le supplice du fouet est prodigué dans les lois des harbares. L'usage ordinaire était d'étendre le serf sur un chevalet, ou de l'attacher au pilori, pour lui administrer à jiu des coups de verge ou des coups de fouet. Le serf , qui volait un cochon, une brebis, une ruche ou une chèvre était puni , chez les Bourguignons, de trois cents coups de fouet ( loi Gombette, IV, 3 et 4). Celui qui travaillait le dimanche était fustigé , même lorsqu’il appartenait à un Jui/’ {loi des Wisigoths 9
XII, 3, 6). Le châtiment du pillard consistait en cent cinquante coups de fouet (loi Gombette, VIII , 1, 6). Le serf qui arrachait les cheveux à une femme recevait, suivant qu’elle était libre, affranchie ou serve, deux cents, cent ou soixantequinze coups de bâton (Ibid. , XXXIII, 2). Les serfs des églises ou des comtes qui refusaient les deniers de bon aloi étaient punis de soixante coups de fouet. Il serait facile de multiplier ces exemples qui prouvent combien était commune la peine de la flagellation. Le supplice du fouet ne devait pas, chez les f rancs, être infligé à un homme libre. Le continuateur de Frédégaire dit en parlant de Childéric II . qu’il fit battre de verges , contrairement aux lois ( contra leges ) , Bodillon , franc de naissance illustre.
Tonsure ou décalvation. — Une autre peine infamante très -usitée chez les barbares était celle de la tonsure ou décalvation. Le serf qui ravissait une femme libre était tondu et recevait trois cents coups de fouet ( loi des Wisigoths , III , 2, 8 ). Un serf qui se rendait coupable de meurtre par ordre de son maître subissait d abord la peine de la décalvation , puis celle de cent coups de fouet, s’il s’agissait du meurtre d’un serf, et de deux cents coups pour celui d’un homme libre ( Ibid., VI, 5, 12). Quelquefois on ne rasait au coupable que la moitié de la tête, par exemple, lorsqu’il donnait asile à un voleur mis hors la loi, et de plus, dans ce cas , on lui administrait cent vingt coups de fouet (Capit. 1. a 809, chap. n ).
, Amputation de la main droite.
L amputation de la main droite était infligée au serf qui altérait les monnaies chez les Wisigoths (loi des Wisigoths, VIII, 6, 2), et à celui qui cassait une dent a une personne libre chez les Bourguignons (loi Gombette , XXVI, 4). Le serf qui fabriquait des lettres de liberté ou de sauf-conduit pour un serf fugitif avait aussi la main coupée et recevait trois cents coups de fouet (tbid., VI, m. Celui (jui battait une temme libre, ou qui lui arrachait les cheveux , perdait la main ou payait six sous ( Capitulaires de Clovis ajoutés à la loi salique , X 1 , 3 , dans là collection de Pertz , LL, t. II, p. 5 ). La même peine était portée, d’après les capitulaires, contre celui qui s’était rendu coupable de parjure.
Incision de V oreille ou essorillement * yeux crevés ; langue percée , etc. — Grégoire de Tours ( livre V, chap. xlix) raconte que le serf Leudaste, qui devint dans la suite comte de Tours , ayant pris la fuite deux ou trois fois, subit l'incision d une oreille. C’était surtout aux serfs
qu’on infligeait le supplice de la mutilation des oreilles ou essorillement . Les Capitulaires punissaient le vol,ccrnmis avec circonstances aggravantes (latroci- 7iium) de la perte d’un œil ; pour la récidive, on coupait le nez au voleur. Les établissements de Saint- Louis ordonnaient de percer la langue des blasphémateurs avec un fer rouge , et de crever les yeux à ceux qui volaient dans les églises. Les faux monnayeurs devaient aussi avoir les yeux arrachés. Les romans de chevalerie, image fidèle des mœurs de cette époque, font souvent mention de mutilations de cette nature. Ainsi, dans le roman de Gérard de Roussillon , cité par Sainte-Palaye (v° supplice j , les chevaliers pris dans une guerre sont condamnés à avoir le nez coupé ou les yeux crevés ; des marchands ont les pieds et les poings coupés. 11 semble que ce dernier supplice étau réservé aux vilains, comme on le voit pour les paysans normands qui s’étaient révoltés contre leurs seigneurs, (voy. Paysans, p. 960 , 2e colonnej. Il est quelquefois lait mention d'hommes et de femmes emplumés. Richard Cœur de Lion, partant pour la terre sainte, en u89, fit un règlement pour le maintien de la discipline dans son armée 11 y est question de cet étrange supplice : « Si quelqu’un est convaincu de vol, on lui versera sur la tête de la poix bouillante , et on y secouera de la plume d'oreiller, afin qu'on puisse le reconnaître. Il sera ensuite abandonné sur la première terre où le vaisseau touchera. »
Marque. — La marque a été à toutes les époques une peine accessoire destinée à perpétuer le souvenir du crime et de la punition. On imprimait autrefois la marque sur le front ou sur une autre partie du visage. Cacher la marque fut un premier adoucissement. On lit dans le Coutumier général ( t. I, p. 1145):
