‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 2)Chapitre 86 sur 158 · AK · texte numérisé non relu

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la loi non écrite (E). La remarque que nous faisons là -dessus contiendra quelques particularité» de sa vie. S'il fallait juger de ses leçons par ses préceptes de garde-robe (F) , on aurait lieu de les traiter de ridicules.

(A) On s'imagine qu'il a supposé un outrage au pntr. Abraham.'] Ce livre* est intitiûé Seplier Jezirah, c'està-dire, le Litre de la Création. Voyez la remarque (E) de l'article Abraham , et ajoutez-y ce supplément. Lambecius ne devait pas dire que ce livre de la Création fut imprime' à Maiitoue la première tois (i) ; car l'édition de Mantoue , in-4°- , accompagnée du commentaire d'Abraham Ben-Dior , et de celui de plusieurs autres rabbins, dont vous trouverez les noms à la page 536 de l'Histoire critique du Vieux Testament , avait été précédée par l'édition de Paris, eu iSSa, in-S". Le même livre a été imprimé à Bâie , in-folio, l'an 1587, avec plusieurs autres de même trempe. Il est d'un grand poids chez les cabalistes : ils s'en servent à faire des miracles , disent-ils (2).

(B) On l'accuse d'avoir altéré le texte hébreu de la Bible.'] Cette allération se rapporte à l'âge qu'avaient les patriarches, lorsqu'il leur naissait des enfans. Personne n'ignore qu'en cette année-là ils étaient plus vieux , selon la Bible des Septante , que selon la Cible Hébraïque. Adam, par exemple , si nous suivons le texte hébreu , avait cent trente ans , lorsque sa femme accoucha de Seth :, mais, selon la version des Septante, il était alors dans sa deux cent trentième année.

La plupart des théologiens veulent qu'on préfère le texte hébreu au texte grec. Ceux qui tiennent l'autre parti sont en petit nombre 5 mais en récompense, ce ne sont pour 1 ordinaire que des savans d'élite. Le pèi'e Dom Paul Pezvon , religieux de l'étroite observance de Cîteaux, etdocteur en théolo-

* Joly reproche h Bayle de donner le titre de Livre à un opuscule i/ui, bien t/uen cinq chapitres , est reiifermr' en trois pages de f;ros caraclères , dans les Arlis cabalisticfe Scriptores.

(i) LambeciiHistor. Litterari» Prodiom.,^fZ^. 5H, apud Placciiiin de Pseudonymis, pag. i34.

(2) Placcjus , ibid.

IBA.

gie de la faculté de Paris, s'est rangé au petit nombre. Il a débité, entre autres choses , que les Juifs ont altéré le texte hébreu dans le temps qui a coulé depuis la ruine de Jérusalem sous Tite , jusques à la douzième année de l'empereur Adrien (3). Il le prouve par la version d Aquila , publiée l'an douze de cet empereur, et assez conforme au texte hébreu d'aujourd'hui. Or , comme cet Aquila , en passant du christianisme au judaïsme, se mit sous la discipline d'Akiba, il paraît fort vraisemblable au père Pezron , qu'il faut imputer à ce rabbin cette altération de l'Ecriture. Il est certain qu'Akiba était alors en grande estime parmi les JuiJ's, et surtout parmi ceux de la Palestine ; car il fut environ quarante ans le maître du collège qu'ils avaient a Jabné , ou a Tibériade,

proche du lac de Genezareth (4)

// afait beaucoup de disciples , passait pour le plus savant d'entre les JuiJ's , et aidait tant de créance dans leur esprit, que ce fut lui qui déclara que Barcochebas était le Messie (5).

(C) Afin de pouvoir répondre à une objection des chrétiens ."] « Jamais les » chrétiens ne disputèrent contre les '> Juifs plus fortement qu'en ce temps- " là, dit le même auteur (6), etja- " mais aussi ils ne les combattirent w plus efEcacement. Car ils ne faiw saient que leur montrer d'un côté » les Evangiles , et de l'autre les rui- '> nesde Jérusalem, qui étaient devant " leurs yeux , pour les convaincre que » Jésus-Christ , qui avait si clairement » prédit sa désolation, était le pro-

» phète que Moïse avait promis

•)) Mais ils les pressaient vivement par » leurs propres traditions , qui por- )) taient que le Christ se manifesterait » après le cours d'environ six mille » ans , en leur montrant que ce nom- )) bre d'années était accompli. Cela 5) les embarrassait étrangement • et )) c'est sans doute la raison pour- » quoi il est dit dans le Talmud , w qu'Akiba et Samsai supputaient M les années (7) , dont on tirait con- » tre eux de si puissans argumens. «

(3) Pezron , de l'Antiquité des Temps , chap. XVI, p. 28g. Edit, de Paris , en 1687, in-4°.

