MOS
» la délicatesse. Cela supposé , je ne )) feins point de dire (|ue la traduction » d'AJaraos est beaucoup meilleure » que les Aforismes^ et c'est un juge- » ment qu'a fait avant moi l'auteur » de la Bibliografie Hislorique-Politi- )) que dans l'article des historiens la- » tins. Le 7'aciie illustré , dit - il » ( c'est le titre de la version d'Ala- » mos ) , est fort estimé de nos i'oya- » geurs ; mais , a f.njuger sainement , )> les notes n'en iraient pas mieux que » les impertinentes Pensées nouvelles i> de Louis d' Orléans sur cet auteur , » ni que les Remarques auliques et po- ■» litiques du comie Annibal Scot de » Plaisance , lesquelles Juste Lipse )) appelle à bon droit des Notes de )) plomb. Cependant , certain secrén taire espagnol, nommé. /uart Onate, )> n'a pas laissé de prendre la peine )) d'arranger ces Aforismes sous des » titres particuliers par ordre alfabé- » tique , et n'a pas fait difficulté de )) les intituler , Aima de Cornelio » Tacilo : et de plus , un Jérôme » Caniui les a traduits en italien , et )) les a incorporez à la version ita- » lienne d'Adriano Politi , comme, )) quelque chose de biea excellent , )j témoin ce titre : Opère di Corn.
» Tacito , illustrate con notabilissimi )> Aforismi del Stgnor D. Baldassor >» Alanio (i). »
Voilà deux auteurs qui parlent avec méj)ris de ces Aphorismes j et deux qui en font beaucoup de cas. On s'étonnera moins de cette diflërence de sentimens , si l'on se souvient , qu'en l'année i683 , M. Amelot n'avait pas la même opinion là-dessus , qu'il a lait paraître en 1686 et en 1690. Consultons la préface de son Tibère (2). Il est bien urai , dit-il , qu Alamos n'a pas seulement traduit Tacite , mais y a fait encore un grand nombre de Remarques , qu'il appelle ytjorismes , et qu Antoine de Cot^arrui^ias, son approbateur , dit être la principale partie
de son ow^ruge {*) J'auoue que le
sien est excellent , soit pour la tra-
(i) Amelot lie la Houssaye, Disc. Critique, o la télé de sa traductioit des Annales de Tacite, imprimée a Paris, l'an 1690. Ce Discours Critique avait déjà paru à la télé de sa Morale de Tacite, en 168G. Il est un peu augmenté dans l'édition des Annales.
(2) Imprimé à Amsterdam , en i683.
(*) Aun es la principal parte , y de mas m9mento, desta Obra.
ÀLAMOS. 357
duction , qui est aussi claire que l'o- plus étrange , il ne parie pas même riginal est obscur , snit pour Its Afo- de la traduction: il dit seulement rismes , qui sont a toutes les marges , qu'Alamos fit des Aphorismes sur les dont la plupart sont proprement des OEuvres de Tacite. parafrases et des l'ersions des senten- (C) H avait travaillé en prison a ces de Tacite , et les autres des con- obtenir unpriuHége pour l'impression.'} clusions morales ou politiques , tirées Je ne remarque pas cela afin d'allondes évenemens qu'il raconte; mais ger l'article comme quelques lecteurs quelque applaudissement que ce lii're accoutumés à précipiter leurs \^iS,eait eu dans le monde , je ne laisse pas mens se pourront imaginer. .Te me d'espérer que le mien jr sera très-bien propose l'instruction d'un petit proreçu de ceux qui sont capables d'être ces qu'on a intenté à Don Antonio , juges en cette sorte de matière, et a\ e<; beaucoup d'apparence de raison. même d'autant mieux que ce que j'ai II prétend qu'Emanuel Sueiro traduifait était beaucoup plus dijficile a sit les OEuvres de Tacite