ENS
» bassadeur de ce qu'il devait né- » gocier. Et de fait , il a fait » honneur à l'état en toutes ses » ambassades, aussi-bien qu'au » caractère dont ses souverains » l'ont revêtu; quoique lui ni sa » postérité ne doivent point (F) » regretter le temps qu'il a em- « ployé au service de la patrie » (a). » Il est mort fort âgé , laissant un fils (G) qui a passé pour le plus riche de Hollande, et qui a été fort connu sous le nom de monsieur de Sommerdyck (b).
(a) Tiré de VVicquefort , Traite de l'ambassadeur, tom. II, pag. ,f|35 el /j36'.
(b) C'est ainsi qu'on prononce , quoique le nom soit Sommelsdyck.
(A) Etait un des plus grands ministres... pour la négociation.'} Ses ennemis ne lui disputent point cette qualité ; car, quand ils disent qu'il (r) était le plus dangereux esprit que les provinces conjédérées aient jamais porté , et d'autant plus h craindre , qu'il cachait toute la malice et toute la fourbe des cours étrangères sous la fausse et trompeuse apparence de la franchise et de la simplicité hollandaise; qu'il était ardent et persuasif; qu'il trouvait des raisons pour appuyer les plus mauvaises causes ; que (2) c'était un esprit intrigant , qui auait eu des liaisons et des intelligences avec des grands de France , dont les actions étaient non-seulement suspectes, mais odieuses au roi; et qu'ayant gagné le secrétaire de l'ambassadeur de France à la Haye , il savait (3) les plus particulières intentions de cette couronne ; quand , dis-je , ils lui donnent ces qualités, ils en font l'homme du monde le plus capable des ambassades les plus importantes et des négociations les plus délicates. Au reste, M. du Maurier , qui se déchaîne cruellement contre François Aarsens, fournit lui-même aux lecteurs le moyen de ne se laisser pas préoccuper par ses invectives; car il nous apprend que
(i) Du Maurier, Mémoires, pag. 376.
(2) Là même, pag. 3^8.
(3) Là méme„page 384-
AARSENS. 5
son père et cet ambassadeur hollan- qner ce que le cardinal Pallavicin a àdh fuient toujours (4) ennemis ; qu'il reproche au père Paul. Il (8) dit qu'il y avait M/ze incompatibilité inswmon- a une lettre du sieur de Zuilichem table entre leurs naturels, et que la secrétaire du prince d'Orange , où il jurande ai'crsinn qui s'était élevée en- raconte que , s' étant rencontré a P^enise tre eux. s'augmentait de jour en jour dans une entrevue fortuite du sieur )i II lieu de diminuer. Il nous apprend de Sonwierdych, ambassadeur de Holluème que son père harangua , le i6 lande , et de Fra Paolo , ce père ai'ait novembre i6i3 , devant les états gé- dit h ce ministre, qu'il ressentait une néraux contre François Aarsens (5) , extrême joie de uoir le représentant (t\.\vn reprocha d'ai^oir osé parler irré- d'une république qui tenaille pape l'cremment de leurs majestés et de pour le urai Antéchrist. L'auteur du messieurs de leur conseil, qui étaient livre intitulé, Cancellnria sécréta finies plus fermes soutiens de la liberté hallina rapporte quelques fragmens des provinces confédérées , et l'accusa de lettre, par où il paraît que Frand'audace , de légèreté en ses langages cois Aarsens , en allant à Venise ordinaires , et d'ingratitude , payant avait des lettres de créance pour néd' insolence tant de bienfaits dont la gocier avec les cantons protestans , et France l'ai'ait comble. ÏSous voilà suf- qu'il eu reçut de grands honneurs. Ce fisamraent munis d'antidote. Qui ne fut un an après la députation des misait qu'il faut bien rabattre de la si- nistres suisses au synode de Dordrecht. gniflcation des termes quand un en- Gratias se imprimis egisse quàd civinerai parle de son ennemi ? taies et oppida non catholica prœdi- (1)) Son père. ..était dans un poste... cantes suos anno pb.£tef.iapso ad synoa donner de l emploi à son fis. ] Il dum Dordracenseni dimiserint (g), s'appelait (6) Corneille Aarsens, et (Y)) A l'occasion des moui^emens de élait greffier des états : il avait connu Bohème. ] Ce fut en l'an iôio; et il JI. du Plessis-Mornai auprès de Guil- est à remarquer « que le roi de France laume , prince d'Orange, et il le pria » (lo) défendit à ses trois ambassade prendre son fils à sa suite. Cela fut » deurs , le duc d'Angoulême , le fait et dura quelques années. Ce fils , vicomte de Béthune , et l'abbé des entendant la langue française et les w Préaux , de recevoir les visites de affaires du royaume, succéda, l'an "M. d'Aarsens , qui allait de la part iSgS, à Levin Calûard, qui étaitmort » des états des Provinces-Unies négorésident auprès du roi Henri IV pour )) cier avec quelques princes d'AUe-
les Provinces-Unies , et ne fut que ré sident des états jusqu'en i6og. Mais comme on couclut alors une trêve de douze ans , dans laquelle l'Espagne avait traité avec les Provinces-Unies comme avec des peuples libres, il fut reconnu par Henri IV pour ambassadeur(7). P endant son séjour en France, qui fut de quinze ans, il reçut de
■» magne et d'Italie , touchant les raè- » mesaflaires de Bohème qui faisaient » le sujet de l'ambassade de France.
