‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 6 sur 158 · TOME I. b · texte numérisé non relu

TOME I. b

^,.,ij DISCOURS PRELIMINAIRE

Adolphe, roi de Suède. Les éditeurs de Leipsig ont inia- <^mé de mettre dans leur édition, au mot Adolphe, ce fragment , qui ne vient que jusqu'en 1620. Il remplit plus de r,o pages et fait disparate avec les autres articles, nonseulement à cause de son étendue , mais à cause de sa forme ; il est dépourvu de remarques et de citations. Or on sait que , dans la remarque B de son article CAraojN , Bayle dit que ne pas citer les auteurs d'où l'on a tiré les choses est un défaut capital dans un ouvrage de cette nature et dans presque tous les livres.

Du reste , cette édition de Leipzig était mal exécutée \ le papier est très -vilain, l'impression n'est rien moins qu'élégante 5 et , dans les volumes publiés, P. Pliil. Wolf, ancien jésuite, qui paraît avoir été en même temps le libraire et l'éditeur, a laissé , même d'après son plan, quelque chose à faire. Ainsi il n'avait point signalé comme faux les renvois qui sont aux articles Aiguillon , Allatils , Amphiaraus , Antoijse , Apelles , Bedell.

A l'article Ferri, remarque G, note 19, en renvoyant à l'article Akcillon , il a laissé « page 220 » , indication qui est dans 1780 , mais qui est fausse pour i8oi.

A l'article P. V. Cayet la rema/'^Me c/iYù/we est entièrement oubliée.

L'éditeur de Leipzig a fait aux articles Fernel etHEKralV des additions que je n'ai pu me décider à admettre , mais dont j'ai fait mention à leur place, tome VI, p. 4^9, et tome VIII, p. 55.

Je reconnais avec plaisir que je lui dois l'addition à l'article Abrabanel , tome I, page 83; et l'idée de celle à l'article Arnauld , tome II , page 398.

Y)&.n%\! Avertissement entête du i^'. volume, W^olfpr^omettait , après l'impression de tout l'ouvrage , un Discours préliminaire qui eût contenu les recherches et les réflexions des éditeurs. Je regrette beaucoup , pour mon compte , que cette édition n'ait pas été achevée 5 il n'est pas à croire qu'après vingt ans d'interruption elle soit reprise (25).

(a5) Telles sont toutes les éditions que je connais du Dictionnaire de Bayle; et je pourrais "ITresque assurer qu'il n'en existe pas d'autres.

Cependant un professeur au collège de France, membre de l'Institut, et qui a été le premier président du conseil des Cinq Cents, homme non moins recommandable par son caractère que par sou savoir, m'a donné note d'une édition de 1748, en cinq volumes in-folio. Je n'ai pu me la procurer malgré toutes mes recherches; mais une indication de !M. Daunou est à mes yeux d'un tel poids , que je n'ose affirmer que cette édition de

DE LA OINZIÉME ÉDITION. xix

i8?.o. Onzième édition.

Le Dictionnaire historique et critique de Bayle avait eu , comme on a vu, neuf éditions en quarante-quatre ans (de 169^ à 1741 )• Entre la neuvième et la dixième il y a eu \ux intervalle de 60 ans ; mais cette dixième édition , n'ayant pas été finie , peut rigoureusement ne pas être comptée ; et dès lors c'est à une distance de près de 80 ans de la précédente qu'aura paru léditioii de 1820,

C'est la première édition faite en France, car en 1784 , lorsqu'on imprima cet ouvrage à Trévoux, cette ville fesait partie de la principauté de Dombes, qui étaitune enclave (26). Une cliose digue de remarque , c'est que l'auteur ayant été , à cause même de son livre, honoré par un parlement (27) , son ouvrage ait éprouvé si long-temps une espèce de proscription (28).

Le Dictionnaire historique et critique est formé de deux parties. « J'ai , dit Bayle , divisé ma composition en deux » parties : l'une est purement historique , un narré succinct )) des faits 5 l'autre est un grand commentaire , un mélange » de preuves et de discussions, où je fais entrer la censure

1748 n'existe pas; et l'on pardonnera à un e'diteur du grand sceptique de rester ici dans le doute.

Chaufepié, dans son Dictionnaire , tome III , page 108 de la lettre L , et ailleurs , cite à la marge une e'dition de Paris , 1733. Ce qu'il rapporte fait partie d'une remarque de L. J. Leclcrc. Or, comme l'édition de 1734 est la seule qui contienne ces remarques , il me paraît évident que c'est cette édition qu'il a voulu citer. S'il lui donne la date de Paris, c'est parce que ce furent, comme je l'ai dit, des liliraires de Paris qui la firent faire à Trévoux. D'ailleurs , Chaufepié , habitant la Hollande , où les premières éditions avaient été faites, a mis ici Paris pour la France, quoique Trévoux n'en fiU alors qu'une enclave.

