‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 103 sur 158 · TOME I · texte numérisé non relu

TOME I

ce que Luc Gauric marque au-dessous de la ligure de nativité de notre jurisconsulte. Il le fait naîfre le 8 de mai 1492, à une heure 3o minutes après le lever du soleil. Ne voilà-t-il pas un bel art ! il a des règles , selon lesquelles un homme devait mourir plusieurs années avant sa mort. J'ai lu une lettre d'Alciat , datée du 3 de septembre i53o , où il assure qu'il ne fait qu'entrer dans sa trente-septième année , ou qu'il n'a guère que trentesept ans : P^ix trigesimum etseptimuvt annum attingenti i32). Cela prouverait qu'il naquit en i494' ou en i493.

(F) Il fit sur- Le-chanip une harangue a François l^^ ., quittait entré dans son auditoire.] Minos rapporte ce lait : Panzirole n'en dit rien ^ mais , au lieu décela, il assure que le dauphin, ayant assisté à une leçon d'Alciat , lui fît présent d'une médaille qui valait quatre cents écus. C'était celle que les habitans avaient donnée au dauphin. Je l'ai déjà dit en d'autres rencontres, dès qu'un fait de la nature de celui-ci varie dans les auteurs, ou ne paraît point dans la plupart de ceux qui font l'éloge d'une personne, il mérite de passer pour fort douteux. Cependant , il faut excepter celui-ci de cette règle ; car on trouve parmi les œuvres d'Alciat (33) le discours qu'il Ot quand François !•'. assista à une de ses leçons.

(G) Le frai remède de son humeur inconstante. ] Sij'avais voulu me prévaloir de tout ce que j'ai rencontré dans les auteurs sur les divers déménagemens d'Alciat , j'aurais pu le faire paraître encore plus inconstant qu'il ne l'a été ; mais j'eusse fait conscience de le charger davantage. C'est bien assez que d'Avignon il se soit transporté à Bourges , de Bourges à Pavie , de Pavie à Bologne , de Bologne à Pavie , de Pavie à Ferrare , de Ferrare à Pavie ; et cela avant l'âge de soixante ans. Thevet arrange si mal ce qu'il dit de ce docte jurisconsulte , qu'il n'y a point de lecteur qui n'en infère qu'Alciat retourna en France, après que le duc de Milan l'eut tiré de Bourges. Nous avons vu que Panzirole l'envoie de Pavie à Avignon. M. Moréri l'envoie de Bourges

Î32) Epist. Gadii , etc. , pag. 106.

33) Au IV^. tome, pag. 870 de Védition «fe Francfort., en 1617.

ALCIAT

à Orléans , et d'Orléans à Padoue.

M. Teissier le fait professeur à Milan (34). 11 cite Pasquier au chapitre XXIX du IX«. livre des Recherches :

il fallait citer le chapitre XXXIX ; mais on n'y trouve point Milan. Voici les paroles de Pasquier : J'ouïs 3 ou 4 tfes leçons d'Alciat dedans la ville de Pairie. De la ni estant transporté en la t-ille de Bologne , où lisoil Marianus Socinus , neveu de Bartholomœus , tous les escoliers italiens faisaient beaucoup plus de compte de cestui que de l'autre. Ivoire que ceux qui plaidaient, pour s'asseurerdeleurs causes , recherclwient plus le Socin , pour ceste seule considération ( disoient-ils) que jamais Un' avait perdu te temps en l'estude des lettres humaines, comme A Iciat. M. Teissier, citant ce passage , dit que Bartélemi Socin enseignait la jurisprudence a Bologne , dans le temps qu'Alciat était professeur a Milan. Ces deu.>L faits ne se trouvent point dans Pasquier. Si j'avais voulu faire une masse générale de tout cela, quelle girouette n'aurais-je pas fait de notre inconstant professeur? Mais j'aurais été mille fois plus condamnable que les auteurs de ces mensonges , si je m'en étais prévalu à son préjudice. 11 n'ignorait pas qu'on le blâmait de tous ces fréqueus changemens d'académie ; il voulut s'en justifier entre autres raisons par celle-ci : c'est que personne ne trouve mauvais que le soleil parcoure toute la terre , afin d'animer toutes choses par sa chaleur , et par ses rayons : il ajoutait , que quand on loue les étoiles fixes , on n'a pas dessein de condamner les planètes (35). Il y avait une vanité insupportable dans ces sortes de comparaisons : c'était se regarder comme une source de lumière qui devait successivement parcourir toute la république des lettres, afin que par sa présence les ténèbres de la barbarie fussent chassées de tous les endroits où elles voudraient se cantonner. Mais accordons-lui sa comparaison , et disons-lui qu'il devait faire comme le soleil de Copernic : se tenir dans

(34) Teissier , Eloges des Hommes illustre^ , loin, il, pag. 395, édition de Genève, en i683.

