‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 58 sur 158 · PIDE · texte numérisé non relu

PIDE

(6) Caroliis .Stcplianus in l'oce Agatbo, p. 117.

(7) Vo^ei la remarque (0) de l'article Euripide.

(8) -îlian. Var. Histor., Ub. XIII, cap. IF, Lla,>d, t'oce ÀcATUO.

aSo

AGATHON

narque que l'automne donne des fleurs et des fruits aussi-bien que le printemps. Il parle ensuite d'A gathon poète tragique, et d'Agathon poètecomique.

(C) Qu'Aî^nthon mourut h ta cour d'Archelaiis.'] 'Ap;^^^*'?' ''"'? f^3"'>'S( ,us-

Mo-KêtTov/çi (9) : c'est-à-dire , il demeura a^ec plusieurs autres dans la Macédoine auprès du roi Archelaiis jusqu'à sa mort. Cela peut signiGer , ou jusqu'à la mort d'Archelaiis , ou jusqu'à la raortd'Agathon. C'est pourquoi je ne donne point ces paroles comme une preuve certaine.

(D) Qu'il ne i'ii'ait plus lorsque la comédie des Grenouilles fut jouée. ] Nous y trouvons ces trois vers :

H P. 'A-^iâffiv ifs wot/Viv \ A I. à;roM-

XCilç.

H P. nor-j.îtc ô Thrty.oùv ; A I- U fj.ttKo.-

fûùV iùùsX'"-'' (10).

Hb. Vbi ver'o est Jgalho ? Ba. Beliquil me,

et abiil , Ponui poêla , el amicis optalissimus.

Hb. Quà abiil miser? Ba. Ad bealorum con-

i'iviwn.

(E) Qui confirment ce que l'on a dit de sa passion pour les antithèses. ] M. Kuhnius a rapporte trois .sentences d'Agathon dans la vue de faire sentir ce goût (11). Les deux premières ont ete' citées par Aristote , et l'autre par Athénée. Le sens de celle-ci est : Si je i^ous dis la uérité , je ne vous plairai point; et si je vous plais., je ne vous dirai pas la vérité {j-i). Celles qu'Aristote allégua signifient , l'une , que la seule chose qui est impos.sible à Dieu , est de faire que ce qui a été fait n'ait été fait (i3) : l'autre , que la fortune aime l'art , et que l'art aime la fortune (i4-) Vossius s'est imaginé que cette dernière sentence est d'Agathon le comique (i5) ; mais il eût mieux, fait de la donner au tragique et de prendre garde que l'esprit d'antithèse la lui adjuge. Je dis ceci , sans prétendre

Cg) Sdiol. Aristoph.io Ran. , net. I, scen. II.

(10) Aristoplian. in Eanis, acl. I , scen. II , vs. 46.

(il) Guflnm anlilketorum Agathonir dare pov.tumuî. Kuhnius iu JLliani , lib. XIV, cap. XIII, pag. 735.

(i2)Atlien. , Ub. V, cap. XII I , png. 0.11.

Ct3) Arist. Ethic. Euderaior. , lib. V, cap. II , pas- 182.

(4) Id. ibid. , cap. IV , pag. 18?.

(i5) Vossius, (le Poëtis Giacis , pag. Sg.

qu'il soit certain qu'Agathon poète tragique diffère d'Agathon poète comique. M. Moréri, selon sa coutume, a copié Vossius. Je m'étonne que M, Kuhnius n'ait pas allégué ceci :

To ;MSV ■Tripipyov 'îfiyov œç Toiov^ioct , Ta <r' «p-j/ov eèç Tripipyiiv «jcTTovon/zê-

BcL (16).

Operis loco ducimus accessorium, El in opère sataginnis ut accessorio,

(F) Une maxime de très-bon sens sur la tromperie des apparences. ] Agathon observe qu'il est vraisemblable que plusieurs choses arrivent qui ne sont pas vraisemblables. Eluo; yivi^ban TroKKai iccii TTstfà. TO iix.lç. P'erisimile est et multa fîeri prœter veri simile. C'est ainsi que Vossius rapporte cette sentence , et il observe qu'Aristote l'a alléguée en plus d'un endroit ( i 7). Voici de quelle manière ce grand philosophe l'a (ftée dans le chapitre XXIV du IP. livre de sa Rhétorique.

Ta.pc *^ ''■'f "'*°5 ttÔTO rour ùvitt Xs")/!)!, BpoTo7o-( 7ro^^à TvyXÂvuv eux, imô-

Tct (18).

