‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 77 sur 158 · AGUIRRE · texte numérisé non relu

AGUIRRE

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imprimé a Liège , et attribue à monsieur le cardinal d'A^uirre, et a monsignor Cazzoni. Et voici comment il parie dans la page i84 : f^' auteur du T/aitedeLibertatibusÈcclesiseGallicanae, ou plutôt les auteurs; car) apprends qu'ils sont plusieurs qui ont travaillé a cet ouvrage , et que tous les docteurs romains y ont épuisé toute leur science , quoique ce soit un très-médiocre cuivrage ; ces auteurs , dis-je , soutiennent , etc. Mais voyons un peu ce que dit l'auteur delà Lettre d'un abbé h un prélat de la cour de Rome sur le décret de l'inquisition du 7 décembre 1690 , contre trente-une propositions.

« Nous-mêmes (3) , daus nos assem- >■> ble'es , nous n'avons pas seulement )) la liberté de proposer ce que nous » jugerions d'avantageux pour notre » cause. Vous savez à qui il tient. » C'est ce qui a fait qu'un des livres » qui aurait dû être plus fortement )) réfute par nos théologiens, et même n flétri par une censure épiscopale , » court la France impunément , et » que ceux qui en suivent les senti- 3) mens le répandent et en font par- » tout l'éloge , se vantant qu'on n'a 1) osé y répondre. Il me nomma aussi- » tôt le livre de Libertatibus Ecclesiœ )> Gallicanœ , qui est un in-4''- , dont » l'auteur n'est pas si inconnu qu'il » s'imagine. C'est une chose honteuse, » continua-t-il , que le clergé de Fran- « ce souffre , sans dire mot , que cet » auteur , qui est un leligieux Fran- > cais , enseigne uue doctrine que ') nous tenons tous comme hérétique ; ') car il soutient tout franc que nous » n'avons pas de droit divin notre » juridiction épiscopale. » L'anatomie de la sentence contre le père Quesnel m'apprend (4) que le livre de Libertatibus Ecclesiœ Gallicanœ fut composé à Rome , à l'instance des ministres du saint siège , et imprimé par leur ordre et par les soins de M. l'intemonce de Bruxelles , dans Bruxelles même , quoique sous le nom de Liège. Mais , si le cardinal d'Aguirre n'est pas l'auteur de ce traitélà , il est toujours vi-ai qu'il a écrit contre les décisions de l'assemblée de 1682. La lettre qu'on vient de citer , me l'apprend d'une manière qui mé-

(3) C'est un evéque que l'on fait parler , p. 5g«

(4) Pages -jG, 77.

rite d'être rapportée , afin que mon lecteur sache le jugement que l'on fait en France du livre de ce cardinal :

« A peine nos quatre articles eurent- » ils paru , ajoute-t-on (5) , qu'une » foule d'écrivains s'élevèrent pour les )) combattre ; et à peine s'est-il trouvé w quelqu'un en France qui ait pris la » plume pour les défendre. Je ne dis » pas que les ouvrages qui les com- » battent soient formidables. Ils font » pitié la plupart ; mais ils ne laisssent » pas de faire du mal dan s les pays où « l'on est déjà disposé en faveur de la

M doctrine qu'ils défendent Et en-

w fin , les récompenses éclatantes dont )' la cour de Rome sait payer le zèle de » ceux qui se déclarent pour elle , » donnent du prix et du lustre aux )) ouvrages les moins considérables et j) les plus obscurs. N'est-ce pas par-là » que le cardinal d'Aguirre est deve- » nu ce qu'il est, de moine espagnol » qu'il était auparavant ? L'abbé de » Saint-Gai n'avait-il pas été nommé n à un évêché , et n'avait-on pas des- » sein de le faire cardinal (6) , pour » récompense d'un ouvrage fait contre » les quatre articles , aussi-bien que M celui du cardinal d'Aguirre ? n Au reste , trois ans avant que la lettre d'où ce passage est tiré fût imprimée , on s'était plaint publiquement (7) de ce que les pensionnaires du clergé laissaient le Tractalus de Libertatibus Ecclesiœ Gallicanœ sans y répondre.

L'Histoire des Ouvrages des Savans nous a appris (8) , que l'auteur de ce Tractatus est un prêtre français, nommé Antoine Charlus , réfugié à Rome à cause de la régale. Peut-être le faudrait-il appeler Charlas * ; car apparemment , il est de la même famille qu'un religieux de ce nom , natif de rile-en-Jourdain (9) , mort dans son exil , après avoir soufl'ert plusieurs disgrâces pour les affaires de l'évêque de Pamiers (10).

(5) Lettre d'an Abbé à an Prélat, pag. 55, 56.

(6) Il le fut fait l'an 1696. Il s'appelait Slondrate. // mourut quelque temps après.

(7) Dans les Sentiment d'Erasme , publiés à Cologne , Van 1688, pag. i55.

(8) Dans le mois de mai 1696 , pag. 4'6.

*' La conjecture de Burle sur ce nom est juste. Jolr dit que ce prêtre s'appelait Antoine Charlas ; qu'il était prébendier à Conserans , ci mourut en i6gS.

(g) j4u diocèse de Toulouse.

(10) François de Caulst.