en espagnol, faire que ce qu Alamos a fait. Car après qu'Antoine de Herrera en eut tous ses Af'orisrnes — sont autant de traduit quelque partie , et après que pièces etde morceaux, et, comme dit le Balthasarde Alamos, et Carlos Coloma, proverbe , du sable sans chaux et sans 1rs eurent traduites toutes entières; ciment ; au lieu que dans mes chjpi- Post Antonii de Herrera aliqualem , très , je fais un discours continu de Balthasarisde Alamns , et Caroli Cotoules les citations latines qui sont loma , illustrium l'irorum , integmm aux marges , et même un corps uni- operam in hujusmet Autoris interprétaforme de toutes pièces différentes. A tione positam f3). Or il reconnaît que quoi Jiiste Lipse dit qu'il faut avoir la version de Sueiro fut imprimée à travaillé, pour savoir combien cela Anvers en i6i3 ; et il est certain que est difficile. Voici les paroles de Lipse , celle d'Alamos fut imprimée à Madrid, telles qu'elles sont citées par M. Ame- en i6r4. C'est la date que Don Nicolas lot ; IVec veto nudas aut sparsas sen- Antonio a donnée aux Aphorismes tentias dedimus , ne diffluerent , et d'Alamos (4). D'ailleurs Alamos a exeiset, quod dicitur, wena sine calce : posé dans sa préface les raisons qui sed eus aut inter se haitd indecenter ne l'avaient pas empêché de publier finxinius , aut interdiim vcli.t cœmen- son Tacite , depuis que la traduction to quodamcommisimus nostrorumver- de Sueiro avait vu le jour (5). Il ne borum , è mille aliquot particulis uni- semble donc pas qu'il soit possible de forme hoc et cohœrens corpus J'orman- répondre pour le bibliothécaire des les. Hoc totum qu'uni nrdiium mihi écrivains espagnols à cette objection fuerit , frustra dixerim apud non ex- de M. Amelot de la Houssaie : Témoipertum... eb major mihi molestia quàd gnage , dit-il, en citant ce que je per hœc aliéna vestigia sic iverim , \iens de citer , que Don IVicotas Antanqu'am in liberrimo ingenii cursu{*) . tonio s'est mépris quand il fait la ver- (B) Cet ouvrage devait être suivi sion d' E manuel Sueiro postérieure à d'un Commentaire. ] Le privilège du «^«^''e d'Alamos (6). Je ne vois que ce roi fait expressément mention de ce seul rayon d'excuse : c'est de dire que Commentaire. Antoine Covarruvias peut-être Sueiro n'ignorait pas , lorsen parle comme d'un livre qu'il a lu , qu'd entreprit son ouvrage , qu'Alaet il nous en apprend même la forme mos avait de]à obtenu un privilège , et les principales parties : c'est dans poi'r en publier un tout semblable , l'approbation qu'il a donnée à l'on- qui avait été vu et approuvé par Anvrage d'Alamos , imprimée à la tête loine Covarruvias. La nouvelle avait de la traduction. Un autre approba- pu lui en venir jusqu'à Anvers ; car , teur parle nommément du Comraen- dès l'an 1394 , le roi Philippe II avait taire. Alamos , dans ses préfaces , en ,,^ v- 1 » . •■ n ui n- r o
1 , j. /. • / 1 11 . (3) Aicol. Antomi Bibl. Hjsp., «ora. /, p. z-jS.
parle plus d une fois, et promet de- (l^) Jd. ibid. , yag. 1^0.
claicir là les obscurités de Tacite : (53 'ï aunque agora avia salido otro Tacilo ,
cependant Nicolas Antoine n'en dit '"'^"ciJo por Manuel Suevro, no quUe qoe
,„, I «-i 11. 1. dcxa^se de publicarse e\ mio , elc.
pas un seul petit mot ; et , ce qui est ,o) Amebt , Dsc. Cri.iq,,; , nu-de^m de la
^ Morale de Tacite, et de la version de ses An-
( ) Lipsius, prœfatione Doclr. Civilis, nalcs.
