TOME H
soleum enim nunquhm vidit : quoU ab illustratoribus Laé'rtii nondiim opinor obsen^aium est. f^erba sunt Joannis Pearsonii l'iri undecunquè doctis-
(i58) Lambert. Barlseus ,
ia Luciaai Timou.
(iSg) Id.,ibid.
(160) Id., ibid. ,pag. 63.
(i6i) Vossius, de Origine et Progressa Idolol., lib. /, cap. I, pag. 5.
(i(5pJ Dioj. Laeitiuj, lib. IJ ,num, lo.
ANAXAGORAS
sinti, inlihro de epistolis sancti Igna- » long d'un Heu que d'un antre, »/*/«? tii, pag. gsecundce partis ; quiùus ego clarè Anaxogoras , qui quUin Lamp-
assentior. Id ipsum obseii'atum h Gisberlo Cupero in antiquis numismalibus explicatis , i'iro elegantlssimi ingenii (i63).
(M) La constance d'Anaxagoras, à la nowelU de sa condamnation , et de la mort de ses Jils,fut merveilleuse.] Il dit sur la première nouvelle : Il y a
saci morerelur , quœrenlibus amicis felletne Clazomenas in patriam , si quid ei accidisset , afferri , » Nihil ne- » cesse est , inquit , undiquè enim ad » inferos tantundem vice est (173). »
Diogène Laèrce suppose qu'il dit cela à quelqu'un qui se fâchait de mourir hors de sa patrie ( 174)- Je me suis sou-
long-temps que la nature a prononcé vent étonne' que les bons mots des son arrêt autant contre eux (i64) que anciens soient rapportés si diverse-
contre moi; et sur la seconde: Je savais bien que je les avais engendrés mortels (i65). Diogène Laèrce insinue qu'il les perdit tous , et ajoute que , selon Démétrius Phaléréus, ses fils
ment : j'en ai cherché la raison , et voici ce qui m'a paru de plus vraisembhibie. Les lecteurs retiennent mieux le gros et le fond d'un fait que les circonstances : ils veulent donc le rap-
l'enlerrèrent de leurs propres mains porter j ils suppléent le mieux quils
(166). Ce serait une contradiction en tre les auteurs : mais on la pourrait lever, si l'on supposait que, depuis qu'il eut témoigné cette constance , il mit au monde d'autres enfans , ou qu'il ne fit cette réponse que sur la nouvelle que l'un de ses fils était mort. Cicéron emploie le nombre singulier :
peuvent ce qu'ils en ont oublié • et comme les goùts sont dilférens , il arrive que les uns suppléent une chose, les autres une autre. Je ne dis rien des su|)j)lémens que l'on fait exprès pour ajuster mieux les choses au sujet qu'on traite. Ce sont des variations artificieuses et de mauvaise foi 5 je n'en
Quem (Anaxagoram) ^è/M/jt nunciald parle pas. Ce que j'ai dit des lecteurs
morte Jilii, dixisse : « Sciebani me ge- » nuissemnrtatem(ï6']), «Valère Maxime (168), Plutarque( 169), et Simplicius (170) emploient le même nombre; mais Elien observe qu'Anaxagoras n'avait que deux fils, et qu'il prononça cette parole en apprenant la mort de tous deux (i7i)« Notez qu'il reçut celte nouvelle en faisant une leçon de philosophie ('72).
Mettons ici ce qu'il répondit à ses amis, qui lui demandaient à Lampsaque s'il voulait qu'après sa mort on le fît porter à Clazomène sa patrie :
« Cela n'est pas nécessaire, leur dit-il, » le chemin des enfers n'est pas plus
(«63) Menag. , l'nDiog. Laërt., pag. 77. col. 2. (164) C'est-à-Sire , contre ses juges.
(i65} Diog. Lacrtius, til>. II , num. i3.
(166) Idem , ibid.
(167) Cicero, Tuscul. Quaestion. , lib. III , cap. i!^.
(168) Valer. Maximus , W. V, in fine.
(i6q) Plularcbi Consul, ad Apollon., ;;>a^. Ii8;
de coliib. Irû , pag. 4C3; de Tianq. Auimi , pag. 474. M. Minage, in Lacrl., lib. II , num. ii, cite cotnrne deux TraUés de Plutarque celui de coliibcnd» Ira, et TTêff otop"j.>)ff-i«lç.
(170) Siinplic., in Epicteti Kncliirid., cap.
(171) ^F.lianus, Var. Hi,t. , lih. III, cap. II. (172; Plut. , de Consol ad Apoll. pag. 118.
JEhan., Var. Hisj., tib. III , cap, II. Stobaeus, Serm. CFI .
se doit étendre sur toutes sortes de gens. On falsifie encore plus ce que l'on a ouï dire que ce qu'on a lu.
(N) // discernait fort bien quelles cniiihtions sont les plus heureuses.'] 11 croyait que celles qui le paraissent le moins le sont le plus, et qu'il ne fallait pas chercher, parmi le gens riches et environnés d'honneurs , les personnes qui goûtent la félicité ; mais parmi ceux qui cultivent un peu de terre , ou qui s'appliquent aux sciences sans ambition. Valère Maxime vous le dira mieux que moi : IVec pariim prudenter ylnaxagoras interrnganti cuidam , quisnam essel beatus ? « JYemo , ini> quit, ex lus quos tujelices existi- » mas : sed eum in illo numéro repe- » ries, qui à te ex miseris constare M creditur. Non erit ille divitiis tt » honoribus abundans; sed aiit exigui n ruris, aut non anibitiosœ doctrince » fidelis ac periimix cultor, in secessu )> quam in J rente beatior ('75),
(0) On luijit une épilaphe très-glorieuse. On alla même jusqu'à lui bdtir
(173) Cicero , Tuscul. Question. , lib. /, cap. 43.
(174) Diog. Laërt. , lib. II, num. 11.
(17.';) Valer. Maxim. , lib- VU, cap. Il, num. •( , 1/1 E.rtern. , pag. 60^.
ANAXA
vn autel. ] Élien et Diogène Laèrce nous ont conservé cette épitaphe ; elle consiste en ces deux vers :
'EvèxS'i , 7rX€7ç'0V ÀXnôiixÇ iTfï TipfAA TTipÛTAÇ
pXÇ (I76J.
Hlc situs ille est , cid lerum patuére recesiiu, AUjue arcanapoli, magnus Anaxagoras.
Il y a autant d'énergie dans ce distique , que dans ces sept vers français , où ron a voulu donner un semblable e'ioge.
Deic.artes , dont lu vois ici la sépulture , A dessMé les yeux des aveugles mortels ! Et gardant le respect que Con doit aux
autels , Leur a du monde entier démontré la structure.
Son nom par mille écrits se rendit glorieux , Son esprit mesurant et la terre et les deux, Enpénétra l'abîme et perça les nuages («77).
Diogène Laèrce ne parle point de l'autel d'Anaxagoras; c'est Elien qui en fait mention (r78).llsembledire qu'on lui en consacra deux : l'un , sous le nom de l'entendement; l'autre , sous le nom de la vérité j mais un fort savant critique (179) n'entend pas ainsi le passage : il le fait signifier que l'inscription de l'autel était selon quelques-uns à l'entendement , et selon d'antres à la vérité. Aristote observe que les babitans de Lampsaque continuaient à honorer Anaxagoras (180).
Remarquons qu'au temps de saint Augustin , on faisait encore sonner bien haut l'autorité de ce philosophe: Quant ( veritatem ) si sensit Anaxagoras , eamque Deum esse vidit , mentemque appellai'it , non solùm nomen Anaxagnrœ quod propler litteratam uetustaleni , omnes , ut militiriter loquar , lilteratiores libenter sujffLaiil., nos doctos et sapientes nonfacit , sed ne ipsa quidem ejus cognitio , qud id i^erum esse cosaot^it (181).
(P) Un n'est pas assuré qu'il ait tenu pour le dogme de ta prédestination. ] Il s'opposa , dit-on , à ce dogme très-
(176) Diog. Laëriiui, Ub. II , num. i5.
(177) Saiîlet, Vie de Descartes, lom. II, pag. 443.
(178) ^liani Var. Hist. , Ub. FUI , cap.
(17g) KuhniDS in hune tocum £liBni.
(180) Arist. Rhetor.c. , Ub. II, cap. XXIII , pag. 445.
(181) Ang. Epist. Xyi, pag. 173.
GORAS. 5i
fortement (182), et le combattit dans ses ouvrages : mais il n'y a qu'Alexandre d'Aphrodisée qui l'assure j et il le fait même d'un air à nous tenir en suspens , puisqu'il observe qu'Anaxagoras réfuta cette doctrine par engagement de dispute , et non par un choix prémédité, ou primitif, il avait besoin de la combattre , pour soutenir un autre do^me ; c'est-à-dire , qu'ayant compris qu'en ne la conrbattant point, il ne pourrait pas se bien défendre contre ceux qui attaqueraient ce dogme , il écrivit contre le destin. Alexandre d'Aphrodisée remarque judicieusement qu'une telle circonstance rend douteuse la foi d'Anaxagoras. En effet , il y a bien peu de choses qu'un auteur ne fasse dans la chaleur de la dispute , pour ôter à ses adversaires les avantages qu'ils pourraient tirer , ou de son silence , ou de ses aveux. Il se contredira plutôt , il affirmera plutôt ce qu'il ne croit pas , que de souilVir qu'on se serve de ses propres armes contre lui-même. Quoi qu'il en soit , voici un passage de Gabriel Naudé : Obtulil se tandem Ale.rander ex yiphrodtsiade {*) , jacertiqite in his tenebris versanti prœtulit , quamquani eo scrupulo injecto , quod fide dignus Anaxagoras , dîim istud assereret , minime J'uerit , non qiibd prnpositio ejusmodi fera non esset , i>eritrn quia in alterius opinionis suce defensionem, quam suscipere cogebatur , non aatem ex sold delerminatdque i^oluntate aduerstis fatum scribendi, illam protulisset (i83). Cet auteur venait de dire que les modernes , qui assurent qu'Anaxagora.s était contraire à la prédestination , ne citent aucun ancien qui ait parlé de cela. 11 avait dit aussi que Diogène Laèrce, Ciréron , Galien , Plutanjue, Origène , n'en ont fait nuUe mention. (Q) Il est le premier philosophe qui ait publiédes livres. ] Dingène Laèrce ledit positivement : rifâToç S^'c'Avx^xyipaic KAi /îiCxi'ov 't>î^a>Ki a-uyypti^tiç. (i84). Primds autem Anaxagoras li~ bruni a se scriptum edidit : mais ,
(182) Communi kominurn opinioni de J'ato quantiim potuit reluctatus est. Naudeus, de Fato et Vitse Termino, pag. 20.
(*) Lib. de Fato , cap. /, et lib. de Anima, cap. uUim.
(i83) Idem, ibid.
(i84) Diog. Laërtius , lib- II, num. x(.
