COLA
très-docte en hébreu , hebraicè doc tissimus (12) : on peut , sans faire injustice, dégrader ce superlatif, et le traiter comme un cavalier que l'on démonte , pour l'incorporer dans l'infanterie. Gesner a mieux distingué que Vossius : celui-ci a mis le superlatif au latin, au grec et à l'hébreu d'Agricola, indifféremment; mais voici comment Gesner s'est exprimé : Grœci et latini serinonis peritus , et Hehraïcce linguœ non ignarus (i3). 11 emprunte de Trithème ces paroles. Konig enchérit sur Vossius ; car il se sert du superlatif eflZ/e«ù.ssiffiHi. Voyez ci-dessous la troisième faute de Varillas. Remarquons aussi que Trithème ne parle point exactement lorsqu'il assure qu Agricola avait fait une traduction du psautier sur l'original hébreu (i4) ; car on ne met point parmi les ouvrages d'un auteur les thèmes qu'il fait en apprenant une langue. Or, il est manifeste que la traduction que faisait Agricola de quelques psaumes de David , était un thème que son Juif lui corrigeait. Ce Juif s'était converti à la religion chrétienne. Jean d'Albuig , évêque de Worms (i5), ne l'entretenait chez lui que pour l'amour d'Agricola , si nous en croyons Valère André : Primus exsulantes è Gernianiâ grœcas restituit litteras, quibus œtale prouectior etiam Uebraïcas adjecit, prœceptore usus Judœo quodani adjidem com^erso, quem fVormatiensis episcopus Joannes d'Alburgius, solius Rodolphi causa, demi suœ alebat (16).
(F) Par une certaine paresse naturelle qu'il se sentait. ] Comme je ne saurais atteindre à la force de ses expressions , je rapporterai les mots grecs dont il se servit : Uxorem nunquain duxit •' quanquam in priore œtate duclurum destinârat. Sed posleaquam incepit diligentiiis se ipse introspicere, auersus est ab eo consilio , non incommodis rei œconomicœ , sed deterruU ipsunigenus vitœ suœ et animus lei^is^ simis etiam curis iinpar , kai <^iKïi3-i/X'^^ Ti tÎÎç 4>y3-ia)ç (^verha sunt ipsius , epistolâ quâdam ad Capnioneni) Myi/n£x>.ùv
(12) De Histor. Latin., pag. 566.
(i3) Gesnerl Bibliolh. , folio 585.
(i4) Jpud Valerinm Andr. , Bibl. Belg. , p. ■jgS. Gesner l'assure aussi.
(i5) Et non d' Heidelberg, comme dit BuUart, Académie des Scienc, tom. I, pag. 276.
(i(l) Valer. Andréas, Bibl. Belg. , fag- 'jgS.
AGRICOLA. 285
à.TTfia.yfAOs-ùvit xsti jxt^ufAici tiç vetvroç tou lies de la Théologie, et même dans les
fiiov (17). questions de la grâce. La langue grec-
(G) // donnait quelquefois ce régal que n'est-elle pas une des plus nobles
aux dames. ] Voici corame parle son parties de la littérature ? Je ne sais où
historien : Puellas amare se nonnun- M. Morëri a lu qu'Agricola fut syndic
quam siniulab'at , ueriiiu nunquam de- de la ville de Gronineue pendant
peribat. In earuni grutiam uernaculd deux ans *.
lingud quœdam carmina scripsit ele- (K) Tout ce qu'il a copié d'Érasme gantissiniè : quœ inrginibus primariis- (21).] 11 applique à notre Acricola ce que amicis prœsenlibus t'oce et testU' qu'Erasme a dit d'un autre. Il faut dîne modulatissimè canebal (18). l\ en- savoir qu'Erasme, ayant bien loué tendait toute sorte de musique : Ca- Agricola , confesse qu'une des raisons nebat i^oce , flatu , pulsu (19). qui le rendaient si enclin A lui donner (H) Quelques afant-godts de la lu- des éloges, était que lui Érasme avait mière qui parut au siècle suiuant, ] eu pour maître un homme (22) qui Quelqu'un qui avait oui discourir en- avait été' disciple d'Agricoîa (28). Làtre eux Agricola et Wesselus témoi- dessus , il nous étale le mérite de cet gne qu'ils déploraient les ténèbres de homme, et il dit entre autres choses l'Eglise, et qu'ils blâmaient la messe, que l'envie même ne le pourrait crile célibat , et la doctrine des moines tiquer en chicanant, que d'avoir trop sur la justification parles œuvres(2o). méprisé la renommée , de s'être peu (I) M.^Moréri n'a pas eu raison de soucié de l'avenir, et de n'avoir rien dire qu'Erasme et Agricola firent con- écrit que par forme d'amusement. Frenaissance a Ferrure.'] La preuve en her rapporte cette remarque, comme est facile à donner. Erasme naquit si elle concernait Agricola : par où il l'an 14^7. Il étudiait à Deventer à attribue à Erasme une fausseté- car l'âge de douze ou treize ans. Agri - les œuvres d'Agricoîa recueillis en un cola était à Ferrare, l'an 1476 et i477- corps (24) , et imprimés à Cologne, Comment donc aurait-il pu contracter l'an iSSg, font foi qu'il a écrit beaudans cette ville une amitié éternelle coup de choses avec soin, et avec avec Erasme ? Si M. Moréri avait lu le toute son industrie, prognostic d'Agricoîa touchant Eras- (L) // mourut pour n'avoir pas été me, il n'aurait pas dit que ce fut à secouru assez toi des médecins.] Voici Ferrare qu'ils se connurent. Agricola ce qu'Erasme nous en apprend ; on ne était revenu d'Italie, lorsque, ayant lu sera pas fâché de le voir dans ses proies thèmes des écoliers d'Hégius à près termes : f^eluti si quis in morbo Deventer, il trouva je ne sais quoi capitali medicuni opperiatur insignem dans celui d'Erasme, qui lui donna aut procul accersenduni; quœ res hoenvie de voir cet enfant ^ et après l'a- minem illum uerè diuinum extinxit voir bien considéré , il dit que ce se- Rodolphum Agricolara ; etenim, dùm rait un grand homme. Érasme n'avait cunctaturmedicus,morsantevertit(25). pas vingt ans lorsque Agricola mou- (M) M. f^arillas nous fournira ici rut; et il n'était point encore sorti des bien des fautes.] 1°. Agricola, dit-il ténèbres où des tuteurs impertinens {'^Q), eut lamémoiresii'aste, qu'il ne lui l'avaient détenu : il ne pouvait donc échappa jamais rien de ce qu'il aidait pas y avoir entre lui et Agricola cette une fois retenu. C'est une hyperbole amitié dont M. Moréri parle. Voici, dont je ne trouve nul fondement dans pour n'en faire pas à deux fois , quelques autres méprises de cet écrivain. * Joly reproche U Bayle de critiquer More'- Agricola , dit-il , était sa^'ant en tout '' ' ^' '^'' ■?"' le fait du syndical est rapporte'
genre de littérature, et même en la lan- IZ nlJ"^ Adam; mais M. Adam ne parle
" r\, . -n T . r"^ ae sa auree de deux ans.