(35) f^oyeita Harangue qii\l récita à Ferrare, Van 1543. Operum toin. iV , pag. 86a, ei Claude Miaos, dans ta Vie.

son centre , et illuminer de là tous ceux qui s'en approcheraient. II y a bien \A\\s de gloire à faire venir où l'on demeure un grand nombre d'écoliers , comme fit le philosophe Abélard (36) , qu'à se transporter soimême dans les villes où se rendent beaucoup d'écoliers. Et, sans doute, si l'amour de la gloire était tout seul dans une âme , s'il n'était mêlé avec l'amour du profit, ou avec une bizarrerie d'humeur qui fait que l'on .se dégoûte bientôt des mêmes choses , on ne verrait pas tant de gens frappés de la maladie d'André Alciat. L'idée de la belle gloiie inspirerait à un homme la résolution , non pas d'aller chercher les grands théâtres , mais de convertir en un grand théâtre celui où l'on se trouve placé , quelque petit qu'il soit : on se souviendrait de la réponse d'Agésilaiis. On l'avait placé dans un lieu indigne, un jour de cérémonie : "EZyi 5 dit-il, «Têt'l'û) yà-f OTt où)c 0» tÔttoi Tûi; uySpeLç, IvTiy.ciuç , etXK 01 à'vtfjDêç TOi/ç tÔttovç iTriS^incvCoua-i. Benè habet , ostendam enim non loco virum, sed locum firo cohonestari (3^^). On verrait dans cette idée qu'il est bien plus beau de faire gratuitement une chose, que de la faire à gages, et qu'ainsi , plus on approche du don gratuit, c'est à dire d'une profession sans gages , plus on s'approche du grand et du beau: au lieu qu'on s'en éloigne pour s'approcher de l'esprit bas et mercenaire , à proportion de l'augmentation de gages que l'on extorque. C'est réduire à la nature des arts les plus mécaniques la profession des sciences. Un cordonnier ou un chapelier qui se fait plus payer de sa besogne qu'un autre , se fait par cela même la réput|Éipn d'un habile ouvrier. Quand ^ros prétendez que , si l'on vousdonne une plus grosse pension pour ce que vous direz en chaire, c'est une preuve qu'on vous estime un plus grand prédicateur ou un plus savant professeur, ne jugez-vous pas de votre métier comme l'on juge de celui d'un cordonnier ou d'un chapelier? Cela est fort propre à décrier les sciences et à faire mépriser ceux qui les professent j car un faux goût de gloire

(36) Kojet la remarque (A) de Vaflicle Foulques.

(37) Plutarch. i'n Apopbth. Laconicis, l'nit. , pag. 208.

joint à l'avarice est ordinairomeat cause du défaut que Ton blâmait dans Alciat : je veux dire de cette passion de faire bientôt tout le tour des acade'naies, de laquelle j'ai déjà parle en un autre endroit (38). C'est assurément mettre son érudition à l'encan , et faire savoir au public qu'on ne se livrera qu'au plus offrant et dernier enchérisseur.

(H) H ne v'oulut point renoncer a la •profession en droit.'] Il s'en félicite dans une lettre qu'il écrivit à Paul Jove, que le pape Paul III avait longtemps amusé par des promesses trompeuses. Je suis bien aise, dit-il, de ne métré pas laissé tromper par ce pontife, qui, sous la promesse d'une grande récompense , m'a t'oulu attirer h Rome.

Là-dessus , il étale les biens solides de sa profession , et les oppose aux espérances imaginaires du cardinalat :

Alihi gratulor , quddab eo (inveterati astûs sene principe ) me decipi non sim. passas, quiim me, uti scis, magnis propositis prœmiis Ticino , Ferrarid, atque Bononid, in Urbem accerseret. Tum enim ex jure meo magis cautusjui, quant tu ex sapientiœ prœceptis prudens philosophas. Car enim pro innni aut incertd spe purpurœ, hos tantes primi suggeslàs honores relinquerem , opiinis prœsertlm firmatos slipendiis ? Car has tanlas contemnerein circumfusce jui^entutis salutationes ? et hanc deniquètot consultoribus januam pulsanlibus , existimationem magno lucro , et non obscurd cum laude quœsitam , inepte stultèque desererem (89)? Notez, en passant, que ceci réfute ceux qui disent qu'il refusa le chapeau de cardinal que le pape lui offrait (4o). Ce conte est le fruit de riiyperbole , la figure favorite d'une infinité de gens. On aurait dit tout ce qu'il y a de vrai dans cette affaire, si l'on s'était contenté de dire que le pape, pour mieux attirer à Kom^ André Alciat, lui fit entendre que ce serait le moyen de se frayer le chemin du sacré collège. Un tel dis-

(38) Dans la remarque (A) de Varlicle de (François) Accarisi.

(ilg) Alciat. Eplstol. ad Paiilam Jovium. Elle eu a la léle du I". volume des Histoires de Paul Jove, et date'e de Pavie, le 7 d'octobre

(4°) Teissler, Elog. tom. II , pag. 394 , édition de i683 ; et tom. I, pag. 34 , e'dit. "de i6g6.

ALCIAT. 387

cours est bien eloigae' de l'offre d'un chapeau de cardinal.

(I) // était non-seulement fort a^are, mais aussi un grand mangeur.'] Panzirole s'exprime ainsi : /U'arior habitas est , et cibi ai'idior. Il ajoute qu'AIciat , ayant reçu trois cents écus pour une consulte , et su qu'on en avait donné davantage à Marianus Socin pour la même affaire, s'écria qu'on avait trouvé un meilleur marchand , mais non pas un meilleur jurisconsulte. Prenez ceci en passant pour une confirmation de ce qui a été cité de Pasquier (4i). Nous allons apprendre

d'autres nouvelles de l'avarice d'Alat : « De deux points est-il taxé.

