VS
(4) L'un l'tailveiij'de ta sceur , et Vautre acluellfineiU mari de la nièce de M. Àncillon- Di.icours sur la Vie de M. Ancillon , f-ag- 353.
(5) Là même, pag. 35^.
(6) Là même, pag. SSg.
(7; Là même, pag. 3Ô"o.
(8J LU même, pag. 35i.
de Vautre main , faisoient i/cs efforts pour le tirer de l'oppression oit ilestoit, et les uns et les autres estaient prêts à en i'enir aux prises , c'est-h-Jire , à faire éclater la division et à unir qui l'emporterait. Pour éi/iter ce scandale, il sacrifia ses intérests a lu paix : il s'en alla sans qu'on le sût , de peur
Î tue ses amis foulant l'arrêter, ils n'aluniassent un Jeu qui ne faisait que coufer, et qu'il fouloit éteindre.
Je crois avoir dit quelque part (g) que la jalousie d'éloquence est des plus fortes ; on ne voit que trop souvent les divisions scandaleuses qu'elle produit. Les réflexions que l'on peut faire sur cela ne sont bonnes qu'à supprimer. La matière est trop délicate et trop odieuse. Je dirai seulement , sans faire aucune allusion à des cas particuliers , que dans cette aU'aire-là les peuples ne se conduisent pas avec assez de prudence ni avec assez de charité. Ils devraient choisir pour leurs pasteurs toutes personnes d'un mérite à peu près égal ; ou , si l'un d'eux surpassait notablement tous ses collègues , ils ne devraient pas faire éclater avec tant de pompe leur préférence. Ils n'ont nulle compassion pour les faiblesses humaines ; ils courent en foide, très-impitoyablement, aux sermons d'un prédicateur, et ils laissent presque vide l'auditoire de tous les autres. Ils ménagent si peu les témoignages de leur distinction , que cette imprudence peutpasserpour la principale cause de la discorde.
C'est la semence de la zizanie : les personnes sages n'on point celte indiscrétion. Tous les auditeurs devraient .suivre ce modèle j mais comme l'on ne doit guère espérer que le peuple garde ce ménagement , le meilleur parti serait peut-être que ceux qui procèdent aux élections évitassent l'inégalité trop visible des talens , et qu'ils considérassent qu'en certaines professions bien des gens approuvent cette loi des Ephésiens , qu'il n'y ait entre nous aucune personne qui excelle ; et si quelqu'un a cet avantage , qu'il soit plutôt partout ailleurs que dans notre fille (lo). Celte loi fut condamnée par Heraclite (ii) ; mais c'é-
(g) Dans la remarque (B) de l'article Atticcs. (lo) Voyez la citation suivante.
(il) Estaputl HeracliUtin physicum de printipe Ephesioiuin Ilerntodora, Vnivenos ait
ANCILLON. 69
tait un philcsophe. Mettons ici une remarque qui a été faite par l'auteur du livre que j'ai déjà cité souvent.
M. Ancillon , dit-il (13), n'ayant aucun des défauts qu'on a remarqués être les sources ordinaires des divisions qui surviennent entre les ministres d'une même église, savoir : 1°.
l'amour de ses propres sentimens , et le désir de les J'ai re prévaloir; a", l'amour de l'estime et de la gloire du monde ; 3°. l'amour de la domination ; 4°. l'amour de ses propres intérests ; et respectant d'ailleurs en M. Ferry (i3) une vieillesse chenue et un mérite a.
r épreuve d' un grand nombre d'années, il forçait , pour ainsi dire , ce grand homme h demeurer tausjaurs constamment avec luy dans unejerme union.
(C) Il eut le plaisir de voir son frère ( 1 4 ) établi juge des Français de Brandebourg ] « Emploi qu'il exerça « encore actuellement avec honneurj » mais qui , tout pénible qu'il est , » ne l'occupe pas assez pour l'empê- )> cher de donner au public, dans » les journaux de Berlin , diverses )» pièces solides et judicieuses , qui » font voir la solidité et la vaste éten- » due de son savoir et de son cru- M dition (i5). »
(D) Je parlerai de sa bibliothèque et de sa manière d'étudier. ] Les richesses qu'il accpiit par son mariage l'ayant mis en état de sati.sfaire lit sa passion favorite (16) , il aciiepta tous les livres capitaux que l'on peut appeler les piliers d'une grande bibliothèque , tels que sont les Bibles les plus curieuses par l'édition ou par les notes , les différens Dictionnaires , les plus excellens Commentaires des livres de l'Ecriture , les Ouvrages des Pères , les Collections ou Recueils des Conciles, les Histoires Ecclésiastiques , et divers autres de mêim: nature. Il en avait choisi les plus belles
Ephesioi esse morte mullandos , quhd tju'nin ctt'itale expellerenl Herinodoriim it'a locutisunt: • Nemo de' nobis unus excellai; sed si qui* n extiterit, alio in loco , et apud alios sic. »
Cicero . Tusculan. Quiust. , Ub. V , cap. 36.
(12) Disc, sur la Vie de M. Ancillon, pag. g3.
(i3) Collègue de M. Ancillon à Metz.
(i4) tl avait été un fameux avocat a Metz.
(i5j Discours sur la Vie de M. Ancillon , pag- 102 , 392 , BgS.
(\G) Il disait quelquefois lui-même qu'il nvnit la IiibliomAnie, la moiadie des livres. Lii luHine , pag. loj.