gue grecque, L est comme si 1 on disait, (21) Dans son Theatrum Viror. eruditor. , ;:,.
un tel est suivant dans toutes les par- '430.
(22) Alexander Hegius.
(17) Melcb. Adami Vitœ Philosopli. , pa?. 10. (^3) Erasmi Adagiorum Cl>iliade/,cenr«r. IF,
Forez aussi layied'\^T]coU, parmi celles des ""™- 39 , P«ff- i45-
professeurs de Gronineue. ^^'<'' ^«'■'" ^oins d Alard d'Amsterdam. Elles
•■omprennent deux volumes in-!,.
/,o^ ivT I i- * j • \r-t r>i -1 1- o '-^'ftf^f i:ii.itcni ueux volumes in-d.
(18) Melch. Adami Vilœ PhilosODh. , pflif. 18. i'„<:i v„ „ »j -i^i- Vrr rrr
, ; ,,., ■• "^ ° (=5; brasm. Adagior. Cliil. III, cent. III,
{iQ) Ibid. num. 62, pag. ';oi
(20} Ibid., et Vitœ Professorum Groningens. (2G) Varillas ,'Anecdoles de Florence, p. 184.
AGRÏCOLA.
l'histoire de ce grand homme, encore que l'on s'y soit fort étendu sur ses talens. Aurait-on oublié celui-là, qui est le plus extraordinaire qui se puisse voir? 2°. // deuint sat^anljui qu'au prodige, arec des liures d'emprunt, et sans maître. L'hyperbole est ici accompagnée d'une fausseté palpable : car nous lisons dans sa vie, qu'il fut envoyé de très-bonne heure au collège (27) , et qu'après l'étude de la grammaire, il alla étudier à Louvain, où il logea au collège du Faucon , et y fît toutes les fonctions d'un écolier de philosophie : et il s'attacha d'ailleurs à quelques personnes qui avaient du goût pour la belle latinité. A Ferrare , il fut un auditeur assidu de Théodore de Gaza : Ibi Theodorum Gazant Aristotelis scripta enarrantem diligenter audii>it (28). II est bien vrai que dans ses voyages il ne portait avec lui que peu de livres, et que laissant le reste de sa bibliothèque chez ses amis, il se servait de livres d'emprunt, selon qu'il en avait besoin ; mais, outre qu'il n'y a point d'homme de lettres qui n'en use ainsi en voyageant, oserait - on dire qu'Agricola a tout appris pendant ses voyages? 3°. Il commença ses éludes par où les autres m'aient accoutumé de les finir , c' est-a-dire , par la langue hébraïque. Il la t'oulut savoir, non-seulement dans sa pureté, mais encore avec toutes les altérations que le temps et le raffinement des rabbinsy ont produites. Il eut le même soin de s'introduire en la langue grecque. . . Enfin, il se mit au latin, sans auoir égard aux remontrances de ceux qui prétendaient l'en dissuader, sur ce que V habitude d'écrire et de prononcer l'hébreu semblait avoir introduit dans son esprit de l'incompatibilité avec les phrases et les expressions romaines.
Où est l'homme qui puisse lire cela sans étonnement , s'il sait que notre fiodolphe n'apprit l'hébreu qtie peu d'années avant sa mort, et que les progrès qu'il y fit furent médiocres (29)?
Je m'imagine que M. Varillas a été trompé par ce latin. Transisti enim ,
(27) Puer admodiim in liidum lillerarium mùssus. Ailami Vit» Philosoph. , pan,, l'i.
(28) Ihid. , pas- ï5.
(2g) Voyez ci-dessus ta remarque (E), et joignez-y ces mou d'Erasme : Extreino vilœ tempore ad liUeras Ilebraïcas..- totuin aniinum appuierai. Erasm. Adaglor. Cbiliad. /, cent- IV , num. 39 -ipag. i/JS.
c'est une apostrophe à Agricola, he braïcas ,grœcasque litteras usque adeà stupendâ celeritate , ut nequaquam Gruningiœ in ultimâ Frisid, sed Hierosolymis Athenisque natus ac educatus à doclissimis crederêre. Lalinas porro tantdjélicitate didicisti, docuistique , ut , etc. (3o). Voilà pourquoi ,' ce me semble , M. Varillas s'est imaginé qu'Agricola apprit d'abord la langue hébraïque , puis la grecque , et enfin la latine , et qu'il composait et parlait souvent en hébreu 4°- ^^ fit un progrès si surprenant dans le latin, qu'Erasme , si peu accoutumé à louer en autrui les richesses qu'il possédait , ne se pouvait lasser de l'admirer , principalement après qu'il eut donné au public ses Commentaires , si polis et si dignes du siècle d'' Auguste, sur la Rhétorique et la Logique d' Aristote. Erasme était si peu de chose lorsque Agricola mourut , que c'est mal chercher les progrès de son admiration , que de les chercher dans les années qui ont précédé la mort d'Agricola. C'est d'ailleurs un anachronisme que de dire que cet illustre Frison a vécu jusqu'au temps que la possession des belles-lettres empêchait Erasme de les louer en autrui.
