NEVEU A LA MODE DE BRETAGNE
— Fils d'un cousin germain ou d’une cousine germaine; cette expression vient de ce qu’en Bretagne les cousins germains étaient appelés oncles par les fils de leurs cousins germains.
NICOTIANE. — On a donné autrefois le nom de nicotiane au tabac, parce que cette plante fut introduite en France, vers 1560 , par Nicot, qui était alors ambassadeur de France en Portugal. Voy. Tabac.
NIELLE. — Composition métallique, noirâtre , fusible , qui, à l’aide d’un mordant , se fixe sur les creux gravés dans
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une planche de métal et y produit des lignes noires. On appelait aussi nielles des estampes imprimées sur une planche gravée pour recevoir cette composition.
On s’exerça beaucoup dans cet art au moyen âge , et les nielles de cette époque sont fort recherchés.
NÎEULLES. — Espèce de pâtisserie légère en usage au moyen âge. On en jetait au peuple dans certaines cérémonies religieuses ; ainsi à la fête de la Pentecôte, lorsqu’on entonnait le Veni Creator pour la messe , des gens placés à la voûte de l’église faisaient descendre sur le peuple des étoupes enflammées, et jetaient en même temps des nieulles .
NIGRO - MANCIE. — On appelle ainsi l’art de connaître les choses cachées dans la terre, comme les mines, métaux, sources, etc. Quelques personnes ont la prétention de les deviner, de ce nombre sont les chercheurs de sources. On peut consulter dans le Journal des Savants (1853-1854) une série d’articles de M. Chevreul sur les superstitions de cette nature , publiés sous le titre à? Examen d’écrits concernant la baguette divinatoire, etc.
NIMBE. — Auréole ou cercle lumineux qui entoure la tête du Christ, de la Vierge et des saints. Cet ornement a été emprunté aux artistes païens qui l’appliquaient à leurs dieux. Le nimbe était aussi quelquefois attribué aux souverains. Clovis et ses quatre fils, dont on voit les statues au portail de Saint-Germain des Prés, ont la tète entourée d’un nimbe .
NIVOSE. — Quatrième mois de l’année républicaine. Il commençait le ai décembre et finissait le 19 janvier. Il tirait son nom de la neige {a nivé) qui tombe ordinairement à cette époque.
NOBLE-HENRI. — Monnaie d’or d’Angleterre ; il y a eu des nobles-henris frappés en France de 1420 à 1436 , à l’époque où les Anglais étaient maîtres d’une grande partie du royaume.
NOBLË-HOMME. — Titre que les nobles prenaient ordinairement dans les actes.
Les anciens statuts des merciers donnaient le titre de noble-homme à chacun des membres de cette corporation , parce qu’ils ne se livraient pas , comme les artisans, à un travail manuel.
NOBLE A LA ROSE. — Monnaie d’or d’Angleterre , qui eut cours en France de 1420 à 1436; on fabriqua même des nobles à la rose dans les hôtels de& monnaies de France pendant cette période.
NOBLES r NOBLESSE. — Il faut distinguer plusieurs âges dans l’histoire de la noblesse ou aristocratie française. Dans les premiers temps, elle se composa de Pélite des conquérants qui, sous les noms de Leudes, Ahrimans , Antrustions (voy.
ces mots ) , s’emparèrent des propriétés territoriales. Un petit nombre de Gallo-
Romains, que l’on appelait convives du roi , furent admis dans la classe aristocratique et formèrent avec l’élite des conquérants la noblesse de ces temps reculés. Vers la fin de la seconde race et au commencement de la troisième, la propriété féodale devint le signe caractéristique de la noblesse : Point de seigneur sans terre fut un des axiomes de cette époque (voy. Féodalité ). Pendant plusieurs siècles la noblesse fut attachée exclusivement à la possession de la terre ; les familles aristocratiques en tirèrent même leur nom.
Ce fut seulement vers la fin du xrue siècle que les rois avant repris la plénitude de la souveraineté, crurent pouvoir conférer la noblesse , comme les autres dignités. O11 place sous Philippe le Hardi le premier anoblissement; il accorda la noblesse à son orfèvre Raoul. Vers le même temps et surtout dans le courant du siècle suivant, les rois multiplièrent les anoblissements. Quelquefois , sans conférer la noblesse aux vilains, ils leur permirent d’acquérir des terres nobles; Charles V donna ce droit à tous les habitants de Paris (1371). Ce qui a fait dire à quelques historiens que ce prince avait anobli tous les Parisiens. En même temps les rois enlevaient à la noblesse les droits régaliens, tels que le droit de guerre privée , de justice sans appel, de monnaie, etc. La noblesse perdit peu à peu la souveraineté qu’elle avait usurpée à une époque d anarchie ; mais elle conserva des prérogatives honorifiques et réelles d’une grande importance; elle forma le second corps de l’Etat, commanda presque exclusivement les armées et resta en possession de la plupart des grandes dignités. C’est de cette seconde noblesse que nous devons surtout nous occuper.
