‹ Dictionnaire historique et biographique des géneŕaux FrancaisChapitre 2 sur 12 · VII · texte numérisé non relu

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dans une position défavorable; et il fallait, pour suppléer au nombre et au désavantage des localités, la bravoure des soldats et ie talent des officiers.- Moncey ayant dans ces circonstances difficiles déployé beaucoup de talent, soit au Conseil, soit dans l'exécution des mesures adoptées, obtint, en avril 1794» 'e grade de général de brigade, et fut promu à celui de général de division , le 9 juin de la même année. Il fut employé en cette qualité à l'armée des Pyrénées-Occidentales; concourut à la prise de la vallée de fiastan, du fort de Fontarabie, du port du Passage, de Saint-Sébastien et de Tolosa. Proposé, dans la séance de la convention nationale, du 17 août 1795, pour général en chef de l'armée des Pyrénées- Occidentales, il fut pourvu de ce commandement le même jour. Dans le courant du mois d'octobre suivant , il marcha pour s'emparer de la vallée de Roncevaux ; remporta, le 17 de ce mois, une victoire importante sur les Espagnols, à Lecumbery et à Villa-Nova; fit perdre à l'ennemi a5oo hommes tués, blessés ou prisonniers de guerre; prit a drapeaux et 5o pièces de canon avec leurs attelages et leurs caissons , et s'empara des fonderies d'Orbaycet et d'Égny, ainsi quede la manufacture d'irati. Les objets trouvés dans ces 5 établissements, et parmi lesquels on remarquait une quantité immense de fusils, de munitions de guerre et de bouche, furent estimés 32 millions de francs. L'invasion de Koncevaux (1) donna au général Moncey l'occasion de faire preuve d'une grande habileté dans la guerre de postes, et elle assura à l'armée française la conquête de la Navarre espagnole. Poursuivant ses succès, Moncey s'empara de Castellane et de Tolosa ; effectua le passage de la Deva; força les Catalans dans Villa-Real, et à iVlont-Oragon; enleva le camp d'Eybar; s'empara de bilbao, et soumit toute la Biscaye. Ces ditrérentes conquêtes ayant forcé le gouvernement espaguol à demander la paix, le général fllon-

(1) Cette vallée est fameuse dans nos romans de chevalerie par la défaite de Cbarleroagne et de ses preux , qui y furent écrasés, eu 778, par uu parti de Sarrasins et de Gascons montagnards.

cey la signa à Saint-Sébastien, avec le marquis d'Iranda, plénipotentiaire envoyé par le cabinet «le Madrid. Le général Moncey fut nommé, le 3i août 179 a, commandant en chef de l'armée des côtes de Brest ; et, pendant tout le temps qu'il le conserva, il sut par sa justice et sa modération tempérer les rigueurs que les circonstances nécessitait-ut, et parvint même à éteindre une partie de la haine que les peuples de ces contrées portaient au gouvernement républicain. Eu 1797, il fut nommé commandant de la 11" division militaire (Bayonne). Se trouvant à Paris, au mois de novembre 1799, il y prit part à la journée du 18 brumaire an 8 9 novembre), et seconda les projets de Napoléon Buonaparte, qui, devenu premier consul , douna au général Moncey le commandement de la i5* division militaire (Lyon). Buouaparte, organisant une armée qu'il devait commander en personne en Italie , voulut la composer de l'élite des guerriers de la France, et donua à Moncey le commandement d'un corps de 20,000 hommes, avec lesquels ce général devait se lier à l'armée de réserve , au moment où celle-ci traverserait les Alpes pour descendre en Italie. Dès le 11 mai 1800, et après avoir franchi les neiges et les glaces du Saint-Golhard, la colonne du général Moncey se trouvait à Bellin/.ona, à la tète du lac Majeur. Elle s'empara ensuite de Plaisance, et arriva, le 7 juin, à Milan : à l'époque du 12 du même mois, elle occupait la Haute-Lombardie entre l'Adda, leTésin et le Pô. Le général Moncey concourut à la victoire remportée sur les Autrichiens à la célèbre journée de Marengo, le 14 juin. Il occupa la Valteline, après la conclusion de l'armistice qui suivit celte bataille. En 1801, le général Moncey fut employé a la même année, sous les ordres du eénéral en chef Brune. Il marchait avec son corps d'armée sur les deux rives de l'Àdige, pour faire sa jonction avec le général Macdonald; et ce mouvement devait avoir pour résultat d'enfoncer dons le pays de Trente les corps des généraux autrichiens Wukassowich et Laudon, lorsque ce dernier, par l'emploi d'un moyen, nommé ruse de guerre, mais peu couforme aux lois de l'honneur et de la loyaulé militaire , parvint à s'é-

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chapper, en faisant annoncer à Moncey qu'un armistice avait été conclu entre les généraux en chef des armée» belligérantes en Italie. Le digne et loyal Moncey, de soupçonnant pas que le général Laudon voulût tendre Urt piège à sa bonne-foi, consentit à suspendre les hostilités; et Laudon en profita pour faire filer ses troupes et les soustraire au péril imminent qui les menaçait. Le général Brune, instruit de ce qui se passait, se hâta de démentir le bruit du prétendu armistice, ôla le commandement de l'aile gauche de son armée au général Moncey, et envoya le général Davout pour le remplacer. Davout eut la générosité de ne point profiler de la disgrâce de son compagnon d'armes, et se borna à prendre le commandement de la cavalerie du corps d'armée de Moncey. Pendant la campagne, Moncey avait donné de nouvelles preuves de son habileté et de ses talents militaires, et s'était particulièrement distingué au combat de Monzabano, où il avait eu un cheval tué sous lui, et à celui de Rovercdo, où H avait fait grand nombre de prisonniers. Après la paix de Lunévillc, il reçut Te commandement des départements de TOglio èt de l'Àdda. Il fut nommé, le 5 décembre 1801 , premier inspecteur de la gendarmerie nationale. En 1804» il présida le collège électoral du département du Doubs, et fut élu, la même année, candidat au sénat-conservateur; par le département des Basses- Pyrénées. Napoléon le comprit dans la première promotion des maréchaux d'Cmpiie, décrétée le 19 mai 1804, et le fit grartd-cordori de là Lé- ^ion-d'Honneur, le 1" février i8o5. Le maréchal Moncey fut décoré de l'ordre d'Espagne de Charles M, au mois dé juillet de la mêmç année. En 180&, il fut envoyé en Espagne, à la tête d'un corps de 24,000 hommes, avec lesquels il passa la Bidassoa , le 36 janvier. Au 5o ma? de fa même année, son corps d'armée , portant le nom du corps d'observation des côtes de l'Océan , fut classé dans l'armée française d'Espagne aux ordres de Joachim Murât. Le ma» récital Moncey marcha, au mois de juin , contre les insurgés du royaume de Valence, les battit en plusieurs occasions, et acheva leur défaite au défilé d'Atinanza, le 3 juif-

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lef. Ayanl rejoint le gros de l'armée, il y eut le commandement de la gauche, et se distingua , au mois d'octobre, dans les affaires qui eurent lieu sur la rive gauche de l'Èbre contre les troupes espagnoles. Il fit cerner dans Lerin un corps ennemi de 1200 hommes, qui forent tous fait» prisonniers, ainsi qu'un colonel et 4<> officiers qui étaient à leur téte. Il commanda le 5' corps d'armée employé an . second siège et à la prise de la ville de Sarragosse, défendue alors par le général espagnol Palafnx, 35 à 4° mille? hommes de troupes réglées, et environ i5,ooo paysans bien armés. Il fut remplacé, le 21 janvier 1809, par le général Junot , daos le commandement du 5* corps d'armée. Rappelé en France, il y présida une seconde fois le collège électoral du département du Doubs,et prit, en septembre 1809, le commandement de l'armée de réserve du Nord. Il ih /es campagnes de 1813 et i8i3. Il fut nommé, le 8 janvier 1814 » major-général commandant en second de la garde nationale de Paris, et déploya, le 3i mars, à la bataille livrée sous les murs de celte ville, nne fermeté de caractère et une présence d'esprit qui lui firent le plus grand honneur. Après la suspension d'armes qui suivit cette afTaire, le maréchal Monccy, qu'un ordre impératif obligeait de suivre l'armée, remit au duc de Montmorency le. commandement de la garde nationale parisienne. Il adhéra, le 1" avril, aux mesures prises par le sénat et le gouvernement provisoire, et fut nommé membre du couseild'état provisoire, le i3 mai. Après la restauration du trône des Bourbons et la rentrée du roi dans la capitale, le maréchal Moncey fut créé chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint- Louis, le 2 juin , et pair de France , le 4 du même mois. Il continua d'exercer les fonctions de premier inspecteur-général de la gendarmerie. En 181 5, lors de l'invasion de Buonaparte sur le territoire français, il adressa à la gendarmerie un ordre du jour, pour rappeler à cette arme les serments de fidélité qu'elle avait faits au roi. Buonaparte le comprit dans la liste des pairs de France, qu'il créa au mois de juin suivant; et celle circonstance fit perdre au maréchal Moncey son titre de pair , en exé^

en lion de l'ordonnance royale rendue, le 24 juillet survanf. Ayant refusé de présider le conseil de guerre nommé pour juger le maréchal Ncy, Moncey fut destitué de son grade de maréchal de France, par ordonnance royale du 29 août de la même année, et envoyé pour trois mois aux arrêts dans le château de IJam. Il rentra ensuite en grâce près de S. M., entre les mains de laquelle il prêta serment comme maréchal de France, le 14 juillet 1816. 11 fut de nouveau créé pair de France par le roi, le 5 mars 1819, et prêta serment en cette qualité, le 5o du même mois. S. M. le nomma gouverneur de 1 * 9* division militaire, le 5 avril 1820, et lui conféra la dignité de chevalier-commandeur de l'ordre du Saint-fisprtt , le 3o septembre de la même année. Le maréchal Moncey est l'un des fondateurs de la société instituée pour l'amélioration des prisons (1). Etats militaires , Moniteur \ annales du temps , tableau historique de la noblesse militaire , par TVaroquier, Paris, 1784, p> 25o.)

de JOIGISY, voyez de Blondel.

de JONZAC , voyez d'Esparbes de Lfssah.

JORDY (Nicolas-Louis, chevalier'), maréchal- de-camp, naquit à Anrecheviller, en Alsace , le 14 septembre i?58. II manifesta de bonne heure le goût des voyages et de Part militaire ; mais ses parents, n'ayant pas ass» z de fortune pour seconder ses inclinations, lui firent apprendre la chirurgie. Le jeune Jordy l'exerça dans les hôpitaux militai-

(1) Le maréchal Moncey a eu un fils, qui, après avoir été page de Napoléon, devint colonel du 3" régira nt debussards, qu'il parvint à conserver au roi, en mars i8i5. Il a été tué, en décembre 181-, de la manière la plus déplorable, par un coup de fusil de chasse, dont il avait fait, par accident, partir la détente en sautant un fo**é. » Le colonel Mon- »cey, dit \c Moniteur du ao décembre 1817, quoique a la fleur de 1 agp,

• comptait de longs et glorieux services, attestés par de nombreuse* «blessures. Sa bravoure et ses talents militaires l'avaient déjà rendu di-

• gne du nom qu'il portait. Sa perte est vivement sentie, par ses compagnons d'armes et par les amis de la gloire françabe. •

res de Schelestadt et de Strasbourg, depuis le i5 août 1774 jusqu'au 9 avril 1778. A cette dernière époque, Jordy s'engagea volontairement dans le régiment d'Alice, et y servit comme simple soldat, jusqu'au a3 août 1783. M. Jordy, père, acheta alors le congé de son fils, qui avait déjà luit deux des campagnes d'Amérique. Rentré dans ses foyers, Jordy fils s'y livra au commerce. Eu 17P9, a l'aurore de la révolution française, il fut nommé capitaine de lu garde nationale de sa commune. Le 6 mai 1790, ii fut fait chef de légion de la garde nationale de tout le canton d'arrondissement. Par ses soins et avec le concours des magistrats, il maintint la tranquillité dans le pays. La légion qu'il commandait coopéra efficacement ou rétablissement de Tordre, qu'avait troublé le fâcheux mouvement qui eut lieu à Vinci , Je 5i août 1791. Il fut élu, le 19 août 1792 , premier commandant du 1" bataillon du département de la Meurt h e, fort de 880 hommes , et le conduisit à Metz, où il reçut l'ordre de camper au fort de Belle-Croix avec un bataillon du régiment d'Auvergne. Le gouverneur de Metz ayant alors refusé de faire donner aux volontaires de la Meurthc les armes qui leur étaient nécessaires, le commandant Jordy parvint , par sa fermeté , à les obtenir. A peiue furent-elles délivrées qu'un parti de hulaus autrichiens vint faire le coup de pistolet jusque sur les glacis du fort de Belle-Croix; mais il fut repoussé avec perte par le 1" bataillon de la Meurthe et le brave régiment d'Auvergne. Quelques jours après cette affaire, Jordy reçut du général en chef Luckner Tordre de se rendre avec sou bataillon à l'armée du général Custines. Il marcha, à la tète de sa troupe, aux attaques et à la prise de Spire, Worms, Mayence et Francfort, et à l'attaque de Hanau. L'armée de Custine ayant battu eu retraite, Jordy qui, avec sou bataillon, se trouvait alors à Tarrière-garde , reçut ordre de tenir ferme, et se distingua dans cette occasion , en opposant aux ennemis, qui l'inquiétaient, un feu de chaussée par division en retraite, depuis Francfort jusque sous le canon du fort de Kœnigstein : il n'avait cependant pour couvrisses flancs que quelques chasseurs à cheval du y* ré-

giment. Rentré dans Mayenne, il y tint garnison dans la citadelle. Le 4 jauvier 1 71-17, le général Custines confia lu commandement du fort de Mars, sur ia rive droite du Rhin, au chef de bataillon Jordy, qui se maintint dans ce poste jusqu'au i5 juillet suivant , époque de la reddition aux ennemis de la place de Mayence. Pendant ce laps de temps, Jordy avait été chargé, le 10 mai, par le général Meunier, commandant des troupes sur la rive droite du Rhin , de s'emparer des îles de Weissenau défendues par 2 pièces de canon , et dans lesquelles se trouvaient 400 hommes , prussiens et chasseurs de Casse). En exécution de celte ordre, Jordy passa le Mein sur des radeaux, et surprit l'ennemi, qui abandonna ses canons et ses bagages, et qui se retira, laissant sur le terrain beaucoup de morts et de mourants. Jordy fut le seul Français qui dans cette action reçut une blessure. Le général Meunier étant mort des suites d'une blessure qu'il avait reçue le a juin, le général Aqbert-Dubayet, qui le remplaça, ordonna à Jordy d'enlever de vive force la batterie de la redoute de Guslawembourg, d'où était parti le coup de canon qui avait tué le général Meunier : cette redoute était gardée par 400 Prussieus. Dans la nuit du 8 au 9 juin, Jordy, étant à la tête de 3oo hommes du régiment de chasseurs à pied, traversa te Mein, parvint sans bruit jusqu'aux sentinelles avancées, les égorgea , pénétra , sans tirer un coup de fusil , dans la redoute, s'en rendit maître , et fît passer au fil de l'épée ceux des Prussiens qui refusèrent de se rendre. Après avoir fait enclouer les gros canons, il repassa le Mein, ramenant une petite pièce de canon et 2 obusiers. Dans la nuit du 10 au 1 1 du même mois, l'ennemi attaqua et débusqua du village de Costheim les troupes qui gardaient ce poste important. Jordy ayant reçu l'ordre de le reprendre , marcha à la téte du 1" bataillon des fédérés de Paris. Trois fois il se rendit maître du village, et trois fois il en fut repoussé; mais à la quatrième attaque, les Prussiens furent obligés de l'évacuer, et de se replier jusque sous la redoute de la Enquérie. Jordy s'empare alors d'un drapeau, et va le planter sur le parapet de la redoute. A cette vue et à la voix de leur

DES GENERAUX FRANÇAIS. g

chef, les soldats français se décident spontanément à vaincre ou à périr; ils redoublent d'efforts, entrent dans la redoutent, pêle-mêle avec les Prussiens, les en chassent, tournent le < mon de cette redoute contre l'ennemi, et demeurent maîtres de ce lieu, ainsi que du village de Costheim, qui venait d'être réduit en cendres. L'ennemi perdit dans cette affaire prèsdeSoo hommes; et Jordy y fut atteint d'un coup de baïonnette qui lui traversa la mâchoire inférieure et lui perça la langue. Dans le courant du même mois, Jordy fit, par sa fermeté, rentrer dans le devoir une troupe de grenadiers qui refusaient de faire un service qu'on leur avait prescrit : il courut risque de la vie dans celte occasion. Dans la nuit du 14 au i5 juillet suivant, les ennemis, sachant que l'armée avait célébré l'anniversaire de la fédération de 1790, crurent pouvoir surprendre le fort où commandait Jordy. A cet effet, 10,000 Prussiens se présentèrent, vers lesi 1 heures du soir; mais telles étaient les dispositions prises par Jordy, que cette tentative échoua , et que les Prussiens furent obligés de se retirer avec précipitation, laissant 1200 des leurs sur le champ de bataille. À la suite de cette affaire, fort honorable pour Jordy, il fut nommé, le 21 juillet, adjudant-général chef de brigade. La place de Mvyence ayant capitulé, le 25, Jordy en sortit à la tête de la première colonne des troupes de la garnison. Il arrêta encore à Sarre-Louis les effets d'une révolte parmi les soldats qui, depuis long-temps, étaient dénués de vêtements, et auxquels la solde de plusieurs mois était due. Il suivit la garnison de Mayence , sous les ordres d'Aubert-Dubayet, à l'armée des côiesde Cherbourg. Le 7 septembre, Jordy, remplissant les fonctions de général de brigade, fut chargé par le général Haxo de s'emparer du bourg de Rouâmes, où les Vendéens étaient retranchés avec de l'artillerie. Il parvint à s'en rendre maître , malgré les obstacles (pie présentaient le terrain et les fortifications établies par les royalistes. Il enleva d'assaut, le 24 octobre suivant, la petite ville de Verton , y prit 5 pièces de canon , leurs caissons, beaucoup de chevaux, et une soixantaine d'hommes. Le 21 novembre , il se mit, d'après les ordres du général en chef Thurreau , à

vu. a

Ja poursuite des Vendéens commandés par Charelle. H força le passage du canal de Grandlieu; se rendit m »ître de tout ee canal el du port de Saint-Père, et bat tilles Vendéens à Puzanne. Il emporta d'emblée la ville de Chollet, le rr janvier 1794» el* après une victoire complète , remportée sur les Vendéens* il les poursuivit jusqu'à Beau-r préau, dont il s'empara également, ainsi que du château fort qui servait en quelque sorte de place d'armes aux royalistes. Il marc ha ensuite sur l'île de Bouin; fit, le 16 du même mois, toutes ses dispositions pour l'attaquer et s'en emparer, dans l'espace de 24 heures, malgré la vigoureuse résistance que fil Charette à la téte de 800 Vendéens, dont près de 3oo restèrent morts sur le champ de bataille. Le général en chef ayant confié l'attaque et la prise de l'île de Noirmoutieisà Jordy, celui-ci résolutde surpretidre l'ennemi, et lit embarquer «le nuit toute sa troupe; mais il ne put aborder le rivage de l'île qu'à la pointe du jour. Les Vendéens coururent aux ai mes; el, dès le commencement de l'action, Jordy eut l'os de la cuisse gauche fracassé. Malgré la douleur que lui cause cette blessure, il se précipite dans la mer, du haut du bâtiment qu'il montait, se fait porter par ses soldats sur un brancard composé avec des fusils, dispose ses bataillons, les fait marchera l'ennemi au pas de charge, et enlève le bourg de Barbalre , malgré sa position avantageuse et l'artillerie qui le défendait. Il était environ une heure après midi lorsque Jordy, blessé dès le malin, et sentant ses forces affaiblies , fit prendre une bonne position à ses troupes. Il allait se retirer au moment où la réserve du général Haxo arrivait; mais il reçut dans ce moment une nouvelle blessure qui lui enfonça l'os pariétal et le renversa du brancard qui servait à le porter. On le crut tué; et sa mort fut même annoncée à la coovenlion par les représentants du peuple en mission près de l'armée. Cette attaque de Pile de Noirmoutiers coûta aux Vendéeens un très-grand nombie d'hommes tués, près de 100 pièces do canon, et beaucoup de munitions de toute espèce. Jordy guérit des blessures qu'il avait reçues, mais après avoir été trépané pour celle qui l'avait frappé à la tète. Il perdit l'usage

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d'un œil et celui de la main gauche. Nommé général de brigade après la prise de Noirinoutiers, il fut envoyé, lorsque sa santé le permit, à Tannée du Rhin, où, en considération de la faiblesse qu'il ressentait encore, on lui donna le commandement de la place de Strasbourg. Ayant demandé, le 8 novembre 1794» 11 " emploi plus actif, il fut envoyé près du général Desaix , qui commandait l'ai laque de droite au siège de Mayence. Il fut blessé grièvement, le 20 du même mois, dans une affaire au village deWeissenau : ce qui l'obligea deuouveau de quitter l'a rmée pour s'occuper de sa guérison. Le 3i juillet 1795, il fut rappelé par Desaix qui commandait en chef toutes les troupes dans le Haut-Rhin. Il proposa à ce général d'aller sur la rive droite du fleuve, pour examiner la situation des ennemis; et, celle offre ayant été acceptée, Jordy, après être resté pendant trois jours au milieu des troupes ennemies, rapporta tous les renseignements désirés par Desaix, qui donna les plus grauds éloges au dévouement et à l'intelligence de Jordy. Depuis cette époque jusqu'au mois de juin 1796, les opérations militaires du corps d'armée auquel Jordy était attaché se bornèrent à de fréquentes marches et contremarches ordonnées par Piehtgru. Le général en chef Moreau, étaut venu remplacer ce dernier dans le eoinrnaiidenient de l'armée du Rhin, donna ordre à Jordy d'organiser de fausses attaques depuis Baie jusqu'à Maiskolsheim , et même de tenter le passage do Rhin sur l'un des points qu'il jugerait le plus convenable. Le 24 du même mois de juin, Jordy arrive effectivement. SUT la rive droite, et y a une affaire avec un corps d'émigrés français, qui, après uu combat où de part et d'autre on déploya beaucoup de bravoure, fut obligé d'évacuer le village de Nouuenweiier (1). Jordy passa, le 14 juillet, dans la division du général Ferino, commandant l'aile droite de l'armée, et y eut le commandement de la brigade de

(1) Le même jour , le gros de l'armée avait effectué le passage du Rbia à Kebl.