ANGILLON
éditions (17). Il eitttousjouis la même chose (18) , il ne l'a point diminué. Tiinxime h la suite , et en reudnlt do En effect, on a i^u jusqu'à présent peu bonites raisons : le rccit en seroit un d'aulheui s pareils, à cet égard, au carpeu long; mais voicy, en peu de mots, dmal du Perron, qui, comme lujr, n'ayt quelle en est au moins la substance, épargne ni peine , ni soin , ni dépense Il disait qu'il est certain que moins poui ses ombrages ; qui tes aj-lj'ait tous- Iss yeux ont de peine à lire un ou- jours imprimer deux fois ; la premièi/rage , plus l'esprit a de liberté pour re , pour en distribuer seulement quel' en juger. Que comme on y l'oit plus qua, copies à des amis particuliers *, clair, et qu'on en remarque mieux les sur lesquelles ils pussent Jaire leurs grâces et les défauts lorsqu'il est im- obseri'alions ; la seconde, pour les donprimé que lorsqu'il est écrit 'a la main, ner au public dans la dernière forma on Y foit aussi plus clair quanti il est dans laquelle il avoit résolu de les imprimé en beau caractère et sur du mettre, et qui , afin qu'ils ne fussent beau papier, que quand il l'est sur pas dii'ulgués contre son gré de cette du filain et en maui'nis caractères, première manière , n'y ait fait trauail- ^4près afoir ainsi fait un bon fonde- 1er que dans sa propre maison, oii il ment île bibliothèque , il l'a augmen- afoit une intprimerie exprès, té de tous les bons li^'res importuns La bibliothèque de M. Ancillon quionl paru successii'cment a lasuile. était « très-curieuse et très -grande , // ai'oii le plaisir de la noufeauté , car ), et il l'augmentoit tons les jours de ses amis de Paris, de Hollande, d'jin- j, tout ce qui paroissoit de nouveau gieterre , d'Allemagne, de Suisse et j, et d'important dans la république de Genève , ai'ec lesquels il entrete- >, des lettres : de sorte qu'enfin elle noit une exacte correspondance , les „ estoit devenue une des plus belles lui eni^qyoient dès qu'ils estaient ex- „ qui fût entre les mains d'aucun parpose* en l'ente. Le sentiment de ceux « ticulier du royaume. Les étrangers qui disent que les premières éditions •„ curieux ne manquoient pas de la sont les moindres, parce cfu elles ne ■,, voir en passant par la ville de Metz, servent qu'a mettre au net les oui^ra- „ comme ce qui y estoit de plus rages des auteurs , ne remportaient pas „ jg (19). « Dès qu'il vit le catalogue sur sa curiosité. Il savoit bien que le dg^ Hures prétendus hérétiques , fait célèbre M. Ménage, doyen de Saint- par l'archevêque de Paris, l'an i685, Pierre d''. Angers , parlant à M. Du i\ mit à part tous les livres dont la Puy, dans lÉpître Dédicatoire de ses suppression fut ordonnée (20) j et ils Origines de la Langue Françoise, luy o/iî fait depuis sa bibliothèque dans dit qu il a autrefois appris de luy que les pays étrangers (ai); la sienne M. Loysel , célèbre adi'ocat au parle- ayant esté comme abandonnée au pillament 'le Paris , av'oit accoutumé de gg ^ ap'-ès la révocation de l'édict de dire des premières éditions qu'elles ne JYantes , il ne luy en fût resté aucun , sentaient qu'à mettre au net les ou- gi ceux-là , qu'il avoit caches , n'eusurages des autheurs ; que cet homme ^ent este à coui^ert de l'ai>idité ai'ec lajudicieux disait cela ai'ec beaucoup quelle on enleva les autres.... Il y de fraysemhlance de toutes sortes de avait long-temps que les moines et les livres ; mais que c'est une vérité plus ecclésiastiques de Metz et des villes siire et plus constante à l'égard des circonvoisines convoitaient la bibliodictio maires , qu'à l'égard de toutes théque de M. ./ancillon (22). Son déautres sortes de livres. Il scavoit bien que d'autres estimaient qu'on ne doit considérer les premières éditions des li'res que comme des essays informes que ceux qui en sont autheurs proposent aux personnes de lettres , poar en apprendre les scntimens . Mais tout cela n'cmpéchoit pas qu'il n'eût le mesme empressement; et l' événement luy ayant fait voir ensuite qu'il risquait peu de
(17) Disc, «ur la Vie Je M. Ancilloa , po»'. 77.
(18) Voyez ci-dessoim citation (sp).
* Leclerc traite cela (le vieille fable. Le cardinal «lu Peiron ccpendaut ne pouvait-il pas taire ce que Bossuet a fait pour son Exposition de la doctrine de l'Eglise catholique ( Voyez le Manuel du libraire, par M. Brunel, au mot Bossuet) , cl ce que , de nos jours , M. de Chateaubriand a fait pour 1rs Martyrs ?
(19) Discours sur la Vie de M. Ancilloa, pag. 101 , loH.
(20) La même, pag. iiS.
(21) Là même, pag. 383.
(23) Là même , pag. S'il.