Voici encore deux observations. Les Commentaii'es sur la Logique d'Aristote ne parurent qu'après la mort de l'auteur. C'est Erasme qui nous l'apprend, et qui dit même qu'ils étaient tronqués : Latitabant apud nescio quos Commentarii Dialectices ; nuperin publicum prodierunt , sed mulili (à\). A coup sûr, ce n'est pas dans cet ouvrage qu'on peut admirer le latin d'Agricola, ni les manières polies du siècle d'Auguste. 5". L'électeur palatin-, fit venir Agricola à Ueidelberg... lui donna la première chaire pour l'éloquence dans V université... et le fit son conseiller d'état. La Vie d'Agricola , ni parmi celles des professeurs de Groningue , ni dans Melchior Adam , ne dit rien de tout cela. C'est à l'évêque de Worms qu'elle attribue d'avoir attiré Agricola au Palatinat.
(N) C'est celid de Inventione dialecticâ. ] Voici une remarque qui m'a été communiquée depuis la pi-emière édition. « Rodolphe Agricola n'a fait
(3o) Paul. Jovius, Elegiorum cap. XXXII- (3i) Erasm. Adaglor. Chil. /, cent. IV, num. -9 1 P<^S- ^45.
» nuls Commentaires règles sur la Lo- » gique ni sur la Rhétorique d'Aris- » tote. Nous n'avons de lui que les j> trois livres de lin'cnlione dialecticd, ■» imprimés premièrement à Louvain, » l'an i5i6, par les soins d'Alard » d'Amsterdam . qui les publia en » mauvais ordre, tels qu'il les avait )) pu recouvrer. Quelque temps après, » un certain Jacques le Febvre , de » Deventer, fit courir le bruit qu'il » avait un manuscrit de Infentione )) dialecticd , plus ample de trois li- » vres que l'édition de Louvain. C'é- )> tait un mensonge. Alard , qui alla )> trouver exprès ce le Febvre à De- » venter, ayant vu son manuscrit , ne }> le trouva ni plus ample, ni plus cor- » rect , que celui sur lequel l'édition » de Louvain avait été faite. 11 en fit >) des reproches à le Febvre, qui s'ex- » cusa comme il put, quoique assez » mal. Depuis l'an iSaS , Pompée )) Occo, ayant eu de la succession d'A- » dolphe son oncle le propre manu- » scrit d'Agrii ola , le mit entre les » mains d' Alard, qui , l'ayant reconnu M bien complet et bien conditionné , » le fit imprimer à Cologne, in-4°M avec » de longs commentaires , l'an iSSg.
)) Quelques années auparavant, Jean )) Matthieu Prissemius , à qui Alard !» avait communiqué son manuscrit , i> l'avait fait imprimer en la même M ville , commenté de sa façon. Cet » ouvrage, qui est le chef-d'œuvre de " Rodolphe , a toujours été générale- '» ment estimé, pour l'exactitude du j) style ( 32 ) et du raisonnement. » Ceci vient du même lieu que l'observation contenue dans la remarque {D) (33j.
(32) Tout cela peut être vrai , encore que cet Ouvrage soilforl éloigné Aes manières polies du siècle d'Auguste, et qu'il soit même moins éloquent que d'autres pièces trAgricoIa.
(33) Oesl-à-dire , de M. de la Monnaie.
AGRIPPA ( Hexri Corneille ) , grand magicien , si l'on en croit beaucoup de gens (A) , a été un fort savant liomme dans le seizième siècle. Il naquit à Cologne le i4 de septembre i486 (a) , d'une famille noble et ancienne
(a) Agrippa, Epistola XX^f , lib. Vil, pag. io4l , cdil. Lugd. , in-8.
IPPA. 287
(B). Voulant marcher sur les traces de ses ancêtres {h) qui , depuis plusieurs générations , avaient exercé des charges auprès des princes de la maison d'Autriche, il entra de fort bonne heure au service de l'empereur Maximilien. Il y eut d'abord un emploi de secrétaire ; mais comme il était aussi propre à l'épée qu'à la plume, il prit ensuite le parti des armes , et servit sept ans cet empereur dans l'armée d'Italie (C). Il se signala dans plusieurs rencontres , et il obtint en récompense de ses beaux faits le titre de chevalier. Il voulut joindre à ses honneurs militaires les honneurs académiques (D) : il se fit donc recevoir docteur en droit et en médecine. On ne peut nier que ce ne fût un très-grand esprit , et qu'il n'eût la connaissance d'une infinité de choses et de plusieurs langues (E); mais sa trop grande curiosité , sa plume trop libre et son humeur inconstante le rendirent malheureux. Il changeait éternellement de poste ; il se faisait partout des affaires , et , pour comble d'infortune , il s'attira par ses écrits la haine des gens d'église. On voit par ses lettres qu'il avait été en France avant l'année iSoy (c) , qu'il voyagea en Espagne l'an 1 5o8 {d) , et qu'il était à Dole en 1 5og (e). Il y fit des leçons publiques (F) qui le commirent avec le cordelier Catilinet. Les moines , en ce temps-là , soupçonnaient d'erreur ou d'hérésie tout
[b) Agrippa, Epist. Xrin, lib. VI, pag. 970 , et Epist. XXr. lib. VII, pag. 1021. Voyez aussi pag. ']'6Q.
ic) Aprippa, Epist. /, lib. I.