Enfin , dans la Bihiiolheca latina de Fabriciiis , édition in-4°. , tome II , pag. 201 , à l'occa?ion do C. Sulpitius Apollinaire , on lit : « De hocBœlius in Lexico , T. 5. » L'édition de la Bihl. latina in-4°. est de 1728 , et à cette époque il n'existait pas d'édition de Bajle en plus de quatre volumes. D'ailleurs, c'est à la lettre A que Bayle a mis l'article de C. Sulpitius Apollinaire. Quelle pourrait au reste être l'édition de Bayle dont la lettre A se prolongerait jusque dans le cinquième volume? il est donc tout naturel de penser que ce n'est ([u'une faute d'impression , et qu'au lieu de '< T. 5. » ( tome 5 ) , il faut lire « T. I. » ( tome î"^'. ). Les gens de lettres ne moulent pas toujours leurs chiflres, et leur mauvaise écriture est souvent la cause des fautes d'impression.

Scimus et hanc t'eniam petimus.

(26) Cette principauté n'a été réunie à la France qu'en 1762.

(27) Voyez ci- dessus pag. ij.

^28) On ne permettait pas (Voyez tom. XVI,» 182, i83 ) de le réim jirimer en France; mais on l'y laissait circuler. Au lieu de l'acheter de^ étrangers , il était bien simple et bien facile de le leur vendre.

xK DISCOURS PRÉLIMINAIRE

» de plusieurs fautes , et quelquefois même une tirade de » réflexions philosophiques -, en un mot assez de variété pour )) pouvoir croire que , par un endroit ou par un autre , cha- » que espèce de lecteurs trouvera ce qui l'accommode. »

Cette division indique la manière dont Bayle doit être lu pour l'être avec fruit j il faut d'abord lire tout le texte d'un article , puis après l'avoir achevé passer aux remarques qui le concernent.

D'après les divisions ou distinctions établies par l'auteur lui-même, il était donc naturel d'imprimer d'abord tout le ^exfe d'un article, puis toutes ses retnaïques , en mettant toutefois au bas des pages de l'un ou des autres les notes qui s'y rapportent. C'est ce qui a été fait.

Par ce que j'ai dit des dix premières éditions, on a pu juger que je les avais examinées avec quelque attention. C'était le seul moyen d'éviter leurs fautes et de profiter de leurs améliorations. J'ai signalé les unes et les autres. En relevant les fautes , j'ai voulu prouver les peines que j'ai prises, et non faire des reproches à mes devanciers (29). Si jetais sans indulgence pour eux , on aurait raison de me refuser celle dont j'ai besoin.

A l'occasion des premières éditions , j'ai déjà dit quelques mots de mon travail ; j'ai encore beaucoup de choses à en dire. I. Les éditions de 1720 , 1730, 1734, etc., contiennent en tête du i". volume la Dédicace au duc d'Oi'léans. J'ai déplacé cette pièce. Bayle ayant refusé de dédier son Dictiomiaire (3o), on devait èti'e choqué de voir une dédicace à l'ouvrage. C'est seulement l'édition de 1720 qui a été dédiée au duc d'Orléans, régent. Dès lors cette dédicace, ouvrage de Lamotte , qui la rédigea pour le libraire Bohm , ne devait être placée qu'à son ordre chronologique pai^mi les préliminaires.

Ces préliminaires très - amples , puisqu'ils comprennent non-seulement les préfaces des éditions précédentes , mais encore la vie de Bayle par Desmaizeaux , ont été rejetés dans

(29) Dans un ^ffl/2£-propos (provisoire) distribue avec le P'. volume , j'ai accuse' les éditeurs de lySo d'avoir omis quelques morceaux de l'e'ditiou de xrio. Cependant ils avaient reparé ces omissions par un second erralum à la lin de la Lettre de M. Desmaizeaux a M. de Lamotte , qu'ils ont imprimé au tome I^' . , après leur ^i'erlisseinent sur cette quatrième édition. Cet Ai'ant-propos (provisoire) devant être enlevé , j'en ai conservé ou répété les choses essentielles dans mon Discours préliminaire qui doit le remj)laccr. Je me suis bien gafdé de reproduire un reproche injuste , et dont je 1^6 parle ici que pour taire réparation. (3o) Voyez tome XVI, pag. 177.