gauche. Il se porta sur Sleinback, dont le pont avait été coupé; et, donnant l'exemple à' ses soldats, il passa le torrent sur des pierres, surprit les ennemis, les culbuta, et rétablit )e pont. Il se porta ensuite, et malgré la plus vive résistance, sur la ville de Haslack, où s'engagea dans chaque rue un combat opiniâtre, à la suite duquel l'ennemi fut obligé de battre en retraite, abandonnant une pièce de canon , ses blessés, ses malades, et environ 400 prisonniers- Donnant suite à ce premier succès, Jordy poursuit les ennemis l'épée aux reius jusqu'au point de Hauracb , où ceux-ci se mettent à couvert *oust a protection d'une redoute armée de 5 pièces de canon. Jordy fait alors avancer 2 pièces d'artillerie pour occuper l'attention de l'ennemi sur le front de la redoute. Il marche ensuite avec une partie de ses troupes, tourne la redoute, en cachant avec soin son mouvement, s'en empare, et chasse toujours l'ennemi devant lui. Arrivée près d'Hornberg, la brigade Jordy manquait de munition; mais son chef ordonne de marcher la baïonnette en avant : on obéit, et l'ennemi, épouvanté par celte manoeuvre, se retire avec précipitation. Le 17 juillet, Jordy traversa les montagnes qui avoisinent Elrach ; fit transporter ses canons sur les épaules de «es soldats, poursuivit un corps ennemi qui avait abandonné ses bagages, et arriva le môme jour à Willingen (1), position importante, en ce qu'elle assurait à l'armée fratiçaise tous les débouchés de la Forêt-Noire. Le 24 du même mois, Jordy chassa l'ennemi de Donaueschingen. Il força, le 2 août, la viHe de oloesktrch, et concourut, le 14, avec le général Abattucci a passer la rivière de Kamlach, et à battre le corps ennemi qui voulait s'opposer à cette opération. De concert avec le même général, Jordy effectua, le &4, le passage du Leck, et poursuivit de son côté les ennemis sur la route de Ratisbonne. Du a6 au 3o, il conlri-

(1) Le général F cri no, auquel il rendit compte de ses mouvements, lui répondit : « Doucement, doucement , mon cher général , n'allea pat à • Vienne avant nous. »

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hua à la prise de plusieurs ville? et villages dam la Bavière. Les 3i août et i*r septembre, le général Jordy fit des reconnaissances le long de l'Iser. Il seconda, le 5 septem-N bre, i'atlaque du générât Gouvion-Saitit-Cyr sur Freysingen, et s'empara de Moosbourg, le 7. A cette lanière époque, on apprit la retraite de l'armée de Sainbre-ct- Meuse aux ordres de Jourdan : ce qui mit celle du Rhin , commandée par Moreau, clans l'obligation de rétrograder. Dans ce mouvement, on chargea Jordy de couvrir avec sa brigade la retraite de l'aile droite. Les ennemis ayant essayé d'envelopper cette brigade qui se trouvait isolée de l'armée, Jordy fit former sa troupe en batail* Ion carré ; et, après une marche longue et pénible , pendant laquelle il fit souvent repentir les Autrichiens de l'audace qu'i/s mettaient à le harceler, il arriva enfin â Neustadf. Les fatigues que le général Jordy avait essuyées pendant trois iours et trois nuits, en combattant presque continuellement, firent rouyrir une blessure à la poitrine, qu'il avait reçue depuis plusieurs années, et le mirent hors d'état de continuer son service. On le transporta à Neuf-Brisach, où, pendant près de deux mois, les officiers de santé désespérèrent de le guérir. Après son rétablissement, on lui donna le commandement supérieur de cette place importante, ainsi que du fort Mortier. Il l'exerçait encore, lorsqu'il reçnt , le i5 avril 1797 , du général Desaix, commandant en chef par intérim l'armée du Rhin , l'ordre de se rendre à Strasbourg, pour y prendre le commandement de Tune des colones d'attaque pour le passage du Rhin, qui eut lieu le «20 du même mois. A cette action, les généraux Desaix et Duliesme ayant été blessés, le général Jordy, qui déjà avait assuré la g-niche de trois attaques, reçut l'ordre d'aller reprendre le village de Dicrsheim, dont l'ennnemi s'était ressaisi. Déjà Jordy, à la tête de ses troupes, avait culbuté l'ennemi hors du village, lorsqu'il fut atteint par une balle qui le frappa au front. Au même instant, il est entouré d'ennemis qui lui crient de se rendre, , et qui l'accablent de coups avec les canons de leurs fusils, pour le jeter à bas de son cheval; mais Jordy, qui lui-même

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croyait sa blessure morte lie, voulut vendre chèrement les restes de sa vie; et, dès qu'il fut revenu du premier étourdissement causé par cette blessure, il se releva, et se mit à frapper en désespéré sur tout ce qui l'entourait. Quclques g^pnadiers de la io* demi brigade d'infanlerie, venant alors à son secours, le dégagèrent, el firent même prisonniers les Auliichieus qui l'entouraient. Sur ces entrefaites, le général Vandame, qui commandait en chefsurce point ayant été blessé, et le moment étant décisif pour le succès de l'opération, Jordy, harassé de fatigue et tout couvert de son propre sang, n'en continua pas moins de rester à la tête des troupes depuis ce moment (10 heures du matin) jusqu'à la fin du combat , qui se prolongea assez avant dans la nuit. A dix heures du soir, Jordy fut mandé par le général M or eau, qui le fit panser en sa présence, le combla d'éloges, et lui conseilla de rétrograder jusques sur les bords du Rhin . pour soigner sa santé. Jordy persista à rester à la lête des braves qu'il commandait, et se trouva avec eux aux affaires du 21 , et notamment à Ferstell, où l'ennemi fut complètement battu (1). Jordy ayant été chargé par le général en chef Moreuu de dissiper un rassemblement de fuyards qui iuquiétaieut les denièresde l'armée, s'acquitta parfaitement de celte mission. Le traité de Campo-Foruiio vint alors mettre un terme aux hostilités ; mais la guerre ayant recommencé avec l'Autriche, Jordy se trouva placé, le 16 novembre 1797» sous les ordres du général en chef Augereau , qui lui confia le commandement de la division dont sa brigade (celle de Jordy) faisait partie. Le 14 janvier i7<>8, Jordy reçut l'ordre de faire évacuer sur Strasbourg tous les magasins militaires de l'armée française qui se trouvaient sur la rive dioile du Rhin, et de rentrer en France avec la division sous ses ordres. A son

(1) Le directoire-exécutif écrivit au général Jordy, sous la date du 1* février an 5 (irr mai 1799), Puur ,c féliciter *ur la bravoure qu'il avait déployée au passage du Itbio, et l'assura en même temps que sa conduite lui avait acquia de nouveaux droits à l'estime publique.

DES GÉNÉRAUX FRANC 419. l5

arrivée, Jordy jeçut du général Àu^ereau un sabre d'honneur que le directoire-exécutif lui avait décerné; et il eut en même temps le commandement de» troupes cantonnées dans le Haut-Rhin. Il reçut, le 26 février, du général Sainte- Suzanne, l'ordre de prendre le commandement supérieur de toutes les places du département du Haut-Rhin, de les visiter, de rendre compte de leur état, et de prendre possession delà ville de Mulhauseu, réunie à la France. Jordy ne put exécuter entièrement cet ordre, ayant été chargé par le directoire- exécutif du commandement de l'avant -garde de l'armée qui, sous les ordrt'* du général Schawembourg, fit la conquête de l'Hclvétie. Celle pénible campagne, pendant laquelle le général Jordy s'était de nouveau signalé en de nombreuses occasions , acheva d'épuiser ses forces et l'obligea de demander un emploi sédentaire. Il fut nommé, le il\ mai 1798, commandant de la p/ace de Strasbourg, et y eut occasion de déployer plus particulièrement la fermeté de son caractère, en faisant rentrer dans le devoir une demi brigade qui, le 16 octobre 1799, sous le prétexte que la solde lui était due, refusait de passer sur la rive droite du Rhin. N'ayant pas accepté le grade de général de division qui lui avait été conféré précédemment, Jordy ne put conserver le commandement de la place de Strasbourg, et fut nommé, le 14 janvier 1 80 1 \ à celui de Landau. Il fut nommé membre de la Légiond'Honneur, le îa décembre i8o3. Il reçut, le 11 octobre 1806 , l'ordre de quitter Landau , et d'aller prendre le commandement supérieur de la tête de pont de Casse!, vis-à-vis Mayence. Ou plaça sous ses ordres les troupescantonnées sur la rive droite du Rhin, et on le chargea de surveiller et d'activer les travaux de fortificati ons ordonnés pour cette tête de pont. Le 27 novembre suivant, le maréchal duc de Valmy lui confia le commandement d'une colonne de 5ooo hommes de troupes de toutes armes, et le chargea de la conduire au quartier-général de la grande armée , alors établi à Berlin. Jordy ne put rejoindre ce quartier général que le i3 janvier 1807, à Varsovie. Chemin faisant, il avait grossi sa troupe de tous les isolés res-

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tés suc les derrières de l'armée; et U fut félicité à cet égard par Buonaparte, lors de la revue que celui-ci lit de la colonne de Jordy. Le ><) du même mois, Jordy, qui, dût» le 94 avait été nommé commandant-supérieur à Thorn , sur la Yistule, partit pour se rendre à cette destination. : il n'y arriva qu'après avoir surmonté des obstacles infinis, et qui mirent sa vie en danger. Les soins qu'il donna à la reconstruction du pont, que les glaces enlevèrent plusieurs fois, Curent d'une grande utilité à l'armée; et le zèle qu'il déploya pour l'approvisionnement des magasins de subsistances, et surtout pour le rétablissement des hôpitaux, sauva une infinité de Foançais, malades ou blessés, qui auraient péri faute de secours. Jordy fit preuve d'un courage et d'un dévouement héroïques, le 7 août 1807, eu sacrifiant géné* reusemeut sa vie , pour sauver la ville et les habitants de Thorn, meuaeés d'une destruction qui paraissait inévitable par l'explosion d'une prolonge remplie de poudre. Sou intrépidité donna un exemple qui , suivi par quelques braves, empêcha un incendie déjà terrible de se communique à un magasin rempli de 100 milliers de poudre, et qui, eu sautant, eût fait de toute la ville de Thorn un monceau de décombres et un tombeau pour une partie des habitant. La paix ayant été faite après la bataiMe de Friedland , le général Jordy partit de Thorn, le 26 août, et se rendit au grand quartier-général à Berlin, pour y attendre une destination ultérieure. Le 22 octobre, il reçut l'ordre de se rendre à Mayence pour y commander la place; et, le 18 novembre, celui d'aller reprendre son commandement de Landau. Il a été créé chevalier d'empire, par décret impérial du 12 du même mois de novembre, et son diplôme a été scellé et enregistré, le i4- Un décret du 1*" juin 1812 le nomma commandant de la place de Genève; et H cumula avec cet emploi celui de commandant du département du Léman et d'inspecteur- général pour les retraites et Les réformes. Napoléon lui confia le commandement supérieur de la même place, par lettres du 28 novembre 181 3. Assiégé par environ -.m>,ooo hommes de troupes alliées, qt, n'ayant pas à sa disposition 100 hommes en état de se dé-

DES GENElACX FRANÇAIS* I J

fendre dans une ville mal fortifiée, et ne voyant point arriver les renforts que le gouvernement lui avait f.iit espé* rer, il se détermina à rendre la place, et à ne pas l'exposer inutilement au risque d'être incendiée. A quelque temps delà, le général Jordy fut frappé d'une attaque d'apoplexie, qui lui ôta l'usage de ses deux jambes, et l'obligea de se servir de béquilles. N'espérant plus de guérisnn , il sollicita et obtint son admission à la retraite, après 3a ans de services, et à l'âge de 5y ans. S. A. K feu Mgr. le duc de Berry a daigné accorder à ce brave vétéran de l'armée française la croix de l'ordre royal et militaire de Saint- l ouis, le a octobre 181 4; et le recevoir elle-même chevalier de cet ordre, le 4 du même mois Postérieurement à cette époque, le général Jordy a été fait chevalier de Tordre royal et militaire de M a xi. mil ien- Joseph , de Bavière. Pendant le cours de ses longs services, le général Jordy a fait preuve d'une probité et d'un désintéressement qui lui ont mérité la considération et l'affection des peuples chez lesquels il a fait la guerre. A l'époque 011 les fureurs révolutionnaires livraient à la mort beaucoup de Français, Jordy eut le généreux courage de s'exposer pour défendre quelques personnes appartenantes à l'ordre de la noblesse ou à celui du clergé : plusieurs d'entr'elles lui du* rent la vie. Sous le règne impérial, il n'a joui d'aucune faveur, quoiqu'il en méritât par ses services; et l'on suppose que cet oubli eut pour cause rattachement que Jordy n'a cessé de montrer pour le général en chef Moreau , qtii l'honora de son estime et de son amitié, {b.tats et brevets militaires , Moniteur, annales du temps.)

de la JOR1E , voyez Malet.

JOUA-N (Jacques-Casimir) , maréckal^de-camp, naquit à Saint-Christophe-du-Faocq, près de Cherbourg, le 4 mars 1767. Il s'enrôla volontairement , le a5 octobre 1791 , dans le a* bataillon du département* de la Manche, où il fut faît lieutenant de grenadiers. Il y devint capitaine, le 7 novembre 1793, et passa avec le môme grade dans la demi-brigade formée avec le bataillon du département de l'Allier, par suite de l'amalgame qui eut lieu le 5 janvier 1794* H entra

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ensuite, et également avec le grade de capitaine, dans la 27* demi-brigade de ligne , par le résultat d'uu second embrigadement, qui eut lieu le 22 septembre 1796. Il devint chef de bataillon , le 20 avril 1 Ho 7, et fut employé dans la division des grenadiers réunis sous les ordres du général Ou il im>t , jusqu'à la dissolution de ce corps, en février 1809. 11 fut placé à la suite du 34" régiment de ligne , depuis le 29 janvier 1808 jusqu'au 22 février 1809, époque à laquelle il passa au 96* de ligne. Il entra dans la garde impériale , le 20 août 1810. Devenu commandant du 70 régiment de voltigeurs de la môme garde, le 28 mars i8i5, il fut fait colonel-major commandant le 1" régimeut de la même arme , le 26 mai i8i3. Ou lui conféra le grade de général de brigade, le iw octobre de la même année. Depuis son entrée au service jusquà cette dernière époque, le général Jouan avait fait les campagnes de 1792 et 1793 aux armées du Rhin , de la Moselle et du Nord , et celles de 1794 et 1796 aux armées de l'Ouest et des côtes de l'Océan. Il s'était embarqué, le i5 décembre 1796, sur la frégate la Félicité, faisant partie de l'expédition contre l'Irlande. Il avait ensuite servi aux armées du Danube et du Rhin, en 1799, 1800 et 1801 ; dans l'intérieur de la France, en 1802; en Helvétie, en i8o3; dans l'intérieur, en 1804 et partie de i8o5, et à l'armée du Nord, également en i8o5. Il avatt fait les campagnes de Prusse et de Pologne, en 1806 et 1807; celles de la grande-armée d'Allemagne, en 1808 et 1809; celles d'Espagne, en 1810 et 181 1; et enfin celles de 1812 et 18 13, à la grande-armée d'Allemagne. Il s'était trouvé à de nombreux combats et batailles, et notamment à ceux de Yalmy, du Mont-Pellingen, d'Hom bourg, de Deux-Ponts, de Landshutt , de Lannoy, de Turcoag, de Lens , de Templeuve, de Roubaix , etc. , etc. ; à la conquête de la Hollande; au blocus d'Ulm; aux batailles d'Hohenlinden , d'Iéna et d'Ostrolenka ; au siège de Dantzick au combat d'Holsberg; aux batailles de Friedland, d'Ecmulh, de Ratisbonne, d'Esling, de Wagram, de Bautzen et de Dresde. Il s'était distingué dans plusieurs de ces affaires, et s'était également fait remarquer dans plusieurs

combats livrés en Espagne, et particulièrement à celui d'Aranda-de-Duero. Il avait été blessé d'un éclat d'obus à la hanche gauche, à la bataille de Valmy, le 30 septembre 179a; d'un coup de feu à la tête, en Bavière, en 1800; d'une balle au bras gauche, à la bataille d'Iéna , le 14 octobre 1806(1) ; d'un coup de mitraille à l'extrémité supérieure de la cuisse gauche, à la bataille de Wagram, où il eut 3 chevaux tués sous lui, le b juillet 1809; et enfin il avait eu le bras gauche emporté par un boulet de ennon à la bataille de Dresde, le 26 août i8i3 , après avoir franchi et forcé le passage de la porte de Plauen, a h\ tête de l'arrière-gardc de la division Dumoustter. Celte dernière blessure ayant obligé le général Jnuan de quitter l'armée active, il fut nommé, le 18 décembre de cette même année 18 15, commandant du département du Léman et de la brigade de Genève. Par arrêté du sénateur comte de St.- ValKer, commissaire extraordinaire du gouvernement, en date du 21 janvier 1814* le général Jouan fut chargé de l'approvisionnement el de la défense des places fortes des H aules- Alpes ; mais cetordre lui étant parvenu tardivement à Nanci, où il se trouvait alors, il ne put arriver au poste qu'on lui avait assigné avant les ennemis qui avaient traversé la Suisse pour s'y rendre. Il fut appelé, par ordre du 18 mai 1814, au commandement du département delà Drôme (7' division militaire), conserva cet emploi jusqu'au 28 juillet suivant , et fut mis à la demi-solde de non-activité, le 1er septembre de la même année. Remis en activité, par ordre des 1S et 25 avril 181 5, il eut le commande-

(1) Dans cette bataille mémorable, le général Jouan, qui n'était encore alors que capitaine, ayant eu, momentanément, au commencement de l'action , le commandement du bataillon de grenadiers de Pavant-garde du 5* corps d'armée , se trouvait placé avec ce bataillon en avant du plateau où l'armée se formait. La position était difficile : il fallut essuyer de la part de l'ennemi une canonnade soutenue et les cierges de 1 escadrons de cavalerie. Jouan repoussa l'ennemi, et conserva sa position jusqu'à l'arrivée du jr" corps. Il reçut sur le terrain même 1rs félicitations du major-général de l'armée.

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ment du département de l'Ardèche, depuis le 4 ma> iusqu'au 9 août) époque à laquelle U rentra en demi-solde. Il fut définitivement admis à la retraite, comme amputé, le i" juillet i3i8. (Etais mUit., Moniteur, annales du temps.)

JOUBERT (Barthélémy-Catherine), général en chef, naquit à Pont de-Vaux, le 14 avril 1769. A Page de i5 ans, il quitta ses études pour servir dan*» un régiment de car n miniers : mais «ou père, le destinant à suivre la carrière du barreau, l'envoya terminer ses études à Lyon. Joubert les achevait à l'université de Dijon, lorsque la révolution française, en 1789, favorisa ses penchants militaires. Dès lors, il entra dans la garde nationale, et s'occupa presque exclusivement à acquérir des connaissances dans l'art de la guerre. En 1791, il s'enrôla volontairement, et servit dans tous les grades inférieurs depuis celui de grenadier. Il était devenu lieutenant d'infanterie, lorsqu'il se distingua à la prise de Nice , de Mont al ban, de Villefranche, d'Oneille, etc. Chargé de défendre, avec 5o grenadiers , une redoute établie sur le col de Tende, il s'y trouva en-» veloppé, au mois de septembre 1795, par 5oo Piémontais. Malgré l'infériorité du nombre, il se défendit avec la plus grande intrépidité , et ne se rendit que lorsque la redoute fut pulvérisée par le canon » sa troupe totalement à découvert, et lui-même grièvement blessé à la main par un éclat de pierre. Revenu en France , sur parole, il attaqua publiquement et avec courage les mesures révolutionnaires et horriblement tyranjiiques que les commissaires de la convention nationale prenaient alors dans les départements de l'Ain et du Mont-Blanc. Nommé adjudant-général, le 10 mai 17*4, il alla servir en cette qualité à l'armée d'Italie. I! fut chargé , au mois de juillet 1795, d'attaquer, avec 5ooo hommes, un pareil nombre de Hongrois retranchés à JMeiaguo, dans une position très- fort i liée. Cette affaire fut des plus sanglantes; et Joubert, après y avoir personnellement combattu avec beaucoup de valeur, ne fit sa retraite que sur un ordre positif du général en chef, et après avoir perdu 4 chefs de bataillon, 5a officiers et plus du

quart de ses troupes. N'ayant pas été compris daos le classement des adjudants -généraux, qui eut lieu quelque temps après , Joui» r I se retirait 4e l'armée , lorsque le général Kellenriann, qui avait su apprécier ses talents militaires, lui donna Tordre de continuer son service. Jouberl reçut bien* tôt après le brevet d 'a d judant -général chef de bataillon. S'étant fait remarquer par son zèle et sou sang froid à la bataille de Loano , en novembre 1795, il fut nommé général de brigade sur le champ de bataille. Il se distingua, au mois d'avril 1796, à la bataille de Mootenote, par laquelle le général en chef Buon a parle ouvrit la campagne. Le 10 du même mois , à Millésime, ayant pénétré avec 7 hommes dans les retranchements ennemis , il fut frappé à la téte et renversé : le bruit de sa mort s étant répandu parmi sa troupe, y jeta le découragement ; mais Jouberl, reparaissant bientôt à la tète de la colonne, marcha de nouveau aux euuemis, les poursuivit ; et, de cooeert avec le général Ménard , il réussit, par une manœuvre hardie et rapide, à envelopper, près de Cossaria, uu corps de i5oo grenadiers autrichiens, commandé par le général Provera, et qui fut forcé de se rendre prisonnier de guerre. La conduite que Joubert tint en cette occasion le fit remarquer par legénéral en chef, qui, dans son rapport officie] au directoire-exécutif, s'exprima ainsi : « L'intrépide Joubert était tout à la fois un grenadier par »pon courage , et un général par ses talents et ses connaissances militaires. » Joubert prit part, le 1 5 du môme mois, au combat de Dego et aux attaques par lesquelles les Français forcèrent le général piémontais Colli d'évacuer le camp retranché de Ceva. Deux jours après , au passage du Tanaro , il fut atteint à la poitrine par une balle morte, en poursuivant les Autrichiens, qui se retiraient sur Mondovi. Il se trouva, le 25 avril, à la bataille de Mondovi, gagnée par les Français, et doot les suites leur furent pi avantageuses. 11 s'avança ensuite sur Turin, et s'empara de la petite ville de Cherasco. L'occupation par l'armée française de 4 forteresses importantes du Piémont ayant ouvert l'entrée de la Lombardie, Joubert passa le Pô , poursuivit les ennemis jusque sur Lodi, entra dans Milan , et cerna la forterepse,

nous le feu de laquelle il resta pendant huit jours. Il s'empara ensuite de Vérone. La forteresse de Mantoue ayant été investie par les Français, Joubert prit position dans les montagnes du Tyrol, de manière à pouvoir en garder les issues. Il força, le 28 juin, le retranchement du col de Campione, entre le fort de Garda et l'Adige (1). Il gardait le défilé important de la Corona , lorsque, vers la fin de juin , le général autrichien Wurmser arriva avec 3o,ooo hommes, et attaqua vivement les troupes de Joubert. Ce dernier défendit le poste qu'il occupait pendant toute une journée, et n'opéra sa retraite que lorsqu'il se vit sur le point d'être enveloppé. Il contribua aux succès remportés sur les ennemis à Fano et U Lonado, ainsi qu'au gain de la bataille de Gastiglione, le 6 juillet. Après la bataille d'Arcole , Joubert, chargé du commandement de l'arrière-garde des deux divisions réunies des généraux Masséna et Yaubois, atteignit, le 21 novembre, l'armée ennemie, sur les hauteurs de Campara, entoura un corps qui formait l'arrière-garde , et lui fit 1200 prisonniers. Ses brillants services lui valurent alors le grade de général de division. Le îa janvier 1797, les Autrichiens ayant attaqué la division Masséna sur la ligne de Montebaldo , en avant de Vérone, Joubert se précipita sur les ennemis qu'il mil en déroute, et sur lesquels il fit 5oo prisonniers, après un combat opiniâtre. Le 14 du même mois, jour de la bataille de Rivoli, les Autrichiens dirigèrent leurs manœuvres de manière à envelopper la division Joubert, et s'emparèrent du plateau de Rivoli. Le feu terrible qui partait de ce point faisait de tels ravages dans les rangs français, que l'on crut la bataille perdue ; mais Joubert , ayant rallié ses troupes, et s'étant mis à la tête des grenadiers, attaque avec fureur ce plateau défendu par 5oo hommes, s'en empare, culbute les Autrichiens dans l'Adige, et leur en-

