‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 102 sur 158 · ALCA · texte numérisé non relu

ALCA

Séville , pendant plus de vingt ans. Il s'appliqua surtout à la recherche des secrets de l'Apocalypse , et il employa près de vingt bonnes années à ce travail (b).

L'ouvrage qu'il a composé là-dessus est un des meilleurs que les catholiques romains aient produits sur l'Apocalypse (A). Il est intitulé Vestigatio arcani sensûs in Apocaljpsi , et il a été imprimé diverses fois (B). On prétend que Grotius y a pris beaucoup de ses idées{c). L'auteur soutient que l'Apocalypse est parfaitement accomplie j usqu'au XX" . chapitre ; et il y trouve les deux témoins sans parler d'Élie ni d'Enoch {d).

Il ne fait aucune difficulté d'abandonner les anciens pères ; et comme toutes ses principales études n'avaient pour but que l'explication de ce livre , l'autre ouvrage qu'on a de lui n'est qu'un Commentaire des endroits du Vieux Testament , qui ont du rapport aux révélations de saint Jean. Il fut imprimé après sa mort sous ce titre : In easVeteris Teslamenti partes quas respicit Apocaljpsis , nempè cantica canticorum , psalmos complures , multa Danielis aliorumque librorum capita, libri V. Voilà donc deux volumes in-folio , qui ne sont à proprement parler qu'un Commentaire sur l'Apocalypse; mais il y a un appendix à chacun : celui du premier volume est un Traité de Sacris Ponderibus et Mensuris ; et celui du second un Traité de Ma— lis Medicis. Alcasar mourut à

(i) Sotuel , Biblioth. Script. Societ. Jesu, pag. 557.

(c) M. de Mcaux , préf. de ^'Apocalypse , ■pag- 33, édilion de Hollande.

(d\ Là même.

SAR

Séville , le 16 de juin i6i5 , à l'âge de soixante ans (e). Vous trouverez l'exanaen de quelquesunes de ses hypothèses apocalyptiques dans l'ouvrage que M. Heidegger publia à Leide, l'an 1687, sous le titre de Mjsterium Babjlonis magnœ {f. )

(e) Alegambe lui avait donné soixante-trois ans : le pèi-e Sotuel a corrigé cette faute. {/) A la /'^. et à la II'. Dissertation.

(A) Son Commentaire est un des meilleurs que les catholiques romains aientproduits sur V Apocalypse.']'S oici ce qu'en dit Nicolas Antonio : Insigneni posuit opérant in adoriiando atque illustrando Apocalypsis libro obsciirissivio. Edidit nanique lucubrationes suas ad ipsum , itigeniosas guident, eruditas , elaboratasque , ut censet Cornélius a Lapide. Sed quisnam sponsor erit , telo eum quanwis acuto etforli scopum tetigisse (1) ."* Je suis sûr qu'il n'y a point de banqueroutier , ni de prisonnier pour dettes , qui ne trouvât caution bourgeoise plus aisément que n'en trouveraient les explicateurs de l'Apocalypse, s'il y avait un tribunal sur la terre qui taxât à de grosses sommes ceux qui auraient cautionné les fausses explications.

Pendant qu'on flatte ses passions , en croyant sans rien risquer , on est crédule : mais pour les cautions que Don Kicolas Antonio demande , c'est en vain que vous les demanderiez.

(B) Imprimé dii'er ses fois."] Le père Alegambe ne marque que l'édition d'Anvers, chez Jean Keerberge , en i6i4i ettout aussitôt, il dit que l'autre volume fut posthume. Si le premier n'avait été imprimé qu'en «6i4 , il aurait été posthume ; et ainsi , on n'aurait pas eu raison de distinguer par-là l'un d'avec l'autre. Il faut donc croire , comme le remarque Nicolas Antonio , que le premier fut imprimé à Anvers , chez Jean Keerberge, l'an i6o4- Outre cette édition , Nicolas Antonio parle de celle de 1619 , Antverpice , apud JVutios , et de celle de Lyon, en 1616. Draudius cote ces deux dernières éditions , et outre cela , une d'Anvers ,

(i) Nicol. Antonii Biblioth. Script. Hi-p, , loin. II , pag. i4-

AL CEE, 373

chez Keerberge , en 161 1 (2). Le P. toire (e). Alcée n'oublia point

Sotuel, avec l'editioa de "6,4 , ne ^^^^^ circonstance dans les vers

marque que les deux dernières de ,., . • 1 -

Nicolas Antonio , et continue de dire 4"" "^ sur le malheur qui lui

que Tautre volume a été posthume, était arrivé (B). Sa muse, à la-

Sa révision d'Alegambe n'a donc pas quelle il donnait de l'occupation

été aussi exacte qu elle devait l'être. „,, ™;i,-c„ ,i„,, ^„ „ -/

^ au milieu des armes , soit pour

(.) Draud. Bibiiotheca cu,.ica , pag. 2,. jg^ chansonsà boire,soit pour des

ALCÉE, natif de Mitylène , Chansons d'amour, et pour louer

dans l'île de Lesbos , a été un des ^^, P^'^onne qu il aimait (/), qui

plus grands poètes lyriques de " ^*'y^^"^. Vi^P ^^"^ ^'^^^ «e°^-

l'antiquité. Il y en a qui veulent ^'^^'^ ^, '^" ^9 \'^ ^^^« ' ^^^H^,

qu'il ait été l'inventeur de cette "? S^»"^^ point le silence sur la

espèce de poésie (a). Il florissait defVntedes Lesbiens.On sait d'ail-

dansla44^ olympiade (<^) , en leurs quelle ne badinait pas tou-

même temps que Sappho , qui pui's , et quelle pouvait traiter

était de Mitylène aussi-bien que noblement les matières les plus

lui. La chronique scandaleuse f^^^'^' ^^^ ' ^^ ^"''t''^^ "" ^^^"

(A) dit qu' Alcée s' avisa un jour f^eu commun contre les tyrans

de demander je ne sais quoi à Sappho , et que Sappho, qui n'était pas ce jour-là de si belle humeur que d'ordinaire , lui refusa ce quelle lui offrit peut-être le lendemain (c). Quoi qu'il en soit, il se mêla d'autre chose que de vers : il voulut donner des

Alcée suivait alors une pente fortifiée par ses propres aventures et par ses intérêts personnels ; car il avait été aux prises avec ceux qui avaient voulu emjoiéter sur la liberté de sa patrie , et nommément avec Pittacus (E) , qui ne laissa pas de devenir usur-

preu- 1 V ,~ . , : -'

ves de son courage à la guerre . P^*^"*" ' q^oiq^iil ^it ete un des

et n'y fut pas tout-à-fait heureux ; car il ne se sauva qu'en fuyant et qu'en abandonnant ses

armes , lorsque les Athéniens ga- , , , . , ^ ti

gnèrent une bataille contre ceux 'l"^ ^f. châtiment (g-). Il yen a de Lesbos (J); mais il trouva dans ^^^ ^''^""^ qu Alcee fut chasse

sept sages de la Grèce. Il remit en liberté Alcée , qui était devenu son prisonnier , et dit que la rémission d'un crime vaut mieux

cette disgrâce une assez douce consolation , puisque les vainqueurs firent appendre ses armes au teiBple de Minerve à Sigée : ce qu'ils n'eussent point fait avec cette distinction , s'ils n'eussent jugé qu'elles seraient un monument très-glorieux de leur vie—

(a) Die Laiinum ,

Barbite , carmen Lesbio primiiin modiilale civi.

llorat. Od. A'.VA//, lib.I , vs. 3.

[b) Euseb. in Clirooic.

