STA
Trît la porte (i3). Enfin , on voit dans le même ouvrage , que non-seulement Arminius etGrevinchovius ont donné beaucoup de louanges à notre Aconce :, mais aussi , qu'Amésius et George Pauli(i4), théologiens réformés, l'ont fort loué. Jacobo Ar/ninio tamen in Respons. ad excerpta theol. Leidens.
pag. 65. Acontius est divinum prudentiœ ac moderationis lumen. Amesio prœfat. ad Puritan. Anglicanos et Grei'inchoi'io in Abstersione calumn.
Smoutii pag. 125. apud B , Hulsemannum in Dedical. Supplementi Brefiarii llieologici pag. 6. idemAcon-
tiuS est é'uveLTciTa.TOÇ CV TOLIÇ •y^cL^n.ii: ,
qui sementem Ecclesise anglicanae caloie et rore cœlesti fovit sedulô (i5).
(i 3) Peltius in DedicaCione Harmonias , apud Crenium, ibid, pag. 3i.
(i4) /n Reformato Augustano , seu Apologia pro dictatÎ5 suis de Aug. Confess. apud Crenium, ibid. pag. 33.
(i5) Crenius , ibid, pag. 3i.
ACOSTA (if lEL) , gentilhomme portugais , naquit à Porto , vers la fin du XVP. siècle. Il fut élevé dans la religion romaine , dont son père faisait sincèrement profession (a) , quoique issu de l'une de ces familles juives qui avaient été contraintes à vive force de recevoir le baptême. Il fut élevé aussi de la manière que le doivent être les enfans de bonne famille : on lui fit apprendre plusieurs choses, et enfin la jurisprudence. La nature lui avait donné de bonnes inclinations (A) ; et la religion le pénétra de telle sorte, qu'il souhaita ardemment de pratiquer tous les préceptes de l'Eglise , afin d'éviter la mort éternelle qu'il craignait beaucoujî. C'est pourquoi il s'appliqua soigneusement à la lecture de l'Evangile et des autres livres spi-
(a) Paler meus ferè erat chrihianus . Uriel Acosia , dans 50/j Exemplar Vita; liuraanœ , inséré par ^\. LimborcU à la fin de son Arnica Coliatio cum Judaeo de Verilale Eeligioliis christianœ, imprimée à Amsterdam, en 1687 , in-!^.
ACOSTA
rituels , et à consulter les sommes des confesseurs : mais plus il s'attachait à cela , plus il sentait croître ses difficultés , et enfin elles l'accablèrent si fort , que , n'y pouvant trouver aucun déuoûment , il se vit livré à des inquiétudes mortelles. Il ne voyait pas qu'il lui fût possible de s'acquitter ponctuellement de son devoir , à l'égard des conditions que l'absolution demande, selon les bons casuistes ; et ainsi il désespéra de son salut , en cas qu'il ne le pût obtenir que par cette voie. Mais, comme il lui était difficile d'abandonner une religion à laquelle il était accoutumé depuis son enfance , et qui s'était profondément enracinée dans son esprit par la force de la persuasion , tout ce qu'il put faire fut de chercher s'il ne serait pas possible que ce que l'on dit de l'autre vie fût faux , et si ces choseslà sont bien conformes à la raison. Il lui semblait que la raison lui suggérait incessamment de quoi les combattre. Il avait alors environ vingt-deux ans , et voilà l'état oii il se tint : il douta; et , quoi qu'il en fût , il décida que , par la route où l'éducation l'avait mis, il ne sauverait jamais son âme. Il étudiait cependant en droit, et il impétra un bénéfice {b) à l'âge de vingt-cinq ans. Or, comme il ne voulait point être sans religion , et que la profession du papisme ne lui donnait point de repos , il lut Moïse et les prophètes , y trouva mieux son compte que dans l'Évangile , et se vit enfin persuadé que le judaïsme était la vraie religion :
{b) La dignité de Trésorier dans une église collégiale.
mais , ne pouvant pas le professer dans le Portugal , il se résolut à sortir de son pays. Il résigna son bénéfice , et il s'embarqua pour Amsterdam avec sa mère et avec ses frères qu'il avait eu le courage de catéchiser (B) , et qu'il avait effectivement imbus de ses opinions. Dès qu'ils furent arrivés là , ils s'agrégèrent à la synagogue, et furent circoncis selon la coutume. Il changea son nom de Gabriel en celui d'Uriel. Peu de jours lui suffirent pour reconnaître que les inoeurs et les observances des juifs n'étaient pas conformes aux lois de Moïse : il ne put garder le silence sur une telle non -conformité ; mais les principaux de la synagogue lui firent entendre qu'il devait suivre de point en point leurs dogmes et leurs usages ; et que, s'il s'en écartait tant soit peu, on l'excommunierait. Cette menace ne l'étonna point : il trouva qu'il siérait mal à un homme qui avait quitté les commodités de sa patrie pour la liberté de conscience , de céder à des rabbins qui étaient sans juridiction (C) , et qu'il ne ferait paraître ni du cœur , ni de la piété , s'il trahissait ses sentimens dans une pareille rencontre : c'est pourquoi il continua son train.