ANCILLON
part forcé et précipité leur fournil un s'ils devenaient la proio des flammes;
ijenu prétexta pour se l'approprier ; mais , sans une grâce particulière de
quelques-uns proposèrent de l'achepter Dieu, elle ne peut digérer ([u'ils soient
en gros, et d'autres demandèrent qu'im le butin d'un injuste possesseur, à
la rendît en détail; mais les uns ni qui ils ne coûtent que la peine de lej
les autres n'ai'oient point intention d"" en faire transporter chez lui. Le trium-
délifrer le prix ; ils ne cheixhoient virât , qui dépossédait de leurs terres
que les moyens de s'en emparer. L'ex- ceux qui les avaient cultivées toute
pédient des derniers fut suiui, comme leur vie, et qui les donnait à des gens
plus propre afa-'oriscr cet injuste des- qui n'avaient rien contribué à les met-
sein. Une foule d'ecclésiastiques de tous ordres i^int fondre de toutes parts sur cette belle et riche bibliothèque , qui ayoit esté composée ai'ec plaisir et avec choix pendant quarante ans , et qui ne consistait qu'en lii^res rares et dignes de la curiosité des plus sat^ans hommes. Ils en firent des tas ou des monceaux, et donnèrent quelqu argent en sortant a une jeune fille de douze ou treize ans, qui les regardoit, afin
qu'ils pussent dire qu'ils en auoient payé le prix, M. Ancillon vit ainsi
dissiper ce précieux amas qu'il avoit fait , et dans lequel il avoit placé son
inclination et , pour ainsi dire , son
propre cœur. Notez que la perte de
cette bibliothèque entraîna celle d'une
infinité de lettres que l'on voulait publier (23) , et que M. Ancillon avait
reçues de quantité d'habiles gens. On
destinait principalement à cet usage
celles que M. Daillé , son intime ami
(2J), lui avait écrites. Quel dommage !
Gela peut fournir plusieurs sujets de
méditations; car n'est-ce pas une chose
bien lugubre que de voir qu'il ne faut , o- „,• ... uir .i >
, ." ^ 1 f • • i ' tre son aliection a une bibliothenue ,
qu un lour pour detaire ce qui a ete , , i -i. «i. 'j ••. - r .
" ■> ' ... T . lorsqu on doit être réduit a laposlro-
tre en bon état, ne causait point une douleur aussi sensible que l'a été celle des savausqui ont vu dissiper leurs bibliothèques, et tomber entre les mains d'un persécuteur digne de haine s'il agissait contre sa conscience , digne de pitié si sa fausse dévotion lui persuadait que c'était rendre un service à Dieu.
Impiii.t hœc iam culla novnlia miles habebil? Barbarus has se^eles (îS)?
di.^aient ces bonnes gens d'Italie, qui se voyaient obligés de céder leur patrimoine aux soldats des triumvirs :
Kti tjueit conrevimus n^ros î Insère nunc , Melibme , jtjros , porte ordme viles (26) .'
Vivi pervenimus , advenu nosiri , {Quoil nunquatn veriti surnus) , ut possessor
agelli Dicerel: Hœc measunl, veleres migrate co-
loni (27).
M. Ancillon et plusieurs autrfs ont pu adapter à leur fortune la plupart de ces expressions. 11 vaudrait peutêtre mieux n'aimer rien que de met-
fait avec mille soins , mille peines et mille dépenses pendant plusieurs années ? N'est-ce pas un sort déplorable que d'être exposé à perdre dans un moment ce que l'on avait acquis à la longue, pardes voies innocentes, et que Ton s'était préparé comme une source continuelle et perpétuelle d'un plaisir très- légitime , et d'une instruction honnêtePSe voir séparé tout d'un coup d'une infinité de volumes que l'on avait rassemblés si soigneusement, et dont on faisait ses délices , n'est-ce pas une dure et cruelle fatalité? Notre nature se consolerait plus aisément
(43) Discours sur la Vie de M. Ancillon , pas- 2»9-
(24) Ils ne se donnaient , au lieu des titres ordinaires de monsieur , que celui de mon cher Attlciis. Là mime.
pher ainsi :
Nuper sollicilum quce mihi tœdium , Nunc desideriwn , curaque non levis (28).
Mais perdons, s'il est possible, le souvenir de la malheureuse et funeste l'évocation de l'édit de Nantes , qui a été accompagnée de tant d'injustices.
Jetons plutôt la vue sur des objets qui n'excitent pas le tumulte des passions.
Louez avec moi le bon goftt de cet habile théologien. Il voulait la première édition des livres , quoiqu'il y eût beaucoup d'apparence qu'on les réimprimerait avec des augmentations et
(25) Virgil. Eclog. /, vs. 71.
(26) Idem , ibid. vs. "3 , 74.
(2-) Idem , Eclog. IX , vs. 2.
(28; Horat. Od. XI r, Ult I, vs. 17.
ANCILLON
avec des corrections (29). C'est l'entendre cela : c'est ce que l'on peut nommer amour des livres , avidité d'instruction ^ mais ceux qui attendent tranquillement à acheter un ouvrage qu'il ait été réimprimé , font bien paraître qu'ils sont résignés à leur ignorance, et qu'ils aiment mieux l'épargne de quelques pistoles , que l'acquisition de la doctrine. Je parle de ceux, et le nombre en est fort grand, qui sont , d'un côté , pei'suadés qu'un livre nouveau leur apprendra mille choses , et qui d'ailleurs , ayant le moyen de l'acheter , dillèrent pourtant cet achat, parce qu'ils ont ouï dire qu'il se fera ou de meilleures éditions , ou de moins chèreSo On ne saurait assez blâmer cette patience :
c'est un morne et froid acquiescement à la privation du savoir. M. Bigot me
ouvrages du père Anselme; mais pourtant il ne les achetait pas : il se réservait pour la seconde édition , qui n'est jamais venue , et apparemment cet homme est mort sans avoir pu satisfaire sa curiosité. M. Bigot lui représenta plus d'une fois qu'il vaut beaucoup mieux avoir les deux éditions d'un livre , que se priver du profit que la lecture de la première peut apporter , et qu'on juge mal du prix des choses , si l'on préfère trois ou quatre écus à ce profit-là. Ceux qui peuvent faire quelque dépense ne sauraient être mieux conseillés que de se pourvoir des premières éditions.