DE LA ONZIÈME ÉDITION. xxj

le XVr . volumn où ils occupent trois cents pages. Leur admission ou conservation dans le premier volume aurait retardé Tentreprise , et aurait dérangé la coupure des volumes qui est telle que trois volumes entiers (les IX , X et XIII ) sont composés chacun d'une seule lettre.

II. Les quatre volumes de l'édition donnée par Prosper Marcliand, quoique l'édition eût été commencée en 1714? sont datés de 17^.0, année où l'impression fut achevée. L'inverse a été fait pour l'édition centenaire^ tous les volumes portent la date de 1820. Cette uniformité peut être critiquée. A la page 'igi du tome XI (daté de 1820), il est fait mention de l'édition projetée en 1821 , et abandonnée depuis , des OEuvres chirurgicales (f Ainbroise Paré. Dans le tome XII (publié avec la date de 1820) j'ai cité la Dissertation de M. Bclïara, qui est de 1821. Je conviens que ce sont là des inconvéiiiens, mais ils ne m'ont pas paru très-grands,- et, en définitive, il a mieux valu, ce me semble, sacrifier la régularité à l'uniformité , que l'uniformité à la régularité (3i). C'était, au reste, quelquefois l'usage de M. Desoer , qui a daté de 1817 ses douze volumes des OEuures de P^oltaire, quoique les derniers n'aient été imprimés qu'en 18 18.

III. J'ai rempli quelques-unes des lacuues qui existaient encore dans l'édition de 1740 (^2); mais, malgré toutes mes recherches, il est trois articles où il m'a fallu laisser k faire à mes successeurs (33).

IV. Les doctrines de Bayle ont été souvent et très-longuement attaquées. Comme il entrait dans mon plan de ne donner que des éclaircissemens ou rectifications historiques ou

{3i) Le premier volume de Bayle a paru en octobre 1820 , le II", en janvier i8ii , le 11^'. en mars , le iV*=. en juin , le V". en juillet , le VI^. en septcral)re , le Vll«. en décembre 1821 , le Vlll'^. en février 1822, le IX". en mai , le X''. en juillet, le XF. en septembre , le XII"^. en novembre , le XIII". en décembre 1822, le XIV". en mars 1823 , le XVe. en juin 1823 , le XVI". sera distribué dans le mois de mai iSa^-

(32) Les articles que j'ai remplis sont ceux de Francus , IV, 587 ^ G. HoRSTius, VIII, 2I0-2H ; ÀViNDECR , XIV, S^Q. J'ai complété une citation de l'article Loyer que les éditeurs de i74'3 n'avaient point achevée.

(33) J'ai laissé en blanc des citations dans les articles Hérault , III , 829 ; J.des Caubres, IV, 606; et Saint-Cyran , XIII, ^i 5 faute d'avoir pu me procurer : 1°. Bric^e et claire défense de la l'ocation des ministres de L' Etjangile contre la réplique de niessire Jacques Dai>y, éféque d' Ki^reux ,

faite article par article sur la même réplique, Montauban , iSgS, in-8°., de 498 pages ; 2". OEuures morales et diversifiées de Jean des Caurres , Paris, G. Cliaudière , iS^S, in-8'\ ; l'édition de i584 contient une autre dédicace que celle dont il fallait rapporter un passage; 3". Le Port Royal et Gencive d intelliqence contre le très-Saint Sacrement de l'autel , par le père Meynier.

xxij DISCOURS PRÉLIMINAIRE

littéraires , et non une réfutation , j'ai écarté toutes les criti- ([ues qui ne portaient que sur les doctrines. J'avais à présenter le résumé des observations contenues dans les écrits de Chaufepié, Guib, Joly, Lamonnoye, J. Leclerc, L. J. Leclerc , Leducliat, dans la Bibliothèque française , etc.

La BIBLIOTHÈQUE FRANÇAISE, dont il s'agit ici, n'est point l'ouvrage de l'abbé Goujet, Paris, i'^l\o-i'']^G ^ dix-huit volumes in-12; mais le journal publié à Amsterdam sous le titre de Bibliothèque française , ou histoire littéraire de France^ ï'ji\-ï'-j^Q , quarante-deux volumes in- 12. Un anonyme fît imprimer dans le tome XXIX, page i85- 20a, et dans le tome XXX , pages i-25, des Obsen>aiions critiques sur le Dictionnaire historique et critique de M. Bajîe.