3 12 AJAX

AJAX , fils d'Oïlée , fut un des (e). Il paraît par quelques pas-

principaux seigneurs qui allèrent au siège de Troie. Comme il était fils d'un prince dont les états avaient beaucoup d'étendue aux pays des Locriens , il ne lui fut pas malaisé d'équiper quarante vaisseaux pour cette fameuse expédition {a). Il se signala en plusieurs rencontres , et on prétend qu'il y a trois vers dans le W. livre de l'Iliade qui ne sont point d'Homère , parce qu'ils donnent une insigne supériorité à Ajax , fils de Télamou , sur l'Ajax de cet article {b) ; ce qui ne s'accorde nullement avec ce qu'Homère a dit d'eux en un autre endroit (c). Il est sûr que notre Ajaxpeut être comparé atout autre prince qui fût dans l'armée grecque {d), pour ce qui regarde le courage, lahardiesse, lapromptitude (A). Quant au jugement et à la conduite , c'est une autre chose, et ce n'était point son fort.

Les poètes l'ont fait si intrépide, qu'ils ont même dit que les dieux tombant sur lui avec leurs foudres et leurs tempêtes , ne pouvaient dompter son audace , de sorte qu'il leur fut plus facile de le perdre que de l'himiilier (B).

L'action qui l'exposa à cette colère des dieux était infâme et brutale au dernier point. Il avait violé Cassandre, fille de Priam , dan» le temple même de Minerve, oii elle avait cru trouver un asile.

Les Grecs même furent choqués d'une violence si profane, et Ulysse fut d'avis qu'on le lapidât

(a) Homer. Iliad. , lib. II, t>s. !^l , in Descript.

(Il) Scholiast. Hom. in Iliad., lib. II, w. 35. in Descript.

(c) Homer. Iliados lib. XIII , vs. 70I.

{(t) Philostr. in Heroïc.

sages des anciens auteurs qu'A— jax n'avouait point le fait , et qu'il s'en voulut purger par serinent {f). Il avoue bien qu'il enleva cette fille dans le temple même de Minerve , et qu'il l'arracha du simulacre de cette déesse qu'elle tenait embrassé (g); mais il soutient qu'il ne la viola pas , et que ce fut Agamemnon qui fit répandre ce mauvais bruit afin de pouvoir garder Cassandre dont il s'était saisi , et que lui Ajax réclamait comme le premier occupant. Nous verrons dans les remarquescommentMinerve tira raison de cette injure (C). Le corps d'Ajax fut jeté par les vagues de la mer sur l'île de Délos, oit Thétis l'enterra (D). Quelques auteurs ont débité qu'il se sauva de la tempête , et qu'il arriva en bonne santé chez lui (E). Les Locriens ont eu une singulière vénération pour sa mémoire (h).

Nous dirons dans l'article de Cassandre comment ils furent obligés d'expier son crime. II avait tellement apprivoisé un serpent long de quinze pieds , qu'il s'en faisait suivre comme d'un chien.

Il le faisait manger à sa table {i).

(e) Pausan. , lib. X . pag. 347.

(f) Id.ibid.,pag.3^3. ■ {g) Philostr. in Heroicis.

(/() Voyez la remarque (D) de l'article

ACHILLEA

(i) Philostr. in Heroïcis.

(A) La promptitude. ] Homère lui donne ordinairement l'épithète To-xiiç, l'elox (i). Les trois mains , que d'autres lui ont données , ne signifiaient que la rapidité' de son action dans le combat, ji multis historicis grœcis tertiam inanum dicitur post tergum hahiiisse , qiiod ideo estjictum. quia sic ceteriter utebatur in prœlio ninni-

(i) Voyez surtout les derniers vers du XIV'', Uire de 2'Iliade.

AJAX

hns , ut tertiam habere putaretur (^).

Plusieurs interprètes entendent de lui ces mots d'Horace , et celerern sequi Ajacem (3). M. Hofman adopte leur explication ; car il confirme par ces paroles TOfAÎoc T*;tî/ç ùi'n d'Homère

Dixtl vel invilis Diisfure lU effiigerel ingénies Jluctus maris.

Neptune , indigne de cette audace , fendit le rocher en deux avec sou trident , de sorte que la portioa sur laquelle Ajax était assis tomba Je ne savais ce qu'il voulait dire , en dans la mer. C'est ainsi qu'Homère le confirmant par ces mots grecs ce que conte dans le IV^. livre de TOdysse'e. le compilateur de son Dictionnaire Quintus Calaber particularise les choavait dit touchant la vitesse des pieds ses avec beaucoup plus d'étendue : il d'Ajax : Quod autem supra , Ajacem est si prolixe , que ce seul endroit tépedibus i'elocemfuisse scribit hujusce moigne qu'il n'était pas un grand Dictionnrii compilator , Homerum ha- maître. Quoi qu'il en soit , il nous ap~ bet auihorem. Je trouvais étrange, je prend que Minerve, nou contente des

trouvais incompréhensible , que M.

Hofman parhlt du compilateur de son Dictionnaire , comme d'un auteur distinct de lui ; mais enfin , j'ai rencontré la solution de cette éuigme.

M. Hofman avait tiré mot à mot da Dictionnaire de Lloyd ce que je viens de citer. Dans Lloyd , la chose n'a point de difficulté , parce que cet auteur n'a donné son Dictionnaire que comme une augmentation et une correction de celui d'un autre. Il y a dans les livres un grand nombre d'obscurités qui procèdent du même principe que celle de ce passage de M. Hofman.