J'avoue que celles qu'on fait dans les pays étrangers ne coûtent pas tant :
mais sont-elles bien fidèles? n'y change-t-on rien ? n'y ajoute -t- on rien ? L'abbé de la Roque ne s'est-il pas plaint publiquement (3o) que les imprimeurs de Hollande avaient corrompu son livre ? On m'a assuré , depuis peu de jours, que l'histoire de Davila et celle de Strada , imprimées dans les Pays- Bas, no sont point conformes aux éditions d'Italie, les libraires de Flandre ayant supprimé ou altéré cfrlaines choses , par complaisance pour des
(29) // trouva souvent que celle apparence fut sait < ejjei. Voyez ci-dessus citation (i8j.
(30) Dnns une préface de son Journal «les S.ivans. Vojez aussi la remarque (F) de l'article PtLLissoN, vers tajin.
familles illustres. On me dira que l'auteur corrige des fautes dans la seconde édition : j'en conviens ; mais ce ne sont pas toujours des fautes réelles :
ce sont des changemens qu'il sacrifie à des raisons de prudence , à son repos , à l'injustice de ses censeurs trop puissans. La seconde édition que Mézerai fit de son abrégé chronologique est plus correcte ; il en ôta des faussetés ; mais il en ôta aussi des vérités qui avaient déplu ; et c'est pourquoi les curieux s'empressent à trouver l'édition in-4° , qui est la première , et la paient un gros prix. Je ne dis rien du profit que l'on peut faire en comparant les éditions. 11 est si grand , lorsqiie c'est im habile homme qui a exactement revu son ouvrage , qu'il mérite que l'on garde son coup d'essai. Tout ceci vous fera comprendre que M. Ancillon s'entendait bien en bibliothèque.
Parlons maintenant de sa méthode d'étudier. // ne perdoil aucun moment en des études vaines et inutiles. Il lisait, à la vérité, toutes sortes de livres , même les anciens et les nouveaux romans. Il n'y en avait aucun, dont il ne crût qtCon pouvait faire quelque projit : il disait souvent ces paroles qu'on attribue a. P^'irgile : aurum ex slercore Ennii colligo(3i). On trouve, disoit-il aussi quelquefois , dans certains auteurs négligés, des choses singulières qu'on ne trouve point ailleurs ; et ne fût-ce que du style, on y trouve toujours quelque chose à prendre. Mais il ne s'y appliquait pas, il ne s'attachait proprement qu'aux ouvrages importons , qu'aux choses sérieuies // mettotl une immense différence entre la lecture des livres qu'il ne voyait, comme luy-même le disait , que pour ne rien ignorer , et la lecture de ceux qui estaient utiles a sa profession. Il ne lisait les uns qu'une seule fais, et en courait, perfunctoriè, et comme dit le proverbe latin , sicut canis ad Nilum bibenset fugiens ; mais il lisait les autres avec soin et avec application. Il les Usait plusieurs fais ; la première , disoit-il , ne servait qu'à luy donner une idée générale du sujet, et la seconde luy en faisait remarquer les beautez. Les indices , que d'autres
(3j) DiscBurs 8ur la Vie Ue M. Ancillon,
ANCILLON. r3
grands hommes ont appelles l'âme des cette matnèred' étudier qu'ilpratiquoil. livres , luy estaient entièrentent inuti- Comme il lisnil beaucoup , il trouvait les , parce qu'il les lisait avec assez beaucoup de choses dignes de remard'application et assez souvent pour que ; et quoy qu'il eut une mémoire posséder un owrage, et que d'ailleurs admirable, il avait des livres dans il avait une mémoire fart Jidèle , et en lesquels il recueillait ce qu'il trouvait particulier une mémoire locale très- de plus considérable. Il scavoit bien commode aux gens de lettres. Il les qu'un Govean , par exemple, qui ne lisait exactement ; et jusqu'au titre , au voulait pas même qu'il y eût d'écrinom de P imprimeur , au lieu et a Van- taire dans la chambre oit il étudiait ; née de V impression , tout avait a son qu'un Saumaise, qu'un 3/éna^e , et avis son usage. Il barrait les livres en que plusieurs autres grands hommes , les lisant , et mettait a la marge des ont condamné les collections ; que renvoys a d'autres autheurs, qui bien loin qu'Us ayent considéré ces avaient traité les mêmes matières , au recueils comme des aydes qui saulaqui avaient dit des choses qui se rap- gent les gens , et qui facilitent l'acquiparlaient a celles qu'il lisait..., (Sa), sition des sciences, ils les ont au can- II changeait quelquefois de lecture , traire regardés comme des obstacles et ce changement luy tenait lieu de re- qui interrampent le cours de la lecture pas {*). Il ne s'occupait pas toujours à et de la méditation, et qui enfant lire des livres d'un bout à l'autre ; il perdre infailliblement le fruict : mais étudiait quelquefois des matières a '' estimait que , comme , par un mal- Jand ; étalon, il consultait les au- heur attaché au siècle dans lequel nous theurs qui les avaient traitées. Il voyait fi^'ons , il ne suffît pas de scavoir a souvent la même chose dans différens plein fond les choses, leurs résolutions^ ouvrages ; mais cela ne le dégoûtoit et les fandemens de toutes leurs raipas au contraire , il disait que c'es- ^ons , si an n'allègue des authoritez , toit comme autant de nouvelles cou- et si on ne cite des textes exprès , il ches de couleurs qui formaient l'idée estait nécessaire d'avoir un livre qui qu'il avait conçue , qui la mettaient fdl- comme une veine, ou un filet d'eau, dans une entière perfection. La mul- 9'*' conduisît sûrement a la source , titurle d'autheurs qu'il consultait es- '^ autant plus qu'ayant a parler en tait cause qu'on voyait ordinairement public devant certaines gens , qui esune grande table, qui estait au milieu de toient plutôt ses espions que ses ausachambre,et sur laquelle il travaillait, diteurs , et qui luy demandaient soutoute chargée de livres la pluspnrt ou- ^enl des authoritez et des preuves de verts (33). Le célèbre Fra-Paolo , ce qu'il avait avancé; il estait en dont je viens de parler, est adioit aussi quelque sorte nécessaire qu'il eût un de celte manière : il ne discontinuait répertoire qui soulageât sa mémoire , pas , comme nous l'apprend l'exact et el qui le dispensât de chercher longfidèle aittheiir de sa f^ie , jusques h lemps ce dont il pouvait avoir besoin, ce qu'il eût tout vu ; c'est-a dire , jus- selon les différentes conjonctures où il ques à ce qu'il eût fait la confronta- *^ trouvait. Voilà des choses , ce me tion des autheurs, des lieux, des semble , dotU plusieurs lecteurs pourtemps , et des opinions : à quoy il s'a- ^'oat tirer du profit. Nous parlerons piniâlroil , pour n'avoir plus d'acca- ci-dessus (34) de son assiduité à l'esian de douter , et de repenser a une tude.