Aussi fut-il excommunié , et avec un tel effet , que ses propres frères, je parle de ceux qu'il avait instruits au judaïsme , n'osaient lui parler ni le saluer quand ils le trouvaient dans les rues. Se voyant en cet état , il composa un ouvrage pour sa justification , et il y fit voir que les observances et les traditions des Pharisiens sont contraires aux écrits de
i86 ACOSÏA.
Moïse. A peine l'eut-il commencé périence le poussèrent beaucoup
qu'il embrassa l'opinion des sadducéens : car il se persuada fortement que les peines et les récompenses de l'ancienne loi ne regardent que cette vie , et se fonda principalement sur ce que Moïse ne fait aucune mention ni du bonheur du paradis , ni du malheur de l'enfer. Dès que ses adversaires eurent appris qu'il était tombé dans cette opinion , ils en eurent une extrême joie , parce qu'ils prévirent que cela leur serait d'un grand usage pour
plus loin. Il examina si la loi de Moïse venait de Dieu , et il crut trouver de bonnes raisons pour se convaincre qu'elle n'était qu'une invention de l'esprit de l'homme ; mais , au lieu d'en tirer cette conséquence , je ne dois donc pas rentrer dans la communion judaïf/ue , il en tira celle-ci :
Pourquoi m'obstinerais-je à en demeurer séparé toute ma vie , avec tant d' incommodités , moi qui suis dans un pajs étranger dont je n entends point la lan-
justifier auprès des chrétiens la gue ? Ne vaut-il pas bien mieux conduite de la synagogue contre faire le singe entre les singes? lui , etc. De là vint qu'avant mè- Ayant considéré ces choses , il re-
me que son ouvrage s'imprimât , ils publièrent (c) un livre touchant l'immortalité de l'àme , composé par un médecin , qui n'oublia rien de tout ce qui était le plus capable de faire passer Acosta pour un athée. On excita les enfans à l'insulter en pleine rue et à jeter des pierres contre sa maison. Il ne laissa pas de pii.bh'er un ouvrage contre le
tourna au giron du judaïsme quinze ans après son excommunication, et il rétracta ce qu'il avait dit , et signa ce qu'on voulut. Il fut déféré quelques jours après , par un neveu qu'il avait chez lui. C'était un jeune garçon qui avait pris garde que son oncle n'observait point les lois de la synagogue , ni dans son manger, m sur d'autres points. Cette
livre du médecin , et d'y combat- accusation eut d'étranges suites ; tre de toutes ses forces l'immor- car un parent d'Acosta , qui l'atalité de l'âme (d). Les juifs s'a- vait réconcilié avec les juifs , se dressèrent aux tribunaux d'Am— crut engagé d'honneur à le persterdam, et le déférèrent comme sécuter à toute outrance (D). Les une personne qui renversait tous rabbins et tout leur peuple se reles fondemens du judaïsme et du vêtirent du même esprit, et christianisme. On le fit empri- principalement lorsqu'ils eurent
su que notre Acosta avait conseillé à deux chrétiens qui étaient venus de Londres à Amsterdam de ne pas se faire juifs. On le cita au grand conseil de la synagogue, et on lui déclara qu'il serait encore une fois excommunié s'il ne faisait les satisfactions qu'on lui prescrirait. Il les trouva si dures , qu'il répondit au'ii
sonner , on le relâcha sous caution au bout de huit ou dix jours, on confisqua l'édition du livre , et on lui fit payer une amende de trois cents florins. Il ne s'arrêta point là : le temps et l'ex-
(c) L'an 1623.
(d) Cet ouvrage est intilulé , Examen Tratlilionuni Pliilosoriliicaruin ad legem scriptaui.