■» L'ordre qu'on leur envoya portait » que ce n était pas à cause des états , » avec lesquels le roi voulait conti- » nuer de vivre en bonne intelligence, » mais à cause de M. d'Aarsens en par- )) ticulier , pour en avoir mal usé tou-
grunds bienfaits du roi , et même des » chant le service et la dignité de sa
honneurs; car il fut anobli et fait «majesté. Ceux qui ont quelque con-
che.ualier et baron, ce qui fut cause ;> naissance des afl'aires de ce temps-là
qu'ensuite il fut reçu en Hollande en- » ne peuvent pas ignorer que ce fut
tre les nobles de la province. Il devint m parce qu'Aarsens s'était mis à la
ensuite si odieux à cette cour , qu'elle » tête de ceux qui s'opposèrent , en
souhaita qu'on le rappelât , à ce que dit SI. du Maurier. Voyez ci-dessous la remarque (D).
(C) Auprès de cette république. ] C'est à ce temps-là qu'il faut appli-
(4) La même , pag. 388.
(5) L'a nume , pag. 38i.
(6) L'a même, pag. 377, i'/S.
(7) Là même
)) l'an 1619 , à l'alVaire que le roi fit a négocier à la Haye, avec beaucoup « d'empressement , par Boissise et du » Maurier , ambassadeurs, x Ajoutons à ces paroles de M. Wiequefort un
(B) Vorei la pre'fnce de rHistoiie da Concile ie Trente , traduite par Âmelot de La Houssaye. (q) C.ancell Anbalt. paj;. i5i.
(jo) Wicq lel". Dî TAmbass. Tcme I , p- C5S.
ABARIS
passage de M. du Maurier , qui les éclaircit. L'an 1618 (il) , dit-il, M.
de Boissise eut commandement du roi de Jaire plainte en son nom aux états généraux d'un libelle diffamatoire écrit , signé et publié par JFrancois uiarsens , au grand scandale et déshonneur de messieurs du conseil de sa majesté , dont alors il ne put tirer aucune raison. Il y a de l'apparence que la plainte était fondée sur ce qu'on avait accusé le conseil de France de trahir le roi, en favorisant ceux qui machinaient en Hollande le retour de cette république sous le joug du roi d'Espagne ; car , s'il en faut croire du Maurier , le grand lieu commun de M. Aarsens , et le texte continuel de tous ses livres et des placards attachés aux coins des rues, était que la faction de Barnevelt s'entendait avec l'Espagne pour abolir la religion réformée et la liberté tout à la fois dans les Provinces-Unies. C'est ici que l'on peut dire , se non è uero , è ben troi>ato : rien ne confirmerait mieux que cette invention la profonde habileté de M. Aarsens.
(E) Ambassades extraordinaires en France et en Angleterre. ] Il eut cet emploi en Angleterre Tan 1620 et l'an 1641 (12). La première fois, il était le premier des trois ambassadeurs extraordinaires 5 et il fut le second la dernière fois. Dans cette ambassade ci , il eut pour collègues le seigneur de Bréderode , qui le précédait , et Heemsvliet, qui le suivait. Le sujet de l'amhassade était le mariage du prince Guillaume , fils du prince d'Orange.