L'un , que sa méthode ressentoit je ne sçai q^uelle ostentation doctorale L autre, que l'avarice lui

commandoit tellement, qu'il sembloit que sa langue, plume et doctrine , fussent à gage des seigneurs qui plus lui donnoient d'escus. Et mesme je me souviens qu'aux Parerges, parlant de Jason , il vueille prescher pour l'argent, le prisant de ce qu'à lui ont esté augmentez les gages des docteurs. D'où Alciat a bien sceu faire son profit , ayant tiré de l'université de Bourges douze cens escus d'estat , outre ses licences et doctorats, qu'il faisait bien tripler, suivant la trace du docteur Ja' son , lequel fut le premier qui , pour les degrez et honneurs qu'il donnoit aux jurisconsultes, prenoit cinquante et cent escus , au lieu qu'auparavant lui on avoit accous tumé de passer pour trois ou quatre escus. A cause de ce (dit-il) que lui, Décius, Ruine, et les autres docteurs peuvent s'enrichir de ces gratieusetez , que paient les écoliers sans estre sujets à repréhension. De là il n'est pas mal-aisé de recueillir qu'il se fait fort de Jason contre ceux qui se forraalisoient à l'encontre de lui, de ce qu'il estoit tellement tenant à l'argent, que, pour recevoir de lui la dignité de docteur, bachelier ou licentié , il falloit qu'on desgaignast à foison des escus. Ce qui me fait persister davantage en cette opinion est qu'au dernier chapitre du cinquième livre de ses Pa- ' rerges, reprenait son propos de Ja-

(4i) Au commencement de la remargnt (f'), après la citation (3aj.

ALCIAT

3) son , il se plaind des princes et sei- » gneurs , qui couchent en si petit es- » tat les doctes et sçavans hommes , }> au lieu qu'au tems passe, même du » tems de Vespasian ( au rapport de » Tranquille), cet empereur faisoit y> délivrer de ses deniers publics quin- » ze cens escus aux orateurs et rhéto- » riciens grecs et latins ; mesmes y> adjouste-il l'authorité du rhetori- « cien Euménius, qui exerçoit sa vo- 3) cation à Authim , auquel , par Torj) donnance des empereurs Diocletian » et Maximian , on donnoit d'estat 3) quinze mil escus par an. » Ces paroles sont de Thevet, à la page 279 du VII*. tome de l'Histoire des Hommes illustres.

(K) Ceux qui disent qu'il passa toute sa l'ie dans le célibat se tronipetii.'] Voici comme il parle dans une lettre qu'il écrivit à son ami François Calvus, après s'être retire de Milan à Avignon : f^ice i^ersd , et ego le rerum rtiearunt adnioneo ; mu/tis affeclum me cerumnis patriâ excessisse , uxoreni f ivam et sospitem ibi reliquiase; cœleros fato functos (^7.) , Jortiinis plerisque amissis , v-irtuti soli innixiim non omninà concidisse. Libros et BibliothecariL nmneni conservasse. In prœsentiâ Jus Civile ^i'eniowepro/îfeor(43). Corrigeons doncces paroles de M. Teissier, il passa sa vie dans le célibat {^\).

(L) La latinité de Tacite lui paraissait d'une extrême dureté.'] C'est en e'crivant à Paul Jove que cette plainte lui échappa : Alcialus non dubitat qjffirmare àictionem ejus prœ illd Pauli Jovii esse senticeta {\^) . Dans une autre rencontre il avait parlé bien autrement: Certat in Tacito sertjionis gravitas cum eleganlid (4^). Je renvoie la discussion de ceci à l'article de Tacite.

(M) Ses Emblèmes ont été fort estime's et ornés de divers commentaires.'} Scaliger le père, qui n étaitpoint prodigue de louanges, comme chacun sait , parle ainsi de cet ouvrage : y^tciati prœter Emblemata nihil mihi videre contigil. Ea verô talia sunt , ut cum quovis ingénia certare possint.

(^2) Il dit néanmoins , dans une leure écrite ran iSîa, que sa mère et son oncle paternel étaient en vie. Epistola Gudii , etc. , pag. 96.

^43) Ibtdem, pag. •J-'». ^

(44) Teissier, Addit. aaxïlog., tom, I, p. 34.

(45) Vossiuj , de Hist. Lat. , Ub. I, p. 160. (4(>3 Fide Caaonherii Disc. Politic. in Tacit.,

pag. 3.

Dulcia sunt , pwa sunt , elegantia sunt ; sed non sine nervis : senlentiœ verb taies., ul etiam ad iisus civilis vilœ conférant (47). Ces Emblèmes ont été traduits en français, en italien et en espagnol (48). Les versions françaises sont trois pour le moins ; celle de Darlhélemi Aneau *, celle de Jean le Fèvre , et celle de Claude Minos (49). Ce dernier ne se contenta pas de les traduire , il les commenta aussi.