On ne change point ce qu'il faut changer quandon abrège, ou quand on transplante les passages d'un auteur (4).

(B) Il fut plus facile de le perdre que de l'humilier. J Minerve avait en quehpie manière joué de son reste pour le punir : elle avait excité une tempête furieuse 5 il avait vu périr son vaisseau : et néanmoins , il s'était sauvé sur un rocher:

■ TTit 'ASiîvil.

El f/.h i/7rfp<fi*Aov iTroçiKCxy^i , xa< //.îy

Et sane effugisset moriem^ quaniwnvis invi-

sus Paltadi , iVût iinpium diclum proCulissei, et grave fa-

cinus palrassel (5).

Alors il avait chanté le triomphe avec un blasphème horrible : Malgré les Dieux , s'écria-t-il (6) , j'en réchapperai :

(2^ Servius, in jEneïd. , Ub. I , vs. 4i- (3; Horal. Od. XV Ubri l , vs. 19.

(4) Voyez la reinarque{Q) de l'article AcaiL- LEA , vers lajin.

(5) Homer. Odyssea Ub. IV, vs. 5o2.

(6) Id, ibid , vs. 5o4-

foudres que Jupiter lui mit en main , voulut encore que Neptune lui prêtât tous ses orages. La tempête fut la plus horrible qu'on se puisse figurer : Minerve lançait la foudre à tous momens; elle mit en feu et en pièces le vaisseau d'Ajax : ce furieux homme ne laissa pas de sesauver au travers des ondes les plus agitées , et de braver tous les Dieux sur le rocher qu'il gagna.

$>ï ii xcii il //.iha. îTatvTsç 'OKÙf/.7rn>t

ilç iV IKO^Tttl

Xûûôy.ivoi , x!t( T«3-*v «vaç-ji!rû)(S-i 6*-

'Enifti-yinv (7).

Jaclavit autem, eiiamsi cuncti cœlitesin unum

convenirent , Irait , et totum ex imo eruerent mare , EJfugilurum se.

11 fallut , pour venir à bout de lui , l'accabler sous la cliute d'une montagne , comme l'on en avait usé autrefois envers Encelade. Séncque , dans la tragédie d'Agamemnon , s'accorde à cela : lisez la première scène du troisième acte, vous y verrez la description d'une résistance et d'une fierté poussées jusqu'aux dernières bornes. Le Festin de Pierre ne donne rien qui en approche. On ne souflVirait pas aujourd'hui que les poètes portassent si loin leursfictionssur le théâtre. Voilà donc un poète latin , et deux poètes grecs, qui attribuent à Neptune lamort d'Ajax; mais Virgile et Hygin (8) , en donnent toute la gloire à Minerve :

Pallasne exitrere classem,

Argivûm, atque ipsos poluit submergereponlo, Unius ob noxam eljurias Ajacis Oilei ?

Ipsa Jovis rapidum jaculata è nubibiis ignem, Ditjecitque rates , evertil/]ue œquora ventis, Jlluin expiranlem transfi.xo pectorejlammas Turbine corripuil,scopuloque inJixU aculo (9).

(:) Qaint. Calaber. , lib. XIV, vs. 56^.

(8) Hvgin. , cap. CXVI.

(9) Virgil. ,îaeid. , hi. J, vs. ?q.

Il/*

AJAX

(C) Comment Minevue tira raison (E) Quelques auteurs ont débite

de cette mmre.l Voyez la remarque qu'il se saui'a de la tempête et cfu d

précédente. J'ajouterai seulement ici arri^>a en bonne sanle chez lui. ]

Le la tempête qu'elle excita fit périr M. Lloyd a cite ces pa,-oles de Timaeus

un grand nombre de vaisseaux pro- Locrus, Hist. lib. 2. M.t* a«ç tjmct,

auiouranui iNégrepont. Un ne pour- A.!tyT.//oXKK Aoxf

rait, sans une extrême imprudence, et à-d.re , après la prise de Fioie plu

sans supposer un faux principe , con- sieurs ^«-'•'^«^/'7' "^'V^ ' 2

damnerTes poètes grecl qux ont fait Pf-:^i-P-5-.^'':^l^:^'l/::Sl

châtier par cette déesse toute une na

tion pour le crime d'un particulier :

Vnius ob noxam etjurias Jjacis Oilei ;

se saiiua a peine avec A'jax , et revint dans le pays. 11 y a quelque apparence qu'au lieu de Timœus Locrus, il aurait fallu citer Timœus Tauromenita.

ou, comme dit un autre poète,

Quicquid O'dides commiserai , omnibus unus Peccavil Danois, omnibus ira nocens (loj.

L'objection prouverait trop , et pourrait être rétorquée contre l'histoire de David. Il est vrai, non-seulement dans les écrivains profanes, mais aussi dans les écrivains sacrés, que

Quidijuid délirant reges plecluntur Achivi (i i).

