COLA
continuer. Il se résigna chrétiennement aux ordres d'en-haut, et fut enterré en habit de cordelier dans l'église des Frères Mineurs de cette ville. La description qu'on a faite de son caractère peut persuader aisément que c'était un fort honnête homme, franc , sans envie , modéré , de belle humeur. Il ne se maria jamais , quoiqu'il eût aimé ou fait semblant d'aimer quelquefois. Il avait en ses jeunes ans résolu de se marier; mais, après avoir examiné profondément ce qu'il allait faire , il abandonna ce dessein , non pas tant par la crainte des incommodités domestiques , que par une certaine paresse naturelle qu'il se sentait (F) , qui le faisait succomber aux moindres soins. On ne dirait pas qu'un homme aussi enfoncé que lui dans les études de l'antiquité ait su chanter sur les instrumens les chansons qu'il faisait lui-même ; cependant il donnait quelquefois ce régal aux dames (G). On prétend que sur le chapitre de la religion il avait senti quelques avant-goûts de la lumière qui parut au siècle suivant (H). Il laissa ses livres à Adolphe Occo, natif de Frise , et médecin de la ville d'Augsbourg (b). M. Moréri n'a pas eu raison de dire qu'Erasme et Agricola firent connaissance à Ferrare (I). Le sieur Paul Freher n'a pas entendu tout ce qu'il a copié d'Érasme (K) à la louange d' Agricola. Nous apprenons du uiême Erasme qu' Agricola mourut pour n'avoir pas été secouru
l'âge de /juarante ans. Adagior. , Gliil. I , Ccnl. IV , iiuni. 39.
(A) Tiré dels\(i\z\\\ox Adam, Vit. Philos., pag. i3 et suiv.
AGRICOLA
assez tôt des médecins (L). Reu- <:hlin prononça l'oraison funèbre de ce savant homme (c).
M. Varillas nous fournira ici bien des fautes (M) , et nous donnera lieu de rapporter ce qui concerne la publication d'un des livres d'Agricola ; c'est celui de Inventione dialecticâ (N).
s'endurcissaient au travail , et s'abstenaient du vin et des femmes.
Qui sindel opiaiam cursu conlingere metain , Muha lulkfecilque puer: sudavil et alsil: JBSTINUIT VENERE ET VINO (3).
Cette abstinence fat insigne dans
(c) Valer. Andreœ Bibl. Belg. , pag. 798.
(A) // était de basse naissance. ] Je sais bien que dans la vie d'Agricola , parmi celles des professeurs de Groningue , on assure qu'il e'tait d'une des plus conside'rables familles de Frise :
Ex yii;ricolarum.J'ami,Ud apud Frisios inter honoratioras sernper habita , l'ir hic incomparabilis oriundus ; mais comme cette vie n'est point différente de celle qu'on trouve dans Melchior Adam , elle ne saurait balancer le témoignage d'Ubbo Emmius. Or, voici ce que dit Ubbo Emmius, l'homme du monde qui connaissait le mieux son pays de Frise : Obscuris natalibus apud Ba/lnos ortus ( Rodolphus Agricola ) tantum sibi in literis jiomen paravit per oninem Europant, ut., etc. (1).
On (2) m'a indiqué deux preuves du sentiment d'Emraius dans les lettres d'Agricola. L'une est que sa sœur utérine fut envoyée à Groningue , pour appi-endre à travailler en pelleterie , pellicea opéra et texturam puli^inariam ; l'autre est que le père de cette fille était receveur de l'église de son village. Il fut fort désolé lorsqu'un de ses fils déroba la somme de cent florins des deniers de cette recette : f^enit ad me nudius tertius pater tuHs turbatus et geniens , et propè cuni lacrimis questus est mihi , Henricum fralrem nostrum pridiè ejus diei clam sibi abstulisse centum, ftorenos ûostrœ monetœ ex pecunid sacra , cujus curam , ut scis , ille gerit. Notre Rodolphe étant à Groningue , écrivit cela à Jean , son frère utérin,
(B) Comme un athlète ; je feux dire auec beaucoup de sobriété , de chasteté et d'application au travail. ] Les anciens remarquent que les athlètes
(i) Ubbo Emmius , Histor. Fris.
ad ann. 1490 , pag- h^'r (2) M. de la Monnaie.