(1) t Dans cette fatigante et rude journée, écrivait Joubert, je por-

• tai les ordres moi-même , ne pouvant trouver personne qui y mit assec

• de promptitude.»

lève plusieurs pièces de canon. De nouvelles troupes ennemies s'étant portées sur le plateau, Joubert y soutint le choc de trois attaques successives, et parvint à conserver ce poste important , le seul point par lequel l'ennemi pouvait faire déboucher son artillerie et sa cavalerie. On dut ainsi à Joubert une partie du succès de cette mémorable journée qui décida du sort de l'Italie , eu amenant la red dition deMantoue, et qui ouvrit en outre aux Français l'entrée de l'Allemagne. Le lendemain de cette affaire, Joubert tourna l'ennemi qu'il gagna de vitesse, et lui coupa la retraite, en s'emparant de la Corona , où il fit 600 prisonniers. De là , il se porta sur le Trentin, atteignit l'arrièrcgarde autrichienne, la mit en déroute , et se rendit maître de Trente, le 3 février. Chargé, le 20 mars, par le général en chef Buonaparte d'opérer dans le Tyrol contre les généraux Kerpen et Laudon, avec les trois divisions qui formaient la gauche de l'armée d'Italie, Joubert réussit à traverser les terribles défilés de ce pays, et, après divers combats, à s'emparer de Botzen. Coupant la retraite de la colonne commandée par Laudon , il marche rapidement sur Clausen, où l'ennemi s'était retranché, gravit des rochers escarpés, perce le centre de cette colonne ennemie, et, aprèsVayoir séparée de l'armée que l'archiduc Charles d'Autriche commandait alors dans la Carinlhie, la met en déroute, et force, le 28 mars, les gorges dTnspruck défendues par des bataillons tirés de l'armée autrichienne des bords du Rhin. En s'emparant de tous ces passages , Joubert courut souvent de grands dangers, dont il ne sauva son armée que par la rapidité de sa marche et de ses manœuvres et par la vivacité de ses attaques. Dans cette expédition, qui lui fit le plus grand honneur, Joubert livra 7 combats, filgooo prisonniers, enleva i2piècesdecanon, et parvint à opérer sa jonction avec la grande-armée française sur la Drave (1). Tous ces succès contribuèrent beau-

(1) Lorsque Joubert arriva à ta tente de Buonaparte, la sentinelle avait ordre de ne laisser entrer personne. Joubert insiste et force le pas-

WCTIOÏWÂIRE HÏSTOfUQfrï

coup à amener la signature <Kr traité de paix de Léoben ; aussi Rcronaparte voalut-il que Te guerrier qui par sa valeur et ses talents avait eu une grande part aux lauriers cueillis en Italie, fût chargé de porter au «firectoire-exécu* tif le drapeau qu'en voyait cette armée, et sur lequel se trouvaient rappelées les victoires remportées par elle, ainsi que les traités qui en avaient été le résultat. Pendant que la paix se négociait à Kastadt, fe directoire donna à Joubert le commandement des troupes françaises stationnées en Hollande, et chargea ce général de favoriser le changement du gouvernement qui eut lieu dans Cette république. Lorsque cette mission fui remplie, le directoire appela Joubert au commandement de l'armée de Mayence, et l'envoya, en octobre 1798, commander en chef celle d'Italie, en remplacement du général Brune. Après s'être occupé de réorganiser cette armée et d'y rétablir la discipline, Joubert' seconda , par ordre du gouvernement français, la révolution qui s'opéra en Piémont, au mois de décembre, et par suite de laquelle le roi de Sardaigne fut détrôné. L'occupation de Turin , d'Alexandrie et de No*varre par l'armée française, et les mesures prises pour amener ce monarque à abdiquer la couronne, furent exécutées avec tant de célérité et de secret, qu'en trois jours tout fut terminé. Joubert se porta ensuite sur Li>vourne ; mais chemin faisant, il reçut un contre-ordre; et deux commissaires du directoire - exécutif arrivèrent, chargés de traverser ses opérations. Joubert donna alors sa démission , et revint à Paris. A la révolution du 5o prairial an 7 (18 juin 1799), qui renouvela le directoire. Joubert fut nommé commandant de la 17* division militaire (Paris). En juillet de la même année , il alla reprendre le commandement de l'armée d'Italie, à la téte de laquelle était alors Moreau (1). Joubert se rendit à Gènes; et,

sage. Aux cris du factionnaire, Buonaparte sort, reconnaît Joubert . l'embrasse, et dit au soldat étonné : • Va ! le brave Joubert, qui a for- » ré le Tyrol , a bien pu forcer ta consigne. •

(1) Cette armée avait perdu presque toutes ses conquêtes; et le gou-

après des témoignages réciproques d'estime et de confiance entre lui et Moreau, ce dernier remit à Joubert le commandement, et se décida à servir bous ses ordres. A cette époque ,les Autrichiens s'étant emparés d'Acqui , Joubert passa par les montagnes du Mon! ferrât avec ao,ooo hommes, reprit Acqui, et se rendit maître deCaprata. Ayant fait sa jonction avec l'armée de Naples, commandée par Championne* , ii marcha sur Novi, avec le projet de débloquer Tortonne, et d'entrer dans les plaines du Piémont. Joubert allait avoir à combattre les 70,000 Augtro- Russes commandés par le général Soworow, et il n'avait à leur opposer qu'environ 45»ooo hommes, dont une portion était composée de nouvelles recrues. Il prit position et s'affermit sur les hauteurs, eu plaçant sa droite sur les bords de la Scrivia, son centre à Novi, et sa gauche à Baxaluzzo. Naturellement porté à un sysième d'attaque, Joubert paraissait décidé à livrer bataille, lorsque le développement des forces de l'ennemi et les avis de ses généraux le déterminèrent à ajourner aru lendemaiu sa résolution; mais il fut prévenu » Ici 5 août , dès 5 heures du matin , par une attaque impétueuse que firent les Russes, en avant de Novi, où Joubert se trouvait en personne. En parcourant les rangs, Joubert disait aux troupes : « Camarades, la république • nous ordonne de vaincre , et je le lui ai promis. » Les soldats, qui estimaient et chérissaient leur chef, l'accueillirent par les cris unanimes de vive Joubert. Celui-ci, voulant animer ses guerriers par son exemple, marche à la tête d'une colonne de grenadiers en criant : « Eu avant! en » avant l » Atteint au flanc droit d'une balle qui pénétra

vernement directorial , menacé de toutes parts, paraissait prêt à s'écrouler. Les meneurs d'alor« offrirent le pouvoir au général Moreau, qui le refusa. Ils jetèrent les jeux sur Joubert; mais, ne le trouvant point encore assez environné de gloire militaire, il* parvinrent a lui faire donner le commandement de l'armée d'Italie, afin qu'il pût, comme général en chef, obtenir quelques succès, et revenir ensuite en France exécuter ce que Buonaparte fit au 18 brumaire (9 novembre 1799). Biographie universelle , tom. XXII, pan, 49*

vu. i

a 6 DICTIONNAIRE HISTORIQUE

jusqu'au cœur, Joubert tombe de cheval, faisant signe de la main, et criant encore : • En avant, me» amis! marchez » toujours. » Puis, se tournant vers son aide-de-camp: t Prenez , lui dit-il , mon sabre , et couvrez- moi. • En prononçant ces dernières paroles, Joubert expira sur le champ de bataille , à l'âge de 3o ans. Les Français , furieux de la perte de leur général, se jetèrent en désespérés sur les ennemis, qu'ils enfoncèrent à plusieurs reprises; et ils ne cédèrent enfiu le champ de bataille qu'accablés par le nombre et la fatigue , et après un combat sanglant, qui dura pendant douze heures. Joubert unissait les vertus publiques et privées aux qualités du guerrier : il vivait avec beaucoup de simplicité, et soii désintéressement égalait sa bravoure (i). Il fut regretté par l'armée, par la France entière, et par le gouvernement , qui témoigna à sa veuve combien la perte de ce jeune héros lui était sensible. Sa dépouille mortelle fut apportée en France , où on lui rendit les plus grands honneurs, et on la déposa aufort Lamalgue, qui prit alors le nom de fort Joubert (a). Les conseils du gouvernement déclarèrent que Joubert avait bien mérité de la patrie, et son éloge fut prononcé dans leur sein par Chénier, Garât et Ré boni. Un décret rendu plus tard par Napoléon Buonaparle , ordonna qu'un monument serait élevé à la mémoire de Joubert dans la ville de Bourg (Ain) , chef-lieu du département dans lequel ce grand capitaine était né (3). Etats militaires, Moniteur, annales du temps , Biographie universelle , ancienne et moderne , lome XXII, pag. 46.)

(i) Pendant sa campagne da Tyrol, Joubert exigea que l'on employât aux besoins de sa division les sommes destinées à son traitement et à ses dépenses personnelles.

(a) La translation de ses restes a été faite, en 1818, à Pont de- Vaux.

(5) On a dit de Joubert : « Il a laissé deux filles immortelles ; sa cam- • pagne du Tyrol et la bataille de Novi. »

de JOLBERT (Joseph- Antoine- Rem-, vicomte) , maréchal-de-camp, naquit à Angers, le n novembre 177a. Il entra au service comme volontaire djns le iw bataillon du département de Maine et Loire, le i5 septembre 1791 ; y fut fait sergent, le 16 décembre 1792; sergent-major, le 10 Janvier 1793.; sou$-lieutennnt, le ij février 1794, et lieutenant, le 20 du même mois. Il fut incorpore avec son bataillon dans la 85- demi brigade, le 19 juin 179?, y servit dans son grade de lieutenant, et fut fait capitaiue, le 3o octobre 179p. Il passa avec le même grade au régiment des dromadaires, le 1* février 1797. On le nomma adjoint aux adjudants-généraux, le 22 juillet 1800. Il devint aidede-camp du général de division Lagrange, le 16 mars 1801; fut nommé chef de bataillon au 64,* régiment d'infanterie de ligne, le 29 janvier 1802 , et devint colonel du même régiment, le 20 janvier 1806. On le fit colonel du, 3o* régiment d'infanterie de ligne ,. le 9 novembre 1808. 11 fut promu au grade de maréchal- de-camp, le 6 août 181 1. Depuis sou entrée au service jusqu'en 1814 inclusivement, le général Jouberi a fait la campagne de 1791 à l'armée du Nord , et ce\le de 1792 à l'armée des Alpes. Il a servi eu Italie, en 1793, 1794, 1795, 179$ et 1797. Il a fait partie de J 'armée d'Orient, et a fait les campagnes de 1798, 1799, 1800 et 1801 eu Égy.pte et en Syrie. Ii a été employé à. Tannée des côtes de l'Océan , en. 1804 et i8o5 , et à la grande-armée d'Allemagne pendant les campagnes de i8o5, 1806, 1807, 1808 et 1809. Il a fait partie de l'armée d'expédition de Russie, en 1812 , et a servi en Saxe et en France pendant les campagnes de 181 3 et 18 i4- U servit au siège de Verdun, en 1792; combattit à Jemmapes, la, même année, et se trouva aux sièges de Maestriclil et de Yaleuciennes. Feudant ses caoïpagnes en Italie, il marcha à la prise de Mondovi et de Ceva; combattit à Dego, au passage du pout de Lodi et au passage du Mincio. Il se distingua, le 14 janvier 1797, à la bataille de Rivoli, où, â la tête de 5o hommes du 85' régiment de ligne, il fit aooo Autrichiens prisonniers de guerre. Il combattit avec valeur au passage du pont d'Àrcole et à la bataille de Cas-

figlione ; marcha ave c l'armée lors de son passage dan» le Tyrol, et se trouva à la prise d'Alexandrie. Pendant l'expédition d'Égyple , il combattit à Chebreiss ; à la bataille des Pyramides ; à celle du Caire ; à l'affaire de Salahie, et servit au siège de d'El-Arisch en Syrie, où il fut blessé de deux coups de feu aux deux cuisses. Il concourut à la prise de Jaffa et au siège de Saint-Jean-d'Acre, et se trouva aux batailles d'Aboukir , d'fléliopolis et d'Alexandrie. Revenu en France avec les débris de l'armée d'Orient , il fut employé à la grande- armée , et s'y trouva à la prise d'Ulm et aux batailles d'Téna, d'Ëylau, de Friedland et d'Eckmulh; à la prise de Ratisbonne; aux affaires d'EssIing et à la bataille de Wagraru. II fut blessé grièvement d'un coup de boulet au pied gauche , a la bataille d'Austcrlitz, le 2 décembre i8o5, et reçut un coup de feu à la jambe gauche, à la bataille de Wagram, en 1809. Dans la campagne de Russie , en 1812 , il 6e trouva à la prise de Smntensk, à la bataille de la Moskowa,et au passage de la Bé rézina, lois de la désastreuse retraite de Moscou. Il combattit, en i8i3, aux batailles de Lulzen et de Bautzen; aux affaires de Dresde, et aux batailles de Léipsick et de Hanau. Pendant la campagne de France, en 1 8i49 il se fit remarquer à l'affaire de Montmirail et au combat de Brîenne. Après la chute de Napoléon Buonaparte et la restaura* tion du trône des Bourbons, le général Joubert fut employé d'abord comme adjoint à l'inspection -générale de l'infanterie, par ordre du 22 août 1816, puis comme inspecteur-général de la même arme, en 18.6, 1817 et 1818. Il a été nommé au commandement du département du Morbihan, en avril 1819, et est passé, le 21 avril 1820, à celui du département d'1 Ile-et-Vilaine. En récompense de ses services militaires, il a successivement obtenu le brevet d'un sabre d'honneur, le 14 janvier 1797; la croix d'officier de la Légîon-d'Honneur, a la création de l'ordre, en 1804 ; celle de commandant de la même Légion, le 2 septembre î8i2, et celle de chevalier de la Couronne-de- Fer d'Italie, le 17 mai 181 5- Napoléon lui conféra aussi le titre de baron d'empire. S. M. Louis XVIII Ta nommé che-

valier de Tordre royal et militaire de Saint- Louis , le 20 août 1 S 1-4*5 et lui a accordé le titre de vicomte, par ordonnance du 17 août 1822. Le général de Joobert commande encore le département d*Ille-et-Viiaine. (Etats militaires , Moniteur, annales du temps.)

JOUBERT de li Bastide (Jean- François), marquis de Châteaumorand, lieutenant-général, servit d'abord pendant sept années sur mer. Il leva, par commission du 20 août 166&, une compagnie an régiment de dragons de Saint -Frémon, avec laquelle il combattit a Fleurus, en 1690. Il fit les campagnes, depuis 1691 jusqu'en 1695, aux armées d'Allemagne, de la Moselle et de Flandre. Nommé mestre-de-camp d'un régiment de cavalerie de son nom, le 8 avril 1696, il le commanda à l'armée du Rhin, cette année et la suivante. Son régiment ayant été réformé, au commeucement de 1698, le marquis de Chàteaumorand continua de servir, en qualité de mestre-de-eamp réformé , à l'armée d'Italie, en 1701 et les années suivantes. Il commanda plusieurs détachements de cavalerie, avec lesquels il battit souvent les ennemis, fit des prisonniers, troubla des fourrages et enleva des chevaux. Créé brigadier, le to février 1704» il fut employé à la même armée jusqu'en 1706; servit à plusieurs sièges et prises de villes, et se distingua dans différents combats et batailles. On lui donna, le 5 septembre 1706, un régiment de cavalerie, vacant par la mort du prince Maubet. En 1707 et 1708, il fut employé à l'armée du Rhin , et concourut aussi à faire lever le siège de Toulon par les ennemis. Il fut promu au grade de marécbal-de-camp , le 29 mars 1710; servit en cette qualité à l'armée de Flandre, et se démit de son régiment , au mois de décembre de la même année. Employé à la même année, en 171 1, il attaqua, le 3i août, avec 3ooo hommes, le poste d'Hordain, situé au milieu du camp des ennemis. Il défit les 4 bataillons qui défendaient ce poste, fil prisonnier le général RorcL, le comte de Denhoff, 3 capitaines, 2 ingénieurs et 160 soldats, et s'empara de aoo chevaux. Il contribua , en 1 71 2 , à la vie-

3o DICTIONNAIRE HISTORIQUE

toire remportée à Denaiu et à la prise de Douay, du Quesnoy et de Bouchaiu. On lui donna, par lettres du 26 octobre 1718, l'expectative d'une place de commandeur de l'ordre de Saint-Louis, avec la permission d'en porter les marques. Il fut employé à l'armée de la frontière d'Espagne, sous le maréchal de Berwick , en 1719, et obtint, le 3 juillet de la même année, une place de commandeur de l'ordre de Saint-Louis, lorsque l'on en augmenta le nombre. 11 servit, cette même année, aux sièges et à la prise de Fonlarabie , des ville et château de Saiut - Sébastien et de la ville d'Urgcl , et enfin au siège de Roses : ce fut sa dernière campagne. Il fut créé lieutenant général, le 3q mars 1720, et mourut, le 17 avril 1727, à l'âge de 72 ans. {Chronologie militaire, tom, V, pag. 79; mémoires du temps.)

JOUAI A AD, voyez d'AsGENCE.

J OU M ART de la Braccellib (Nicolas), maréchal- decamp, servait depuis quelques années, lorsqu'il leva , par commission du 23 mai 1646 , un régiment d'infanterie de son nom, avec lequel il joignit l'armée qui prit Piombiuo et Portolongone, la même année. Il servit au siège de Crémone, en 1647; et* ayant obtenu le commandement d'une place, il y résida avec son régiment. Il obtint le grade de maréchal-de-camp, le 19 janvier i652, et se démit de son régiment, en faveur de son frère, le 5 janvier i658. Nous ignorons ce qu'il devint depuis cette dernière époque. (Chronologie militaire, tom. VI, pag. 339; mémoires du temps.')

de JOURDA (Noël), comte de Vaux, maréchal de France, naquit au château de Vaux, diocèse du Puy en-Velay, en 170D. Il entra au service comme lieutenant dans le régiment d'Auvergne, en 1724» et servit en Italie aux sièges de Pizzighitone et du château de Milan. Nommé capitaine, en 1734, il se trouva à l'attaque du château de Colorno, et fut ble$sé à la bataille de Parme , ainsi qu'à celle de Cuastalja. En 1738, il passa en Corse avec son régiment,

DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. 3l

et commanda à Corle, en 17- 9, un détachement de 200 hommes. Attaqué au couvent de Guersamuni, par 2000 Corses, il parvint cependaut à conserver ce poste; mais, eu le défendant avec vigueur, il fut blessé de deux coups de feu. Le régiment d'Auvergne ayant marché en Bohême, en 1743, le comte de Vaux s'y distingua à la défense de Prague. Il fut détaché, avec 800 hommes, au chemin couvert de la place, y repoussa plusieurs fois les ennemis, et ne quitta ce poste qu'à la fin du siège. Les preuves de taleut et de courage qu'il avait données lui valurent le commandement du régiment d'Angoumois. Employé, en 1 7 j 1 , à l'étatmajor de l'armée , le comte de Vaux servit aux sièges de Menin . d'Ypres et de Fumes; combattit à Restivaux, et se trouva au siège de Fribourg. A la plupart de ces sièges, le comte de Vaux fut chargé de fonctions aussi honorables que périlleuses. Il combattit à la bataille de Fonteuoy, se signala au siège des ville et citadelle de Touruay et à celui de Dendermonde, et couvrit, avec 1Ô00 hommes, le siège d'Oudenarde. Après la prise de cette dernière place , le roi lui en donna le commandement, comme un témoignage de la satisfaction que S. M. avait de ses services et de sou zèle. Lorsque le maréchal de Saxe résolut de faire le siège de Bruxelles, le comte de Vaux fut chargé , sous les ordres de ce maréchal, d'exécuter avec 5ooo hommes le passage du canal de Wilvorde. Dans celte opération, le comte de Vaux fit plus de 200 prisonniers dans les redoutes ennemies, et établit un pont sur le canal. Au moment de l'investissement de Bruxelles , le comte de Vaux fut détaché à l'un des faubourgs, à 200 pas des fossés, qu'il couvrit par plusieurs redoutes. Le zèle et les talents qu'il déploya de nouveau pendant ce siège lui valurent l'honneur d'être envoyé par le maréchal de Saxe pour annoncer la prise de Bruxelles à S. ML , qui le nomma brigadier de ses armées. Le comte do Vaux servit en cette qualité au siège de la citadelle d'Anvers et à celui de Namur, et combattit à Rançon \, L'investissement du Sas-de-Gand lui ayant été confié, en 17479 il fit avec 6000 hommes toutes les dispositions convenables pour en commencer Je siège, s'empara d'un fort , et y

Jâ DICTIONNAIRE HISTORIQUE

fit 200 prisonuiers. Il fut blessé d'un éclat de bombe au siège de BeTg-op-Zroom. Détaché au village de fouet, avec le» volontaires de Bretagne , et y ayant été attaqué par un corps de 1 0,000 hommes, il obligea les ennemis de prendre la fuite, après avoir laissé 3oo des leurs sur la place : cette action glorieuse valut au comte de Taux le commandement en second de la Franche-Comté. Envoyé dans l'île de Corse, pour y prendre le commandement des troupes, il fut fait lieutenant général, en ijSg. Employé, On 1700, a l'armée commandée par M. de Broglie, il y fut chargé de ta défense de Friedberg. Il commanda la colonne de gauche du corps de troupes aux ordres de M. le comte de Lusan, attaqua les redoutes qui couvraient Cassel , et en chassa les ennemis ainsi que de la ville. Au mois d'août de la même année, il eut ordre d'attaquer l'arrière-garde d'un corps de 10,000 hommes qu'il mit en déroute. A la fin de la campagne, on confia au comte de Vaux le commandement de Goettingue. Investi dans cette place par l'armée du prince Ferdinand , le comte de Vaux tomba à plusieurs reprises sur les troupes qui s'étaient postées dans les villages voisins, en tailla en pièces une partie , fit l'autre prisonnière de guerre, et obligea le prince Ferdinand de lever le siège, après lui avoir tué ou pris près de 5ooo hommes dans différentes sorties. Employé, en 1765, dans les 3 Evêchés, il fut nommé commandant en second de cette province. Il fut fait commandeur de l'ordre royal et militaire de Saint- Louis, en 1764. Étant repassé en Corse, en 1769, deux mois lut suffirent pour soumettre cette Ile. Il fut ensuite employé successivement dans la généralité de Paris, dans les divisions militaires de Provence et d'Alsace et au camp deVossieux. En 1779 et 1780, il commanda l'armée assemblée sur le côtes de Bretagne et de Normandie , et eut ensuite le commandement en chef de la Bourgogne. Les nombreuses preuves de lalents militaires, de courage et de dévouement qu'il avait données dans ^sièges, 10 combats et 4 batailles rangées, lui valurent le grade de maréchal de France, auquel il fut promu, en 1783. Envoyé à Grenoble, pour y étouffer les premières étincelles de la

DES GÉNÉRAUX FKANCAYSl 33

révolution française , il y tomba malade; et, après avoir supporté avec autant de résignation que de fermeté de» souffrances qui durèrent 53 jours, il mourut, le \r\ septembre 1788, dans la 84* année de son âge, et sans laisser de postérité masculine (1). Le maréchal de Vaux était observateur zélé de la discipline; sévère, mais juste et humain , et ennemi du faste qui corrompt une armée, autan t qu'il rembarrasse. Il n'avait jamais demandé ni obtenu de grâce pour sa famille, et était du petit nombre de ces hommes qui se croient toujours récompensés au-delà de leurs services. Il donna pendant le cours de sa vie l'exemple de toutes les vertus militaires et sociales , parmi lesquelles il portait au plus haut degré la probité et le désintéresse* ment (2). (Brevets et états milit. ; Journal encyclopédique

(1) Sur la demande de la marquise de Vauborel, sa fille et «on héritière, S. M. Louis XVIII a daigné conférer à MM, Jean-Joseph et Antoine-Fidèle-François Jourda de Vaux, de la branche cadette dite de U maison de FoUetier (*), le titre héréditaire de vicomte, tant en récompense de leurs services personnels qu'en mémoire de ceux du maréchal de Vaux.