* Si aucune personne est appréhendée par justice pour son forfait, on ne pourra, pour quelque cas ou crime que ce soit, lui faire ôter, couper ou autrement marquer les deux ou l’une des oreilles, ni pareillement lui faire aucun caractère ou marque en quelque partie que ce soit du visage, et ce sur peine de cinq cents livres d’amende contre les juges qui les auraient condamnés et qui auraient fait le contraire, et, s'il est trouvé par justice que le criminel se doive marquer , cela se fera en lieu caché, sur l’une aes épaules ou au milieu du dos, afin de n’ôter à celui qui se voudra corriger et amender l'espoir de ce faire. »
Supplices infamants . — Un des supplices infamants consistait à être traîné
sur
gur une charrette , attaché et tourné au pilori ( voy. Pu.ori). Au moyen âge , la charrette était regardée comme une voiture ignominieuse; elle servait de pilori pour le supplice des larrons et autres malfaiteurs. «En ce temps-là, dit un écrivain du moyen âge, cité par Sainte-Palaye (v> Charrette ) , était accoutumé que charrette était si vile que nul n’était dedans qui tout los et tout honneur n’eût perdu. Et quand l'on voulait à aucun tollir honneur, si le faisait-on monter en une charrette; car charrette servait en ce temps- là de pilori. » Le roman de Lancelot du Lac , cité par le même auteur, montre un chevalier dégradé, traîné dans une charrette à laquelle était attelé un cheval , dont ou avait coupé la queue et les oreilles; il était accompagné d’un nain , revêtu d’une chemise sale et déchirée, les mains liées derrière le dos, et son écu renversé. Son cheval de bataille suivait la charrette, et la populace lui jetait de la boue. C’est encore aujourd’hui l’usage de transporter le condamné à mort sur une charrette, de la prison au lieu du supplice .
D’après certaines coutumes, les femmes qui avaient dit des injures étaient condamnées à porter une ou deux pierres suspendues à leur cou à travers toute la ville ( Nouveau Coutumier général , t. II, p. 264). Ailleurs, on les dépouillait de leurs vêtements et ôn les plongeait dans l’eau.
L’usage de porter une selle sur le dos est souvent mentionné au moyen âge , au nombre des peines infamantes. Ainsi, dans la Chronique de Normandie , on voit le comte Hugues se présenter à la porte du château de Richard, duc de Normandie, la selle sur le cou, « Il se laissa choir, dit la chronique, aux pieds de Richard , ûls du duc , afin que Richard le chevauchât, s’il lui plaisait. » Cette souveraineté du seigneur sur le vassal coupable de quelque félonie, se marquait encore par d’autres signes. On voil dans le Journal d'un bourgeois de Paris sous Charles Vil , à l’année 1423 , que « des gentilshommes , amenés prisonniers à Paris, tenaient chacun en la main droite une épée nue, la pointe contre lapoitrine, en signe de gens qui s’étaient rendus à la volonté du prince. » Il a été question ailleurs de l’usage de couper la nappe devant un chevalier (voy. Nappe). Trancher les éperons sur du fumier était encore un supplice infamant mentionné dans les Établissements de saint Louis. D’après certaines coutumes, le mari qui selaissait battre par sa femme était contraint de chevaucher un âne, la tête tournée vers
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la queue (coutume de Senlis). Voy. du Cange, v° A sinus.
Peine de mort , décapitation, etc. — La peine de mort était prodiguée dans l’ancienne législation et souvent accompagnée de tortures atroces. On réservait pour les nobles, qui n’avaient pas commis de dérogeance, la décapitation , qui consistait à trancher la tête d’un coup d’épée ou d’un coup de hache. Les chroniques sont remplies de supplices de cette espèce:
je me bornerai à un exemple. Le Journal dfun bourgeois de Paris sous Charles VI et Charles VII raconte « que le premier jour de juillet 1413, le prévôt de Paris fut pris dans le palais, traîné sur une claie jusques à la Heaumerie, puis assis sur une charrette, une croix de bois en la main, vêtu d’une houppelande noire, fourrée de martre , une chausse blanche , et un escafion noir en ses pieds. En ce point mené aux halles de Paris; quand il vit qu’il convenait qu’il mourût, il s’agenouilla devant le bourreau, et baisa une petite image d’argent que le bourreau avait en sa poitrine, et lui pardonna sa mort moult doucement, et pria tous les seigneurs que son fait ne fût point crié, jusqu’à ce qu’il fût décollé , et on le lui octroya. Ainsi fut décollé Pierre des Essarts , et son corps mené au gibet et pendu au plus haut. »
Les vilains étaient pendus. Monstrelet cite comme un événement extraordinaire l’exemple d’une femme pendue en 1449 ; « Car oncques plus ne fut vu au royaume de France. » Elle fut pendue toute déche velée , en une longue robe ceinte dyune corde les deux jambes. Les anciennes coutumes ( Coutume de Beauvaisis , ch. xxx, et a ne- coutume d' Anjou , art. 23) attestent que les faux-monnayeurs étaient bouillis dans l’huile ou dans l’eau. Le supplice du feu était usité principalement pour les hérétiques et les sorciers. Entre autres exemples célèbres , on peut citer le supplice des templiers et cefcii de Jeanne d’Arc, brûlée vive comme hérétique relaps.