5? ANAXAGORAS
comme il semble se déclarer en un au- qu'il me montrerait que l'état oh est la
tre lieu pour Phavorin , qui avait dit terre est le meilleur qu'elle pdt avoir ,
qu'Alcméon disciple de Pythagoras fut et que s'il la mettait au centre , il ex-
le premier qui écrivit sur la physique poserait pourquoi cette situation était
(i85), il rend fort douteux son témoi- la meilleure de toutes. Je me fixai a
Çnagc. Clément d'Alexandrie n'a rien ne rechercher aucune autre espèce de
décidé: il se contente de dire , que les cause , pourt'u qu'il m'éclaircit bien
uns attribuent à Alcméon le premier cela, et a demander seulement ensuite
ouvrage qui ait été publié touchant par rapport aux proportions de vitesse
la nature, et que les autres prétenjdent et de révolution , etc. , qui se trouvent
qu'Anaxagoras est le premier qui ait entre le soleil , la lune et les autres
donné un livre au public (186). Ces astres, quelle est la nteilleure raison
deux opinions seraient fausses , siTha- pourquoi ces corps, et en qualité d a-
lès avait fait des livres , comme l'as- gens , et en qualité de patiens , sont ce
sure saint Augustin ('87), et si la tra- qu'ils sont ; car je n'eusse jamais pu
dition des Grecs , rapportée par Sui- m' imaginer qu'un philosophe, qui avait
das (j88) , était vraie; c'est que le dit qu'un entendement conduisait tou-
philosophe Phérécydes fut le premier tt-s ces choses , alléguerait aucune uu-
qui écrivit des ouvrages. Notez qu'A- tre cause que de prouver que l'état oit
ristote observe que les écrits d'A- elles se trouvent est le meilleur qui
naxagorassontpostérieurs àceuxd'Em- puisse être. Je croyais aussi , qu'ayant
pédoclc , quoique celui-ci fût plus expliqué par cette sorte de cause la
jeune qu'Anaxagoras (189). nature particulière de chaque corps,
(R) Soc raie — ne J'ul pas content de il expliquerait en général leur bien
la lecture de ses ouvrages : ce fut ap- commun. Plein de cette belle espéran-
pareTO77ze/it 5« /aute.] Nous allons faire ce , je me portai avec la dernière ar-
deux choses : l'abrégé de la ]ilainte de dcur à la lecture de ses écrits , ajîn de
Socrate , et puis quelques réEexions. connaître bientôt ce qui est très-excel-
^yant su, dit-il (190), qu'on éta- lent et ce qui est très-mauvais ; mais
hlissait dans un ouvrage d'yînaxago- je trouvai que ce philosophe n'emploie
ras , qu'un entendement règle toutes point l'intelligence , ni aucune cause
choses, et les produit (191), je Jus de l'arrangement : il ramène toutes
fort content de cette espèce de came , choses à l'air, à l'cther , à l'eau et à
et je me figurai qu'il en devait résulter tels autres sujets impertinens , comme
que chaque être avait été conditionné a leur origine (192). C'est comme si
et situé de la manière la plus excel- quelqu'un , après avoir dit que je fais
lente. J'espérai donc avec une extrême par l'entendement tout ce que je fais ,
joie de trouver enfin dans ce livre donnait ensuite la cause de mes actions
d'y^naxagoras un maître qui m'ensei- particulières , h peu près comme ceci :
gndt les causes de chaque chose , qui Socrate est assis , parce que son corps
ni apprît d'abord si la terre est ronde est composé d'os et de nerfs , qui, par
ou plate , et puis la raison de ce qu'il les règles de la mécanique , font qu'il
aurait déterminé ; et comme je crus que peut plier et courber ses membres. Il
cette raison aurait pour base fidce de parle , parce que le mouvement de sa
la plus haute perfection , j'espérai langue agite l'air , et porte son impression jusqu'aux oreilles , etc. Un tel
(.85) Dlog. Laertius lib. VIII num.ii /j„,„,„^ oublierait la vraie cause; sa-
rot Cl ci-des.tus la ataUon (a) de l article , ^ 7 • • . .
hCctaioa de Crotone. voir que les .Athéniens ayant juge
(186) Clem. Alexand. Stromat. , Ub. Il, qu'il valait mieux qu'ils me condani' pag. '608. nassent , j'ai trouvé qu'il valait mieux
(187) Ci-dessus , citalion (85).
(188) Suidas in 'ExatTttroç. (192) 'Of» a.vS'fit tùû jusv v^ oùJev Xf>^'
(189) Aristol. Mi-laphys. , llb. /, cap. lit. yMSVOV , oùik Tivaç AITioLÇ ÎTra.l'ricijUiyov i'ic Voyez là-dessus le Coramenuiie de Fooseca, rro «Tistxosrueiv TA Trpst'VUatTa, , àîpa.ç Jk pag. 2i8. \ 0/ </ ^ ' ' X
(iqo) Plalo , m Phxdoae , pag . ra ei serj. „ '^ \ - ,/ ,,
^ , ,. V .- • ■ r ~ «.^A.«. TraKKa. Ka.i etroTrct, Hommem video
V«y'|/ , " „ ^^v^^i. , mrnle nusqiiainiiU, ornalusrjue rerum causât
T« Kdl WctVT«V CIITIOÇ. Mentein omnia rxor- ajfèrie iiullas. Sed aèreas italmas et œlhrieas
nare, omniumi/ue causam etse. Plato, in Phw- aqueasque et talia inuUa absurda pro reruin
donc, pag. 73. cauiis asn'gnare. Plalo, i>i Pbicil. , pag. 73 , D,
ANAXAGORAS
^ue je fusse ici assis , et qu'il était plus juste que je subisse la peine qu'ils ont ordonnée. Si quelqu'un m'objecte , que sans mes os et mes nerfs , etc. , je ne pourrais pas exécuter ce que je i^eux, il aura raison; mais s'il prétend que je l'exécute , à cause de mes os et de mes nerfs , etc. , et non par le choix de ce qui est le meilleur, moi , qu'il suppose agir par l'entendement , il y a dans son discours une grande absurdité ('93).
Vous voyez là bien à découvert le goût de Socrate. II avait abandonne' l'etade de la physique , et s'était appliqué tout entier à la morale : c'est pourquoi il demandait que l'on expliquîSt toute la nature par des raisons morales , par les idées de l'ordre , par les idées de la perfection. J'oserai bien dire qu'il censurait mal à propos Anaxagoras. Tout philosophe qui a supposé une fois qu'un entendement a mû la matière et arrangé les parties de l'univers , n'est plus obligé de recourir à cette cause , quand il s'agit de donner raison de chaque efl'et de la tiature. Il doit expliquer par l'action et la réaction des corps , par les qualités des élémens , par la figure des parties de la matière, etc., la végétation des plantes , les météores , la lumière, la pesanteur, l'opacité, la fluidité , etc. C'est ainsi qu'en usent les philosophes chrétiens , de quelque secte qu'ils soient. Les scolastiques ont un axiome , qu'ilne faut pas qu'un philosophe ait recours à Dieu , non est philosophi recurrere ad Deum ; ils appellent ce recours l'asile de l'ignorance. Et en effet, que pourriez- vous dire de plus absurde , dans un ouvrage de physique, que ceci, les pierres sont dures, le feu est chaud, le froid gèle Ips rivières, parce que Dieu l'a ainsi ordonne. Les cartésiens même , qui font Dieu , non-seulement le premier moteur, mais aussi le moteur unique, continuel et perpétuel de la matière , ne se servent point de ses volontés et de son action , pourexpliquer les effets du feu , les propriétés de l'aimant, les couleurs , les saveurs , etc. ; ils ne considèrent que lea causes secondes , le
(ipS) noX\)) âv usii fÀôLKfÀ foÈvfjiiit, un
TOU XO^Oti. Négligent admodum ac supina futura e<t hœc ejiu oralio. Plalo, in Phedone , pas- :4, A.
mouvement, la figure, la situatioa des petits corps. De façon que si la remarque de Clément Alexandrin rapportée ci-dessus (194), n'était fondée que sur le discours de Socrate elle serait très-injuste. H faudrait pour la trouver légitime , que nous sussions non pas qu'Anaxagoras expliquait beaucoup de choses sans faire mention de l'entendement divin , mais qu'il l'excluait nommément et formellement lorsqu'il expliquait une partie des phénomènes de la nature. Peutêtre y avait-il dans ses écrits certains endroits, où il disait ce qu'Euripide son disciple a dit depuis : c'est que Dieu se mêle des grandes choses , et laisse faire les petites à la fortune (igS) : comme si l'univers était semblable au tribunal des prêteurs , de minirnis non curât prœlor. Nous avons vu ci-dessus (196) que ce philosophe attribuait quelques effets au hasard , quelques autres à la nécessité , etc. ' et qu'il n'appelait à son aide l'intelligence, que lorsqu'il ne pouvait pas faire voir comment la nécessité avait produit une chose (197). On peut supposer, en général , que son système n'était pas bien débrouillé j qu'il ne l'avait , ni bien aplani , ni bien arrondi ; qu'il y avait laissé beaucoup de pièces mal agencées. Aristote nous insinue cela , lorsqu'il parle des physiciens qui ont les premiers reconnu deux causes , la matérielle et l'elficiente. Il les compare à des gens qui n'ont point appris l'art de se battre et qui ne laissent pas de bien blesser assez souvent. Ils le font sans suivre les règles ; ces physiciens aussi ne possédaient pas la science de ce qu'ils disaient: Ol/Toi /u.h oùv.... iuitv inlitiv è<f»- 4*VTo.... rîfÇTiôxîiç, KoùroZ'oQiv >i jc/vna-if À/xv^fâiç //sv TOI xai aùS'ii (ra.<f£ç, xK\ oiov Èv TttK; ixâiX"^^^ o\ à.y{jiA.\<a.<rot TromZin. Kstj •j,a,() sxjivoi TTipi^ipi/uiVit , tÙi-touo-i 'TroxxAx.iç icxXÀç TTMykr d\\' oÙTt Éxe7vo» ctTro tTTiç'njLtyiç , ouTi ouToi 'toiKAnv itJ'ôn
('94) ^ans ta remarque (E) , citation (91).
(igS) Tûjv À'yeiv yà.f ArrriTitt âêoc, t*
/AiKpct (T m Ti/,3^ttv àvêiç èî, Kxrai rhv
E-jpiTKyitv. SuniDia procurai modo Deus, inqut furtunam minora rejicil , ut ait Euripides. Plularch. in ReipubUta; geread. Prxceptis paR 811, D.
(iç)6) Dans la remarque (E), citation (94) pag. 37.
( '97) Ci-dessus , pag. 36, citation (90).
ANAXAGORAS
hîyitv S. xiyovo^ ('qS)- ■^tqui hi quidtni.... duas causas attigerunt ,.... materiam , et iindè motus : obscure tamen , et nonclarè : sed quemadmodùm inexercitati in prœlinj'aciunt. F.lenini un circunieuntes , egregias plerumquè plagas inftiguiit. Sed nec illi ex scientid , nec isti fidenlur scire quid dicani.yons verrez ailleurs (199) , qu'il y a des choses qu'Anaxagoras n'a point expliquées , et qu'il eût admises infailliblement , si quelqu'un lui en avait fait l'ouverture ; et qu'enfin , en développant ses principes et ses pensées , on étalerait de fort beaux dogmes.