(2) Après avoir commandé l'expédition que le gouvernement projetait contre l'Angleterre, Je comte de Vaux conservait encore, en 1781, le commandement des troupes rassemblées en Bretagne. A l'expiration du premier mois de ce dernier service , le trésorier lui apporta la même somme que celle qu'il lui avait comptée l'année précédente pour son

< • 1 (" ; Jean-François de Jourda de Vaux de FoUetier , leur père, n'avait que trois fis: les deux ainès eurent à peine la forre de porter 1rs armes , qu'il les envoya combattre à l'armée du prince de Condé. Il se rendit loi-même a Lyon , en i793, et y concourut . ainsi que le pins jeune de ses enfants, à la défense de cette ville pendant le siège qu'en firent les républicains : tons deux s'y distinguèrent par beaucoup de zè\e et de courage. Après la réduction de Lyon, MM. de FoUetier, père et fils, furent du nombre des victimes destinées à être sacrifiées aux vengeances des Robespierristes. Cependant la jeunesse du fils, âgé seulement de \6 ans , parut toucher un instant les satellites do tyran, qui offrirent à cet enfant de lui sauver la rie, s'il voulait avouer qu'il avait été séduit par son père, et abjurer les principes qui l'avaient attaché à la cause de son souverain : « Mon père ne m'a pas séduit, répond le » jeune de Vaux de FoUetier; il va mourir pour son roi; je tiens pour la même »> cause, et m'estime plus heureux de mourir avec mon père que de virre parmi » vous, n Attaché par le bras à celui de son père , il fut conduit au supplice , et lou» deux périront , en même temps que 7 1 autres personnes, le 8 décembre 1793.

Vils 5

du mois de décembre 1788; Journal de Paris du 1*' octobre de la même année \ mémoires du temps.)

de JOURDA de Vaux-de-Bealknes (Noêl-Gabriel), baron de l^aux, maréchal-dt-camp , el neveu du précédent, naquit à Coisset en Auvergne, en 174^* enlra au service dan» le régiment Royal-Infanterie, en 1766. 11 fut fait aide-major-général de l'armée envoyée en Corse , sous les ordres dn maréchal de Vaux, son oncle, en 1799, et continua d'être employé dau ceUe tle après ta cessation de la guerre. 11 obtînt une commisssion de licuteuant-colooel , eu 1771; une de colonel, en 1779, et fut créé brigadier de cavalerie, en 1780. 11 fut retiré, ainsi que les autres officiers d'état-major employés en Corse, dans Tannée 1783. S. M. le nomma maréchal-de-camp, le 1" mars 1789. Le baron de Vaux donna des preuves de sou dévouement à la personne du rot Louis XVI , dans la fatale journée du 10 août 17912. Il fut long-temps incarcéré sous le terrorisme de Robespierre, et ne dut son salut qu'à la chute de ce tyran. Il mourut, sans postérité , au château de Panla, près Firmi- 111, déparlemeut de la Loire, le 26 avril 1807. (hUais militaires, mémoires du temps.)

JOURDAN, (Jean-Baptiste, comte) , pair et maréchal de France , naquit à Limoges , le 29 avril 1762. 11 .s'enrôla, en 1778, dans le régiment d'Auxerrois infanterie, et fit la guerre d'Amérique. Il était rentré daus ses foyers, lorque, en 1771, il fut nommé commandant du 2* bataillon de son département (la Hante-Vieune). Il le conduisit à l'armée du Nord, où il se distingua en plusieurs occasions par

traitement. Le comte de Vaux la refusa , disant que , n'ayant plus la même dépense à faire, il n'avait pas betoin du même traitement. Le trésorier en référa au ministre. Celui-ci, après avoir mis sa lettre sous les yeux du roi, annonça que S. M. roulait que le traitement fût payé comme l'année précédente , en témoignage de la satisfaction qu'elle avait des services du maréchal de Vaux. Ce dernier persista dans son refus, en disant: « Ce sera le seul ordre du roi auquel dans tout k cour* do ma via je mt • serai cm dispensé d'obéir. •

beaucoup de bravoure et par des talents militaires, qui lui

valurent successivement plusieurs grades, et entr'autres celui de général de brigade, auquel il fui promu , le 27 mai 1793. Il obtint, le 3<i juillet suivant, celui dégénérai de division. Il commanda le centre de l'armée du général Houcliard , le 7 septembre , à la bataille de Hondscoote ; enleva dans cette journée un des retranchements des ennemis, fut blessé, et contribua puissamment au succès que Ton remporta sur les Anglo- Autrichiens. Il fut nommé général eu chef de l'armée des Antennes, le 9 du même mois. Houchard ayant été destitué, Jourdan fut appelé au commandement en chef de l'armée du Nord. Il remporta une victoire complète sur le prince de Cobourg à Wattignies, les 16 et 17 octobre, et rendit par cette victoire un service important à la France, en faisant lever le siège de Maubeuge, et en empêchant la prise du corps d'armée française, qui s'y trouvait bloqué. Mandé à Paris pour y conférer avec le gouvernement sur les opérations7 militaires ultérieures, il fut inculpé par Barrère, et perdit, le 4 février 1794* le commandement de Tannée du Nord, que Pou donna à Pichegru. Jourdan , qui , par ses talents militaires, n'était pas fait pour languir long-temps dans l'obscurité, fut nommé général en chef de l'armée de la Moselle, le 9 mars 1794» el commença sa campagne par le combat et la prise d'Arlon, où il battit 16,000 Autrichiens, qui furent forcés de battre en retraite, et d'abandonner quelques caissons d'artillerie tout attelés. Il s'empara de Dinan, le 1" juin, malgré les redoutes que les Autrichiens avaient établies sur les hauteurs de cette ville. Ce fut alors qu'il joignit à son commandement de 40,000 hommes de l'armée de la Moselle, celui de l'armée entière de» Ardenues et de trois divisions de l'armée du Nord. Avec ces forces , il passa la Sanibrc, le 12 du même mois, et investit la place de Charleroi , dont il se rendit maître, par capitulation , le 25. Dès le lendemain, il livra et gagna la célèbre bataille de Fleurus contre le prince de Cobourg, qui y combattit à la tête de 100,000 alliés, auxquels Jourdan. n'avait à opposer que 70,000 hommes. Trois fois dans oetle

journée, les Français furent contraints de céder au nombre et au feu d'une nombreuse artillerie ; mais, animés de la plus indomptable ardeur, et toujours aux cris de point de retraite, aujourd'hui, point de retraite, ils revinrent au- » • tant de fois à la charge; et après un combat de douze heures, ils partirent à fixer la victoire sous leurs drapeaux. Jourdan se couvrit de gloire dans cette bataille , qui commença la haute réputation militaire dont il a joui depuis. La convention nationale décréta que lui et ses troupes auaient bien mérité de la patrie, et donna le nom d'armée de Sambre-el-Meuse aux différents corps placés sous les ordres de ce général. Le 16 juilllet suivait, Jourdan étant à la poursuite de l'ennemi, le battit, et le chassa de la forêt de Soignes. Il força Mons et Namur de capituler, entra en vainqueur dans Bruxelles, et s'empara de Liège. Établissant son armée le long de la Meuse, il resserra étroitement les troupes autrichiennes près de la place de Maestrioht, et fit attaquer en même temps les villes de Landrecies, du Quesnoy, de Valeuciennes et de Condé, qui furent obligées de capituler. Il fit forcer , le 1 8 septembre, le passage de l'Ourlhe et le camp de la Chartreuse : cette journée coûta aux Autrichiens 3ooo hommes faits prisonniers, 5 drapeaux, 49 canons et ra caissons. Ayant passé la Meuse, Jourdan chassa les ennemis d'Aix-la-Chapelle; força le passage de la Roer , malgré les efforts de 80,000 Autrichiens, et emporta de vive force la ville de Juliers, ainsi que les redoutes qui la défendaient. Le 5 novembre, il annonça au comité de salut public la prise de Maestricht, après douze -jours de tranchée ouverte : cette place formidable av ait été défendue par une garnison de 8000 hommes, qui demeurèrent prison nier s de guerre, et elle était armée de 300 pi ères d'artillerie. Le 5 mars 1795, la convention nationale , sur la proposition du comité de salut public, confirma Jourdan dans le commandement de l'armée de Sambreet- Meuse. D'après ses ordres, les divisions composant cette armée effectuèrent le passage du Rhin , le 7 septembre suivant , sur différents points. On s'empara de la place de Dusseldortf. où l'on prit 166 canous. L'ennemi fut poussé

*DE8 GÉNÉRAUX FRANÇAIS. 3j

vivement dans plusieurs directions; et, dès te 19 du môme mois, on le contraignit de se replier au-delà de la Lahn, vers Nassau el Dietz. Due portion de l'armée française de Sambre-et -Meuse s'avança en même temps jusque sur Je Meta. Cependant Tannée de Rbtn-etMosclle n'ayant pas concouru , comme on devait s'y attendre, aux mouvements faits par Jourdan, et ayant laissé les ennemis s'emparer de Manheim , l'armée de Sainbrc-et-Meuse, menacée alors de voir sa gauche enveloppée et de perdre ses communications avec les ponls qu'elle avait établis sur Je Rhin , fut obligée de faire sa retraite sur la rive gauche de ce fleuve. A celte occasion, te représentant Camot lit, en Réance de la convention nationale, le aa octobre, l'éloge du général Jourdan , pour la manière savante et régulière avec laquelle il avait fait opérer ce mouvement, devenu indispensable par le défaut de coopération de l'armée de Pichegru. Les 5o novembre et 1" décembre, Jourdan lit marcher son armée sur les bords de la Nahe, en chassa les ennemis, el s'empara du poste de Krcutznach. La campagne de 17; h se termina par un armistice, dont les Autrichiens dénoncèrent la rupture, le 21 juin 1796. L'archiduc Charles d'Autriche, ayant pris l'initiative des hostilités, s'avança sur la rive gauche du Rhin ; mais Jourdan, qui sentait l'importance de transporter la guerre vers la rive droite de ce fleuve . fit marcher ses divisions sur la Sieg, passa celte rivière, repoussa les Autrichiens sur tous les points, et les força même d'évacuer la redoutable position d'Ukeralh. Le 4 juin, il baltit les ennemis à Alten-Kirchen, leur fit 3ooo prisonniers, et s'empara de 4 drapeaux, 13 pièces de canon et de beaucoup de charroi» et d'équipages. Les divisions Kléber et Lefebvre ayant été obligées, Je i5 du même mois, de faire un mouvement rétrograde devant les forces supérieures avec lesquelles l'archiduc Charles les attaquait , Jourdan résolut de prendre sa revanche; et, pour cet effet, il fit passer plusieurs divisions de son armée sur la rive droite du Rhin, le 1" juillet. Par une marche rapide et bien concertée, il s'avance en Allemagne, poursuit l'ennemi qui bat eu retraite,

passe de nouveau la Lahn , oblige Wurtzbourg et sa citadelle de capituler, obtient des succès sur le Mein, et s'empare du fort de Rottembourg. Mais, sa marche accélérée ayant disséminé ses forces, l'armée de Sambre-et-Meusë , attaquée à son tour par un ennemi qui avait reçu de nombreux renforts, est forcée de plier. Elle soutient à Wurtzbourg un combat sanglant , où la victoire est long- temps disputée; et, après des prodiges de valeur, elle repasse la Lahn, et prend position en arrière de Wetzlaer. En 1797* Je général Jourdan fut élu député du département de la Haute-Vienne au conseil des cinq-cents, où il proposa et fit adopter beaucoup de mesures relatives à l'armée et â l'administration militaire. Il fut deux fois président de cette asî.eiiiblée, et il eu remplissait les fonctions, lorsqu'on le nomma commandant en chef de l'armée du Danube. Il déposa en conséquence le caractère de législateur, dans la séance du 1 3 octobre 1798, et se rendit au poste qui lui était assigné. Le premier succès qu'il remporta fut l'occupation , par son armée, de la forteresse d'Ehrenbreitslein, vis-à-vis Coblentz, place qui depuis long-temps était assiégée, et qui fut évacuée par les Autrichiens , le 27 janvier 1799* Bientôt après les hostilités commencèrent sur toute la ligne; et Jourdan, ayant manœuvré de manière à gagner les ennemis de vitesse , fit des marches savantes et hardies , et parvint, sans brûler une amorce, à faire rétrograder ses adversaires, et à se rendre maître de toute la Souabe- A partir du 20 mars, l'armée du Danube eut avec les Autrichiens plusieurs affaires marquantes; et, dans la dernière, qui eut lieu le 26, près de Stockach, et qui dura treize heures , Jourdan resta maître du champ de bataille , et fit 4000 prisonniers. Cependant l'armée autrichienne étant forte de* 60,000 hommes, et recevant journellement des renforts, Jourdan se vit obligé , quoique victorieux , de rétrograder, pour ne pas laisser trop affaiblir l'armée qu'il commandait. Il se porta au débouché des montagnes Noires, où il prit des positions inexpugnables dans les gorges de la Forêt- Noire, afin de pouvoir s'avancer de nouveau dans les plaines de la Souabe, dès que les circonstances le permettraient.

Remplacé dans son commandement par le général Masséna, Jourdau quitta l'armée, le 3 avril, et se rendit à Paris, où il fut nommé inspecteur-général d'iufunterie. Il fut do nouveau élu député au conseil des cinq-cents, en mai 1799, et s'y montra opposé à la révolution du 18 brumaire (9 novembre 1799), ce qui le fît exclure, le même jour, du corps -législatif. Nommé, le 21 juillet 1800, ambassadeur extraordinaire en Piémont , il y deviut président de la consulte piémontaise et administrateur de tout le pays. En 1802, il fut fait conseiller-d'état, et élu candidat au sénat-conservateur, par le collège électoral du département de la Haute-Vienne, qu'il avait présidé. Napoléon le créa maréchal de France, le 19 mai 1804, et lui donna le grandcordon de laLégion-d'Honneur, le 1" février i8o5. Le maréchal Jourdan avait le commandement en chef de l'armée d'Italie , lorsque Napoléon se fît couronner roi d'Italie, dans la même année i8o5. Il reçut, au mois de juin de cette année, la croix de chevalier de Tordre de Saint-Hubert de Bavière, que l'électeur lui envoya. Il passa, en 1806, au service du royaume de Naples , sous Joseph Buonaparte, qui le fît gouverneur de la ville de Naples, et grand-dignitaire de l'ordre des Deux-Siciies. Joseph Buonaparte étant passé du trône de Naples à celui d'Espagne, le maréchal Jourdan l'y suivit , avec le titre de major-général de l'armée espagnole. H servit, en cette qualité, pendant les campagnes de 1808 et 1809. Rentré en France, il y vécut dans une espèce de disgrâce près de Napoléon. U adhéra, au mois d'avril 1814, à la déchéance de Buonaparte et aux actes du gouvernement provisoire. Après la restauration du trône des Bourbons, S. Al. Louis XVIII le créa chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint Louis, le 1" juin , et lui confia le gouvernement de la i5* division militaire (Rouen). Il fut aussi revêtu du titre de comte , eu 18 15. Pendant les cent jours, le maréchal Jourdan accepta de Buonaparte le titre de pair de France, et le commandement en chef de l'armée du Rhin. Les événements militaires qui eurent lieu en Belgique, et la promptitude avec laquelle les puissances alliées pénétrèrent eu France,

ne permirent point au maréchal Jourdan de faire rien do remarquable daus ce commandement. D'après le refusdu maréchal Moncey , et suivant l'ordre du tableau des maréchaux de France, Jourdan fut appelé à la présidence du tribunal militaire chargé de juger le maréchal Ney, et qui se déclara incompétent. Il tut nommé, le 10. janvier 1816, gouverneur de la y* division militaire (Grenoble). S. M. Ta élevé à la dignité de pair de France, le 5 mars 1819. En 1820, le maréchal Jourdan a présidé le collège électoral du département des Bouches-du-Rhôue. (Etals militaires, Moniteur , annales du temps.)

de JOUSSAUME (Esprit) , marquis de la Breteche , lieutenant-général, naquit en i638. Il fut d'abord mousquetaire, en i65?; devint capitaine au régiment de cavalerie de Melin , en i658, et fut réformé , en 1660. On le fit cornette de la compagnie de la Haye-Saint-Hilaire, le 12 juillet 1667. Il leva une nouvelle compagnie au régiment de Melin, le 9 août de cette dernière année; et, cette compagnie ayant encore été réformée, le if\ mai 1668 , il fut entretenu capitaine-réformé dans la compagnie de mestrede-camp du régiment du Roi. Il leva, pour la troisième lois , une compagnie dans le régiment de Melin , par lettres du 9 août 1671 ; servit, avec ce régiment , en 1672 et 1675, et se trouva à différents sièges, ainsi qu'à la prise de plusieurs places, en Hollande et dans les électorals de Cologne et de Brandebourg. Il leva, le 5 février 1675, un régiment de dragons, avec lequel il servit jusqu'à la paix , sur la frontière de la Sarre. On le fit gouverneur des ville et citadelle de Leau, par provisions du 9 mai 1678 ; et on lui donna la lieutenance-générale de Poitiers, eu survivance de son père , par provisions du 17 septembre suivant. II eut le gouvernement de Hombourg et la lieutenance-générale de ce gouvernement, ainsi que celle de la Lorraine allemande, par provisions du 18 novembre 1680. Il se démit de son régiment, au mois de février 168s , et fut créé brigadier, le 5o mars io85. Il fut pourvu du commandement-général sur la Sarre, et sur toute la frontière, par

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commission du i8 décembre i685, et eut le gouvernement de Poitiers, après la mort de son père. Promu au grade de maréchal-de camp, le 2/4 août 1G88, il continua de commander dans la Lorraine allemande, et fut nommé, par ordre du 26 octobre, pour commander dans les ville et citadelle de Mayence. Employé, en 1692, à l'armée d'Allemagne, il s'empara du poste de Landswurth, sur 1 1 Spirebar h. et retourna ensuite à H a m bourg. Nommé licufenautgénéral, le 3o mars i6<)3, il fut employé à l'armée d'Allemngne jusqu'à la paix. Il fut battu, le 12 août 1694, auprès de Derbach, par un détachement de 3oo hussards ennemis, contre lesquels il se défendit cependant trèsvaillamment, avec i5o dragons et 100 grenadiers qu'il commandait. Il resta à Hotnbourg, en 169.5, et y leva, par commission du 22 août , un régiment de fusiliers, pour scru'r sur cette frontière. Il se démit de ce régiment, en faveur de son frère , au mois d'août 1696 , et ne servit plus. II mourut, le 27 juillet 1706. (Chronologie militaire , lom. IF,pag. 377; mémoires du temps,)

3 OU VIN de la. Blachette (Claude- Alexandre, comté), maréchal-de-camp, naquit à Monestifr, en Dauphiné, le 23 avril 1713. Il entra au service comme cadet au régiment de Flandre, le 1er mai 1727; y fut fait enseigne, le i5 février 1729; lieutenant, en mars 1701, et capitaine, en novembre J735. On le créa chevalier de Saint- Louis , en 1747, et lieuteuanl-colonel du régiment de Flandre, le 2 février 1753. Créé brigadier d'infanterie, le 20 février 1761, il se trouva, au mois de juillet de la même année, à la bataille de Filinghausen, où il fut blessé. Il fut promu au grade de maréchal-de-cainp , le 16 avril 1767, et mourut en 17C9. (Etats militaires).

de JOYEUSE (Anne, duc) , commandant d'armée, pair et amiral de France, naquit vers la tin de i5Go. Il porta le nom de baron d'Arqués dans sa jeunesse. Jouissant de la faveur de Henri 111 , il s'éleva rapidement au laîte des bonucurs, des dignités et des richesses. Il se signala, dès i58o, au siège de la Fèrc. et y fut blessé. Il fut desti-

né, en i58i, à épouser Marguerite de Lorraine, sœur de la reine, et il contracta en effet ce mariage (1). Le roi le créa duc et pair de France, par lettres d'érection de la vicomté de Joyeuse en duché, données à Paris, au mois d'août, et enregistrées au parlement de Paris, après une lettre de jussion, du 7 septembre suivant. Le monarque donna au nouveau duc la préséance sur les autres ducs et pairs et sur les grands-officiers de la couronne, autres que les princes du sang royal et ceux des maisons de Savoie, de Lorraine et de Clèves. (Ce privilège fut révoqué sous le règne suivant, au mois de septembre 1596.) Le roi lui conféra aussi les titres de son chambellan ordinaire, de capitaine de 100 hommes d'armes de ses ordonnances, et de membre du conseil pour les affaires d'état. Joyeuse ayant souhaité la charge d'amiral de France, il l'obtint sur la démission du duc de Mayenne, par provisions données à Fontainebleau, le im juin i582. Le roi l'honora du collier de l'ordre du Saint-Esprit, le 3i décembre de la même année, et le fit premier gentilhomme de la chambre, en i585. Pourvu du gouvernement de Normandie , sur la démission du duc d'Aumale, par provisions du 12 mars, registrées au parlement de Rouen, le 21 , il fit son entrée à Rouen , le 25. Le gouvernement de Languedoc eût été aussi à la convenance de Joyeuse; mais ce gouvernement était alors entre les mains du maréchal Damville, qui n'était pas d'humeur à parer un favori de ses dépouilles. Le roi n'osant en cette circonstance user de son autorité, trop peu respectée dans ces temps de troubles et d'indépendance, appuya tous les ressorts que Joyeuse employait pour satisfaire son ambition, et l'envoya même à Rome, pour engager le pape à se déclarer contre le maréchal : les intrigues de Joyeuse échouèrent, et le maréchal conserva son

(î) Le» noces du duc de Joyeuse furent célébrées avec une magnificence .alors sans exemple , et les seules fêtes données par le roi à cette occasion coûtèrent plus de 1,200,000 écus. Maurice Poncet, l'un des plus célèbres prédicateurs du temps, tonna en chaire contre cette profusion.