("D) L'île de Délos , où. Thétis l'enterra.} Lycophron nous apprend cette particularité (12), depuis que les interprètes l'ont arrachée du milieu de ses énigmes. Voyez ce que Cantérus et Meursius ont dit là-dessus : mais ne vous fiez pas à tout ce qu'ils disent ; car ils se trompent sur le passage de Pausanias , qu'ils emploient pour confirmer leurs conjectures. Pausanias ne parle point du tombeau du fils d'Oïlée (i3j , il ne parle que de celui d'Ajax, fils de Télamon. La critique de 'Meursius sur le grec de Pausanias n'est point juste : il voudrait qu'au lieu de lire t«v ss-otTov TTfoç to //.v>)//st où

XctKiTTMV TTOlîta-Stf j on lût TMV i^roS'oV TTpCÇ

To y.v'iif/.tt 0» ;:t;!*Xê7r))V variTsti. Selon cette correction , le Mysien , qui parlait à Pausanias , lui aurait dit que la mer lui avait rendu malaisée l'approche de ce tombeau ; mais , au contraire , il racontait à Pausanias que la mer avait été cause qu'où y avait vu la grosseur d'un des os d'Ajax. Il faut donc entendre que la mer, ayant fait ébouler des terres, avait rendu cet endroit,plus accessible , moins escarpé , etc.

(10) Sablnns, in Epist. /, Ulyssis. vs. loi.

(11) Horat. Epislol. // Ubri I , vs. 14.

(12) Lycophron. , vs. 400.

(i3) Pausan. , lib. /, pag. 34-

(i4) Rochers de la mer Ége'e. Voyei les Peintures de Philostrate.

AJAX , fils de Télamon (a) , était après Achille le plus vaillant capitaine grec (A) qui fut au siège de Troie. Il y commandait les troupes de Salamine {h) , et il y fit plusieurs beaux exploits que l'on peut lire dans l'Iliade , dans Dictys de Crète, dans Quintus Calaber, et auXIIF. livre des Métamorphoses , dans la harangue qu'il fit au sujet de la dispute touchant les armes d'Achille. Il perdit sa cause , car elles furent adjugées à Ulysse son compétiteur ; il en fut si indigné qu'il en devint fou (c). Il se rua sur des troupeaux, et y fit une grande tuerie , s'imaginant qu'il tuait ceux qui l'avaient offensé en lui disputant les armes d'Achille , ou en les donnant à un autre. S'étant aperçu qu'il n'avait tué que des bêtes, il devint encore plus furieux , et se tua. On a dit que sa fureur fit beaucoup de bien aux assiégeans (B). Il fut condamné ,

(rt) Voyez , dans la remarque (A) de l'article TÉLAMON , la généalogie d'/ijax , tant du côté paternel que du maternel.

{b) Son père régnait dans cette île II donna, douze vaisseaux à Ajax. Horaerilhad. , lib.

(c) Sophocl. Ui Ajace. Quintus Calaber, Hb. V.

AJ

selon quelques-uns , non par les sufïrages des princes grecs , mais par la décision des Troyens, auxquels on avait demandé lequel leur avait fait plus de mal, d'Ajax ou d'Ulysse (f/j. Le fondement de cette opinion est expressément contenu dans le onzième livre de l'Odyssée. Ajax ressemblait en plusieurs choses à Achille; il était colère et mal-endurant comme lui (ej , et invulnérable par tout le corps , à une partie près (Cj.

Oti connaîtrait peu la mythologie , si l'on croyait que les causes et les circonstaiïces de sa mort n'ont pas été rapportées en plusieurs manières , dont les unes détruisent les autres (D). Un des caractères d'Ajax était l'impiété (E^^ : ce n'est pas qu'il crût que les dieux n'avaient pas un grand pouvoir ; c'est qu'il s'imaginait que, les plus lâches pouvant vaincre par leur entremise , il n'y avait point de gloire à vaincre de cette façon. Il ne voulait être redevable de la victoire qu'à son courage. On a feint que son âme , ayant la liberté de choisir un corps {f) pour retourner dans ce monde , préféra celui d'un lion à celui d'un homme :

tant elle détestait le genre humain en se souvenant de l'injustice qu'on lui avait faite touchant les armes d'Achille. Nous dirons ailleurs {g) quelque chose de la postérité qu'il laissa , d'oii sortit la famille de Miltiade. Les poètes ont donné à Ajax le même éloge

((/) EustatLius, el Scholiastes in Odysseae lib. XI ; Sclioliast. Aristoplian, iu Equit,

(c) Plutar. Symposiac. , lib. /, sub Jin. , pa^ç-. 62g. Cicero, de Officiis , lib. I, cap.

(f) Plato , de Republ., lib. X, pag. 765. {g) Dans l'article Tecmesse,

AX. 3i5

que l'Ecriture Sainte donne au roi Saiil à l'égard de la taille (Ji). Il fut le sujet de plusieurs pièces de théâtre , tant en grec qu'en latin {i). Le fameux comédien Esope n'aimait pas à les jouer (A). Les Grecs rendirent beaucoup d'honneurs à ce brave capitaine après sa mort [l). Ils lui dressèrent un superbe monument sur le promontoire de Rhétée (F). On a conté quelques aventures miraculeuses touchant ce tombeau (G). La faute que Ronsard crut avoir faite touchant Ajax (H) fut corrigée dans une nouvelle édition.

{h) Voyez la remarque (G), (i Auguste en m'ait commencé une. Voyez Sue'tone , dans sa Vie , chap. LXXXV.

(A) Cicero de Officiis, lib. I , cap. XXXI.

(1) Quintus Calaber , lib. V ; Diclys Cret,

lib. y.