(c) Le l'èvre. Vie des Poêles grecs, p. 27. \d) Herod. , lib. F, c-'/'. XCr.

avec beaucoup d'autres ; mais qu enfin il se mit à la tête de ces exilés ,jit la guerre aux tjrans , et les chassa (/?). Je ne trouve dans Denys d'Halicarnasse , sinon que les habitans de Mitylène élurent Pittacus pour leur chef, contre le poète Alcée et ses

(e) Là même.

ij") Horace ; Je rapporte ses paroles cidessoiis dans la rcrnarque [C].

(g ) Heraclitus , apud Diogenem Laèrt. in Pitlaco, lib. I , num. 76.

(A) Dacier , sur l'Ode XIII du II', livi-e d'ilavAQi:,

adhérens , qu'on avait bannis (i).

D'autres veulent qu'ayant abusé de la clémence de Pittacus , et n'ayant point cessé de cabaler et d'invectiver , on cessa d'user de support à son égard (k) ; et que c'est ce qu'Ovide a voulu signifier par ces paroles :

Vtqne lyrœ vatesfertur periisse severœ.

Causa sit ex un dexlera Icesa lui.

Cela est d'autant plus vraisemblable , qu'Alcée passait pour un homme qui s'opposait aux innovations , non pas parce que c'étaient des innovations , mais parce que d'autres que lui les introduisaient (/). C'est un défaut qui lui est commun avec bien des gens. Il ne nous reste que des lambeaux de ses poésies.

(f> Dionys. Halicarn. Ant. Rom. , lib. V , cap. LXXXII.

(A) Vide Dionys. Salvagnium Boessium , Comment, in Ibin , pag. 102 et lo3. Edil. in-l^°.

{[) Oùtî'' etùroç Ka,èctfiùaiv Tœv toioi/tûjv viaiTipi(rf/.éèy , Ne ipse quidem punis sludii ejusinodi novandarum reritm. Stiabo , lib. XIII, pag.lizS.

(A) La Chronique scandafeuse , etc . 2 J'ai rapporté les propres paroles de M. le Fèvre, et je suis fort trompe' s'il a pris ailleurs que dans la Rhétorique d'Arislote ce petit conte. Aristote cite ces mots d'Alcée :

©Iàû) tIv iiTriiv. ÀXKo. y-i ncexmt AÎJœç ,

et celte réponse de Sappho :

Al cT' ÎKÎ cr iThùêv «//tïf oç , h XctXœv , K«ti yUM Tl IITTIIV yKÔiiTa^ inuKO. kclkov ,

AlJ'eiç K.I vv cr (jtJX ùx^v o/it/j.a.T\

"AXX ihiyiç ■TTip) TW (TtXou'û) (l).

Voici le sens de ces vers. Alce'e de'clare qu'il voudrait bien dire quelt|ue chose ; mais (|ue la honte l'en empêche. Saj)pho lui répond que s'il avait désiré des choses bonnes et honnêtes,

(1) Aristot. RVietoric, lib. J , cap. IX. No- Ifz ijue je range et ijue f accentue ce grec comme Scaligcr iurJLufihK , png, 85, c'cUtion de iG58.

ÉE

et si sa langue n'eût pas été prête à prononcer quelque malhonnêteté , la honte ne lui serait point montée au visage , et qu'il ferait une proposition raisonnable. Ceux à qui il est donné de juger des livres de M. le Fèvre , gens , comme il a dit dans sa première Journaline , qui ont l'âme capable de plusieurs formes , et qui sentent a demi-mot le beau et le fin des pensées et des expressions , voient bien que ces paroles d'Alcée sont une de ces déclarations d'amour qui demandent l'heure du berger, et que Sappho comprenait parfaitement ce qu'il voulait dire. Sa réponse est sage ; mais elle est peut-être d'un trop grand sangfroid , selon cette supposition.

(B) // a ai'oué le malheur qui lui était arriué de fuir (2) ] Celui de tous les poètes latins , qui ressemble le mieux à Alcée,a confessé aussi-bien que lui dans ses poésies , qu'il s'était sauvé du combat , en jetant ses armes comme un meuble très- inutile à des fuyards :

Tecum Philippos et celerem fugam Sensi , rflictd non benè parmuîd ., Quum Jracta virlus et minaces Turpe solum leitgere mento (3).

Archîlochusavaiteu la m(*meaventure avant Alcée , et s'en était confessé publiquement (4). Horace n'aurait pas été peut-être de bonne foi jusqu'à ce point, s'il n'avait eu ces grands exemples devant les yeux. Chabot se trompe quand il soutient que P!utarque a réfuté Hérodote sur la fuite d'Alcée (5) Plutarque s'est contenté de dire qu'Hérodote a supprimé une belle action de Pittacus , mais non pas la mauvaise action d'Alcée (6).

(C) La personne qu'il aimait n'était que trop une aide semblable a lui. ] Horace nous apprend que la maîtresse d'Alcée était un garçon qui se nommait Lycus , et qui avait les yeux et les cheveux noirs :

Qui ferox bello, tamen inter arma, Sive jactatam religdral udo

Littore navitn , Liberitni et Musas , Veneremque et iîîi Semper hisrenlem puerum canebat ,

(3) Herod. , lib. r , cap. XCV ; fï Strabo , Uh. XIII ,png 4i2, 4i3.

(3) Hoiat. Od. ni , lib. II, l's. 9.

(4) Voyez la remarque (H) de son article. (H) Chabor. in Horat. Od. XIII , lib. II. {(>) Flutaic. de P-Ialign. Heiodoti , pag. 858.

ALC

El Lrcwn nigris oculis , nigroqiie Crine décorum {•)).

C'est apparemment le même que celui qui avait une tache au doigt, laquelle lui servait d'une parure tout-à-fait charmante , selon le goût de ce poète : JVcefus in articula pueri delectat Alcœum , at est corporis macula nœfus , illi tamen hoc lumen viJebatur (8).

Cice'ron dit en un autre lieu , qu'encore qu'Alce'e eût témoigné beaucoup de courage , il avait rempli ses vers d'une excessive pédérastie : Fortis t^ir in sud republicd cognitus , quœ de jut^enum amore scriptit Alcœus (g) ?

En tant qu'amoureux, il se compare à un pourceau qui , mangeant un grain de gland , en dévore déjà des yeux un autre. Moi pareillement , disait -il, pendant que je jouis d'une belle Jîlle , j'en souhaite une autre. 'A Zç riv /îix*-

l^ityce ttxiS'a X.XKKV t*v /aiv S/^û) , Tav S' ipa.ua.1 Kadri. Scipion Gentilis rapporte cela dans ses Notes sur l'Apologie d'Apulée , page 65.

(D) Sa muse pout^ait traiter noblement les matières les plus grattes. ] C'est ce qui a fait dire à Horace :

Et te sonantem plenius aureo , Alcœe, plectro , dura naris ,

Dura fugœ inala , dura belli I Vtrumque sacro digna silentio , MiranLur umbrœ dicere : sed inagis Pugnas et exactos tyrannos

Densum hwneris bibil aure vulgus (^lo).

M. Dacier remarque sur ces paroles , i". Que le style d'Alcée était noble et Jort , et qu'il traitait des matières plus relei^ees que celles que traitait Sappho , qui dit de lui dans O^ide ,

Nec plus Alcœus consors palriœque Lyrœque Laudis habet, quamvis grandius illesonel.'

2°, Qu'Horace lui donne le plectre d'or, parce qu'il parle de cette partie de ses Ouvrages, où il décrit^ait les guerres cifiles qui étaient arrii'ées a Mitjlène, et les diverses factions des tyrans Pittacus , Myrsilus , Megalagyrus , les Cléanactides , et de quelques autres (i i) , et que ces poésies étaient appelées <rt;toç-st3-i*ç-fità, 'TTwÀy.a.^a. , poésies sur les séditions. Il cite ce passage de

(:) Horat. Orl. XXXII , lib. I, vs. 6

(8) Cicero de Xaturâ Deoriim . lib. /, cap. 28.

