‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 78 sur 158 · AIGUILLON · texte numérisé non relu

AIGUILLON

glise de Jupiter Olbien dans la Cilicie; on renouvela l'érection SOUS Je

et Strabon ne dit pas qu'on ait taché d'en dépouiller Ajax, ni même qu'Aiax en ait été possesseur. On peut bien bâtir un temple , sans en être le

f)ontife, et sans jouir des biens qu'on ui attribue. 4°- Que, supposé qu Ajax eût été tout à la fois prince et prêtre de la Trachiotide , il serait faux qu'il en eût conservé la possession, et qu'il l'eût laissée à ses descendans : il est clair , par la narration de Strabon , que la suite des successions légitimes fut interrompue quelquefois.

AJAX , ecclésiastique recommandable par sa piété et par ses bonnes mœurs , sous l'empire de Théodose. Il avait un frère nommé Zenon , qui était de la même sagesse que lui. Ils la firent éclater d'abord , non pas dans la so-

règne de Louis XIII , l'an i638 , par lettres qui furent vérifiées la même année (b). Le cardinal de Richelieu fit faire cela en faveur de la dame de Combalet sa nièce, qui a été depuis si connue sous le nom de duchesse d'Aiguillon.

Nous parlerons d'elk en son lieu (c). Elle a laissé , par^son testament , ce duché à Marie-Magdeleine -Thérèse de Yignerod , sa nièce, sœur du duc de Richelieu (d). Rien n'est plus singulier dans l'histoire que la résistance faite par la ville d'Aiguillon (B) , en 1 346 , au duc de Normandie , qui depuis fut le roi Jean. On a honte aujourd'hui de lire cela; et nos

litude, mais dans la ville de Ga- guerriers ne sauraient assez ad—

za ; puis ils s'attachèrent à la vie monastique. Ils reçurent souvent de rudes coups à cause qu'ils soutenaient courageusement la foi orthodoxe contre les païens. Ajax

mirer que l'art militaire fût alors si misérable en comparaison de ce qu'il est à présent. Si le duc de Normandie , fils aîné du roi de France, avait emporté Aiguil

avait épousé une très-belle fem- Ion après quatorze mois de siéme ; mais on dit qu'il ne la con- ge , il se serait rendu digne d'un nut que trois fois , d'oii sortirent grand triomphe ; et aujourd'hui , trois garçons ; après quoi il se sépara d'elle par rapport au commerce conjugal, et gouverna sagement l'église de Botoliwn. Il éleva deux de ses fils à l'étude des choses divines et au célibat , et maria le troisième («).

(a) Sozom., lib. VU, cap. XXFIII.

AIGUILLON , petite ville de Guienne , sur le confluent du Lot et de la Garonne , à quatre lieues au-dessous d'Agen (A) , fut érigé en duché-pairie , pour le duc de Mayenne , l'an 1 699. Les lettres en furent vérifiées au parlement l'année suivante («) ; mais la postérité de ce duc ayant manqué ,

(a) Le 2 de mars.

une ville comme était alors cellelà ne ferait point d'honneur à un colonel qui l'emporterait d'emblée. Les Romains faisaient à peu près cette réflexion , lorsqu'ils comparaient les y^remières guerres de leur ville (C) avec les conquêtes qu'ils firent long- temps après .Mézerai s'embarrasse beaucoup à l'aflaire dont je parle (e).

Aiguillon n'eut pas entièrement contre les Anglais le même avantage que contre le duc de Normandie; car, lorsqu'ils l'assiégè-

(i) Le 19 de mai.

(c) Dans l'article de (Marie de ) ViGNEROn. [Bayle n'a pas donné cet article.]

(cl) Voyez /'État delà France, Utm. II ^ pay. 88 et 8i). Édil. de 1680.

(e) Voyez la remarque (B).