(A) C était , après Achille , le plus vaillant capitaine grec.'] C'est sur le temoiguage de plusieurs poètes, que je fais cette restriction :

'Av<rcœv (T' etZ fjiiy afjç-oç «mv Tsa*/x«vioç A»*ç ,

TATOÇ MêV.) (l) Virorum verb longe prœsianlissimus erat Te-

lamonius Ajax , Inlereà d'uni Achilles in odio permanebat;

( nam is multà Jorlissimus erat. )

Pindare appelle Ajax ;cpiTiç-!iv , 'A;^^lXsoç oLTip , yi-X,^ (2) 5 strenuissimum , exceptn Achille , in pugnd. Sophocle en dit autant (3). Horace n'en dit pas moins : Ajax Héros ab Achille secundus (4). Plutarque rapporte comme une tradition qui ne recevait point de difficulté , qu'Ajax était le plus beau , le plus grand , et le plus vaillant de tous les Grecs , après Achille (5). Cela est bâti sur ces paroles d'Homère :

A»*v6' ÔÇ TTifl f/lV SÎtToÇ TTêfi cT' ifyO, Tê* TUKrO

(i) Homer. lllados lib. II , vs. -6S.

(2) Pindar. Nem. VII.

(3) Sophoc. in Ajace.

(4 Horat. Sat. /// , lib. II , i'.r. igS. (5; Plntar. Sjraposiac, lib. IX , -/uai-t. V ,

AJAX

Tœv aXXMV Aavaœv //«t à.y.iifj.^'^tt. IIm-

>,ïiœvst (6).

A']acein , i/ui e.ximius et forma et rébus gestis

J'uit j Inler altos Grcpcos posl Achillem, in quo nihil desiderabalur.

gle , après avoir cessé de prier , et la prenant pour un bon augure, il promit à Te'lamon un fils tel qu'il venait de lui souhaiter , et ordonna que cet enfant fût nommé Ajax, à cause de „, r 1 1 - 1 n 1 • ■ l'aicle (g) qui avait fourni le présage.

Plutarque fonde la-dessus 1 objection jj j.^^j^^j ^^-^ Télamon, après la naisqu'il fait à Platon , qui a feint que ^^^^^ ^^p^- ^t se faisant donner cet iârae dAjax ne fut enrôlée que la g^f^^^ ^^^j ^^^ jj l'enveloppa de la vingtième : T. oiv (e.Vêv) ou ^ivr^ctia, ^^ jg ^^^ i^^^ je Némée : d'où il

/J.IV 0 Ai*ç x.a.KMvç kx, f^iyéavç kcii ^^^^^^ ^,„^ to^t jg corps d'Ajax devint avSfitcLç a.i> <fîptTttifMT xfAv/Aova, n«Aê.- invulnérable , excepté la partie qui

tout falsifie j VOICI ses paroles : Pm- ^^ ,^^^,^3 g^^^, ^^ trou : lés uns'la

targue remarque en ses Questions de njett^^t sous l'aisselle (ti) , d'autres

table, pour quelle raison Platon ne ^^ ^^^ ,^^^ d'autres au côté (i3),

donne après Achille que la t^ingt- d'autres à la poitrine. Tzetzès sur

deuxième place a lame d Ajax , qui Lycophron se range à ce dernier sen-

e'tait estimé le premier en beauté, en ^-^^^^^ ^^ Qvide paraît en êti

force et en courage; et d fait i^oir xiIIMivre des Métamorphoses ,

que ce philosophe se jouait par la aij- 3 j .

férente signification des noT7ts

tre au vers.

(B) Sa fureur fit beaucoup de bien aux assiégeans.'] On aurait néanmoins grand tort d'en conclure que le vrai courage a besoin d'un tel secours. Les utilités du vice n'empêchent pas qu'il

Dixit , el in peclus lum denique vulnera passu tn , Quà paluitjerro lelhalem condidit ensem.

(D) On a rapporté des circonstances de sa mort, dont les unes détruisent

ne soit mauvais. Je vous renvoie à ce les autres.'] Car il y a des auteurs qui

beau passage de Cicéron. lYon igitur veulent qu'il se soit donné la mort,

desideratfortitudo advocatam iracun- dans la fureur qiii le transporta, après

diam ; satis est instructa, arniata avoir perdu le procès des armes d'A-

parata, per sese. JYam isto modo qui- cliille : d'autres disent qu'il n'eut

dem licet dicere utilem l'inolentiam ad point de démêlé avec Ulysse touchant

fortitudinem , utilem etiam demen- ces armes; mais touchant le palla-

tiam , quod et insani et ebrii multa dium qu'on avait enlevé de Troie

faciunt sœpè iiehementiiis. Semper au saccagement de la place. Ces deux

Ajax fortis, forlissinius tamen in narrés sont incompatibles, vu que

furore. les armes d'Achille furent adjugées à

Namfacinus fecit maximum, quum, Danais UljSSe avant la prise de troie, et

inclinaniibus, qu'Ajax se desespera peu après 1 ad-

Summnm rem perfecil manus, prtBlium quiim indication. Quoiqu'il en Soit, DictyS

restiiuit insaniens. j^ ^.^^^^ raconle qu'Ulysse remporta

Dicamus igilur utilem insaniam (j). le palladium sur Ajax, par le juge-

(C) Il était ini^ulnérahle par tout le ment des chefs, et qu'Ajax, transporté

corps, à une partie près.'] Voici l'ori- de colère, menaça de tuer ceux qui

gine de cette singularité. Hercule , lui avaient fait cette injustice ; mais

voyant Télamon fâché d'être sans en- que le lendemain il fut trouvé mort

fans, pria Jupiter de lui donner un dans sa lente, transpercé d'un coup garçon qui eût la peau aussi dure que

(g) Les Grecs nomment Vaigle Auroç.