(g) Idem, Tuscul. O'-se^t. If^, cap. 33.

(10) Horat. Od. XIII, lib. II, ys. 26. * Ovid. Epist. XV, vs. 2p.

(11) Strab. ,lib. XIII. va;. 4?^.

Quintilien : Alcœus in parle operis aureo plectro mérita donatur qud tyrannos insectatur. Multtim etiam moribus confert , in eloquendo brei'is , et moguificus , et diligens , pleràmque tiomero similis , sed in lusus et amores descendit , major ibus tamen aptior (13). Joignez à cela l'épithète de menaçantes, qui a été donnée à ses muses.

Et Àlcœi MIHACES ,

Slesichorique graves Camocnœ (i3).

(E) Il fut aux prises avec Pittacus.'\ Il vomit contre lui des injures fort grossières : iH'appelaptetf-p/at , grosse bedaine , etc. , comme nous l'apprenons de Suidas , sous le mot s-aciTot/s, et de Diogene Laèrce , dans la Vie de Pittacus. La modération de celui-ci fut fort louable , et a paru telle à Valère Maxime : Pittaci quoque moderatione pectus instructum , qui Alcœuin poëtam et amaritudine odii et viri~ bus ingenii adversiis se pertinacissimè usum , tyrannidem a cwibus delatam adeptus , tantummodà quid in oppriinendo posset admonuit (i4)>

(12) Qulnl. , lib. X , cap. I.

(li) Horat. OJ. IX, lib. IV , vs. 7.

(14) Valer. Haxim. , Ub. IV, cap.I, ext.

ALCEE , Athénien (a) , poète tragique, fut le premier, selon quelques-uns , qui composa des tragédies. Si l'on en croit Suidas, il est différent d'ALCÉE poète comique , le cinquième de l'ancienne comédie , et fils de Miccus. II renonça , ce semble , à sa patrie , qui était la ville de Mitylène , et se dit Athénien (b). Il laissa dix pièces dont l'une était intitulée Pasiphaé : ce fut celle qu'il produisit lorsqu'il disputa avec Aristophane, eula4^. année de la 97*.

olympiade (c). Athénée cite quelques-unes des autres. On ne sait pas bien si l'Endymion cité par Pollux appartient à Alcée le tragique ou à Alcée le comique ;

(a) Suidas.

(fi) MiTt/XJivaioç, 4;t* 'AQvivaioç. Idem, (c) Scholisst. Aristophan. in Àrgiimento Phili.

ALCÉE

mais il y a die l'apparence que la tous ces Alce'es souffrit pour ses

pièce intitulée Cœlunt était du impudicités un genre de mort

premier , puisque Macrobe la ci- bien singulier (B). M. Vossius ,

te comme tragédie {d). Je trouve à la page 42 de ses notes sur Ga-

dans Plutarque un poëte Alcée tulle , croit que ce fut celui qui

qui diffère de tous les précédens satirisa Philippe , roi de Macé-

(e), et qui est peut-être le même doine. Il le prend pour le comi-

que celui dont Porphyre a fait mention comme d'un faiseur d'ïambes satiriques et d'épigrammes,qui avait fait un poëme touchant les larcins de l'historien Éphore {f). L' Alcée de Plutarque vivait en la i45^. olympiade, l'an de Rome 555 , comme il paraît par la chanson qu'il composa sur la bataille que Philippe , roi de Macédoine , perdit dans la Thessalie. Cette chanson faisait fuir Philippe plus vite qu'un cerf, et amplifiait le nombre des morts , afin de lui faire plus de dépit. Néanmoins Plutarque assure que Titus Flaminius , qui avait gagné cette bataille , se trouva plus choqué des vers d' Alcée que Philippe , à cause que la chanson nommait les Etoliens avant les Romains , et semblait par-là donner aux Etoliens le principal honneur de cette victoire. Philippe se défendit contre la chanson d' Alcée par une autre chanson (A). Il faut avouer que Plutarque donne au consul romain une sensibilité bien outrée. On parle aussi d'un Alcée messénien qui vivait sous l'empire de Vespasien et sous celui de Titus (g). Il y a quelques-unes de ses épigranames dans l'Anthologie. Je ne sais point lequel de

(rf) Macrol). Satura. , lib. V , cap. XX.

(e) Plut, in Flaminio , pag. 3^3.

(y^ Porpliyr. flysKiiEuseb. Prœpar. Evang. lib. V, cap ///, pai;. 467.

(^) Tzelzes in Lycoplir. apiul Gyrald. de l'nct. Dial. A', pag. 5l2, edit. anni lôgô.

que , et se trompe , puisque ce comique était contemporain d'Aristophane.

(A) Philippe se défendit contre la chanson d' Alcée par une autre chan- 50«.] Voici quelle en était la substance :

Sans feuille aucune , et sans escorce aussi, Ami passant , on a fait ici tendre.

Sur ce costeau cette potence-ci .^ Expressément pour Âlcœus y pendre (i).

(B) Un de ces Alcée s souffrit un genre de mort bien singulier "l M. Vossius rapporte {11 cette épitaplie tirée d'une Anthologie , qui n'est encore qu'en manuscrit :

'Axjcstioi/ Tst^oç oÛtoc OV iX.Ta.ViV il 'Tt'KA-

Ti^œpoç fj.fiiX'^^ y^i ôiiyÂTup pÂ-

Cela signifie qu''Alcée mourut de la peine des adultères, qui consistaitdans une certaine manière d'empaler. C'est qu'on leur fichait au fondement une des plus grosses raves que l'on trouvât. Au défaut de raves , on prenait un poisson, qui avait la tète fort grosse, comme nous l'apprend le scoliaste de Juvénal sur ces paroles de la X*^. Satire , quosdatn mœchos et mugilis intrat. Par-là , on comprend cette menace de Catulle :

Ah '. tiin te misèrum , malique fati , Queiii aUraclis pedibus , patente porta , Percurrenl raphanitjue mugilesque (3)i

Lucien parle de cette sorte de punition ; mais il ne décide pas si le criminel en mourait , et n'est pas peu difierent de son scoliaste. Ils disent tous

(i) C'est ainsi iju'Amiot a traduit ce grec; A^^vOfoç naît à.'^vKhoç , oé'oiTrofi, tçd «T' im vceTùD AAKatiû) ç-etupoç TrriyvuTctt tiKiCxTOç. Plutarcli. in Flarn. , pfl.?. 373.

(2) Isaac Vossius îa CatuUiim , pag. t^'i.

(3) Caliil. Epigr. XVI , vs. 17. Voyez sur ce passage Partbenius , Muret , Achille Stalius.

deux qu'on battait bien le paillard j mais le scoliaste dit qu'on ne lui fichait la rave que lorsqu'il éfait près d'expirer sous les coups qu'il avait reçus. Lucien nous insinue tout le contraire ; car le rutîen dont il parle, ayant été' bien battu , sauta en bas du toit, et s'enfuit avec la rave qui lui bouchait le derrière : Ka.Tst toS Tîy-juç Àxo/uivo; S'ii<piiyi fn<^a.viS'i t»v 7ruy»v fiiCt/a-f/Avoç (4). De tecto desiliens au- fugit natibus raphano oppletis. M. Vossius ne devait pas conclure de ce passage de Lucien , que ce supplice n'était pas mortel ; car il y a bien de l'apparence que , si le patient ne se fût sauvé , il lui en eût coûté la vie tôt ou tard. Les deux vers que M. Vossius cite , et qu'il prend pour le discours d'une adulteresse, qui disait à sa commère que si , au lieu de la rave, on se servait du supplice de la croix contre leurs galans , personne ne viendrait plus vers elles : ces deux vers , dis-je, -sont une meilleure preuve ([ue les paroles de Lucien (5). Les commentateurs de Diogéne Lacrce ont fort bien compris à quoi Menedème visait, lors qu'il dit à un adultère insolent , que le suc des raves était utile : Tlpoç <fs rov

e£///.ôvcv Kfi/z-C» /^t/Xov ÏX^' Aipràv > iKXai scoLi pA^nviJ'iç (6). Audacter exuUanti

atlultero a Ignoras inquit

non modo brassicœ succuni inesse utileni , sed et raphano ».