même chose; et pour pouvoir prendre (E) Les livres qu'il a donnés au
parti , et s'assurer a cette seule fais , public. ] 11 Gt imprimer à vSedan un
autant qu'an le pouvait naturellement, volume in-4°. , en l'année lôS^ , dans
Cestoit ainsi que M. Ancillan étu- lequel toute la matière des traditions
ilioit quelquefois , et on luy a entendu est amplement et solidement exami-
souvent rendre les mêmes raisons de née (35). C'est la Relation fidèle de
tout ce qui s'était passe dans la confe-
(3ï) Là même, pag- 109. rencc qu'il avait eue avecM. de Beda-
e'ioiç. (34) Dans la remarque (V).
(33) Discours rur la Vie Je M. AaciUoo , (35) Discours sur la Vie Je M. Ancilloii,
img. m. pag. ïiS.
•74 ANCILLON
cier , docteur Je Sorbonne , éi'cque M. Ancillon de n'y pas répondre ,
tî'Auguiie , et siijfragant de M. lé- comme il l'avait entrepris : ils dirent
téque c/e Metz (36j. 11 avait dispute
avec lui , en présence de plusieurs
personnes, premièreraent dans sa
maison (Sy) , et ensuite devant une
foule d'auditeurs , dans l'evèclie (38).
Tous les articles furent rédiges par
écrit , et signés. Il soutint cette grande
qffhire ai^ec luniieur , et la finit ai'ec succès. Après at^oir répondu ai^'ec ordre et avec méthode a toutes les objections qui tuy Jurpnt faites , il représenta que c'estoit à son tour à proposer aussi ses argumens ; mais comme il ai'oil donne des coups mortels à l'erreur par ses réponses, on craignit quil ne la détruisit entièrement , si on luy donnait la liberté d'établir ta i^erilé , comme il le pretcndoit. iVl.de Hedacierpiit le parti de se scparef; et, peur coui'rir le motif de sa conduite , il dit qu'il uafoil mieux contester à la suite par écrit , que de fiée i^oix. On demeura d'accord pourtant , qu'on ne feroil point imprimer de part ni d'autre les actes de celte conférence ( Sq ). Il y eut néanmoins uu moine qui s'avisa d'en faire imprimer de faux
que lui, et son livre, estaient trop au dessus de ces écrivains du commun, pour se commettre avec eux (44) • Dès que la Méthode du cardinal de Kichelicu parut « il y fît une ample w et excellente réponse : mais il sçiit » que M. Martel, professeur à Mon- )) taliban, en avoit fait une, quiestoit j' sur le point de paroître, et que >' M. Claude, qui avoit eu le même « dessein, s'estoit abstenu de l'exécu- « ter, par la même raison, comme y on le voit présentement par sa Let- » tre III du recueil de sis Lettres, J> dans le tome V de ses OEuvres » posthumes. 11 supprima donc ce >' qu'il avoit fait , et il n'en a esté » mis au jour que quelques cahiers, )> qui contenoient la Réponse au « chapitre VI de cette Méthode 5 ou « plutôt, à propi-ement parler, une 1) Apologie de Luther , de Zuingle , )» de Calvin , et de Bèze ■■ aussi leur a- » t-on donné ce titre dans l'édition « qui en a esté faite à Hanau , en l'an- " née 1666. M. Ancillon avoit fait la » f-^ie de Guillaume Farel ; ou l' Idée
actes (4o) , et dont V impudence fut si " du fulelle Ministre de Christ. Le outrée, que quoy que M. Ancillon eût remporté de ce combat un honneur éclatant , il entreprit de persuader au public qu'il avoit esté funeste , et a sa personne, et 'a son parti, et qu'il avoit esté vaincu sans ressource (4i)- ^t' fut ce qui obligea M. Ancillon à rendre public l'ouvrage dont j'ai parlé. M. Holtingcr le loue beaucoup, au chapitre VI du II1«. livre de son Bihliothecarius qundripartilus (42). Le père Clivier, minime et provincial de son ordre, voulut entreprendre de réfuter cet ouvrage. Il fît un livre dans ce dessein , qui avoit pour titre : le Fort des Traditions abbattu par les Maximes de M. David Ancillon. D'autres firent quelques satires : mais tous ces libelles eurent un sort malheureux (43). Les catholiques romains eux - mêmes conseillèrent à
(3f>) Discours sur la Vie de M . Ancillon pag. 207 , 208.
(37I Là même , pag. 212.
(38) T,h mente , pag. 21 3.
(iij) Lit même, pa^. 214.
même , pag. 217.