ACOSTA
ne pouvait pas les subir. Là-des- de philosopher sur les matières sus ils résolurent de le chasser de de religion; car ils s'appuient leur communion ; et l'on ne sau- beaucoup sur ce que cette méfait représenter les avanies qui thodeconduit peuàpeuàTathéislui furent faites depuis ce temps- me ou au déisme (G). Je touchelà , et les persécutions qu'il eut rai la réflexion que fit Acosta sur àsouffrir de la part deses parens. ce que les juifs , pour le rendre Ayant passé sept années dans ce plus odieux , affectaient de dire triste état , il prit le parti de dé- qu'il n'était ni juif, ni chrétien , clarer qu'il était prêt à se sou- ni mahométan (H). mettre à la sentence de la synagogue; car on lui avait fait entendre qu'au moyen de cette déclaration il se tirerait d'affaire commodément , parce que les juges , satisfaits de sa soumission , tempéreraient la sévérité de la discipline. Mais il y fut attrapé :
on lui fit subir a. toute rigueur
(A) La nature lui auait donné de bonnes inclinations.'] Il était si tendre et si porté à la compassion qu'il ne ponvait s'empêcher de verser des larmes quand il entendait le récit de quelque malheur arrivé ù son prochain. La pudeur avait jeté de si profondes racines dans sou âme, qu'il ne craignait rien autant que ce qui pouvait le déshonorer. Courageux et sus- , , . . , . .,-,,, ceptible de colère dans une occasion
la pénitence qui lui ayaitete da- légitime, il s'opposait à ces insolens bord proposée (E). Voilà ce que et à ces brutaux qui se plaisent à in~ j'ai tiré, sans déguisement ni al- sulter, et il se joignait au parti faible. tération, et sans prétendre ga- C'est le témoignage qu'il se donne. /«- . T c ■ •!• j- ■ prmorum partes aajuuare cupiens , ail-
rantir les faits : voila , dis-]e , ce n (,) ^ ^t illis poiiùs me socium adjunque j'ai tiré d'un petit écrit cona- gens.
posé par Acosta (e) , publié et (B) Qu'il at^ait eu le courage de caréfuté par M. Limborch ( n. On 'f "^e'-] ^ "'«'^blie pas les cuxon- 1 ,., , j stances qui étaient propres a relever
croit quil le composa peu de le sacrifice qu'il faisait à sareHgiou. jours avant sa mort, et dejDuis 11 observe qu'il renonça à un bénéfice
qu'il eut résolu de s'ôter la vie.
Il exécuta cette étrange résolution un peu après qu'il eut manqué son principal ennemi (g) :
car dès que le pistolet qu'il avait pris pour le tuer dans le temps qu'il le vit passer devant sa maison eut fait faux-feu, il ferma sa porte , et , prenant un autre pistolet, il s'en tua {h). Cela se fit à Amsterdam ; mais on ne sait pas au vrai en quelle année (F).
Voilà un exemple qui favorise ceux qui condamnent la liberté
(e) Intitulé, Exemplar Vitœ liumanaE.
(f) ^oyez ci-dessiis la citation (a).
(gf) C'était son frère ou son cousin. Limhorcli, in prœfal. Exeiiipîar VitiK liumati. {h) Limborch , ibid.
lucratif et honorable , et à une belle maison, que son père avait fait bâtir dans le meilleur quartier de la ville (2). 11 ajoute le péril de l'embarquement ; car ceux qui sont descendus des Juifs ne peuvent sortir du royaume, sans en obtenir du roi une permission spéciale : Nai^eni adscendimus non sine magno periculo {non licet illis qui ab Hebrœis originem ducunt a regno discedere , sine speciali régis facullale (">). Enfin, il dit que si l'on el^t su qu'il parlait de judaïsme à sa mère et à ses frères , on l'eût fait périr. Sa charité le porta à négliger ce danger : Quibus ego fraterno amore motus ea comniunicai^eram , quœ niilii super religione i^isa J'utrant magis consentanea, licet super aliquibiis dii-
(i) Uriel Acosta, in Exemplari Viiœ Lumana , iiii!. pag. 346.
(2) flnil. , pas. 34'.
(S) Ibid.
hitarem ; quodquidem in magnum maluni nicum poterat recidere , tantum eiX in eo regno periculum de talibus Inqiii (i; Nous pouvons voir là en passant , que les Espagnols et les Portugais n'ont rien oublié de tout ce que la politique la plus fine et la plus sévère peut inventer pour maintenir un parti, lis ont employé tout cela pour le soutien du christianisme , et pour la ruine du judaïsme, et Ton aurait i^rand tort de les accuser d'avoir mis l'Église sous la protection céleste, avec les dispositions de ceux qui attendent tout tranquillement de l'efficace de leurs prières. On dirait plutôt qu ils ont suivi les avis qu'un poète païen a donnés sur une affaire d'agriculture :
Non lamen ullti magis prœsens fortuna la-
boruiii est, Qu'am siquti f'erro poluil re'cmdere summum Vlceris os. Alilur viûum , vwilque tPgendo : D'uin medicas adhibere manus ad vulnera
pasLor Abnegal , et meliora Deos sedel omina pos-
cens (5j.