Un partisan du philosophe de Rotterdam prit sa défense par un article inséré dans le tome XXXIII , pages 32^-35 1 . Une réponse de l'auteur des Observations est insérée au tome XXXVIII, pages 196-214, sous le titre de Lettre de Monsieur *'^. J'avais cru pendant un temps que l'auteur des Observations était l'abbé Joly, de qui je reparlerai bientôt. Je fondais ma conjecture sur la ressemblance que je trouvais entre des phrases de ces Observations et quelques-unes des Remarques de l'abbé Joly. Je présumais (34) que l'auteur seul d'un article pouvait le copier sans le citer 5 j'étais dans l'erreur. Joly ne fait pas tant de façons -, au moyen d'une mention faite dans sa Préface , il s'est cru permis de passer sous silence , le plus souvent , les auteurs véritables des observations qu'il reproduit dans ses deux volumes. Or comme son livre n'est guère lu de suite , mais seulement consulté, il est d'autant plus naturel de faire honneur à Joly de tout ce qu'il n'indique pas comme étant d'autrui , que quelquefois il lui arrive de citer la Bibliothèque française et les autres critiques ses devanciers.

CHAUFEPIÉ. Cet auteur est surtout connu par son Nouveau Dictionnaire historique et critique pour servir de supplément ou de continuation au Dictionnaire historique de P. Baylc , i'j5o-56, c|uati'e volumes in-folio. C'est une traduction (avec confections et additions) d'articles ajoutés

(34) Voyez ma note dans la Biographie uiiii^erseUe , tome XXI, pag. 6o5. Il est évident que Joly n'est pas l'auteur des Obscn/ations insérées dans la Bibliothèque française. Dans la Bihliolhérjue française , à l'occasion de Bachovius, ou lit qu'il flottait entre le protestantisme et le papisrite. Joly, trouvant sans doute ce dernier mot irrévérencieux , a mis à la place les mots de religion catholique. On trouve d'autres cliaugemens d'expression dans Itïs articles Claode, Guise, Macédoinf. , Pergame , Suétone. Joly va même dans l'article Tillet jusqu'à réliiter l'écrivain de la 'Bibliothèque française.

DE LA ONZIÈME ÉDITION. xxiii

par les liaducteurs anglais du Dictionnaire de Bayle. Sur près de quatorze cents articles que contient l'ouvrage d<^; Chaufcpié, cinq cents environ sont entièrement de lui. Chaufcpié , ministre et prédicateur calviniste , respecte les caractères dont il est revêtu , chose très-louable sans contredit; mais n'ayant pas l'indépendance de Bayle , son style nen a pas le piquant. La seule édition qui ail été faite du Dictionnaire de Chaufepié n'est pas encore épuisée. Ce serait une témérité que de le réimprimer. C'eût été une grande maladresse que de i^efondrc son ouvrage dans celui de Bayle. Rédigés dans la même forme , les deux livres diffèrent toutà-fait dans le fonds , et très-souvent sont compléteinenl disparates.

GUIB ( Jean-Frédéric ) , docteur en droit à Orange , au commencement du XVIII". siècle, a fait insérer dans les JYouuelles littéraires du 29 mai 1717, tome V, pages 34^-35 1 , des Remarques critiques sur quelques endroits du Dictionnaire de Bayle (elles portent sur les articles, Ant. Arkaxld . AuBERi , BioN, Espagne, Mariaka). C'est sur d'autres articles (Apollinaris, Mestrezat, Le Païs et Thorius) que portent les remarques du même Guib , imprimées dans le Mercure de novembre 17512 , tome II , pages 23-0.9. Joly n a probablement pas eu connaissance de cet auteur 5 car il no l'a ni cité, ni dépouillé.

JOLY (Philippe-Louis), chanoine à Dijon, et dont il a déjà été question , fit impi-imer, en 1748 , des Remarques critiques sur le Dictionnaire de Bayle , en deux parties formant un volume in-folio. En tète de l'ouvrage il y a quelques pages consacrées à des corrections et additions. Joly n'a guère fait que copier ses devanciers , et il ne l'a pas toujours dit. Il a fallu un travail comme celui dont je me suis chargé, pour faire cette découverte. J'ai noté sur mon exemplaire de Joly tout ce qui est pris à Leclerc, Leduchat et autres, et les marges sont toutes noires. Je n'hésite pas à regarder Joly comme l'iin des plus grands et des plus eflrontés plagiaires. Ce qui m'autorise à le traiter si sévèrement, c'est le soin qu'il a eu tantôtde transposer des phrases de ses devanciers, tantôt de les retourner ou d'y faire tel autre changement pour dénaturer le travail d'autrui. Ainsi dans l'article Fl. de Remond, Leclerc disait : il j a mille endroits , etc. ; Joly a mis (tome II , page 675) : il j a deux cents endroits, etc. Leclerc, dans une remarque sur Nestorius , ayant écrit : comme personne nen doute , Joly a mis : comme aucun chrétien iien doute. Sur la

xxiv DISCOURS PRELIMINAIRE

remarque H de l'article Politien , Leclerc s'exprime ainsi : J'ai sous les yeux lesLettres de Politien avec les commentaires de Sylvius et de Badius , imprimées in-^° . par le même Badins, en iSio. Joly se contente de dire : Badius imprima Van 1020, in-^. , les Lettres de Politieji avec ses commentaires et ceux de Sjlvius.

