‹ Dictionnaire historique des institutionsChapitre 189 sur 224 · SU P · texte numérisé non relu

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dans les campagnes reculées où elles se transmettent de génération en génération . Les fées appartiennent à toutes les provinces. Que leur nom vienne du latin fata (destinées) , de fatua , surnom donné aux dernières prêtresses druidiques, du kv torique fait h (mystères), du bas-breton fad (bon , peu importe. Ce sont partout des génies , bons ou mauvais , qui urésident à tous les actes delà vie, douent l'enfant d'heureuses qualités ou lui jettent un mauvais sort, se mêlent à la tempête, aux neiges de l'hiver , à la brume des marais, dansent à la clarté de la lune et volent sur les nuages. Partout on montre aux voyageurs la grotte des fées , la pierre des fees. V arbre des fées . Qui a soulevé ces pierres colossales qui couvrent la Bretagne, dolmens, menhirs, peulvans, cromlechs ? Ce sont les fees qui . tout en lilam, ont apporté dans leurs tabliers les blocs gigantesques de Karnac et de Locmariaker. Elles habitent les ruines, et encore de nos jours la fée Mélusine , moitié femme, moitié serpent, fait retentir de ses gémissements les ruines du château de Lusignan. Les ondines de la Moselle sont des fées malicieuses qui attirent les voyageurs au bord des rivières et les y précipitent. Les torigans ou korigans de la Bretagne sont des nains difformes qui habitent sous des pierres druidiques; ils enlacent de leurs danses le voyageur qui se hasarde la nuit sur les landes de Bretagne. Les hunrds le poursuivent de leurs cris ; les hellequins ou her lequins ti oublent de leurs chasses fantastiques les forêts du Jura et de la Franche-Comté. Le drac du Languedoc ou de la Provence s'attache aux enfants et s'efforce de les égarer. Le follet attire le paysan dans les marais et les fondrières, où il danse la nuit ; c'est le fadet du Berry et de La Marche. Ailleurs, la féey le lutin ont un rôle moins redoutable. Le sotret de Lorraine frise les cheveux des jeunes paysannes. Les solèves des hautes et basses Alpes sont des esprits des montagnes, qui travaillent au jardin. Le gobelin de Normandie balaye la maison et fait le ménage. Ainsi, l'imagination populaire a peuplé d'êtres fantastiques les airs, les forêts , tous les lieux pleins de mystères et souvent même le foyer domestique; elle leur a attribué une puissance de bien et de mal. Dans les longues veillées d'hiver , la grand'mère redit à ses petits-enfants la légende merveilleuse qui a résisté à toutes les crises sociales et qui remonte peut-être jusqu'aux temps druidiques. La croyance aux sorcières qui, sur un manche à balai, vont au sabbat et y adorent le bouc, n'est pas

moins invétérée. I- es sorciers et les sor* cières sont encore la terreur des campagnes. Le loup-garou ou homme-loup rôde la nuit et ne disparaît qu’aux premiers rayons du jour. Ailleurs, on montre des meneurs de loups; ce sont des sorciers qui ont fait un pacte avec les loups, les avertissent des battues dirigées contre eux, et conduisent pendant les nuits cet étrange troupeau. Le meneur de loups est souvent un idiot, un mendiant ou un fossoyeur.

Agobard, archevêque de Lyon au ïx* siècle , raconte que, de son temps, le peuple croyait à l'existence dans les nuages d'une contrée nommée Magonie , où arrivaient des navires apportant les fruits que la grêle et les tempêtes abattaient sur la terre. Les habitants de ce pays étaient appelés tempestaires ( tempes tarit) , et achetaient les fruits aux hommes montés sur ces navires merveilleux. « J'ai vu , dit Agobard , des hommes tellement aveuglés par la sottise, qu'ils amenèrent un jour devant moi , comme tombés de ces navires , trois hommes et une femme ; on les avait retenus plusieurs jours en prison , et on les conduisit en ma presence comme méritant d’être lapidés. » Agobard ne parvint qu’avec peine à les soustraire au sort qui les menaçait.

2° Pratiques superstitieuses.— Les pratiques superstitieuses consistent en formules et opérations mystérieuses qui ont pour objet, tantôt de pénétrer l'avenir, tantôt de guérir des maladies ou d'en causer en jetant des sorts. Voilà ce que promettent les astrologues , les magiciens, les nécromanciens, les sorciers, etc. Voilà la cause de leur puissance à toutes les époques. Ils flattent les passions humaines ; ils s'adressent à l'amour, à la haine, à la cupidité , à la curiosité déréglée , à la crainte, à la teneur; ils leur promettent une satisfaction qu’elles n'espèrent pas du cours naturel des événemems , et en même temps elles éveillent ce besoin de mystérieux qui se trouve dans toutes les âmes et surtout dans les âmes faibles. Nous ne pourrons que glisser rapidement sur les diverses pratiques inventées par la superstition.

Abracaaabra. — Parmi les superstitions étranges du moyen âge on doit compter celle qui attribuait une puissance magique à certaines amulettes que l’on portait sur soi, quelquefois même à certains mots , et, entre autres, au mot Abracadabra , qui guérissait plusieurs maladies, et, spécialement , la lièvre double-tierce. Mais il fallait que les lettres fussent disposées en triangle dans l'ordre suivant *•

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