Je ne blâmerais point Socrate d'avoir souhaité une explication de l'univers toute telle qu'il l'indique : car qu'y aurait-il de plus beau , ou de plus curieux , que de savoir distinctement et dans le détail , pourquoi la perfection de la machine du monde a demandé que chaque planète eût la figure, la grandeur, la situation et la vitesse qu'elle a , et ainsi du reste ? Mais cette science n'est pas faite pour le genre humain, et l'on était fort injuste de l'attendre d'Anasagoras. A moins que d'avoir toute l'idée que Dieu a suivie en faisant le monde , on ne pourrait point donner les explications que Socrate souhaitait. Tout ce que les plus grands philosophes peuvent dire là-dessus revient à ceci :
que puisque la terre est ronde et située à une telle distance du soleil , cette figure et cette situation étaient requises pour la beauté et la symétrie de l'univers ^ l'auteur de cette vaste machine ayant une intelligence etune sagesse qui n'a point de bornes. Nous savons par-là en général , que tout va bien dans cette machine et que rien n'y manque 5 mais si nous entreprenions de faire voir pièce à pièce que tout est au meilleur état qui se puisse, nous en donnerions infailliblement de très -mauvaises raisons. Nous ferions comme un paysan , qui , sans avoir aucune idée d'une horloge , entreprendrait de prouver que la roue , qu'il en verrait par une fente , a dû être de telle épaisseur de telle grandeur , et posée précisément en ce lieu-là , vu que si elle eût été plus
(if)8) Aristoleles, Metaphys., Ub. I , cap. IF, paa. 64G, G.
{199) Idem, ibiil., cap. VU , pag. 65 1 , C.
petite , moins épaisse et située en un autre lieu , il en serait arrivé de grands inconvéniens, 11 jugerait de cette machine comme un aveugle des couleurs; et sans doute , il raisonnerait pitoyablement .Les philosophes ne sont guère plus en état de juger de la machine du monde, que ce paysan de juger d'une grosse horloge. Ils n'en connaissent qu'une petite portion , ils ignorent le plan de l'ouvrier, ses vues, ses fins et la relation réciproque de toutes les pièces. Alléguez à quelqu'un , que la terre a dû être ronde , afin qu'elle tournât plus facilement sur son centre , il vous répondra qu'il vaudrait mieux qu'elle fût carrée, afin de tourner plus lentement et de nous donner de plus longs jours. Que pourriezvous répondre de raisonnable, si vous étiez obligé d'articuler les embarras où l'univers tomberait, en cas que Mercure fût plus grand et plus proche de la terre ?M. Newton, quia découvert tant de beautés mathématiques et mécaniques dans les cieux , Aoudraitil bien être caution , que si les choses n'étaient point telles qu'il les suppose, ou quant aux grandeurs ou quant aux distances ou quant aux vitesses , le monde serait un ouvrage irrégulier , mal construit , mal entendu ? l'intelligence de Dieu n'est-elle pas infinie ? Il a donc les idées d'une infinité de mondes diflerens les uns des autres , tous beaux , réguliers , mathématiques , au dernier degré. Croyez-vous que d'une terre carrée et plus proche de Saturne , il ne pourrait pas tirer des usages équivalens à ceux qu'il tire de notre terre? Concluons que Socrate n'a point dû s'imaginer qu'Anaxagoras lui prouverait par des raisons de détail , que l'état présent de chaque chose est le meilleur où elle pût être. II n'y a que Dieu qui puisse prouver cela de cette façon.
Comment ferions-nous ce que Socrate voulait à l'égard de la machine du monde , nous qui ne le saurions faire à l'égard de la machine d'un animal, après tant de dissections et tant de leçons d'anatomie qui nous ont appris le nouibie, la situation, l'usage , etc. , de ses principaux organes? Par quelles raisons particulières pourrait-on prouver que la perfection de l'horamc et celle de l'univers demandent que nos yeux, au nombre da
ANAXAGORAS
deux, soient situés comme ils le sont, et que six yeux place's autour de la tête feraient du désordre dans notre corps et dans l'univers ? On peut raisonnablement prétendre , qu'alîn de ilonner à Fhomme six yeux autour de la tête, sans s'écarler néanmoins des lois générales de la mécanique , il eût fallu déranger de telle sorte les autres organes , que le corjis de l'homme eût été formé sur un autre plan et fût devenu une autre espèce de machine :
mais on ne saurait donner de cela aucunes raisons particulières^ car tout ce que vous pourriez dire serait combattu par des objections aussi vraisemblables que vos preuves. Il faut s'arrêter à cette raison générale , la sagesse de l'ouvrier est infinie ; l'ouvrage est donc tel qu'il doit être. Le détail nous passe ; ceux qui veulent y entrer ne se sauvent pas toujours du ridicule (200).
Au reste , nous pouvons prouver par ce discours de Socrate, qu'il n'avait pas été le disciple d'Anaxagoras; car, s'il l'eût été , eût-il eu besoin d'apprendre d'un homme qui lisait les livres d'Anaxagoras, que l'on y établissait un entendement pour la cause de 'foutes choses (201) ?
(S) Socrate négligea l'astronomie... a cause qu ylnaxagoras , qui s'y élait extrêmement appliqué , s'égara beaucoup.'] Afin qu'on voie plus nettement les pensées de Socrate là-dessus , je rapporterai un peu au long les paroles de son historien. « 11 estoit d'avis 1) qu'on employast quelque temps à l'as- » tronomie , afin de pouvoir connois- » tre quelle heure il est aux estoilles , » en quel jour du mois et en quelle )) saison de l'année on est; pour sçan voir quand il faut relever une sen- » tinelle durant la nuit, quand il est » à propos de se mettre sur la mer , )> ou de faire voyage ; et il disoit que M cela se pouvoit apprendre facilement » dans l'entretien des matelots, ou de » ceux qui chassent de nuit. Mais de » vouloir pénétrer plus avant , jusqu'à » connoistre quels astres ne sont pas » en mesme déclinaison ; de vouloir » expliquer tous les différens mouvej) mens des planètes et sçavoir de com- » bien elles sont esloignéesde la terre,
(200) Voyei les Discours Ânatomiques de Guillaume Lami, médecin de Paris.
(aoi) Piato, iti PlireJone, pat;. 72 , ei e.
w en combien de temps elles font leurs )) révolutions , quelles sont leurs in- » fluences; c'est de quoy il dissnadoit » fortement : car ces sciences luy semj) bloient entièrement inutiles , non » pas qu'il en fust ignorant , mais » parce qu'elles demandent un hom- )) me tout entier, et le divertissent de » plusieurs autres bonnes occupations.
" En un mot, il ne vouloit point qu'on î) recherchast trop curieusement l'arn tifîce admirable avec lequel les » dieux ont disposé tout l'univers j » parce que c'est un secret que l'es- )) prit de l'homme ne peut compren- » dre et que ce n'est pas faire une ac- " tion agréable aux dieux , que de » tascher à descouvrir ce qu'ils nous » ont voulu cacher. 11 tenoit de plus, » qu'il y a voit danger de s'esgarer l'es- » prit dans ces hautes spéctdations , » comme fit Anaxagore , qui se van- » toit d'y estre fort entendu. Car en- « seignant que le soleil estoit une » mesme chose que le feu , il ne son- » geoit pas que le feu n'éblouit point » les yeux ; mais qu'il est impossible » de soustenir l'esclat du soleil (202). » Je ne rapporte point deux autres raisons que l'historien emploie contre ce dogme d'Anaxagoras : elles ne sont pas meilleures que la première, et ne méritent point autant d'attention que l'idée que Socrate se faisait des dieux. II les croyait fort jaloux de leurs secrets et fort disposés à se fâcher contre les hommes qui voulaient porter jusque-là leur curiosité. Voici les expressions de Xénophon :"Ox&)ç Sï tooii oôpetvimv M 'iKetça. '0 Bioç fA'ilTC''-^^'T<*-' j "^f OVriçyiv yiyvK^^ctt à.Tri'rfixiv. Oùri yà.p iij-
piTtt «.vâfoéTroiç etÙTO, 'ivÔf/.iÇiV ilvctl, OUTi
X,<tfiii^i!rSnt âêOK «tv jÎ^êito tov ÇmtoÎ/v- TO. ci ïxèivoi a-!L<^ïi\'iT!H oùx. tQriVMèntrcty (2o3.) Ut una omnia compleclar , cœlestium unumquodque quomndà DU TTiachinentur scrutari dtlioriahatur.
IVeque enim hominihus facile esse adint'enire : neque Diis eos J'acere grata ariitrabatur, qui ea qiiœrant quœ ipsi DU in promptu et manijesta esse noluerunl. Notez qu'Aristote avait une opinion plus avantageuse de la Divinité ; il ne nie pas que si elle était capable de jalousie , elle n'enviât prin-
(202) Xénopbon, Choses mémoraljtes de So» craie, Uv. IV, ft^. 384 et suif. Je me sers de la liaduclion de Cliarpentier.
(.'■a'i) Xùnopîion, 'h7tcy.\. , l\v. IF,p.^',^.
ANAXANDRIDE.
cipalemcnt à l'homme la plus sublime des sciences j mais il nie ce que les jioètes alllrmaient de la prétendue en- Tie des dieux. Ses paroles sont trèsremarquables : E/ (Tê >Ayouo-t ti oi woidrrcti, Kitt vi'^VKi <f6ovsiv to ènov, tTri «TOUTOU iru[/.Cma.i y-â-KiÇet êi'xôç, ncti cTi/ç-t/-
;tSK îiVa.1 TTcfiTOLi TOUi TTiplTTOilÇ, ÀXX Ol/Tt TO 6s(0V <J)Ô0VSp5V SVcTé^iTCtl {îvO.! , 'stXxà
xttTa Titv 7ra.potfji.ictv -TroKxa, •\,îuS'ovTcti àokTgi (2'^4 ' Quôd si aliquid poëlœ duunt , et m iiaturam divinam cadil ini'idia , t^erisirnile est hdc in re id niaximè accidere et inj'elices esse er>s onines qui alliora se quœrunt (2o5).
Sed neqiie Di^'initas inwida esse potest , muUaque , ut est in proverhio , jtienliuntur poëtœ.
(T) Sert'ius et Sidonius uipollinaris ont ignoré les opinions d'Anaxagoras. ] Le premier assure cju'il donnait le feu pour le principe de toutes choses (ao6) : c'est le confondre avec Heraclite. L'autre prétend que , comme Thaïes , il établit l'eau pour le principe de tous les corps , et qu'il joiîjnit à ce principe un entendement. C'est lui ôter la doctrine des hoinœoméries.
Elle n'était pas inconnue à Sidonius Apollinaris • mais il la donne sans raison au philosophe Anaximander. Il lui donne aussi la cra.va-Tnf/jiiet , c'està-dire, que les semences de toutes choses étaient partout : doctrine qui appartenait an philosophe Anaxagoras. Elle appartenait aussi à Démocrite , comme Aristote l'a observé au chapitre IV du III*. livre de sa Physique :
Sed rébus inutile ponit {rio-j)
Principiuin , ditin crédit aquis subsislere
niunduni.
ffuju.i discip'uli versa est senlentia , dicens , Principiis propriis semperres quasque creariy Singula qui quosdam Juntes decievit hahere JElernum irriguas, ac rerum semine plenos. Hune etiam sequitur, qui gignere cuncta
putabal Hune aérein, pariterque Deos sic aulumat
ortos.
