‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 126 sur 158 · AB ALEXANDRO · texte numérisé non relu

AB ALEXANDRO

fut à cause de l'ignorance ou de la méchanceté de ceux qui rendaient la justice , et qu'il aima mieux vivre en repos que de prendre beaucoup de peine à bien étudier la jurisprudence , puisque cette peine ne servait de rien contre la témérité d'un mauvais juge {b). Il avait vu à Rome bien des exemples de ce désordre, lequel il cita à Raphaël Volaterran , qui lui avait demandé la cause de sa retraite. Jl est un

peu étrange que de ce grand nombre d'hommes doctes qui vécurent de sou temps , ou qui ont fait l'éloge des savans de ce temps-là , il n'y en ait presque aucun qui fasse mention de lui (D). Nous saurions très-peu de chose de sa vie , s'il n'en avait touché lui-même quelques particularités dans son ouvrage (c).

C'est là que nous appi-enons qu'il a été logé à Rome dans une maison où il revenait des esprits {d); et ainsi voilà un témoin à citer à nos incrédules ; un témoin , DRO (A) , jurisconsulte napoli- dis-je, qui se vante d'avoir vu, et tain , qui avait beaucoup d'éru- qui raconte des singularités étondition,a fleurivers la finduX\ ". nantes du spectre qui tourmensiècle , et au commencement du tait cette maison. Il dit aussi XVF(B). Il s'attacha au barreau qu'étant fort jeune il allait aux avec ardeur , premièreiuent à leçons de Philelphe , qui expli— Naples , et puis à Rome {a) ; mais tout le temps qu'il pouvait dérober aux embarras des procès , il le consacrait à l'étude des belles-lettres ; et enfin il abandonna entièrement le barreau , afin de mener avec les Muses une vie plus tranquille et plus agréable. Voici la raison qu'il allègue pourquoi il renonça à la profession d'avocat (C). Il dit que ce

(a) Alex.

'ap. I.

ab Alex- Gea. Dier. lib. II .

quait à Rome les Questions Tusculanes de Cicéron (e). On peut recueillir du chapitre XXI du IV.

livre , qu'il était à Rome lorsque Nicolas Perot et Domitius Calderinus y faisaient des leçons pvibliques sur Martial (E). Je ne

(ij Ibid. , lih. ri , cap. VII.

(c) Intitulé Genialium Dierum libii VI.

{d) Alex, ab Alex. Gen. Dier. lib. V, cap. XXIII.

(c) Eum ego adolescent ulus senein inter ca;teros coœvos meos colui el observavi. Ibid. Itb. I, cap. XXIII.

ALEXANDEK AB ALEXANDRO.

sache point qu'il ait parlé de la charge de protonotaire du royaume de Naples, qu'on prétend qu'il a glorieusement exercée {f)- Je ne sais point quand il mourut ; mais je sais qu'on l'enterra dans le monastère des Olivets {g). Tout le monde l'a blâmé de l'affectation qu'il a témoignée de ne point citer les auteurs qui lui fournissaient ce qu'il débite (h). Tira— queau a remédié à ce désordre par un docte Commentaire qui lut imprimé à Lyon en i587 (/').

On l'a réimprimé à Leide en deux volumes in-8°. , l'an 1678 , avec les notes de Denis Godefroi , de Christophe Colérus et de Nicolas Mercérus , sur le même texte.

J'apprends de la Bibliothèque de Gesner , que l'édition qu'on fit à Paris de cet ouvrage dJ Alexander ab Alexandre , l'an 1 532 , était plus exacte que les autres , et que Gérard Morrhius de Campen , qui la corrigea , avait collationné aux originaux les endroits que l'auteur avait pris d'autrui.

Il avait donc collationné bien des choses ; car les six livres è^esjours Géniaux ne sont presque que des pièces de rapport. C'est un mélange d'une infinité de recueils concernant l'histoire et les coutumes des anciens Grecs et Romains : on y trouve aussi plusieurs questions de grammaire.

L'exactitude n'y est point dans sa perfection (F). Je ne crois pas

if) Panzir. de Claris Leg. Inlerp., lib. II, cap. CXXII.

{g) Leand. Albert. Descript. Ital,, p- 277.

(A) Barclaius, de RegDO , lib. VI , cap. V ; CyprsEus, de Sponsal. , cap. XIII , nuin. 61 ; Vossius, de Hist. Lat., pag. fiog ; Meiliomius , de Vitâ Mœccnatis , pag. i38.

(() Soits le titre de Semestria in Gcnialiiiin Dierum Alexandri ab Alexandre libros VI. C'est lin in-folio. On le reimprima à Franc- Jort , en iSg^, in-folio.

que la traduction française que Bernard de la Roche * en fit (k) ait été jamais imprimée. L'auteur de la Bibliothèque Napolitaine n'a nullement réussi dans l'article de notre Alexander ^G) ; mais les additions de Léonard Nicodème sont très-curieuses sur ce sujet (H).

Alciat croyait qu'Alexander ab Alexandro vivait encore l'an iSai. Je donnerai ses paroles , parce qu'elles contiennent le jugement qu'il faisait de cet écrivain (I).

* Ce personnage est , dit Joly , le président de la Roche-Flavin.

{h) La Croix, du Maine , pag. 476.

(A) Alexander ab Alexandro.^ Je lui donne son nom latin , coname l'ordonnent nos grammairiens. Ceux qui traduisent Alexandre d'Alexandrie (z) s'abusent. Notre auteur e'tait d'une famille napolitaine , dont le nom était Alexandre. On prétend qu'elle avait déjà produit des gens illustres, comme M. Moréri le rapporte , après Lorenzo Crasso. Chacun sait la plaisanterie * de Balzac : JV'y a-t-il pas eu , dit-il (2), au royaume de Naples un grammairien jurisconsulte , qui s'est fait appeler Ah^xAffOER ab Alexandro ? £t se peut-il rien imaginer de plus magnijique et de plus superbe , que d'être deux fois Alexandre , que d'afoir Alexandre pour son nom , et de l'auoir encore pour sa seigneurie (3) ?

(B) Il a fleuri vers la fin du XV^. siècle, et au commencement du Xf^l''. ] Ce qui me fait parler ainsi , est que notre auteur , en parlant des calamités du royaume de Naples , les a conduites jusqu'à la mort de Frédéric ,

(i) Simon Goulart l'a fait dans la version de Philip. Camerarius.

* Leclcrc pense que ce n^est point plaisanterie , mais fausse idée, c'est-à-dire , ignorance de Balzac.

(1) Bihac ,pre' face du Socrate Clirétieo.

(?,) Pour parler exactement , il eût fallu dire qu'Alexandre e'tait son nom de baptême et son nom de f'timdle. Une pareille chose .t'est lue era d'auiri-s personnes. Voyez Mollerns au Traite De Scriploribus Homonymis.

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