Ou bien on dirait qu'ils se sont réglés sur les reproches que Caton fit aux.
Romains, lor^^qu'il les bl.lma de se confier en l'assistance des Dieux , qui n'exaucent jamais les fainéans , ajoutait-il j car la paresse est une marque
de l'irritation du ciel, f^ns inerlLd
et moUitid animi aliiis aHuni exsptctantcs cunctnmini, i^idelicel diis imrncrlaiiius confisi, qui hanc lempubl.
in maxinds sœpè periculis seifwêre.
JYon i^otis , neque iuppliciis muliebribus auxilia deorum pnranlur : l'igilando, aqendo, benèronsulendo ^prospéré omniacedunt Ubi socordiœ telealqne ignauiœ tradideris , nequicquam tiens implores : irati infestique iunt (6) Enfin on dirait que la leçon pour laquelle ils ont le plus de docilité, est la dernière partie de l'axiome qu'un auteur moderne a rapporté de cette façon. /i jaui pour aimi dire s'abandonner a la providence de Dieu, comme si toute la prudence humaine était inutile; et iljaut se gouverner par les règles de la prudence humaine, comme s'il n'y a^int point de proi'idence{"j . Us se moqueraient sansdoulcde toutauteurqui
(4) Jf"<i-
(5) Virgil. Gf orgie, lih. III , vs. 4->î. (6i Sallusl. in Bello Catilm. pag. i6o. (7) Colin, OEuvres galaates , lom. /, au Dii-
cours sur la Vérité des Songes, png. 260.
ACOSTA
les blâmerait de traiter le christianisme comme un vieux palais qui a besoin d'étancons de toutes parts , tant il menace cle ruine; et le judaïsme comme une forterefse, qu'il faut canonner et bombarder incessamrnent , si on le veut aflaiblir. On peut justement condamner certaines manières de maintenir la bonne cause; mais enfin elle a besoin d'aide , et la défiance est la mère de la sûreté. Voyez la remarque (B) de l'article Drabicios , et la remarque (E) de l'article Lubie-
NIETSKI.
(Cj A des rabbins qui étaient sans juridiclion.'l II y a sans doute une grande diflérence entre les tribunaux, que notre Acosta avait à craindre dans son pays et le tribunal de la synagogue d'Amsterdam. Celui-ci ne peut infliger que des peines canoniques ; mais Tinquisition des chrétiens peut faire mourir, car elle livre au bras sécnlier ceux qu'elle condamne.
Je ne m'étonne donc pasqu'Acosta ait eu moins de peur pour l'inquisition des juifs que pour celle de Portugal:
il savait que la synagogue n'avait point de tribunaux qui se mêlassent des procès civils ni des procès criminels ; et ainsi il regardait ses excommunications comme un brutum fulmen ; il ne découvrait à la suite de cette peine canonique ni la mort ou quelque aiifre fonction de bourreau , ni la prison, ni les amendes pécuniaires. Il crut donc , qu'ayant eu assiz de courage pour ne trahir pas sa religion en Portugal, il devait à beaucoup plus forte raison avoir la hardiesse de parler selon sa conscience parmi les juifs, dussent - ils 1 es-^ communier; car c'était tout ce que pouvaient faire des gens qm n ont point de magistrature- Quia minime, decebat ut propter talem mtlum terga i^erleret il.le qui pro libertate natale solum et utihtates alias conlempsernt et succiimbere hominibus , prœsertïni JuKisDiCTioNEM non habenUbus, in tali causa necpium nec i'irile erat; decrei'i^ potiiis nmnia perferre et in sententia perdurare (8). Mais il lui arriva ce qui arrive à pre-^que tons ceux qui jugent des maux combinés. Us s'imaginent que c'est dans l'union de deu.^ ou troispeines que consiste rinfoitune^
(8) Acosia, Exemplar Viu bara. pag- 347-
et qu'on ne serait pas fort à plaindre si l'on n'avait à soutlrir que l'un de ces maux Ils éprouvent le contraire, quand la providence ne les fait passer que par l'une de ces deux ou trois disgr.îces. Ils la sentent beaucoup plus rude qu'ils n'avaient cru qu'elle le jurait L'inquisition de Portugal panit terrible au juif Acosla. Pourquoi?