L’usage d'enterrer vivant fut emprunté aux Romains, qui faisaient ainsi périr les Vestales coupables d’adultère. Sauvai cite plusieurs exemples de ce supplice dans ses Antiquités de Paris. Un nommé Prévôt , natif de Paris, fut enterré vivant, par ordre de Philippe Auguste , pour avoir prêté un faux serment. En 1295, Marie de Romainville, soupçonnée de larcin, fut enterrée vivante h Auteuil, sous les fourches patibulaires, par sentence du bailli de Sainte -Geneviève. En 1302 , le même bailli condamna à cet horrible supplice Ameiotte de Christeuil -,
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pour avoir dérobé, entre autres choses , une cotte, deux anneaux et deux ceintures. Sous Louis XI, Perrette Mauger fut enterrée vivante comme larronnesse et receleuse. La coutume d’Agen ( Nouveau coutumier généra / , t. IV, p. 903) ordonviaitd’enterrer vif l’assassin au-dessous de celui qu’il avait tué. Les moines que l’on enfermait dans les prisons appelées in pace peuvent être assimilés aux condamnés que l’on enterrait vifs. Le supplice des oubliettes était du même genre. Borei, dans son Dictionnaire, au mot Oubliettes , en cite un exemple entre beaucoup d'autres : « En l’an 1344 , un maître des requêtes fut mis en l’échelle devant Notre-Dame , oîi on lui jetait des œufs et force boue, qu’on avait fait apporter exprès par tombereaux, en sorte qu’il en fut tellement couvert, qu’on ne le voyait point. 11 fut mis après en oubliettes chez un seigneur de Paris , oii il ne vécut que neuf semaines.» Les chroniques de Saint- Denis parlent, à l’année 1357 , des prisonniers condamnés aux oubliettes, au pain et à l’eau , que lit délivrer le roi de Navarre.
Il est quelquefois question de condamnés cousus dans des sacs et jetés à l’eau. Monstrelet raconte qu’ainsi périt, en la ville de Bar-sur-Aube , le bâtard de Bourbon. Un supplice beaucoup plus rare et qui suppose un raffinement de cruauté, consistait àétouffer le condamné sous une chappe de plomb . On lit dans Mathieu Paris que Jean sans Terre lit périr dans ce supplice un archidiacre qui l’avait offensé par quelques paroles imprudentes. Dante, qui a décrit ce supplice dans son Enfer, ne l’avait pas inventé.
Tenaillement. — Ce supplice consistait à tirer et déchirer la peau du patient avec des tenailles rougies au feu. On trouve un exemple de tenaillement dans le récit qu’a tracé Brantôme du supplice de Balthasar Gérard, meurtrier de Guillaume d’Orange (1584): « Le premier jour, il fut mené en la place oü il trouva une chaudière d’huile toute bouillante, en laquelle lui fut enfoncé le bras dont il avait fait le coup. Lelendemain, le bras lui fut coupé, lequel étant tombé à ses pieds, lui tout constamment le poussa du pied , du haut en bas de l’échafaud ; le troisième jour, il fut tenaillé, par devant , aux mamelles et devant du bras ; le quatrième , il fut de même tenaillé par derrière , aux bras et aux fesses ; et ainsi, consécutivement, fut cet homme martyrisé l’espace de dix-huit jours, et toujours retourné en la prison, endurant tous ces martyres très-constamment. Le plus grand qu’il endura , après relui d&la mort, c’est qu’il fut attaché tout
nu au milieu de la place, et tout h l’entoui de lui furent mises force charretées de charbon, auxquelles on mit le feu, etétant embrasé en flamme ardente, ce pauvre patient se vit rôtir là un tout long temps, et alors il s’écria et perdit patience, et fut ôté par amprès. Pour la fin , en dernier martyre, il fut roué et mailloté, dont il ne mourut point pourtant; car on ne lui avait donné que sur les bras et jambes pour le faire plus languir, et vécut encore plus de six heures, demandant un peu d’eau pour boire; mais on ne lui en osa donner. Enfin, le lieutenant criminel fut prié de le faire parachever et étrangler, afin que son âme ne se désespérât pas , et ne se perdît. Le bourreau vint donc, et ainsi qu’il fut près de lui , il lui demanda comment il se portait , Gérard lui répondit : Comme tu m’as laissé . Mais, le bourreau ayant tiré la corde pour lui mettre au cou, il se releva , et, comme ayant appréhension de la mort qu’il n’avait eue encore, il dit au bourreau: Ha! laisse-moi ; me veut-on encore martyriser ? laisse-mot mourir ainsi. Et, ayant été étranglé, il finit ainsi sa vie. Voilà de terribles tourments. Le gentilhomme qui vit tout cela, me l’a ainsi conté. » Quelquefois on ajoutait à tous ces raffinements de cruauté, en versant du plomb fondu dans la bouche et dans les plaies de la victime.
