AL AB ASTER
cisme : on sait assez que c'est la coutume de ceux qui chang^ent de religion. Cette coutume était jnênie plus en vogue en ce tempslà qu'aujourd'hui. Le public n'avait pas encore eu le temps de se dcgoiiter de cette sorte de livres.
Celui d'Alabaster fut réfuté par Roger Fenton {f).
[f',Sa réponse est intitulée. An Answer to VV.Alabasler's Molives. Zonrfon, iSgQ, in-^".
(A) Sa méthode d expliquer l'Ecriture ne fut point du godi des catholiques romains.} François Garasse, jésuite , après avoir rapporté une opinioQ assez grotesque d'Isidore de Peluse (i), continue ainsi : « L'expo- >' sitiou d'Alabaster est encores plus » esloignée du sens commun ; car il " s'en va ravaudant sur des fantaisies " rabbinesques, qui sont à la vérité « plaisantes, si elles estoient aussi so- " lidement fondées, comme elles sont " subtilement controuvées. 11 dit en " son Apparat, ch. ix, que Jonas et » N S ont demeuré ponctuellement " trois jours et trois niiicts, l'un dans » le ventre de la terre , et l'autre » dans le ventre de la baleine , en la » façon qui s'ensuit. Jonas , dit-il , »yii< porté jusques au centre du mon- » de , comme il le dépose luj-mesme : î> Ad extrema montium descend! , '> terrae vectes circumdederunt me.
» Or est-il, qu'estant en cet endroit, )> il avoil le jour et la nuict tout a » la fois ; car regardant fers nostre » hémisphère, il ai'oil le jour en face , î> et la nuict à dos : et puis le lende- » main , tout au contraire ; de façon » que n''ayant que demeuré un jour et » demi, il y a demeuré trois jours en- ■» tiers , d'autant qu'il faut doubler » l'espace, pource qu il ai'oit tout à la •» fois ce que nous aidons successive- )• ment. Ainsi, nostre Seigneur estant » dans le ventre de la terre, a eu )) comme Jonas le jour et la nuict » tout a la fois ; d'autant que son âme » s'en est allée jusques au centre de la » terre, afin d"" auoir le jour d'un coslé , » et la nuict de l'autre , et par ainsi » accourcir le terme de sa demeure sans
f') yous la tramerez à la fin de celle remarque.
"forcer la t'érité, tant il ufoit d'int- « patience de laisser ses disciples dé- '> solez. Je dis que cette invention » faict tort à l'Escrifure sainte, d'au- » tant qu'elle est trop contraincte et >' sophistiquée , et ressemble juste- )) ment les fantaisies des rabbins ; et ') partant, ce n'est pas sans sujet que » le livre d'Alabaster a esté condamné « à Rome: mais il fut si idolastre de » ses inventions, qu'il fît encores pis )' que Héliodore , pource qu'il quitta » sa religion , pour ne quitter pas ses » grotesques dangereuses qu'il a faits )> sur l'Écriture sainte (2). » Joignons le jugement d'un jésuite du Pays-Bas à celui de ce jésuite français. Bonfrerius, ayant condamné ceux ([iri par les machines de la cabale trouvent tout dans chaque passage de l'Écriture, poursuit ainsi : Quod nuper fecit insulsè nimis et irreligiosè Guilielmus Alabaster , qui in illo suo Apparatu ex inanibiis hujusmodi fundamentis , ne dicam quisquiliis , conalus est nohis suam mysticam theologiam, et ( ità ipse vocat) interiorem Scripturœ sensum ad medullam ( re ipsd aliud nihil quam deliramenta et somnia) exprimere. Qtid ex re malè audiit et Romœ censoriam Ecclesiœ i-'irgulam merito expertus est. Quis enim ferat quempiam in re tam séria, Scripturœ inquam interpretatione , pro probatis niercibus uendere qiiœ ipse pariim sano cerebro delirârit (3) ? Il rapporte ensuite quelques exemples des explications chimériques de cet homme.
Nous entendrons bientôt un protestant qui reproche aux catholiques romains d'avoir toléré les visions de cet Alabaster.
J'ai été averti par un habile homme que les lecteurs n'aiment pas qu'on leur indique en général qu'un tel ou un tel ont avancé une opinion chimérique ; cela réveille leur curiosité : ils voudraient la contenter sur-le-champ, et quelquefois même sans être obligés d'aller prendre un autre livre qu'ils ont dans leur cabinet. Cet habile homme aurait donc voulu , ou que je n'eusse rien dit d'Isidore de Peluse ,
(2) Garasse , Doctrine curieuse , imprimée à Paris, chez Chapelel, l'an lôîS, in-4". , pag. 5qi, 594.
(3) Bonfrerius, danr les Prole'gomènes de son Commentaire sur le Pentatcuque , imprime' en lO-^',. i-i-Col.