Parlasse aliquis verisimile id ipsum esse

dixerit , Morlalibus multa evenire non verisimilia.

On peut comparer à cette maxime celle de saint Bernard : Ordinatissimum est , miniis inlerdiim ordinale fieri (19) : c'est-à-dire , il est tout-àfait de l'ordre que de temps en temps il se fasse quelque chose contre l'ordre. M. de Balzac rapporte si mal cette pensée d'Agathon , qu'il fait d'une très-belle maxime un mensonge affreux. Combien que les affaires du monde , dit-il (20) , changent quelquefois de cours , prenant un autre chemin que le leur accoustumé , et que cela seulement soit vraisemblable, ainsi que disait Agathon, que beaucoup de choses arrivent contre la vraisemblance ; toutes fois, communément parlant , semblables entreprises produisent semblables événemens. L'adverbe seulement produit là un monstre ; et, si c'était une faute d'impression (2 1 ), je

(16) Agatli. apud Attien. , lib. V, initia. (ir) Vossins , Institut. Poetic. , lib. /, p. 16. f i8) AsatVi. apud Arist. Rlietoric. , lib. II, ca XXIV, pag. 448.

(19) Berna rdiEpisl. CCLXXVI zi^a^ea. Ht.

(20) Balzac , dant son Prince , num. 1^2 , png, 100 Édit. de Rouen, en iGSi , in-4-

(51) Seulement, au lieu de sflrement. Notrz ■qiiil j a des gasconitmes ou seulement signijie

AGATIION. 25r

m'étonneraisqir lin correcteur d'impri- ditm non est meliora proponc... nihil

merie n'en eût pas été épouvanté. Car tam ceitum est ex his (jucv timentur , ut

qu'y a-t-il de plus énorme que de sou- non certius su et formldota sitbsidere ,

tenir qu'il n'est jamais vraisemblable et spernta decipt-.re {■i'i). Le cardinal

qu'une chose arrive conformément à Pallavicin s'est fort emporté contre

la vraîlemblance ? Voilà le bel axiome Fra-Paolo , qui a pris la réception de

que l'on prête à notre Agatlion dans la doctrine de Zuingle par les cantons

evangéliqurs , comme une preuve ma

le Prince de Balzac; mais la suite du discours témoigne que si la pensée de ce poète a été gâtée sur le papier, elle ne l'a pas été dans res[)rit de l'écrivain : il est sûr ({ue Balzac a voulu dire avec Agatbon , que cela

nifesfe qu'une cause plus relevée que Zuingle s'était mêlée là -dedans. Je laisse là les réflexions du Pallavicin ^ mais je copie ce qu'il emprunte d'Aristote , qu'il arrive quelquefois que

MÊME est vraisemblable, que beaucoup les choses les plus probables sont faus

de choses arriuent contre la vraisemblance. Euripide trouvait si beau cet aphorisme , qu'il l'a répété cinq fois ; car , dit M. Cosfar (2a) , il a fini sa Médée , son Alcesle , son Andromaque , ses Bacchiques et son Hclène par cette sentence (■*■) : « Les dieux se ') jouent de la prévoyance des hom- « mes , et trompent également leurs M espérances et leurs craintes. Ils dé-

ses ; car , si elles étaient toujours séparées de la fausseté , elles seraient certaines, et non pas probables. Vous allez voir qu'on se fonde sur cette maxime pour accuser de témérité et de présomption ceux qui se mêlent de juger de la providence de Dieu. Un tel est chrétien et dévot; donc il est prédestiné au salut : un tel est mahoraétan et scélérat ; donc il est pré-

» tournent quelquefois des évënemens destiné à la damnation. Conséquences « que tout le moude attendait ; et, ou- téméraires, puisqu'elles trompent quelle vrant des passages et des chemins quefois. C'est le cardinal Pallavicin » inconnus , font réussir des desseins qui le remarque; voici le passage tout )) apparemment impossibles. » Séné- entier : Per tanto chi ascrive le presque s'est très-bien servi de cette pen- perita délia nùglinr causa ad una uosée pour rassurer ceux qui s'étonnent lonta die Dio habbia difarla slnhildes approches a[)parentes et très-pro- mente prevalere alla rea ; discorre cou