Ecartèlement . — Un des plus affreux supplices était V écart élément . On attachait le patient par les pieds et les mains à quatre chevaux vigoureux qui tiraient en sens contraire jusqu’à ce que les membres fussent séparés du tronc. Ce supplice était ordinairement réservé à ceux qui s’étaient rendus coupables du crime de lèse-majesté. Cependant l’assassin de François de Guise fut écartelé, en 1563. Damien , qui avaittenté d’assassiner Louis XV, en 1757, est le dernier régicide qui ait été écartelé. Ces supplices étaient déjà usités dans l’antiquité, et au moyen âge. Les poëmes des xn® et xni° siècles qui peignent les mœurs du temps en font mention. Ainsi, dans le poème d’Alexandre (manuscrit cité par Sain te- Balaye, v° Supplices') , un des meurtriers d'Alexandre est brûlé vif au bout d’une perche , un autre est bouilli dans une chaudière pleine d’eau, un autre tiré à quatre chevaux , et ses membres attachés aux fourches patibulaires. Traîner un condamné à la queue d’un cheval était encore un supplice en usage au moyen âge. Ce fut ainsi que périt Brunehaut. Le roman de Lancelot du lac , cité par Sainte-Palaye (v° Supplices ) fait aussi mention de e** supplice. En 1314, Philippe le Bel fit écorcher vifs les amants de ses belles filles
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Ce supplice , commun dans l’antiquité, a été rarement employé au moyen âge et dans les temps modernes. 11 était d'usage, quand on punissait un meurtrier, de suspendre sur sa tête l’instrument qui avait servi à Faccomplissement de son crime. Le supplice de Y empalement ne fut appliqué en France qu’à l’époque de Frédégonde. Elle le fit subir à une jeune fille remarquable par sa noblesse et sa beauté (scissæ sudi impositam de- )•
Roue. — Il a été question ailleurs du supplice de la roue introduit en France à* l'époque de François Ier ( voy. Roue ). On pourrait à la rigueur trouver un premier exemple dans Grégoire de Tours, qui dit dans son troisième livre « d’autres furent étendus sur l’ornière des routes, et des pieux étant fixés en terre, on fit passer dessus des voitures chargées, et on brisa ainsi sous les roues les os de ces malheureux, qui furent ensuite donnés en pâture aux oiseaux et aux chiens.» Suger raconte aussi , dans la vie de Louis le Gros, que Bouchard, un des assassins de Charles le Bon , comte de Flandre , « fut lié sur une roue élevée , ou il resta exposé à la voracité des corbeaux et des oiseaux de proie; ses yeux furent arrachés de leurs orbites ; on lui mit toute la figure en lambeaux; puis, percé d’un millier de flèches, de dards et de javelots qu’on lui lançait d’en bas , il périt de la manière la plus misérable. » Mais ce fut seulement au xvi® siècle que le supplice de la roue devint habituel. A la même époque , on multiplia les tortures. Rabelais en donne une énumération à la fois atroce et burlesque, lorsqu’il fait dire à un de ses personnages : Brûlez , tenaillez , cisaillez , noyez , endez, empalez, espaultrez , démemrez , excuterez (enlevez la peau) , crucifiez, bouillez, escarbouillez (écrasez^, découpez , fricassez , grillez , tronçonnez , écartelez , dehinquandez , carbonadez ces méchants hérétiques. »
Lapidation . — La lapidation a été usitée dans les premiers temps de Tbistoire de France. Un Gallo-Romain, nommé Parthenius. ministre du roi Théodebert Ier, avait tente de soumettre les Francs à l’impôt ; ils le poursuivirent après la mort de Théodebert . l’arrachèrent de l’église de Trêves où il s'était réfugié , l’attachèrent à une colonne et le lapidèrent. Ce fait n’est qu’un exemple de vengeance populaire et ne prouverait pas que le supplice de la lapidation ait été en usage ; mais Grégoire de Tours raconte au’en 1570 Sigebert roi d'Austrasie , fît lapider quelques séditieux en tête de son armée.