Parce qu'il la voyait jointe avec le pouvoir ou immédiat ou médiat d'emprisonner, de torturer, de brùlt-r les gens. S'il ne l'eût considérée qu'en tant qu'elle excommunie, il n'en eût pas eu grand'peur. Voilà le sujet de son mépris pour les menaces de la synagogue d'Amsterdam. .Mais il connut par expérience, que la simple faculté d'excommunierest bien terrible, quoique entièrement privée des fjoctions du bras séculier On le regardait comme un hibou , depuis sou excommunication. Ses propres frères n'osaient pas même le saluer : Ipsi fralres inihi, qiuhns ego prœceploi J'ueram nie transibunt, nec in plated salutabant , prnpter metum illorum (g). Les petits enfans couraient après lui, avec des huées dans les rues, et le chargeaient de malédictions : ils s'attroupaient devant sou logis et ils y jetaient des pierres : janiquf. J'aces et saxa isolant. Il ne pouvait être tranquille ni dans sa maison, ni deliors : Pueri iiloruru h rahbinis eiparentibus eJocti , turniulim pt-r p'ateas coni'eniebaiit, et elatis i'Ocibus iitiki maiedict-banl , et onini(^enis conlurneliis irritabtnt, hœreticum et defectorein inclainantes. yiUquando eliam , unie fores ui-^as con^regabuntur, lapides jaciebant, et nikil inlentatuni relinquebunt ut me turbareiit, ne tranc/uillus eliani in domo proprid agere p-ssin (lo). Les ma ix à quoi son excommunication l'assujettit furent si rudes, qu'il se sentit entin incapablede les supporter; car quelque haine qu'il eût pour la syuagogue , il aima mieux y revenir par une réconciliation simulée , que d'en être séparé ouvertement. Aussi disait-il à quelques chrétiens qui voulaient se faire juifs , qu'ils ne savaient pas quel joug ils allaient se mettre sur la tête : lYeicieb.tnt quitte jugurn suis uerlicibus iniponerent (l'j. Mais quels furent ses
(y) Arosta , ExempUr Vitse luira, pa^- 347-
flij Ihid., pag. îi"-
ACOSTA. i8p
embarras lorsque, n'ayant pas voulu subir la pénitence ignominieuse que la synagogue lui prescrivait, il se vit encore dans les liens de l'excommunication ? On crachait en le rencontrant, et l'on instruisait à cela les petits garçons. Mulii eorum Iranseunte me in pliiteâ spuebnnt , quod etiam et pueri lUorumfnctebant ab illis edocti; tantiim non lapidabar , quia facultas deerat (la). Ses parens le persécutèrent; personne ne fallait voir dans ses maladies. Coupons court. On le vexa en tant de manières, que l'on extorqua enlin de lui la soumission que l'on demandait : Durai'it pugiia ista per annos scptem , intra quoi lempus incredibilia passas swn (i3j. Nous verrons dans la remarque (E, quelle fut la peine qu'on lui imposa. 11 connut alors plus que jamais, combien sont terribles ceux même qui, sans aucune juridiction , disposent des lois de la discipline.
Je me garde bien de dire que les raisons des indépendans soient considérables , eux qui trouvent si mauvais que l'Eglises'atlribueledroitd'excommunier, c'e-)t-a-dire , d'infliger des peines qui sont quelquefois plus infamantes que la fleur de Us , et qui exposent à plus de ma'heurs temporels que les peines afilictives à quoi les juges civils condamnent. Les arrêts des juges ne supprimant point les actes ou les offices de l'humanité, et encore moins les devoirs de la parenté. Mais l'excommunication arme quelquefois les pères contre les enfaus, et ceux-ci contre les pères : elle étoufl'c tous les senliinens de la nature; ell<^ rompt les liens de l'amitié et de l'hospitalité ; elle rétluit les gens à la condition d.^s pestiférés, et même à uo abandon beaucoup plus grand.
(Dj Un purent.... se crut engagé — à le persécuter h toute outrance.^ Voici les maux qu'il lui fît. Acosta était sur le pjint de convoler en secondes noces; il avait beaucoup d'eiiéts entre les maius de l'un de ses frères, et un grand besoin de continuer le commerce qui était entre eux. Ce parent lui fut contraire sur tous ces chefs ; il empêcha le mariage , et il engagea le frère à retenir tous ces efl'etslà, et
(12) Ihid. , png- 340 • (iB; Ibid.
rgo
ACOSTA
à ne plus négocier avec son frère. Ces jarn porta coeli mihi erat aperla, quœ
procédures doivent être considérées antea fortissimls seris clausa me a li-
comme Tune des raisons qui confir- rtiine et ingressu excludebat(i'j). Acos-
maient Acosta dans ses impiétés y car ta reprit ses habits , et s'alla couche
il se persuada sans doute que ces par terre à la porte de la synagogue ,
passions et ces injustices pouvaient et tous ceux qui sortirent passèrent
ctre autorisées par quelques passages du Vieux Testament , où la loi ordonne aux frères, aux pères, et aux maris, de n'épargner point la vie de leurs frères, de leurs enfans , de leurs femmes, en cas de révolte contre la
^H| lui. J'ai cru qu'on serait bien aise d^ trouver ici ce petit morceau des cérémonies judaïques (i8).