On ne doit donc pas être étonné de voir Joly cité rarement; j'ai presque toujours indiqué l'auteur primitif de la critique. Si j'ai un reproche à me faire, c'est peut-être d'avoir, par ignorance ou inadvertance, laissé le nom de Joly à quelques notes qui ne sont pas de lui.

JOURNAL DE TRÉVOUX. On désigne ordinairement sous ce titre les Mémoires pour servir à Thisloire des sciences et des beaux-arts, rédigés par des jésuites, et impiûmés d'abord à Trévoux, puis continués à Paris. Ils contiennent c[uelques articles sur Bayle, et entre autres ceux du P. Merlin, en décembre i735, juillet 1736, avril, mai, août et novembre 1788.

JUGEMENS SUR QUELQUES OUVRAGES NOU- VEAUX, par l'abbé Desfontaines, de Mirault, Fréron et autres. Cet ouvrage a onze volumes qui ont paru en 1745 et 1746.

LAMONNOIE. Les remarques de cet auteur sur Bayle se trouvent dans trois ouvrages : 1°. le Menagiana, 17 15, 4 volumes in-12, et ses réimpressions ; 20 les Jugemens des Savans , par Baillet , édition de 1722 , 8 volumes in-4''. , ou 1725, dix-sept parties in-t2; 3°. la réimpression donnée en 1772, par Rigoley de Juvigny, àe?, Bibliothèques françaises de Lacroix du Maine et Duverdier. J'ai indiqué chaque fois dans lequel de ces trois ouvrages se tiouvent les observations de Lamonnoie que j'ai citées.

LECLERC (Laurent-Josse) n'est pas l'auteur de la Bibliothèque universelle , de la Bibliothèque choisie, de la Bibliothèque ancienne et moderne. Ce dernier s'appelait Jean ; il était contemporain de Bayle , à qui il a survécu, et l'a plusieurs fois attaqué dans ses Bibliothèques. Jean Leclerc est cité quelquefois 5 mais l'attention que j'ai eue de faire toujours précéder son nom de l'initiative de son prénom préviendra toute confusion.

Laurent- Josse Leclerc, que le plus souvent je n'ai appelé que Leclerc, donna en 1782 une Lettre critique sur le Dictionnaire d(i Ray le , un volume in-12. Ses observations sont lourdes, ditiuses, présentées sans aucun o^^dre , et ne por-

DE LA ONZIÈME ÉDITION. xxv

tent que sur uu très-petit nombre d'articles -, mais il a , depuis , revu , corrigé , augmenté son travail 5 il a rangé ses notes par ordre alphabétique , et elles ont ainsi été réimprimées, comme je l'ai dit, à la suite de chacun des cinq volumes de l'édition faite en 1734, à Trévoux (sous le titre d'Amsterdam) , du Dictionnaire de Bajle. L'auteur s'y montre ultramontain , ce qui ne fait pas grand'chose ici 5 la nouvelle forme qu il a donnée à ses notes en a fait un ouvrage curieux et instructif. Aussi est-ce Leclerc qui a fourni au plagiaire Joly la plus grande partie de ses Remarques.

L. J. Leclerc renvoie quelquefois à la Bibliothèque de Richelet. Cette Bibliothèque ^ etc. , ou liste des auteurs cités dans le Dictionnaire de la langue française de Richelet , se trouve dans le premier volume de l'édition de ce livre faite à Lyon en 1727 , en trois volumes in-folio (35).

LEDUCHAT. Ses Remarques sur le Dictionnaire de Bayle sont aux pages 145-217 du tome i^r. du Ducatiana , 1738 , 2 volumes in- 12. Leduchat est , comme je l'ai fait voir (36) , l'auteur d'une partie des Remarques critiques ajoutées en

MARCHAND (Prosper), qui n'a consigné qu'un trèspetit nombre de critiques de Bayle dans son Dictionnaire historique ^ qui fut publié en 1758, par Allamand , deux parties in-folio , formant un volume assez mince , aura probablement fourni quelques-unes des Remarques critiques de 1720; mais rien ne m'a indiqué celles qui peuvent lui appartenir.