Estrapade . — L 'estrapade consistait à
hisser le condamné, les mains liées, au haut d’une longue pièce de bois et à le laisser retomber de manière que le poids du ^rps disloquât ses membres. Une des places de Paris, théâtre ordinaire de ce supplice, porte encore le nom de place de Y Estrapade.
9 Cale • — Le supplice de la cale était spécialement réservé aux matelots. On les hissait au haut de la vergue du grand mât et on les précipitait dans la mer une ou plusieurs fois, selon la nature de la faute qu’ils avaient commise. Quelquefois on leur attachait aux pieds un boulet de canon pour rendre la chute plus rapide et le supplice plus cruel. La cale sèche était une espèce d’estrapade. Le patient était attaché à une corde racourcie qui ne descendait qu’à cinq ou six pieds de la surface de la mer ou de la terre. On annonçait ce supplice par un coup de canon. A Marseille et à Toulouse, on soumettait à la cale les gens de mauvaise vie et les blasphémateurs. Dans la première de ces villes , on les enfermait nus dans une cage de fer amarrée à la vergue d’un navire, et on les plongeait plusieurs fois dans la mer.
Condamnés sauvés par des femmes qui les épousent . — Au moyen âge , un condamné à mort pouvait être sauvé par une femme qui consentait à l’épouser. Le Jour?ial dfun bourgeois de Paris sous Charles VI et Charles VII raconte le fait suivant : « Le 10 janvier 1430, on mena onze hommes ès halles de Paris , et on coupa les têtes à dix. Le onzième était un très-bel jeune fils d’environ vingtquatre ans; il fut dépouillé et prêt pour bander les yeux, quand une jeune fille , née des halles , le vint hardiment demander, et tant fit par son bon pourchas qu’il fut ramené au Châtelet , et depuis furent épousés ensemble. » Cette coutume est souvent rappelée dans les contes populaires. Henri Estienne en cite un qu’il dit être très-commun ; il y est question d’un Picard , « auquel étant déjà à l'échelle on amena une pauvre fille qui s’était mal gouvernée , en lui promettant qu’on lui sauverait la vie, s’il voulait promettre, sur sa foi et la damnation de son âme , qu’il la prendrait à femme ; mais , entre autres choses , l’ayant voulu aller voir, quand il s’aperçut qu’elle était boi* teuse, il se tourna vers le bourreau, et lui dit : Attaque , attaque , aile clocque. »
Confesseur accordé aux condamnés. — On attribue ordinairement à Charles VI l’usage de donner un confesseur aux condamnés. Cependant on voit, dans la Vie de saint Louis par Guillaume de Nangis , que Charles d’Anjou, après avoir vaincu
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Conradin , fit donner des confesseurs à ceux qu’il envoyait au supplice. Ce n était probablement là qu’une exception ; car on lit dans V Histoire de Charles VI par un moine de Suint-Denis, à l’année 1396, que jusqu'alors on avait refusé en France des confesseurs aux condamnés à mort, et que ce fut à cette époque pour la première fois qu’on leur en accorda, à la prière de pierre de Craon. Il lit dresser, ajoute le moine chroniqueur, auprès du gibet de Paris une croix do pierre avec Pi mage du Christ, où étaient ses armes et où les criminels s’arrêtaient pour se confesser. Il lit une donation aux Cordeliers de Paris pour les obliger à se charger à perpétuité de cette œuvre de miséricorde. Ce furent, en effet, les Cordeliers qui assistèrent d’abord les patients; ensuite les docteurs en théologie de la maison de Sorbonne remplirent cette pénible mission.
