‹ Dictionnaire historique des institutionsChapitre 26 sur 224 · JU · texte numérisé non relu

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sonne dans tout le royaume ne pourra retenir le juif d'un autre seigneur , et partout où un seigneur trouvera son jui f ( judæum suum ), il aura le droit de le reprendre comme son esclave ( tanquan proprium servum ), quelque long séjou?

que ce juif ait fait sur les terres d'un autre seigneur. » Un arrêt de la Pentecôte 128S prouve que les juifs ne pouvaient, sans le consentement du seigneur, demeurer dans ses domaines. Ils étaient si bien assimilés aux serfs quo l’empereur Frédéric II , dans une charte de l’année 1237, s'exprime ainsi : « L’autorité impériale a , depuis les temps les plus anciens , inflige aux juifs une servitude perpétuelle pour perpétuer la vengeance du crime qu'ils ont commis. » il existaitmêmeunecoutume bien étrange à une époque oîi les croyances étaient si ardentes. Lorsqu’un juif voulait se convertir au christianisme, il devait faire abandon de tous ses biens et se condamner en quelque sorte à la mendicité. Cette coutume ne fut formellement abolie qu’en 1363 (25 avril), comme le prouve un texte cité dans les suppléments du glossaire do du Cange (v° Judœi ). Les domaines des juifs , comme ceux des aubains et des bâtards appartinrent au roi , lorsqu’il so fut emparé de la plupart des droits féodaux.

Les ordonnances de saint Louis traitent les juifs avec une grande sévérité. Aucun débiteur ne pouvait être emprisonné ni exproprié pour dettes contractées envers un juif; les juifs ne devaient recevoir des gages qu’en présence de gens dignes de foi , sous peine de voir leurs biens confisqués ( Ordonn . des rois de Fr ., t. I , p. 53 et 54). Dans la suite, saint Louis ordonna de saisir les biens des juifs et de vendre leurs maisons et autres immeubles pour indemniser ceux qui avaient été victimes de leurs usures.

Les juifs étaient médecins, en même temps qu’usuriers. Plusieurs conciles du xiii® siècle, et entre autres un concile tenu à Béziers, en 1246 ; et un concile d’Alby en 1255 défendirent aux chrétiens de se servir de médecins juifs.

Philippe le Bel protégea et persécuta tour à tour les juifs, et il faut surtout voir dans les ordonnances qu’il rendit à leur égard des mesures fiscales. En 1291, il confisqua leurs biens et les chassa; mais ils achetèrent presque immédiatement leur retour. On pourrait s’étonner de voir les juifs , dont les biens étaient si souvent confisqués, assez riches pour acheter encore la permission de rentrer en France; mais il ne faut pas oublier

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qu'ils avaient peu d’immeubles et qu'ils avaient toujours une partie de leur fortune mobilière à l'étranger. Ils avaient inventé dès le xue siècle des lettres de change pour se mettre à l’abri des proscriptions, dont ils étaient perpétuellement menacés. En 1306, les juifs furent de nouveau chassés et leurs biens confisqués Une troisième expulsion des juifs eut lieu en 1 3 1 1. Tendant tout le xiv« siècle , on voit les juifs tantôt rappelés et protégés, tantôt chassés et frappés de confiscation. Enfin le il septembre 1394 fut rendue l’ordonnance qui bannit definitivement les juifs de la France. Ils se retirèrent en grand nombre dans les provinces voisines, telles que la Lorraine, l’Alsace et la Provence, qui n’étaient pas encore réunies aux domaines de la couronne.

Au xvi* siècle, des juifs espagnols et portugais vinrent s’établir dans le midi de la France. Les rois de France les tolérèrent et Henri II rendit même en leur faveur nn édit (août 1550) qui les plaçait sous sa protection, comme gens en bonne dévotion de s'employer pour le service du royaume , qu'ils veulent aider de leurs biens , manufacture et industrie . L’édit de Henri II enregistré au parlement de Paris le 22 décembre 1550 fut confirmé par Henri III (n novembre 1 574 ). Cependant on voit par un écrivain de cette époque, Eetienne Pasqviier, que des hommes , même éclairés , n'approuvaient pas cette dérogation aux anciennes lois.

« Quant à la demeure des juifs en France, dî t— il dans ses lettres, elle ne peut être tolérée, en ayant été chassés comme ennemis capitaux de notre christianisme , rudes usuriers eten outre soupçonnés d'avoir empoisonné tous les puils. Au moins, si l’on veut souffrir leur demeure en ce royaume, il est à propos que, pendant leur séjour, ils portent une rouelle ou platine d'etain sur l'épaule, de la largeur du sceau du roi , afin qu’ils soient reconnus d’avec les chrétiens, ainsi qu'il a été autrefois ordonné. Mais il sera toujours meilleur de bannir ce peuple maudit. » Il y eut des émeutes contre les juifs nouvellement établis , et il fallut que par une seconde ordonnance Henri 111 confirmât leurs privilèges ; il y parle des haineux et enviateurs desdits Espagnols et Portugais et des calomnies et faux crimes qu'ils leur imputaient.

S IL Etat des juifs depuis 1789 jusqu’à nos jours ; culte israélite. — Jusqu’en 1789 les juifs ne furent que tolérés. La liberté des cultes proclamée par la constitution de 1791 leur permit de vivre , comme tous les Fi ançais, sous la protec-

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