ALBERT
donné ordre à ce Covarruvias d'examiner tout ce travail d'Alamos; et dès l'an i6o3 , Piiilippe III avait accorde' la permission de l'imprimer. Alamos conte tout cela dans son avis an lecteur : ce qui , pour le dire en passant, renverse la conjecture de ceux qui se voudraient imaginer qu'il ne borda d'Aphorismes sa traduction , qu'afin d'enchérir sur celle de Sueiro (7). Les Aphorismes étaient l'une des parties principales de son travail , dès le temps qu'il fut approuvé par Antoine Covarruvias.
(■j) Amelot , là même.
sieurs instructions pour les sages-femmes , et tant de connaissance de leur art , qu'il semble , qu'afin d'y être si habile, il a fallu l'exercer. Mais les apologistes d'Albert-le-Grand soutiennent qu'il n'est point l'auteur de ce livre (B), non plus que de celui de Secretis Miilierum (C) , oii il y a bien des choses qui n'ont pu être exprimées qu'en termes sales et vilains ; ce qui a bien fait crier contre celui qui a passé ALBERT-LE-GRAND *', reli- pour l'avoir écrit. Ses apologisgieux dominicain, évéque de Ra- tes ne peuvent pas toujours retisbonne , et l'un des plus célè- courir à la négation du fait : ils bres docteurs du XIII*. siècle, avouent que l'on trouve dans son naquit à Lawingen , sur le Danu- Commentaire sur le Maître des be , dans la Suabe , l'an i \cp ou Sentences quelques questions toul'an i2o5 *^ (A). On pourra voir chant la pratique du devoir condans le Dictionnaire de Moréri jugal (D) , dans lesquelles il a falles diverses charges qu'on lui con- lu se servir des mots qui choquent fera , et le succès avec lequel il le plus les chastes oreilles (c) ;
enseigna dans plusieurs villes (a), Je m'arrêterai principalement à quelques mensonges qu'on a fait courir sur ce sujet. On a dit qu'il exerça le métier de sage-femme ; et l'on a trouvé fort mauvais
mais ils allèguent ce qu'il observa lui-même pour sa justification , que l'on apprenait tant de choses monstrueuses au confessional , qu'il était impossible de ne pas toucher à ces questions. II
qu'un homme de sa profession se est certain qu'AIbert-le-Grand a
été le plus curieux de tous les hommes. Il a donné prise sur lui *par cet endroit à d'autres accusations. On a dit qu'il travaillait à la pierre philosophale (E), et même qu'il était un insigne magicien (F) , et qu'il avait fabriqué une machine semblable à un homme , laquelle lui servait d'oracle , et lui expliquait toutes les difficultés qu'il lui proposait. Je croirais facilement que , comme il savait les mathématiques , il
(c) Idem , ibid.
* Ces mots , donné prise sur lui, paraissent impropres à Joly , puisque les choses débitées contre Albert sont sans aucun Jondement.
fût érigé en accoucheur {b). Le fondement de ce conte est qu'il a couru un livre sous le nom d'Albert-le-Grand , oii il y a plu-
*' Leduchat , et après lui Joly , qui ne le cite pas, remarquent que le nom de Grand, donné à Albert, ne lui vient pas de son sai'oir, mais qu'il est la traduction de son nom de famille Groot , qui en allemand signifie Grand. Mais M. Siapfcr, dans la Biographie universelle, dit que c'est une supposition gratuite ; que jamais les comtes de Bollstcsdt , de la j'amille desquels était Albert , n'ont porté le nom de Grot oii Grool.
*^ Leclerc doute qu'il fadle dire hqS , et est certain qu'on ne peut dire l2o5. Il serait pour 1200 environ.
[a) Voyez aussi BuUart , Académie des Sciences, tom. II , pag. i!\b , et ci-dessous la remarque (H).
(Il) Voyez î'heophili Raynaudi Hoploth, , sect. II , scrm. III , cap. X, pag. 36i.