L'ambassade extraordinaire de France est de l'an 1624 (i3). Comme M. le cardinal de Richelieu gouvernait nouvellement le royaume , et qu^il ignorait le mécontentement que les précédent avaient eu de cet ambassadeur, il enjil état , et le connaissant éclairé..,, il s'en aida pour parvenir à ses fins. Aarsens fut envoyé l'an 1628 ou en France ou en Angleterre; ne pouvant s'embarquer, à cause des glaces , il revint à la Haie. On prit à mauvais augure que des chiens l'eussent renversé. Aarsenius a canibus forte occursanlibus in terrant dejectus male-
(11) Du Maurier, pa?. 362.
(12) Wicquef. de l'Ambassad. T'orne /, pag. 65o et 'So.
(i3) Du Maurier , pa^. 386.
folis occasinncm prœbuit simstra ipsi ominandi {i/{).
(F) Regretter le temps. ] Du Maurier dit que François Aarsens mourut riche de cent mille livres de rente (i5).
(G) Laissant un fils qui a passé pour le plus riche de Hollande. ] Il était gouverneur de Nimègue , et colonel d'un régiment de cavalerie. 11 laissa deux fils, dont l'aîné, nommé François, seigneur de la Plaate, se noya , passant d'Angleterre en Hollande, l'an i65g, après un voyage de huit ans en divers endroits de l'Europe. L'autre , nommé Corneille, a porté le nom de Sommerdyck: il a été colonel dans les armées de Hollande , puis gouverneur de Surinam, où il fut tué par la garnison mutinée , l'an 1688. 11 avait épousé la fille aînée de M. le marquis de Saint- André-Mombrun , dont il a eu plusieurs enfans , et qui est morte à la Haie l'an 1695, ou environ. De sept sœurs qu'il avait , il y en a trois qui ont été mariées à des personnes de qualité; les quatre autres se sont jetées dans une dévotion superstitieuse avec un tel emportement, qu'elles ont suivi le sieur Labbadie , ministre schismatique , comme si c'eût été un apôtre (16).
(i4) Barheus, Epist. LXXVI , pag. 217.
(i5) Du Maurier , pag-. 377.
(16) y^oj'ez les Mémoires de du Maurier, pag. 387 , 390.
ABARIS, Scythe de nation (A), et fils de Seuthus. On en débitait tant de choses fabuleuses , qu'il semble qu'Hérodote même se fit un scrupule de les rapjDorter, et de s'en bien informer. II se contenta de dire (a) qu'on disait que ce barbare avait porté une flèche par tout le monde , et ne mangeait rien. C'est n'avoir pas su la chose par son merveilleux; car ceux qui l'ont sue de ce côté-là ont prétendu qu'Abaris était porté sur sa flèche au travers de l'air (B), comme sur un cheval Pégase ; et qu'ainsi les rivières, les mers et les lieux inaccessibles aux au-
(a) Herodot. , lib. IV, cap. XXXFI.
ABARIS
très hommes ne lui causaient nul retardement. Cette flèche avait appartenu à Apollon; et c'était apparemment avec celle-là qu'il avait tué les Cyclopes , fabricateurs de la foudre dont Jupiter s'était servi contre le pauvre Esculape (^). Apollon, après cette tuerie , ayant caché son dard sous une montagne , au pays des Hyperboréens , le recouvra d'une façon toute merveilleuse; car les vents le lui reportèrent dès que Jupiter se fut apaisé envers lui (c). Ce n'est pas une petite affaire que de savoir en quel temps Abaris vivait (C) : il y a là-dessus une grande variété de sentimens qui a fait broncher quelques modernes (D). II semble qu'il y ait moins de discorde sur l'occasion qui l'engagea à sortir de sa patrie, afin de voyager par le monde. Une grande peste, dit -on (d) , ravageant toute la terre , on n'eut point d'autre réponse d'Apollon , si ce n'est que les Athéniens feraient des vœux pour toutes les autres nations. Cela fît que divers peuples envoyèrent des ambassadeurs à Athènes , et que l'Hyperboréen Abaris fut un de ces ambassadeurs. Il était déjà assez vieux; et , comme il s'en retourna en son pays afin de consacrer à Apollon l'Hyperboréen , dont il était prêtre, l'or qu'il avait ramassé (e) , on pourrait prétendre qu'une collecte pieuse fut l'un des motifs de son voyage de Grèce. Il renouvela, pendant ce voyage , l'alliance des Hyperboréens
(6) Hvgin. Astr. Poët., lib. II, cap. XV, pas;. 386.
(c) Id ib.