Différentes espèces de noblesse ; noblesse héréditaire . — On distinguait plusieurs espèces de noblesse : la noblesse héréditaire et la noblesse accordée par les rois , la noblesse d’épée et la noblesse de robe. La première remontait û quelque ancêtre fameux qui avait participé aux anciennes illustrations de notre histoire; elle passait de mâle en mâle, et quelquefois même se transmettait par les femmes. Au premier rang de la noblesse héréditaire se plaçaient les gentilshommes de nom et
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d'armes, qui, depuis plusieurs siècles,
portaient le même nom et avaient les* mêmes armes. Du Cange dit que ce titre était réservé à ceux qui étaient issus d'une noblesse immémoriale, du côté paternel et du côté maternel. Selon l'avis de Montjoye, roi d'armes de France, nul ne devait porter la couronne d'or surses armoiries, s’il n'était gentilhomme de nom, d'armes et de cri, c'est-à-dire s'il n'avait droit de rallier seshommes d'armes à son cri de guerre. Ainsi les Montmorency, dont le cri était Dieu aideau premier baron chrétien , étaient gentilshommes de nom, d'armes et de cri. Les Castelbajac criaient Bigorre ! Bigorre J Les seigneurs de Bar : Au feu ! Au feu l Les Blacas : Vaillance l Les Clinchamp : Pro Deo et Rege 1 Les de Bastard : Diex
aye l etc. Les ordonnances de Moulins et de Blois portaient que les baillis et sénéchaux ne seraient choisis que parmi les gentilshommes de nom et d’armes.
Pour ce qui concerne la noblesse accordée par les rois, voy. Anoblissfment.
Noblesse militaire . — Les services militaires devinrent un titre de iioblesse. Un édit de Henri III du mois de mars 1583 déclara que « dix années consécutives du service militaire suffisaient pour faire jouir les non-nobles des exemptions accordées aux nobles. » Henri IV, dans un édit du mois de mars 1600 (art. 17), modifia l'édit de Henri III, tout en maintenant et consacrant cette noblesse militaire; il déclara « que ceux-là seuls qui justifieraient de vingt années de services militaires, soit dans le grade de capitaine, soit dans celui de lieutenant et d'enseigne, jouiraient des exemptions des nobles , tant qu'ils resteraient sous les drapeaux, et qu'après ces vingt années, ils pourraient, par lettres vérifiées à la cour des aides, être dispensés du service militaire, et jouir des mêmes exemptions leur vie durant, en signe de reconnaissance de leur vertu et de leur mérite. » Cette noblesse militaire était, comme on le voit, toute personnelle ; elle devint héréditaire dans les familles de ceux qui, pendant trois générations consécutives, avaient porté les armes, de père en fils. L'article 25 du même édit défendit à toute personne de prendre le titre d’écwyer, si elle ne justifiait être issue d'un aïeul et d'un père, qui eussent fait profession des armes ou exercé un emploi public, donnant lieu à un commencement de noblesse . Enfin Louis XV, par un édit du mois de novembre 1750, fixa d'une manière invariable le soi t des plébéiens qui avaient versé leur sang pour le service de l'État. Tous les officiers étaient exempts de la taille pendant la durée de leur service
militaire ; tous les officiers généraux, qui n'étaient pas nobles , étaient anoblis ainsi que leur postérité née et à naître en légitime mariage ; les officiers non-nobles, d'un grade inférieur à celui de maréchal de camp, qui avaient été nommés chevaliers de saint Louis, jouissaient, après trente ans de service non interrompus, de l'exemption de la taille pour le reste de leur vie. Le même privilège était assuré aux capitaines qui quittaient le service pour cause de blessures. Le nombre des années exigées était d'autant moins considérable que le grade était plus élevé: ainsi l'éditexigeait vingt ans pour les capitaines, dix-huit pour les lieutenantscolonels, seize pour les colonels et quatorze pour les brigadiers (généraux de brigade). Une déclaration du 22 janvier 1752 étendit encore les privilèges de la noblesse militaire. « L'intention de Sa Majesté, est-il dit dans cette déclaration, a été que la profession des armes pût anoblir de droit, à l'avenir, ceux de ses officiers qui auront rempli lee conditions qui y sont prescrites, sans qu'ils eussent besoin de recourir aux formalités des lettres particulièresd'anoblissement. Elle a cru devoir épargner à des officiers parvenus aux premiers grades de la guerre, et qui ont toujours vécu avec distinction, la peine d'avoir un défaut de naissance souvent ignoré ; et il lui a parujuste que les services de plusieurs générations, dans une profession aussi noble que celle des armes, pussent par eux-mêmes conférer la noblesse. » L'avocat Barbier, en mentionnant cet édit dans son journal III, 187-188), dit : « Il est fort bien dressé; on voit qu'il part de M. le comte d'Argenson, ministre de ia guerre, homme de qualité et de très-ancienne noblesse militaire. » Malheureusement, au lieu de marcher toujours dans cette voie et d'étendre la noblesse à tous ceux qui s'en rendaient dignes par leurs services militaires, on voulut, peu de temps avant la Révolution, réserver exclusivement aux nobles les grades militaires. Telles furent les dispositions des déclarations des 22 mai et 10 août 1781 et du 1er janvier 1786 : « Tous les sujets, y disait le roi, qui seront proposés pour être nommés à des sous-lieutenances dans les régiments d'infanterie française, de cavalerie, de chevau-légers, de dragons et de enasseurs à cheval, seront tenus de faire les mêmes preuves que ceux qui seront présentés à S. M. pour être admis et élevés à son école royale militaire, et S. M. ne les agréera que sur le certificat du sieur Chérin, généalogiste de ses ordres. »
Noblesse de robe ou de magistrature .