Çuartus Anaxagoras Thalelica dogmata
serval :
Sed divinum animum sentit , qui Jecerit
orbem (208).
(204) Aristoteles, MeUpliys., lib. /, cap. II, pan. 644, K.
(îo5) C'est ainsi que Bnssarjon traduit TTipiTTOt/Ç. Argyropylc traduit, qui htec superfliia qujerunt. Foyez Foiisecs sur cet endroit WAri.-tolf , p<r.î. i3o.
(ïo(i) ,S.Tvius in Virfiil. Fclog. VI ,vs. 3i.
f J07) C'csV-a-dirc , Thaïes.
(208) Sillon. ApoUia. Carm. XF , vs. 81 , pag- i5i, iDî.
Le docle Savaron n'a pas remarqua ces bévues dans ses notes sur ce poème de Sidonius Apollinaris.
ANAXANDRIDE , roi de La-
cédémone , fils de Léon , est le seul homme de son pays qui ait eu deux femmes à la fois {a). Ce ne fut pas tant sa faute , que celle des éphores , qui voulurent l'obliger à répudier sa femme , à cause qu'elle était stérile, et à se marier à une autre , qui lui donnât des enfans. Comme il aimait fort sa femme (^) , il protesta qu'il nela répudierait point.
Les éphores , le voyant ferme làdessus , lui proposèrent d'épouser une autre femme , sans répudier la première , et lui firent entendre que , s'il ne prenait pas ce parti , il pourrait s'en trouver mal. Il accepta cette seconde proposition ; mais il ne voulut pas loger les deux femmes sous un même toit : il voulut avoir deux logis. La nouvelle épouse accoucha bientôt de Cléomènes:
cette bonne fortune d'Anaxandride se répandit jusqu'à sa première femme ; elle devint grosse aussi. Les domestiques * de l'autre reine, fâchés de cela, répandirent cent médisances , et soutinrent que ce n'était qu'une feinte , et qu'on ne cherchait qu'à tromper le monde par la supposition d'un enfant. Cette médisance fit tant d'impression sur les éphores , que , lorsque le tenne d'accoucher approcha ,
{a) Pausan. , lib. III, pag. 84-
(h) Elle était Jille de la sœur d'Jnaxandride.
* Joly, d'après les Jugemens sur quelques ouvrages nouveaux, dit que celle expression de domestiques est une traduction impropre du grec ou du latin , et qu'il falhit dire les parens.
ANAXANDRIDE
ils donnèrent des gardes à la reine (c) , pour être assurés du fait. Ce ne fut nullement une feinte : la dame accoucha d'un garçon , que l'on nomma Do-
riens *. Quelque temps après , elle accoucha de deux jumeaux, dont l'un fut ce brave roi Léonidas , qui périt si glorieusement au passage des Thermopyles , et l'autre eut nom Cléom- Lrotus (d). Le fils de la seconde femme n'avait presque pas le sens commun : Dorieus , au contraire, surpassait en toutes choses les personnes de son âge ; néanmoins on rejeta ses prétentions , qui étaient que l'on
(A) Les Lacédémoniens commencé' renl à vaincre les Tégéates sous son règne, c^est à-dire, environ la 60"^. olympiade, ] Les historiens observent que les Te'géates ne furent vaincus par les Lacédémoniens qu'après que ceux-ci eurent transporté dans leur ville les os d'OresIe qui étaient enterrés à Tégée.
Cette translation se fit en la 58*^. olympiade : Priscorum aulem testantur niolem etiam Orestis suprema , cujusossa olympiade quinquagesimd et octavd Tegeœ inventa à Spartanis oracula monitis discimus implésse longitudinem cubitoruni septem (i). On sait d'ailleurs que Cléomènes , fils et successeur d'Anaxandride, fut exhorté à faire la guerre à Polycrate , tyran de Samos (2) , qui mourut misérablement la seconde année de la 64^.
olympiade (3j. Je ne remarque pas que (Jéomènes régnait depuis assez long-temps , lorsque les descendans
eût moins d'égard au droit d'aï- de Pisistrate furent obligés de sortir
nesse qu'au mérite. Cléomènes , nonobstant son indignité , succéda à la couronne (e) : les lois du pays le voulaient ainsi , et on les observa. Anaxandride fut plus favorisé de la fortune que les rois ses prédécesseurs à l'égard
d'Athènes : ce qui arriva environ la 67*. olympiade (4)- M. Moréri ne devait pas dire : qu'on ne sait pas bien le temps auquel anaxandride a vécu i ni que les Ephores l'obligèrent de répudier sa première femme ; ni que le fils aîné de cette première femme s'appelait Dorcee. 11 fallait le nommer Dorieiis , ou Doriée. Je
des Tégéates; car les Lacédénio— ne dis rien de ses fautes d'omission , niens commencèrent à les vaincre sous son règne ( f) , c'est-àdire , environ la 60^. olympiade (A). Plutarque nous a laissé nu recueil des apophthègmes d'Anaxandride parmi ceux des Lacédémoniens. Le Supplément de Moréri est ici tout plein de bévues (B).
(<?) On pourrait traduire le grec c/'Hérodote en ce sens .• qu' ils furent eux-mêmes les inspecteurs ou les gardes de la reine.
' Dorjeùs , dit Joly d'après les Jugemens , etc., est une faute. Ce mot n'a que trois syllabes : Dorieus.
(d) Il jr en a qui disent que LéoniJas et Clêombrolus naquirent de deux grossesses.
(e) Ex Herodoti, lib. y , cap. XXXIX et sequcnt . Voyez aussi Pausanias, lib. III, pag. 84.
(y") Pausan., il>id. Ilerod., libr. T cap.
ixrii.
quoiqu'elles ne soient pas petites. Je ne dois point passer sous silence qu'il est malaisé d'accorder Solin avec Hérodote à l'égard de la chronologie. Solin met la translation des os a'Oreste à la 58*^. olympiade. Mais , selon Hérodote (5) , les Lacédémoniens avaient déjà remporté plusieurs avantages sur ceux de Tégée depuis cette translation , lorsque Crésus rechercha leur amitié. Or, il la rechercha avant que de faire la guerre à Cyrus ; et son expédition contre Cyrus tombe sur la fin de la 56*. olympiade (6) : comment donc accorderait-on la chronologie de Solin , avec celle d'iléiodote ? Quoi qu'il en soit, M. Moréri ne devait pas dire qu'on ne sait pas le temps auquel
(1) Solinus, ca^. /, pag^ 9.
(2) Plutarch. in Apophlb. , pn^. 23Î , C. (i) Calvisius , ad ann. mundi 34^8,
(4) Idem , ad ann. mundi 344o.
(5) Lib. 1, cap. LXVIIIetLXIX.
(ti) Vide Calvisium nd an:i. mundi 22q9.
ANAXANDRIDE.
Anaxanelricie a règne, car ne lit-on pas dans He'rodote qu'il régna au temps de Crésus (7) ?
(B) Le Supplément de Moréri est ici tout plein de béi'ues.'] Ajoutons aux trois fautes de More'n, que nous venons d'indiquer , celles de son continuateur. En premier lieu , il n'est pas vrai qu'Anaxandride fût fils d'Eurycrate II : il était son petit - fils (8), et fils de Léon. En deuxième lieu, il n'est pas vrai qu'Anaxandride prît la ville de Tégée , avant que les os d'Oreste en eussent été tirés. Ce ne fut qu'après cette translation , que la fortune cessa de favoriser les Tégéates : comment donc se pourraitil faire que leur ville capitale eût été prise avant que les os d'Oreste en eussent été transportés ? La prise de la ville capitale n'est-elle pas la ruine entière de cette sorte de petites républiques ? En troisième lieu, il n'est pas vrai que Glycas (9) entra dans Tégée à la suite du victorieux Anaxandridej il y alla comme l'on va en temps de paix aux villes de ses voisins. En quatrième lieu , ce ne fut point lui qui trouva le tombeau d'Oreste , et qui en retira les os : il rapporta seulement , lorsqu'il fut de retour à Lacédémone, qu'il croyait que le sépulcre d'Oreste était chez un forgeron de Tégée. Ce forgeron lui avait conté , qu'en faisant un puits à la cour de sa maison , il avait trouvé un tombeau de sept coudées, et reconnu, en l'ouvrant, que celui pour lequel on l'avait fait avait été de cette taille. Lychas conclut que c'était le tombeau d'Oreste , parce que l'oracle avait dit qu'on le trouverait à Tégée , dans un lieu où deux vents étaient chassés avec impétuosité, et où se voyait l'image d'un combat , et plaie sur plaie. Il appliqua ces choses aTix soufflets, au marteau , et à l'enclume du forgeron. Il ne fit que tirer cette conjecture, et la communiquer à ses supérieurs, qtii , sur cela , bannirent un criminel. Celui-ci se retira à Tégée , et prit à louage du forgeron l'endroit où le tombeau de sept coudées avait été découvert. Il en lira les
(7) Hei-od. , lib. I, cap I.XriI.
(8j Pausan., lib. III, pag. 83.
(9) fl fallait dire Lycli.is, cninnw ni/paravant. [ ijP.s Jugement sur qttfhjufi onvra^rs nouveaux (lisent à leur tour qu'il fallait éciiic L.chas.}
OS d'Oreste , et les transporta y Lacédémone. En cinquième lieu , il est faux que l'oracle eût dit que, pour faire translation , Hfalliiil éloigner les fents , le frappeur , et le frappé at^ec la peste et la ruine des hommes. Héro dote, cité dans le Supplément, ne dit point cela. En sixième lieu , il ne fallut pas éloigner toutes ces choses, afin de trouver le tombeau d'Oreste ; car il n'était pas sous la forge , mais dans une cour , où l'on avait voulu faire im puits. En septième lieu, \a guerre ne cessa point dès que les os de ce prince eurent été inhumés à Lacédémone. Hérodote dit seulement que depuis cela les Lacédémoniens eurent l'avantage dans toutes les guerres qu'ils eurent avec les habitans de Tégée : 'A^à
TOt/TOt/ TOU ;tpOVOy OKltÇ (TritpÔlCtTO OtX^M- AûJV , TrOKKOl KO.TV'TripTlpOl Tcë TrOhifAO)
iyivavTo o« Aa.KiS'a.tfji.ov toi. (^uo ex tempore Lacedœmonii quolies cum Tegeatibus congressi sunt, superiores extitére (jo). En huitième lieu , il n'est donc pas vrai que ceux-ci jurent entièrement soumis aux Lacédémoniens, tout aussitôt que les os d'Oreste eurent été inhumés à Lacédémone. Et neuvièmement , enfin , Plutarque n'avait que faire d'être cité ; car il ne dit rien de ce que porte l'article.
(10) Herod. , lib. I , cap. LXVIIt.
ANAXANDRIDE , poëte comique , natif de Camire (A) , dans l'île de Rhodes , florissait environ la loi*. olympiade (B).
Il fut le premier , selon Suidas , qui amena sur la scène les aventures d'amour , et les disgrâces qui arrivent aux filles quand elles se laissent ôterleur virginité {a).
Je croirais sans peine qu'on attendit jusqu'à la i oo*. olympiade à introduire des rôles aussi difficiles à soutenir et à ménager , que le sont ceux de semblables filles sur le théâtre; mais je ne saurais croire qu'on ait différé
(a) n/>^TOç ïpejDTet; KcÙTrstp^îvaiv <fâo/)otc i'iTnyoLyiv. Primits amores , et stiipra virginuin, inlroduxil in sccnarn. Suidas.