AIGUILLON. 3j,

rent en 1480, ils ne prirent point siégea la lille d'. aiguillon tenue par le château: ils prirent seulement ^** -anglais ; H envoya quérir à Tola ville , et ils la pillèrent (/). l^îll"/',..!"/''/" ^'V."'' ^I^""* 9"'

(y) Damait, Antiquités d'Agen , p. loo.

estoient dam ladue uiile ; et lorsqu'on i>oulusl assaillir ceux d'Aiguillon , il Jut nrrestépar les seigneurs Jrancois , que ceux de Tolose , Carcassonne, et Beaucaire , assaUliroient du matin jusques a midi , et ceux de Rauergue, Cahors, et Agenois, quand les autres seraient retires , jusques à uespres (6) Que Mézerai ne fasse durer qu'une semaine les trois assauts par jour, c'est

(A) Au-dessous d'Agen.l^ïî^^vais voulu marquer au milieu de quelles Tilles celle d'Aiguillon est située , je n'aurais pas pris Agen et Nérac , comme a fait M. More'ri; car ce sont trois lieux qui font un triangle : mais

j'aurais pris Agen et -Tonneins, l'une 1 . , i-- .}"•••■> ^■^^

au-dessus , et l'autre au-dessous d'Ai- "°^, *=^?''f, ^"' P«^ repond point à l'at guillon , sur ia Garonne. La faute que t'^'î^e ou il avait mis son lecteur je reprends ici est d'autant plus considérable, qu'il n'y a point de lecteur qui n'en conclût que Kerac est sur la même rivière.

(B) Rien n'est plus singulier... que la résistance d'Aiguillon. ] Papyre Masson dit que ce sie'ge dura quatorze mois. Acilionem (i) urhem irrita Joannis postea régis Francorum , et tune ducis IVormanniœ, quatuordecim mensium obsidione memorabilem (2). La nombreuse arme'e du duc de Normandie n'est pas moins à con

donner de ces attaques. 11 a fait d'ailleurs une faute de chronologie. Selon lui , le duc de Normandie arrive à Toulouse au mois de janvier i346 il emploie trois mois à prendre quelques bicoques : ensuite, il prend Angouléme , et puis retourne vers la Garonne, prend Tonneins, assiège Aiguillon, et en lève le siège, à cause de la bataille de Creci. Cette bataille se

soulêmc, d'où, elle se rabattit sur Ton- ,. ■ ■ „ . , \ „ o ., . -j

neins, et de là ^int assiéger Aiguil- f,'^" ^f '"f''-'.^?)- " faH^'.* mettre à

Ion,.... bien muni et bienfirl^é^ur \^^^ '^*^ ^ ^''"^^^ ^« ce prince à Tou-

ce tem^i/à (3). Les manières de l'atta- .^' ,

que sont une troisième circonstance \^) ^o^^^l^ ^^ comparaient les pre-

à considérer. Dans tout ce siècle (4), "»^/ei guerres de leur uille. ] Voyez

on ne voit point de siège plus mémo- Florus, et son style plein d'exclama-

rable, soit pour les attaques, soit pour *'0"*- '^"'■^ (^"'^ credat?) et Algi-

les défenses. On y donna trois as- 'It"" ^^'''''"'tfuerunt : Satricum atque

sauts par jour, une semaine durant ; ^ornicu/um proi^inciœ. De f^erulis et

après, on en ^'inl à l'artillerie, et aux ^''^"'" P"'^"^^ ' ^^'^ triumpha^imus.

machines par terre et par eau (5). ^'*"'" ^unc suburbanum et œsiivœ

Voici une citation qui embrasse les t'rœnsste deliciœ , nuncupatis in Ca-

deux passages de Mëzerai. Je la tire /^"o"" ^'^"^ petebantur. Idem tune

de Catel. Froissard , au chapitre cent /■es r^ . , .»- ,,,,. .

' r (6^ Calel, Mémoires pour l'Histoire du Lan-

guedoc, pag. 563.

* CV<r Papyre Masson qui fait durer le siège quatorze mois. C'est donc sur lui que porte ta critique de Leclerc , qui dit qu'il ne dura pas la moitié de ce temps , et celle de Jolf qui, d'après Froissard et Me'ierai , en réduit la durée à six mois , en observant que c'est encore un siège assez long pour le tempt,

(7) Mêlerai, Abrégé chronol. , lom, IJI ,

vingt-uniesme du premier volume, escrit, comme lors que le duc de Normandie avec cent mille François as-

(i) Baudrand la nomme Âguillionum,

tom. III , pag. 24 (4; C'était le Xiy (5^ Lci même.