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— Ce fut surtout dans le cours des xvi® et xvue siècles que se forma la noblesse de robe . Louis XIV, par un édit du mois de juillet 1644, enregistré le 19 août 1649 , déclarait que « les présidents, conseillers, avocats et procureur général, greffier en chef et quatre notaires et secrétaires du parlement de Paris , pourvus desdits offices , et qui le seraient par la suite , seraient déclarés nobles et tenus pour tels par Sa Majesté, ainsi que leurs veuves et leur postérité en ligne masculine et féminine , née et à naître. » Ils devaient jouir de toutes les prérogatives accordées aux barons et aux gentilshommes du royaume , pourvu que ces magistrats eussent servi pendant vingt années , ou qu'ils fussent morts dans l'exercice de leurs fonctions. Cet édit fut confirmé par deux autres, rendus en i657 et 1659. Le dernier portait que « S. M. confirmait aux officiers de la cour de parlement et de celle des aides de Paris le privilège de noblesse transmissible au premier degré , qui leur était attribué. » L'avocat du roi aux requêtes du Palais, le greffier en chef criminel et le premier huissier au parlement de Paris, furent appelés à jouir des privilèges de la tioblesse , de même que les autres officiers de cette cour, par déclaration du 2 janvier 1691. Les substituts du procureur général du parlement de Paris obtinrent le même privilège le 29 juin 1704 , pourvu qu'ils eussent servi pendant vingt ans. S'ils mouraient dans l'exercice de leur charge, la noblesse passait à leur famille. Enfin un édit du mois d'octobre 1704 , enregistré en la cour des aides le 20 novembre suivant , étendit û tous les parlements et autres cours supérieures du royaume les privilèges de la noblesse héréditaire. Le roi s'y exprimait ainsi : « Ayant remarqué qu’un des avantages qui décorent le plus Ja charge des officiers des cours supérieures du royaume est la noblesse qui y a été attachée de tout temps, lorsque le père et le lils sont morts revêtus desdites charges , ou tju’ils les ont exercées pendant vingt années , le roi accorde aux officiers de chacune des cours de parlements, chambres des comptes, cours des aides , conseils supérieurs et bureaux des finances du royaume , quatre dispenses d'un degré de service pour pouvoir acquérir la noblesse et la transmettre à leur postérité : au moyen dp quoi , après avoir servi vingt ans dans leurs offices, ou étant revêtus d'iceux , eux , leurs veuves demeurant en viduité, et leurs enfants nés et à naître en loyal mariage, seront nobles , et jouiront de tous les mêmes droits, privilèges, etc., dont jouissent
les autres nobles de race du royaume, comme si leur père et leur aïeul étaient décédés revêtus de pareils offices, en payant par chacun desdits officiers 300 liv. effectives d’augmentation de gages au denier vingt, sur la quittance du garde du trésor royal. » En i788 ,on fit un relevé des charges ou offices qui donnaient la noblesse au premier degré ; en voici le résultat : Charges de secrétaires du roi des grandes et petites chancelleries , grand conseil, parlements, chambres des comptes , cour des aides , cour des monnaies, bureau des finances ; il faut y ajouter le conseil d'Etat, les offices de maîtres des requêtes et un certain nombre de charges munici pales.
Noblesse municipale . — La noblesse municipale 9 que l’on appelait autrefois noblesse de cloche , était attachée aux charges de maires et d'échevins dans certaines villes de France. On a souvent répété , d’après le président Hénanlt, que Charles V accorda la noblesse à tous les bourgeois de Paris. L’ordonnance de ce prince , à laquelle on fait allusion, est du 9 août 1371 et a été publiée dans le recueil des Ordonnances des rois de France (tome V, p. 4i8); elle se borne à confirmer aux bourgeois de Paris l'autorisation d'acquérir des fiefs et d’acheter des lettres de noblesse; mais le titre seul de bour-
feois de Paris n'a jamais conféré la nolesse avec toutes les prérogatives qui y étaient attachées. Henri 111 accorda la 710blcsse aux prévôts des marchands de Paris et aux quatre échevins de cette ville , tant pour eux que pour leurs enfants, nés ou à naître en Légitime mariage. Un grand nombre d'édits exigèrent des sommes considérables des magistrats municipaux qui voulaient obtenir la noblesse . On cite principalement un édit du mois d’avril 1771 qui imposait une taxe de 6000 livres aux magistrats municipaux qui voulaient jouir des privilèges accordés par les anciennes ordonnances. On imposait quelquefois un temps d'exercice plusoumoins long aux magistrats municipaux pour qu'ils parvinssent à la noblesse. Entre autres magistrats municipaux qui obtenaient lanoô/essc, on cite les capitouls de Toulouse (voy. Capitouls). Philippe le Bel leur avait accordé, par lettres du 23 janvier 1297 (1298) de pouvoir tenir des biens nobles sans payer de finance. Enfin Louis XI , par lettres patentes du 24 mars 1 74 1 , accorda à la ville de Toulouse le privilège d’anoblir ses capitouls au nombre de huit.