(.f) Lucian. de morte Peregrinî.

(5) Ex Hpsychio in c*<Çstvitra'5»vai. Voyez aussi le Scoliaste d'Aristophane >ur les Nuées.

(6l Diog. Laert. , lih. II , nuin. 128. Vide ibi Âldobrandinum et Menagium.

ALCHABITIUS , astrologue arabe , a composé une Introduction à la Connaissance des in— Jluences célestes (A). Il a écrit aussi de la Conjonction des Planètes^ et un Traité d' Optique ^ui fut trouvé dans un couvent d'Allemagne , et apporté à l'auteur du livre de Lumine animœ. Ses ouvrages d'astrologie , traduits par Jean de Séville («) , furent imprimés à Venise en 1491 > ^^f c l'exposition de Jean de Saxe , et

(a) Joannes Hispalensis,

ALCHINDUS. 377

en i52i , avec les corrections

d'Antoine de Fantis, médecin de Trévise , en Italie {h). On ne sait pas bien en quel temps a vécu Alchabitius.

{h) Gesner. in Biblioth. et ex po Vossius de Scient. Mathem., pag. 354 «' ^ftg.

(A) Il a composé une Introduction à la Connaissance des influences célestes.^ Le titre du livre dans Gesner et dans Simler , est Isagr>ge ad mugisterium jiidiciorum astrorum , l'el ad scrutanda stellaruni magisteria. Vossius le donne d'une aulre manière ^ mais qui revient au même sens : Isagogeadscrutandaastrorumindicia(i).

Je pense que ma traduction française y revient aussi ; mais M. Moréri, ayant pris un mot pour un autre dans Vossius, initia pour indicia, nous adonné un titre assez incompréhensible , Ilntroduction pour connaître le commencement des astres. 11 paraît que Vossius avait cru lire indiciorum , où Gesner et Simler ont mis judiciorum.

Notez que le Traité d'Alcliabitius , de la Conjonction des planètes , a été traduit eu français par Oronce Fine fa); et que M. de la Mare , dans sa préface sur les OEuvres des quatre frères Guiions * , cite les notes manuscrites de Pierre Saumaise, conseiller au parlement de Dijon , sur Alchabitius de Inimicitiis Planetarum. Je tiens cela de M. de la Monnaie.

(i) Vossius , de Scient. !tlatbem. , pag. Bgp. (2) Du Verdier, 6ibtiolbéqiie française, p. 20, * Leclerc dit qu'il fallait écrire Guyon.

ALCHINDUS , médecin et astrologue parmi les Arabes. Cardan l'a compté entre les douze esprits sublimes qu'il regardait comme les premiers de tous ceux qui ont excellé dans les sciences {a). C'est renchérir sur Albohazen Haly, et sur Haly Rodoan , qui lui ont déféré le titre de grand astrologue ; et sur Rasis et Mesué , qui le traitent de trèsdocte et très-expérijnenté méde-

(rt Cardan, de Subtilit. , Ub. XVI. >'audt', darts son Apolog. des grands Hommes , pag. 35^, ampUJie trop le témoignage de Cardan.

378 ALC

cin , et sur Averroes et Wimpina , aui l'appellent subtil philosophe. On peut juger de son esprit et de sou érudition par les deux livres imprimés que l'on a de lui : de Temporum Mutalionihus , et de Gradibiis medicinarimi compositarum investignndis. On en trouve beaucoup d'autres cités fort souvent par les auteurs sous les titres de Ralione sex Quantitatum ; de Quinqué Essentiis; de Motii diiirno ; de f^egetabilibus , et de Theoricd Mogicarum Arlium. Ce dernier ouvrage a donné sujet à tous les démonographes de parler d'Alchindus comme d'un pernicieux magicien. François Pic et Conrad Wimpina ont discouru amplement des hérésies , des blasphèmes et des absurdités qu'on remarque dans ce livre. Le fameux Jean Pic ne paraît pas en avoir jugé si désavantageusement , puisqu'il a dit qu'il n'avait reconnu que trois hommes qui eussent effleuré la magie naturelle et permise : savoir , Alchindus , Roger Baccon, et Guillaume, évêque de Paris. Ce qu'il y a de plus certain au dire de Gabriel Naudé , dont j'emprunte cet article , est , ï° que cet ouvrage est rempli de superstitions et de doctrines tout-à-fait contraires à notre foi , et telles qu'on le doit attendre d'un mahométan qui écrit fort librement ce qu'il pense; 2°. qu'il n'y aurait nulle apparence de l'accuser de magie , uisque, bien loin de s'amuser à a magie théurgique ou goétique, son dessein n'a été autre que de rapporter à la nature tout ce que l'on attribue aux anges bons ou mauvais ; c'est ce qu'ont fait de-

lAT.

puis lui Pierre d'Apono et Pom— ponace {h). Ces gens-là , pour trouver leur compte , supposent que les choses sublunaires dépendent entièrement des cieux ; quelles reçoivent toutes leurs propriétés les unes des autres , et que chacune les reçoit du total par le moyen de certains rayons corporels qui , passant des plus petites jusqu'aux plus grandes , sont la cause , à ce qu'ils disent, de tout ce qui se fait dans la nature. Nous ne savons pas au vrai quand Alchindus a vécu; mais on ne peut pas le mettre au-dessous du XIP. siècle, puisque Averroes fait mention de lui. Il y a un JacoBUS Alkindus que quelques-uns confondent avec celui dont je parle (A).

(è) Naudé, là même, etpag. suivantes.

(A) Quelques-uns confondent un JacoDus Alkindus ai^ec celui dont je parle."] Wolfgang Justus fait vivre ce Jacobus Alkindus sous le pape Eugène troisième , en 1145, contemporain d' Averroes et d'Avicenne : il dit que c'était un médecin et un philosophe arabe (i). Les bibliographes attribuent les mêmes livres à Alchindus , et à Jacobus Alkindus. Vossius semble les distinguer ; car, quand il parle d'Alchindus , il ne lui donne que le Traite' de sex Quantitatibus , et ne marque point son âge : mais il met Jacobus alkindus en 1 235 , et il lui donne entre autres livres un Traite' de Radiis Stellarum (2). C'est sans doute le même livre que Gesner allègue sous le titre de Radiis Stellicis , et qu'il croit être de Jacques Alkindus, quoique le nomde Jacques n'y soit pas joint à celui d'Alkindus. On jugerait par le titre seul qu'il appartient à celui qui a été' suspect de magie.

(i) Àpud MercUiDum , in Lindenio renovalo. (2) Vossius , de Scient. Mathemat. , pag. 6j el 179.