[di Epist. X, lib. /.
(e Epist. XVir. lib I.
288 AGRIPPA
ce qu'ils n'entendaient pas; com- et à Turin (k). Il fit des leçons meut auraient-ils soufl'ert qu'A- sur Mercure TrismegisteàPavie, grippa expliquât impunément le l'an i5i5 (/). Sa sortie de cette mystérieux ouvrage de Reuchlin ville , la même année ou l'année de T'erho mirifico ? Ce fut la ma- suivante , tint plus de la fuite que tièredes leçons qu'il fît à DôIe, en de la retraite. Cela paraît par sa l'année 1 5oc) , avec un fort grand lettre XLIX du premier livre éclat. Les conseillers même du comparée avec la LU. Il avait pari ementl'allaient entendre (y), dès lors femme et enfans (H). Il Pour mieux s'insinuer dans la fa- paraît par le second livre de ses veur de Marguerite d'Autriche , Lettres que ses amis travaillèrent gouvernante des Pays-Bas , il fit en divers lieux à lui procurer alors le Traité de V Excellence quelque établissement honorable, des femmes {g) ; mais la perse- ou à Grenoble ou à Genève, ou à cution qu'il souffrit de la part Avignon, ou à Metz. Il préféra des moines l'empêcha de le pu- le parti qui lui fut offert dans ce blier. Il leur quitta la partie et dernier lieu , et je trouve que , s'en alla en Angleterre (A), oii il dès l'an i5i8 {m) , il y exerçait travailla sur les épîtres de saint l'emploi de syndic , d'avocat et Paul (/) , quoiqu'il eût entre les d'orateur de la ville {n). Les permains une autre affaire fort secrè- sécutions que les moines lui suste. Étant repassé à Cologne, il y fit citèrent, tant parce qu'il avait des leçons publiques sur les ques- refuté l'opinion commune toutions de théologie qu'on nomme chaut les trois maris de sainte qiiodlibetales y après quoi il alla Anne , que parce qu'il avait proi oindre en Italie l'armée de l'em- tégé une paysanne accusée de sorpereur Maximilien, et y de- cellerie (I),lui firent abandonmeura jusqu'à ce que le cardi- ner la ville de Metz. Ce qui le nal de Sainte-Croix l'appelât à poussa à écrire sur la monogamie Pise. Agrippa y aurait fait pa- de sainte Anne fut de voir que raître ses talens en qualité de Jacques Faber d'É tapies , son théologien du concile , si cette ami , était mis en pièces par les assemblée avait duré. Ce n'eut prédicateurs de Metz, pour avoir pas été le moyen de plaire à la soutenu ce sentiment (o). Agripcour de Rome, ni de mériter la pa se retira en son pays de Colo— lettre obligeante qu'il reçut de gne , l'an ïSao , quittant volon- Léon X (G) , et d'oii nous pou- tiers une ville que ces inquisivons conclure qu'il changea de teurs séditieux avaient rendue sentiment. Il enseigna depuis pu- l'ennemie des belles-lettres et du bliquement la théologie à Pavie véritable mérite (p). C'est la des-
( y) Voyez son Expostulatio cum Joanne Catilinelo , Fratrum Franciscauorum per Burgundiam Provinciali Minislro. Operum lomo II , pag- 5o8.
[g) Voyez VÉ pitre dédicatoiredece Traité, datée d' 'invers an mois d'avril 1629.
(h) C'est de Londres //ne son Expostulatio c.it datée , en l5lo.
(1; Agrippée Defensio Proposit. , pag-. SOfd,
(h) Id. ibid. , pag. 5q6 .
(/) Agrippa, Operura tom. Il , pag. \0']j.
{m) Agrippa , Epist. XII, lib. II.
(n) Voyez sa IV'. Harangue , Operum ioin. II, pag-. 1090.
(o) Epist. XXV, lib. II, pag. 743. Voyez aussi pag. 746.
(p) Epist. XXXII , lib II , pag. 749.
AGRIPPA. 289 tinée de tous les pays où pareil- des clio^es plus importantes. La les gens s'inipatronisent, de ([uel- dame prit en mauvaise part cette que religion qu'ils soient. Il sor- leçon [y) ; mais elle fut encore tit de sa patrie l'an 1021 , et s'en plus irritée lorsqu'elle sut que alla à Genève {q) ; il n'y gagnait l'astrologie d' Agrippa promettait pas beaucoup d'argent , puisqu'il de nouveaux triomphes au couse plaint de n'être pas assez riche nétable de Bourbon (K). Agrippour faire un voyage à Chambéri pa , se voyant cassé , murmura , (/•), afin d'y solliciter lui-même pesta, m.enaça (L,, écrivit, et la pension qu'on lui faisait espé- dit tout ce que son humeur mal— rer du duc de Savoie. Cette es- endurante lui suggérait; mais enpérance n'aboutit à rien, et alors fin il fallut songera un nouvel Agrippa sortit de Genève et s'en établissement. Il jeta les yeux sur alla à Fribourg en Suisse {s) , le Pays-Bas, et ayant obtenu à l'an 15^3 {t), pour y pratiquer Paris , après une infinité de loula médecine comme il avait fait gueurs, le passe-port qui lui était à Genève. L'année suivante, il nécessaire, il arriva à Anvers au s'en alla à Lyon , et obtint une mois de juillet iSsS (z). Une des pension de François I*"^ Il en- causes de ces longueurs fut la tra chez la mère de ce prince en brusquerie du duc de Vendôme , qualité de médecin ; mais il n'y qui , au lieu de signer le passefit point fortune, et ne suivit pas port , le déchira , en disant qu'il même cette princesse {u) lors- ne voulait point signer pour un qu'elle partit de Lyon , au mois devin {aa). En l'année iSac), d'août 1 520, pour aller mener sa Agrippa se vit appelé tout à la fille sur les frontières d'Espagne, fois par Henri , roi d'Angleterre, On le laissa morfondre à Lyon, et par le chancelier de l'empereur , implorer vainement le crédit de par un marquis italien et par ses amis pour le paiement de ses Marguerite d'Autriche , gouvergages. Avant que de les toucher nante du Pays-Bas [bb]. Il choiil eut le chagrin d'être averti sit ce dernier parti , et accepta la qu'on l'avait rayé de dessus l'état charge d'historiographe de l'em- (cc). La cause de sa disgrâce fut pereur que cette princesse lui fit qu'ayant reçu ordre de sa mai— donner. Il publia pour prélude tresse de chercher par les règles l'Histoire du gouvernement de de l'astrologie le cours que les Charles-Quint , et bientôt après affaires de France devaient tenir, il fallut qu'il fît V Oraison funèil désapprouva trop librement bre de cette dame , dont la mort que cette princesse voulut l'ap— fut en quelque manière la vie de pliquer à ces vaines curiosités , notre Agrippa; car on avait ter— au lieu de se servir de lui dans , , „ . , ^^^1^7 1 u ■ iir or
[y) Epist. WXVll librily y pag. ODÇ ,
(7) Epist. r///,6W//f,pag>. 784. ''T 'T^^'^'^v ■ , rr/A • ir ^,
^IJ v ' r o / -t /., Agrippa, tpist. Zi /(orj ^, pûj». QJ2.