Un des plus savans humanistes d'Espagne (5o) les a crus dignes d'un commentaire de sa façon. Pignorius, savant Italien , en a fait le même jugement, et, après eux tous, un professeur de Fribourg (5i) les a publiés avec leurs notes et avec les siennes , et y a joint à la fin celles de Frédéric Morel. Cette édition est fort bonne j c'est dommage qu'on n'y puisse pas distinguer ce qui appartient à chaque commentateur : elle est de Padoue , en 1661 , in-4°. Je ne parle point de Sébastien Stockhamerus , dont le travail n'a pas été fort estimé : Sebastianum. Stockhamerum vix Coinmenlatoris nnmine dignor, quia in snid Epigrammatis resolutione occupatur, paucissimis , iisque satis vufgatis sententiis et fabulis additis ; ad hœc ui.r mediam Emblematum parlem hoc suo more explicat (Sa). Je ne parle point non plus de ce jésuite qui expliqua publiquement à Paris ces mêmes Emblèmes (53) ; mais je pense qu'on ne sera pas fiiché de voir le titre dont Barthélemi Aneau ( Bartholomœus j4nulus ) se servit. Le voici : Les Eniblesmes d'André Alciat , traduits vers pour vers jouxte la diction latine , et ordonnez en lieux communs , avec sommaires , inscriptions , schemes , et briefves expositions epimylhiques , selon l'allégorie naturelle , morale , ou

(47) Jul. Cssar. Scalig. de Poëtie., Ub. VI.

(48) Joh. Mattlixus Toscan, in Peplo Ital. , Ub. III.

* La version de le Fèvre est de i536; celle d'Aneauestde i558 ; celle de Mignault, de i584. C'était dans cet ordre , qu'au jugement de Leclerc il fallait les citer.

(49) Voyei la Bibliothéq. de la Croix du Maine.

(50) Sanctius, Brocens.

(5i) Joanncs Thuilius, Maricemontanus , Tirai. Phil. el Med. D. atque ohm in Archid. Friburg. Brisgoiœ Vniiersttate ffuinrtn. LUter. Professer ordinarius.

(52) Thuilius in Frcef. Claude Minos en juge a peu près de même dans sa préface^

(53) Minas, là même.

ALCIAT. 389

hisioriale. Les éditions de cet ouvrage baud , auxquels Valentin Genti-

d'Alciat sont innombrables : dans i; ^' „„ • / \ t • .■

Il j TU v A „t ;„,,,<, co.c ;i "^ s associa (a). Les précautions

celle de Thuilms , dont le me sers, il ,, / ^ 1

V a deux cent douze Emblèmes : ainsi S["6 'on prit contre eux , et les j'ai été surpris que Paul Freher nous procédures sévères que l'on exerassure que ce livre ne contient que ça contre ce dernier , rendirent cent Emblèmes * (54).

(N) Son écrit des Abus de la Vie Monastique est daté liu 7 de juin i553 ] Si cette date était bonne , il faudrait rejeter tous les auteurs qui mettent la mort d'Alciat au 12 de janvier i55oou i55i , et qui allèguent son épit^phe (55). Mais on s'est trompé en datant cet écrit-là ^ et je pense qu'il fut composé avant l'année iSao, et que c'est la même pièce qu'Alciat eut peur qu'Erasme ne fît imprimer :

Çuod ut facias te qunque ipse oro :

nec minus ut de unsuibus Erasmi zè-

les autres plus timides, et les engagèrent même à chercher ua autre théâtre [b). Ils choisirent la Pologne , oii Blandrata et Alciat semèrent leurs hérésies avec assez de succès. Ils attirèrent Gentilis (A), qui ne manqua pas de les aller joindre (c). Il avait l'obligation à Alciat , qu'à sa prière le bailli de Gex l'avait mis hors de prison (B). On pré-

glutines Orationem iUam meam ad tgnd que de la Pologne ils pas- Matlhiam Minoritam , cùni id quœso, ~- - P. - . 1

ne si in cinerariorum istorum manus

sèrent en Moravie. Nous dirons en son lieu quelle fut la destinée de Gentilis. Pour ce qui est d'Alciat, il se retira à Dantzick, et y mourut , dans les sentimens de

incident , parata sint mifii cum eis eeterna bella (56). C'est ce qu'il écrivit à son ami François Calvus , le a6 de septembre iSao. On a publié à

Utrecht, en 1697, quelques lettres du „ . ^ ,

même jurisconsulte qui nous appren- ûocin (Lij , car li n est pas vrai nent bien des choses particulières , et qu'il se fit Turc (D). Il avait écrit surtout^ les louanges qu'U se donnait deux lettres à Grégoire Pauli ,

l'une en 1 564 1 l'autre en 1 565 ,

avec une vanité de fanfaron.

datées de Husterilts , oii il soutenait que Jésus-Christ n'a commencé d'être qu'à sa naissance de la sainte Vierge {d). On a donc eu raison de blâmer Moréri , qui l'avait fait arien , et puis mahométan (e). Peut-être qu'avant que de se retirer à Dantzick, il avait fait un tour en Turquie , sans avoir dessein de s'y faire renégat , mais seulement d'y être à couvert des persécu-

* LecUrc remarque que Gesner ^ qui n avait vu que Ve'dition de i53i , faite à Augsbourg , dit quelle contenait environ cent Emblèmes i mais Freher ne cite pas Gesner.

(54) Paul. Freher. in Thealro.

(5,^) f^oyez la remarque (E).

(56) EpUt. Gudii , etc., pag. 80. Voyez aussi pag. 81 , 82 , et la Préface de M. Barman.