ALCIAT (André), grand jurisconsulte, a fleuri au XVI''. siè-

ALCIAT. 379

cle*'. Il était fils d'unriche mar- sion qui avait été d'abord de six chand de Milan (A), et il naquit cents ëcus. Alciat professa cinq en cette ville au mois de mai ans à Bourges , et il acquit de la 1 492 *'(«). On prétend que sa mè- gloire : mais il se servit d'une re ne sentit presque aucune dou- ruse pour obtenir une augmentation de gages (D). Il mêlait beaucoup de littérature à l'explication des lois , et chassait heureusement la barbarie de langage qui avait régné jusque-là dans les leçons et dans les écrits des jurisconsultes. M. de Thon le loue fort noblement là-dessus ; M. de Thou , dis-je , qui d'ailleurs était mal instruit de son histoire (E). La harangue que ce professeur fit sur-le-champ à François V, qui était entré dans son auditoire (F), plut beaucoup à ce monarque. François Sforce , duc de Milan , se crut obligé à faire revenir dans la patrie un homme qui pouvait y tant briller ; et il en vint à bout en lui donnant , outre de gros gages , la dignité de sénateur. Alciat alla donc enseigner le droit à Pa— vie ; mais il passa peu après à l'université de Bologne (g) , et s'y arrêta quatre ans. Puis il revint à Pavie , d'oii il alla à Ferrare (h) ; attiré par le duc Hercule d'Est , qui tâchait de rendre célèbre son académie. Elle reprit son éclat sous un professeur si couru ; mais au bout de quatre ans, Alciat la quitta pour retourner à Pavie , oii enfin il trouva le vrai remède de son humeur inconstante (G), je veux dire la mort , le 12". jour de janvier i55o(z).

doiib/c'e , mais soiilcmcnt augmentée de trois cents ècus.

(5') ^^ J" fi^ •"' harangue inaugurale , le 3 de noi-embre iSSy.

(//) H Y fil sa harangue inaiio-iiralc , eu

(il Ex Panziroli de Claris Lfg. Interpirt ,

leur lorsqu'elle accoucha de lui (b). Après avoir étudié les humanités sous Janus Parrhasius , qui enseignait à Milan c) , il fut étudier en droit à Pavie et à Bologne (d) , et s'attacha principalement aux leçons de Jason , dans la première de ces universités , et à celles de Charles Ruinus , dans la seconde (e). Après sa promotion au doctorat , il s'appliqua au barreau dans la ville de Milan {fj, jusqu'à ce qu'il se vit appelé pour une chaire de droit par l'université d'Avignon (B). Il remplit cette charge avec tant de capacité , que François V" le crut propre à faire fleurir la jurisprudence dans l'académie de Bourges. Il l'y attira donc *■', en i529 (C); et dès l'année suivante , il lui fit doubler *^ sa pen-

*' Joly renvoie aux Mémoires de Nicéron, dont cependant il corrige quelques fautes .

'^ Joly ava l d'abord adopte l'opinion de la Monnaie (/ni reg ardait , d'après Naudd , le nom d'Alciat comme un nom de patrie , tiré d'Alzato , bourg du Milanais , et s'appuyait sur des vers latins signés Andréas Alzalus Victor , pour croire que f^ictor était le nom de J'amille. Mais, dans ses CorrectioQS et Additions , Joly déclare que cette conjecture de la Monnaie eslfausse,

(a) Voyez la remarque (E).

\b') Pauzir. de Claris Legum Interpret. , lib. II , cap. CLXIX, pag. 353.

(c) Minos, in Vitâ Alciati.

(</) M. Teissier, Elog tirés de M, de Thou, iom. I, p. 3â, citant Claude Minos, dit qu'Alciat étudia à Vérone. Je n'ai point trouvé cela.

[e] Panz. de Claris Leg. Interpret., lib. II, cap. CLXIX.

(/■) Minos in Vitâ Alciati.

"^ Leclerc , d'après tin passage d'une lettre d'Alciat, dit fort bien que cène fut pas François I"'-, mais les magistrats et les professeurs de Bourges, qui l'avaient vu en 1 52^, qui l'engagèrent à y revenir.

** Leclerc remarque qu'elle ne fut pas

38o ALCIAT.

Il n'avait pas encore cinquante- fort éloignée (n). Ce François Alhuit ans accomplis. Paul III lui ciat succéda et aux biens et à la fît un accueil honorable en pas- chaire d'André , et se rendit césant par Ferrare , et lui offrit de lèbre à Pavie par ses leçons de l'avancement dans les dignités jurisprudence. Le cardinal Bor— ecclésiastiques. Alciat se conten- romée , qui avait été son discita de celle de protonotaire, et ne pie , le fit venir à Rome , et lui voulut point renoncer à la pro- servit de si bon patron auprès de fession en droit (H). L'empereur Pie IV, qu'il lui fit avoir un évêle créa comte palatin et sénateur, ché , la charge de dataire , et un Philijjpe , roi d'Espagne (*) , chapeau de cardinal (o). On a passant par Pavie , lui fit présent quelques Traités de jurispru— d'une chaîne d'or. On croit que dence de ce cardinal Alciat , qui la maladie dont Alciat mourut mourut à Rome , au mois d'avril lui était venue d'avoir trop man- i58o, âgé d'un peu plus de cingé {k); car il avait le défaut d'é- quante ans. Voyez Sicius Erytre non-seulement fort avare, threus , au chapitre XLVII de sa mais un grand mangeur (I). C'é- seconde Pinacotheca. Ceux qui tait un gros homme et de grande disent que notre André passa taille (/). Après que sa m.ère fut toute sa vie dans le célibat , se morte dans un âge fort avancé , trompent (K). Il s'érigea de trèsil eut envie d'employer son bien bonne heure en auteur , comme à la fondation d'un collège ; mais comme je l'ai observé dans la reayant reçu un affront de quel- marque (B). Il a publié beaucoup ques écoliers insolens , il aban- de livres en droit , et quelques donna ce dessein , et choisit pour Notes sur Tacite , la latinité duson héritier François Alciat , quel lui paraissait d'une extrême jeune homme de grande espé- dureté (L). Muret s'emjiortabeaurance, qu'il avait élevé chez lui coup contre cette délicatesse dans {m) , quoique leur parenté fût l'une de ses harangues {p). Alciat

n'en sentit rien, car il était déjà

lib. II, cap. CLXIX.Vovez louchant le temps . • j» . •*•

de sa mort la remarqie (E) , à la fin. '^ ^Ort ; maiS d autreS CritiqueS ,

(*; Alciat, à qui on veut que Philippe et nommément Florid US Sabînus,

ait fait présent d'une chaîne d'or mourut ea ■ l'attaquèrent de SOU vivaut ,

l55o. Or ce prince ne parvint a la couronne 1 . „ ^. . , -,

que par 1 abdication de l'empereur son père, lui firent bien Sentir IcurS deutS

en 1 556 Si M. Bayle avait fait cette ré- ^^ Je^^S OUgleS iq). ScS Emblè-

flexion, il aurait dit prince a tspagne , et , Pp ^-'' . ,

non pas roi d'Espagne. Du reste , cette pe- meS Ont ete lort estimeS , et OUt

tite inadvertance est proprement de Panzi- mérité OUe trois OU quatre SavaUS

rôle que M. Bayle ne fait ici que copier. , . ^ , -, ^^ , .

Rem. cRiT. les aient ornes de Commentaires

(A) Ex cibo quem largiorem sumere con- (M). On a trop loué SeS poe'sies ,

sueverat morbum contraxit. Idem , ibid. comiiie M. BaiUet l'a remarqué

(/,! Virfuit corpulentus , procerœ stalurœ.

Panzir. de Claris Legum Inttrpretibus, /iô, aurait fallu d'ailleurs qu'il eût été fort

II , cap. CLXIX. M. Teissier, tom. II , pag. vieux.

.I94 de ses Eloges , lui donne pourtant une [n) More'ri la fait de l'oncle au nei'eit.

taille mrdiocre. (o) Panzir.de Claris Leg. Inlerprel., lib.

(;n) // n'est donc pas vrai >/u'il y eut à II , cap. CLXIX.

Naples , en l6(î6 , un pelit-lils du j^raud {p) C'est laXVII'. du II", tome. Voyez

Alciat. l'oYCZ /(,' Voyage du Docteur lîurnel, aussi Bodini Meth. Hist-, cap. IV .^ p. 85.

pa'^ . 339 , édition de ftulltrdam , en [68S. Il (y) Cl. Minos , in Vilâ Alciati.