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gouvernement. Le duc de Joyeuse, dominant à la cour, voulut aussi élre mis à la téle d'une armée; et il eut un pouvoir de lieutenaut-général commandant l'armée en Auvergne, Rouergue, Gèvatidan et Vêlai : ce pouvoir fut donné à Saint- Maur- les- Fossés, le 20 juin i566. Il fit lever le siège de la petite ville de Compeyre, en Auvergne, au commencement d'août. Il soumit ensuite Malzieu dans le Gévaudan, et s'empara, le 22 du même mois, de la ville de Marvejouls. II en prit la garnison à composition, et les habilanls à discrétion. Les uns et les autres furent tués ou dépouillés; et la ville, livrée au pillage et au feu, ne présenta plus bientôt qu'uu amas de ruines, au milieu desquelles Joyeuse se fit dresser une colonne de marbre, avec une inscription, comme monument de sa victoire. Ayant assiégé la ville et le château de Peyre, le 4 septembre, les habitants se retirèrent au château, situé sur un roc escarpé. Joyeuse établit une batterie sur un rocher voisin que l'on croyait impraticable , et fit tirer 25oo boulets dans l'espace de trois jours. Le château se rendit à discrétion , et fut rasé. Cette conquête avait coûté 5oo hommes à Joyeuse, qui fut obligé de passer tout le mois de septembre dans l'inaction , la maladie s'étant mise dans son camp. Il assiégea ensuite Eyssène en Rouergue, s'en saisit, et prit quelques châteaux aux environs. Il entra dans l'Albigeois, au commencement de novembre, et battit, avec 9 pièces de canon, la ville de Salvagnac, à l'extrémité du diocèse d'Alby. Croyant avoir assez fait pour sa gloire, et s'ennuyant d'être, depuis long-temps, éloigné de la cour, il laissa la continuation du siège de Salvagnac à un de ses lieutenants, prit la poste, et revint auprès) du roi. L'année suivante, il fut nommé pour commander l'armée en Poitou, en Saintonge, et au pays d'Aunis, par pouvoir donné à Paris, le 3 juin. Henri, roi de Navarre, n'avait alors laissé en Poitou que 2 régiments, qui s'occupaient à piller Saint-Éloi, proche de Saint- Maixent. Le duc de Joyeuse, profitant du désordre dans lequel se trouvaient ces troupes, les chargea, et les obligea de se rendre : elles lurent taillées en pièces, malgré la promesse que plusieurs

officiers du duc leur avaient faite, de leur laisser la vie sauve. Joyeuse investit Saint-Maixent, et Tabandonna également au pillage. La ville de Tonnai-Charente se rendit à rapproche du canon , qu'il faisait avancer contre elle. Le lendemain de la prise de cette ville, et dès la pointe du jour , Joyeuse enveloppa à la Croix-Chapeau un des régiments de la cavalerie protestante,qui se défendit long-temps. Joyeuse ayant fait percer les maisons , on attaqua ce régiment de tous les cotés, et Ton commençait à brûler le bourg, lorsqu'il se rendit : il fut passé au fil de Tépée. Le roi de Navarre ayant repris Tonnai-Charente, Joyeuse revient sur ses pas, s'empare une seconde fois de cette ville, et y laisse une forte garnison. En quatre jours, il soumit Maillezain. Il marchait contre la ville de Talmont, défendue par de braves capitaines, lorsque ses troupes se débandèrent; la contagion lui en enleva aussi une partie. Il revint à Paris, le i5 aoûl. L'absence du duc et une inconstance naturelle à Henri III avaient influé sur le cœur de ce prince. Pour reconquérir la faveur qui paraissait prête à lui échapper, Joyeuse pressa le roi de lui permettre d'en venir à une action générale conlre le roi de Navarre. 11 se flattait , à la faveur d'une victoire , de l'emporter sur ses rivaux, et de fixer sur lui seul les bonnes grâces de Henri. Le roi , qui était facile, et qui aimait encore Joyeuse, lui permit de tenter cette action. Joyeuse, se faisant suivre alors par une brillante noblesse qu'il s'était attachée par ses profusions, se mit en marche. L'armée de Joyeuse et celle du

roi de Navarre se rencontrèrent à Coulras, le ao octobre. L'artillerie du duc, mal servie, ne tua qu'un seul cheval aux ennemis, tandis que celle du roi de Navarre fit un effet prodigieux. La cavalerie catholique rompit cependant, et mit en fuite la cavalerie de l'armée calviniste; mais l'infanterie de celle dernière, devenue furieuse par la défaite de sa cavalerie, donna tête baissée et Pépée à la main sur l'infanterie du duc, et la mit en fuite. Dès que Joyeuse avait aperçu la déroute de la cavalerie ennemie, il s'était ébranlé pour attaquer deux escadrons, où se trouvaient le roi de Navarre et les princes de son parti. On put juger

alors à quel point la valeur est inutile, lorsqu'elle nVst pas soutenue par l'expérience et la discipline militaire. La noblesse qui composait la gendarmerie du duc, quoique chargée du poids de ses armes, se laissa emporter par une fougue naturelle, et courut, bride abattue, pour culbuter les escadrons opposés; mais, lorsqu'elle arriva à portée de l'ennemi, déjà les hommes et les chevaux étaient hors d'haleine. Les arquebusiers du roi de Navarre, placés à côté de ses escadrons , en tirant à propos , éclaircirent les rangs des royalistes, qui, dans leur course mal mesurée., se trouvèrent trop près de leurs adversaires, pour pouvoir faire usage de leurs grandes lances, tandis que les calvinistes, armés de lances plus courtes et plus fortes, portèrent des coups assurés à ce gros de cavalerie, et le dispersèrent en un instant. D«ns cette occasion, le cornette du duc de Joyeuse préféra de mourir plutôt que de fuir. Le duc lui-même suivit un si bel exemple , ce qui n'empêcha pas que la bataille fut perdue pour lui. Le duc de Joyeuse, qui avait été blessé dans la mêlée, rencontra Saint - Luc, qui lui demanda ce qu'il était à propos de f lire : « Mourir «après ceci, et ne vivre jamais plus, » répondit Joyeuse. Sur cela, il se précipita dans la mêlée, et y trouva la mort qu'il désirait (i). Cette bataille eut lieu le 20 octobre 1587. (Chronologie militaire, tom. 7, pag. D20 ; Histoire du Languedoc , d'Aubigné, Davila , Brantôme , Histoire de France du Père Daniel : Mémoires de Caslelnau , tom. Il , page 5 7 ; Histoire de France , par Anquetil , tom. V; Biographie universelle , ancienne et moderne , tom. XXII, p. 79.)

(1) On a assuré, dans le temps, que Joyeuse avait offert 100,000 écus pour se racheter, mais que les protestants le tuèrent de sang-froid, en représailles de la cruauté avec laquelle il avait traité les leurs au mont Saint- Éloi. IlenrillI lécluma le corps du duc de Joyeuse, et lui fit dire de magnifiques funérailles dans l'église des Auguslins de Paris. Joyeuse joignait a toutes les grâces de la jeuoesse beaucoup d'habileté pour 1rs exercices du corps ; il avait un caractère doux , de l'esprit , une libéralité excessive, et commandait l'affection de ses rivaux.

de JOYEUSE (Henri , duc) , pair et maréchal de France , frère du précédent, naquit en 1667 , e! fut connu dans sa jeunesse sous le nom de comte de Bouchage. II servit, dès i58o, au siège de la Fère, comme capitaine de chevau-légers. Il eut, eu i58a , une compagnie de 5o hommes d'armes. En i583, on le fit conseiller-d'état, chevalier des Ordres du roi, et maître de la garde- robe de S. M. Il obtint le gouvernement général deTouraine, du Maine, du Perche et du comté de Laval , après la mort de François de France, duc d'Anjou, par provisions données à Saint Germain -en- Laye, le 8 juillet i5&4. On ajouta à ce gouvernement celui de la province d'Anjou, par déclaration et provisions données à Blois, le ao octobre de la même année. Il se démit de ces gouvernements, au mois d'avril §586, en faveur du chevalier de Joyeuse, son frère, favori de Henri Ili , dont il partageait les amusements et les plaisirs. Il se dégoûta cependant du tumulte de la cour; et la mort de sa femme, qu'il perdit au mois d'août 1587, lui donna un tel chagrin, qu'il se retira , le 4 septembre suivant, au couvent des Capucins, dont il embrassa la règle et les austérités. On le vit, l'année suivante, quelque temps après la journée des Barricades, donner un spectacle nouveau, intéressant par sa singularité. Il partit de Paris, à la téle d'un nombreux cortège de capucins, qui portaient à la main les instruments delà passion. Joyeuse, chargé lui même d'une grande croix sur les épaules, se faisait fustiger par deux de ses compagnons. La procession arriva à Chartres, et se rendit à la cathédrale , où le roi était; une foule de peuple suivait, et tous, d'un ton lugubre et de concert, demandaient miséricorde au roi, et le suppliaient d'oublier les derniers troubles de Paris. Antoine Scipion , duc de Joyeuse , gouverneur pour la ligue, étant mort, le 19 octo!»re 1592, la noblesse et le peuple du Languedoc obligèrent Henri de Joyeuse, son frère, de sortir du couvent des capjicins de Toulouse, de prendre le gouvernement de la province, et décommander l'armée de la ligue. Il prit le titre de duc de Joyeuse, endossa de nouveau l'habit de cour, l'épée et le collier de l'or d t e du St. -Esprit. Le duede Mayennel'établit lieu-

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tenant-général de la province du Languedoc, .sons le cardinal de Joyeuse, par lettres données à Paris, le 2G novembre. Henri de Joyeuse convint, le 14 décembre, avec le duc de Montmorency, d'une trêve d'un an ; et, à son exemple, les

états d'Alhy renouvelèrent le serment pour la ligne, Ke 1 décembre 1 5gT>. Le pape Clément VIII, par un bref du mois de juin i5p/| , accorda à Joyeuse la permission de passer de Tordre des capucins dans celui de Malte; lui permit de porter l'habit séculier, de commander les troupes, et de gouverner les provinces, mais seulement en temps de guerre. Le duc de Joyeuse , en if>rp, s'assura des villes d'Alby et de Gaillac, où plusieurs catholiques s'étale ni déclarés pour le roi; de Lille, de Rahaslcns et de Lavaur. Il se saisit des portes de Toulouse, le 1 1 avril, et en chassa les officiers du parlement, qui penchaient à se soumettre au roi. Le pape, par un second bref, du 5 mai de celte année, lui permit de porter l'épée loute sa \ie, et de posséder toutes sortes de dignités séculières, tant civiles que militaires. Joyeuse prit Miraval sur les royalistes, au mois de juillet. Il emporta ensuite Grisolles, et conclut une trêve, le 23 septembre. Au mois de janvier i5;)(i, il lit sa paix avec le roi , qui le créa maréchal de France, par état donné à Foleuibray, le 22, clic nomma lieutenant-général eu la province de Languedoc, conjointement avec le duc de Ventadour, par provisions datées du même jour. L'étal et les provisions furent enregistrés au parlement de Toulouse, le 7 avril. Leduc de Joyeuse eut, par commission du même jour 22 janvier, un régiment «l'infanterie de 5oo hommes, qu'on licencia à la paix. 11 eut aussi une compagnie de 100 hommes d'armes, et les gouvernements particuliers deNarbonne, de Carcassonne et du Mont-Saint-Michel [1). Le pape,

(1) On trouve dans les notes sur la Henriade ce qui suit : ■ Depuis il «quitta le t'roc, cl porta les arincs contre Henri IV. Le dur de Mayenne »le lit gouverneur du Languedoc, duc et pair, maréchal de France, rte.» Henri de Joyeuse n'a point été gouverneur du Languedoc, mais seulement lieutenant-général, i-ous le cardinal de Joyeuse, «on frère, auquel le duc de Mayenne avait donné ce gouvernement. Le duc de Mayenne

par un troisième bref, du 18 septembre i5g6, lui permit de posséder toutes sortes de biens , et d'en disposer. Ayant de nouveau renoncé au monde, Joyeuse rentra dans l'ordre des capucins. On le vit, en 1600, prêcher à Paris, et avoir une foule d'auditeurs, que la singularité de ses aventures appelait à ses sermons. Il passa ensuite en Italie; et, ayant voulu faire le voyage de Rome, pieds nus, pendant l'hiver, il fut saisi de la fièvre, et mourut dans une maison de son ordre à Rivoli, près de Turin, le 27 septembre 1G08. Son corps fut apporté à Paris , et inhumé dans l'église des Capucins delà rue Saint- Honoré (1). (Chronologie militaire , tom. II, pag. 588 ; Dupleix , Mémoires de Sully , Histoire de France, du Père Daniel; Histoire des Grands-Qjjiciers de la Couronne 9 Histoire de France, par Anquetil; Biographie universelle f ancienne et moderne, tom. XXII, p. Si.)

de JOYEUSE -Grandpré (Jean - Armand) , marquis de Joyeuse , maréchal de France . issu d'une autre branche de la famille des précédents , fut connu d'abord sous le nom de chevalier de Grandpré. 11 fut fait capitaine de cavalerie au régiment de Grandpré, lors de la formation de ce corps, par commission du 9 juillet 16/48, et servit en Flandre* sous le comte de Harcourt , en 1649. Le comte de Grandpré, son frère, ayant pris le parti des princes, on licencia ce régiment, par ordre du 20 janvier i65o; mais on le réta-

nc fit point Henri de Joyeuse duc et pair. Henri 111 avait érigé le duché-pairie de Joyeuse en faveur d'Anne de Joyeuse, frère aîné de Henri. Anne étant mort, et Henri s'étant fait capucin, Antoine Scipion de Joyeuse,' leur frère, succéda au duché. Après la mort de ce dernier, Henri, sortant des capucins, était de droit duc et pair. Il ne tint point non plus du duc de Mayenne sa nomination à la charge de maréchal de France. C'est Antoinc-Scipion que le duc de Mayenne nomma maréchal, à la place de Guillaume de Joyeuse, père. Le roi seul conféra cette dignité à Henri.

(1) C'est de lui que Voltaire a dit, dans le chant IV" de la Henriadc :

«Vicieux, pénitent, courtisan, solitaire,

• Il prit, quitta, reprit la cuirasse et la haire. ...»

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blit en faveur du chevalier de Grandpré , qu'on en fit mestre-de-camp, par commission du 26 février suivant : ce dernier prit alors le nom de chevalier de Joyeuse. Il servit, avec ce régiment , ia même année et jusqu'en 1602 , et se trouva à plusieurs sièges , combats et batailles. Créé maréchal de-camp , par brevet du 20 avril i653 (1), il ne servit point alors en cette qualité. Il marcha, à la tête de son régiment, en i654, i655(2), i656et 1657, aux sièges et àla prise de plusieurs places de guerre. 11 commanda la cavalerie de l'armée du maréchal de la Ferté , au siège de Montmédi , pris le 6 août 1657, et servit, en i658 , au siège de Grave- Jines , qui capitula, le 3o août. Lors de son mariage, il prit le nom de marquis de Joyeuse. On réduisit son régiment à la seule compagnie mestre-de-camp, le 11 avril 1661 ; mais il le rétablit, le 7 décembre i665. Il fut créé brigadier de cavalerie, par brevet du 14 mai 1667, et employé à l'armée d'Alsace, sous le marquis de Créquy. Cette armée se tenant sur la défensive, Joyeuse alla servir, comme volontaire , au siège de Lille, dont le roi se rendit maître, le 27 août. Il se démit de son régiment, le 18 décembre.

(1) A la paix des Pyrénées, on régla que tous ceux qui n'avaient point servi en qualité de maréchaux-de-camp, quoiqu'ils en eussent le brevet, cesseraient d'être regardés comme maréchaux-de-camp, et que leurs brevets seraient considérés comme nuls. C'est par cette raison qu'on voit le chevalier de Joyeuse, déjà maréchal-de-camp, fait par la suite brigadier, puis maréchal-de-camp. .

(a) En »655, Turenne étant campé dans les plaines de Lens, envoya Joyeuse escorter un convoi qui venait d'Arras. Joyeuse alors, épris d'une femme de cette ville, laissa partir le convoi sous les ordres du major de son régiment, comptant le Rejoindre avant qu'il fût arrivé au camp. Chemin faisant, le convoi fut attaqué par un parti espagnol que le major repoussa. Turenne, voyant que la faute de Joyeuse pouvait perdre cet officier , qui donnait de grandes espérances, dit à ceux qui l'entouraient : « Le comte de Grandpré sera bien fâché contre moi; je lui ai

• donné une commission secrète qui l'a retenu à Àrras, dans un temps

• où il aurait pu montrer sa valeur. • Grandpré, arrivé au camp, apprend ce discours, et va se jeter aux pieds de Turenne, qui se contente de le réprimander. Grandpré &e signala le reste de la campagne, et devint comme l'avait prédit Turenne, un des meilleurs officiers de l'armée.

vu. ?

5o DICTIONNAIRE HISTORIQUE

Il marcha, en 1668, à la conquête de la Franche- Comté, d'où H passa, sous les ordres de M. le prince de Condé et du duc de Luxembourg, dans les pays de Limbourg et de Gueldrcs. On signala paix, le 2 mai. Il eut une compagnie en chef, le 26 du même mois ( 1 ). Il leva un nouveau régiment de cavalerie, par commission du 9 août 1671. Employé dans l'armée du maréchal deTurenne, en Wcstphalie, pendant la campagne de 1673, il se trouva à la prise d'Unna, qui se rendit à discrétion , le 5 février. Promu au grade de maréchal-dc-camp, par brevet du 1 5 février 1674, il se démit de son régiment, et fut employé dans l'armée du Roussillon, sous le maréchal de Schomberg, qui s'y tint sur la défensive. Sous le même général , en 1675, il concourut à la reprise de Belîegarde, le 6 juillet. Il fut employé dans l'armée d'Allemagne, sous le maréchal de Luxembourg, en 1676. Créé lieutenant -général des armées du roi, par pouvoir du 25 février 1677 , il servit à l'armée de Moitsieci . combattit à Cassei, le 1 1 avril, et se trouva au siège de 8 t.- Omer, qui fut pris, le 20. Il passa à l'armée de Flandre, par lettres du 21 mai. Il servit , en 1678 , à l'armée d'Allemagne, sous le maréchal de Créquy , et s'y distingua à la défaite du comte de Stahremberg , à Aheinfeld , le 6 juillet, ainsi qu'au passage de la Kintzig, où l'on battit l'arrièregarde du duc de Lorraine , le 23. Il concourut à la déroute des Brandebourgeois, auprès de Minden, en 1679, et au passage du Weser. Employé, le 5 avril 1684, à l'armée d'Allemagne , sous le maréchal de Créquy , il servit au siège de Luxembourg, pris le 4 juin. Le maréchal étant parti pour aller aux eaux de Barrèges, le marquis de Joyeuse eut, en son absence, le commandement de l'armée, par pouvoir du 5 juillet. A la mort du sieur de Cajac, le roi lui donna le gouvernement de la ville et du château

(1) A la réforme qui se fît après cette paix , tous les régiments furent réduits à une seule compagnie, qui était composée do cent maîtres, et commandée par trois capitaines dont un en chef et deux autre» incorporés.

DfcS GÉNÉRAUX FRANÇAIS* 5l

de Nanti, par provisions du 1*2 mai i685. Employé a Par* mée d'Allemagne, sous Mgr. le dauphin, par lettres du 16 septembre 1688 , il y servit aux sièges et à la prise de plusieurs places de guerre. II fut fait chevalier des Ordres du roi, le 3i décembre suivant. On l'employa en Guienne, sous le maréchal de Lorges, par lettres du 20 mars 1689, et dans l'armée d'Allemagne , sous Mgr. le dauphin et le maréchal de Lorges, par lettres du 19 avril 1690. En 1691, il servit au siège de Mons , que le roi prit, le 9 avril. Il passa ensuite à l'armée de Flandre , sous le maréchal de Luxembourg, et combattit à Leuse, le 18 septembre. Pendant le siège de Namur, en 1692. il commanda un corps de troupes dans les pays de Trêves, de Juliers et de Cologne, et finit la campagne en Allemagne, sous le maréchal de Lorges. Créé maréchal de France, par état donné à Versailles, le 27 mars 1693, il prêta serment, le 28. Nommé l'un des commandants de l'armée de Flandre, sous le roi et M. le prince de Condé, par pouvoir du 27 avril, il se trouva à la bataille de Neerwinde, le 29 juillet, y fut chargé du commandement de l'aile gauche de l'armée , et la conduisit avec tant d'habileté et de prudence , qu'il força tous les lieux par où il passa. Il eut, dans celte journée, la cuisse percée d'un coup de mousquet ; et , après avoir fait bander sa plaie, il revint à la charge. Il commanda l'armée d'Allemagne, conjointement avec le maréchal de Lorges, par pouvoir du 28 avril 1694. Ces deux maréchaux battirent les ennemis à WisJok, le 25 juin, firent 400 prisonniers, et tuèrent 400 hommes aux ennemis. Joyeuse commanda l'armée sur les côtes de Normandie, par pouvoir du 1" mai 1696, et en eut encore le commandement, par autre pouvoir du 7 mai 1697, pour la défense des côtes maritimes.