^ ' " ' r •» /»-t (^^ Conspeclo , sive aiidito nomme meo ,
{s)Etnonj>as en Brisgaw , comme dit prœcipiti ira repente dirupil papynim totam,
JMelcb. Adam. inquiens , se nequaquàm signaiurum in fa-
(t) Agrippa, Epist. XLI libri III, et seq. ^,orem divinatoris. Epist. XXX libri V , p.
(u) Epist. LXXIX Itbri III, pa^. 828. 920.
(a-) Epist. LU libri ir , pag. 809, 'bh) Epist. LXXXir libri ?' , pa». 9a,
TOHE I. 19
ribleraent prévenu contre lui l'esprit de cette princesse (M). On lui rendit les mêmes mauvais offices auprès de sa majesté impériale (ce). Le Traité de la Inanité des Sciences , qu'il fit imprimer en i53o, irrita furieusement ses ennemis {dd). Celui qu'il publia bientôt après à Anvers (ee) , de la Philosophie occulte [ff) , leur fournit encore plus de prétextes de le diffamer.
Bien lui valut que le cardinal Campège , légat du pape , et le cardinal de la Mark , évoque de Liège , parlassent pour lui igg).
Leurs bons offices ne firent pas qu'il put recevoir un soude sa pension d'historiographe, et n'empêchèrent point qu'il ne fût mis dans les prisons de Bruxelles l'an i53i (lih). Il n'y demeura pas long-temps. Il fit une visite l'année suivante à l'archevêque de Cologne {ii) ; il lui avait dédié sa Philosophie occulte , et il en avait reçu une lettre remplie d'honnêtetés (kk). La crainte des créanciers fut cause qu'il se tint dans le pays de Cologne plus long— temps qu'il n'aurait voulu (//). Il s'opposa vigoureusement aux inquisiteurs qui avaient fait arrêter l'impression de sa Philosophie occulte , lorsqu'il en faisait faire à Cologne une nouvelle édition , corrigée et augmentée.
Voyez la XXYP. lettre de son septième livre, et les suivantes.
(ccl Epist. -VF libri VI , pag. 96g.
(drfj Kpist. XX lihri VI , pnf^. ^-j^.
lee)E^isl. XIV lil/rt VI, pat;. 968.
\ff) Voyez la remarque (Qi.
(/?•§■) Agrippa, JCpisl. XX libri 7'/, pag^. 9^5; EpisL XII libri VII, pag. loIO; Epist. KXI libri VII , pag. 1022.
{hhj Epist. XXIII libri VI, pag. 980.
iii) Epist. VI libri VII.
(Ik) Epist. / libri VII.
(IF) Epist. X.\7 libri VII, pag. 1024.
IPPA.
En dépit d'eux , on acheva l'impression ; c'est celle de l'an 1 533.
Il se tint à Bonn jusqu'en l'année i535. Alors il eut envie de retourner à Lyon. On l'emprisonna en France pour quelque chose qu'il avait écrit contre la mère de François \" . ; mais il fut élargi, à la prière de quelques personnes , et il s'en alla à Grenoble oii il mourut la même année 1 535 (m/??). Quelques-uns disent qu'il mourut à l'hôpital ; mais, selon Gabriel Naudé, ce fut chez le receveur général de la province de Dauphiné , le fils duquel a été premier président de Grenoble {nn). M. Allard , page 4 de laBibliothéque de Dauphiné, assurequ' Agrippa mourut à Grenoble , dans la maison qui appartient à la famille de Fer-~ rand , rue des Clercs , qui était alors au président T^achon , et qui! fut enterré aux Jacobins.
Il vécut toujours dans la communion romaine : ainsi on n'a pas dû dire qu'il a été luthérien (N). Je ne crois point qu'il ait écrit pour le divorce de Henri VIII (0). Quant à la magie dont on l'accuse , je consens que chacun en croie ce qu'il voudra. Une chose sais-je bien , c'est que les lettres qu'il écrivait à ses intimes amis , sans prétendre qu'elles fussent un jour imprimées, portent toutes les marques d'un homme stylé aux réflexions de religion et au langage du christianisiue.
Ses accusateurs n'ont pas été bien informés de ses aventures (P) , et cela énerve leur témoignage.
{mm) Joh. Wierus , de Magis , cap. V , p»
{nn) Naudé , Âpolog. des grande Hommes , pag. 427.
