RÉ
pas le temps de monter en chaire.
C'est pour l'amour de sa mère , et de cette fille , qu'il intitula Novellœ son Commentaire sur les Décrélales de Grégoire JX (/?). Il eut un fils naturel , nommé Banicontius * , qui publia quelques lives (D) ; et l'on dit que l'ayant perdu , il adopta Jean Calderin , savant canonisle , et qu'il lui fit épouser sa fille Novella (E). Il avait une autre fille , qu'il maria à Jean de Saint- George , célèbre professeur en droit canonique à Bologne.
Elle s'appelait Betine , et mourut en 1 355 (i) , à Padoue , oii son mari avait été appelé pour une semblable profession. Jean André mourut de peste , à Bologne , l'an 1348, après quarante-cinq ans de profession , et fut enterré dans l'église des Dominicains. Il avait écrit plusieurs livres (F) : on lui a donné de pompeux éloges (G) ; mais on l'accuse aussi d'avoir été un insigne plagiaire (H). Quelquesuns disent que la petitesse excessive de sa taille fit bien rire les cardinaux ( I ) dans l'audience que Boniface VIII lui donna en plein consistoire. Il avait , diton , prédit sa mort un an avant qu'il mourût (À).
(h) Panzirol. de clar. Legiim Interpretibus, lih. III, cap. XIX.
* Queltfues-uns (entreautres Cave) l'appellent Bonicontus , d'autres Bonicontius , ainsi que le remarque Joly.
(j) Pauzirole rapporte son épitaphc dans son III". livre, chap. XIX, de clar. Leg. Jnlcrpret.
(A) Panzirol. , ibid.
(A) // était /ils d'un prêtre. ] Tous les auteurs conviennent que le père de Jean André a ëte prêtre ; mais non pas qu'il le fut lorsqu'il procréa cet enfant : Patrem constat presbylcruv!
fuisse; anfilium ante, an prut sacerdotiuin i^enuerit , incerluni. Voilà comment M. Doujat eu a parlé (i) , après avoir lu Panzirole, qui décide hardiment *' que Jean André vint au monde avant la prêtrise de son père : Is ex u4ndied preshytero , antequam sacerdos fieret , et maire nomi ne ISoi/elld, gcnitus (2). C'est ime marque que M. Doujat ne comptait pas pour beaucoup , par rapport à un tel fait, la décision de Panzirole 5 et de quel droit, je vous prie, ce dernier en serait-il cru plutôt que Volaterran , qui avait assuré tout le contraire ? Joannes Audi eœ pâtre Andréa preshytero et maire concubind nntus apitd Mugelluin ai^'ri Florentlni oppidum , juris scientid virtutibusque aliis nataliuin pudorem contexit (3). H avait dit formellement que Jean André naquit du concubinage d'un prêtre , et personne n'a osé dire que Novella ait jamais été mariée au père de Jean André. Il est donc indubitable, que poiu" le moins notre célèbre canonisle est né comme Érasme, hors de légitime mariage*' , d'un père qui a été prêtre. Il ne faut point s'imaginer que Forsterus dise que cet homme ne devint prêtre qu'après avoir fait cet enfant. Il ne veut dire , sinon que le père de Jean André fut prêtre dans le lieu de sa naissance : Patrie Joanne Andreœ. cive initio, deindè Preshytero mugetlano natiis est (4).
(B) On dit des merveilles de l'austérité de sa p'ie.] Voici un commentaire qui m'a été communiqué (5j : je n'y change rien : « Ce que vous remarquez )) de l'austérité de vie de Jean André » est attesté par de bons auteurs. Ce- » pendant, si le conte que fait de lui )) Poge dans ses Facéties , est vrai , il
e qu)
(i) Prîenot. Canonic. , pag. 604.
*' Joly rapporte ime plirase de Panzirol loin de décider la naissance d'Amlré anlérieuri' a la prêtrise de son père , laisse de grands doutes à ce sujet. Sur celte question délicate, Bajie aura donc été plus retenu que son critique.
(2) Panzirol. , de clar. Le^uni Interpretib. , lib. III, cap. XIX , init.
(3) Volaler. , lib. XXI , pag. 'îSi.
*- Leclerc transcrit un long passage d'André qui raconte qu^il avait huit ans quand son père reçut la prêtrise. Il était tout naturel dans le temps de nier sa bâtardise. Le récit d'André sur nue afFaire qui le concerne de si près peut donc fort bien ne pas avoir un grand poids.
(4) Forster., Histor. Joris Civil. , l,i III , eap. XXVT.
(5j Par M. Je U Monnoit.
■o y a lieu de croire que dans la suite )) ce docteur se relâcha bien de sa pre- )) mière continence. Joannem An- » dranm , dit Poge, doclnrem. hono- » nienseni, cujus J'ama ndrnodlitn t'ii'- }> gala est , suhagitantem ancilltmi V dontesticam uxor deprehendit. lie in- )) suetd stupefacta mulier in l'iruut » l'ersa : Vbi nunc , ait, Joannes , est » sapientia uestra ? Ille , nil ampUUs )) loeutus : In i^ul^m islius, respoiidil , » loco adinodiiui sapièntite accoinmnn data. La traduction en vers français M n'en déplaira peut-être pas.
* Jean dit André , fameux docteur es
» loix , » Put prit un jour au pèche' d*atnouretie ; >. // accollait une jeune soubrette.
'■ Sa femme vint,jit un signe de croix. » flo f ho , dU-elte , est-ce vous? non, je
" pense :
» Vous, dont partout on vante la prudence! » Qu'est devenu cet esprit si subtil ? *• Le bon André , poursuivant son négoce^ » Honteux pourtant ; ma foi , répondit-il , ' Prudence, esprit tout eist dans cette
.fosse*..