ALCIAT (Jean-Paul) , gentilhomme milanais , fut un de ces Italiens qui abandonnèrent leur patrie dans le XVP. siècle, afin de s'unir à l'Eglise protestante , et qui ensuite s'amusèrent à tant

raffiner sur le mystère de la Tri- tions (E) ; et c'est peuC-être ce nité , qu'ils formèrent un nou- qui donna lieu au bruit qui a veau parti , non moins odieux tant couru et qui court encore , aux protestans qu'aux catholi- ,, .

* A I • . -. . ' 1 W Vojres Aretius , dans /'Histoire de la

queS. Alciat avait porte les ar- Condamaatioo de Gentilis.

mes : il commença ses innova- (6) Beza, m Vitâ Calvini.

tions à Genève , de concert avec (c) id. ibid.

un médecin nommé Blandrata , f- "'^'•°'- ^°"*-. '"/' • P^s- 28.

. ^ , . ' (e) Voyez son Dictionnaire , au mot Al-

et avec un avocat nomme Un- coli , oU on u réfute.

ûCjO

de son prétendu mahométisrae.

Calvin et Bèze ont parlé de lui comme d'un fou à lier (F).

(A) Ils atlirèrent Gentilis.'] J'ai suivi Aietius et Théodore de Bèze , qui s'accordent à débiter que Gentilis n'alla en Pologne qu'après que Blandrata et Alciaty eurent dogmatisé (i)j et j'abandonne l'auteur de la Bibliothèque des Antitrinitaircs, qui affirme qu'Alciat et Gentilis allèrent ensemble en Pologne, environ l'an !562 (2). Stanlslaûs Lubienietzki a dit à peu près la même chose : l'^alcntinus iste,el Paidus Alciatus Pedemontanus , cùm Genevœ ob odia Caluinl acerrima subsistere non passent, anno i563 in Poloniam ueneranl (3). Mais ces auteurs ne sont point assez exacts pour mériter la préférence. Hornius la mérite encore moins , lui qui a dit que George Blandrata et Paul Alciat , tous deux médecins (il se trompe à l'égard d' Alciat) , se sauvèrent de .Suisse en Pologne, épouvantés par le supplice de Servet et par celui de Gentilis. Dans la même page de son Histoire Ecclésiastique, il assure qu'ils suivaient le triihéisme de Valentin Gentilis (4).

Mais il est certain que l'hérésie d'Alciat était le pur sociuianisme. On ne saurait mieux réfuter la chronologie de Hornius que par une lettre de Pierre Martyr, écrite à Zurich , le onzième de juiUet i558. On apprend à Calvin, daiis celte lettre, qu'on avait vu Grégoire le médecin , accompagné de Jean Paul le Piémontais; qu'on les exhorta à ne point rompre l'union de l'Eglise, et à se conformer au formulaire de l'église italienne de Genève; qu'on n'y gagna rien , et que , de l'avis de Bullinger, on leur conseilla de vider la ville ; qu'ils le firent ; que le médecin dit qu'il s'en allait en Transylvanie , et que Jean Paul se retira à Chiavenne. 11 faut lire dans Pierre Martyr, non pas Gregnrium medicum , mais Georgium niediciim, qui n'est autre que George Blandrata , tout comme Joan-

(1) Aretius, dans i'Hist. He la Condamnatiou de Gentilis. Vojez aussi la LXXXI'. Lettre de Bèze.

(2) Bibliot. Antilrinit. , pag. 2C el 27. (3)Lulneniec. Hist. Reformat. Polon., p. 107. (4) On trouve ces fautes dans Cedilion de

iÇi%-. augmentée des Notes elde la Continuation de M. Leydrcler.

ALCIAT

nés Paulus Pedemontanus n'est autre que notre Alciat. Si Calvin ne disait pas expressément que tous ces hétérodoxes Italiens, et nommément Jean Paul Alciat, signèrent le formulaire, on serait fort tenté de penser que ceux dont parle Pierre Martyr refusèrent d'y souscrire. Quoi qu'il en soit , ils n'étaient plus à Genève peu après la signature; car elle se fit le 18 de mai 1 558, et ils étaient à Zuiich le onzième de juillet suivant. Gentilis ne fut mis à mort qu'en i566. 11 était sorti de Genève quelques mois après la signature , et s'était retiré au pays de Gex, où il conféra avec Alciat : ce qui montre , ou qu'Alciat n'alla point à Chiavenne en sortant de Zurich , ou qu'il y demeura peu Voyez l'article Blandrata , où je tâche de déhrouiller l'ordre des temps par rapport à ces gens-là.

(B) A sa prière , le bailli de Gex auail mis Gentilis hors de prison (5).] On ne sait si les prières suflirent. Sandius insinue qu'il fallut donner de l'argent : In oppido nnniine Gajum in carcerem conjicitur (Gentilis) undè ciiin ei^adere non posset , qnôd esset pnuper , a socio suo Paiilo Alciato redimitur, quem uipolè lociipletem , prœterea uero nobili génère ortum , immo et militem , simili modo non audebanl aggredi (6).

