‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 146 sur 158 · AME · texte numérisé non relu

AME

Toscane. Son vraî uom était Gentilianus , et il aimait mieux le surnom à^ Amérius que celui à'Amélius. Il fut disciple de Plotin à Rome , pendant vingt-quatre ans ; après quoi il se retira dans Apamée , ville de Syrie. Il y était quand Plotin mourut. Il adopta un certain Justin Hésycliius , natif de la même ville {a).

Voilà sans doute les sources du mensonge que Suidas a débité , quand il a dit qu'Amélius était d' Apamée. Il ne se trompe guère moins quand il assure que Porphyre fut disciple d'Amélius (A}.

Ce qu'il y a de certain est qu'Améhus fut fort estimé de son maître , et qu'il répondit à cette estime par une singulière vénération pour Plotin. Lorsqu'il commença d'étudier sous ce fameux philosophe , il ne savait que ce qu'il avait appris d'un certain Lysimachus'^6); mais, par son application au travail , il devança tous ses condisciples. Il savait par cœur une partie des lA:ons de Numénius. Il les avait ramassées et copiées presque toutes. Il faisait aussi de gros recueils de tout ce qu'il entendait dans les conférences de philosophie ; et il composa de ces recueils une centaine de Traités qu'il donna à son fils adoptif. Il n'avait encore osé produire que cela , lorsque Porphyre vint à Rome (c) , c'est-à-dire , après avoir profité des instructions de Plotin pendant l'espace de dix-huit ans. Depuis il composa XL livres contre Zostrianus . l'un de ces anciens hérétitiques , tant en philosophie qu'en

{a) Porphyrius in Vitâ Plotini.

(6; Celait un philosophe sioicie.'i-.

(t) En a63.

LÎUS. 4ç,5

religion , qui faisaient un si horrible mélange des doctrines de l'Evangile et de celles des philosophes. Il s'éleva un grand nombre de ces hérétiques au temps de Plotin ; et c'est ce qui l'obligea d'armer contre eux. Il prit sur lui la défaite desgnostiques, pendant qu'Amélius combattrait contre Zostrianus , et que Porphyre attaquerait les prétendues révélations de Zoroastre. Après cela , Amélius ayant ouï dire que l'on accusait Plotin de s'être paré des dépouilles de Numénius, prit la plume pour justifier son maître ; et dans trois jours il composa un ouvrage qu'il dédia à Porphyre, et auquel celui-ci donna pour titre , De la différence qui se trouve entre la doctrine de Numénius et celle de Plotin. Ce que je vais dire suffit à faire connaître l'estime que Plotin avait pour Amélius. Comme Plotin se souciait peu d'étaler ses forces , il laissait des doutes dans l'esprit de ses auditeurs , et il avait en quelque façon besoin d'être forcé à montrer le meilleur de sa doctrine. C'est ce qui fit que Porphyre lui proposa par écrit plusieurs objections , pour prouver que nos idées sont hors de notre entendement {d). Voilà ce que le père Mallebranche a renouvelé de nos jours. Plotin ayaut lu ces objections les donna à réfuter à Amélius. L'opposant répliqua :

Amélius dupliqua; et enfin Porphyre comprenant la doctrine de Plotin , y donna les mains , et lut

id)^ Aïo KXi ÀvTiypéi-^xç Trp'js-Âyxycr (Têixvc/vai 7riipcé/u.ivoç , on î^te Tad vou iKfsç-Ji/ts TO vonuct. Qitapropter eiirn contra scr-ibendo proi'ocare tentavi , conalus ostenclere en quœ inlelligunluv ex Ira intelteclurn esse. Porphyr. in Vitii Plotini.

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