ALCIAT

finement au tome III des Jugemens sur les poëtes , numéro

Il n'est pas de ceux qui ont persisté dans leurs premiers sentimens ; car on trouve dans ses Parerga, qui est un ouvrage qu'il publia sur ses vieux jours , la rétractation de plusieurs choses que le feu de la jeunesse lui avait fait débiter précipitamment ; et lorsqu'on réimprima , en iSag, ses Dispunctiones , il fit savoir (r) qu'en retouchant ce livre-là , il n'avait point prétendu donner son approbation à tout ce qu'il y avait mis dans ses jeunes ans, ni s'ôter la liberté de changer d'avis. Cette remarque a été faite par un apologiste de l'empereur Justinien {s). On (f) fit imprimer à Leide , en 1695 , une lettre qu'André Alciat n'avait point écrite pour le public , car il faisait une description trop forte des abus de la vie monastique.

Il écrivit cette lettre à Bernard Mattius , qui avait été son collègue , et qui tout d'un coup et sans consulter ses amis , s'était fait moine dans l'ordre de saint François. On lui représente doctement et éloquemment son imprudence. Cet écrit d'Alciat fut

* La Monnaie , dans ses notes sur les Jugemens des Savans ( Enfaas célèbres, n. 3g) , rappelle les titres de cinq ouvrages d'Alciat , omis par Bayle , et qui ne sont mentionnés que par J. de Nevizan, à lajin du l"'. livre de sa Sjlva nuptialis. Nevizan parle de six ouvrages , et tous les sijc sont énume'rés par Leduchut. Joly , d'après le père Montfaucon , cite quelques manuscrits d'Alciat , et , d'après Jordan , quelques lettres qui sont dans la bibliothèque publique de Sainte-Elisabeth , à Breslau.

(r) Voyez la préface du Livre.

(s) Gabriel Tnvorius, Observât. Apologet.. ad Inscript. Orationis ad Antecessoies, pag. 187, édit. Paris, an. l63l.

(0 M. Mattlisus , Professeur en droit, à Leide.

composé dans quatre jours : on le trouva dans le cabinet deScrivérius(v^). Il est daté du 7 de juin i553 (N).

{v) Voyez l'Epître dédicatoire de M. Matttisus.

(A) // était fils d'un riche marchand de Milan.'\ J'ai suivi Panzirole, le seul des auteurs que j'aie consulte's qui le fasse Gis d'un homme de cette profession : Ex Joanne pecunioso negotiatore Mediolaniferà nullo parentis dolore natus et educatiis fuit (1). Les autres le font plutôt fils d'un gentilhomme d'ancienne famille : Andréas Alciatus in pago Alciato seu Alzato Mediolanensi natus è nobili Alciatorum familiâ. C'est ainsi que Claude Minos * débute (2). On ne peut pas m'objectcr qu'en certains lieux la qualité de marchand et celle de gentilhomme ne sont pas incompatibles 5 car lorsquelles sont jointes , un historien ne parle guère de la plus faible, sans parler de la plus forte. Puis donc que Panzirole n'a parlé que du négoce du père d'Alciat , il semble qu'il n'ait pas été du sentiment de Claude Minos.

(B) Il s'appliqua au barreau... de milan, jusqu'à ce qu'il se uit appelé... par V université d' Ai'ignon,'] Pour le coup, je me garde bien d'adopter le récit de Panzirole. Si je l'adoptais, il faudrait que j'assurasse qu'Alciat , ayant étéfaitdocteuren droit civilet endroit canon, l'an i5i^, à l'âge d'un peu plus de vingt-deux ans, enseigna premièrement à Pavie, et ensuite à Avignon :

Primiim itaque Ticini professus , postea Ai'enioni docuit (3). Si je disais cela , je démentirais Alciat lui-même, qui , dfans une harangue qu'il récita à Pavie , déclare , que lorsqu'il obtint six cents écus de gages à Avignon , il n'était jamais monté en chaire : Ai^enioni ciim nunqu'ani ad eam diem cathedram ascendisseru slipendium sexcentorum mererer (4). Le récit de Pan-

(i) Pamir, de Claris Legaminterpret., lib. II, cap. CLXIX , pag. 353.

* Leclfrc dit qu'il fallait écrire Mignault : c''est en ejfet le vrai nom de l'auteur qui tradui' sil son nom en latin par Minos.

(2) Minos , in Vilâ Andreœ Alciati. Ghilini , Lorenzo Crasse , Paul Frelier , Bullart , etc. , le font sortir d'ancienne noblesse.

(3) Panzir. deClaris Leg. Interpreljb., p. 353.

(4) Voyez /«Commentaires surles Emblèmes, pag. 612 , édit. de Padoue , en 1661 , in-l^".

ÂLCIAT.

ziroleest d'ailleurs suspect de faussetej » ans après l'avoir compose' (7). »

il marque une extrême néjiligeuce : L'ouvrage que je cite m'apprend que

on Y voit qu'Alciat n'a point encore le coup d'essai d'Alciat fut VEaptica-

vingt-trois ans en lôi^ j et cepen- tion et la correction des termes grecs

dant son epitaphe , rapportée par qui se trouvent dans le Digeste ; que

Panzirolé trois pages après, témoigne ce livre parut d'abord en Italie, et

qu'il avait près de cinquante-neut ans quelques années après à Strasbourg,

au mois de janvier i55o : il en avait en i5i5. J'ai lu quelque pari (8;, que

donc vingt-cinq en i5i7. Ce que Pan ziroie assure, qu'Alciat publia ses Paradoxes et ses JJispunctiones , environ l'an i5i7, ne peut pas être èclairci par Claude Mines j car jamais chaos de

la première c/(^</tcace qu'Alciat ait faite de ses OEuvres est de l'anne'e i5i3 , et que c'est celle des trois derniers livres du Code. Ce qu'il y a de bien sûr , c'est qu'il publia ses Paradoxes , délivre ne fut plus absurde que l'en- diés au chancelier Antoine Du Prat , droit où ce dernier écrivain a parlé de environ l'an i5\-j C9 . 11 publii

l'édition des Paradoxes d'Alciat. Duo devint post annos , dit-il (5) , cùm cil'ilis et pontijicii juris profeisoriis insignibus donatus esset , Paradoxa et Dispuncliones in publicum emisit , opus , ut ipse dicit , elaboratum horis succisivis , et a candidato adhuc et tirone. On ne saurait comprendre à quoi se rapporte le terme duodecim * ^ car tout ce qui précède est le récit de diverses stations d'Alciat , et de sa manière d'enseigner le droit. Si l'on pouvait entendre par ces paroles de

ron le même temps ses Dispuncliones dédiées à Jean de Selve , président du sénat de Milan , et ses Prœtermissa , dédiés à Jacques de Minut , conseiller au même sénat , et ancien professeur en jurisprudence à Orléans. 11 était professeur àAvignon dès l'année i52i; car dans TEpître dédicatoire dé son Traité de l^erborujn Significatione , datée de Bourges le i*"^. mai iSag , il dit qu'il y avait huit ans qu'il l'avait dicté à ses écoliers. Je viens d'apprendre que Budé, dans

Minos, qu'Alciat publia ses Paradoxes une lettre écrite à Christophle Lon-

douze ans après sa promotion au doc- gueil , au mois de février 1620 (10) ,

torat , on dissiperait tout le chaos ; a fait mention d'une visite qu'Alciat

mais alors, que deviendrait Panzirolé, lui avait rendue quelque temps aiipa-

qui place l'édition de ce livre environ ravant à Avignon. C'est M. de la

le temps du doctorat, c'est-à-dire en- Monnaie qui m'a fait part de cette

viron l'an i5i7? Que deviendrait Ti- particularité. J'ajoute qu'on a publié

raqueau, qui assure « qu'Alciat fit un à Utrecht quelques lettres de notre

3) ouvrage important vers l'âge de Alciat, qui témoignent qu'il était pro-

» uingt ans (6) ? C'est celui que nous j) avons sous le titre de Paradoxes du 5) Droit cii'il , qu'il divisa en six li- 1) vres, et qu'il dédia au chancelier Du » Prat , étant à Bourges , en iSag , j) douze ans après l'avoir publié dans

qui témoignent qu il était professeur en jurisprudence à Avignon dès l'an 1 5 1 8 ( u ) ; que ses gages montaient à cinq cents écus ; et qu'il avait sept cents auditeurs. Deux ans après, il écrivit qu'on lui donnait six cents écus, et quelques autres gratifications j

» son pays, en prenant le bonnet de et que son auditoire était composé de « docteur y mais dix-sept ou dix-huit plus de huit cents personnes , parmi

lesquelles on pouvait compter des pré-

(5) Minos , in Viiâ Àlciati.