(d) Harpocralion , (J7< /no<' Aoitpiç.
(e) Janibliclii Vita Pytliag. , cap. XIX, Spanheimii iSotae in CaUimacU. , pag. ^go.
et des habitans de l'Ile de Délos {f). Il se mêlait de prédire l'avenir ; et comme il semait ses prophéties partout oii sa vie vagabonde le conduisait , on aurait pu l'appeler un oracle ambulatoire (E). Quelques-uns disent que ce fut lui qui fabriqua le Palladium (F) , ce gage fatal de la conservation des villes qui le possédaient , et qu'il le vendit aux Troyens. Il le fît des os d'un homme {g) , matière dont je ne pense pas que les faiseurs de talismans se servent jamais. On prétend qu'il pouvait prédire les tremblemens de terre , chasser la peste , et apaiser les tempêtes (G); et qu'il fît des sacrifices dans Lacédémone qui eurent tant d'efficace , que ce jîays-là , fort exposé à la peste , n'en fut depuis jamais affligé (II). Il composa beaucoup de livres [i] ; l'Arrivée d'Apollon au paj's des Hjperboréens j les ISoces du jleuve Hébrus ; une Théogonie oii il expliquait la génération des dieux ; un Recueil d'Oracles ., et un autre de Conjuj'ations , ou d'exorcismes , ou , si l'on aime mieux (A) , de prières expiatoires. Tous ces ouvrages étaient en prose, excepté le premier. Ceux qui auraient toute la harangue du sophiste Himérius , de laquelle Photius nous a conservé un morceau (/), connaîtraient mieux qu'on ne le peut faire par ce fragment-là, si les
(/) Diodor. Skid. , lib. II, cap. XLVIl. pag. 136.
[g') Savoir, de Pélops.
{h] Jamblicli. iibi siiprà , cap. XIX, pag. 93 ; et cap. XXyiII. pag. i3i. Apollonius, eliam ubi suprà.
(i) Suïdas, au moi' ACa.çiç.
(k) Le mot grec dans Suidas est Ka.Bitç-
fJ.WZ-
il) Piiolii BibUotheca , pag. Ii36.
s ABA
grands éloges que ce sophiste donne à quelqu'un s'adressent à Abaris. Du moins est-il indubitable qu'il le loued'avoir parlébon grec (m). D'autres assurent que ses manières aisées et simples , et sa probité , le rendirent recommandable à toute la Grèce (n). Je n'ai point trouvé que Callimaque et Lucien parlent de lui , quoiqu'un grand critique l'assure (o). Si sa Sèche avait eu le don qu'on attribue à la baguette de Jacques Aymar (H) , il aurait pu faire de grands biens au monde , et ne pas craindre le reproche d'inutilité qu'Origène lui a fait(p). Mais on vient (q) d'apprendre (I) que le règne de cette baguette a été fort court , et qu'il a enfin trouvé son heure fatale à l'hôtel de Condé , à Paris.
(in) Voyez la remarqua (C) , vers lajtn.
{n) SlraJïO, Ub. Vil , png. 208.
(o) Casaaboni Nota; in Strabon. , Ub. VII, pag. 1137.
(p) Origenes contra Celsutn, Ub. III, pag.
(ç) On écrit ceci Van ïGgS.
(A) Scythe de nation.^ C'est Suidas qui lui donne cette qualité , et qui remarque fort distinctement qu'il vint de Scythie en Grèce , et qu'avec la flèche dont Apollon lui fit présent , il vola de Grèce jusques au pays des Scythes hypevboréens. ToÎTot/ ô /AuBako- •yoC/Mvoç ôiVoç TOI/ TTiTo/uivov ajrro anç E\-
'Eifiâ» Si ctùrâi TrecpÀ toj> 'A7rixxa»ioç (l). Hiijus illa fabutis celebrala sagitla uolantis ex Grœciâ , ( et non pas ex Scylhld, comme on lit dans la traduction ordinaire) usque ad hyperboreos Scyilias. Eusèbe le fait aussi venir de Scythie en Grèce (1). Si l'article d'Abaris n'était pas en désordre dans Suidas, on en pourrait légitimement conclure que l'auteur y a désigné trois sortes de régions : la Scythie , où Abaris était né; la Grèce, où il alla faire lin voyage ; et une autre Scythie , où
(i) Siridas, au mot' A^OLfiÇ. {2) Eusebii Chrouic. n. i434'