AGRIPPA. agi
On aura lieu d'être surpris âe II ne faut pas oublier la clef leurs bévues , et de l'effet qu'ils de sa Philosophie occulte. Il la ont produit , nonobstant la né- gardait uniquement pour ses gligence avec laquelle ils ont re- amis du premier ordre, et il l'excherché les faits. Après tout, s'il pliquait d'une manière qui n'est a été magicien , il est une forte guère différente des spéculations preuve de l'impuissance de la de nos quiétistes (V). Disons aussi magie; car jamais homme n'a que l'édition de ses œuvres faite échoué plus de fois que lui , ni à Lyon , en deux volumes inné s'est vu plus souvent que lui 8°., est mutilée dans un endroit* dans la crainte de manquer de qui pouvait déplaire aux gens d'épain. Les financiers de Fran— glise (X). çois I*"^. et ceux de Charles-Quint
étaient sans doute très-persuadés ^^"'^''■^^^1^ de saiote Anne, Operum tom. II,
j . . i ' j P^S- io53.
de son innocence a Cet^ égard , . Ce n'est pas dan,, m endroit seulement
vu la manière dont ils le jouaient 7"^ ''^"<' édition d'.4«:rippa est mutilée.
quand il s'adressait à eux pour -l^Mho'-nJans ses kmœr.Ks.r^^^^^^^ 1 1 i>2l , a restitue beaucoup d autres passages.
tOUclier ses gages. Il y a des er- Joly pense fjue ce fut Agrippa lui même qui.
reurs de fait dans les moyens dont "' "^"/'"' <''' reiranchemens. il s'appuie sur
, • . une édition posthume df Cologne , i575
quelques-uns se sont servis pour ,«-12 , au frontispice de laquelle on lit : Es
faire son apologie (Q). M. Mo- Postremâ authorù recognitione. Jolj- re-
' • j . j' 1 P, '. . pousse l idée que cette annonce ne soit nu une
ren s est déclare hautement pour fourberie de librairie.
lui , et c'est ce qu'on ne de- Cet article Agrippa a fourni, au reste,
vait pas attendre de sa plume. P^",' de treize pages de remarques à m/,
c P * ^ ^1 f" y rei-ient encore dans ses additions et
bes tautes ne sont pas nombreu- corrections ,■ mais c'est pour mettre des resses dans cet article (R). ISOUS 'dictions à léloge qu'il a fait d'igrippa.
avons déjà marqué les principaux ... ^ ,
,. i> i ■ i (A) Grand mas;icien, SI Ion en croit
livres d Agrippa, et nous en par- /„v„ j^s gens.^ Paul Jove, Thevet et
lerons plus en détail dans les re- Martin Del Rio, sont ses principaux
marques. Il suffit d'ajouter qu'il accusateurs. Nous verrons dans la re-
a fait un Commentaire sur l'art marque fP) les bévues où ils sont
, r> 1 r 71 i r-k • tombes, tlles sont palpables : et nean-
de Rajmoiid Lulle , et une Dis- ^j^i^s une infinité de per^nnes se
sertatwn sur l'origine du péché , persuadent encore aujourd'hui , sur
oii il établit que la chute de nos l'autoritë de ces écrivains, qu'A£;iippa
premiers pères vint de ce qu'ils ^♦'?'t consommé dans la science du
> • ' z • T i Ti enmoiie.
s aimèrent impudiquement. 11 ° ,n, r», r -ii ?; ,
1 T [n) 0 une famille noble et an-
promettait un ouvrage contre les cienne.^ Elle "s'appelait de Netles-
Dominicains (S) , qui aurait ré— heym.'Si. Teissier, à la page 99 du
joui bien des gens, et hors de H"- tome de ses additions aux éloges
l'Église romaine et dans l'Église tirés de M. de Thou assure qu'Agnp-
o . o . pa ftait natif de IveUesheim.., clans le
romaine. H eut quelques opi- pays de Cologne. Melchior Adam ,
nions qui n'étaient pas de la rou- qu'il cite, ne dit point cela : il le
tine (T) , et jamais protestant ne fait naître à Cologne même (i), et
parla avec plus de force que lui "?"^ renvoie à une lettre d'Agnppa
■1 ni 1 1 ' j • ou on lit ces propres paroles adres-
contre 1 audace des légendaires sées aux magistrats de Cologne : P05-
(00). sem l'cbis hontm ^'erissima exempta (00) Voyez la préface de son Traite' de la (i) Melcli. Adami Vitre Med. , fag- i6.
refeire, iiisi cwiuvi uestrofum pudori purcendum et patrlœ meœ ratlonem habeiidiim ducerem. Sum enini et ego, si forte iieseitis , ciuilate uestrâ oriundus, et prima puerilid apud vos enutritus^i). Thevet, par une pliisgrande faute , a débité qu'Agrippa naquit a la i'il/e de JVestre (3). Je ne sais rien du père de notre Agrippa, sinon qu'il servit la maison d'Autriche (4), et qu'il mourut vers le commencement de l'année i5i8 (5).
(C) Il sériait sept ans dans l'année d'Italie. ] Le sieur Freher, qui ne se hasarde que rarement à sortir des bornes de ceux qu'il copie, a voulu ici agir en maître, et faire voir qu'il pouvait dire ce que Melchior Adam n'avait point dit. Mal lui en a pris ; car il fait commencer ces sept années à l'an i5o8, et finir à l'an iSi.*). S'il avait bien su son Agrippa, il n'aurait pas ignoré que cet auteur était en Espagne l'an i5o8; à Dole l'an iSog; en Angleterre l'an 1 5 10. Il faut que cette semaine d'années ait commencé en i5i I, et qu'Agrippa ait prétendu avoir passé au service militaire de l'empereur tout le temps qu'il demeura en Italie. Mais ses propres lettres l'eussent trahi, si l'on se fi\t mis à compter. On ne voit point que depuis qu'il monta en chaire à Pavie , en i5i5, il ait eu de l'emploi dans les armées. Quant au reste , le sieur Freher , en tout ce qu'il copie de Melchior Adam , se contente des fautes de cet auteur, il n'y en ajoute point d'autres. Voyez sou Théâtre , à la page l'iai.