* » Si, dit Jolf, Bayle avait su que MignauU

« traduisit lui-même la vie d'Alciat.... il aurait 1. pu voir f/ue MignauU a effectivement voulu ■> dire qu^ Alciat mit au jour ses Paradoxes douze » ans après qu^U eut reçu te bonnet de docteur.- Joly , pour discuter l' lige d^ Alciat, s^appuie ensuite siirJ. de JMevizan qui parle de cet auteur à la fin du premier livre de jaSylva nuptialis, mais l'édition de iSig quU elle de ce livre est toulk-fait inconnue ; la plus ancienne paraît être de 1^11. Alciat avait alors vingt-neuf ans.

(6) Tiraci- de Jur. PrimigeD., pag. i58 , cite par Baillet , Enfans célèbres , pag. 126, o« vous trouvera aussi cités Ghilini,Theatrum LiUerat., pag. I, et Pieinell. Athen. Milan., pag. a6, 28.

lats , des abbés , des comtes (12^. Il quitta cette profession , et s'en retourna à Milan , vers la fin d'octobre i522*. Entre plusieurs choses qui l'en-

(7) Baillet , Enfans célèbres , pag. 126. (8; Dans les Recherclie* de Pasquier, liv. IX, chap. XXXIX , pag. 901.

(9) f^oyez la préface des Paradoxes , au-devaut de Ve'dilion de iSîç).

(10) A commencer l'année au mois de janvier.

(11) Epist. Gudii, etc., pag. 76.

(i2j Kpist. Gudii , etc. , pag. 78.

* Leclere prouve qu'il y était dès te 5 avril

ALCTAT

gagèrent à cette retraite , celle-ci fut la principale , qu'on ne lui payait point ses gages assez promptement depuis que la ville d'Avignon s'était endettée à cause de la maladie contagieuse : outre qu'on lui fit entendre que , si la peste revenait , il faudrait qu'il consentît à une diminution de gages. Il rejeta cette condition (i3).

Il s'appliqua au barreau dans sa patrie , et trouva cet emploi plus lucratif qu'il ne l'avait espéré (i4)' I' s'arrêta en Italie jusqu'à ce qu'il eût accepté la profession qui lui fut offerte dans l'académie de Bourges (i5) *' ■

(C) François I"... l'attira a Bourges en iSag.] J'ai mieux aimé suivre Minos et M. Catherinot (i6) , que Pauzirole. Ce dernier anticipe d'un an cette vocation: Z)ej/2f?è, anno iSaS Bituriges qiib magna studiosorum multitudo ad ejus famam conjluxit . arttplo I20O aureoruni stipendia à Rege Francisco est conductus (17). Je n'objecte point à Panzirole , que la pension ne fut d'abord que de dix-huit cents francs ^* , et qu en la doublant l'année suivante , on la porta à la somme qu'il a marquée : ]'ai de plus grands repi'oches d'inexactitude à lui faire. 11 dit 1°. qu'Alciat ne put demeurer en France que peu d'années , parce que François Marie , duc de Milan , lui ordonna de revenir , et le menaça de la confiscation de tous ses biens en cas de désobéissance ; 2°, qu'Alciat , étant retourné chez lui , enseigna quelques années à Pavie , jusqu'à ce que , à cause des guerres, il s'en allât à Bologne , l'an i532. Il est certain qu'Alciat séjourna cinq ans à Bourges : cela paraît par les vers qu'il fit en la quittant :

Urbs Biturix , invilus amans te desero ainantein , Quinque per œstates terra habilata mihi (18).

(i3) Ibid., pag. 96.

(i4) Ibidem.

(i5) Ibid., pag. 106.

*' JLeclerc prouve encore que, lorsque Alciat quitta r Italie ou il se trouvait mal, il n'avait d'autre intention que de venir à Avignon , dans Vespoir d'y trouver un poste,

(16) Il dit, dans la première page de son Calvinisme de Berri , o«'Alciat/îr sa première leçon à Bourges, te lundi 19 d'avril iSîg.

(17^ Panzirol. de Clar. Leg. Interpretibus, lib. II, f.ap. CLXIX.

** Leclerc remarque que les e'cus ne valant alors que d''ux livres ou Jrancs , la pension n^e'lait d'abord que de 1200 fr..

(18} MÎBOs , in Vitâ Alciati.

Puis donc qu'au dire de Panzirole il y avait été appelé l'an iSaS, il faut qu'il ne l'ait quittée qu'en i533. Comment aurait-il donc pu enseigner quelfjues années à Pavie depuis sa sortie de Bourges , et aller ensuite à Bologne l'an i532 ? Sa Dissertation du Duel, dédiée à François F' . , est datée d'Avignon le i*^"^. de mars iSag. La préface de ses Paradoxes est datée de Bourges le 24 d'août iSag. Voilà qui est décisif contre Panzirole. Il nous reste deux faussetés à relever : l'une de M. Moréri , l'autre de Paul Frelier. Celui - là dit que la libéralité de François I" . attira Alciat en France , où il enseigna à Ai^ignon : selon celui-ci, Alciat alla enseigner dans cette ville , lorsqu'il ne faisait que de sortir de l'école de Parrhasius (19). C'est une fausseté absurde que de dire que la libéralité d'un roi de France fait venir un professeur au pays d'autrui ^ et qui ne sait , que depuis qu'Alciat eut quitté l'école de Parrhasius , il alla étudier à Pavie et à Bologne , et qu'il fut reçu docteur en i5i7 , et qu'il fit imprimer des livres avant que de professer dans Avignon ?

(D) Il se sentit d'une ruse pour obtenir une augmentation de gages.'] Ce fut de faire par ses intrigues qu'on lui adressât une vocation de la part de l'académie de Padoue. Vossius , qui m'apprend cela , craignait qu'en différant de répondre à ceux qui lui offraient une profession dans l'académie de Cambrige , il ne se fût rendu suspect d'un pareil manège ; car , ajoutet-il , la plupart des gens en usent ainsi : Quis rerum meuruni ignarus , aliud sibi persuadere possit , quant diutinarn hanc in respondendo cessation nem indè duntaxat , aiit potissimiini saltem , promanare , ut i'ocatione anglicand aliquid mihi apud Batauos lucelli acquiram ? Scinius id plerisque vioris esse. Nec notant hanc ejftigit sumnius jurisconsultus , Anilreas A.Iciatus , ciim Biturigibus Pata^ium i^ocarelur. El ille qiiidem callidè hoc egerat ipse , ut l'ocaretur. Mihi , ut scis , ne per somnium taie quid cogitanti spontè apud i^ns professio obluta est. lue item , imniane quantiim aucto stipendia , apud Biturigias remansit.