: même , pag. 5 18.
(4») Là même , jmg. 220.
(43) Là même.
(4Ô) Là , (40 Là ,
« célèbre M. Conrart, quiestoit ua " de ses intimes amis , l'avoit lu et « approuvé , et avoit rais de sa propre 5> main quelques remarquas à la mar- " ge du manuscrit. C'estoit un ou- J' vrage digne de paroître au jour ; » cependant il n'y a pas eu moyen de "l'y faire consentir j et son refusa " esté cause qu'on en a tiré une co- " pie pleines de fautes, qui est tombée J) entre les mains d'un libraire de Hol- » lande, qui, sur la réputation de » l'autheur, l'a mise sous la presse. On M a esté surpris de voir une édition » aussi diilorme qu'est celle-là : et si » un jour on fait imprimer le même îi- M vre , surla copie reveue par M.Coii- )) rart , dont je viens de parler, on )) verra que cette pièce est si mutilée, » qu'elle n'est pas reconnoissable.
» Quoy que M. Ancillon eiU expliqué » plusieurs livres entiers de l'Ecri- )) ture Sainte , et qu'il eût écrit tous » ses Sermons , on n'a pu jamais le
)) portera en faire imprimer (45).
w Tout ce (ju'on a de luy en ce genre
(44) I-à même , pag. aîi.
(45) Là même, pag. 255.
ANCILLON
T> est un sermon qu'il prononça à » Metz, dans un jour de jeûne. Son M consistoire usa de quelque authorite » sur luy , pour le luy arracher des " mains , et le fit imprimer à Paris,
occupations mondaines n'est pas le moindre des motifs de ces excellentes constitutions ; mais je ne croi pas qu'elles soient les seules considérations qui y ont donné lieu. L'expérience a
i> en l'année 1676 Ce sermon fut fait fait noir que les intrigues du monde ,
i> sur les versets 18 et 19 du chapitre le tracas des affaires, et l'andnlion de
» III de rÉpître de saint Paul aux Phi- faire sa cour auprès des grands , sont
u lippiens , et il a pour titre Les Lar- trois écueils qui leur ont Vnisjours esté,
» mu* </e5aj/i£ f au/. Il a enfin une ex- et qui leur seront toujours funestes.
» cellente Réponse a i Avertissement » Pastoral, aux Lettres circulaires, 1' et aux Méthodes , que le Clergé adi> dressa aux reformez de France en » Tannée 1682 j mais il la tint cachée » dans son cabinet, jusqu'à ce (jue ^' des personnes de considération « l'ayant obligé de la mettre au jour , « il l'envoya à M. Turretin , pro- » fesseur en théologie à Genève , qui J' estoit son ancien aray, avec liberté »* d'en disposer comme il le trouve- •» roit à propos : mais la copie qu'il a
ils quittent insensiblement cette simplicité apostolique , qui doit être un de leurs principaux ornemcns. Ils apprennent les maximes du siècle : ils s'accoutument a ses subiildez , a ses souplesses , et à ses artifices ; et ils les pratiquent ensuite insensiblement euxmdmes {^"j'j. Le ministre, dont je parle , évita tous ces écueils : il aima Tétude, le repos , la retraite ; il ne s'embarrassa f)oint du tracas du monde (48). Il fut établi, par les loix du païs , et malgré lui , tuteur de son
» envoyée a esté apparemment éga- frère et de sa sœur ; axais il laissa l'ad-
^ rée : car on n'en a plus entendu par ^> 1er. M. Ancillon avoit si peu d'era- " prcssement pour ses ouvrages , qu'il ') ne s'en est pas même informé. Ce- ^' pendantc'est de cette réponse, qu'on » espéroit de voir, dont il est parlé » dans la préface d'un livre solide et » judicieux, qui a pour titre Examen » des Méthodes, etc. , dans l'endroit » où il est dit qu'o« uerrapnroître une M Réponse faite par un habile homme « de Metz (46) *, »
(F) Il était occupé uniquement des fondions de son ministère. ] Ceux qui se consacrent à la charge de pasteur des âmes , ont besoin de tout leur temps pour étudier, pour traînailler , et pour en remplir dignement tes dei>oirs : et c'est sans doute pour cette raison que le sixième des Canons qu on nomme A postoliqucs porte qii aucun éwéque , prêtre , ou diacre , n'ayt h s'occuper des nfaires séculières , ni à s'ingérer dans aucune charge publique ; et que le sixième des Canons d'Âffrique défend aux personnes de ce caractère de prendre la charge des affaires ni des procès des autres. La perte du temps qu'on emploj e h ces
(46) Discours sur la Vie de M. Ancillon , png- ''58.
* Joly reproche à Bayle tle passer sous silence une pièce de dix vers latins que Ancillon le lils a cepend.int mentionnée » et qui est sur la mort de M. Battier, professeur en dxolt à Bàle.
ministralion des biens et des araires à son frère , qui estoit des-j'a , quoique
mineur, un très-habile homme de
sorte que la tutelle estant jinie par la majorité des pupilles , le mineur rendu compte a son tuteur , et le tuteur ensuite le rendit , pour la formalité seulement , à ses mineurs , de la mesriie manière qu'on le luy ai^oit rendu ; tout au contraire de ce qui est d'usage ordinaire , naturel et commun. Il ne se méloit absolument , et a la lettre, d' aucune affaire du monde. Comme un véritable anachorète , il estait hors du commerce des homrnes , et ne songeoit qu'il Dieu et a son Eglise (49)- H ai^oit une bibliothèque très-curieuse et trèsgrande On estoit sdr de Cy troui^er
tousjours (5o). Il ne sorloit de son
logis que pour aller au temple , ou pour aller Jatre ailleurs quelques fonctions de sa charge. Il ne quittait ses lii-'rcs que pour cela; et, comme si les jours n'eussent point esté assez longs , il passait une partie des nuits dans la méditation , ou dans l'étude.