REM. CRIT. Les notes à la fin desquelles on trouvera ces abréviations sont celles qui furent ajoutées dans l'édition de 1720.

V. Comme dans les dernières éditions , les lettrines ont été employées pour les notes du texte , les chiffres arabes pour les notes des remarques. Les notes qui, dans les éditions antérieures , avaient des étoiles , des croix ou autres signes aujourd hui inusités , ont des étoiles entre parenthèses, avec des chiffres supérieurs lorsqu'il y en a plusieurs dans la même colonne.

C'est par des étoiles sans parenthèses et avec des chiffres supérieurs ^ au besoin, que j'ai indiqué les notes nouvelles. Lorsque les notes ajoutées portent elles-mêmes sur des notes ,

(35) La Bibliotheijue de Richelet , par Leclerc , a ete' le sujet d'une vio lente critique de dom Lecerf, qui fît insérer, en i73i , dans la Bibliolfii-i/ne

française, tome XV"! , pages 86-107, sa LeUre d un rciisicux hcnédictin , etc.

(36) Pai,'. xiij.

xxvj DISCOURS PRÉLIMINAIRE

elles sont tout simplement ajoutées au milieu ou à la suite , mais entre deux crochets.

Mes notes ne sont guère que le dépouillement des critiques dont j'ai fait Fénumération. Je me suis borné le plus souvent à de courtes indications.

Quelquefois j'ai trouvé les critiques amers de Bayle en défaut. C'était une bonne fortune dont je n'ai pas manqué de profiter.

Tout pénétré que j'étais de l'obligation de faire mes notes très-courtes, j'ai cédé à la tentation d'en étendre quelquesunes 5 je signalerai seulement celles des articles François I^''., Launoi, Longus, Louis XII, Ménage, Poquelin (Molière), et les deux du tome XV , page 439 et 446- J'avoue n'avoir mis ces deux dernières que comme remplissage, et pour que la dernière page du volume ne fût pas blanche.

Dans ma note ajoutée à l'article François I'^''. (tome VI, p. 56i ) j'ai rapporté de ce monarque une lettre citée par M. Dulaure (3^) d'après la Chronique manuscrite de Nicaise Ladani et les res^istres manuscrits du Parlement.

Cette lettre est une des deux que donne M. Delort dans Mes voyages aux environs de Paris (38). Son texte, un peu différent de celui qu'on lit dans l'ouvrage de M. Dulaure , mérite d'être rapporté -, le voici :

« Pour vous faire asscavoir Madame come se porte la reste » de mon infortune de toutes choses non mest demuré que » Ihonn et la vie qui est sajne et pour ce que an vostre ad- )) versité ceste novelle vous sera quelqs peu de reconfort , )) ay prie que Ion me leyssast vous escripre ceste ïetre ce que )) Ion ma aisément acorde vous supliaiit ne vouloir prendre » lestremite de vous mesmes , en usant de vostre acostumée » prudance. Car je ay espérance que a la fin Dieu no me » abadonera point, vous recomandant vostres petits enfans » et les miens. An vous supliant feres donner leur passage )) pour aller et revenir an Espagne au presant porteur , car )) il va devers lanpereur pour scavoir comad il voudra que » je sois traitté. Et sur ce me voys recomder humblement à » vostre bone grâce.

» Vostre très humble et très " » obeisant fylz

» François. »

(37) Htiloiie physù/ne , cirile et morale de Paris, Guillaume, I'*, édition, tome 111 , p^g'^s 4 et 5; seconde édition , tome 1\', pages 8(> et 87.

(38) 1831, deux volumes in-8". , tome H , p;igcs 177,^ 17g.

DE LA ONZIÈME ÉDITION. xxvij

D'après le texte de cette lettre , j'ai rangé dans les mots bien trouvés , mais qui ne sont pas vrais, le fameux Tout est perdu fors t honneur , qu'on attribue à ce pudibond monarque. Un critique (Sg) croit qu'rt moins d'être un docteur bien subtil tout homme de bonne foi ne trouvera aucune dijjdrence essentielle entre la phrase devenue proverbiale et les expressions de la lettre. Le critique pense que , pour le sens et le noble sentiment quils expriment^ les mots des deux versions présentent à t esprit la même chose. Cela peut être tout au plus pour le sens , mais non pour le sentiment , ou pour le caractère.

VI. Ce n'est pas seulement le préambule de rarlicle Achille que j'ai rétabli (4o) ; j'ai rétabli aussi le commencement d'une remarque de l'article Spikosa ( tome XIII , page 432 ).