(F). On ne sait pas au (^rai en quelle année.'l II y a beaucoup d'apparence qu'il se tua peu après la cérémonie de
religion (i4)' Et il faut savoir qu'il se son absolution, enragé du traitement servait de cette preuve contre la loi qu'il avait souffert contre l'espérance 1- ni-v — — ;i ,^y.Aia„A^^t .,,,\,^o 1^, qu'il avait conçue dune peine mitigée. Mais cela ne peut point fixer le
de Moïse; car il prétendait qu'une loi qui renversait la religion naturelle ne pouvait pas procéder de Dieu , l'auteur de cette religion (i5). Or, ditil, la religion naturelle établit un lien d'amitié entre les parens.Voyez ce que M. Limborch a répondu à ce sophisme (.6)
temps avec précision , puisqu on ignore l'année où il fit cette pénitence. Si l'on savait combien il y avait de temps qu'il était excommunié , quand le livre du médecin fut mis au jour, l'an i623 , il ne serait pas difE-
(E) yi toute rigueur la pénitence cile de calculer juste ; puisqu'il ob
qui lui auait été d'abord proposée.'] serve que sa première excoramunica-
Voici la description qu'il en fait. Une tion dura quinze ans, et que la seconde
grande foule d'hommes et de femmes en dura sept , et que celle-ci suivit de
s'étant rendus à la synagogue pour près celle-là. On suppose , dans la Bi-
voir ce spectacle, il rentra, et au bliolhéque universelle, qu'il se tua
temps marqué il monta en chaire, et environ l'an 1647 (19); mais d'autres
lut tout haut un écrit où il confessait disent que ce fut en 1640 (20).
qu'il avait mérité mille fois la mort, pour n'avoir point gardé le jour du sabbat, ni la foi qu'il avait donnée , et pour avoir déconseillé la profession du jiidaïsme à des gens qui se voulaient convertir; que pour l'expiation de ces crimes, il était prêt de souffrir tout ce qu'on ordonnerait, et qu'il promettait de ne retomber jamais dans de telles finîtes. Etant descendu de chaire, il reçut ordre de se retirer à un coin
(G) Que cette méthode conduit peu h peu a l'athéisme, ou au déisme."] Acosta leur sert d'exemple. Il ne voulut point acquiescer aux décisions de l'Eglise catholique , parce qu'il ne les trouva point conformes à sa raison :
et il embrassa le judaïsme, parce qu'il le trouva plus conforme à ses lumières. Ensuite, il rejeta une infinité de traditions judaïques , parce qu'il
un coin jugea qu'elles n'étaient point conte delà synagogue, où il se déshabilla nues dans l'Écriture : il rejeta mêmi jusqu'à la ceinture , et se déchaussa , et le portier lui attacha les mains à une colonne : ensuite le maître chantre
lui donna trente- neuf coups de fouet , ni plus ni moins ; car, dans ces sort s de cérémonies, on a soin de n'excéder pas le nombre prescrit par la loi. Le prédicateur vint ensuite , et le fit asseoir par terre, et le déclara absous de l'excommunication; de sorte que l'entrée du paradis n'était plus fermée pour lui comme auparavant. Et ita ,
(li) Voyt% le livre du Deutéionome , chap.
xiir.
(i5) Acosta, Exemplar liumanae Vita:, p. ïSi. (16) Philippus à Limborch m KfrruUt- Urielis Acosta , pctg. 36i , el sea-
l'immortalité de l'ame, sous prétexte que la loi de Dieu n'en parle point ; et enfin , il nia la divinité des livres de Moïse, parce qu'il jugea que la religion naturelle n'était point conforme aux ordonnances de ce législateur.
S'il eût vécu encore six ou sept ans , il aurait peut-être nié la religion naturelle, parce que sa misérable raison lui eût fait trouver des difficultés
(17) Acosta , Exemplar Vium. Viiœ, pag. 35o.
(18) Je l'ai tire de TExemplar humana; Vitae , J'Acosta , pag. 349 et 35o.
(ig) Biblioth. Univers, lom. fil , pag. 3a7.