(10) Suidas in 'i^^'SfO.S'd.Ç'Cfi ; Scboliastes Soptoclis in Ajacera ; Sclioliàst. Horacri in Uiadoï lib. XXIII ! el TzeUes in Lycophr.

(il) Suidas m ' AtT<Sfa.ià.çr(t,.

{i>) Àpud Tzeizen; item ScLoliastes Homeri in lliados lib. XXIII.

(y.) SchoUast. Soplioclis in Ajacem.

celle du lion de Némée , et autant de courage que ce lion (8). Il vit une ai-

(6) Homeri Odysse» lib. XI , vs. 5!^ç^■, vide eliam vs. 468.

(-) Cicero TqscuI. , lib. IV, cap. XXIII et XXIV.

(8) Pindar. Istlimic. Ode VI. ApoUodor. , lib. III.

AJAX

d'épce(i4)- Ulysse, soupçonne de cet homicide, et voyant les murmures de l'armée, s'embarqua, et mit à la voile le plus promptement qu'il put. Suidas (i5) et Sédrenus avouent bien qu'Ajax et Ulysse disputèrent le palladium; mais non pas que les juges aient prononcé en faveur de l'un ou de l'autre. Ils disent qu'on se sépara , avant qu'il y eftt rien de décidé , et que la nuit suivante Ajax fut trouvé raido mort. 11 y en a qui veulent que sou combat avec Paris lui ait été aussi funeste qu'à son adversaire : il y reçut une blessure dont il mourut (16} , et il y tua Paris (17J. D'autres disent que les Troyens , avertis par un oracle , que le fer ne pouvait rien sur son corps , et que , si on voulait le faire mourir , il fallait l'accabler de boue , le firent périr de cette façon (i8j.

(E) Un de ses caractères était l'impiété.^ Quand il partit pour l'armée , son père lui recommanda de joindre toujours à la force de son courage l'assistance du bon Dieu. Ajax lui répondit que les poltrons même sont souvent victorieux avec une telle assistance j mais que pour lui, il s'en passerait , et qu'il était assuré de vaincre sans cela :

TêKvov , Sof)

Boi/XOO X,pSLTi7v fjl.i1 , S-I/V ÔêÔi tT' ÀÙ KfSLTih.

TïaTip , Qioiç fjLiv Ksii 0 y.viS'ii à'v 'oy.'jZ KcstToç Ka.Ta.x.TYiTo.i'r . 'i.ym S^e ko.) élX"- Keiyoïv , ^sToiSa. toSt ès-is-Tarêiv xxtof (19).

Mifili, inquU,virtute

relis vincere , sed auxilianie Deo ieniper vêtis vincere.

Jpse vero superbe ac stullè respondebat. Adjuvant'' Deo , inquit , eiiain ignavi f^incere soient. Ego verb , vel absque Auxilio divino , confido me islam aUracturum esse gloriam.

On trouve encore un passage tout semblable dans le même auteur.

hxkI; T5V xoêiVa-ova. (20).

Sed cum Deus adversalur , tuuc etinm ignavi ejlfugiuiit è manibus virorumjortium.

(i4) Dict. Cret. , lib. V.

(i5) Soldas in voce. naÀ^iiTioy.

(16) Dares Phryigius s£ Scholiast. Sopliocl. i« .Argument. Ajacis.

(17) Dares Phrygius.

(iS) Apud Sclioliast. Sophod , ibid.

(19) Sophocles in A\iQe,pag. 80, 81.

("aoj Ibid., pag. 5i.

-Minerve se voulut mêler un jour de lui donner des avis ; il lui repondit fit-rement : IVe i^ous mettez point en peine de mon poste ; j'en rendrai bon compte ; i/OHs n'afez qu'à garder vos bons offices pour les autres Grecs (ai). Une autre fois , elle s'offrit à conduire le chariot d'Ajax dans la mêlée : il ne le voulut point souffrir (22). 11 fit même effacer de son écu la chouette qu'on y avait peinte (aS). Il craignit apparemment que cette peinture ne fût prise pour un acte de dévotion envers Minerve, et pour une défiance de ses propres forces. On ne serait pas équitable, si l'on" n'apprenait ici aux lecteurs qu'il n'est pas si indévot dans Homère ; car , s'il n'y prie pas Jupiter en se préparant au combat contre le vaillant Hector, il demande pour le moins que d'autres fassent des prières à ce Dieu, ou tout bas, de peur que les Troyens ne l'entendent , ou même tout haut 5 car , ajoute-t-il , je ne crains personne (24 j. Il n'y a pas là de quoi le donner pour un modèle de dévotion , comme on le fait dans le Commentaire sur les Emblèmes d'Alciat. Rectè Ajax apud Homerum qui Deos inwûcat sese ad arma componens ; neque enim pulat sibi felicius rei benè gerendœ auspicium capere posse quant ab inwocatione numinis (aS). C'est mal rapporter le fait; le passage du X VIP. livre de l'Iliade, vers 645 , ne sert de rien ici. Il ne veut pas que les Troyens sachent qu'on prie Dieu pour le bon succès de ses armes ; cela peut recevoir deux explications :