(C) // mourut a Dantzick dans les sentimens de SocinJ] C'est de quoi on ne peut raisonnablement douter, après les preuves que JEartin Ruarus (^) en a données. 11 dît que cet homme, aj'ant vécu quelques années à Dantzick comme un bon chrétien, recommanda en mourant son âme à Jésus-Christ son sauveur , et puis il ajoute (8) : « Catherine Weimera , )) aïeule de ma femme , qui le connais- )) sait familièrement et qui assista à sa M mort, l'a souvent dit à David Wer- ■» ner Buttel son mari, qui est encore » en vie, et il n'y a que trois ans » qu'elle est morte. Ma belle-mère me » dit encore hier qu'elle avait souvent

(5) Hlstor. Reformat. Polon. ,pag. 107; Bibliot. Antilrinitat. , pa^'. 27.

(6) Bibliot. Antilrinit, pag. 26.

(7) Ltsez ainsi, el non pas Martin Bucerus , dans la Biblioth. Anlilrinitat. , pag. 37.

(8) Pans une lettre r'crite h Caloviu.t , el datée de Panlzicli, a. d. m. Non. Apr. 1640- C'est ta XLVll'. de lapremière t:en(uits des Lettres de Riiarus.

ALC

)) vu en cette ville la veuve d'Alciat ,

j) qui survécut quelques anne'es à son » mari. » 11 ajoute , par occasion , qu'il a oui dire à Anilre Woidovius , qu'Alciat, courant risque d'être assomme' à Cracovie par des e'coliers , à cause qu'il passait pour arien , éluda leurs mauvaises intentions en leur disant qu'il croyait en Jésus-Christ fils du Dieu vivant et de Marie : ce nom de Marie le sauva : Ridicido schemate evasisse , ciim se non Arianuni, sed Marianum esse cliceret , qubd cùm illi quid sibi ^ellet qucererent, respondisse , credere se Jeswn Christuni Dei t'hn et 3IariœJiUum. Illi non minore slupore quam malilid obsessi , audito l'end ando Mariœ nomine , incolumem dimiserunt. Voilà un cas oii la maxime des dévots outrés de la sainte Vierge se trouva véritable : Que l'on est quelquefois sautée afec plus de promptitude en in^'oquant le nom de:

Marie qu'en im^oquant le nom de Jésus fo,).

(Dj II n'est pas urai qu'il se fit Turc.'] On vient d'en lire les preuves \ et, sur cela , qui peut s'empêcher de dire qu'il serait à souhaiter que ceux qui soutiennent la bonne cause ne fussent point sujets à certains défauts qui régnent éternellement parmi les persécuteurs de l'orthodoxie? Un excès de crédulité , un fond de mauvaise haine , je veux dire une haine qui ne comprend pas moins la personne de l'hérétique que son hérésie même , nous font avaler tous les contes que l'on débite au désavantage d'uu hérésiarque. Court-il quelque bruit qu'il s'est tué, que le diable l'a emporté, qu'il est mort enragé et en blasphémant , on le croit sans attendre que la chose soit avérée , on l'écrit à ses amis partout oîi l'on a commerce , on l'imprime , qui pis est ; et dès là on sème un mensonge dont la graine ne se perd jamais , tant elle tombe en bonne terre. Le premier qui le publie n'est pas long-temps le seul qui l'ait publié : on ne chôme pas à le faire passer de livre en livre, comme un grand motif de zèle ou comme un objet de réflexions.

Les protestans n'ont pas été moins trompés que les catholiques au pré-

(9) Velocior est nonnunqu'ain salin invocalo nomine Mariœ quam invocalo nomine Jesu- S. Anselmus , de Exccllenliâ Virjiois, cap. VI.

lAT. 391

tendu mahométisrae de Jean-Paul Alciaf . Ils n'ont pas été moins soigneux de le débiter les uns que les autres.

Iliacos intra muros peccatur et exlr'a (lo).

Sponde l'a inséré dans ses Annales Ecclésiastiques ; et c'est de là sans doute que le père Maimbourg l'avait copié (11), quoiqu'il ne cite point cet auteur, comme M. Moréri le cite. Le fameux Calovius Tarait débité : Ruarus lui écrivit ce que l'on a vu. Il y avait deux ans que sa lettre était imprimée lorsqu'on fît une nouvelle édition de l'Histoire Ecclésiastique de Micrœlius:

cependant celui qui a pris la peine d'y ajouter beaucoup de choses n'en a pas ôté le mensonge pour leqiiel Calovius avait été censuré. Je ne sais si Ruarus a bien découvert l'origine de cette fable. 11 croit qu'une lettre de Théodore de Bèze (12) en a été le fondement.

Cette lettre rapporte que Valeutin Gentilis , interrogé sur son camarade Alciat , avait répondu : Il s'est Jail mahomélan , et il y a long-temps que je n'ai eu aucun commerce at^ec lui.

Les deux conjectures de Ruarus ne sont pas mauvaises : 1°. Gentilis crut faire plaisir par-là aux juges qui lui faisaient son procès. Nous apprenons tous les jours (i3) par nos gazettes quelque chose de semblable , c'est-àdire , que les déserteurs débitent mille nouvelles très-propres à chatouiller ceux qui les questionnent 5 2°. Gentilis, qui reconnaissait en Kotre -Seigneur une génération ou une filialioa fort singulière, était bientôt disposé à mettre dans la même catégorie les samosaténiens et les mahométans.

Deux sectaires qui se brouillent s'entrehaïssent plus au commencement qu'ils ne haïssent le tronc duquel ils se sont séparés : de sorte que Gentilis était un mauvais témoin à l'égard d'Alciat, après les disputes violentes qui les avaient désunis dans la Pologne. Voëfius (i4) et Laetus (i5) n'ont cité que cette lettre de Théodore de Bèze quand ils ont dit qu'Alciat s'était fait raahométan. Homius n'a cité

(10; Horat. Epist.//, lib. /, vs. 16.