11 n'a plus servi depuis. On lui donna, par provisions du

12 août 1703 , le gouvernement-général du pays Messin et du Verdunois , et le gouvernement particulier des ville et citadelle de Met* , vacant par la mort du duc de la Ferlé. Il les a conservés jusqu'à sa mort, qui arriva le 1" juillet 1710. Jl était alors âgé de 79 ans. [Chronologie militaire, (ont, III, pag. 71 ; Mémoires du Père d'Avrigni, Histoire

militaire y de M. de Quincy; Journal historique du Père Griffet, Bau c las , le président Hénaut , Gazette de France, Biographie universelle , ancienne et moderne, tom, XXII) pag. 82.)

de JOYEUSE, voyez Lorraine.

JU LÎENNE de Bêlai* (Alexandre Pierre), lieutenant-général, naquit à Paris, le 1 5 octobre 1747» Nous n'avons pas les renseignements nécessaires pour traiter l'article biographique de cet officier.

JULLIEN (Jacques), lieutenant-général, était depuis plusieurs années au service du duc de Savoie, lorsqu'il y obtint un régiment d'infanterie. Il se distingua à la défense de la Savoie, et particulièrement à celle de Cor.i, en 1691. Étant passé au service de France, quelque temps après, il fut créé brigadier, par Brevet du 28 avril 1694; servit, la même année et la suivante, à l'armée du Piémont, où Ton se tint sur la défensive , et se trouva au siège de Valence, en 1696. Il fut employé en Provence, par lettres du 7 mai 1G97, et à l'armée d'Allemagne, par autres lettres du 21 juin 1701. Il servit à l'armée de Flandre, par lettres du 22 avril 1 702 ; contribua à la défaite des troupes hollandaises, près de Nimègue, et commanda à Bruges, sous le comte de la Mothe, pendant l'hiver, par ordre du 1 5 novembre de la même année. En récompense de ses services, il fut nommé maréchal- de -camp, le 23 décembre suivant. Il commanda en cette qualité une partie des troupes envoyées contre les religionnaires des Cévennes ( 1 ), et se signala dans plusieurs expéditions contre ces rebelles. Il obtint le grade de lieutenant -général, par pouvoir du 26 octobre 1704;

(1) Le marquis de Dangeau, dans ses Mémoires, tom. II > <pay. 35o,, s'exprime ainsi : «5 janvier 1703. Jullicn vint ici (Versailles) pour rece-

• voir les ordres du roi, à l'effet de réduire les religionnaires qui sont en

• Languedoc. Sa petite armée sera composée du régiment de dragons

• de Fimarcon qu'on lève en Languedoc, et de 3ooo hommes d'infante-

DES GENERAUX FRANÇAIS. 53 continua de servir dans les Cévennes jusqu'en 1708, et mourut en 1711. {Chronologie militaire, tom. IV ', pag. 6o3; mémoires du temps, Gazette de France.)

JUMEL (Jean-Marie), maréchal-de-camp, naquit à Lyon , le 2 août 1772. Dès l'âge de 18 ans, il fut employé dans l'administration municipale de cette ville, et y devint chef du bureau militaire. En 1792, l'armée prussienne ayant fait une invasiou en France, Jumel s'enrôla volontairement, le 2 août, dans le 5e bataillon de Rhône- et-Loire, où il fut fait sous-lieutenant, le 11 du même mois, puis quartier-mattre- trésorier, le 1 1 septembre suivant. Le 5 mai 1795, le 5e bataillon de Rhône-et- Loire, qui faisait alors partie de l'armée du Nord, ayant marché de nuit pour attaquer l'ennemi à Roosbruge, Jumel que son emploi éloignait de semblables expéditions, voulut cependant prendre partvà celle-ci , et se glissa dans les rangs d'une compagnie. Reconnu, lorsqu'il fit jour, par le général Richardot, qui commandait la coloune, il fut mis aux arrêts, pour le punir d'avoir quitté son bureau de quartier-maître. Néanmoins, en considération de son ardeur pour la guerre, ou lui permit bientôt de prendre part aux engagements où se trouverait son bataillon, et on lui confia même le commandement des tirailleurs, toutes les fois que ce bataillon eut à en fournir. Il fui nommé, en juillet de la même année, capitaine provisoire, en remplacement d'un officier de ce grade qui avait été fait prisonnier de guerre. Il passa quartier-mattre-trésorier de la 22' demi -brigade d'infanterie de ligne, le 18 août 1794; obtint le grade de capitaine en pied, le 24 avril 1796 , et fut fait chef de bataillon , le 7 août 1800. Il avait fait les campagnes de 1792, 1793 et

• rie de bonnes troupes. • Les mémoires du marquis de Dangeau, t. II , yag. 5Go, contiennent aussi ce qui suit, à la date du 8 janvier 1703: « Le roi fit Jullien chevalier de Saint-Louis, quoiqu'il n'ait servi que dix

• ans dms >es troupes, et que le roi n'en reçoive plus présentement qui

• n'aient servi au moins vingt ans. »

1794 à l'armée du Nord; celles de 1795, 1796, 1797 el 1798, à l'armée d'Allemagne; partie de celles de 1799 , contre les insurgés de la Belgique; celle de la fin de 1799 et de Tannée 1800, dans la Nord-Hollande , contre les Eusses, puis dans le département du Morbihan contre les Vendéens. Pendant toutes ces campagnes, il s'était trouvé à de nombreux combats et batailles ; aux sièges et à la prise de plusieurs villes de guerre, forts et forteresses; au passage du Waal, et à la conquête de la Hollande. Il se distingua au combat de Grandchamp dans le Morbihan , le a5 janvier 1800. Étant passé, la même année, à l'armée d'Italie, il fut du célèbre passage du mont Saint- Bernard, et se fit remarquer à celui de la Chiuzeila, en Piémont. A l'attaque et à la prise d'Yvrée, le 22 mai, il marcha à la tête de 4 compagnies, s'empara d'un fort qui dominait la ville, et s'y saisit de 16 pièces de canon. A la bataille de Montebello , il poursuivit l'ennemi , accompagné seulement de quelques soldats, et fit 35 Autrichiens prisonniers de guerre. A la bataille de Marengo, le 14 juin, il prit le commandement d'un bataillon dont le chef venait d'avoir les jambes emportées par un boulet; et, se trouvant placé en avant du ruisseau et du village de Ma* rengo, il s'empara de 3 pièces de canon, et repoussa, de concert avec a bataillons du 40* régiment de ligne, plusieurs charges de la cavalerie autrichienne. Cependant l'armée ennemie ayant bientôt débordé la position où se trouvait Jumel , les 2 bataillons du 40e régiment reçurent ordre de faire un mouvement. Jumel, abandonné avee son seul bataillon , n'en résolut pas moins de défendre son poste, et y tint ferme pendant trois heures, résistant sans cesse aux forces quadruples de la cavalerie autrichienne. Enfin, lorsque vers midi, il vit l'infanterie ennemie marcher contre lui, et l'armée française en pleine retraite , son bataillon ayant d'ailleurs épuisé toutes ses cartouches, Jumel prit le parti de se replier, et exécuta ce mouvement avec habileté. Le terrain qu'il abandonna était couvert d'hommes et de chevaux ennemis. Cette brillante action fit demander, par les généraux Lannes et Watrin , le grade

de chef de bataillon pour le brave Jumel, auquel ce grade fut effectivement conféré , le 28 juillet suivant. Jumel continua de servir à l'armée d'Italie, en 1800 et 1801 , et s'y trouva à différentes affaires. Il s'empara, le 19 décembre 1800, d'un convoi considérable de grains que l'ennemi avait rassemblé à Lunigo, et fit celte capture après avoir chassé, à la suite d'un engagement très- vif, un bataillon du régiment autrichien , dit des chasseurs d'Aspre, chargé de la garde de ce convoi. Le général Oudinot, alors chef de l'élat-major de l'armée d'Italie , fit une mention honorable de cette action , dans sa relation de la campagne de cette même année. Pendant l'hiver de 1800 à 1801 , Jumel commanda les avant-postes de la division dont son bataillon faisait partie, et la tint continuellement approvisionnée, en faisant de fréquentes excursions sur la ligne ennemie, Après le passage de l'Adige par l'armée française, l'aile droite de celle-ci poursuivant l'arrière-garde du corps autrichien commandé par le feld -maréchal Bellegarde, il s'ensuivit un engagement vers Meledo, où l'ennemi avait une excellente position, contre laquelle on ne pouvait marcher que par une chaussée étroite , pratiquée à travers du marais, et dont l'approche était défendue par de l'artillerie. Le 6* régiment d'infanterie légère ayant été ramené par une grêle de mitraille qui lui fit perdre beaucoup de monde, le chef de bataillon Jumel prit sur lui de faire terminer promptement un engagement qui devenait très-sanglant. Il fit serrer sa troupe en masse, et pénétra au pas de charge dans le village de Meledo, sans tirer un coup de fusil. Secondé par une partie du brave 6e régiment d'infanterie légère, il s'empara d'un pont au-delà de Meledo; et, se trouvant bientôt pêle-mêle avec les hussards ennemis du régiment de Toscane, qui s'efforçaient de rallier l'infanterie autrichienne, Jumel et sa troupe tuèrent beaucoup de monde, et restèrent maîtres du défilé. Ils l'auraient même franchi, si le général Watrin , tout en donnant des éloges à l'intrépidité de ces braves Français, ne leur eût défendu de s'engager dans la plaine. Cette action fut mentionnée honorablement dans le rapport officiel du même général.

Passé, le 16 août 1802, au commandement du a* bataillon d'expédition destiné pour St.-Domingue, Jumel s'eoibarqua, et alla joindre dans cette tic le corps d'armée commandé par le général Leclerc. Les Nègres, ayant fait, le 19 février i8o3, une attaque générale sur le cap Français, s'emparèrent du fort Belair, de l'uue des portes du Cap, et de tous les postes extérieurs qui dominent cette ville. Il fallut combattre sur tous les points à la fois; et Jumel, à la tête d'une petite colonne, reprit l'habitation d'Estaûig, dont les Noirs commençaient à incendier les cases. Il poursuivit ensuite les ennemi* jusqu'au-delà du Grand-Morne, Il fut nommé commandant d'armes à Saint-Marc (île Saint-Domingue), le 9 avril suivant. Il passa , le 21 mai, au commandement d'armes des Cayes -Saint-Louis, et le conserva jusqu'à la reddition de cette place, le 17 novembre. Rentré en France, le 14 septembre 1804, il fut nommé commandant du 4e bataillon colonial, le 9 septembre i8o5, et devint major du i*r régiment de marine et des ouvriers de Brest, par décret du 27 septembre 1806. Il passa , avec le même grade de major , dans le 4e régiment de ligne, le 6 septembre 1808. On le nomma géuéral de brigade, le 25 novembre 1810 , pour prendre rang à dater du jour de son arrivée à l'Ile de Java, où on l'envoyait avec des lettres de service, pour commander les troupes stationnées dans cette colonie. Il s'embarqua, le 2 décembre suivant, sur la frégate la Nymphe , et arriva à l'île de Java, le 27 avril 1811. Il mit aussitôt tous ses soins à organiser les levées de troupes que le gouvernement français faisait faire parmi les naturels de l'île, et il s'occupa en même temps de faire continuer activement les fortifications du camp de Mtster-Cornelis. Bientôt une expédition anglaise aborda près de Batavia, ayant 14,000 hommes de troupes, y compris celles de marine, et un parc de 112 bouches à feu. Le général Jumel. n'avait à opposer à des forces aussi considérables qu'environ 8000 Javans, conduits par quelques officiers français et hollandais. Il fit cependant une résistance longue, vive et meurtrière, et soutint plusieurs combats, dans lesquels

DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. 5n

il fallut que les braves officiers et quelques faibles détachemeuts de troupes européennes suppléassent par leur courage et leur dévouement à la timidité et à l'inexpérience des Javans. Presque tous les Européens et surtout les officiers furent victimes de leur bravoure. Deux fois les fortifications du camp furent renversées par l'artillerie anglaise, et deux fois elles furent rétablies. Enfin ce ue fut qu'au bout de vingt-deux jours que l'armée anglaise parvint à s'emparer de cette position par un assaut (i). Après la prise du camp de Mester-Cornelis, les troupes indigènes s'étant débandées, il fut impossible de songer à conserver plus long-temps la colonie ; et après quelques combats peu importants, le gouverneur hollandais Janssen fut contraint de capituler. Le général Jumel avait eu 2 chevaux tués sous lui pendant cette campagne. Prisonnier de guerre des Anglais, il resta en leur pouvoir jusqu'à la paix, qui suivit de près la restauration du trône des Bourbons , et rentra en France, le 2 mai 1814 (2). Il fut employé à l'inspectiongénérale de l'infanterie dans la 5e division militaire, par lettres de service du jo janvier 181 5. Pendant les cent joursy il passa au commandement du département du Haut- Rhin» au mois d'avril, et fut appelé, le 29 juin suivant, au commandement d'une brigade de la division Grand jean, faisant partie du corps d'armée du général Rapp. On le mit en non-activité, le 1" décembre de la même année; • • - ■ ■ j . 1 '.I

(1) Un fait curieux et tout à la fois honorable pour les défenseurs de l'île de Java, c'est que le général des troupes anglaises, sir Samuel Achumty, officier distingué et expérimenté , ait cru devoir ouvrir la tranchée, construire une parallèle, et bombarder pendant plusieurs jours un camp qui n'était défendu que par quelques redoutes et par 8000 soldats, sachant a peine se servir de leurs armes. Il lança sur les faibles ouvrages qui entouraient ce camp plus de 1 0,000 boulets, bombes ou obus ; et la conquête de ce camp lui coûta près d'un tiers de son armée, ainsi que plusieurs officiers de marque.

(a) La longue captivité du général Jumel nuisit beaucoup à son avancement, en l'empêchant de donner, comme il Pavait précédemment fait, des preuves de bravoure et» de talents militaires pendant les mémorables campagnes de 181a, i8i3 et i8j4>

vu. 8

mais il fut porté de uouvrau sur le tableau des maréchauxde-camp disponibles, le i" janvier 1819. Le général Jumel est chevalier de Tordre royal et militaire de Saint-Louis, et officier de l'ordre royal de la Légion-d'Honueur. (Etais et brevets militaires , Moniteur , annales du temps.)

de JUMÏLHAC, voyez Chapelle.

JUNOT (Andoche) , duc d'Abrantès , général de division et colonel-général des hussards , naquit à Bussi- le- Grand , en Bourgogne , le 25 octobre 1771. Il étudiait le droit au commencement de la révolution française , et il s'enrôla , en 179a, t omme grenadier dans un des bataillons de volontaires nationaux du département de la Côte-d'Or. Servant au siège de Toulon , il s'y fil remarquer par un de ces traits d'intrépidité qui depuis lui furent si familiers. Le chef de son corps demandant un soldat qui voulût se dévouer, pour porter à travers les rangs ennemis un ordre important à une batterie d'artillerie, Junot, alors simple sergent, se présente, franchit t'espace à travers une grêle de balles et de boulets, et arrive sain et sauf au but qu'il devait atteindre. Cette action hardie engagea Buonaparte à prendre Junot pour l'un de ses aides-de-camp. Junot servit sous ce général à l'armée d'Italie, et s'y distingua particulièrement aux combats de Lonato et de Castiglione. Après le succès de la première de ces deux affaires, Junot fut chargé par Buonaparte de s'opposer à la retraite des Autrichiens sur le Mincio. S'étant mis à la tète des gardes du général en chef, Junot se porta avec la plus grande vitesse sur Dezenzano, où il rencontra le régiment de Bender hu-r laus. Au lieu de charger cette troupe en queue , Junot fait faire aux siens un détour par la droite, prend l'ennemi en front , et blesse le colonel Bender. Entouré bientôt par un gros de hulaus, Junot, sans se déconcerter, en tue 6 de sa main; mais il esl enfin culbuté dans un fossé, après avoir reçu cinq coups de sabre assez profonds. Fl courait le risque d'être fait prisonuier, lorsqu'il fut dégagé par les guides qui s'étaient ralliés. A peine ses blessures étaient guéries, que Junot avait déjà rejoint Buonaparte, sour le-

quel il fit avec beaucoup de distinction le reste de la campagne de 1796 et celle de 1797. Il s'embarqua, en 1798, avec le général en chef Buonaparte pour l'expédition d'Égypte; et ce fut lui qui porta au grand maître de l'ordre de Malte l'accession à la suspension d'armes demandée. L'armée française, ayant abordé sur le? côtes de l'Egypte, eut d'abord à livrer les batailles de Rahmanieh, de Chebreisse, et des Pyramides. Junot, toujours placé là où le péril était imminent, prit une bonne part à la gloire acquise par les Français dans ces combats mémorables. Il fut nommé général de 4tY«ton , le 9 janvier 1799, et employé en cette qualité dans la division du général Kléber, qui fit partie de l'expédition de Syrie, au mois de février suivant. Pendant le siège de Saint-Jean-d'Acre , Junot , ayant reçu l'ordre de s'etnparer de Naiareth et de tout le pays environnant, se rendit maître de celte ville* le r> avril. Informé que les troupes du pacha de Damas, conduites par son fils , avaient passé le Jourdain, et se rassemblaient sur les hauteurs de Loubi, Junot se mit en marche, le 8 du même mois, avec environ 3oo hommes d'infanterie et 160 chevaux , pour aller reconnaître les ennemis. Arrivé au débouché de la vallée de Cana à Loubi , il se trouva en présence d'un corps de cavalerie composé de Mamelucks, de Turkomaiis, de Maugrabins, et d'une troupe d'environ 2000 Arabes montés. A l'aspect de ces ennemis, dont la supériorité numérique pouvait effrayer, Junot, loin de se laisser intimider, fit de suite ses dispositions pour bien recevoir ses adversaires. Ceux-ci , s'attendant à n'éprouver qu'une faible résistance, s'avancèrent avec la certitude de vaincre; mais Junot, les laissant arriver à portée de pistolet, les accueillit par une décharge de mousqueteric si vive, qu'en un instant elle joncha la terre de plus de 3oo ennemis. Pendant cette affaire, qui avait commencé à dçux heures et demie du matin, et qui dura jusqu'à trois heures de l'après-midi, Junot et sa troupe reçurent avec la plus grande valeur et un très-grand sang-froid les nombreuses charges faites sur eux, les repoussèrent toutes à la baïonnette, et tirent, tout en combattant, une retraite de

deux lieues. Pendant la mêlée, Junot, s'étant écarté un moment de son infanterie pour examiner de plu» près une lutte opiniâtre, engagée entre ses grenadiers et carabiniers et une troupe ennemie, fut entouré par deux Mamelucks qui le chargèrent avec furie : il s'en débarrassa, en tuant le premier d'un coup de pistolet, et en assénant un coup de sabre sur la tête du second ( i). Lors de la levée du siège de Saint-Jean-d'Acre, Pavant-garde de l'armée , sous les ordres de Junot, brûla tous les magasins de Tabarie, et prit position à Saffarie, pour couvrir les défilés du camp d'Acre. En quittant l'Egypte, au mois de septembre 1799, Buonaparte donna à Junot Tordre de partir dans le courant d'octobre, et de venir le joindre en France. Junot se trouvait à Paris lors de la révolution du 18 brumaire an 8 (9 novembre 1799% à laquelle il concourut. Buonaparte, devenu premier çonsal, lui confia le commandement de la place de Paris. Junot fut promu au grade de général de division, le 20 novembre 1801, et passa, en février 1804, au commandement de Pune des divisions de l'armée d'Angleterre. Il fut créé, le 14 juin de la même année, grandofficier de la Légion-d'Honneur, et obtint, au mois d'août suivant, le grade de colonel-général des hussards. Il fut nommé ambassadeur près la cour de Portugal, le 25 janvier i8o5, et décoré du grand cordon de la Légion -d" Honneur , le 2 février suivant. Il quitta Lisbonne, au mois de septembre de la même année, époque de la reprise des hostilités entre la France et l'Autriche, se rendit à la grande-armée d'Allemagne, où il combattit, toujours aux côtés de Napoléon, et se distingua particulièrement à la bataille d'Austerlitz. A la fin de la campagne , il fut nommé gouverneur-général des états de Parme et de Plaisance. Il

(1) Un arrêté du premier consul Buonaparte ordonna, plus tard, l'exécution d'un tableau représentant le combat de Nazareth ou plutôt de Loubi. Un juri fut ouvert, en 1801 , et décerna le prix de îaco fr. pour l'esquisse préscotéc par le peintre Gros, qui commença ce tableau, mais ne l'acheva pas.