il craignait peut-être que les Troyens ne prissent cette invocation de Dieu pour une marque qu'on se défiait de sa valeur ; ou bien , il craignait que les Troyens , avertis des vœux que les Grecs feraient pour lui , n'en fissent de semblables , ou même de plus ardens , pour leur Hector. La première de ces deux explications lui laisse une vanité fort injurieuse à Dieu : la seconde lui laisse beaucoup de persuasion du pouvoir céleste. Mais , à quoi sert cela, puisqu'il consent qu'on prie tout haut; qu'il y consent, dis-je ,

(2i) Ibid., pag. 8:.

(22; Scholiastes Sophoclis.

(23) Idem.

(24) Homeri lUad. , lib. VII, vs. 196.

(25) Comment. inErablem. CYX^// Alciali, pag. 547.

AJAX

par la confiance qu'il met en sa force et en son adresse; en nn mot, par la raison qu'il ne craint rien, et qu'il se soucie peu que les Troyens fassent des contre-prières , ou qu'ils n'en fassent pas ? Est-ce là un exemple de piété que le coraraentateur d'Alciat doive proposer? Un homme disait l'autre jour que les princes catholiques font fort mal de laisser mettre dans les gazetres les pèlerinages de Lorette, les offrandes , les vœux , les prières de quarante heures , qu'ils ordonnent pour obtenir une glorieuse campagne; car, dès que leur ennemi le sait, il ordonne les mêmes choses chez lui, et promet encore plus de largesses aux saints et aux saintes. On lui répondit que cela montrait la bonne foi de ces princes : ils ne veulent pas surprendre les arrêts du ciel ; ils ne veulent pas, comme Ajax, ôter à leur advex'se partie la connaissance de leurs requêtes , et les moyens de se pourvoir contre : ce serait vouloir qu'on prononçât sans avoir oui les deux parties.

(F) Les Grecs lui dressèrent un superbe monument sur le promontoire de B.hétée.'] Ce fut uu de ceux qu'Alexandre voulut voir et honorer (26). Nous disons ailleurs (27), qu'on a torl d'accuser Pline d'avoir ignoré la vraie situation de ce tombeau. Mais , s'il est vrai que les Grecs aient érigé ce monument , que veut dire Horace, quand il censure Agamemnon d'avoir laissé Ajax sans sépulture ?

- . . Cur Ajax héros ah Achille secundus Pulrescit, toiles servaiis clams Achivis ^ Gaudcal ut populus Priami Priamusque

iiihuniato , Per quein toi juvenes patrio caruere sepulcro (28)?

Je réponds que cepoè'te ne fait qu'employer un des incidens de la tragédie d'Ajax : c'est celui où Sophocle feint qu'Agamemnon ne voulait pas consentir qu'Ajax jouît des honneurs de la sépulture. Il céda enfin aux fortes instances de Teucer. Remarquez qu'il Y a des auteurs qui disent que l'on ne brûla point le corps d'Ajax , et qu'il y en a qui disent que l'on le brùla.

Dictys de Crète et Ouintus Calaber sont de ce dernier parti : Philostrate

(2G) Diodor, SJcuI. , M. XVJI.

fi']) Oans la remarque (K) de l^arlicleKcB.iLl.ii. 28; Horat. Satir.///, /iV. //, i's. 198.

est du premier. Il dit que Calchas déclara que la religion ne souffrait pas que l'on brûlât ceux qui se tuaient eux-mêmes 129). Voyez dans le même Philostrate comment les Athéniens se distinguèrent à honorer ce héros. Pausanias nous apprend que l'une de leurs tribus portait le nom d'Aj.ix (3o) , et que les honneurs qu'ils décernèrent , tant à lui qu'à Eurysaces, son fils, subsistaient encore (3i). Ceux de Salaniine avaient bâti un temple à Ajax (Sa). Toute la nation grecque l'invo-

3ua quelque temps avant la bataille e Salamine (33) , et lui consacia ensuite, comme une partie des prémices destinées aux Dieux, l'un des vaisseaux qu'on prit sur les Perses dans cette mémorable journée (34)-

(G) On a conté quelques iwentures miraculeuses touchant son tombeau, j Ulysse , ayant fait naufrage sur les côtes de la Sicile, perdit, entre autres choses , les armes d'Achille. Le bouclier sortit ensuite de dessous les ondes auprès du sépulcre d'Ajax , et y fut appendu; mais, le lendemain , il fut frappé de la foudre. Voilà ce que Ptoloraée fils d'Hephestion rapporte (35). Pausanias dit , en général , que la tempête porta sur le tombeau d'Ajax les armes d'Achille , après le naufrage d'Ulysse (36). La matière était trop belle et trop féconde en moralités pour n'être pas empaumée par les poètes. Voyez dans l'Anthologie ce que les Grecs ont chanté sur ce sujet (37). Alciat en a tiré l'un de ses emblèmes (38). Quant aux prodiges, ou aux merveilles, qui firent parler d'Ajax après sa mort , voyez Pausanias , à la page trente-quatrième du premier livre. Ne finissons point cette remarque , sans diie que les vagues, ayant entr'ouvert le tombeau d'Ajax , on fut curieux d'y regarder , et l'on remarqua qu'un os du genou était aussi grand qu'un de ces disques ou palets dont on se servait dans les jeux de prix

(29) Ptiilostrat. in Heroïcis.