(D) Il uouliit joindre a ses honneurs militaires les honneurs académiques. 2 11 est bon de voir comment il s'exprime. Ulriusque juris et medicinaruni doctor evasi , ante'a etiam auratus eques ; queni ordineni non precario Tnihi redemi , non h transmarind peregrinatione ntutuai'i , non in région inthronisatione impudenli insolcntiâ surripui, sed in publicis prœltis niedid acie bellicâ i^irtute commerui (6).
(E) Plusieurs langues.'] 11 en savait
(2) Agrippa , Epist. XXri , Uh. VU , yiag.
(3) Thevet, Histoire^ des Hommes illustres , tom. VII ^ P'ig- 222- Edit. de Paris, en 1671, en 7 vol. in- 11.
(4 Agrippa, Epist. XVIII libri VI, p. 970. (5) Idem, Epist. XIX l.bri II ,pag. 736. (G) Idem, Ep.st. XXI Ubn Vil ^ pas- ion. Vôjet aussi pag. 737, 977.
IPPA.
huit; et de ce grand nombre, il n'y en avait que deux qu'il n'entendît pas en perfection. Il nous le dira luimême , sans faire trop le modeste:
n'appréhendons pas de lui faire tort en l'estimant selon le prix où il se met. Octo linguarum mediocriter doctus , sed illaruin sex adeo peritus , ut singulis non loqui modo et intelligere > seil et eleganter orare , dictare , et transferre nouerim, tiim prœter niultimodam etiam abstrusnrum rerum cognitionem, periliam, et cyclicam erudilionem , utriusque juris et medicinaruni doctor et^asi (7). Il travailla de fort bonne heure à la pierre philosophale, et il paraît qu'on l'avait vanté à quelques princes comme un excellent sujet pour le grand œuvre ''' ; ce qui mit quelquefois en risque sa liberté (8). il est sûr qu'un homme , qu'on croirait capable de faire de l'or, aurait à craindre que quelque prince ne l'emprisonnât. On voudrait se servir de lui , et empêcher que d'autres princes ne s'en servissent.
(F) // Jît des leçons publiques à Dufe.] Il semble se contredire luimême sur ce sujet ; car tantôt il assure qu'il les fit sans avoir de gages , et tantôt qu'il avait des gages : Publicis prœlectionibus , quas ad honorent Illuslrissimœ Principis Margaretœ et unici studii Dolani feci gratis. C'est ainsi qu'il parle dans sa plainte contre le cordelier Catilinet (9). Mais ailleurs, il dit qu'il fut agrégé au corps des professeurs en théologie , et gratifié d'une pension. In Dold Burgundiœ publ. leclurd sacras litteras processus suni , ob quant nb liujus studii
doctoribus in collegium receplus , insuper regentid et stipendhs donatus sum (10). Le moyen d'accorder c.s choses est de dire qu'au commencement il lisait gratis , et dans la suite pour de l'argent.
(G) La lettre obligeante qu'il recul
(7) Idem, Epist. XXI libri VII, pag. lOii. ' Joly pense que ce ne fut pas son talent pour
le grand œm're qui compromit sa liberté' , mais les de'couvertes qu'il avait faites de machines de guerre et de moyens de destruction. Il développe son opinion dans une noie très-longue et curieuse.
(8) Idem, Epist. IV el X libri I.
(9) Idem , Operum tom. II , pag. 5io. (10; Idem, Defens. Proposit. , pag. SgS
de Léon X (n)] Elle est datée de Rome, le 12 de juillet i5i3 , et signée Pelrus Bembus i\ y est loue de son zèle pour le saint siéî^e apostolique ; et cela , sur le bon témoignage que le nonce lui avait rendu : /'Jx luteris ventrabilis fratris Ennii episcnpi i^erulani nuncii nnstri, aliorumque sermonibus , de tud in sanctaru sedeni apostnlicam de^'oUone , deque tuo in ejus liberlale. incolumitateque tuendd studio diligentidque intelleximus : quod quideni nobis gratissimum fiiil. Qiiapropler te in Domino magnoperè commendamus , laudarnmque istiim aniintiiii atque l'irtuteni {\-i). Notons que ce bref ne peut pas servir à disculper Agrippa par rapport aux accusations de nécromantie (i3); car il précéda de plusieurs années la mauvaise réputation de cet homme-là.
(H) // aidait dès lors femme et enfans. ] Quoique je me serve du nombre pluriel, je sais qu'il n'avait qu'un fils : Quorsùm , quœso, in tant suspecta tenipestate un'a cum. uxore fdioque ac Jannitd conf agissent . retictd Piiplœ domn ac supeltectile , rebusque omnibus ? C est ainsi qu'il parle dans la XLiX^ lettre dulP. livre. 11 était fort content de sa femme; et voici ce qu'il en dit en un autre lieu : Ego quideni Deo omnipotenli innumeram habeo grattant , qui uxorem mihi conjunxit secundùni cor meum, l'irgineni nobilem, bené ntoratam , adolescentulam , Jorntosam , quce ita ad nieam viidt consuetudinem , ut ne contumeliosum l'erbum inter nos intercidat , atque quà felicissimum me dixero , quorsùm se res uertunt , in prosperis et adt'ersis , semper œquè mihi benigna , a/fabiUs , constans, inlegerrimiunimi, sani consilii , semper apud se manens (i^)- H n'y a qu'une chose qu'il ne dit pas ; c'est si elle était riche ou non j car , d'ailleurs , il la représente douée de tout ce qu'il pouvait souhaiter , belle, jeune, vertueuse , de famille noble, et d'une complaisance qui ne se démentait jamais. Il la perdit l'an i52i , et voulut, je ne sais pourquoi, qu'elle
(11) C'est la XXXFIII'. du /". livre, parmi celles (i^Agrippa.