Ub. XXX,
rare à l'égard du premier point , au pays où il vivait : Louanii fixil honestissimc , ab nmni compotatione ac comessalione cnntra gentis suœ morem.
alienissimus. Tantus erat in eo bonarum literarum amor , tam indefessum studinm, ut turpis f^eneris fornices et lustra ne nouerit quidem (4). Elle était rare partout, et l'est encore à l'égard de l'autre point. Car, à la honte du christianisme et des lettres , on ne voit presque partout dans les écoliers qu'un penchant horrible à la débauche. Ils ne valaient peut-être pas mieux anciennement j et en ce cas-là , je m'étonnerais qu'on n'et\( pas mis en proverbe, sine f^enere et Baccho J'rigent Musœ , comme l'on y mit , sine Cerere et Baccho friget f^enus. Il semble que depuis long-temps la jeunesse qui étudie se conduit comme si la première de ces deux maximes était véritable.
(C) Et s'arrêta deux ans (5) à Fer" rare. ] Il y apprit le grec , et y enseigna le latin : il disputait avec Guarin, à qui écrirait le mieux en prose ; et avec les Strozza , à qui ferait mieux des vers : et pour ce qui regarde la philosophie , il en discourait avec Théodore Gaza (6).
(D) Ce fut l'an 1482 qu'il alla au Palatinat ; il y passa tout le reste de sa fie.^ Melchior Adam l'assure : Cum hoc (Joanne Camerario Dalburgio) ab a?ino xl^^i parlhn Heidelbergœ , parthn Wormatiae, ad ultinium vitœ ac-, tum usque l'ixit conjunctissimè (^).
Mais M. de la Monnoie l'a trouvé en faute ^ car voici ce qu'il me marque : « Rodolphe Agricola , dans une lettre » qu'il écrit Jacobo Barbiriano , mal » datée de XCII au lieu de XXCII, et » dans une autre de même date à Jean » son frère , dit qu'en un voyage qu'il » fit cette même année à Heidelberg , » il donna sa parole à Jean d'Alburg ^
(3) Horat. deArle Poët., vs. 412 el seq.
(4) Melch. Adami Vitffi Pbilosoph. , pag. i5.
(5) En 1476, et 1477.
(6) Valerii Andreae Bibl. Belg. , pag. 798.
(7) Melcb. Adami Vilse Pbilosopb., pag. 16.
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chancelier du comte palatin, et évê-
aue deVormes, de retourner auprès e lui l'année suivante. On reconnaît cependant par ses autres lettres , qu'il n'y retourna point avant le milieu de l'année i484' Ainsi , le calcul de Vossius, pag. 566. de Hist.
lai. touchant les trois ans de la régence de Rodolphe à Heidelberg (8), n'est point juste. Sigismond de Foligni , autrement Sigismundus Fulginas , se trompe aussi , quand il dit que Rodolphe mourut en chei^ min , au retour de Rome en son pays. Rodolphe partit de Rome en i48o , et mourut cinq ans après à Heidelberg. On ne voit point par la lecture de ses OEuvres , qu'il ait fait ) àVormes la fonction de professeur.»
Ou a une lettre de Pierre Schottus , datée du i8 de février i484 , dans laquelle il témoigne qu'il avait appris avec beaucoup de plaisir qu'Agi'icola avait commencé de faire des leçons à la jeunesse dans Heidelberg. Argen-
tinam reuersus , cUm intellexissem
te Heidelbergœ cœpisse purgare et linguas juvenum et aures , ut illce nil scelerosuiu balbutiant , hce uerb luis tam perilis et dulcibus elegantiis delibatœ , omnes illas sciolorum insulsas et uerbosas ineptias quasi niagicas incantaliones déclinent : tàm ego t^eAementer sum gadsus (g) .
(E) Il commençait a y faire de bons progrès. ] On sait de lui-même , qu'au commencement cette étude lui parut
très-difficile : Studia Hebrœa pri-
miini ei plurimiim negotii , uti scribit ipse , exhibuerunt , ut sibi i^ideretur cum Antceo luctari ( i o) . Ensuite ayant rencontré un Juif qui entendait pas- .sablement celte langue , il alla en peu de mois jusqu'à pouvoir traduire sans fautes quelques psaumes de David :
JVactus Judœuni ejus linguœ ulcunque peritum paucis niensibus tantiim profecit, ut aliquot psalnios Da^'idicos in latinam linguamcitra culpam transtulerit (il). Il n'y a pas là de quoi dire avec Vossius , qu'Agricola était
(8) Notez que Melcb. Adam ne dit point ^«'Agricola ait jamais enseigné la philosophie dans Heidelberg. Vossius suppose qu'il l'j enseigna trois ans.
(f)) Cenluria Epistolarun Philologicarum à Goldaslo editarnm , pag. 55 , 56.
(lo) Melcli. Adami Yitœ Philosoph. , p. 18.
(ij) Id. ibid., pag. ig.