Révision des lettres de noblesse. — Les lettres d'anoblissement , qui remontaient au règne de Philippe le Hardi,
devinrent trop souvent un sujet de trafic honteux ou de falsifications coupables. Il fallut qu’à plusieurs reprises les rois ordonnassent une révision de toutes les lettres de noblesse; Louis XL, Henri IV , Louis XIII et Louis XIV surtout révoquèrent plusieurs fois des lettres de noblesse obtenues subrepticement et mirent à la taille les usurpateurs des titres. La vérification de 1666, ordonnée par Colbert et exécutée avec une juste rigueur, fit mettre à la taille quarante mille prétendus nobles. Ces usurpations venaient souvent de ce que Von confondait le droit d’acquérir des terres nobles avec la noblesse , comme Vont fait quelques historiens pour les bourgeois de Paris. Cependant l’ordonnance de Blois ( 1579 ) est formelle sur ce point; elle déclare « que les roturiers et non-nobles, achetant tiefs nobles , ne seront pour ce anoblis ni mis au rang et degré de nobles , de quelque revenu^que soient les fiefs par eux acquis, et que la possession des fiefs nobles n’anoblit point les roturiers. »
Noblesse utérine . — La noblesse uterine ou provenant seulement de la mère fut reconnue par les Établissements de saint Louis. 11 y est déclaré « que les femmes nobles transmettaient la noblesse à leurs enfants, quoique le père fût roturier, et que nul ne pouvait être fait chevalier, s’il n’était gentilhomme de parage , c’est-àdire du côté du père , et que , s’il n’était noble que par sa mère et qu’il prétendît se faire recevoir chevalier, le baron (son suzerain) pouvait lui couper les éperons sur le fumier et confisquer ses biens. » Ainsi la noblesse utérine était d’un rang tout à fait secondaire. Plusieurs coutumes admettaient que le ventre anoblissait , suivant l’expression consacrée à cette époque pour désigner la noblesse utérine. Telles étaient les coutumes de Brie, d’Artois, de Beauvaisis, et spécialement la coutume de Champagne. Cette dernière déclarait, « que ceux-là sont tenus nobles qui sont issus de père et mère nobles ; que cependant il suffisait que le père ou la mère fût noble ; que l’un ou l’autre étant noble donnait la noblesse à la famille. » Perte de la noblesse . - — La noblesse se perdait par dégradation (voy. ce mot), par déchéance et par dérogeance.
La déchéance était prononcée contre les gentilshommes , qui prenaient des biens à ferme, qui ne répondaient pas à l appel de leur suzerain quand Us étaient sommés de remplir les obligations du service féodal, contre les anoblis qui ne payaient point le droit de confirmation Par ord°nnances, contre les officiers vétérans des cours et compa-
gnies supérieures du royaume qui n’avaient point pris de lettres d’honneur, contre les secrétaires du roi qui, après vingt ans de service, n’avaient point obtenu de lettres de vétérance ou qui n’avaient point payé L’augmentation de gages.
Dérogeance . — On dérogeait par l’exercice d'arts mécaniques , du commerce en détail ou de charges jugées incompatibles avec la noblesse, comme les charges d’huissier , de procureur , de greffier , et par l’exploitation d’une ferme. L’omission des qualifications nobles était encore un. acte de dérogeance tacite ; toutefois elle n’avait d’effet que quand cette omission s’était prolongée pendant plusieurs générations. Dans certaines provinces , la noblesse ne se perdait point par dérogeance; elle dormait , selon l’expression des coutumes. Le commerce maritime ni le commerce en gros ne faisaient pas déroger. Il n’y avait pas non plus dérogeance pour les gentilshommes verriers; ils étaient maintenus dans la qualité d’écuyers, par arrêt de la cour des aides de 1582 et de 1597. Un noble ne dérogeait point en se livrant à la médecine. Il n’en était pas de même de la charge de notaire; elle entraînait la dérogeance, d’après l’opinion de Barthole, do Guy Pape, de Loyseau et d'autres jurisconsultes. Les sieurs de Bonneville prirent des lettres de réhabilitation de Henri III, parce que leurs pères avaient dérogé en exerçant la charge de notaire. Cependant les opinions des écrivains qui ont traité de la noblesse sont divisées sur ce point. En Bretagne et en Normandie, des nobles ont été notaires sans cesser de prendre le titre d’écuyers dan s leurs actes. La Provence et le Dauphiné présentent des exemples semblables. Voy. p. 870.
On ne perdait point la noblesse par un mariage avec une personne de condition inférieure. La femme noble qui avait épousé un roturier*, pouvait, à la mort de son mari , reprendre son titre et son rang , en déclarant devant un juge compétent qu'elle entendait dorénavant vivre noblement. Le mariage ne donnait pas non plus la noblesse . La femme roturière qui épousait nu noble restait roturière, d'après la plupart des coutumes. Ceux qui avaient encouru la perte de la noblesse ou leurs descendants pouvaient obtenir du roi un acte de réhabilitation qui faisait revivre la noblesse en leur faveur.