(11) Maimbourg , Histoire de rAri^oismC , toin. III , pag. .^44 . fàiiion de Hollande.

(15) C'en la LXXXI'.

(i3) Or. écrit ceci l'an iGq^.

(i4) Voet. Disputa!., tom. III. p. 7S1.

(i5) Joh. Lœtas . Corappn'.l. Rifl. univ. f p-

ALC

personne, quoiqu'il avance cela avec la deinière confiance. Alciatus , ditil (16), transiit adTurcas , ac muhammedismum amplexus , inter eos imitant jiniit. Hoornbeek ne cite non plus personne dans l'Apparat de ses Disputes contre les Sociniens , où il dit deux ou trois fois qu'Alciat embrassa le mahométisme : Dignam pœnam dédit quartdo euni Deus ad muhammedanos prolabi sivit ; nempè ne alibi quàm inter infidèles istos nomen suum ultra profiteretur (17)- On pourrait soupçonner que cette fable n'a pas eu la lettre de Théodore de Bèze pour son fondenaent unique , si l'on ne considérait que légèrement l'Histoire de la réforma tion polonaise 5 car, quand on y voit que l'auteur, ayant parlé d'un certain Adam Neusserus (18), qui enfin se vit contraint de s'enfuir à Constantinople , ajoute qu'Alciat avait eu une semblable destinée, on ne peut guère penser sinon que la chose est véritable, puisqu'un tel historien la débite. Mais, en examinant de près les paroles de cet auteur, on trouve que son témoignage se réduit à rien.

Voici comme il parle dans la page 200 : Exacto trimestri necesse habebat ( Adamus Neusserus), periculo sibi ah exploraloribus Cœsaris imminente , solum t^ertere , et Constantinopolin {quant et Alciati fortunam fuisse supra uidimus, adeoTurcœ unie christianos œquitate et humanitate longà sunt ! ) confugere. Ces paroles nous renvoient à un endroit précédent : je crois que c'est à la page 109. Or, si d'un côlé l'on trouve dans cette page que quelques-uns ont écrit que Gentilis s'était fait raahométan, on y trouve aussi , de l'autre , que ce furent ses ennemis qui forgèrent cette imposture. C'est sans doute ce qu'a voulu dire le sieur Stanislas Lubienietzki. On le sent , malgré les fautes d'impression qui défigurent misérablement son livre. De Alciato scriptum accepi , dit-il (19), eum in epistolis ad Gregorium Pauli anno i564 et i565 Husterlitzii datis dissuasisse sententiam qubd C'iristus

(16) Hornius , Hist. Eccles., pag. 35i. Edil. ann. 168";.

(i-) Hoornbeek. Apparatus, pag. 29; vide eliam pag. 23.

(18) Il j a dam f imprime' Neusnerus; mais ce lii're est tout plein defiiutes, et surtout quant uux noms propres.

(19) Hiïlor. Reformât. Polonicae , pag- 109.

lAT.

exstiterit antequàm ex Maria nascere' tur, et acerrimè dogmati pulgari de Trinitate restitisse , ità ut mahometismum consilii in primordio reformationis sat ancipiti et arduo ignarus ei prœtulisse scribatur, sed à Caluino et inventurum ejus œmulis , odio internecino iri eum et alios veritalis amantes Jlagranlibus (20).

(E) Peut-être... avait-il faitun tour en Turquie.... pour être a couuert des persécutions. 1 Cela me fait souvenir de Pierre Abélard , qui fut sur le point d'aller chercher un asile aux pays des infidèles , contre les agens ou les promoteurs de l'orthodoxie. Il avait été battu de l'oiseau , et s'alarmait plus qu'un autre j car toutes les fois qu i! entendait dire qu'il se ferait bientôt une assemblée d'ecclésiastiques , il s'imaginait que c'était pour le condamner. D'ailleurs , il avait éprouvé le grand crédit de ces agens , et il n'était pas facile de leur échapper sous des princes de leur parti. Ils écrivent partout 5 et avant que leur ennemi soit arrivé dans une ville , le portrait de ses erreurs y fait déjà peur , et y soulève tous les esprits. Un temps a été , que ceux qui avaient l'oreille des papes pouvaient rendre la meilleure partie de l'Europe un pays inhabitable , à l'égai-d d'un homme qu'ils se seraient mis fortement en tête de faire passer pour hérétique ; et ce pauvre misérable pouvait en quelque façon leur appliquer quelques endroits du psaume CXXXIX (21). 11 ne faut donc pas s'étonner que Pierre Abélard ait eu envie d'aller chercher du repos au railieu des mahoraétans ou des païens :

il espérait qu'en payant tribut il aurait la liberté de professer le chris-tianisme hors de la sphère d'activité de VOdium Tkeologicum; et il craignait, qu'à moins que d'en venir là, il se trouverait toujours enfermé dans cette sphère. Voici ses paroles : Deus ipse mihi testis est quotiens aliquem ecclesiasticarum personarum conventum adunari noi>eram . hoc in damnationem meam agi credebam. Stupefactus illico quasi superuenientis ictum

(20) Je crois qu'il faut lire, a Calvino esse iDventura et ejusrfmnlls, odio internecino in, etc.