GaUii ;n i3 edit. de HoU., en 1673.

(2) Papyr. Masso , Descript. Flnmin.

(3) Mezerai , Abrégé Chron. à l'an i346,

AILLI.

Fœsulce, qund Carrce nuper; idem nemus Aricinum, qund Hercynius saltus : Fregellœ, quod Gesoriacuni : Tiberis, quod Euplirates. Coriolus quoque [proh pudor!) uictus, adeo gloriœ jfuit, ut captum oppidum Cajus Marcius Coriolanus quasO^' ]\ umantlani aut Afrïcam nonien induerit (8). Mais quelque honte qu'il y eût pour les Français à n'avoir pu prendre Aiguillon avec tant de gens comniande's par le Gis aîné de leur roi, ce fut une grande gloire pour les Anglais d'avoir défendu si long-temps ce poste.

(8) Florus , cap. XI , lib. I.

AILLI {a) (Pierre d'), évéque de Cambrai {b) et cardinal , naquit à Compiègne en Picardie (A), l'an

I 35o. Sa famille était fort obscure * : quelques-uns disent qu'il fut sous - portier du collège de Navarre (c), mais ils se trompent.

II n'entra dans ce collège qu'environ l'an 1872. Il y fut reçu boursier parmi les étudians en théologie. Il était alors procureur de la nation de France dans l'université de Paris , et capable de s'ériger en bon auteur , comme il le témoigna par des traités de logique (B), selon les hypothèses des nominaux, et par des traités sur la nature de Vâmc et sur celle des météores. Il fit paraître tant de pénétration et de netteté dans ses ouvrages , qu'il jeta parlà les fondemens de cette haute réputation oii il s'est vu élevé.

Il ne réussit pas moins dans l'explication de Pierre Lombard , en l'année iSyS. Cette heureuse ap-

(n) En latin , Petrus de Alliaco , ou ab Alyaco, ou Alliacensis , ou Alliacus, ou Ailliacus, etc.

(b) Tlievet et Vossius , de Hist. Lat. , pag. 548; de Se Malh. ,;)a^. 182, 228, l'en font archevêque.

* Chaiifepié raconte quelques particularités sur d^Ailli , et entre autres , qu'il était Jils d'un boucher.

(c) y oyez la 1-emarque TA).

plication à la science de l'école ne l'empêcha pas de devenir bon prédicateur. Il obtint le doctorat en I 38o , et un canonicat à Noyon. Il fut rappelé à Paris quatre ans après , pour y exercer la charge de grand-maître du collège de Navarre. Il y eut une infinité de disciples et entre autres Jean Gerson et Nicolas de Clémangis. Il plaida avec tant de force, en iSÔy, devant le pape (rf), contre un jacobin (e) appelant de la sentence que la faculté de théologie de Paris avait prononcée contre lui , qu'il obtint la confirmation de cette sentence. Il fit aussi un Traité contre ce même jacobin. Cela le mit dans une telle réputation , qu'en 1 889 il fut fait confesseur et aumônier de Charles VI (C), et chancelier de l'université. Cinq ans après , on lui conféra la première dignité de la Sainte-Chapelle de Paris ; c'est celle de trésorier. Tant de difFèrens emplois n'empêchèrent pas qu'il ne s'appliquât fortement à chercher les moyens les yjlus efficaces de faire cesser le schisme qui divisait l'Église romaine. Il alla trouver de la part du roi l'anti-pape Benoit XI II, en 1 894 5 6t il îiii ï'cndit un témoignage si avantageux à son retour , qu'il fut résolu au conseil du roi de le reconnaître pour le pape légitime. Il obtint î'évêché du Puy en Vellay {f) , sur la fin de l'année 1 896 , et celui de Cambrai au commence-

{d) C'est l'anti-pape Clément Vil qui siégeait à Avignon.

(e) C'était un Aragonais, nommé Jean de Monteson , qui niait la Conception im?naculée de la l'ierge.

{f) Selon More'ri , ce fut l'éféché de Bellei; mais il se trompe.

Page 1