(4) L'a même , pag. 290.

(5) Là même , pag. 291.

(G) La même.

(7) Taliniicl , in Trattatu de Synei'rio.

ALABASTER.

Il est certain que les juifs pouvaient judaïques, la même année que Joseplie répondre à l'objection des six mille acheva ses Antiquités ; qu'il occupa ans, si la Bible était telle que nous cette place durant quarante ans; qu'il l'avons aujourd'hui ; car il s'en faut est très-souvent cité dans le Pirhebien qu'elle ne nous donne ce nombre Elitzer; et qu'il souhaitait la damnad'années depuis Adam jusqu'à Jésus- tion étemelle à tous ceux qui liraient Christ. les ouvrages des chrétiens.

(D) Les juifs lui donnent de grands (F) Ses préceptes de garde-robe.^ La cloges.'] Ils Vappelaient Sethumtaah nation judaïque a été livrée à un tel (8j, c'est-à-dire, l'Authentique. Il fau- esprit de puériles et de chimériques tirait un volume tout entier, dit l'un observances, que leurs plus" graves d'eux (9) , si Ton voulaitparler digne- docteurs ont étendu le Rituel jusques ment de lui. Son nom , dit un autre, aux actions les plus machinales, coma parcouru tout Tunivers , et nous me est celle d'aller au privé. Malheur avons reçu de sa bouche toute la loi à qui ne sait pas bien s'orienler; car orale : Hujiis nomen ( inquit Autor les quatre points cardinaux de l'hori- Libri Zemach David ) exiit ah uno zon ne sont pas également favorables. extrdmo mundl usque ad aliud , atque Je ne puis dire qu'en latin le reste de lotam legem oralem ex ejus ore acce- leurs ridicules superstitions. Dixii R. pimus (10). Akibn, ingressus sum aliquandô post

(E) Et croient qu'il leur a appris rabbi Josuani in sedis secretœ locum , toute la loi non écrite. 1 Voyez le pas- et tria ab eo didici. Didici 1°. qwjd sage qu'on vient de citer, et le livre tion i^ersus orientent etoccidentem, sed que le père Paul Pezron a publié à i^ersusseptentrionem et austrujii , con- Paris, l'an 1691 (n)- ^° y trouve ifertere nos debeaiuus. Didici 2°. quod (12} , que Rabbi Akiba, fils de Joseph, non in pedes erectum, sed jnni consicst le premier compilateur des Deu- denteir se relegere liceat. Didici 3°. teroses , ou des traditions judaïques , quod podex non dextrâ sed sinislrâ et le chef des tradilionnaires ; qu'il ra- nianu absteigendus sit. Ad hœc objemassa les traditions qu'Hillcl, Siméon, cit ibi Ben Uasas ; usque adeô i>erè et autres anciens docteurs, avaient perfricuisti fronlem erga magistrum inventées j qu'il y en ajouta d'autres tuum ut cacantern observares ? Resde son invention ; qu'elles eurent cours pondit ille , legis hœc arcana sunt , ad toutes ensemble jusqu'à la fin du V^. quœ discenda id necessariô mihi agensiècle, auquel temps on yen joignit dumj'uit(i'j). Voilà un merveilleux d'autres, dont le Talmud fut com- docteur, qui, même sur sa chaise posé; qu' Akiba (i3} se servit du rab- percée , expliquait sans dire mot les bin Meir , le plus célèbre de tous ses mystères de la loi.

disciples, pour rédiger par écrit une ,,-„-,..,, ,„ , ^,

partie de ces traditions dont on a de- q^\ -^^^^ Lent , pag. 10. "^ puis composé la Misne (i4),* qu il fut

assesseur du patriarche (i5j, et le maî- ALABASTER ( GUILLAUME ) ,

tredAnuila, et du rabbin José, qui est ., ; , • 1 . •. . tt j l'auteur de la Grande Chronique des tliéolcgien anglais, naquit a Had- Juifs (16) ; qu'il devint chef des écoles ley, dans le comté de Suffolk. Il

,„,„.. , ,T J Ti J nf •• fut un des docteurs du collège de

(8) f^iûe Jo. a Lent, de Pseudo-Messiis, p. g. . . , , „ 1 -i -i

(9) Zacutus in jnchasiii , pag. 66, apud la Tmiitc à Cambridge, et il ac- ^7-) ^of is?mbiioib. , pag. ^g. compagna le comte d'Essex , en

(il) Intitule, Défense de l'Aniiquité des qualité de chapelain, à l'expédition de Cadix , sous le règne d'E-

Temps

(12) Pag. Gi.