Autrefois , afin de donner plus de publicité aux supplices , on choisissait les dimanches et jours de fêtes. L’exécuiion avait lieu avec la plus grande solennité sur la place publique la plus fréquentée. Le condamné y était traîné sur une charrette et quelquefois sur une claie. On répétait des prières pour lui , et on chantait le Salve Regina au moment de Vexé cution. Cette dernière coutume existait encore au xvme siècle , comme le prouve le passage suivant de Barbier ( Journal , t. 11, p. 206-209), où il raconte l’exécution d’un gentilhomme nommé Mauriat, à la date du 15 décembre 1738 : « L’exécution a été faite à six heures du soir, aux flambeaux. Mauriat a été conduit dans Ja charrette avec un bonnet de nuit sur la tête. Il y avait six douzaines de flambeaux. La tête a été tranchée du premier coup. Le coup a été donné par le bourreau , comme le Salve commençait , ce qui a été fait apparemment par ordre, pour cacher le moment du coup au condamné. »
Dans un grand nombre de villes, les instruments de supplice , potence, chevalets , roue, restaient en permanence sur une des principales places de la ville. On croyait par cet appareil effrayer le crime. C’était dans le même but "qu’on laissait exposés les corps ou du moins les têtes des suppliciés. Théodore Agrippa d'Aubigné raconte qu’il vit ainsi suspendues au gibet les têtes des protestants décapités à Amboise. Quelquefois on coupait le corps en quartiers qu’on exposait dans différentes villes, afin que la terreur inspirée par le supplice détournât du crime un plus grand nombre de personnes. On finit cependant par reconnaître que l’atrocité des supplices n’attei-
gnait pas le but qu’on s’était proposé. Dès le xvie siècle, Montaigne se plaignait des raffinements de cruauté ( Essais , livre 11): u Tout ce qui est au delà de la mort simple , disait-il , me semble pure cruauté, et notamment à nous qui devrions avoir respect d’envoyer les âmes en bon état ; ce qui ne se peut, les ayant agitées et désespérées par tourments insupportables. » Les philosophes du xvme siècle élevèrent aussi la voix en faveur de l’humanité. Montesquieu montra dans plusieurs chapitres de VEsprit des Lois que l’atrocité des supplices ne diminuait pas le nombre des crimes. On chercha dans )a suite le moyen de délivrer la so ciété des criminels sans les torturer, et on adopta la guillotine.
Guillotine. — Cet instrument de supplice n’a été adopté en France qu'en 1789, et a tiré son nom du docteur Guillotin qui le proposa à l’Assemblée nationale; mais il y avait longtemps que la guillotine était connue en Italie sous le nom de mannaia. Jean d’Auton, historiographe de Louis XII en parle à l’année 1507. liaeontant le supplice d’un des chefs delà sédition de Gênes, il s’exprime ainsi:
« Monté sur l’échafaud de lui-même, il se mit à genoux et étendit le col. Le bourreau prit une corde à laquelle tenait attaché un gros bloc, avec une doulouere (couteau ) tranchante, hantée dedans , venant d’amont entre deux poteaux, et tira ladite corde en manière que le bloc tranchant à ce Génois tomba entre la tête et les épaules. La tête s’en alla d'un côté, et le corps tomba de l’autre. » Le père Labat , qui visita l’Italie au commencement du xvni® siècle , décrit avec soin cet instrument de supplice qu’il appelle mannaye.
« C’est, dit-il, un châssis de quatre à cinq pieds de hauteur, d’environ quinze pouces de largeur dans œuvre ; il est composé de deux montants d’environ trois pouces en carré , avec des rainures en dedans , pour donner passage à une coulisse dont nous dirons l’usage ci-après.
Les deux montants sont joints l’un à l’autre par trois traverses à tenons et à mortaises, une à chaque extrémité, et une environ à quinze pouces au-dessus de celle qui ferme le châssis. C’est sur cette traverse que le patient, à genoux , pose son cou. Au-dessus de cette traverse est la traverse mobile , en coulisse , qui &e meut dans les rainures des montants. Sa partie inférieure est garnie d’un large couperet, de neuf à dix pouces de longueur, et de six pouces de largeur, bien tranchant et bien aiguisé. La partie supérieure est chargée d'un poids de plomb, de soixante à quatre-vingts livres, forte-
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ment attaché à la traverse ; on lève cette traverse meurtrière jusqu’à, un pouce ou deux près de la traverse d'en haut , à laquelle on l’attache avec une petite corde; 1’exècuteur ne l’ait que couper cette petite corde, et la coulisse, tombant à plomb sur le cou du patient, le lui coupe net, et sans danger de manquer son coup. J’ai oui dire qu’on se sert quelquefois, en Angleterre, de cet instrument, pourvu que les patients en veuillent faire la dépense, » Ce genre de supplice était réservé pour les classes aristocratiques, comme le prouve ce qu’ajoute le père Labat : « Ce supplice est pour les gentilshommes et pour tous ceux qui jouissent des privilèges delà noblesse, comme sont tous les ecclésiastiques , séculiers ou réguliers.» Aujourd’hui, en France, tous les condamnés à mort subissent le supplice de la guillotine , à l’exception des militaires, qui sont fusillés. Jusqu’en 1832 les parricides avaient d’abord le poing coupé et étaient conduits au lieu du dernier supplice à pied et la tête couverte d’un voile noir.