bables de la raaiivaise fortune : Combien de choses , dit-il , sont arrivées que personne n'attendait ; combien d'autres n'ont jamais paru , quoique tout le monde les attendu ? Il n'y a rien de si assuré parmi celles que l'on redoute , qu'il ne soit encore plus certain que nos craintes et nos espérances n'ont quelquefois aucune suite. Les paroles de Séntque ont plus de force , il vaut mieux les copier : f^erisimile est aliquid futurum, mali ? JYon statun verum est. Quant multa non exspectata venerunt , quant multa exspectata nunquam comp/iruerunt !... multa in-

pieta probabile e saggia : quantunque lalora s'inganni , secondo l'insegnamento del filosofo ; che taluolla il pili probabile èfalso , percioche se dajalsitafosse csente , non saria probabile , ma cerio. E se basta il potersi ingannare accioche ogiii giudicio, quantunque dubitatii-'o délia P rovidenza divina chiatuisi presontuoso ; chiamerassi presontuoso chiunque daW haverlo DioJ'alto nascere J'ra' Cristiani e viver divotaniente , prende conghieltura che l'habbia destinato alla vila eterna ; e 'l contrario s'awisa di chi nacque Sara-f ceno e vive scelerato : essendo nia/ii-

terveniunt quibus vicinum periculum j'esto poler succedere che il primo si t^el propè admotum , aitt subsistât , aut danni , e 7 secondo si salvi {1^).

desinat,autinalienumcaput iranseat habet eliam niala fortunn levitatem :

J'ortassè erit ,Jortassè non erit. Intérim

même. Vuyei les Remarques de Vaugelas , tom. II , pag- 180.

(22) r.oslar, suite de la Défense de Voiture, pag. 406.

(*) no?vXà <r' àsATTaiç KpttîvoiiiTt ètol. Ka.1 T«t J'oKMÔévT' oÙk niKîa-Oït t*v «T' «(To-

HilTW» -TrifOV iÙflV èidç.

Is'on-seulement les médecins doivent profiter de la sentence d'Agathon , mais aussi les nouvellistes. Un professeur de Leipsick exhorte les médecins à ne parler qu'avec beaucoup de précaution , s'ils veulent faire honneur a la médecine. Il veut qu'ils ne promel-

(iT.) Seneca , Epist. XXI^, pag. 187.

(2/j) Pallavicini, Istor. dfl Concilio, lib- III, C(J/'. y/Il , pag. 3o3.

AGATHON

tcnt point trop, qu'ils n'époui^antent pas aussi excessii'ement, et qu'ils parlent toujours conditionnellenient , et ai'ec un peut-être (aS). Tout cela , ea vertu de la maxime de Sënèque , qu'on a vue ci-dessus. On peut donner un semblable avis aux grands raisonneurs sur les nouvelles : je parle des raisonneurs qui ont beaucoup de sagacité et beaucoup de jugement. Ils devinent juste en mille occasions : il leur arrive cent fois l'année de n'avoir pas lieu de se repentir du ton décisif avec lequel ils se sont moques des espe'rances ou des menaces des gazetiers.

Cela les rend plus hardis à rejeter magistralement toutes les nouvelles qui choquent la vraisemblance; mais ils s'y e'chaudent quelquefois : car l'e'venement confirme en quelques rencontres les nouvelles les plus impertinentes et les plus extravagantes qui se puissent débiter, et qu'ils avaient condamnées comme des chimères ou comme des démarches incompatibles avec la sagesse qui a tant paru daus le conseil d'un ëtat. Celte règle se dément; elle attrape les raisonneurs qui s'y lient trop. Il est donc de la prudence d'aller un peu bride en main , et de ne pas prononcer des arrêts définitifs , sous prétexte que l'on a pour soi les apparences les plus plausibles.

Mais si, même dans ce cas là, il est juste de ne point faire le dictateur, quel blâme ne méritent pas ceux qui se mêlent de promettre , contre toutes les apparences , les plus grands succès , et de publier ces promesses comme fondées sur l'Apocalypse ?

(G) Cet ylgatlion, que le philosophe Platon aima tendrement.'} Ce philosophe fit un distique tout-à-fait tendre et si plein de sens , qu'un poète latin y trouva de la matière pour dix-sept vers. Rapportons ici tout un chapitre d'Aulu-Gelle (26) : Celebranlur duo isti grceci l'ersiculi , multorumque doctorum hominum memorid dignanlur, quod sint lepidtssimi et uenustissimœ hrevitalis. JVeque adeo pmici sunt ve~ teres scriptores , qui eos Platonis esse philosophi offirniant, quibus ille adolescens luserit, quiim tragœdiis quo-

(25) BibliotliéquR Universelle , tom. XI f , pag. 80, 81 , dans l'extrait (if.c Miscellanea curiosa Medica de Christianiis Langius.