ANAXANDRIDE.
jusqu'à ce temps-là à mêler l'amour dans les comédies. Anaxandride était un homme de belle taille , et de bonne mine : il avait grand soin de ses cheveux , et il s'habillait magnifiquement ;
il eti avait composé soixantecinq {f). Les Athéniens le condamnèrent à mourir de faim > parce qu'il avait censuré leur gouvernement (D). Le poëte comique Alexandride n'est peut-
il portait une robe de pourpre à être qu'une faute de copiste (E) franges d'or (/»). Cet équipage ne on pourrait donc peut-être sub
sentait nullement son poëte. Il affectait tellement la pompe , qu'un jour qu'il devait lire un poëme dans Athènes , il se rendit à cheval au lieu de l'assigna-
stituer notre Anaxandride partout oii l'on rencontre celui-là.
(/) Idem.
(A) Natif de Camire (i).] Suidas le
tion , et récita une partie de sa dit comme Chamceleon ; mais 11 fait
■' à cheval. Ces manières entendre que ce u'était point le sen-
piece
rendent vraisemblable ce qu'on ajoute de lui : c'est qu'il se dépitait extrêmement lorsque ses pièces ne remportaient pas la victoire (c). Il ne faisait pas comme les autres personnes de son métier : il ne retouchait point, il ne corrigeait point ses comédies , afin de les faire entrer en lice une autre fois sous une meilleure forme ; il les envoyait habiller, chez les Francœurs de ce temps-là, le poivre et la cannelle {d). Cette humeur bourrue
timent de tous les auteurs. Il y avait partage : les uns voulaient qu'Anaxandride fût Colophonien , et les autres qu'il fût Rhodien.
(B) Il flnrissait environ la loi".
olympiade.^ L'auteur anonyme des olympiades s'accorde en cela avec Suidas ^ et comme ce dernier remarque qu'Anasandride assista au.t jeux de Philippe roi de Macédoine , il nous donne un fait qui établit cet âge d'Anaxandride. On sait d'ailleurs que ce poète maltraita Platon (2) , et que quelques-unes de ses comédies ont été citées par Aristote (3). 11 faut donc qu'il ait vécu au temps que Suidas a marqué.
(C) Ployez dans les remarques la ré-
et mutine contre les spectateurs flexion d'Alhénée sur le nombre de fit périr plusieurs belles comédies £f* comédies. ] Ayant cité un vers du >:i ;*. r;x .- ti r. i
quil avait faites. Il faut pourtant que son dépit ait assez souvent cédé à la tendresse paternelle puisqu'il ne vainquit que dix fois (e) , et que l'on trouve citées plus de vingt de ses comédies (voyez dans les remarques la réflexion d'Athénée (C) :
{b) Cliaraœleon Heracleotes, lib. VI. de Coraœdiâ, afud Allien., libr. IX, pag-. ijl^.
(c) OTê yoLp f^>i vmm KetfAëxvcDV ïJ'oe- Kiv iii Tov KiCoLvairov x«T5tTê^{7v. Victus conscindendas datât, ut ex lis tfturis ini'o- /liera ^fièrent. Cliam. Heracleoles, liùr. /'/, de Gomœdiâ, apud klltea., lib. IX, pag^.
(rf) Voyez la I". Epîlre de Boileau.
(0) Suidas.
Térée d'Anaxandride (4), pièce qu'on n'e^tima^t pas beaucoup , il prend occasion de rapporter ce c[iie j'ai cité de Cliamœléou, après quoi il demande, avec quelque sorte d'étonnement , d'où est venu que le Térée et d'autres semblables pièces du même auteur , qui n'avaient pas remporté l'honneur du triomphe, se sont conservées. Il aurait pu trouver la solution de cette difliculté dans les paroles mêmes de Chamaeléon. Elles insinuent clairemt?nt qu'Anaxandride ne lit éclater contre ses pièces le dépit qu'il conce-
(i) Cham. Heracleot. , lib. fl , de Comœdià, apud Alheo. , fif. IX , pag. 374-
(2^ Diog. Laërt. in Platone , ^iV. ///, num. »ti, edil. i6p2.
(3) Aristot. Rhetor., lib. III, cap. XII.
(4) Albïu. , lif. IX, pag. 373.
ANAXANDRIDE.
vait du jugement des spectateurs, que pièce de ce nom : Athe'ne'e la cite au
lorsqu'il fut vieux. Il avait donc laisse' chapitre XVIII du VI*. livre (ii).
vivre plusieurs de ses come'dies vain- Meursius est entièrement de l'avis de
eues, pendant que les cheveux gris ne Casaubon. Il veutque les deux ou trois
l'avaient pas encore jeté dans l'hu- pièces de théâtre, qui sont données à
meur chagrine. Iloxxà 'îxovtcl no/m^âç Alexandride dans les éditions d'A-
Tœv J/jot(U«Ta)v ««fstviÇê , <S'utricrj>,a,hoiiv thénée , soient d'Anaxandride. Il veut
Tfjfc êatTcLiç S'tà. tÀ yifctç (5). Spectato- que l'on donne à ce dernier V Hélène
nbus iratus ob senilem morositatem (12) et le Pisandre {i3) , qui parais-
elegantes muUas fabulas è ntedio sus- sent dans Suidas , sous le nom d'A-
tulit. lexandride. Voyez la page 87 de son
(D) Les athéniens le condamnèrent traité de l'île de Rhodes. Vossius em-
à la mort, parce qu'il auait censuré brasse le même sentiment (i4J« Sur
leur gowernemenl. ] Il s'était servi ce pied-là , qui est assez vraisembla-
c'e ce vers dans l'une de ses comé- ble , on aurait les citations d'une tren-
dies :
'h îroMç àCo:/Xê9' « vô/zaiv oùcTêV/MêXÊi : c'est-à-dire :
taine de pièces d'Anaxandride. Son Thésée, cité par DiogèneLaè'rce (i5), a été inconnu à Meursius. On eti dans une semblable confusion à l'égard d'un Anaxandride de Delphes. Le scoliaste d'Euripide l'a cité (i6), 'Ava^av- ,,,... , . «rpi'cTMc 0 AêÀAoc, touchant la peine qui
11 n avait fait que changer un mot {^^ imposée à Apollon de servir àla-
ges Admetus, pour avoir tue le serpent Python. Plutarque le cite (17),
La ville le voulait ainsi; elle qui ne tient nul compte des lois.
à ces paroles d'Euripide
H I^US-IÇ êfoc/Aêô' M vÔ/JtùùV oùSh /uÎKit (6).
La nature, qui n'écoute point les lois, le voulait ainsi.
Voyez Eustratius sur le chapitreX*.
du VI*. et du VIP. livre de la Morale
'A>is|«tvJ)t/(A)c '0 Aêxcfos , touchant les sommes d'argent que Lysandre mit en dépôt au temple de Delphes. Il cite ailleurs (18) un Anaxandride touchant
, . . ^ , , ,,-, • 1 Iss temps où la prêtresse de Delphes
d Aristote. On prétend qu Ovide a rendait les oracles. Au commence-
parle de ce supplice d Anaxandride , j^^nt, elle ne les rendait qu'une fois
quand il a dit dans son poème contre !'.,„ . lo„g-temps après , elle les rendit
iDis , V. 533, y^g fg-j jp jqqJs. Il gst très-problable,
Vique pariim stabili qui carminé lœsit qu'en ces deux endroits, Plutarque a
Aikenas , gij^ jg même auteur, et que cet au-
Invuus pereas déficiente ubo. ^^^^^ ^,^^j ^^j^^ différent de celui du
(E) Le poète cnmique Alexandride scoiiaste d'Euripide. La question est n'est peut-être qu'une faute de co- de savoir si son nom est Alexandride, piste, etc. ] C'est le sentiment de Ca- ou Anaxandride. Vossius ne sait qu'en saubon (7). Il se fonde sur ce que Sui- penser (19). 11 faut , sans doute , aidas ne fait aucune mention d'Alexan- tribuer à ce même Anaxandride l'oudride , et sur ce que la même pièce vrage dont il est parlé dans le recueil (8) qui est attribuée à Alexandride de proverbes publié par André Schot dans le XI*. livre d'Athénée (9) , est sur le manuscrit du Vatican. L'oucilée sous le nom d'Anaxandride dans vrage, dont ce recueil fait mention, le XIV*. livre (10). Casaubon ajoute a pour sujet les sacrilèges commis au une troisième raison. Pollux , au cha- temple de Delphes rrtêfiTâv Ci/^.>ifl6VTa)v pitre VI du livre IX , cite \'An- h Aï\«|>chc £tv*6M//iTa)v , de Analhe- «:7îi$e d'Alexandride : or, il est cer- niatis quœ sacrllegio Delphisfuêre sub' lain qu'Anaxandride avait fait une
(5) Id. , ihid. pag. 374.
(6) Euripid. , vs. 29S, inter incerla, in edit. Bacnesii.
(7) Casaub. m Allien., i,6. FI, cap. XVIII, puji. 455.
(8) Intitulée MêXlXûJTOf .
(9) Cap. II , pa;;. tfio.
(»o) Cap. XX, pa^. 654-
(11) Pag. =63.
(12) Suidas, in 'ACikTifOÇ.
(i3) Idem, in ' ApiOTntyÎTHÇ.
(i4) Vossius, de Poët. ^raicis , pag. 49- (i5) niog. Laërt. , lib. III , num. 26.
(16) In Alcestid. inilio.
(17) Pliitarclius , m hysaniro, pag- 44^-
(18) Plut. , in Quœst. Romanis , pag. 293. (kj) VossIds, lie Hislor. grœcis , pag. 5oa.
et avait été compose par un discrétion, il serait foudroyé de
làta ,
homme qui s'appelait Aaaxandride II avait conté une histoire qui a donné lieu au proverbe grec,'Ax/iov xies, naù fxîa-ov i^tiç , prenez le haut , et i'ous aurez le milieu. ConsuHez Vossius , à la page 820 de ses historiens grecs.
ANCHISE , prince troyen , issu de Dardanus , et fils de Capys {a) , plut si fort à Vénus , qu'elle s'apparut à lui sous la forme d'une belle nymphe , pour lui déclarer son amour. Elle lui dit que son destin la contraignait à venir s'offrir en mariage : elle l'assura qu'il la trouverait bien fille {b) , et le conjura de la présenter à sa parenté, afin qu'on dressât bientôt le contrat. Ancliise répondit en fort galant homme que , puisqu'elle n'était point une déesse , rien n'était capable de l'empêcher de jouir d'elle sur-le-champ ;c). Il fut pris au mot; on se mit au lit , etc.
Sur le soir , Anchise s'endormit ; et à son réveil , il s'aperçut qu'il avait couché avec une déesse. Il eut peur de ne vivre pas longtemps après un tel coup (A) ; mais Vénus le rassura , et lui dit qu'elle aurait un fils de lui , qui se nommerait Énée; qu'elle ferait nourrir cet enfant par les nymphes des bois , jusqu'à l'âge de cinq ans ; et qu'alors , elle le lui remettrait entre les mains.