Quoy quil eilt plusieurs maisons de campagne , et qu'on luy en eiit achepté aux eni'irons de la fille , et fort près , afin de l'engager plus facilement a y aller passer quelques jours , ou au-
(47) t.à même , pag. gS , 96.
(48J Là même , pag. 100.
(49) Là même , pag. 102.
(50) Lk utémt, pag. lo'i.
ANCILLON
nmins quelques heures, il n'y a jamais eumoyendel'yi'oirptusde trois ouquntrefois pendant trente-deux ans qu'il a exercé son ministère à Metz. Il estoit sans cesse tranquillement dans sa chambre, insensible à la jalousie qui Jait passer tant de mauvais ninmens aux autres hnmnies. Il i^u^oit ainsi paisiblement chez luy , se mettant peu en peine du crédit qu'on acquiert par de Jréquentes (visites , par des soins Jatigans , et par de grandes mesures qu'on garde ai'ec exactitude.
C'est là le modèle sur quoi tous les ministres de l'Evangile devraient se régler. Ils ont tous choisi la bonne part comme Marie (5 1 )\ mais quelquesuns ne laissent pas d'imiter Marthe, qui se souciait et se tourmentait de beaucoup de choses (52). Ils se mêlent d'affaires d'état, ils se fourrent dans les intrigues de ville , ils s'empressent de savoir toutes sortes de nouvelles, ils en trafiquent, ils en font leur cour. Ils se hasardent même quelquefois à suggérer des conseils de guerre et de négociation , et ne se rebutent pas du mépris que l'on témoigne adroitement pour leurs fausses vues. On les voit souventdans lesantichambres des puissances ; ils y attendent impatiemment l'occasion d'être introduits. Ce n'estpas pour des affaires de conscience : c'est pour demander mille faveurs ; c'est pour recommander leurs enfans, leurs parens , leurs amis, par rapport à des emplois honorables et profitables. Ils savent à point nommé lorsqu'une charge est vacante , et ils font en sorte qu'elle soit remplie à leur recommandation. On les louerait , si leur crédit n'était employé qu'à faire donner du pain à ceux qui en manquent; mais ils l'emploient principalement en faveur de ceux qui sont déjà riches : gens qui n'oseraient recourir à leurs sollicitations , s'ils les croyaient de véritables ministres de Jésus-Christ; car, en ce cas -là, ils s'attendraient à une censure, ils craindraient qu'on ne leur cit.1t l'ordre de saint Paul , que pourvu que nous ayons la nourriture et de quoi être vêtus , cela nous doit suffire (53). Ce n'est
(5i) Evang. de sninl I.uc , chap. X , vs. t\i..
(52) Là mcine , vs. t^i.
(53) Dans la V". Epiire à Timolliée, ehap. yj, vs. 8.
point le devoir d'un pasteur, de procurer à ses brebis un plus fort attachement aux biens de la terre ; il doit plutôt les en détacher, et combattre leur cupidité et leur ambition ; et il le ferait sans doute , s'il était lui-même dégagé des soins rongeans de la vaine gloire : mais , comme les besoins de ses passions demandent que les charges d'une ville soient entre les mains de gens qui lui en aient l'obligation , et qui , ou par reconnaissance , ou par l'espérance de nouvelles grinces , soient toujours prêts à le servir, il se donne tous les mouvemens possibles pour les élever; il applauclit à leurs vues ambitieuses; et, afin de se maintenir dans ce manège , il est obligé de s'intriguer, et d'avoir partout des émissaires. Un tel homme aurait besoin de la menace que l'on emploie quelquefois contre les évêques qui violent les canons de la résidence , et ne songe guère que son emploi est d'une telle nature, que toutes les forces humaines y suilisent malaisément. Ceux qui songent bien à cela, imitent M. Ancillon , et ne donnent pas tant de temps à des visites intéressées :
Fontmque vital, et xuperba civiun PoleiUiorum liinina (54).
Notez que ceux qui n'imitent pas sa conduite s'emploient aussi quelquefois en faveur de quelques personnes qui ne sont pas à leur aise ; mais si vous y prenez garde, vous trouverez que ces personnes sont ce qu'on appelle gens de service, propres à tout, et fort enclins à consacrer tout leur loisir aux passions du protecteur qui le leur a procuré. Ils en font leur Dieu :
Deus nobis hœc otin fecit:
Namque eril iile inihi seinper Deus ; itlius
Sœpè
lener nostris ah ovilibus agnus (55).
Ils se reconnaissent ses créatures, et remplissent les devoirs de ce mot-là.
(G) Il ne tenait point sa maison ouverte aux délateurs, et aux noui'elliste*.] « Il n'aymoit point les rapports, )) ni les rapporteurs, et tenoil pour )) maxime , qu'on ne pouvoil pas y ad- )) jouter beaucoup de foi; disantqu'uu » rapport n'estoit jamai si pur , ni si
(54) Ilorat (55) Virgil
Epod. Od. //, vs Eclog. /, Cf. (i.