(ï6; Le XI'. du XIX'. li^re.

que eodem tempore faciendis prceluderet :

T«v '\,uXnv , 'A'j/â.Soeva. <^i^âv 3 i7r\ X^'^~

Hoc distichon amicus meus oÙk ajuouo-^ç adolescent in plures fersiculos licentiiis liberiusque t^ertit : qui quoniam mihi quideni tnsi sunt non esse memoralu indigni , subdidi.

Diim semihulco savio Meum pupllutn savior ; Dulcetnquejlorein spirîtus Duco ex aperlo Iramile :

Animula tegra et saucia Cucurrit ad labias iniki , Bictiimque in oris perviutn , Et labra pueri tnollia , Rimata ilineri transitas , Lit transiliret nititiir.

Twn si inorœ quid pluscuîœ Fuissel in cœtu osculi :

j4inoris igni percita Transtsset, et me Unqueret; Et mira prorsiim res foret , Ut ad me Jierein tnortuus , Adpuerum al inius viverem.

Notez que Platon n'était âgé que de quatorze ans lorsque notre poè'te Agathon remporta le pris de la tragédie (28) : il n'y a donc pas beaucoup d'apparence qu'il ait soupiré pour lui : ce fut pour un Agathon beaucoup plus jeune.

(27) Notez que Diogène Laërce , liv. III , nuni. 32 , en rapportant ces deux vers grecs , dit iju'ils furent faits par Platon , pour Asathon. On les a traduits ainsi dans l'édition grecque-latine de Diogène Laërce :

Suavia dans Agatlioni , animam ipse in labra

tenebam :

jEgra etenim properans tanquàm abilura fuit.

(28) Atben. , lib. y, cap. Xrill,p. 217.

AGÉSILAÙS , premier du nom , roi de Sparte , succéda à son père Doryssus , qui était le cinquième roi depuis Eurystliènes. Le règne de cet Agésilaiis a été fort long (A), et néanmoins il ne fournit presque rien à un auteur. Les histoires de ces temps si reculés {a) ne se sont pas conservées. Pausanias ne devait pas

{a\ Le règne d' Agésilaiis commence l'an du monde 3992 , selon Helvicus , 2/j ans après la mort de Salomon.

AGÉSI

dire que Lycurgue ait donné des lois à Lacédémone (B) sous ce règne {b). Charles Etienne , Lloyd et Hofuian confondent cet Agésilaiis avec Agésilaiis II : car ils disent de ce dernier qu'il fut le sixième roi de Lacédémone.

(b) Pausan. , lib. III , pag. 82.

(A) Son rè^ne a été fort long.'} En disant cela , je défère plus à l'autoi-ité d'Euièhe qu'à celle de Pausanias. Celui-ci assure que Doryssus et son fils Agésilaiis n'ont fait que se montrer sur le trône : A oKiyt^u o-^olç ro Xp-"'^ s^-êXstCêv iy.^t^rîpwç. Mors brevïulrunique oppresiit (i); mais Eusèbc les fait régner soixante-treize ans : il donne vingt-neuf ans au règne du père , et quarante-quatre au règne du fils. Calvisius cite Pausanias pour cette durée : c'est bien choisir ses témoins.

(B.) Que Lycurgue ait donné des lois a Lacédémone.'] Meursius prouve dans ses Antiquités de Lacédémone , que Lycurgue publia ses lois l'an trentième d'Archelaiis, fils et successeur d'Agésilaiis.

(i) Pausan., lib. III , pag. 82.

AGÉSILAUS , second du nom , roi des Lacédémoniens , était fils d'Arcliidamus. Il avait peut-être assez d'ambition pour souhaiter •de régner à l'exclusion d'Agis, son frère aîné; mais, quoi qu'il en soit, on ne s'aperçut qu'après la mort d'Agis qu'il eût envie que , pour l'amour de lui , on troublât l'ordre de la succession. Cette envie eut tout le succès qu'il pouvait attendre; car on fit l'injustice à Léotychide (A) , fils d'Agis , de l'exclure de la couronne en faveur d'Agésilaiis (a). Celui-ci répara , par un grand nombre de belles actions , ce qu'il y eut d'irrégulier dans cette première démarche; et tout petit qu'il était ,

(n) Ceci arriva , selon Calvisius, l'an 3 de la gS'. Olympiade.

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