(30) Pausan. , lib, /, pag. 33. PlutarcVi. Sympos. , lib. I, qiiipsl. X, pag. 628. Herodot. , i,b. V , cap. Lxri.

(3i) Pausan., ihid ., pag. 33.

(32) Id. ibid.

(33) Herodot., lib. FUI , cap. I.XIV.

(34) Id. ibid. , cap. CXXl.

(35) Apud Pliotiura, pag. 484.

(36) Paiisatiias , lib. ï, pag. 34-

(37) Aolhol. , lib. /, cap. XXII, inilio. (38; C'est le XXFIII'.

AJ

(Sq). L'homme qui le racontait à Pausanias (4o) voulait qu'il jugeât par-là quelle avait été la taille d'Ajax. Homère la lui donne tout-à-fait avantageuse.

'Avtif >tii( ti [xîya.ç ts "E^o^oç 'Apyila>v Ki<fa,K»v «cT' lùpictç

eiojjiovç (4i)' ........ Kir laltisque magnusque ,

Procerissimus Argi^'orum lurn capile tum latis humeris.

(H) Ronsard crut at'oir fait une Jaute touchant Ajax. ] Il avait mis Ajax parmi les bravas qui prirent Troie ; mais il l'en ôta dans la deuxième édition de sa Franciade , ayant été averti par Florent Chrétien, qu'Ajas se tua avant la prise de cette ville (42). Apparemment, il ne savait pas que, selon quelques auteurs, ce grand capitaine ne mourut qu'après le saccagement de Troie ; car , s'il l'avait su , il aurait dit à Florent Chrétien qu'il n'ignorait pas ce que Homère, Sophocle , Ovide , et quelques autres ont raconté ^ mais qu'il savait aussi ce que d'autres avaient dit , et qu'il avait mieux aimé se conformer à Dictys de Crète qu'à Homère : et ainsi, il n'eût point fait l'aveu d'une faute.

C'est un aveu très-mal plaisant .à un poète, et même aux autres auteurs.

(39) Pausanias , lib. I,pag. 34.

(40) Korez dans la remarque {h) de l'article précédent , quelques fautes concernant ce passage de Pausanias.

(4i) Homer. Iliad. , lib. III , vs. 226. (42) Korez les Notes de Florent Chrétien sur le Pbiloctète de Sophocle.

AJAX, fils de Teucer, fit bâtir un temple à Jupiter, dans Olbe , ville de Cilicie. Le prêtre de ce temple était seigneur du pays qu'on appelait Traclnotide. Plusieurs tyrans tâchèrent d'envahir ce pays-là , et de s'y maintenir ; de sorte qu'il devint un vrai théâtre de brigandage. Après qu'on eut exterminé ces tyrans , il fut appelé le Pays de Teucer et la Prêtrise. Voilà les noms qu'il avait du temps de Strabon , qui ajoute que la plupart des pontifes qu'on y avait vus avaient porté le nom de Teucer ou celui

AX. 3ig

d'Ajax ; et qu'Aba , fille de Zenophanes, l'un des tyrans, étant entrée par mariage dans celte famille, se rendit maîtresse du pays après que son père l'eut gouverné sous le titre de tuteur. Elle fut confirmée dans la possession par Marc-Antoine et par Cléopàtre, auxquels elle avait fait sa cour habilement. Après sa mort, le pays revint au pouvoir de ceux qui en devaient être les possesseurs légitimes. C'est là tout ce que Strabon nous en apprend («).

Recueillons de là , que le Supplément de Moréri est tout plein de fautes dans cet article (A). La remarque que je joins à cet article le prouvera suffisamment.

(a) Ex Strab. , lib. XIV , pag. 462.

(A) Le Supplément de Moréri est tout plein de fautes dans cet article. "^ Après l'avoir bien mesuré, je trouve que le meilleur moyen d'être court , c'est de rapporter tout entier l'article du Supplément ; le voici: Ajax , fils de Teucer, roi de Salamine en l'Ue de Cypre, ayant succédé a son père , consacra un temple a Jupiter en la ville d Olbus. Il se maintint dans la possesiion de ce royaume contre plusieurs jtrinces qui s'en foulaient rendre niaîLres , et le laissa a ses descendans , qui portèrent presque tous le nom d'Ajax ou de Teucer. Strabon, l. 14. Je remarque contre cela : 1°. Qu'il n'y a point de lecteur qui ne soit tenté de croire, en vertu de ce narré , que la ville d'Olbus était dans l'île de Cypre. ■2°. Qu'il n'est point vrai que Strabon dise qu'Ajax succéda à son père au royaume de Salamine. L'infatigable Meursius, qui a tant cherché les noms de tous ceux qui ont régné dans l'île de Cypre, n'a pas trouvé un seul Ajax (i). 3°. Qu'il n'est point vrai que plusieurs princes aient tAché d'ôler à Ajax le ro3 aume de Salamine. Leurs attentats regardaient la Trachiotide , le patrimoine ou le domaine de l'é-

d) yorez son Traité de Cypro, lib, II , cap, VU et seq.

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