Les nombreux lecteurs de Voltaire auront sans doute remarqué le passage de sa lettre à Cideville (en tète du Temple du goût) , où il liiit dire à un M. de*** « qu'en cherchant » (dans Bayle) l'article César ^ il n'avait rencontré que celui » de Césaiius, professeur à Cologne. » La manière dont Bayle a écrit ces deux noms les lui a fait placer à quelque distance l'un de l'autre •, c'est ce que n'a pas aperçu Voltaire. Cœsarius est le premier article de la lettre C; César est le soixante-douzième ; et le Napoléon romain a un article assez étendu , puisqu'il remplit 82 pages in-8°. La remarque de Voltaire m'a donné l'idée de mettre avant l'article C.tsAnius, un renvoi ainsi conçu : C.esar , voyez César. J'ai aussi, dans le tome XV, ajouté le renvoi : Zéa voyez ZiA.

Plus scrupuleux que le président Chasseneux , Bayle n*avait, dans la remarque B de son article Hélè>e, cité que les sept premiers vers sur les trente beautés d'une femme. Je sais très-bien que le lecteur français veut être respecté ; mais comme les vers sont en latin, je n'ai vu nul inconvénient k allonger la citation que faisait Bavle ; et je ne me suis pas permis cela deux fois.

VU. C'est à regret que j'ai laissé employer, dans les imparfaits et iiutres mots, les a au lieu des o; non que je blâme l'orthographe aujourd'hui généralement reçue, grâce à Voltaire 5 mais parce que Bayle loue avec raison (40 et conséquenunent recommande l'exactitude à suivre ponc-

(89) GazeUc (te France àw 16 décembre i^iZ. f |o) Voyez ci-dessus pages vij et viij. (40 Dans les articles Espagnet et Ossai.

xxvii) DISCOURS PRELIMINAIRE

tuellement toute Torthographe des auteurs qu'on reproduit.

La composition du premier volume était très-avancée quand on m'apporta les premières épreuves. Afin d'éviter les embarras , les frais , les retards , il me fallut consentir à ce qui était fait.

Pour une justification qui n'est pas la mienne , j'ajouterai qu'en fait d'orthographe les plus rigoristes ne se confoi-ment pas toujours, pour les auteurs du XVIP. siècle, à celle cju'ils devraient suivre d'après leur principe. Ainsi dans les éditions de Corneille et Racine , on n'imprime plus niqy, loy, roy, luy, icy, etc. , tels qu'ils ont écrit et imprimé , mais moi , loi , roi , lui , ici, etc.

J'ai du reste respecté ce que Bayle appelle l'orthographe d'érudition (42).

VIII. L'impression du premier volvime faite (aux a près) aussi fidèlement que possible sur l'édition de i'^4oj adonné lieu à quelques observations. Des savans se sont plaints de l'incorrection des passages grecs cités par Bayle. Pour être à l'avenir à l'abri de semblables reproches, je ne pouvais guère mieux m'adresser qu'au moderne traducteur d'Homère (43). Le plus âgé de nous deux n'a pas dix lustres, et notre amitié date de huit. C'est par pure amitié que M. Dugas-Montbel a non-seulement vérifié les citations , mais encore suppléé aux indications des citations qui étaient anonymes ou vagues. C'est de lui que sont entièrement les notes nouvelles qu'on lit aux pages 279, il'] , 335 du tome II , et autres de la même famille qui sont répandues dans les volumes suivans.

Malheureusement cet ami ne reste pas toujours à Paris. Pendant son absence on l'a remplacé comme on a pu. Dans les cas difficiles , j'ai eu recours au membre de l'Institut que la France peut opposer à ce que l'Allemagne et l'Angleterre possèdent de plus profond dans la littérature grecque. Mais la crainte d'être indiscret m'a empêché d'employer habiluellement les lumières de M= Boissonade , comme celles de mon ami Dugas. Si c'est à eux que l'on est redevable de la correction des citations grecques , quand on en rencontrera de fautives, on doit hardiment conclure qu'elles n'ont point passé sous leurs yeux.

(42) Voyev, tome XVI , page i-j , et ci-dessus page v.

(43) L'//(rtfZe d'Homère, iSiS, tleu\ volumes in-8°. : VOdysscc, suivie An la Bdtiachoiii.yomachie , îles IJ y tunes , «le Durera poèmes et jragmens attribues h Homère , 1818 , deux volumes in-8°.

DE LA ONZIÈME ÉDITION. xxix

IX. Quoique j'aie eu jusqu à présent l'usage d'acquérir, à mes frais , les livres nécessaires pour les travaux qui me sont confiés , je n'ai pas été sans profiter fréquemment de la complaisance de M. VanPraet, l'un des conservateurs de la Bibliothèque du roi. Ce. ll'est pas seulement aux instans où les lecteurs sont admis dans ce bel établissement que j'ai eu recours à M. Van Praet: hors des heures auxquelles la Bibliothèque est ouverte et même pendant le temps des vacances , je l'ai toujours trouvé disposé à m'être utile.