ALABASTER.
ou qu'ayant marqué en général, que tionera Christi , in qno profiteUir se son opinion était grotesque , je l'eusse novam et admirabilem raiionem afrapportée , vu principalement que J'erre investigandi Prophetiarum mys-
le livre de Garasse ne se trouve guère dans le cabinet des particuliers. Je profite de cet avis ^ j'en sais par expérience les fondemens : et c'est pourquoi , en plusieurs autres rencontres , j'ai mieux aimé joindre des queues à mes Commentaires , qu'exciter en vain l'avidité des lecteurs. Isidore de Peluse , pour trouver le nombre complet, a supposé que les ténèbres de la passion doivent étie prises pour une nuit, et que le retour de la lumière jusques au coucher du soleil , doit être pris pour un jour. Lisez ce qui suit : « Je respons qu'il est vrai que ce pas- » sage (4) a bien donné de la peine )) pour l'accorder avec la vérité de }) l'histoire, et que c'a esté un des prin- 3> cipaux argumens dont Julian l'Apos- 5) fat a tasché de renverser la yérité M de l'Evangile ; mais qu'il n'est point » si désespéré, qu'on n'en tire bien » une vraye et naturelle exposition , » sans recourir aux fantaisies : ce que 3) quelques-uns ont faict à la bonne 3) foy , comme nous avons veu cy- " dessus touchant l'heure de la resur- » rection. S. Isidore de, Peluse, au » premier livre de ses Epistres , en j) l'Epistre cxiv , en rapporte uneexpo- )) sition nouvelle , en ces termes : Sic j) habeto; sextâ hord Parasceues in 3) crucem actus est Dominus , ah hdc » hord usque ad nonani tenebrœ exsti- » terunt ; has tunoctem intellige: rurj) stis hord nond lux , hœc tu pro die 3) habe : nox rursùni Parasceves ; tiini
teria ex Scripturâ se ipsam interprétante. Ibi noi'am Cabbalain instituit, ex qud quidlibet ex quolibet educit , et niutatis uel int^ersis mit separatis et disjunciis Ebrœorum focabuloruin litteris aut syllabis , l'tl etiain in iisdem l'ariorum mimerorum ratione excogitntd , noi'is eliam signijicationibus conlra grammaticœ rationeni assignatis , diuersis nominibus aut i'erbis omnia pen^ertit; et ipii adeb commenluTU placet , ut quanwis sœpè excipiat se nolle prœjudicare lalinœ uersioni , ciini tanien t'ident ex ed nullis fidiculis sensuni queni sibi proponit passe erui, non uerelur dicerepag. 6i, Deum Christi et Religionis Christianse mysteria pcr illam verborum formara in Ebrœo legis codice expi'essisse , quœ sensum carnalem et à divinâ mente alienum lectori prima fronte oflérret, atque ità voluisse ut in Ecclesiâ Christianâ nulla passîra legeretur -versio quàm quœ secundùni Èbrœorum verborum corticem conciperetur , ut hoc modo sapientia divina non esset cuivis profano obvia. Sed postea idem, per totum illud opus it'a sapientiani illam dii^inam ex Scripturœ , si Deo placet , penetralibus fiaurit , ut ne ulli quidem hactenîis ex Patribus sanctissinns , t^el unius loci talis inlerpretatio in mentem unquam uenerit, ne ipsis quidem omlùsciis Ponlificibus. M. Rivet , ayant donné deux exemples des visions do ce personnage (7) , continue ainsi son discours ; Alia hujus farinœ multa ,
n dies Sabbathi , tîim nox Sabbathi pag. 5"] et seqq. afferuntur à nugatore
n Dominici diei : Suyvant cette expo » sition, il est vray que Jésus-Christ 1) demeura trois jours et trois nuicts » dans les entrailles de la terre: mais w ce sont des jours et des nuicts ré- » duictes au petit pied (5).w
(B) On jugera de son goût par les paroles d' André Rivet, que je citerai.'] Anno 1607 , dit-il (6) , quidam Pontificius Anglus , Guilielmus Alabastrus , edidit Anti^erpiœ librum cui tituluni Jecit , Apparatus in Revela-
(4) Celui du chapitre XII de saint Matthieu, ou il est dit que Je'suS'Christ devait demeurer ilans le ventre de la terre trois jours et trois nuits.
(5) Garasse , Doctrine curieuse, p. Sgz, SgS.
(6) Riveti Isagoge ad Scripturam Sacraiu , cap. Xy , Operum toin. Il , pag. 937.
blasphemo , quibus syllabas unius nominis et uerbi seorslm accipiens , et h sud radiée dii'eUens , omnia sursùm deorsùm uertit. Et tarnen in regno Pontificio toleratur hœc noi^itas, ubi simplex scripturœ ex ipsâ Scripturâ interpretatio hœreseos insimulatur.Sed de his hacteniis. f^ideant Pontijicii an suo Alabaslro non debeant nigrum prœfigere thêta : nos hominis insolentissimam audaciam deleslamur , etsi eumjesuita Possei^inus suis Catholicis Scriptoribus inseruerit , Appar. Sacri Tomo primo. Notez : 1°. Que l'ouvrage dont ceci est tiré parut pour la })re-
(■j) Vun est sur le verset 9 du chap. XXXVII de la Genèse , Vautre-, sur le venel 8 du chap. XL du même livre.