‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 158 sur 158 · AMPHITRYON · texte numérisé non relu

AMPHITRYON

(E) Alcniène exigeait cette condition (le celui qui voudrait être son mari.'] Nous verrons dans Tarticle auquel la remarque précédente a renvoyé le lecteur, qu'Alcmène demandait principalement qu'on vengeât la mort de son père.

(F) Sa femme portait sur sa télé un ornement qui tcmoignait que Jupiter avait triple la nuit , pour ta caresser plus long-temps. (8)] Voilà qui est singulier. Il lui devait sufiire que la tête de son mari fût chargée du panache, et fortifiée d'ouvrages à cornes et à demi-lunes capables de l'emporter sur les tours de la déesse Cybèle:

: . . . Qualis Berecinthia mater

InvehiluTCurru Phrygias turrita per urbes o).

Qu'était-il besoin qu'elle portât trois lunes entières sur son front ?

Parvoque Alcmena siiperbit

Hercule , lergemtnd crinetn circunidata Lund (loj.

Plusieurs interprètes veulent que ces trois lunes aient été le monument des trois nuits que Jupiter passa avec elle. Beau tropliée portatif pour le pauvre Amphitryon ! Quel monument de son honneur sain et sauf! Voulait-elle que tous ceux qui jetteraient Tœil sur sa coiffure se souvinssent de la triple nuit que ses charmes avaient fait produire ? Encore un coup , son mari ne devait pas trop s'accommoder de cet ornement. Je m'en rapporte à Molière, qui le fait acquiescer à la réflexion de son valet. Les amis d'Amphitryon ayant su que Jupiter promettait monts et merveilles pour la réparation de l'injure, commençaient à lui en témoigner leur joie \ mais Sosie les interrompit :

Messieurs ^ voulez'Vous bien suivre mon sentiment ?

JVi? vous embarquer nullement Dans ces douceurs congratulantes :

C'est un mauvais embarquement ,

(8) Apo'Iodorns , lib. II , pag. 97 , etc.

(9) Virgil. ^neia., lib. Vl, vs. 785.

(10) Stat. Tbebaïdos lib. VI , vs. 288.

El d'une et d'aulreparl pour un tel compliment Les phrases sont embarrassantes .

Le grand dieu Jupiter nous fait beaucoup d'honneur ,

Et sa bonté sans doute est pour nous sans seconde.

H non < promet l'infaillible bonheur D^une fortune en mille biens féconde ,

Et chez nous il doit naître unjils d'un Irasrand caur ; Tout cela va le mieux du monde :

Mais enfin coupons aux discours,

Et que chacun chez sot doucement se retire ,- Sur telles affaires toujours Le meilleur est de ne rien dire ".

Amphitryon trouve cela si judicieux, qu il y donne par son silence un entier consentement.

(G) Il n'est pas vrai qu'il ait appris aux hommes à mettre de l eau dans le vin.] Cette invention est d'un autre, si l'on en croit Athénée (11); mais comme cet autre se nommait Amphictyon , il est arrivé à un trèsdocte critique de le confondre avec le mari d'Alcmène. Je ne doute point cpie de semblables méprises ne soient souvent cause de la diversité d'opinions que l'on trouve dans les auteurs. Lisez Athénée , vous direz qu'Amphiclyon , roi d'Athènes, a inventé le mélange de l'eau et du vin.

Lisez Casaubon , vous attribuerez ce secret à Amphitryon . roi de Thèbes 5 d'où il arrivera que d'assez bons compilateurs formeront deux senti mens :

(Quelques-uns, diront-ils, attribuent cette invention il .Amphictyon ; d'autres l'attribuent à Amphitryon. Voici les paroles de Casaubon : Quod mnx de ylmphyirionis (je rapporte l'orthographe comme je la trouve ) inventa temperandi vinunt sequitur quo pertineat subobscitrum est. Spectat auteni eo ne quis miretur quod posteà dicit, Uomerumvarin temperamenla vini habaisse nota. Car enim hoc miremur , ciim Tïlç ToD oïvoi/ Kpifia; inventor sit y4niphitryo, quem ante Iliaca tempora Thebis régnasse nemn dubitat (la)-

* Molière , AmpbitrjoD , acte III , scène XI.

(11) Athen. , lib. l'y, cap. XXVII, p. 179.

(12) Casaub. in Àthen., pag. 373, 324.

Page 1