Elle l'avertit qu'il prît bien garde de ne se vanter jamais d'avoir eu la jouissance de Vénus , et que , s'il lui arrivait de manquer de
(a) Homerus, lUiados , lib. XX, w. 239.
{b) 'A;rjipT))v <|)ixÔt»toç. Imperitam i-enereicongre.isiis. Homerws , iu Hymno Veneris , ^'S. l33.
(c)nfJV irîï*lXÔT«TI(MJ'),>iv5tl*:/T»KSt vî/v.
Çuo minus lihi in amnre misreas statim nttnc. Humérus in H^nino Yeneris.
Jupiter [d). On prétend qu'Auchise n'eut pas la force de se taire sur cette bonne fortune (B), et qu'un jour , en buvant avec ses amis , ce secret lui échappa. La menace de Vénus eut son effet :
il fut frappé d'un coup de foudre; mais il n'en mourut pas (C).
Les uns disent qu'il en perdit seulement la vue (D) , les autres prétendent que la plaie ne se put jamais fermer (E). Il vécut , diton , jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans , et fut enterré sur le mont Ida (F) , oii son tombeau fut honoré par les bergers. Cette opinion est fort différente de celle de Virgile : car , selon ce poète , la nuit que Troie fut prise , Enée chargea son père sur ses épaules (G) , et le mit en lieu de sûreté ; et ce bon vieillard ne mourut que quand les Troyens , qui se joignirent à Énée, furent parvenus en Sicile, après une infinité de fatigues.
Cette tendresse d'Énée pour son père , et le soin qu'il prit de sauver les dieux Pénates , sont le fondement du caractère qui le distingue des autres héros. Ce caractère consiste dans la piété ie). Il y en a qui disent qu' Anchise vécut jusqu'à ce que son fils fut arrivé en Italie , cette terre de promission , que les destinées lui avaient ordonné d'aller chercher au travers de mille périls (/). Caton , Denys d'Halicarnasse , et Strabon , embrassent ce sentiment {g). Au reste ,
{d) Idem, ibid.
(e) Virgile lui donne souvent l'épilhèle de Pius jEneas.
{f) f^oyez, enlre autres passages , lel". li-'re de /'Enéide , fcrs 2o5 et 2.58.
i^) Vojez la rumarqi,e (F) à lajtn.
6i ANCHISE.
l'amour cle VériTls pour Anchise idées des païens , étaient jaloux Je
ne fut point une passion passa- ^^"J^ supériorité , et donnaient bon
' „„ il • v . ordre que i lioramen oubliât point son
gère : le premier accouchement i^fepio^rité.IIsle devaient donc exclure
ne la guérit pas ; elle donna un de la jouissance des déesses , et lui
second fils à Anchise , comme faire comprendre que ce morceau n'e'
le remarque Apollodore dans le IIP. livre de sa Bibliothèque.
(A) // eut peur de ne t'itère pas longtemps , après at'oir couché auec f^énus.'\ C'était une tradition , en ce tempslà, que les mortels qui couchaient avec des déesses n'étaient pas de longue ■vie. C'est pourquoi Anchise , ayant connu son aventure , supplia Venus d'avoir compassion de lui :
tait pas pour lui. Ils devaient lui faire peur d'un châtiment exemplaire, tel qu'est celui d'une mort précoce , en cas qu'il goûtât d'un plaisir de cette nature , qu'ils se voulaient réserver.
Ils devaient non-seulement faire peur aux hommes qui auraient l'audace de tenter une déesse , mais aussi à tout mortel qui succomberait aux déclarations d'amour que lui feraient les déesses; et lors même qu'il serait persuadé que ce n'étaient que des fem-
AM<t<r47r^èçf>ivoc'j.owva^o/xsit(»i7.iô;to'o mes. Ne voyons-nous pas que les lois ' ' ' ° ' humainescondamnentau dernier sup-
plice les valets qui couchent ou avec la femme ou avec la fille de leurs maîtres ? Ils ont beau dire pour leur excuse qu'ils ont longtemps résisté à la sollicitation , et qu'on leur a fait tant d'avances , et même tant de menaces, qu'enfin ils n'ont pu se garantir de ce piège , la justice ne laisse pas de les livrer au bouri'eau , en supposant même que leur excuse est un fait certain et indubitable. Les gazettes nous ont appris , depuis peu de jours (3) , que l'on a pendu à Paris un laquais pour un tel cas. Et comme l'iulérêt public demande , en quelques rencontres , que la rigueur des lois aille au delà de la justice , parce que l'iniquité exercée contre un particulier (4) est moins un mal , politique-
M» /.tf ^aivT À//6VMV0V «V «.vBfû);roi»"iy
Nolifiv à.KK ihîetip iTrù où fiioôxXfJiios
ri^v«Ta.i, oç-ê â««îc iv^âJ^iTAi tlBavx- Ti\iri (l).
l^erhm te per Jo^em oro ^gidiferum ,
JNe me yivenleni debiletn inter hoinines sinas
Habilare , verùin miserere, quoniam non lon-
gœvus yir est quisquis cum deabus concumbit
immortalibus.
Il semble d'abord que cette pensée des anciens ne pouvait avoir aucun fondement ; car cette union intime d'un homme mortel avec les natures immortelles , ce mélange , cette confusion de principes, devait passer pour un germe d'immortalité , et non pas pour une cause de courte vie. Aussi voyons-nous que la cabale la plus raf-
finée a enseigné que les habitans des ^.^"^P^^l^^f,' que l'uhlité publique élémens réparent le malheur de leur destinée , qui les assujettit à rentrer dans le néant 5 qu'ils le réparent, disje , par l'alliance qu'ils peuvent contracter afec l'homme Ainsi une
nymphe ou une sylphide déifient imm.orlelle et capable de la béatitude h laquelle nous aspirons quand elle est assez heureuse pour se marier à un sage; et un gnome ou un sylphe cesse d'estre mortel du moment qu'il épouse une de nos filles (2). Mais si nous examinons la chose par toutes ses faces , nous trouverons une raison spécieuse de la crainte qu'eut Anchise , et de la maxime qu'il allégua. Les dieux , selon les
(i) Homer. , in Hymno Veneris, vs. i88 {.f) foyenUCuMle deGub»lis,pag. 54,
qui en résulte n'est un bien , je ne crois pas que des juges , animés d'un zèle sévère pour la conservation de la pureté dans les familles , s'arrêtassent à l'apologie d'un laquais , fondée sur ce que la fille ou la femme du logis , déguisée en servante , le serait venu trouver , etc. 11 est utile que des la • quais n'aient nulle grâce à espérer , non pas même dans l'ignorance du fait ; car cela est propre à les tenir mieux en garde, et à ne leur faire envisager qu'avec horreur le prétendu avantage d'être aimés. Cela peut leur servir de précaution contre les promesses , contre les menaces , contre
(3) On /crit ceci au mois de juillet 1698.
(4) Fojei Tnc.l, Ann. , /. XXF , c. XLIK
les ruses du déguisement. S'ils se pro- eo concuhuisse dicitur : procreavit jE~
mettaient Timpunité , en cas d'une neam , eique prœcepu ne id apud ho-
seduction travestie , ils l'espéreraient mines enuniuutt. Quod Anchises in-
en cas d'une simple séduction ; et, s'ils ter sodales per uiniim estelociUus. Ob
espéraient,d'e'chapper, en alléguant ve'- id a Joue fulmine est ictus (8).
ritablement qu'on les avait sollicités, (C) Jupiter le foudroya ; mais il
n'en mourut pas. ] Vénus ayant su qu'Anchise s'était vanté des faveurs qu'il avait obtenues d'elle , en fit ses plaintes à Jupiter , et obtint qu'il serait foudroyé ; mais comme elle ne
ils auraient bientôt l'audace de solli' citer, pour peu qu'ils vissent des dis positions à réussir. Il faut donc les tenir en crainte le plus qu'il est possible ^ car qui ne compte point sur leur
résistance , n'a pas toutes les ressour- voulait point le perdre , et qu'elle ces nécessaires. Or , comme on se fi- n'espéra pas qu'il pût réchapper d'un gurait , dans le paganisme , que les hommes du plus haut rang sont plus au-dessous des dieux qu'un laquais n'est au-dessous d'un grand seigneur, il ne faut pas s'étonner que l'on ait pensé que la jurisprudence céleste exposait Anchise à un châtiment, quoiqu'il n'eût joui de Vénus qu'en la prenant pour une femme.
coup de foudre , elle eut soin de détourner le coup : Ciim inter œquales exultaret Anchises gloriatus traditur de concubitu Veneris , quod ciim Jovi T-^enus questa esset emeruit ut in Anchise m fulmina mitterentur. Sed Venus eum cTim fulmine passe uidissel interimi , miserata juuenem in aliaiii partem delorsil. Anchises tamen uf' (B) On prétend qu'il n'eut pas la flatus if^ne cœlestisemperdebilis triait force de se taire sur sa bonne fortu- (9), Voilà encore un original dont il
«e.] La menace avait été pourtant bien terrible :
Eî S'i Kiv i^iiTrvç kcÙ tiriû^tctt «,'^fiov»
'Ev (^iKortiTt fjiiyyivxKÙç'i^i.vûù KuQipiiti,
>iipa.u]im (5j.
Si vert» rem declaraverU , et te jaclaveris
atnenti aniino In amore inixlum esse cuin bene coronald
Cylhered, Jupiter le iralus feriet ardentifutmine.
se fait des copies dans tous les siècles. On se met en colère contre un galant indiscret : on est bien aise de lui faire sentir sa faute ; mais on ne pousse pas les choses trop loin : on donne lieu au retour.
(D) Il en perdit seulement la vue. ] C'est de Servius quel'on apprend qu'une exhalaison foudroyante aveugla Anchise , parce qu'il s'était vanté des faveurs que Vénus lui avait accordées : Quod cîini jactaret Anchises
Cette aventure est un portrait que Ion ^ffl^^t^, est fulmine , oculoque pricopie souvent. Les dames de .a plus „^,„, ^,1 (.^^ l^ singulier oculo n& haute volée , qui deviennent araou- aoit pas faire penser cju'il devint seu-
reuses de leurs inférieurs , sont obli gées de faire toutes les avances. Elles exigent un grand secret , et menacent de punir terriblement l'indiscrétion ; et cependant le favori ne laisse pas , quand le vin lui a un peu échautié la tête , de jaser plus qu'il ne faut. 11 est même quelquefois si vain qu'il cause trop sans avoir bu. Rapportons des autorités sur l'indiscrétion d' Anchise. Fulminalus est Anchises , quia se cum Venere concubuisse jactahal.
C'est ce que dit Servius (6j ; et voici ce que dit Hygin : Venus Anchisam Assaraci (7) jilium amasse , et cum
(5) Homer. , in Hymno Vener. subfin. vs. 287.
(6) Servius , in BLaéiA. , lib. II , vs. 649.
(1) Hygin eût mieux fait de lui donner Capys pour père , et non pas Assaracui , qui était le père de Capjt.
pas laire penser qu lement borgne j car bervius , en un autre endroit (11) , se sert de l'autorité de Théocrite pour nous apprendre que ce fut un véritable aveuglement.