Services rendus par la noblesse . — ; La noblesse a rendu à la France des servie^ qu’il serait injuste d’oublier, comme l’on, fait un grand nombre d’historiens. Sans remonter aux teams féodaux où elle sauva
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la France assaillie par les barbares et abandonnée par la royauté, il faut bien reconnaître que , pendant près de six siècles, la noblesse a fait la force de nos armées. L’ infanterie ne se composait presque que de mercenaires étrangers. La tentative laite aux xve et xvi® siècles pour organiser une infanterie nationale (voy.
Armée, p. 34-35) avait mal réussi; mais la cavalerie composée de la noblesse était excellente. Les ambassadeurs étrangers reconnaissent les éminents services que la noblesse rendait à la France. Voici ce qu'en dit l’ambassadeur vénitien Michel Suriano ( Relations des ambassadeurs vénitiens , I, 49 i) : « Le vrai métier de la noblesse , celui qui est le plus utile au peuple et au roi , c’est le métier de la guerre.... La force de la France consiste surtout dans la cavalerie qui ne se compose que de nobles , c’est-à-dire de gens d’àme et de cœur, et non , comme dans d'autres pays, de personnes de toutes conditions. »
Marc-Antoine Barbaro confirme ce témoignage ( Ibidem , 11,7)* « Les nobles sont tous obligés au service militaire; ils servent de^leur personne; ils doivent en outre un certain nombre de cavaliers, selon la qualité de leurs fiefs. Il y a une infinité de seigneurs et de gentilshommes très-vaillants qui, en temps de guerre , accompagnent leur roi avec tout leur monde et un dévouement admirable. Leur cavalerie est très-utile au roi ; et fait beaucoup d’honneur à ses armes; car tous ces nobles sont dressés et propres à la guerre , ont de quoi la soutenir à leurs frais, et ils donnent volontiers non-seulement leurs biens , mais leur vie pour le roi, leur seigneur naturel. C’est là, en y regardant de bien près, le véritable nerf de la guerre. » Jean Correro est encore plus explicite. « La noblesse en France, dit cet ambassadeur, est nombreuse et brave ; c’est ce qui fait sans nul doute la force et la sûreté du royaume. C’est la noblesse qui a donné sa réputation à la cavalerie française réglée ; car autrefois il n’y avait gentilhomme, si grand qu’il (ht, qui n’eût tenu à l’honneur d’être enrôlé parmi les hommes d’armes, et même parmi les archers. Or on sait bien qu’il n’y a pas de comparaison à faire entre le courage des soldats mercenaires, et le cœur d’hommes nobles qui combattent volontairement pour l’honneur et non pour le gain. »
Les arts durent aussi à la noblesse une puissante impulsion. Les nobles encouragèrent, à l’imitation des rois, les Italiens qui apportaient en France le goût de la peinture , de la sculpture , de l’ar-
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chitecture; ils firent élever des manoirs splendides qui rivalisaient avec les palais des rois. Ils se firent les protecteurs des poètes et des gens de lettres, en même temps qu’ils conservaient les nobles traditions d’honneur chevaleresque avec plus de fidélité qu’aucune autre classe de la France. Les grands biens, acquis autrefois par leurs aïeux , servirent souvent à représenter dignement la France au dehors ou à la doter d’établissements utiles. La noblesse eut donc un rôle glorieux, et sa décadence au xvm® siècle ne doit pas faire oublier ce qu’elle avait été dans les âges précédents. La maxime noblesse oblige est restée dans notre langue pour prouver combien était vif et délicat le sentiment de l’honneur dans la noblesse française. Même à ses plus mauvais jours , elle eut des élans de générosité chevaleresque.
Au milieu du xvm® siècle , sur le champ de bataille de Fontenoy, elle ne voulait pas tirer avant d’avoir essuyé le feu des ennemis. Messieur s , tirez les premiers , est un de ces mots qui effacent bien des fautes; malheureusement l’héroïsme n’avait qu’un moment et les fautes duraient. La noblesse française manqua presque toujours desprit politique, et les privilèges qu’elle avait obtenus ne tardèrent pas à dégénérer en abus qui provoquèrent de vives réclamations.
Privilèges de la noblesse . — Les privilèges de la noblesse étaient réels et honorifiques. Parmi les privilèges réels de la noblesse qui ont duré jusqu’à la révolution française, il faut placer l'exemption des tailles, des corvées personnelles, le droit de ne plaider que par-devant les baillis, sénéchaux, juges présidiaux ou chambres des parlements , sans être soumis aux justices inférieures des prévôtés et châtellenies (édit de Crémieu , art. 5). La garde noble, d’après la coutume de Paris, était plus étendue et plus avantageuse que la garde bourgeoise (voy.
Garde bourgeoise et Garde noble). Il a été question ailleurs (voy Féodalité, p. 407-408) , des droits de chasse, de colombier, de garenne et des redevances féodales. Quan taux privilégeshonoritiques de la noblesse , ils consistaient particulièrement dans les droits de préséance aux cérémonies , dans leâ titres et armoiries auxquels les nobles seuls pouvaient prétendre. Ils avaient le droit d’être encensés à l’église oü ils occupaient une place d’honneur. Plusieurs de ces droits honorifiques rappelaient par leurs bizarreries les anciens privilèges féodaux. Ainsi, même au xvn® siècle, le seigneur de Sassay, près d’Êvreux , avait le droit de se
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faire dire la messe dans l'église cathé drale d’Évreux, quand il lui plaisait; il pouvait y assister le faucon sur le poing, ou le faire placer au coin de l'autel, à volonté. Le curé d’un de ses villages, botté et éperonné, lui disait la messe, tambour battant, au lieu d’orgues. Un acte de 1642 confirma au seigneur de Sassay cet étrange droit honorifique, comme le prouve une lettre de l’abbé Lebœuf insérée dans le Mercure de février 1735.