(20) Joh. HelvTcus Willemeius i« Dissertât, [iliilologicà de Sadduca;is, pag. ull- Il cite Mul- 'criis . Jiid.iïsm. Proleg. pag. 71- •
ACOSTA
dans l'hypothèse de la provideuce et du libr arbitre de l'Être éternel et néces.-'aire. Quoi qu'il en soit , il n'y a personne qui , eu se servant de la raison, n'ait besoin de l'assistance de Dieu 5 car , sans cela, c'est un guide qui s'égare : et l'on peut conii)arer la philosophie à des poudres si corrosives, qu'après avoir consumé les chairs baveuses d'une plaie , elles rongeraient la chair vive, et carieraient les os , et perceraient jusqu'aux moelles. La phiiosophierétute d'abord les erreurs, mais, si on ne l'arrête point là, elle alta(pie les vérités : et quand on la laisse faire à sa fantaisie, elle va si loin qu'elle ne sait plus oiî elle est , ni ne trouve plus où s'asseoir. Il faut imputer cela à la faiblesse de l'esprit de riiomme , ou au mauvais usage qu'il fait de ses prétendues forces.
Par bonheur, ou plutôt par une sage dispensation de la providence, il y a peu d'iiommes qui soient en état de tomber dans cet abus.
(H) .^Jflctaienl de dire qu'il n'était ni j m J'y ni ihretien, ni ntuhnmétan.'] Il y avait en ola, répondait-il, et de la malire et de l'ignorance j car, s'il eût été chrétien, ils l'eussent con>idéré comme un idolâtre abominable, qui, avec le fondateur du christianisme, eût été puni du vrai Dieu comme un révolté S il eût suivi la religion mahométane , ils n'eussent point parlé de lui moins odieusement.
Il ne pouvait donc en nulle manière se garantir des coups de leur langue, à moins qu'il ne s'attachât dévoteaieut aux traditions pharisaïques.
Considérons ses propres paroles : Scio adi'ersarios i.^tns, dit-il (ai), ut nnmen meum coram indoctâ pl-he dilanient , solitos esse dicere , « Isle nul- 1) tant habet religionrrn , Judœus non j) est , non chnstinnus , non mahorne- 5) tan'ds. yide priiis , phnrisœe , quid ■» dicas ; cœcus enim es , et licel ma- 11 litid abundes , tamen sicut cœcus » impingis. Quœso , die mihi , si ego » christianus esseni, quid fuisses dic- }) turus ? Planum est , dicturutn te , Il J'œdissimum me esse idololatram , » et cuni JeiU lYazareno chnstiano- )> rutn dnctore pœnns t'e/ô Deo soluj) turum , à quo defecerani. Si maho- ;j mctanus esstm , norunl etia'u omnes
(il) Acosta, Eicmpl.ir. hnm. Vit» ,pni;. 35i.
» quibus me honoribus fuisses cwnu- » laiurus : et ila nunquhin iinguam » tuuni possem evadere ; unicuni hoc " '^/^"à''""» hibens, nemp'e ad genua » tua procumbere , etfœdissimos pedes )) tuos , tuas inquarn ncfarias et pu- » dendas instiiutiones o^culun. » Il se sert d'une autre léponsej car il demande à ses adversaires si , outre les trois religions qu'ils ont nommées, et dont les deux dernières leur paraissent moins une religion qu'une révolte contre Dieu , ils en reconnaissent quelque autre. Il suppose <(u'i!s reconnaissent une religion naturelle comme véritable , et comme un moyen de plaire à Dieu , et qui suliit à sauver toutes les nations , excepté les Juifs. C'est celle qui est contenue dans les sept préceptes que Noé et ses descendans jusqu'à Abraham observèrent. /;'/ a donc selon i^ous , dit-il. une religion sur laquelle je puis m' appuyer, quoique je descende des Juifscar, si mes prières ne peuvent pas vrais engager 'a me permettre de me méier dans la foule des autres peuples , je ne laisserai pas de me donner celte licence. La-dessus , il fait l'éloge de In. religion naturelle.