(21) Qub ibo a spiritu tuo , et quô à facie tuS fagiara ?.. . Si sumpsero pennas mcas diluculo rt habitavero in extremis i&ans,... , illuc lenc> bit me dextera tua.

ALC

fulguris exspectabam, ut quasi hcerelicus aut prnf'anus in Conciliis traherer aui Synagos^is.... Scepè aulem ( Deus scil ) in tantam lapsus suni desperationem , ut Chrislianorum finibus excessis ad Génies transite disponerem , atque ibi quielè sub qudcumque tribuli pactione inter inimicos Chrisli christianè uifere (22). Or, comme Alciat avait encore plus à craindre du papisme qu'Abelard, et qu'il ne voyait guère de sûreté dans les pays oi!i les autres chrétiens étaient les maîtres,

TenenlDanai qu'a déficit ignis (li),

ses boutades et ses caprices auraient bien pu lui faire naître l'envie d'essayer la tolérance des Turcs , et l'en dégoûter bientôt pour l'envoyer à Dantzick. Apprenons à nous défier de certains récits , encore que des auteurs considérables les adoptent.

(F) Calfin et Bèze ont parlé de lui comme d'un fou a lier. ] Le premier dit que le jour que l'on proposa aux Italiens soupçonnés d'hétérodoxie un formulaire à signer , Alciat s'emporta d'une manière furieuse : Inter quos princepsfuit Joannes quidam Paulus Alciatus , homo non slolidi tanliim ac uesani ingenii , sed plané phreneticusad r/ihiemuique {t.^) : l'autre dit que c'était un homme à vertiges et un frénétique ; Paulus quidam Alciatus , Mediolanensis , homo jani anlea plané plireneticus et i/erliginosus (aS).

(32) Âbxiardi Oper. , pag. 32.

(23) Vir'il. ^neid. , lib. II, i-j. 5o5. (2.^) C.ilvln. arlvers. Valent. Gentil. , p. GSg. Tractât. Theolog.

(25; Beza , Epistol. LXXXl.

ALCIAT ( Térence ) , jésuite italien , issu de la même famille qu' Alciat le jurisconsulte, naquit à Rome, l'an 1 5^0. Il étudia cinq ans en droit avant que de se faire jésuite. Ce fut au mois de mars ïSgi qu'il entra dans cette société. Les emplois qu'il y a eus témoignent qu'on l'y regardait comme un sujet important. Il fut pendant treize ans préfet du collège de Rome ; il y enseigna cinq ans la philosophie , et dix-

lAT. 393

sept ans la théologie. Après cela, il fut directeur de la pénitence du \atican, et sous-supérieur de la maison professe. Il assista à la neuvième congrégation générale des jésuites , comme député de la province de Rome ; et lorsqu'il mourut d'apoplexie , le 1 2 de novembre 1 65 1 , il était sous-provincial. Il n'était pas dans une moindre considération hors de la société ; car outre qu'il fut longtemps qualificateur de la congrégation du Saint OfUce , et consulteur de la congrégation des rites, il futchoisi par lepapeUrbain VIII , pour réfuter le père Paul. Il préparait une édition des actes du concile de Trente , qui aurait été l'apologie de cette assemblée contre toutes sortes d'adversaires , et nommément contre ce redoutable Vénitien.

Il avait déjà ramassé un grand nombre de matériaux pour cet important et pénible ouvrage , lorsque la mort le fit sortir de ce monde (a) ; mais encore qu'il eiit donné plusieurs années à ce travail , il n'avait presque pas commencé la forme de son ouvrage.

Le père Sforce Palavicin , qui fut chargé du même dessein , nous apprend pourquoi le père Alciat était demeuré si loin de l'exécution (A). Si M. Moréri avait seulement jeté les yeux sur la préface du cardinal Palavicin , il n'aurait pas mis entre les œuvres du père Alciat les Actes du concile de Trente. Il n'y faut mettre qu'un Sermon sur la Passion , prononcé devant le pape Clément VIII, en 1602, et la /^ie dePierre Fabri, compagnon

(a) Ex Bibliotliecâ Sciiploium Societalis Jesu , I^atbaaaëlis Sotuelli.

3<)4 ALCI de saint Ignace Loyola. Le père Alciat, déguisé sous le nom d'^minlus (b) Tacitus , l'a traduite eu italien du latin de Nicolas Orlandino (c). Cette traduction fut imprimée à Rome en 162g. Le latin fut imprimé à Lyon en 1617. M. Moréri remarque que le pape Urbain VIII disait que le père Alciat était digne du chapeau de cardinal. Nicius Erytliraeus le rapporte {d). Si l'on demande à quoi tenait-il donc 'il

que ce jésuite n'eût pas ce qu'il méritait? Urbain VIII n'était-il pas le distributeur de ces chapeaux ? La réponse est fort aisée :

il faut conférer cette dignité à tant de gens par des raisons de politique , qu'on ne peut toujours y admettre ceux que l'on croit la mériter.

ib) Léon Allatius in Apibus Urbanis, pag. 238 , et Alegambe disent Erminius.

(c) Sotuellus , Bibl. Societ. Jesu.

(d) Nicius Erjthr, Pinacotb. //, cap.

Page 1