(E) Sa plaie ne se put jamais fermer. ] 11 ne se plaint dans Virgile que d'une grande débilité que le coup de fondre lui avait causée :
3am pridern invisus divis et inulilis annos Vemoror, exquo me divUinpater atque homi'
num rex Fulminis adflavit venlis, et contigitigni (12).
(8) Hygin, cap. YC/r.
(9) Servius , in jEneïd. , lib. Il , vs. 649. (jo) Servius sur ces deux vers du I" . litre
de l Ene'ide :
Tuue , ille M,ne^s . quem Darilanio Ancbisse AIraaVenusPhrigii geiuiitSimoëniis aJ undam?
vs. 617.
fti) In ^neid. , Ub. II, vs. 68-.
(«2) Virgil., JEneïd., Ub. Il , f<-.'»>47.
Je m'étonne que Scarron , qui a fait connaître , dans sa paraphrase burlesque de cet endroit de Virgile, qu'il n'ignorait pas la raison de cette disgrilce , ait use' d'une si grande retenue ; il me semble que la matière était propre à devenir bien risible entre ses mains. Quoi qu'il en soit, voici sa version :
f^ieil, cassé , mal propre à la guerre,
Je ne sers (le rien sur la terre.
Spectre, qui n'ai plus que la voix,
J^y suis un inutile poids ,
Dppuis le temps que de son foudre
Jupin me voulut mettre en poudre;
Depuis le temps quHl m'effraya.
Ce grand Dieu qui me giboja ,
Par une l'engeance secrète;
Mais je suis personne discrète.
Je n'en dirai point le sujet .*
Suffit que j'aurais eu monj'ait.
Sans J^énus qui sauva ma vie.
J'ai depuis eu cent fois envie
De nCaller pendre un beau matin ,
Eljinir mon chien de destin.
Si nous comparons ensemble un passage de Plutarque et un passage de Denysd'Halicarnasse, nous prouverons que le coup de foudre fît une plaie qui ne se ferma jamais. Plutarque dit quelque part (i3) que si , d'un côté , le musc rend de bonne odeur les habits les plus déchirés , de l'autre, le pus d'un ulcèie empuantit les étoffes les plus précieuses (i4)- Voilà sa pensée ; mais , au lieu que je le fais parler en général , il s'attache à l'exemple particulier d'Anchise. De dessous le riche et précieux habillement du duc ./4nchise , dit - il , selon la version d'Amiot , il sortait une houe de bien mauvaise odeur , ainsi que le dit le poêle :
Son vestement , qui de fin lin estloit , Boue d'odeur puante de'goutloit.
Méziriac traduit ainsi , l'ulcère d'Anchise jetoil une boue puante ,
Oui suppurant , sans cesse de'goultoit Sur son habit , qui de fin lin estoit (i5).
L'original porte ,
Tôt/ Si 'A^^iVot/ To f âxoç lx.^fei Tray»-
foy i^iiS'iS'ou y JMoToî/ x*Tstç-a,<^ovTa. fiùtnrtvov <^)*fi(iç.
Or, comme, selon l'usage le pluscom-
(i3) Plutarch. de Vitio el Virtutc, Oper. Mor, pag. 100.
(i4) Je ne m'attache pas aux paroles, mais à la pensée de Pliilarquc.
(i5; Méïiriac , trUies d'OviJc , pag. 671.
mun, fatxoç signifie des haillons et tIcS lambeaux , il n'y a nulle apparence qu'il faille laisser uu tel mot dans 1« texte grec j c'est pourquoi un savant critique met sX)coç , plaie, ulcère, au lieu de pÂKo; (i6j. Les traducteurs n'ont pas ignoré que Plutarque rapporte les paroles de quelque poète j mais ce n'est pas assez: il faut savoir, de plus , de quel poè'te sont ces paroles. Méziriac nous l'apprendra (17):
il les a trouvées dans Denys d'Halicarnasse (18), qui rapporte des vers de Sophocle, dont le troisième est le même que Plutarque cite :
Nî/v «T'êv Tr^Âttdriv Alvi'ta.t h i">îc ôêoc» Jlâ.p(ç-' 'i7r cè/naiy Trarip ix,'^v , Kipuu-
yiot/ MoToi/ ;c£iTatç-x^ovT* /Êûa-a-ivov ^Âpai.
Je vois des-jà te fils de Cjlhérée , Le bon ^née , aux portes d'Ilion, Dessus son dos portant son père Anchise ^
gui du grand coup de foudre qu'il receut arde la plaje encore distillante Sur le fin lin dont il eit revestu,
Méziriac , qui est l'auteur de ces vers français, a corrigé une faute au commencement du troisième vers de Sophocle : au lieu de vaTot/ , qu'on lit dans toutes les éditions de Denys d"Halicarnasse , il a mis /^otou. 11 n'y a rien là qui ne soit selon les règles de la critique : la comparaison des auteurs , qui ont cité en divers temps un même passage , fait souvent trouver la véritable leçon. Sylburgius , aui a revu la version latine de Denys 'Halicarnasse , faite par Sigismond Geleuius , a laissé en mauvais état ce qui concerne le troisième vers de Sophocle. Voici la traduction de ce?^ trois vers :
Nunc in porta est jï^neas Deœ filius, Humens bajulans patrem fulminala Terga amictum Jluxd veste bjssind.
On n'y trouve point cette plaie qui suppure , et l'on y voit Anchise frappé au dos; c'est-à-dire , qu'on n'y voit pas ce que Sophocle y avait mis , et qu'on y voit ce qu'il n'y avait pas mis. Si les anciens écrivains revenaient au monde , ils seraient bien étonnés de voir dans leurs livres tant de choses auxquelles ils ne songèrent jamais.
(16) Là-méme,pag. 670.
(17) Là-même , png. 671.
(iH) Dion. Halirarn., lib. I, cap. XLVIIJ. Ces vers de Sojjlioclc svnt pris de son Laocoon.
ÂNCILLON.
(F) Il fut enterré sur le mont Ida. ] îlustathius rapporte cela (19) ; mais Pausanias est d'un tout autre senlimcnt. Il dit qu'Énée , allant ea Sicile , relâcha dans la Laconie , et y L;1tit deux villes , et qu'Anchise étant mort au pied d'une montagne d'Arcadie, y fut enterre; ce qui fut cause que la montagne fut nommée .^ncltisia ( ao ). Pausanias ajoute qu'on voyait les débris d'un temple de Vénus auprès de ce sépulcre d'Anchise, cl que les habitans de Troie ne montraient en aucun lieu le tombeau de ce vieillard. Etienne de Byzance veut (jii'Anchise ait été enterré dans une ville de Thrace bâtie par Enée (ai), ou plutôt il cite un vieux scoliaste , pommé Théon, qui avait débité cela.
Tzetzès est du même sentiment , si ce n'est qu'il dit que cette ville était dans la Macédoine (aa). Virgile a conduit le bon homme jusques en Sicile; c'est là qu'il le fait mourir; c'est par-là qu'il conclut le long narré que 5X)n héros fît à Didon.
IHnc D reparti meportus et illœtabilis orn ylccipil. Hic pelagi lot lempeslalibus acliis , Heu geniloreni , omnis curie catùsque Leva-
men , Amitto Anchisen. Hic me , paler oplirne ,
Jessuin.
Deseris , heu tanlis nequicquam erepte peri-
clis (ii) '.
Selon Servius , le tombeau d'Anchise était sur la montagne d'Eryce , proche de Drépanum (a4). J'ai nommé trois écrivains qui ont dit qu'Anchise mourut en Italie : Caton (a5) , Denys d'Halicarnasse (26} et Straboa (27) le rapportent.
(G) Il chargea son père sur ses épaules , et le mit en lieu de silreté. ] Les paroles de Virgile sont assez belles pour mériter d'être rapportées.
Ergb âge, care paler, cerfici imponere
nostrm; Ipse subibo humeris : nec me labor isle gra-
vabil (28).
Hœc falus , latos humeras subjeclnque colla
(19) Enstalli., in iliados lib. XII.
(îo) Pansan. , lib. VIII , pag. 247.
(3i) Stepli. Byzant., m A'i'vênt.
(îî) Tietzes in Lycophron.
(23) Virgil. jEneid., lib. ///, i:r. 707.
(24) Servius, in ^neïd. , lib. I, fs. 570. (îS) Àpud Servium , ibidem.
(26) Antiquit. , lib. I, cap. LXIV.
(27) i<V. y, pag. 1S8.
(28) Yirgil. .Eneid., lib. Il, Vf, 707 >
yeste super ,/alvique inslernor pelle Uonit, Succedoque oneri. Dexlrai se parvus Iiilus ImpUcuit, sequilurque palrem non pasiibus cequis (29).
JVunc omnes terrent aurœ : sonus excitât
omnis Su'pensum, et pariter comitique onerique timcnlemCio).
Los poètes ont fort célébré cette action : elle le méritait bien. Ils ont même dit que les flammes la respectèrent , et que , de peur de faire du mal à un fils (jui avait ime si grande tendresse pour son père , elles se fendirent alîn de laisser un espace libre à Enée (3i).
(29) Ibidem , w. 721.
(30) Ibidem, vs. 72S.
(il) Vuyez-en les preuves dans le Commentaire de La Cerda sur cet endroit de Virgile.
ANCILLON (David) , ministre de l'église réformée de Metz, sa patrie {a) , naquit le l'j de mars i6i'^. Il étudia des l'âge de neuf à dix ans au collège des jésuites, qui était alors le seul à Metz ou l'on put apprendre la belle littérature {h) , et il donna d'abord tant de belles espérances , que les principaux de la société noubli'erenL rien pour lui faire goûter leur religion , et pour V attacher à eux ; mais il leur résista vigoureusement , et prit dès lors la résolution d'étU' dier en théologie (c). Il était infatigable au travail (d); et il fallut employer souvent l'autorité paternelle pour interrompre ses lectures : car // j- aidait de l'excès , et , si on peut le dire , de l'intempérance dans sa manière d'étudier (e). Il alla à Genève , l'an 1633 (f) , et y fit son cours de philosophie sous
(a) Discours sur la Vie de M. Ancilloa, pag. 6.
{b) Là même, pag- 8.
{c) Là même, pag. 9.
(d) Là même , pag. i3.
(e1 Là même, pag. l3 et l^, if) Là même, pag. l(^.