SUPPLICE EN EFFIGIE. — Les condamnés contumaces étaient, d’après les anciennes lois , exécutés en effigie , c’està-dire que l’on suspendait à une potence ou qu’on livrait aux flammes un mannequin qui les représentait. L’ordonnance de 1670 distinguait trois manières d’exécuter les jugements par contumace , selon la nature des peines prononcées* Les condamnations à mort devaient seules être exécutées en effigie . Les condamnations aux galères , amende honorable , bannissement perpétuel , flétrissure, fouet, étaient seulement écrites sur un tableau sans aucune effigie . Pour les autres condamnations par contumace, on se bornait à les signifier au domicile du condamné, s’il en avait un dans le lieu oh la sentence avait été prononcée, sinon à la porte du tribunal.
SUPPLÉANT. — Celui qui remplace un titulaire en son absence et remplit ses fonctions. Chaque juge de paix a deux suppléants. Il y a aussi des juges suppléants dans les tribunaux de première instance, et des professeurs suppléants dans les facultés.
SUPPOTS DE L’UNIVERSITÉ. — On appelait autrefois suppôts de V Université tous ceux qui étaient membres de ce corps ou qui remplissaient certaines fonctions .pour son service. Les imprimeurs , libraires et parcheminiers , qui dépendaient de l’Université, étaient désignés sous le nom de suppôts de V Université. Voy. Université.
SURANNATION (Lettres de). — Terme de chancellerie ; il s’appliquait aux lettres que l’on obtenait du souverain pour rendre force et validité à des titres dont on ne s’était pas servi pendant un an et qui , par conséquent étaient surannés et hors d’usage.
SURCENS. — Le surcens (accroissement de cens) était une seconde rente qui était due tantôt au seigneur d’une terre, tantôt à un étranger. Elle était imposée ou pour l’abolition de quelque service pénible ou pour la concession d’un privilège.
SURCOT. — Partie de l’habillement qui se mettait sur la cotte ou robe. Le surcot était quelquefois une tunique sans manches ou dont les manches ne dépassaient pas le coude.
SURINTENDANT. — Le surintendant , ou, comme on disait autrefois , le superintendant des finances était le ministre préposé à l’administration financière. Il n’avait pas le maniement des deniers pu blics; il se bornait à donner aux trésoriers de l’épargne les ordres de payement et les assignait sur des fonds spéciaux , comme les gabelles , les tailles et les aides. Les intendants et contrôleurs des finances secondaient le surintendant d ans ce travail. Les trésoriers de l’épargne, qui avaient reçu les fonds provenant des impôts, payaient sur les ordres du surin tendant ; ils devaient garder ses ordonnances de payement pour leur décharge et les produire à la chambre des comptes. Leurs registres , lorsqu’ils étaient régulièrement tenus, servaient à établir le bilan des recettes et des dépenses. L’office de surintendant ne fut régulièrement établi qu'au xvie siècle. En 1518, François Ier établit deux intendants des finances, et, au-dessus d’eux, un surintendant ; en même temps il créa des contrôleurs pour vérifier leurs comptes. Jacques de Beaune, baron de Semblançay, fut nommé vers cette époque, surintendant des finances. Il fut pendu, en 1527 , pour avoir livré à la reine mère , Louise de Savoie , les somme? qui étaient destinées à l’armée d’Italie. On cite encore, parmi les surintendants du xvi® siècle, Claude d’Annebaut, nommé surintendant en 1546; le cardinal de Lorraine en 1559 ; Arthur de Cossé-Brissac, seigneur de Gonnor, en 1567 ; mais ce fut seulement lorsque Henri IV eut triomphé de la Ligue, que les surintendants des finances furent chargés régulièrement de l’ administration financière. Je trouve , dans les Mémoires inédits d'André d’Ormesson , une liste
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complète des surintendants qui ont administré les finances depuis la fin du xvi° siècie , jusqu’en 1661, époque où Louis XIV supprima la charge de surintendant après la disgrâce de Fouquet.
Voici ce morceau qui n’est pas sans intérêt pour l’histoire financière delà France:
« Quand le roi Henri IV entra dans Paris, au mois de mars 1594 , il fit messire François d’O , seigneur de Fresnes, gouverneur de Paris et surintendant des finances. Messire Nicolas de Harlay, seigneur de Sancy , lui succéda en cette charge, et, ayant parlé trop librement du roi sur son mariage avec la duchesse de JBeaufort, il fut disgracié , et fut mis en sa place, en l’année J 598 , messire Maximilien de Béthune , marquis de Kosny , qui étant fort rude et fort ménager , paya les dettes du roi. tant envers les étrangers que les Français, remplit son arsenal de canons et d’armes pour armer cinquante mille hommes, et la Bastille , dont il était gouverneur, de quantité d’or et d’argent. Il fut aussi grand maître d'artillerie , et duc de Sully , et, ayant gouverné les finances avec un pouvoir absolu , le roi Henri IV décédé en mai 1610, il fut disgracié en 1611, par messieurs de Sillery , chancelier, Villeroy, secrétaire d’État, et le président Jeannin, qui ne le pouvaient souffrir, à cause de sa rudesse et paroles insolentes.