DES GÊNÉBAUX français. . 61

fut pour la seconde fois nommé gouverneur de Pari», le 19 juillet 1806. Étant retourné à Lisbonne en qualité d'ambassadeur, il quitta ce rôle pour prendre le commandement en chef de l'armée de Portugal, qui lui fut donné en 1807. Il s'empara du royaume de Portugal, après quelques combats peu marquants, et fut récompensé de cette conquête par le titre de duc d'Abrantès, et par le gouvernement-général du pays qu'il avait soumis. Son installation en cette dernière qualité eut lieu à Lisbonne, le 1" février 1808. Une escadre auglaise ayant abordé sur les côtes du Portugal , y débarqua 10,000 hommes de troupes, auxquels se joignirent bientôt des corps nombreux de Portugais et d'Espagnols insurgés. Ces forces réunies attaquèrent les Français sur divers points; et, après le combat de Rorissa et la bataille de Vimeiro, où les troupes françaises se montrèrent avec leur valeur ordinaire, Junot, qui n'avait point assez de forces pour résister à celles trèssupérieures des ennemis, assembla un conseil militaire, dans lequel il fut arrêté que l'on entrerait en négociation pour l'évacuation du Portugal. Un armistice fut d'abord conclu; et il s'ensuivit la convention signée à Cintra, le 3o août 1808. Cette convention fut, en tout point, honorable pour les troupes françaises, qui ne furent point considérées comme prisonnières de guerre, et auxquelles on permit d'emmener leur artillerie et fours caissons, munitions , bagages, chevaux, etc. , etc. Toute glorieuse que fût la capitulation de Cintra, elle n'obtint pas l'opprobaiion de Napoléon , et Junot tomba dans une espèce de disgrâce , qui dura quelque temps. En 1809 , Junot fut nommé président à vie du collège électoral du département du Léman. Placé, en 1810, à la tête du 8* corps de l'armée d'Espagne, il eut, vers la fin de mars, l'ordre de s'emparer d'Astorga. Il investit aussitôt la place, et la fit attaquer si vivement, qu'elle se rendit, le 10 avril, après quinze jours de tranchée ouverte. Cette opération terminée, il se jeta sur Valladolid, et se porta ensuite sur Salamanque, pour observer l'armée anglaise , pendant le siège de Ciudad -Rodrigo. Il marcha , au mois de septembre, avec toute l'armée commandée par

Ga DICTIONNAIRE HISTORIQUE

le maréchal Masséna, et qui se portait alors contre le Portugal. Il occupait le centre de l'armée , et lui servait de réserve à la bataille de Busaco , le 27 septembre. Le 19 janvier 1811, il se mit à la téte de 5ooo hommes d'infanterie et de 3oo chevaux, partit d'Alcanbède à 5 heures du matin, et marcha contre Rio-Mayor, qu'il enleva de vive force en moins d'une demi- heure, malgré la vive résistance des ennemis. Pendant cette affaire, le duc d'Abrantès s'étant avancé seul pour reconnaître la direction que prenaient les colonnes anglaises en retraite, fut blessé grièvement par une balle qui l'atteignit au bas du front. Il continua cependant de donner avec le plus grand sang-froid ses ordres pour la poursuite des ennemis. Appelé à la grandearmée d'Allemagne , en 181a, il y eut le commandement des divisions westphaliennes, composant le 8* corps, et a la tête desquelles il fit la campagne de Russie. Destiné à flanquer la droite de l'armée , lors de la bataille de Sraolensk, il s'égara, fit un faux mouvement, et ne put reprendre son rang de bataille qu'après la prise de Smolensk. Il se signala, le 8 août, au combat de Vaiunlina Gora. Rentré en France, après la fatale retraite de ftloskow, il se rendit dans les Provinces-Illyriennes, dont il était gouverneur-général depuis plusieurs années. Étant tombé dans un état complet d'aliénation mentale, il fut ramené en France; et, dans un moment de délire, il se jeta par la fenêtre et se tua , le 29 juillet 18 13. (Etats militaires, Moniteur, annales du temps.)

db JUZANCOURT, voyez Ride.

KELLERMANN (1) (François-Christophe), duc de Valmy, pair et maréchal de France, naquit à Strasbourg, le

(1) La famille noble de KrHermann , prîmilivement Reltermann , est

28 mai 1735. Il entra au service , en 1750, comme cadet dans le régiment de Lowendalh, et passa , en i;53, enseigne dans le régiment Koyal Bavière. Il obtint , en i?56,

une lieulenance dans les volontaires d'Alsace ; fit ses premières armes dans la guerre dite de sept ans, et s'y distingua, par une conduite, une valeur et des talents qui lui valurent , en 1 ^58 , le grade de capitaine en second de dragons, dans le même corps, avec lequel il se fil remarquer à la bataille de Berghem, en 1759 Nommé, en 17^0, capitaine à la suite dans les volontaires du Daupbiué, il no tarda pas à justifier par une action d'éclat la rapidité de son avancement. A Taffure d'Orsten, près Wc zel , en 1761 , il chargea , avec son escadron , 3oo grenadiers du corps du généra» Si heider, 1rs fit prisonniers, et s'empara de leur canon. Eu 1702, le capitaine Kellermaim attaqua, avec 1 5o chevaux, un corps ennemi beaucoup plus nombreux, cl qui était protégé par des chasseurs embusquésdans un bois. Ces chasseurs furent les seuls qui échappèrent; et le général Scheider , ainsi que 3oo grenadiers et une partie de sa cavalerie , tombèrent au pouvoir du capitaine Kellermann, qui , dans cette affaire , eut son cheval blessé de cinq coups de sabre. Cette brillante action fut remarquée par le prince de Condé, qui demanda pour Kellermann la croix de chevalier de Saint-Louis. A la bataille de Friedberg, Kellermann se conduisit de manière à acquérir de nouveaux droits à l'estime de ses chefs. La paix de 1763 amena beaucoup de réformes; mais Kellermann n'y fut point compris, et il conserva son grade, en passant dans la légion de Conflans. Eu i765 et 1760 , il fut chargé par le roi de missions particulières en Pologne et en Tartaric. En 1771 , la Pologne étant en proie à la guerre civile, le gouvernement français y fit passer des troupes, sous le commandement de M. le lieutenant-général, baron de Viomesnil , qui eut

d'origine saxonne , et Tint, il y a longues années , s'établir dans la ville impériale libre de Strasbourg, ou le bisaïeul du maréchal fut président de la chambre des treize et prévôt des marchand*.

également sous ses ordres celles de la confédération. Ce général leva un corps auquel il donna des officiers de son choix , et chargea le capitaine Kellermann d'organiser la cavalerie qui se réunissait dans le palalinat de Cracovie. En janvier 1772, Kellermann prit le commandement de ce corps , et passa la Vistule , auprès du couvent de Tinietz, avec 1200 chevaux, destinés à soutenir la brigade de 01. de Choisy, qui devait attaquer le château de Cracovie. Celte forteresse ayant été enlevée brusquement par un détachement formant l'avant-garde de M. de Choisy, celui-ci s'y établit, quoique la ville fût occupée par 800 Russes, et le capitaine Kellermann jeta dans le château 3oo de ses cavaliers. Après s'être concerté avec M. de Choisy sur la man ière dont on attaquerait la ville, il ramenale reste de sa cavalerie à Tinietz. Quelques jours après, il repassa la Vistule avec i5oo chevaux, accompagnant le brave comte Waleski, maréchal de la confédération du palalinat de Cracovie : on arriva devant la ville à dix heures du soir. Les signaux convenus pour l'attaque simultanée de Cracovie n'ayant pu s'exécuter, et les Russes faisant dans le même temps une attaque contre le château avec des forces numériques très-supérieures, Kellermann, d'accord avec le palatin Waleski, fut obligé de se résoudre à battre une retraite. Ce mouvement rétrograde paraissait même ne pouvoir s'exécuter qu'a travers des difficultés presque insurmontables; mais la présence d'esprit et la bravoure de Kellermann parvinrent à écarter tous les embarras, et triomphèrent, non-seulement des obstacles que présentaient les localités, mais encore des efforts que fireut les Russes pour empêcher le passage de la Vistule, dont ils furent contraints de rester spectateurs pendant plusieurs heures. On convint généralement alors que le corps de Kellermann s'était trouvé dans une position où il avait couru risque de se voir totalement anéanti, et que la sagesse des dispositions faites par cet officier avait seule sauvé sa troupe, qui ne perdit en effet que j5 Tartares tués ou faits prisonniers, et qui en revanche tua 55 Cosaques et en captura ;5. Après le partage de la Pologne entre la Russie*

l'Autriche et la Prusse, en 177a, Kellermann revint en

France, avec le baron dr* Viomesnil » et tut, en récompense de ses services ♦ élevé au grade de lieutenant-colonel de cavalerie. Il devint major des hussards de Conflans , en 1 779; et. lors de la formation du régiment Colonel Général hussards, en 1780, il obtint la lieulcnance-colonelle de ce régiment. Créé brigadier des armées du roi , le 1" janvier 1784» il devint, peu de temps après, mestre-de-eamp en second du régiment Colonel Général hussards. Il fut promu au grade de maréchal - de- camp , le 9 mars 1788. Eu 1790, il fut un des officiers supérieurs chargés de vérifier les réclamations des corps de l'armée, qui exigeaient une reddition de comptes des diverses masses. L'impartialité qu'il déploya eu cette occasion empêcha les plaintes de part et d'autre, et contribua à maintenir dans Tordre cl la discipline les régiments dont il apura la comptabilité. £11 1790 et 1791 , le général Kellermann cul successivement le commandement du Haut et du Bas-Rhin. Il déploya toute son activité pour mettre les places de Strasbourg, Neuf Brjsach et Landau dans l'état de défense le plus formidable, et s'occupa en même temps de dresser les troupes de ligne, et même les gardes nationales , aux grandes manœuvres de la guerre active. Le roi lui accorda le cordon-rouge , en 1790. Créé lieutenant-général des armées du roi, au mois de mars 179-2, il reçut le commandement en chef des troupes qui se trouvaient rassemblées au camp de Neukirch, sur la Sarre. Les Autrichiens ayant passé le Rhin, près de Spire, au nombre de 06,000 hommes, Kellermann, qui n'avait que 10,000 hommes à leur opposer, sut , par l'habileté de ses manœuvres, couvrir l'Alsace, ainsi qu'une partie de la Lorraine, et, en préservant ces fertiles contrées d'une invasion étrangère, il ménagea aux armées françaises de précieuses ressources. Au mois d'août de la môme année, il eut, avec la qualité de général en chef, le commandement des armées de la Sarre et du Rhin , qui furent réunies. Il se hâta alors de mettre eu bon état les lignes de la Lautero , entre le moulin de Pewald et Weissembourg. Il reçut, le 38 du même mois, l'ordre de prendre le commandement vu. 9

€6 DtCTIONNAI&É HISTORIQUE

en chef de l'armée du Centre, en remplacement de Luckoer; mais il n'accepta que sous la condition expresse que celui-ci serait nommé généralissime : ce qui eut lieu. Dans les quatre premiers jours de septembre , il mit les places de Metz et de Thion ville en si bon état de défense , que les armées coalisées échouèrent devant Tune et n'osèrent attaquer l'autre. Il partit de Metz, le 4 3,1 soir, pour se porter en Champagne et couvrir Châlons-sur-Marne et Paris. A cette époque , plus de i a |,ooo hommes, Prussiens, Autrichiens, Hessois, et 6ooo émigrés français, étaient entrés en Champagne , sous les ordres du duc de Brunswick. : le roi de Prusse se trouvait en personne à cette armée. Le général français Dumourier, qui commandait eu Champagne, se trouvait hors d'état de résister à des forces aussi considérables ; et Kellermann lui-même avait eu peine à rassembler 22,000 hommes, pour venir le secourir : mais il est vrai de dire que, par les soins de Kellermann, ces dernières troupes étaient bien disciplinées , bien approvisionnées, et accoutumées à faire des marches forcées. Il était urgent de gagner l'ennemi de vitesse, de l'empêcher de s'avancer au-delà de la Champagne dite Pouilleuse., et d'éviter qu'il pût s'emparer des magasins français établis sur ia Haute- Saône et sur la Marne, et lever des contributions dans la Lorraine et les pays circonvoisins. Kellermann pressa donc sa marche , tout en faisant des détachements pour garantir le pays sur ses flancs, et arriva à Vitry -le- Français, d'où il pouvait, en une ou deux journées, se porter partout où l'ennemi donnerait des inquiétudes. Après l'attaque que firent les coalisés sur les défilés de Varennes, le 16 'septembre, Dumourier, craignant de se voir écrasé par Ses nombreux adversaires, écrivit, dans (a nuit du 16 au 17, à Kellermann de venir prendre position à sa gauche. Ce mouvement fut exécuté, dès le 19; mais à peine Kellermann eut-il occupé ta position indiquée par Dumourier, qu'il en reconnut tous les inconvénients, et prévit que dans le cas du moindre échec, elle pouvait avoir des suites désastreuses. Il se décida en conséquence à occuper Dam pierre et Voilmont, en arrière du ruisseau de l'Auve. Il devait, a cet

effet, mettre son armée en mouvement dès le lendemain matin; niais il apprit, dans la nuit du 19 auao, que les coalisé*, instruits de son arrivée, et voulant profiter de sa

mauvaise position , s'avançaient pour le combattre. Kellermann, jugeant qu'il ne pouvait attendre l'ennemi sur le terrain défavorable où il se trouvait placé , et se trouvant dans l'impossibilité de passer l'Auve pour prendre le campement qu'il avait projeté, résolut de marcher en avant, et de chercher un meilleur champ de bataille avec le gros de sou armée , tandis que son avant-garde et sa réserve seraient aux prises avec ses adversaires. Dès les trois heure* du matin , son armée étant sous les armes, il fit commencer le mouvement. Arrivé sur les hauteurs de Valmy, il se décida à y attendre l'ennemi, et fit ses dispositions en conséquence. Il se trouvait alors renforcé par 22,000 hommes détachés de l'armée de Dumourier, et qu'il avait trouvés au moulin de Valmy , sous les ordres du général Stengcl. Vers sept heures, toute l'armée prussienne, marchant sur trois colonnes, attaqua celle de Kellermann ; et l'ennemi, ayant démasqué, sur les neuf heures, de fortes batteries, fit un feu terrible sur l'armée française : le cheval que montait Kellermann fut tué. Les colonnes prussiennes continuaient à s'approcher en bon ordre; mais Kellermann , voyant ses troupes, composées en partie de bataillons de nouvelle levée , attendre l'ennemi de pied ferme, met son chapeau sur la pointe (Je son sabre et l'élève en l'air , en criant : Pive la nation ! Ce cri , répété unanimement , frappe et étonne les Prussiens , qui hésitent à s'avancer. La victoire est à nous, mes enfants , s'écrie tle nouveau le général Kellermann ; et en même temps il ordonna de redoubler le feu. Bientôt les têtes de colonnes prussiennes sont ébranlées; et Kellermann en profite pour faire exécuter de nouvelles charges, qui obligent l'ennemi à battre en retraite , laissant le champ de bataille couvert d'hommes et de chevaux morts. A sept heures du soir, le feu avait cessé sur toute la ligue , et les Prussiens étaient rentrés dans la position qu'ils occupaient avant leur infructueuse attaque. Malgré le brillant succès de cette journée, Kellermann jugea qu'il était essentiel

68 DICTIONNAIRE HISTORTQUR

pour son armée de repasser l'Auve , et de devancer les alliés dans P occupation des hauteurs de Dampierre et de Yoilmoiit ; aussi ne donna- 1- il que deux heure» de repos à ses troupes. A neuf heures du soir, M se itift en marche, après avoir pris lotîtes les précautions possibles pour ca* cher son mouvement aux ennemis; et, malgré toutes les difficultés que présentaient les localités et l'état affreux de» chemins, son armée se trouva rangée en bataille, le 91 , à six heures du matin , la droite appuyée sur Dampierre,' et la gauche Mir les hauteurs de Voilmont. Dès six heures, l'armée ennemie s'était ébranlée de sou col é pour venir prendre cette position imporlanle; mais bientôt elle découvre l'armée de Kellcrmann , qui d'ailleurs manifesta sa présence par quelques volées de canon. Les alliés rentrèrent de nouveau dans leur première position. La manœuvre habile faite par Kellermann valait encore plus que n'aurait procuré le gain d'une seconde bataille, en ce que les ennemis , ne pouvant désormais rien entreprendre suites magasin* français, se virent arrêtés court dans un pays qui ne pouvait fournir à leur subsistance. 11 en résulta d'abord une suspension d'armes , puis l'évacuation totale du territoire français par l'armée des alliés. Kellermann reçut alors les témoignages les plus flatteurs et tes mieux mérités de la reconnaissance du gouvernement français, et on lui confia le commandement en chef de l'armée de» Alpes, destinée à agir contre le roi de Sardaigtie. Arrivé à ce nouveau poste, Kellermann s'occupa activement de mettre la frontière de France en bon état de défense; mais pendant qu'il se livrait ainsi et tout enlier à ses devoirs, il fut dénoncé et mandé à la barre de la convention , pour y rendre compte de sa conduite. A cette époque, un pareil mandat élait souvent le précurseur d'un arrêt de mort. Kellermann, fort de ^son innocence, parvint sans peine à confondre ses accusateurs, et un décret solennel déclara qu'il n'avait jamais cessé de mériter la confiance de la nation. Dès le 1" juiu 1793, Kellermann élait à Lyon, d'où il partit pour aller inspecter l'armée d'Italie, que le général Brunei commandait alors sous ses ordres.

11 y p ri r toutes les mesures convenables , soit pour tâcher de résister aux forces supérieures de l'ennemi , soit pour

couvrir la frontière de France, si Ton était obligé de faire un mouvement rétrograde. Après avoir fait toutes ces dispositions, il se hâta de retourner à l'année des Alpes, dont la droite se liait à celle d'Italie. Dans ce temps, la ville de 1 von ne reconnaissait pins l'autorité de la convention; et bientôt les Anglais devinrent maîtres de Toulon. Ces deux événements n'eussent peut-être pas fu lieu, si on eût laissé Kellermann continuer à user des moyens ^le conciliation que déjà il avait employés avec succès vis-à-vis des Lyonnais, et si, d'un autre côté, les commissaires de la convention n'avaient pas retardé la marche des . |ono hommes de troupes que Kellermann avait confiées au général Carteaux, pour être conduites à Toulon , et qui n'arrivèrent devant cette place qu'au moment où déjà elle était occupée par les Anglais. Un décret de la convention ordonna à Kellermann de faire marcher une partie de son armée sur Lyon ; et quoique ce général représentât que sa présence était nécessaire à la frontière, les commissaires de la convention exigèrent impérieusement qu'il dirigeât luimême les travaux du siège. Une semblable mission répugnait à Kellermann , qui tenta, mais vainement, les voies de la négociation, pour engager les Lyonnais à ouvrir leurs portes. Cependant, et au lieu de forcer celte ville à se rendre en y portant l'incendie, Kellermann se décida à lui intercepter l'arrivage des snbsistances sur tous les points. Il était persuadé que ce moyen , et surtout des succès remportés sur l'ennemi, auraient plus d'efficacité que le canon ; et il ne cessait de répéter aux représentants du peuple : « Ce n'est pas ici que vous prendrez Lyon , c'est à la • frontière. » Snr ces entrefaites , les Piémontais avaient attaqué Par tuée des Alpes, qui s'était vue contrainte de se replier. On demandait sur ce point la présence du général en chef et de prompts renforts. Kellermann n'obtint qu'avec beaucoup de peine la permission de quitter pendant trois jours le siège de Lyon. Il se rend à Chambéry, et de là dam. la Maurienue , ranime le courage des troupes,

leur fait jurer de se défendre jusqu'à la dernière extrémité , indique cependant au besoin les points de retraite, et revient le troisième jour devant Lyon. Les ordres qu'il avait donnés à l'armée des Alpes furent parfaitement exécutés; et lorsqu'elle se replia devant près de a5.ooo ennemis qui l'attaquèrent, le ta août , elle se défendit pendant dix-huit jours, marcha et manœuvra daus le plus grand ordre, ne perdit que vingt Heurs de terrain . et sauva tous ses magasins. Dans Iff) premiers jours de septembre, Kellermannfut de uouteau^ obligé, de quitter le siège de Lyon pour aller se mettre à la tète de l'armée des Alpes, afin d'arrêter les progrès des enm mis. Avec 8000 combattants formant le gros de ses troupes, et quelques gardes nationales qu'il plaça en seconde ligne, il reprit l'offensive, le i3 septembre, contre 35, 000 Austro-Sardes. Son plan d'attaque, parfaitement combiné et rapidement exécuté, eut un succès complet; et, dès le 9 octobre, l'ennemi était chassé du Faucigny, de la Tarentaise et de la Maurienne, après avoir perdu une grande quantité d'hommes tués ou blessés, 17 pièces de canon et presque tous ses équipages. Ces avantages vérifièrent ce que Keilermann avait prévu, et Lyon se rendit, le 9 du même mois. Quoique Keilermann eûl déployé, dans toutes les circonstances que nous venons de décrire, un zèle non équivoque pour la chose publique et une graude activité, les dominateurs d'alors n'avaient cessé de l'accuser de traîner en longueur le siège de Lyon, et de le rendre suspect au gouvernement; aussi, dès le 4 septembre, la destitution de Keilermann et l'ordre de son arrestation avaient été signés; mais, comme ou senlak en même temps le besoin de se servir de lui pour chasser les Piémontais du Mont-Blanc, on ajourna l'exécution de ces deux mesures. Ce fut le 18 octobre, et au moment où Keilermann, prêt à partir pour commander le siège de Toulon , devait s'attendre à recevoir des témoignages de satisfaction et même de récompenses bien méritées, qu'on lui notifia sa destitution. Quelques jours après ou l'arrêta, et il fut conduit à P.aris, où ses services signalés ne Taraient sans doute pas garanti de la fureur de Robespierre,

DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. 7 l

qui avait juré sa perte, si la journée du 9 thermidor (27 juillet >T94) "'t ût fait loniber ce farouche tyran. Après treize mois rie détention , Kellermann fut honorablement acquitté , en septembre 1794. On lui confia de nouveau le commandement de l'année des Alpes et de celle d'Italie réunies : il prit possession de ce commandement, au mois de mai 1795 Ces deux armées étaient fortes tout au plus de 47,000 hommes, y compris les garnisons de Lyon . Toulon et Marseille, et elles avaient en tête près de i5o,ooo Autrichiens, Napolitains et Piémontais, non compris les bandes connues sous le nom de barbets , qui faisaient une guerre dangereuse, en harcelant continuellement les Français, et en enlevant les convois, les militaires isolés, et même les détachements trop peu nombreux pour leur résister. La position respective des deux armées était d'ailleurs, sout tous les rapports, au désavantage des Français; et il faut ajouter à ctla qu'une forte escadre anglaise , croisant sans cesse le long de la rivière de Cènes, entravait leurs opérations et favorisait celles de leurs ennemis. Dès le 21 août, les Austro-Sardes commencèrent à attaquer successivement et sur tous les points les armées d'Italie et des Alpes, et pendant 4 mois consécutifs, il se livra plus de 4<> affaires, t. «nt batailles que combats, dans lesquelles les Français firent de nombreuses actions d'éclat. Kellermann, en faisant replier son armée , en face d'un ennemi très-supérieur eu forces , ne se laissa point entamer, et prit enfin une position avantageuse qu'il conserva par la sagesse de ses dispositions et ia vigueur de ses opérations. Vers la fin de la campagne, la paix ayant été conclue entre la France et l'Espagne, Kellermann, obtint sur sa demande, qu'il lui serait envoyé des renforts dont partie viendrait de l'armée des Pyrénées-Orientales , et partie de l'armée du Rhin. Il fil alors approuver par le comité de salut public le plan d'attaque qu'il avait conçu pour pénétrer dans l'Italie; mais, avant que les renforts attendus fussent arrivés, le commandement de l'armée d'Italie avait été confié au général Schérer, et le général Kellermann n'avait plus que celui de Tannée des Alpes. Ce dernier seconda par des