Ego , uti hoc nunqiiam egi , ita nec

(19) Freheri Viror. illuslr. Theatram , p. 8?6

ALCIAT

quicquam accessionis ( quant quidem scio mihi minime im^ideres) consequar remanendo , nisi simul accessio Jiat forlè nopi laboris (20). Je sentirais quelques remords de conscience , si je ne disais ici que M. de la Monnaie m'a indique ce passage de Vossius. Outre cela , il m'a fait savoir les particularités suivantes : « Il paroît par la XIP. 3) lettre du II*, livre des lettres de Sa- 3; dolet , qu'Alciat , dès la première 3) année de son séjour à Bourges, avoit i> ou feignoit avoir dessein d'aller pro- 3) fesser le Droit à Bologne Deux let- 3) très italiennes du Bembe , l'une du » 7 de juillet i532 , et l'autre du 23 }> ae fe'vrier i533 , apprennent beau- 3) coup de particularités touchant le 3» dessein qti'avoit la re'publique de 3) Venise d'attirer Alciat à Padoue (21). 3) Les professeurs de cette université' 3) en e'toient dans une appréhension 3) mortelle : entre autres , Franceschin 3) da Corte , en latin Franciscus Cur- 3> tins , qui , pour détourner la venue 3) d'un tel collègue , faisoil courir le 3) bruit que le duc de Milan , Fran- » cois Sforce , mal nomme François 3) Marie par Pancirole , lui avoit dé- 3) fendu sous de très-rigoureuses pei- 3j nés de quitter la chaire de Pavie , 3) sotlo pena di confiscalione. w Pour ne pas trouver ici un peu d'embarras , il faut , ce me semble , que nous supposions que le 23 de février i533 de la lettre de Pierre Bembus est de l'an 1534 , à commencer l'année au mois de janvier \ car , sans cela , nous ne pourrions point comprendre qu'Alciafc eût été à Pavie lorsque cette lettre fut datée : lui , qui avait professé cinq ans à Bourges , et qui n'avait commencé à y professer qu'en iSag. En consultant les lettres latines du même Bembus , j'ai trouvé qu'il écrivit à notre Alciat, le i5 de juillet i532 , pour l'exhorter à venir prendre possession de la chaire qui lui avait été ofl'erte dans l'académie de Padoue. Il lui lève la difficulté qui le tenait en suspens , et qui consistait en ce que la république de Venise ne promettait pas la même espèce d'écus qui avait été de-

(20) Vossius , Epist. XLVIII , pag. 91 , ç)2. JEWe est datée de Leide , le i". de juin i625.

(21) Ces LeUres du Bcmbe sont aux pages 64s et (J54 du Recueil intitulé Lcttere di XIII tluomini illustri , imprimé à Venise^ en i56o, in-%° Voifez, aussiles XXIX', elXXX'. LcUres du Vl". livre du Bembe.

mandée (22). Bembus lui fait voir que pour une si petite différence , il ne fallait pas se dégager de sa promesse ^ et si t^ous wenez , ajoute-t il , je prends sur moi de t^ons Jaire auoir en peu de temps toute la somme que t^ous auez indiquée , et bien d'autres avantages. Il lui écrivit encore le 21 d'avril 1534- Alciat était alors à Pavie , et n'y vivait pas content. Bembus lui déclare que , quant à lui , il acquiesce à ses excuses ^ mais que les curateurs de l'académie de Padoue ne s'en payaient pas , et qu'ils étaient persuadés que la demande d'une chaire de jurisprudence au milieu d'eux avait été fondée sur un motif d'intérêt 5 c'est-à-dire , qu' Alciat n'avait voulu être professeur dans l'académie de Padoue , qu'afin de se servir de ce poste pour se procurer de plus gros gages auprès du duc de Milan : Utinam tam œqui in te judices Prœjecti Ludi Patavini essent , neque sibi persuasissimunt haberent , te proptereà projitendijus ciwile hdc in urbe locum postulavisse , ut eo tradito apud ducein isluni tuum ulerere ad largius atque uberius ab eo slipendium promeren-' dum (23).

Alciat s'était déjà servi de la même ruse , pendant qu'il était à Avignon.

II chargea l'un de ses amis (24) de faire en sorte qu'on l'appelât , ou à Bologne , ou à Padoue. Il n'avait point dessein d'accepter ces vocationsj mais il s'en voulait servir pour faire augmenter ses gages. Nous savons cela par des lettres qu'il écrivait en ce temps-là , et qui ont élé imprimées à Utrecht, l'an 1697 : Si mille mihi aurei Ferrnriœ constituerenlur , eo non irem : et satis non possum non mirari , qui tibi in mentem uenerit , hanc coni^entionem cuni eo tractare ; ciim. de Patai'ino , aut Bononiensi Gymnasio solùm tibi mandata dede rim : quamvis nec mihi displiceant tua ista consitia ; non quod in has Academias l'enturus sim , sed quod Ai^enionenses , si sciverint ab aliis quoque me sollicitari, ne eos deseram, timebunt, et augebunt stipendia. Quare cum eis potissimùni t^elirn hœc dis-

(22) C'um lu nummos aureos solares petieris „ illa tibi lanùun aureos estpollicita. Petrus Bembus. Epl.t. XXIX , lib. yi, pag. 634.

(23) Bembus, Epist. XXX, lib. f'I , p. 635.

(24) 2Vb.'nme' Franciscus C»lvus.

ALCIÂT.

semines, quos conjectabis idoneos esse; ut in Avenionensem Academiam litteras harum rerum indices dent ("iS).

Son ami faisait des cabales à Padoue pour obliger les écoliers allemands à demander à la république de Venise que Ton fît venir Alciat (26). Celui-ci le pria de s'abstenir de cette peine , vu qu'il s'était engagé pour deux ans à la ville d'Avignon. Sa lettre est datée du 26 de septembre i52o. Quelles bassesses ! quel amour sordide du gain !

(E) M. de Thou... était mal instruit de son histoire.'\ Il suppose 1°. qu'Alciat, après avoir enseigné long-temps à Bourges, fut professeur à Avignon ; c'est tout le contraire : 2°. qu' Alciat sortit de France sur le déclin de son âge^ il n'avait qu'une quarantaine d'années , plus ou moins ; 3°. qu'Alciat , de retour en Italie , lut premièrement à Bologne , et puis à Ferrare ; il lut à Pavie, avant que d'aller à Bologne : 4°- qu'Alciat mourut l'an ï55i ^ son épitaphe marque le 12 de janvier i55o. Il est vrai que quelques auteurs rapportent qu'elle donne cinquante-huit ans , huit mois , et quatre jours , à Alciat : ce qui prouverait qu'il mourut le 12 de janvier i55i :

mais d'autres rapportent qu'elle ne lui donne que cinquante-sept ans , huit mois , et quatre jours (27). L'erreur de .M. de Thou est moindre que celle de Forsterus , adoptée par M. Doujat (28) , et que celle d'Imperialis. Celui-ci met la mort d' Alciat à l'année 1 559 (29). Forsterus la met à l'année 1548 (3o). Mais remarquons principalement la fausseté d'un astrologue , qui , ayant dit qu'Alciat mourut à Ferrare l'an i546, ajoute que ce fut d'une blessure de Saturae et du Soleil : Andréas Ald$flus didicit litteras grcecas a Poniponio Gaurico Patauii...

obiit Ferrariœ anno i546, ex Saturno in oppositione horoscopi, etSole Martis tetragono sauciato. In coni'ersione anniid non solitm directiones Aphetaruni , sed annuœ conveisiones penitiis commaculatœ inlerimunt (3i). Voilà

(251 Epist. Gndii , etc., pag. 79.

fîGi Ibidem, pag. -S.

27) Gbilioi , Teatro de' LetteratI , parle I , pag. II.

(28) Doujat. Prtenot. Canon. , pag. 619.

(29) Imper, in Musîeo Histor. , pag. 52.

(3o Forsteri Histor. Juris Civil. , lib. III, cap. XLI , pag. 542.

(3i) Lucas Gaaricas in Scbemalib- , folio ^3.

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