Par sa première réponse , il est aisé de connaître que les juifs lui faisaient une objection plus spécieuse que forte: elle avait moins de solidité que d'éclat ; elle était jilus propre à les amener à leurs Uns que conforme aux lois exacSes du raisonnement ; elle était au fond un peu suspecte de supercherie. Voici d'où vient son éclat. L'esprit de l'homme est tellement fait, que, par les premières impressions , la neutralité en fait de cuite de Dieu le choque plus rudement (jue le faux culte ; et ainsi , dès qu il entend dire que certaines gens ont abandonné la religion de leurs pères , sans en prendre une autre, il se sent saisi de plus d"horreur que .s"il apprenait qu'ils étaient passés de la meilleure à la pire. Celte première impression l'éblouit, et le remue de telle sorte qu'il se règle là-dessus pour juger de ces gens-là ; et c'est à quoi il proportionne les passions qu'il conçoit contre eux. Il ne se donne point la patience d'examiner profondément si en effet il vaut mieux s'.d- 1er ranger sous les étendards du diable, dans quelqu'une des fausses religions
ACROMUS.
que cet ennemi de Dieu et des hommes a établies , que de garder la neutralité. On peut donc croire que les Pharisiens , qui perse'cutaient Acosta, ne faisaient valoir leur objection , qu'à cause qu^ils la trouvaient propre à eflaroucher le peuple et à intéresser les chrétiens dans ce procès. J'a- Toue qu'ils auraient fait moins de %-acarme s'il eût embrasse' le christianisme à Amsterdam , ou le mahotnétisme à Constantinople ; mais ils ne
une fausse religion que de n'en ai'oir aucune. Nonobstant cela , nous conclurons que c'était un personnage digne d'horreur, et un esprit si mal tourné qu'il se perdit misérablement par les travers de sa fausse philosophie.
ACRONIUS ( Jean ) enseigna les mathématiques et la médecine à Baie avec beaucouj3 de réputa-
l'eussent pas trouvé ellectivement tion , et composa quelques livres, moins perdu, moins damné, moins ^g Terrœ Motu , de Sphœrd, de
apostat : leur ménagement n'aurait été qu'une retenue de politique, et l'eflét d'une juste crainte du ressentiment de la religion dominante. A juger des choses selon les premières impressions , il n'y a guère de protestans qui , sur la nouvelle que Titius aurait quitté la profession de l'église réformée , sans entrer dans aucune autre communion , ne prétendissent qu'il serait plus criminel que s'il s'était fait papiste; mais je demanderais volontiers à ces protestans: f^ous tles-i'ous bien sondés ? ^iuez-i'ous bien examiné ce que uous diriez en cas qu'il J'dl devenu un grand déi'Ot du papisme, qu'on le i'il chargé de reliques , et courir a toutes les processions , et qu'en un mot il pratiquât tout ce qu'ily a de plus outré dans l'idolâtrie et dans les superstitions des moines ? Pourriez-v^ous répondre que uous ne changeriez pas de lan
Astrolabii et Annuli Aslrono— mici confectione. Il était de Frise , et mourut à Baie à la fleur de son âge , l'an 1 563. Cet auteur a échappé à la diligence de Vossius («) , quoique Swertius et Valère André l'eussent mis dans leur Bibliothèque des Pays-Bas , où d'ailleurs ils ont oublié un autre Jea\ Acronius, qui était ministre , et natif peut-être de la même province que le précédent. Ce ministre était un esprit fort inquiet et fort séditieux. Il abandonna l'église de Wesel dans un temps oîi elle courait un grand risque ; il fît connaître à Deventer qu'on n'aurait pu l'y faire
gage. , si uous appreniez qu'il s'était pasteur sans établir dans la ville fait juif, ou mahometan, ou adora- ^^ f^rt mauvais citoyen ; il se séteur des pagodes de la Chine r tncore i *, .^ i i? ' t un coup, c'est ainsi que l'esprit de para peu honnêtement de 1 église l'homme est tourné : la première de Groningue ; il n eut pas à Fra chose qui le frappe est la règle de ses neker la science qui lui était népassions ; il prolite de l'état présent , cessaire pour la profession en et ne cherclie point ce (lu il dirait sous .i ' i • . -i r t7 /• une autre conjoncture. Ce particulier théologie OU il se fourra. Enfin nous a quittés , et n'a point pris de il fut ministre à Harlem , et s'y parti ailleurs j c'est |>ar là qu'il faut comporta comme de coutume : il l'attaquer : soii indifiérence doit être contredisait , il critiquait tout, son plus grand crime : s il s était lait t >i • ^ • i ^i. n i • paien, nous l'attaquerions par là, et L historien de cette ville ne lui nous dirions , ou pour le moins nous ôte pas la qualité d'homme fort
le penserions : Encore s'il s'était tenu neutre et attaché au gros de la religion naturelle, passe; mais, etc.
Par la seconde réponse, Acosta ôlait à ses adversaires un grand avantage : il se mettait à couvert de celle forte batterie : // faut mieux ai^oir
docte; mais il lui donne aussi celle d'un esprit turbulent {b).
Quelqu'un le compare à Heshu—
{a) Il n'en parle pas dans son livre d(- Scienliis Malliematicis.
(ù) Tlieodoro Screvrlius.