ANCRE. ANDLO.
s> net, qu'il ne se sentît tousjours de >» la passion de celuy qui le fait, et J> qu'il en estoit comme des eaux, J> qui retiennent la qualité' des veines » de la terre ou des mines par les- » quelles elles ont passé. Il avoit }> surtout une souveraine aversion '> pour ces sortes de gens, qui vont » dans les maisons, pour sçavoir ce » qui s'y passe , pour faire parler » ceux qu'ils y trouvent , et pour » rapporter ensuite ce qu'ils ont j> comme extn-que' de leurs bouches }> parleur ruse et par leur artifice... 5> (56). Il disait qu'il y avoit beaucoup >' de danger à croire légèrement ce î> qu'on disoit des gens. 11 estoit sur >» ses gardes à cet égard (5y). » La maison d'un tel pasteur n'avait garde d'être le réduit des nouvellistes, c'eût e'té un grand désordre. J'ai parlé de cela ci-dessus, dans la remarque (H) de l'article d' (Henri ) Alting ; et j'en parlerai encore dans la remarque (N) de l'article de (Janus) Grhtebus.
(H) On jugera par l'écrit dont je parle ci-dessous , combien sa confersation était docte. ] Cet écrit est intitulé : Mélange critique de Littérature, recueilli des Conversations de feu M.Ancillon (58) . Il fut imprimé à Bâie, l'an 1698, en deux volumes in- 12 *, par les soins de M. Ancillon l'avocat, tils aîné du ministre, et qui s'était déjà fait connaître dans la république des lettres (Sg). J'aurai souvent à parler de ce mélange; et si quelquefois je ne tombe pas d'accord que tout y soit bien exact , ce sera sans avoir la ridicule prétention que cela puisse préjudicier , ni à celui qui a dit ces choses, ni à celui qui les a données au public. Il faut bien plus admirer que feu 1\I. Ancillon, parlant sur-le-champ, ait eu tant d'exactitude en plusieurs en-
(56) Discours sur la Vie de M. Ancillon , pag. î2g.
(57) Là même , piig. 23o.
(58) Voyez le Journal de Leipsicli, mois de juin 1698, pag. 287.
* CliauTepié, d'après Nicérnn, dit que le Mélange critique, 1698 , a 3 vol. , et <|ue la réimpression de 1702, un vol. in-12 , a été désavouée par Ancillon , parce qu'on y a fonrré des choses qui font tort à la mémoire de son père et à luimême. L'édition de 1698 n'a que deux voinraes; mais on y ajoute comme troisième volume le Discours sur la Vie d' Ancillon, qui est promis sur le titre des deux autres.
(5g) On a divers ouvrages de sa façon , la plupart anonjmet.
droits , <|ue trouver étrange que sa mémoire n'ait pas été exacte partout :
et , pour ce qui est de M. son fils, il a dû donner les choses telles qu'il les avait recueillies de la bouche de .M. Ancillon. Voyez ce que je remarque touchant le Alénagiana ^6o) : le cas est pareil. On verra dans la préface de ce mélange pourquoi il n'a pas été intitulé Ancilloniana.
(60) Dans la remarque (A) de l'article
MtNÂGE.
ANCRE (Le Maréchal d' ).
Cherchez Coxci.vi.
ANDLO (Petrus ab), nom supposé , sous lequel un cartésien se cacha , pour écrire contre la dissertation de Ahusu philosophice cartesianœ surrepente et vilando in rehus theologicis et Jidei. M. Des Marets , professeur en théologie à Groningue , auteur de cette dissertation , l'avait publiée en 1670 , pour représenter aux églises protestantes les grands maux qu'on avait à craindre , si l'on souffrait que les opinions de M. Descartes passassent des écoles de philosophie en celles de théologie. Quelques mois après , on vit paraître un écrit , intitulé Pétri ab Andlo , Batavi , Spécimen confutalionis dissertationis de abusu philosophice cartesianœ , etc. Jamais réfutation ne fut écrite d'un style plus violent : M. Des Marets y fut traité de la plus désobligeante manière du monde. Il ne demeura pas en reste : son apologie parut bientôt , intitulée P'indiciœ dissertationis de abusu philosophiœ cartesianœ , oîi il n'y eut sorte d'injures qu'il ne déchargeât sur la tète de son ennemi. Il le traita de très-impudent socinien , de spinoziste , d'impie , de non-chrétien , d'à-
r-S AND
thée. Petrus ab Andlo publia fort promptement sa réplique , intitulée Animadi>ersiones ad vindicias dissertationis quam Samuel Maresius edidit de abiisit philosophiœ cartesianœ. S'il avait été emporté dans sa première dissertation , il le fut encore plus dans la seconde ; mêlant néanmoins , comme la première fois , plusieurs goguenarderies parmi les traits de sa colère. Il nia fortement qu'il connût Spinoza , qu'il l'eût jamais vu , ni qu'il approuvât ses sentimens (a). M. Des Marets reçut un second écrit de Petrus ab Andlo le 19 décembre iftno , et le réfuta avec tant de promptitude que sa duplique fut achevée le 3 de janvier suivant {b). Elle est intitulée Samuelis Maresii Cljpeus orthodoxiœ , swe vindiciarum suarum priorwn pro sud dissertatione de abusu philosophiœ cartesianœ .... vindiciœ posteriores, etc. L'auteur déclara qu'il n'écrirait plus contre cet homme de néant (A) ; mais qu'il serait toujours prêt d'entrer en lice pour la vérité avec un adversaire savant et honnête, qui n'aurait point honte de se nommer. Il tint sa parole ; car il laissa sans repartie le troisième écrit de Petrus ab Andlo , intitulé Specimina Boinbomachiœ Samuelis Maresii se defendeniis clypeo orthodoxiœ , ceu vindidis vindiciarum dissertationis de abusu philosophiœ carte- . sianœ- Ainsi finit une dispute qui vérifia le proverbe , nullum
(a) Spinozam non nofit Petrus, nec vij.it , nec aiidivit , nec absurda ejiis dngmata probal. Animadvcrs. ad Vindicias, pag. 7.
(i) Vindic. Vindiciarum Ui^stilat. sub fin.