Les armoiries qu'étalaient les nobles étaient un des privilèges honorifiques dont ils étaient le plus fiers et qui choquait le plus les roturiers, quand la noblesse était récente et sans illustration. Témoin ce passage de La Bruyère, dans le chapitre de ses Caractères intitulé De la ville : « On les voit ( leurs armes ; sur les litres et sur les vitrages , sur la porte de leur château , sur le pilier de leur haute justice, oü ils viennent de faire pendre un homme qui méritait le bannissement; elles s’offrent aux yeux de toutes parts; elles sont sur les meubles et sur les serrures; elles sont semées sur les carrosses; leurs livrées ne déshonorent point leurs armoiries. Je dirais volontiers aux Sannions ; Votre folie est prématurée : attendez du moins que le siècle s’achève sur votre race ; ceux qui ont vu votre grand-père , qui lui ont parlé , sont vieux , et ne sauraient plus vivre longtemps. Qui pourra dire comme eux : là il étalait et vendait très-cher?
Abus . — Les privilèges de la noblesse excitèrent, au xvm° siècle surtout, de vives réclamations. On se plaignait de voir la classe la plus riche exempte des charges qui écrasaient les classes les plus pauvres et les plus laborieuses. L’inégalité la plus choquante existait partout entre le noble et r ignoble (ce mot signifie littéralement non noble , et il était encore employé dans ce sens au xvii° siècle, comme on peut le voir plus loin, p. 864). Cette inégalité se retrouvait partout dans les assemblées d’États, dans les tribunaux, à l’armée et jusqu’au pied des autels. Les tribunaux variaient avec les classes. La cour des pairs jugeait les ducs et pairs : le grand conseil , les procès des évêchés, abbayes et bénéfices ecclésiastiques à la collation du pape et du roi. Aux requêtes de Vhotel ressortissaient les officiers de la maison du roi ; aux requêtes du palais , les privilégiés munis de lettres de committimus. Les officiaux ou juges d’église connaissaient en première instance des procès des ecclésiastiques.
L’exemption d’impôt accordée aux terres nobles était un privilège encore plus
odieux. Le clergé, qui se confondait comme corps privilégie avec la noblesse , le clergé possédait d’immenses domaines exempts d’impôts. Au commencement du xvie siècle , Claude de Seyssel {Louange* du bon roi Louis XII , édit. Godefroy, p. 1 36) , évaluait ses revenus au produit du tiers de tous les biens du royaume. Aux États de 1561 , on réclama la sécularisation des domaines ecclésiastiques pour payer les dettes de la France ( Kathery, Hist. des Etats-généraux, p. 205 et 206). Le clergé n’échappa à ce danger que par des sacrifices considérables. Dès la fin du xvue siècle , et surtout au xvm®, l’abus de ces privilèges en matière d'impôt fut de nouveau signalé et flétri. Bois- Guilbert, Vaubau, et, plus tard, d'Argenson, Machault, Turgot, demandèrent l'égale répartition des charges publiques. Mais la royauté, qui avait toujours maintenu ces privilèges féodaux, repoussa les justes réclamations du tiers-État, et contribua ainsi à provoquer la crise qui devait emporter le pouvoir absolu en même temps que les derniers vestiges du régime féodal.
L’inégalité et le privilège n'étaient pas moins marqués dans l’administration militaire. Les plébéiens, sauf de très-rares exceptions, étaient condamnés à végéter dans les rangs inférieurs de l'armée, et à voir souvent des officiers imberbes et des généraux incapables compromettre l’honneur de la France. Le xvm® siècle devait être fécond en leçons de cette nature. Dès 1701, l'opinion publique s’élevait contre ces jeunes colonels qui n’avaient jamais servi. Dans sa comédie dy Esope à la cour , Boursault introduit un de ces colonels qui dit naïvement :
Je ne suis point soldat , et nul ne m’a vu l'être. Je suis bon colonel , et qui sers bien l’Etat
Le public applaudit à la repartie d’Ésope :
Monsieur lo colonel , qui n’êtos point soldat.
L’abus n'en subsista pas moins, et cette jeune noblesse , brave et spirituelle, mais inexpérimentée , trouva son Crécy et son Poitiers dans les plaines de RosbacU.