X. M. Desoer revoyait lui-même les épreuves avec beaucoup de soin. 11 vérifiait les renvois et a corrigé plus d'une erreur. Ce libraire , qu'on a surnommé l'Elzevier français , quoiqu'il ne fût pas imprimeur, s'était chargé spécialement delà table de l'édition. M. Desoer est mort le 16 avril 1823 à la fleur de son âge (44)? et c'est une perte pour la librairie fiançaise. Il est impossible de pousser plus loin que lui l'amour de son état. Aussi les amateurs ont-ils bien accueilli plusieurs de ses éditions. Son travail sur la table était à peine commencé quand il so sentit frappé de la maladie qui l'a enlevé. Peu de temps avant sa mort il prit le parti de la confier à un homme de lettres qui , après en avoir fait le quart , y a renoncé. C'est à partir delà lettre D inclusivement, que M. Champagnac a pris une tâche dont il s'est très-bien acquitté. Mais par la mort de M. Desoer et par cela même que le travail n'était pas de la môme main, c'est sur moi qu'est retombé le fardeau de revoir le tout et de faire les additions.

La liste alphabétique des articles, imprimée séparément dans les éditions précédentes , a été refondue dans la table des matières. Les mots qui sont le sujet d'articles dans le Dictionnaire sont imprimés en petites capitales. L'astérisque indique ceux qui contiennent des notes nouvelles.

Il ne faut pas croire que le travail de la table se soit borné à changer les chitlres indicatifs des volumes et des pages , et à faire quelques additions. Très-souvent les renvois étaient faux et ce n'est pas sans peine qu'on les a redressés. Les plus difliciles étaient mon lot. Aux deux exemples que j'ai cités (45) , je puis en ajouter un. Dans les éditions de i-Bo, 1^38 et 1740 , on lisait dans la table : « Saurin (Eliel. Il est mort le jour de Pâques, 8 d'avril. I. ^03. » Ce qui renvoie au tome i^'. , page 703. Les éditeurs de 1734, ici encore

(44) Jean-Théodore-Auguste Desoer était ne à Liège en 1788 ou 1789.

(45) Page XV.

sxx DISCOURS PRÉLIMIN. DE LA ONZIEME ÉDIT. etc. ont escobardé ^ ils ont supprimé les mots // est mort etc. Je croyais faire mieux qu'eux en mettant, de mon chef, ( au lieu de I. 708) i^oS , année de la mort de Saurin. Je ne fesaîs que rétablir le texte de 1720 , où la phrase dont il s'agit se trouve pour la première foi:*

Deux phrases cependant ont résilté à toutes mes recherches , dans les articles Ouvrages et Pandectes. Au lieu de les supprimer , j'ai préféré laisser en blanc un peu d'espace que rempliront les lecteurs qui trouveront ces articles.

Au mot Bibliothèque universelle, l'auteur de la table, après avoir indiqué un seul endroit du Diclionnaire , où le journal de J. Leclerc est cité , avait ajouté et passim alibi. J'ai supprimé ces trois mots latins qui ne servent à rien puisqu'ils ne donnent aucune indication. Mais, repentant de cette suppression , j'ai laissé ces mêmes mots dans les autres endroits où je les ai trouvés.

XI. Mon -intention était d'avoir des collaborateurs : je croyais ne pouvoir soutenir seul le fardeau. C'est donc uni quement par méfiance de moi-même , et non pas pour tromper les souscripteurs , que j'ai , dans le prospectus , parlé d'une société de gens de lettres. J'avais besoin de donner cette explication.

XII. Un ouvrage d'aussi longue haleine ne pouvait s'imprimer sans faute.

Optimus ille est

Qui rainiiuis urgelur.

Quelques personnes croient bien agir en taisant les leurs \ mais un éditeur de Bayle doit se rappeler les éloges que son auteur donne à la bonne foi de Sébastien Gryphius pour ses errata. Cet habile imprimeur les mettait àlaplus belle place où on ne manque jamais de jeter les yeux. C'est donc immédiatement après mou Discours préliminaire que je dois placer Y errata dans lequel je comprends toutes les fautes que j'ai aperçues jusqu'à ce jour , sans prétendre avoir relevé toutes celles qui existent.

A Paris, ce 1". mai 1824, anniversaire du jour où, en 1682, Pu} le commença sa Critique générale de t'IIiatoire Jucali'inisme-

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