JSà DICTIONNAIRE HISTORIQUE

diversions utiles les opérations de Se h ère r, qui s'était chargé d'exécuter le plan proposé par Kellermann, mais qui mit trop de lenteur à commencer ses mouvements. A l'ouverture de la campagne de 1796, Schérer fut remplacé par le général Buonaparte; et Kellermann, toujours à la tête de l'armée des Alpes, coucourut aux succès de l'armée d'Italie par les mouvements qu'il fit exécuter aux troupes sous ses ordres. En 1797, l'armée des Alpes fut de nouveau réunie à celle d'Italie « sous le commandement en chef de Buonaparte; et le général Kellermann fut nommé inspecteur-général de la cavalerie de l'armée d'Angleterre, puis ensuite de l'armée de Hollande. En janvier 1800 , lors de la création du sénat -conservateur, Kellermann en devint membre. Il en eut la présidence, le a août 1801. 11 fut nommé, par le sénat, membre du grand-conseil d'administration de la Légion-d'Honueur, le a juillet 1&02. Napoléon le créa maréchal d'empire, le 19 ^ ^ v «K** » 804, et lè pourvut de la sénatorerie de Colmar, le aa du même mois. En i8o5, au commencement des guerres d'Allemagne, le maréchal Kellermann fut nommé commandant en chef du 3* corps de réserve sur le Rhin, et chargé de la ligne de défense entre Bâle et Landau. Il fut fait grand -coi don de la Légion- d'Honneur, le 1" février de la même année. A la fin de la campague, il reçut la grand* croix d'or de Wurtemberg. En 1806 et 1807, il eut le commandement en chef de toute l'armée de réserve du Rhin, qui s'étendait depuis Bâle jusqu'à Nimègue. Ou le chargea en même temps de protéger les étals de la confédération Rhénane, les plus voisins du fleuve, et de surveiller l'intérieur du pays jusqu'à la Hessc. Napoléon le dota de l'important domaine de Johannesbeig, sur la rive droite du Rhin. Le maréchal Kellermann fut aussi autorisé par Napoléon à porter la grande décoratiou de l'ordre de la Fidélité de Bade. Il commanda, eu 1808, l'armée de réserve d'Espagne. En 1809, il eut le commandement des corps d'observation de l'Elbe et de la Meuse-Inférieure. Lors du débarquement des Anglais dans l'île de Waliheren, eu 1810, le maréchal Kellermann fut chargé de for-

mer à Maastricht le corps d'observation de la Mousp Inférieure, destiné à prendre l'ennemi en flanc, s'il s'avançait dilns l'intérieur. En 1811 , il présida le collège électoral r'«u département du Haut Rhin. £11 1812, lors de la guerre avec la Russie , il fut rappelé sur le Rhin . y reprit le commandement en chef des armées de réserve, et fut chargé de celui des pays dè Berry, HesseDarmstadt , Wurtzbourg, Francfort et Nassau. Il conserva ce commandement jusqu'à la fin de 181 3, époque à laquelle il prit celui des 2e et 3* divisions militaires. 11 reçut dans le même temps Tordre de chevalerie de Hesse-Darmsiadt. Il adhéra , en 1814, aux actes du gouvernement provisoire et à la déchéance de Napoléon Buonapartc. Après la restauration du trône des Bourbons, le maréchal Kellermann fut nommé commissaire du roi dans la 3" division militaire. Sa Ma/esté Louis XVIII le créa pair de France, le 7 juin de la ménie année, et le nomma grand'eroix de Tordre royal ét militaire de Saint- Louis, le 25 août suivant. En janvier 181 5 , il fut remplacé par le maréchal Suchet dans le commandement de la 3* division militaire. Eu 1816, le domaine de Johannesberg que possédait le maréchal Kellermann, fut remis au prince de Melternich, ministre de S. M. l'empereur d'Autriche. Le maréchal Kellermann mourot à Paris, le i3 septembre 1820, dans la 86* année de son âge. Son corps fut déposé au cimetière de l'Est; et, selon ses dernières volontés, son cosur fut porté à Valmy, où on l'enterra* au milieu de ce champ de bataille qu'il avait rendu célèbre par sa victoire sur les Prussiens en 1792 (1). [Etals et bre~ vets militaires , Moniteur, annales du temps.)

(1) Qnclque temps avant sa mort , le maréchal Kellermann avait écrit ce qui suit : • Un monument extrêmement simple sera érigé aux champs

• de Valmy; moo cœur y sera déposé sous cette inscription : Ici sont » morts glorieuscmncl les braves qui ont sauve la France , ie '19 seplem-

• ère 179a. Un soldat qui avait l'honneur de les commander dans, cttte » mémorable journée , le maréchal Kellermann, duo de V aimy, dictant, » après a8 ans , ses dtrnières votonlés, a voulu que son cœur fût placé » au milieu d'eux. • • •

ru. 10

KESSEL (i) (Jean-Jacques, chevalier), maréchal-decamp, naquit à Colmar , le 10 février 1772. Il entra au service comme volontaire national dans le 3' bataillon du département du Haut Rhin, le 1" mars 1792, et y fut fait successivement sergent major, le 17 du même mois , et sous- Heu tenant, le 21 mars 1 794- M passa avec ce dernier grade, le 2 mai suivant , dans la 80' demi brigade d'infanterie de ligne, qui devint ensuite 83e deeni-brigade, et qui fut incorporée, en 1800, dans le 5# régiment de ligne. Il obtint le grade de capitaine, le 27 septembre 1 799 ; fut admis avec le grade de lieutenant dans les chasseurs à pied de la garde des consuls, le 2 décembre 1800, et devint capitaine dans le même corps , It* 6 décembre 1802. Il fut nommé chef de bataillon au f régiment de voltigeurs de la garde impériale, le 6 avril 1809; obtint le grade de colonel à Moskow, le 9 octobre 1812. et devint premier aide de-camp du maréchal duc de Dantzick, le 12 octobre de la même année. A partir du: jour de son entrée au service jusqu'en i8i4< Kessel a fait sans interruption toutes les campagnes aux armées du Rhin, de la Moselle, de Sambre-et-Meuse, d'Helvétie et du Danube, depuis 1792 ju? qu'en 1800. Il s'es trouvé aux batailles deWeissembourg, Fleuruset Moeskirch, et à la prise de Feldkirch, dans le Tyrol. Il a servi au camp de Boulogne, avec la garde impériale , en 1804 et partie de iSo5. Il a fait à la grande-armée la guerre en Allemagne, en Prusse et en Pologne, en i8o5, 1806 et 1807 ; a combattu en différentes occasions, et notamment aux batailles d'Ulm, d'Austerlitz, d'Iéna, d'Eylau, d'Heilsberg et de Friedland. Il a servi à l'armée d'Espagne , en 1808; est passé à la grandearmée d'Allemagne, en 1809; s'est trouvé à plusieurs affaires dans cette campagne contre l'Autriche, eutr'au-

très , à la bataille de Wagram. Etant retourné en Espagne , en qualité de chef de bataillon au 4* régiment de voltigeurs de la garde impériale, il y a fait les campagnes de

(\) Le général Keml était cousin-germain du lieutenant-général comte Rapp.

1810 et 1811, et a pris une part active aux actions militaires dans lesquelles son régiment s*est trouvé engagé. il a fait partie de la grande-armée de Russie, en 1812 ; a servi pendant cette campagne avec la vieille-garde impériale, et a combattu à la bataille de la Moskowa, le 7 septembre. Après avoir f lit la désastreuse retraite de Moscou, le majorgénéral , prince de Neufchatel, lui donna Tordre de se rendre à Dantziek, pour y commander le fort Desaix. Le colonel Kessel resta dans celle place jusqu'à sa reddition , en 1814. Après la chute du gouvernement impérial et la restauration du trône des Bourbons, le colonel Kessel fut promu par 8. M. Louis XVIII au grade de niaréchal-de-carnp, le icr novembre i8i4- H lut mis en demi-solde de non-activité, et resta dans cette position jusqu'au 14 avril i8i5, époque à laquelle le ministre de la guerre de Buonapavte (pendant les cent jours) lui donna l'ordre d'aller organiser la garde nationale dans le département du Haut-Rhin. Le 10 mai suivant , le général Kessel reçut du même ministre des lettres de service, pour être employé dans la division de réserve de l'armée du Rhin. 11 resta à Schelestadt avec cette division jusqu'au 1" septembre suivant, et rentra alors dans la non-activité. Il est maintenant classé parmi les maréchaux-de-camp disponibles. Sous le règne de Napoléon, le général Kessel a été créé membre de la Légion-d'Honneur, le i5 juin 1804 ; titré chevalier d'empire, le iS mars 1810, et nommé officier de la Légion «d'Honneur, à Moscou, le 8 octobre 1812. S. M. Louis XV lit lui a accordé la croix de chevalier de l'ordre du Mérite militaire , le 1 1 décembre 1814. Pendant le cours de ses nombreuses campagnes, le général Kessel s'est toujours conduit en brave militaire. 11 s'est distingué en beaucoup d'occasions, et quoiqu'il ait souvent affronté le feu et les armes de l'ennemi , il n'a jamais reçu aucunes blessures; mais il a eu plusieurs fois ses vêtements traversés par des balles et de la mitraille. [Etats et brevets militaires , Moniteur, annales du temps.) •

KÏ.ÉBER (Jeân -Baptiste), général en chef, naquit à Strasbourg, en 1754. Issu de parents pauvres, il fut élevé

par les soins du curé d'un village de l'Alsace, 11 vint Irèsîeune à Paris, dans l'intention d'y apprendre, sous le célèbre Chalgrin, l'art de l'architecture, pour lequel il montrait beaucoup d'aptitude et de dispositions. Étant retourné à Strasbourg, il y eut un jour occasion de prendre la défense de deui étrangers qu'il vit insulter dans un café. C'étaient deux gentilshommes allemands, qui, par estime et par reconnaissance pour Kl. h. r. l'emmenèrent à Munich, où ils lui ouvrirent l'entrée de l'école militaire établie dans celte capitale de l'éleclorat de Bavière. Là, Kléber fit des progrès tellement rapides, que le général autrichien Kaunilz, frappé de ses premiersessais, l'attira à Vienne, etlui donna une sous liculeuance dans son régiment, kléber fit ses premières armes contre les Turcs, et resta dans les troupes autrichiennes jusqu'en 1776; mais, dégoûté alors d'un service dans lequel l'avancement n'était accordé qu'à la naissance, il donna sa démission, revint en Alsace, et obtint la place d'inspecteur des bâtiments publics de la ville de Béfort, où il se fixa. En 1789, les systèmes révolutionnaires qui commençaient à se manifester, ayant amené dans Béfort une émeute dont le régiment Royal- Louis, tant dévoué à la cour, était l'objet, Kléber prit le parti du peuple et celui des officiers municipaux contre lesquels le régiment de Royal Louis s'était armé. De son cor j «s élevé et robuste, Kléber, le sabre en main , couvre les magistrats menacés, repousse les soldats qu'étonue sa hardiesse, et présente un défi aux deux colonels qui les commandaient. En 1792, il s'enrôla volontairement comme simple grenadier dans le 4* bataillon du département du Haut-Rhin, où il obtint bientôt après le grade d'adjudantmajor. Dans ce poste , il t'attacha avec zèle à l'instruction de sou corps qui devint un des meilleurs de l'armée, et qui se distingua bientôt dans la défense de Mayence , où il fit des prodiges de valeur. Kléber reçut, pendant le siège de cette place, le grade d'adjudant-commandant, en récom7 pense de la valeur qu'il avait déployée et des services quil avait rendus. Ce fut lui qui commanda et exécuta les sorties de Biberach et de Alarienborn. La place de Mayence

ayant capitulé, Kléber en sortit en homme qui a bien fait son devoir; mais, au lieu des éloges et même des récompenses qu'il était en droit d'attendre, ii fut arrêté à Nancy, mis entre les mains de 2 gendarmes et conduit à Paris. Traduit à la barre de la convention, sa justification et celle de la brave garnison de Mayence y furent reconnues, et Kléber, rendu à la liberté, reçut le brevet dégénérai de brigade, avec ordre de suivre, en cette qualité, l'armée mayençaise qui se rendait dans la Vendée, sous les ordres cl'Aubert-du- Bayet. La guerre civile qui ravageait cette contrée de la France, avait un caractère de fureur, propre à la rendre horrible aux yeux d'un soldat loyal et généreux, tel qu'était Kléber; aussi ce général osat-il ep parler hautement avec le langage d'un guerrier humain et patriote. Dès ce moment, il porta ombrage aux meneurs du jour et s'en fit des ennemis acharnés, qui mirent en jeu toutes sortes d'intrigues et de ressorts pour l'éloigner ou le dégoûter. Tour à tour il était destitué et recevait prèsqu'en même temps l'ordre de continuer ses opérations. Commandant l'avant-garde de l'armée mayençaise, il fut blessé au combat de Torfou, le 19 septembre 1793. Dans celte affaire , Kléber n'ayant que 4000 hommes et 6 canons, se Vit entouré par ao,ooo Vendéens; mais il se tira «le ce mauvais pas en opposant à ses audacieux ennemis, là science militaire qu'il possédait à fond , et en faisant e xécuter une retraite qu'il commanda et dirigea avec autant de sang-froid que d'intrépidité (1). La victoire remportée à Ghollet sur les Vendéens, fut due en partie à Kléber, qui avait tracé la marche que suivit en cette circon-

(l) Dans cette même affaire, la supériorité numérique des Vendéens leur facilita les moyens de déborder entièrement les ailes du corps commandé par Kléber. Celui-ci voit que toute retraite va lui devenir impossible, si les ennemis, qui déjà ont pris ses canons, ne sont pas arrêtés momentanément au passage d'un ravin. Il appelle alors le capitaine Schyvardin, jeune officier qu'il aimait et estimait : « Prends, lui dit il, • une compagnie de grenadiers , et arrête l'ennemi devant ce ravin : tu » te feras tuer; mais tu sauveras tes camarades. » — « Oui, mon général, • répond l'officier, avec une obébsanc* vraiment héroïque. Nou-

stance l'armée républicaine. A l'affaire de Château-Gontier, les avis de Kléber furent négligés par le général en chef : les phalanges républicaines furent battues et dispersées , et dans cette journée, ce fut en vain que Kléber et Marceau surpassèrent la réputation de valeur que déjà ils s'étaient acquise. Dans l'état où se trouvaient alors les affaires militaires à l'ouest de la France , la présence de Kléber à l'armée pouvait servir efficacement à ranimer la confiance des soldais républicains ; mais le directoire , influencé par les ennemis de ce général, le destitua et nomma Marceau au commandement en chef de l'armée. Marceau, rival de gloire de Kléber, et blessé de la franchise austère de ce dernier, se vengea, mais noblement; il se contenta du titre de général en chef, et remit toute l'autorité à Kléber: «Menez, lui dit-il, cette armée à la victoire. Qu'est «mon courage auprès de votre génie? Je courrai sous vos «ordres dans l'avant garde. » Kléber, après avoir battu les Yendéens au Mans, poussa les débris de leurs colonnes entre la Loire et la Vilaine : « C'est ici, dit-il, que je le voulais b Les commissaires de la convention voulurent l'obliger d'attaquer pendant la nuit : • Non , dit Kléber, les braves gens n'ont rien à gagner en combattant 1 dans les ténèbres; il est bon de voir clair dans une affaire «sérieuse, et celle-ci doit se passer au grand jour. » Il gagna, le 22 décembre 1793, la bataille de Savenay, qui, pour les Vendéens, fut moins une déroute qu'une destruction : de 60,000 des leurs, 5 à 600 parvinrent seulement à s'échapper. Kléber entra à Nantes aux acclamations d'une population immense, qui lui offrit une couronne de laurier (1). Le comité de salut public, qui ne voulait point de

veaux Spartiates, l'officier et ses braves grenadier» périrent tous au poste qui leur avait été assigné, et leur généreux dévouement arrêta la marche des Vendéens autant de temps que Kléber l'avait souhaité.

(1) Un des commissaires de la convention s'étant alors écrié que ces lauriers étaient dus aux soldats plutôt qu'aux généraux, • Nous avons «tous vaincu , reprit Kléber avec fierté; je prends cette couronne pour «la suspendre aux drapeaux de l'armée. »

clémence envers ses ennemis, craignait l'ascendant que pouvait avoir aux armées un guerrier généreux comme Kléber, qui, d'ailleurs, s'était attiré l'anîmadversion particulière des gouvernants, en montrant beaucoup d'horreur pour les sanglantes exécutions auxquelles on livrait trop souvent les vaincus, et avait accordé la vie à 4000 prisonniers faits à Saint - Florent : il fut destitué et exilé a Châteaubriant. Mais on sentit bientôt que Ton avait besoin de lui pour concourir à assurer l'indépendance du territoire français, fortement menacé, et on l'envoya, en 179^, servir, avec le grade de général de division , sous les ordres du général en chef Jourdan , à l'armée du Nord , qui prit ensuite le nom d'armée de Sambre- et -Meuse. Placé à la tête de 3 divisions, Kléber passa la Sambre en présence des armées alliées. Il se couvrit de gloire , le 26 juin de celte année, à la bataille de Fleurus, où il commandait l'aile gauche de l'armée française opposée au prince d'Orange. Chargé de poursuivre les ennemis, il les battit à Marchiennes. Il força le camp retranché du mont Palissel, et se rendit maître de Mons et de Louvain. Il passa la Roer et l'Onrthe, rejeta les allés sur la rive droite du Rhiu , et fit le siège de Maestricht, qui lui ouvrit ses portes, le 4 novembre, après 28 jours de tranchée ouverte, et 48 heures de bombardement. Commandant en chef l'armée du Rhin, il dirigea le blocus de Mayence pendant le rude hiver de 1794 à 1795. Ayant pris le commandement de l'armée de Sambre-et-Meuse , il se prépara à effectuer le passage du Rhiu, quoiqu'il n'eût à sa disposition, ni bateaux de transport, ni argent pour en faire construire. L'activité de son génie et la confiance qu'il inspirait, lui firent trouver le moyen de vaincre tous les obstacles , et de se procurer les choses nécessaires. Dans la nuit du 5 septembre 179^ il frauchit le fleuve à la tête de ses troupes, poursuivit les enuemis vers la Sieg, et força le passage de cette rivière. Entraîné par son audace et son courage, Kléber s'avauce sur le territoire de l'empire germanique, et, par ses savantes manœuvres, attire sur lui l'armée ennemie, qu'il oblige de laisser les bords du Rhin sans défense. Bientôt l'ennemi recevant

8o DICTIONNAIRE HISTORIQUE

des renforts nombreux, force Rléber de songer à la reirai • le. Pour s'assurer le passage du Rhin , ei le rendre impossible aux ennemis, Rléber dit à Marceau, qui commandait la cavalerie : « À l'instant où tu jugeras que j'aurai traversé

• le pont de Neuwied, lu feras mettre le feu à tous les bateaux qui sout sur le fleuve. » Marceau calcule mal le moment, parce que Rléber a plus combattu qu'il n'a marché, et fait incendier les bateaux, qui, en dérivant, viennent embraser le pont de Neuwied, avant que Rléber y soit parvenu. Sur ces entrefaites, l'armée française arrive et se trouve sans moyen de passage. L'artillerie autrichienne l'écrase, et le soldat français découragé, croit même inutile de lutter contre une destruction totale, qui lui parait inévitable (i). Rléber, seul, calme au milieu de la consternation générale, appelle le chef des pontonniers:* Corn- «bien de temps vous faut-il pour jeter un pont? — Vingt- » quatre heures. — Je vous en donne trente, et vous m'en

• répondez sur votre téte. » S'a dressant alors à ses troupes, il leur demande le silence, et s'écrie : « Soldats, les Autrichens «commencent enfin à être dignes de combattre contre nous;

• faisons-leur voir que, lorsque nous sommes arrêtés par

• un fleuve, c'est sur eux que nous nous précipitons. » A ces mots, prononcés par un guerrier qui leur inspire la plus haute confiance, les troupes reprennent courage, s'animent, s'irritent, et bientôt elles ont marché contre l'ennemi, et mis un long espace entre la rive du Rhin et le champ de bataille. Cette nouvelle victoire facilite la construction du pont, et lorsqu'il fut terminé, Rléber n'y mit le pied qu'après avoir vu passer le dernier de ses soldats. A l'ouverture de la campagne de 1796, Rléber contribua puissamment aux premiers succérs qu'obtint l'armée de Sambre-et-Meuse, aux ordres de Jourdan. Après le passa-

(1) Dans cet instant où tout paraissait désespéré, Marceau voulut se punir de l'erreur funeste qui semblait devoir entraîner la perte de toute l'armée. Déjà armé de ses pistolets, il allait 6e tuer, lorsque Rléber les lui arrache , en disant : « Jeune homme, allez vous faire casser la tôte, V

• en défendant ce passage avec voire cava'eiie. »

DES GÉNÉRAUX FRANÇAIS. 8t

ge du Rhin par celle armée, Kléber ««e distingua particulièrement au comb.it de Dusscldoi AT. Il força le passage de la Sicg.el b.iiiii.à Altenkii ehen , l'armée du prince rie Wurtemberg, qu'il nul en pleine déroule. Avec 20,000 hommes seulement, Kléber eut bientôt affaire A 60,000 Autrichiens, comm.in.lés par l'archiduc Charles ; m. lis il prit, avec tant d'habileté, position sur les h inteurs d'Uker.t 1, que les enuemis ne purent rentamer. Il battit ensuite le général Kray à KoldiecL, et dispersa les bataillons du général W triensleb< n à Friedberg. Pendant les premiers jours d'août, il con> manda l'armée de Samhre-et Meuse, par inli'rini , et opéra sa jonction avec l'armée du Rhin La ville de Francfort lui ouvrai! ses portes, au moment même où. par l'effet d'une intrigue née de la jalousie, il fut éloigné de l'armée. Aigri par cette injustice, Kîéber demanda sa retraite, qui lui fut accordée. £11 1797, il fut mis sur les rangs pour le commandemt ni en chef de l'armée de Sambi e-el-Meuse; mais legénéral Hoche eut sur lui la préférence. Après la paix de Campo- Formio , la conquête de l'Égyple ayant été arrêlée par le gouvernement, Buonaparle fit un apju I aux braves dont il désirait être accompagné dans celle expédition , et Kléber fut un de ceux qui, eu s'o(!Yaut, montrèrent h- plus dezele pour concourir à celte entreprise. II partit des côtes de Fraiice, avec l'armée d'Orient , le 19 mai 1798. Arrivé sur les plages égyptiennes, Kléber eut le connu indemeul de la colonne du centre et marcha sur Alexandrie : il reçut une blessure à la tête , en escaladant des premiers les murs de cette ville, dont Buonaparle lui donna le commandement. Guéri de ses blessures, il accompagna Buonaparle dans l'expédition de Syrie, marcha à l'avant-garde , prit le fort d'El-Arisrb, s'enfunça dans le désert, s'empara de Gaza et enleva Jalfa, ainsi que ses forts, par escalade. Pendant le siège de Saint Jean-d'Acre , K!éber fut détaché pour couvrir les opération» de ce . siège et repousser les nombreuses forces ottomanes qui s'avançaient au secours de la place. 11 part pour aller joindre le général lunot à Nazareth; rencontre* pièsde Louhi, 10,000 ennemis, infanterie et cavalerie, les attaque et les force de se replier en désordre

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