66 ANCILLON
M. Au Pan (g), et ses études de nistere . . . (n). La proposition théologie sous MM. Spanlieim , fut agréée: on la lui lit faire par Diodati , et Tronchiu , qui l'ai- des députés, qui obtinrent tout ce nièrent et l'estimèrent très-par— quils souhaitèrent. Il commença ticulièrement {h). Il partit de donc l'exercice de son ministère Genève au mois d'avril 1641 , dans cette église sur la fin de et alla se présenter au synode de l'année i685 [p). Nous verrons Charenton , pour y prendre le pourquoi il s'en retourna biendegré de ministre (7). Il fit admi- tôt à Francfort (B) , ou il se serer sa capacité à ses examina- rait fixé, si l'état de sa famille , leurs , et sa modestie aux minis- qui était nombreuse , ne l'eût très de Paris (A) ; et toute cette obligé à^ aller dans un lieu où il assemblée fut si contente de lui , jjût rétablir (p). Il choisit Berqu'elie lui donna la plus consi- lin , et il reçut de S. A. E. de dérable des églises qui fussent Brandebourg un accueil très-faà pourvoir (/). C'était celle de vorable {q). Il fut fait ministre Meaux. Il y exerça sou minis- de Berlin : il eut la joie de voir tère , jusqu'à l'an i653 , avec que son fils aîné fut établi yz/g-e toute la satisfaction imaginable, et directeur des Français qui Il fut tendrement aimé de son étaient dans cette ville-là (/•), et troupeau. Il se maria très-avan- que son autre fils fut gratifié tageusement (A) : il s'acquit une d'une pension , et entretenu à réputation fort étendue par son l'académie de Francfort-su r-l'Osavoir , par son éloquence, par der, et enfin ministre ordinaire sa vertu; et il fut même consi- de la capitale {s). Il eut aussi le déré des catholiques romains , plaisir de voir son frère établi avec beaucoup de distinction. Il juge de tous les Français qui fit voir encore avec plus d'éclat , sont dans les états de Brandeet avec plus de succès , ses beaux bourg (C) , et M. Cayart, son talens , dans sa patrie, oii il fut gendre, ingénieur de son Altesse ministre , depuis l'an 1 653, jus- Électorale (t). Il jouit de ces qu'à la révocation de l'édit de agrémens , et de plusieurs au— Nantes, eu i685. Il se retira très, jusqu'à sa mort ; et il finit à Francfort , après ce funeste sa course avec tous les sentimens coup {m.) ; et ayant prêché dans de piété qui conviennent à un l'église française de Ilanau , toute véritableministrede.Tésus-Christ; rassemblée en fit si édifiée , il la finit , dis-je , de cette naa— qu'elle demanda d'abord une nière , à Berlin , le troisième de convocation des chefs de fa- septembre 169?. , âgé de soixante mille y pour j- proposer de le et quinze ans (?/). J'eusse pu faire prier de leur accorder son mi- , s t. - -r,
* (n) La même, pt(g. .iSJ.
(g) Discours sur la Vie de M. Ancillou , (") ^'" '"'''"" - P"S- ^^>\-
pitg-. 18. (p) Làmeme, pag'. 3t5(i.
(/() Là même , png. 20 el2i. (q) Là même , pag. 872 et suif.
(») Là me'mc , pag. 3 l . (r) Là même , pag. 375.
(A) Là même, pag. 35. (s) Là même, pag. 3.97.
{l] Là même , pag. 36. (^/) ta „iême , pag. Sgf).
[in] Là même , pag. 352. («) Là ?nênie,pag. 487.
ANCILLON. 67 cet article beaucoup plus long combien sa conversation était que je ne le fais ; car le livre docte (H). Je discuterai en un dont je l'ai tiré contient beau- autre lieu (z) quelques faits qui coup de détails ; mais comme se rapportent à sa taille-douce, c'est un ouvrage qu'il sera beau- Je ne dois point passer sous sicoup plus facile de consulter , lence qu'il était fils d'un babile que de se pourvoir de ce Diction- jurisconsulte; qu'un de ses annaire, j'ai trouvé plus à propos cêlresfiu autrefois président au d'y renvoyer le lecteur , que d'en mortier dans une des principales tirer beaucoup d'extraits {x). cours souveraines de France *• J'en userais autrement, si je tra- et que Georgiii Antillov , un vaillais sur des mémoires ma- des principaux membres de l'énuscrits. Je ne m'arrêterai qu'à glise de Metz , a été aussi un des deux choses , dont l'une regarde premiers de ses fondateurs , et la bibliothèque de feu M. An- de ses conducteurs (aa). cillon et sa manière d'étudier , ^ „ ,
/T\\ t I» .. Il-'*' ^""^ ''* remarque (G) de l'article
(i)) , et 1 autre concerne les h- Fekri.
VreS qu'il a donnés au public (E) ; * Le défaut Je désistnation de temps et
et , quant au reste , je dirai en tVZ 'Z^cTa^^T^VT)' "'J T'^ '
, ' T. ' J j e>l uu motil de douter du lait , dit Leclerc
gênerai que le discours qu on (a«) Discours sur k vie de M. Aadllon',
a publié sur sa vie le représente P"^ 7-
comme une personne d'un mé- ( a ) // se maria très-ammageuse-
rite tout-à-fait extraordinaire, rnent. ] La manière dont on mëna-
C'est à proprement parler l'idée gea cette affaire est fort curieuse :
d'un pasteur accompli *. On l'y " Les principaux chefs de famille de
voit savant , éloquent , sage , pieux, modeste, charitable, dispensant la censure avec douceur , ou avec vigueur , selon l'exigence des cas; pratiquant ce qu'il prêchait (j-) , occupé uniquement des fonctions de son ministère (F), sans se mêler, comme tant d'autres , de ce qui n'est convenable qu'aux séculiers, ni tenir sa maison ouverte aux délateurs et aux nouvellistes (G). On ne
» l'église de Meaux voj'ant que leur j) minisire se distinguoit ainsi, et liiy » entendant dire quelquefois qu'il » vouloit aller à Metz , pour voir son » père et ses parens , qu'il n'avo^; » point vus depuis plusieurs années, » craignirent qu'on ne le leur enle- » vât. Ils cherchèrent mille expé- » diens pour s'en assurer long-temps » la jouissance ; le plussClr, à leur » avis , fut de le marier à un parti » riche , digne de lui , et qui eût son » bien dans le pays ou dans le voisi- « nage. Quelqu'un se souvint d'avoir » ouï dire que M, AnciUon ayant prêché un dimanche matin à Charen-
saurait mieux connaître, que par „ ton, tout le monde généralement l'écrit dont je parle ci-dessous , » luy applaudit; que M. Macaire sur-
» tout , qui estoit un vieillard véné- » rable , d'une vertu et d'une piété » exemplaire, et possédant de grands » biens à Paris et aux environs de }> .Meaux , luy avoit donné niillo bé- -» nédirtions et mille louanges , et » qu'il avoiLdit assez haut à ceux qui » estoienl assis dans le temple auprès j) de lui, qu'jZ n'a"oit qu une filie , » qui estait son unique enjunl , el
{x) Il a pour litre. Discours sur la Vie de feu M. Ancillon , et ses dernières lieures. Il a été imprimé à Baie, en l6g8, et contient 5oo pages in- 12.
* Crousaz nous apprend que ce portrait d' Ancillon est une satire contre Jurieu.
(y) Voyez liiiirhant le désordre fjit'il y a h en user autrement , le même discours sur 1.1 vie de M. Ancillon, pag. lyi et suivantes.
ANCILLON
)) qu'il aymnit tendrement; mais que noient le chasser. La uertude M. An- ■» si cet homme-la , en parlant de M. cillon fut une seconde fois rappelée ■» Ancillon , la lui t'enoit demander au combat. .Au lieu que ces deux pa- V en mariage , il la lujr donneroil de rens (/^) ax'oient témoigné de l'empres- T> tout son coeur. On alla luy deman- sèment à lui faire plaisir , et qu'il
)) der s'il estoit encore dans ce sentii> ment avantageux : il répondit qu'il » y estoit , et accompagna cetle re- }» ponse de témoignages nouveaux » d'estime et d'aflection pour M. An- )) cillon i de sorte que le mariage fut 3) conclu en l'année 1649 > ^^ ^°^' j) sommé peu de temps après. D. Ma- » rie Macaire, son épouse, estoit fort » jeune : elle n'avoit que quatorze j) ans ; mais comme elle avoit, dans » cette grande jeunesse , toutes les » vertus naissantes , on verra à !a
semblait qu'ils souhaitassent de pouvoir changer les pierres en pain pour le soulager., tandis qu il avoit esté dans leur ville comme étranger , ils s'éloignèrent de lui lorsquJils le virent attaché a leur troupeau ; ils lui donnèrent vùlle mortifications , et ils auraient changé voloiitie''s , s'ils avaient pu , les pains en pierres pour le chasser , tant il leur estoit a charge
Cette conduite fit deux effets assez considérables ( 5 ) ; l'un , que les catholiques romains et les profanes en
j) suite de ce discours qu'elle luy a firent un sujet de raillerie ; l'autre fut
3) esté non - seulement un aydc à la d'animer le peuple (6). M. ylncillon
3) piété qui l'y a entretenu , un ayde en avoit la faveur , et s'il avoit voulu
3) à la société qui la luy a rendue s'en servir , peut-être eût-il nu surmonta -, ■ : ....1 ll I .. I ■ , . , '.
3> agréable , mais aussi qu'elle luy a 3) esté un ayde à l'œcûnomie sur le- 3) quel il s'est reposé des soins de sa 3> famille (i). »
(B) 1/ retourna bientôt h Francfort.'] -1- „»: /S . i,;^„.,'. t,...< ;,
ter la mauvaise volonté de ses envieux ; mais, comme il ne croyait pas qu'un fidèle pasteur dilt s'établir à la Javeur d'une division du troupeau et de ses ministres , que toute sa vie il
Ses prédications /tre«t bientôt bruit à avoit esté ennemi des partis , et qu'il Hanau (2). Plusieurs personnes, qui avoit déclamé contre les cabales et les avaient quitté l'assemblée française , factions , il ne voulut pas prof ter de pour quelque mécontentement qu'ils la disposition dans laquelle le peuple uvoient reçu, y revinrent. Les profes- estoit h son égard , ni le laisser agir... seurs en théologie , les ministres al- Ayant donc fait toutes les tentatives lemands et flamands assistèrent f ré- que la charité et l'honnêteté lui avaient quemment a ses sermons. Le comte suggérées, pour ramener ces deux hom- «de Hanau lui-même , qu'on n avoit ja- mes a leur devoir , il prit la résolution mais vu dans ce temple , eut la bonté de quitter Hanau , dès que ce lieu , d'y venir entendre M. Ancillon ; on qu'il avoit regardé comme un refuge Y venait des lieux circonvaisins , de tranquille ou un port assuré dans le- Francfort même...; des gens qui n'en- quel il avoit esté jeté parla lempeste , tendaient point le françois s'y ren- fut devenu pour lui un champ de ba- (loient enfouie avec empressement, taille, où. il fallait combattre sans ceset disoient qu'ils aimoient à le voir se , et oii sa patience , qui avoit déjà parler. Lidè irœ et lacrymœ. Celte soutenu plusieurs grandes épreuves , distinction donna de la jalousie aux pouvait être erifin vaincue , il l'abandeux autres ministres ; la nature, trou- donna... (7). Il sortit donc de Hanau. hlée par cetle passion , oublia ses de- sans bruit , lorsqu'on s'y attendait le voirs I i). Ils prirent ombrage des mar- moins , oh plutôt il permit qu'on l'arques d'estime et d' affection qu'an don- ■•'•-'"*' '''-»"- /^■.~,^.„„ J~ ..-.. — ..;
na à re nouveau collègue ; ils en eu-
rent du chagrin ; ils lui en donnèrent a lui-même par mille vexations qu'ils lui firent pour l'obliger a quitter volontairement un poste dont ils ne pou-
rachât d'entre lesmains de ses envieux et de ses amis (8). L^es uns , le tenant , pour ainsi dire, d'une main , le maltraitaient ; les autres , le tenant
(i) Discours sur l» Vie Je M. Ancillo j5 et suiv.
(a) La même, pag. 35/}.
(3) Là mime , pag. 356.