«En la place du duc de Sully, au lieu de surintendant , fut composée une direction de finances de sept personnes , messires de Chàteauneuf, président de Thou, président de Jeannin, Maupeou , Arnault, Bullion et Villemontée. Cette direction ^apportait, tous les samedis, ce qu’elle avait fait pendant la semaine , devant M. le chancelier de Sillery; toutes les dépenses y étaient arrêtées. M. Dole y fut ajouté par le maréchal d’Ancre, en l’année 1612. Cet ordre dura jusqu’au mois de mai 1616, que le président Jeannin, lequel avait toujours été contrôleur général depuis rétablissement de la direction , fut fait surintendant des finances , et son gendre, M. de Castille , intendant. Pierre Jeannin, autrefois président de Bourgogne, étant devenu surintendant , bailla son contrôle général à Claude Barbin , favori et confident du maréchal d’Ancre , lequel Barbin usurpa toute l’autorité dans les finances et les affaires d’État, et demeura ainsi jusques au 14 mai 1617, que le maréchal d’Anere fut tué sur le pont du Louvre. Auquel jour, Barbin fut arrêté prisonnier et mis oans la Bastille. Le président Jeannin reprit la surintendance des faiances et fit son gendre , M. de Castille, intendant et contrôleur général*
« Le comte de Schomberg fut fait surintendant des finances au mois de septembre 1619, et y demeura jusques au mois de janvier 1623, qu'il fut disgracié et renvoyé en sa maison. Messire Charles, marquis de La Vieuville, fut mis en sa place ; il était fort entendu aux finances, et trèspuissant dans l’esprit du roi, et, étant encore fort jeune, il faisait très-bien sa charge. Il avait été capitaine des gardes et lieutenant du roi en Champagne et gouverneur de la ville de Ruinas. 11 demeura en grande autorité depuis janvier 1623, jusques en l’an 1624, que M. le cardinal de Richelieu fut fait chef du conseil , lequel ayant pris le dessus, le fit disgracier à Saint-Germain en Laye, au mois d’août 1624 ; il fut envoyé prisonnier dans le château d’Amboise, dont il se sauva au mois d’août 1625.
« Messire Jean Boschart , seigneur de Champion y, et messire Michel de Marillac furent faits surintendants des finances ensemble, audit mois d’août 1624 , et demeurèrent ensemble jusqu’au commencement de l’année 1626, que ledit sieur de Champigny fut mis au conseil des dépêches. Messire Michel de Marillac demeura seul surintendant jusqu’au mois de juin de l’année 1626 , qu’il fut fait garde des sceaux de France, par la disgrâce de M. le chancelier d’Aligre, renvoyé dans sa maison de Rivière, près de Chartres. Audit sieur de La Rivière succéda messire Antoine Ruzé, seigneur d’Effiat, qui fut fait quelque temps après maréchal de France, et mourut en Allemagne, commandant l’armée du roi. Audit seigneur d’Effiat, succédèrent MM. de Bullion et Bouthilier. M. de Bullion étant mort, au mois de décembre 164 1, M. Bouthilier demeura seul. M. Bouthilier ayant été disgracié le 10 du mois de juin 1643, succédèrent le président de Bailleul et Claude de Mesmes, comte d’Avaux, qui avait été employé aux ambassades. M. d’Avaux ayant été disgracié et le président de Bailleul ayant donné sa démission, Michel Particelli, sieur d’Emery, auparavant contrôleur général, fut fait seul surintendant des finarices (1647); par après le maréchal de La Meilleraye, avec MM. d’Aligre et Morangis, directeurs; puis, M. d’Emery fut rétabli avec M. d’Avaux. M. d'Emery mort (1650) , M. le président de Maisons fait surintendant en sa place , M. d’Avaux remit la surintendance volontairement. M. de Maisons fut disgracié le 8 septembre 1651, et le marquis de La Vieuville rétabli le même jour, vingt-sept ans après sa disgrâce. Le maruis de Lavieuville, étant décédé le venredi second jour de janvier 1653, messieurs Fouquet et Servien furent faits
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surintendants des finances, le samedi 8 février 1653, etM. Menardeau-Chompré, troisième directeur, avec MM. d’Aligre et Morangis. M. Fouquet fut arrêté à Nantes et mis prisonnier dans le bois de Vincennes, au mois de septembre 1661.
M. Colbert, intendant, a succédé à son pouvoir dans les finances et les gouverne encore en ce mois de mai 1663. » La dignité de surintendant , supprimée en 1661 , n’a jamais été rétablie. Les surintendants furent remplacés par les contrôleurs généraux. Voy. Contrôleur généual.