La noblesse , non contente de dominer dans les armées, réclamait pour ses puînés les hautes dignités de l’Église. Les princes les plus vertueux partageaient ce préjugé. On lit dans les extraits des Ecrits du duc de Bourgogne (t. I, p. 361 ): a Quoique la religion soit indépendante des ministres qui l'annoncent , il est certain cependant qu'elle a quelque chose de plus respectable aux yeux du vulgaire, quand ilia voit annoncée et pratiquée par des hommes de naissance. » L adminis-
tration monarchique elle-même dans ses édits consacrait l’inégalité des classes d’une manière injurieuse pour les roturiers : « D’autant , dit l’article 16 de l’ordonnance de i6?9 sur les duels , d’autant qu’il se trouve des gens de naissance ignoble et qui n’ont jamais porté les armes, qui sont assez insolents pour appeler ( provoquer ) les gentilshommes , lesquels refusant de leur faire raison à cause de la différence des conditions, ces mêmes personnes suscitent contre ceux qu’ils on t appelés d’autres gentilshommes, d'où il s’ensuit quelquefois des meurtres d’autant plus détestables qu’ils proviennent d’une cause abjecte, nous voulons et ordonnons qu’en tel cas d’appel et de combat, principalement, s’ils sont suivis de quelque blessure ou de mort, lesdits ignobles ou roturiers , qui seront atteints et convaincus d’avoir causé et promu de semblables désordres , soient sans rémission pendus et étranglés, tous leurs biens meubles et immeubles confisqués , et quant aux gentilshommes qui se seraient ainsi battus pour des sujets et contre des personnes indignes , nous voulons qu’ils souffrent les mêmes peines que nous avons ordonnées contre les seconds. »
Plaintes contre la 7ioblesse. — Saint- Simon , le grand défenseur de huioblesse, ne dissimule pas ses défauts. Il lui reproche « son ignorance, sa légèreté , son inapplication, de n’être bonne à rien qu’à se faire tuer, à n’arriver à la guerre que par ancienneté, et à croupir du reste dans la plus mortelle inutilité qui l’avait livrée à l’oisiveté et au dégoût de toute instruction hors de guerre par l’incapacité d’état de s’en pouvoir servir à rien. » La Bruyère ( Des Grands) avait dit dans le même sens : « Pendant que les grands négligent de rien connaître, je ne dis pas seulement aux intérêts des princes et aux affaires publiques , mais à leurs propres affaires, qu’ils ignorent l’économie et la science d’un père de famille , et qu’ils se louent eux-mêmes de cette ignorance; qu’ils se laissent appauvrir et maîtriser par des intendants; qu’ils se contentent d’être gourmets ou coteaux, d’aller chez Thaïs ou chez Phryné, de parler de la meute et de la vieille meute, de dire combien il y a de postes de Paris à Besançon ou à Philisbourg , des citoyens s’instruisent du dedans etdu dehors d’un royaume, étudient le gouvernement , deviennent fins et politiques , savent le fort et le faible de tout un État, songent à se mieux placer, se placent, s’élèvent , deviennent puissants , soulagent le prince d’une partie des soins publics. Les grands qui les
dédaignaient les révèrent : heureux s’ils deviennent leurs gendres. »
Ce fut surtout au xvuie siècle que les privilèges abusifs de la noblesse furent vivement attaqués. Un prince en donna l’exemple : le duc de Bourgogne s’exprime ainsi dans ses ouvrages (t. II, p. 86-87 ) :
« Un abus bien préjudiciable à l’État et qui semble prévaloir de jour en jour, c’est l'espèce de tyrannie qu’exercent sur leurs vassaux les seigneurs particuliers dans quelques provinces éloignées de la cour; ils commandent en despotes des corvées pour l’embellissement de leurs terres. Ils élargissent et plantent des chemins à leur profit contre les ordonnances; ils établissent, sous des titres supposés, des péages, des fours et des moulins banaux, etc. » La noblesse , en continuant d’opprimer les campagnes, se livrait à tous les désordres de l’esprit nouveau : elle avait en grande partie adopte les opinions sceptiques qui minaient la société; elle donnait l’exemple du libertinage et se ruinait par de folles dépenses. «< On se pique assez, dit un contemporain, d’avoir des équipages magnifiques. Le duc de Richelieu, ci-devant ambassadeur à Rome , qui n'est pas encore officier général , a, dit- n, soixantedouze mulets , trente chevaux pour lui , un grand nombre de valets , et il fait ses tentes sur le modèle de celles du roi. Les officiers généraux qui sont riches mènent des aides de cuisine et des aides d’office , comme si c’éiait pour célébrer quelque fête , et ceux qui ne sont pas également riches se ruinent et se mettent hors d’état de soutenir plusieurs campagnes.» ( Jour - 7ial de Barbier , II, 28-29, année 1733).— Le même auteur ajoute; « Le roi est parti le 30 septembre (1733) pour aller passer deux mois à Fontainebleau , le tout pour chasser tous les jours , à son ordinaire. On dit que le maréchal de Villars l’ayant engagé à aller voir son armée, il répondit que c’était bien son dessein ; qu’il partirait un beau jour sans grande suite, et se rendrait sur le Rhin à cheyal . pour apprendre aux jeunesgens que les chaises ne leur conviennent pas. Effectivement, un simple capitaine de dragons ou de cavalerie croirait être déshonoré s'il n’avait pas sa chaise de poste; ce qui est ridicule pour des militaires. On dit qu’il y a à présent dans la ville de Strasbourg dix-huit cents chaises de poste que le maréchal de Berwick a empêché d’aller plus loin. » Ruinée par ce luxe, la 7ioblesse se dégrada en épousant des filles de financiers. On en fit des chansons que l’on trouve dans les recueils du xviu® siècle ;
NOB
O temps, 6 m«urs, 6 siècle déréglé !