(i2)0per. Agrippas, tom. II , pag- 710.
(i3) On l'emploie à cet usage , en quelque façon , dans Crenii Aniraadv. Pliilol. et Hislor. , pan. II , pag. 1,4 et lï.
(14) Agrippa , Epist. XIX Ubri II , pag- 736,
AGRIPPA. 293
fût enterrée à Metz, où il ne demeurait plus (i5). Il a\ait soin de recommander que l'on s'acquittât de tous les anniversaires (pi'il as ait fondés pour l'âme de la défiuile (16) Il convola en secondes noces à Genève , l'an i522 (17). Il ne se loue pas moins de cette seconde femme que de la première : yinte biennium hoc , dit-il ,18), secundnrii uxorem duxi , ^irginem nobilem pulcherrimamque , quœ adeo ad meam wivit consuetudinetn , ut nescias istane priorem , anne hanc illa , utra alteram in amando obsequendoque œquat an superet. La dernière surpassait de beaucoup Tautre en fécondité :
il ne vint qu'un fils de la première ; la seconde accoucha trois fois dans deux ans , et une quatrième fois l'année suivante : Duos isltt mihi Jilios peperit , ambo siiperstites , Jiliamque unam quœ fitd excasit (19).-. Uxov niea jam partui proxima est (20). Il ne dit pas si elle était riche ; mais un de ses amis assure qu'elle l'était : Tu nunc degere Gebennis , illicque probâ, nobiU,jormosu , ac locuplele ducld uxore in artis ^pollineœ experimentis clarere singulariter (21) : mais il ne me le persuade point; car les lettres d'Agrippa, depuis le second mariage, ne prêchent pas moins la misère qu'auparavant. Le troisième fils qu'il eut de son second mariage eut le cardinal de Loiraioe pour parrain (22). Lorsqu'il partit de Paris pour Anvers, au mois de juillet 1628, il laissa sa femme grosse à Paris (23). Elle accoucha de son cinquième fils à Anvers le i3 de mars 1529(24^7 et mourut au mois d'août iSag, à Anvers, extrêmement regrettée de son mari , comme on le voit dans la LXXXI". lettre du \ *. livre : elle avait près de vingt-sept ans accomplis. Je n'ai point remarqué qu'il fasse mention de son troisième mariage dans ses lettres; mais on sait d'ailleurs, qu'en l'année i535, il répudia sa femme : C/bi conjugeni Mechli
(i5) Epist. VIII Ubri III , pag. 785.
(16) Epist. XIX Ubri IV , pag. 846.
(17; Epist. XXXIII Ubri IV, pag. 800. Vide euam pag. 85 1.
(i8; Epist. LX Ubri III , pag. 8iS.
(19J Ibid.
(so) Epia. LXXIVUbri III, pag. 826.
(21) Epist. XXXIII Ubri III, pag. 800.
(22J Epist. LXXVIUbn III, pag. 827.
(23) Epist. LV Ubri V, pas. ({.VS.
(24) Epist. LXVlILUbn V,pas. <j4i-
mtnsein Bonnes repudiâsset anno tiicesimn c/uinto supra sesquimillesimum.
C'est ce que nous apprend Jean Wier (sS) , qui avait été sou domestique. Si Thevet avait su toutes ces choses , il ne se serait pas contenté de nous apprendre qu'Agrippa espoifsa mademoiselle Louyss Tyssie , issue de fort noble maison , l'an de son dife a3 , et de saint iSog (26) : il eût parlé en général pour ie moins des deux autres mariages. Melchior Adam en savait plus que Thevet • car il n'a pas ignoré qu'Agrippa avait eu deux femmes :
i)iiwn uxoruni maritus nobiliurii , et liberorum aliquot parens ; mais , outre qu'il paraît avoir ignoré le troisième mariage , il a fait plusieurs fautes de chronologie quand il a parlé du premier. Voici ses paroles : Mortuo Maximiliano , siib di^ersis etprincipibus et civitalum magistrnlibus per Italiam, Hispaniam, Angliara , Galliam, egit, uiidtaque egregia jacinora designauit. Tandem , laborum terra manque exantlatorum satur ac quietis et olii cupidus , ductd iixore , uirgine nobUi , scdem in /tllobrogibusjixit , ut procul negoliis sibi ac musis l'Iferet- Ini'itatus autem ab inclytd Mediomatricum repub. munus syndici , adfocali , et oratoris , obii^it (27). Notez que 1 empereur Masimilien mourut le 12 de janvier iSig , et qu'Agrippa fit le voyage d'Espagne en i5o8 , et celui d'Angleterre en i5io. Voilà donc déjà un anachronisme. Après son retour d'Angleterre , il s'arrêta à Cologne quelque temps , et puis s'en alla en Italie. Il y était encore l'an i5i7 (38) : il était à Metz l'an i5i8 (ag) ; il ne retourna point en Italie , depuis qu'il en fut sorti pour venir à Metz : voilà donc un nouvel anachronisme.
Remarquez aussi qu'en l'année i5i5 il était déjà marié (3o). Où sont donc ces grandes fatigues essuyées par mer et par terre , depuis la mort de l'empereur Maximilien , auxquelles il voulut mettre fin par le mariage ? Comment a-t-il pu se fixer avec sa femme au pays des Allobroges, lui qu'on voit mener une vie fort ambulatoire
(23) Wier. de Magis , cap. f , pag. iti. (26) Thevet, Hommes illustr. , j>ag. ?.î2, 2î3. \^l) Melcli. AHami Vit. Medicor. , pag. 17. (28) Agrippîl. Fpist. / Uhri II, pag. 722. (2n) rpisl. XII libnll, pni;. 730.
(30) r.pist. XLVH el XLVHI libri t.