(.3)P,7^.63, eaTzemacbDavid.,p«g.99. ]isabeth. Ou veut quc fcs pre-

(14^ Les Juifs prétendent i]ue le rabbin Juda ^

qui la compila, naquit le même jour qu'KV\h3 mièrCS pCllSeeS de cliangCr de TCmotirut, R. Juda pr.nceps natus est illo die qiio ^^ • i • • i ' *

hgion lui soient venues, pour » etre laissé éblouir à la pompe des églises de la communion romaine et au respect dont il lui sembla

otirut, H. Juda princeps natus est lUo die quo obiit R. Akiba , de quo ajunt, sol exortus est et sol occidit. l'oyez Pezron , Défense de l'Antiquité des Temps , pag. -o.

(î5) Nerva permit aux Juifs de se choisir un patriarche de leur nation.

(16) Ejc Hieronymo in cap. VIII Isaiae.

344 ALABASTER.

que les prêtres sont honorés ; et dans les remarques ce qu'ils en qu'ayant paru chancelant , il ait pensèrent , et comment il se titrouvé des personnes qui mena- rait de l'objection que l'on fait fièrent ces dispositions, et qui sur les trois jours et les trois nuits profitèrent de telle sorte des plain- que Jésus-Christ devait être dans tes qu'il faisait d'avoir été peu le ventre de la terre comme Joavancé en Angleterre , qu'il n'hé- nas au ventre de la baleine (b)- Je sita plus à passer dans le papis- ne dois point oublier qu'on faime, dès qu'il eut bien considéré sait un très-grand cas de ses vers, que l'espérance d'un meilleur II fit une tragédie latine , intituavancement ne serait pas trop lée /loxama, dont la représentabien fondée. Quoi qu'il en soit , tion dans un collège de Camil s'agrégea à la communion ro- bridge fut accompagnée d'un acmaine et n'y trouva point ce qu'il cident très-notabie (cj. Il y eut avait espéré. Il s'en dégoûta bien- une dame qui fut si épouvantée tôt: il ne s'accommoda point d'u- du dernier mot de la tragédie , nediscipline qui ne lui passait en Seqiiar, Sequar, tant il fut procompte aucun des degrés oii il nonce d'un air furieux, qu'elle était déjà monté. Apparemment en perdit l'esprit pour toute sa il ne s'accommodait pas mieux de vie. Alabaster vivait encore en ce culte des créatures, que les pro- i63o. Son Apparalus in revelatestans sont accoutumés de regar- tionem Jesit Christi fut imprimé der avec horreur ; ainsi il repassa à Anvers l'an i6o;y. Quant au en Angleterre, pour y reprendre Spiraculiim luharum , seu Fons sa première religion. Il y obtint spiritualium expositionum ex un canonicat dans l'église de œquivocis Pentaglotti {d) signi— Saint-Paul , et puis la cure de Jicationibus , et son Eccesponsus Tharfield , dans la province de venit^seulubapulchritudinis^hoc Hartford. Il entendait fort bien est démons Ira tio qitod non sit ilîa langue hébraïque , mais il se licitum nec impossibile compu— gâta l'esprit par l'étude de la ca- tare durationem mundi et tem— baie dont il s'entêta. On en vit pus seciindi advenlùs Christi, ils des preuves dans le sermon qu'il sont imprimés à Londres (e). On fit quand il fut reçu docteur en peut juger par ces seuls titres théologie à Cambridge. Il prit quel était le goiit du personnage ; pour texte le commencement du mais on en jugera mieux par les premier livre des Chroniques , paroles d'André Rivet , que je ci- Adam, Seth , Enos ; et, après terai (B). Il ne faut pas oublier avoir touché le sens littéral , il se son Lexicon Hebraicum , in-fojeta dans le mystique , soutint lio. Je n'ai point parlé des Moqu'Adam signifiait là malheur et tifs de conversion , qu'il publia misère, et ainsi des autres [a), après avoir embrassé le catholi-

Sa méthode d'expliquer l'Écri- i^b) Vojez la remar<,rce {k). ture ne fut point au goût des ca- (c) Fuller, Wortlues of England.

tholiques romains (A; : je dirai {d) Cest ainsi que poi-ie le Catalogue

d'Oxford. IlJ'allail dire Penlateuchi.

(a) Ex libro Fulleri, ctii lilultis WortUics ie) J'ojcz le Catalogue de la Bibliothèque of England. d'Oxford.

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