Où Ton roit déroger les plus nobles familles. Lamoignon, Mirepoix, .Molé,
De Bernard épousent les filles *
Et sont les recôleurs du bien qu’il a vole.
Il s’agit du célèbre Samuel Bernard dont les filles entrèrent, en effet, par des alliances dans les familles que cite l’avocat Barbier.
Noblesse depuis la révolution de 1789.
La noblesse héréditaire fut supprimée par l’Assemblée constituante ( 19 janvier J790 ) ; les titres de princes , ducs , marquis , comte , vicomte , baron , chevalier, écuyer, etc., furent abolis. Pendant plus de douze ans, les titres nobiliaires ne furent plus en usage. Napoléon les rétablit. En 1806, il créa des duchés qui furent portés successivement au nombre de trente deux ; il y eut aussi des comtes et des barons de l’empire. La nouvelle noblesse était héréditaire. La Restauration maintint la nouvelle 7ioblesse et rétablit l’ancienne. En 1848, un décret supprima les titres nobiliaires, mais ils ont été rétablis en i852.
Un des traités les plus estimés sur 1 ancienne n oblesse est celui de Gilles - André de la Roque, intitulé Traité de la noblesse et de ses différentes espèces Rouen , 1720 et 1724, in-4«. — On peut encore consulter sur ce sujet plusieurs ouvrages du père Menestrier, et entre autres les traités : i° De la chevalerie ancienne et moderne avec la manière d'en faire les preuves , Paris, 1683, in-12; 2» De l'origine des quartiers, Paris, 1681, in-fol.
Voy. aussi les ouvrages du père Anselme, et spécialement Le palais de la Gloire contenant les généalogies historiques des illustres maisons de France , etc. Paris , 1664, in-4° ; La Chesnaye-Desbois a donné un Dictionnaire de la noblesse , contenant les généalogies, V histoire et la chronologie des familles nobles de la France Paris, 1770-1784, 12 vol. in-4°.
NOB
NOBLESSE COMMENCÉE. — O11 donnait ce nom dans l’ancienne monarchie à une noblesse dont tous les degrés n’étaient oas encore remplis de manière à former la noblesse complète exigée pour certaines carrières, par exemple pour entrer dans l’ordre de Malte.
NOBLESSE COMMENSALE. — Noblesse qui provenait de certains offices de commensaux de la maison du roi, de la reine et des princes de la famille royale.
NOBLESSE COUTUMIÈRE. - Noblesse qui, selon les coutumes des anciennes provinces, provenait de mère noble (Yoy. P. 861). v J
NOBLESSE DORMANTE. — Noblesse suspendue à cause de quelque acte dérogeant. Les nobles de Bretagne avaient entre autres, le privilège de ne pas perdre la noblesse en faisant quelque acte dérogeant , en se livrant, par exemple, au commerce de détail , etc. Ils étaient sou— mis a la taille, tant que durait la dérogeance; leur noblesse était dite dormante. Ils pouvaient ensuite la reprendre en faisant déclaration devant le plus prochain juge royal de leur domicile qu'ils voulaient à l’avenir vivre noblement.
NOBLESSE GRADUELLE. — Noblesse qui n’était acquise aux descendants d’1111 anobli qu’autant que le père et le fils avaient rempli successivement une charge qui donnait un commencement de noblesse.
NOBLESSE DE LETTRES OU LITTE- RAIRE. — Noblesse accordée aux gradués qui étaient les gens de lettres de cette époque. Les lettres accordées par Henri IV en septembre 1607. à Claude Froment professeur en droit û Valence (Dauphiné'’ prouvent que les docteurs , régents et professeurs en droit obtenaient la noblesse, après vingt ans d’exercice , et la transmetiaient à leur famille. On appelait aussi cette noblesse noblesse comitive parce que, selon La Roque, ceux qui la recevaient pouvaient prendre le titre de comte. Dans la suite cette noblesse ne fut pour les professeurs en droit, ainsi que pour les avocats et les médecins, qu’un titre honorifique , ainsi que le décida un arrêt du conseil d’État du 22 janvier 1771.
NOBLESSE PERSONNELLE. —Noblesse qui ne passait pas aux descendants et qui était inhérente à une personne ou h la charge qu’elle remplissait.
NOBLESSE AU PREMIER DEGRÉ. — Noblesse opposée à la noblesse graduelle ; elle était acquise et parfaite dans la personne des enfants, lorsque le père était mort revêtu d’un office qui anoblissait ou lorsqu’il avait servi pendant les vingt années qu’exigeaient les ordonnances pour que la noblesse fût acquise. Tous les offices 11e donnaient pas la noblesse au premier degré ; ce privilège était réservé aux charges de chancelier de France , de garde des sceaux , de secrétaire d’État , de conseiller d’Etat en exercice au conseil, de maître des requêtes et de secrétaire du roi. Les conseillers de quelques cours souveraines , tels que les parlements de Paris, Besançon , Grenoble, la chambre des comptes et la cour des aides de Paris, avaient la noblesse au premier degré. Mais dans la plupart des cours