Puisqu'on demeure d'accord que Jean André eut un bâtard, ce récit estquant au fond assez vraisemblable , et ce fut peut-être avec la mère de Banicontius que sa femme le trouva ; si cela était, on le pourrait mettre dant la liste du Ménagiana (6).
(C) Il envoyait sa fille faire leçon en sa place. ] Je n'ai trouvé ce fait , ni dans Forsterus , ni dans Panzirole , ni dans ftl. Doujat ^ mais dans la Cité des Dames de Christine de Pise. Ce livi'e fut imprimé à Paris, J'an i536, et avait été composé sous le règne de Charles V I. Ecoutons parler cette Ciu isline en son vieux gaulois : Pareillement , à parler de plus nouveaux tems , sans querre les anciennes histoires , Jehan Andry, solemnel légiste à Bologne la Grasse , n'a mie soixante ans , nestoit pas d'opinion que mal just que femmes fussent lettrées, (^uant à sa belle et bonne fille , que il tant ama, qui ot nom Nouvelle, fit apprendre lettres , et si avant es lois , que quand il estoit occupé d'aucune essoiiie , pourquoi il ne pouvait vac-
* " Ceci , dit Ledncbat , a été exprimé pins ■ crûment dans la XVll^. des Cent nouvelles .. nouvelles, qui contient la même aventure du .. docteur J. André, .'ous le nom d'un président » de la iliambre des comptes de Pari*. -
((j) Vvjez la retnarijue fE) de l'article
qutr a lire les leçons à ses escholiers , il ein>oyoit JVoui^elle sa fille en son lieu lire aux escholes en chayere ; et afin 4jue la biaulé d'elle n'empescheast la pensée des oyans , elle avoit une petite courtine au devant d'elle : et par celle manière suppléait et allegeoit aucunes Jois les occupations de son père, lequel l'ama tant , que pour mettre le nota d'elle en mémoire , fil une notable lecture d'un lii>re de lois que il nomma du nom de sa fille la IVouvelle ("j). 11 est étrange qu'une chose de celte nature , si rare, si singulière, ne se trouve pas dans tous les auteurs qui traitent de Jean André, ou du moins dans la plupart j et j'avoue que cela me tient un peu en balance , si je la dois croire ou non. Mais en tout cas ce pourrait être la matière d'un joli problème : on pourrait examiner si cette fille avançait ou si elle retardait le profit de ses auditeurs, en leur cacliant son beau visage. 11 y aurait cent choses à dire pour et contre làdessus. Je crois bien que les écoliers se seraient trop amusés à regarder sa beauté, et que cela leur eût causé des distractions: mais d'ailleurs, on écoute beaucoup mieux ce qui sort d'une belle bouche, on s'en laisse plus toucher, plus persuader; et vous voyez des femmes qui , pour dévorer des yeux un prédicateur qui a bonne mine et bonne grâce , n'en retiennent pas moins ce qu'il dit. Ce qu'im ancien poète remarque de la vertu , qu'elle plaît davantage dans un beau corps (8) , se peut dire de la science. Quoi
Îu'il en soit , si la fille du professeur ean André mettait un rideau entre elle et ses auditeurs afin que les traits de sa beauté ne blessassent point leur cœur et n'interrompissent point leur attention , elle leur faisait im grand sacrifice dout ils se seraient bien passés. Apparemment ils auraient pris beaucoup de plaisir à la voir ; et de son côté elle naurait pas été f;lchée
ces savantes qui ont sujet de dire , comme Sappho,
'is fonnam natura negavil , ■lœ damna rependu meœ (g);
Si mihi diffici Ingenio for
c'est-à-dire ,
Si je n'ai pas reçu des maint de la nature
Un visage bien fai! , Mon esprit assez beau repare avec usure
Ce tort qu'elle m'a fait.
Voyez ci-dessous la remarque (Dj.
(D) Son fils naturel Banicontius publia quelques livres. ] C'était le noui de son aïeul. Les livres qu'il publia , sont : De Privilegiis et Immunitale Clericoruni. ; de Accusationibus et Inquisitionibus ; de Appellationibus . Je tire cela de Panzirole.
(E) Il adopta CaUlerin et lui fit épouser sa fille Nowella. ] L'ancien usage des adoptions n'aurait point souflert un tel mariage (lo) ; et peutêtre ne faut-il entendre autre chose par l'adoption de Calderin, si ce n'est que Jean André le fit son gendre. On prétend que Calderin consultait souvent sa femme : Is conjugem uelut eruditis parentibus ( Milantia femme de Jean André était savante) orlam , prudentem nactus , sœpc nb snpicnliam consitlere coiisueverat (ii). Mais s'il faut juger des autres matières sur lesquelles il recourait à cet oracle domestique ; s'il en faut , dis- je , juger par celle dont Calderin a fait mention, nous n'y verrons rien qui réponde à l'idée que Christine de Pise nous a donnée do Novella : il n'y a guère de femme qui ne puisse passer pour aussi habile que celle-là. Voici le fait: Calderin demanda un jour à son épouse, si celui qui a convié à un repas doit envoyer avertir les conviés , quand l'heure de manger est venue ? Elle lui répondit, qu'il fallait en user ainsi envers les dames et envers les étrangers; mais non pas envers les autres,
moins que ce ne fussent des person-
d'ètre vue , si elle n'avait préféré leur nés d'importance. Voyez les railleries profit à sa propre satisfaction. Tout ^'e rrançois Hotman sur^ce sujet, /''e cela est vraisemblable et de l'ordre naturel , puisqu'elle n'était point de
(7) Cité des Dames de Christine de Pise part. II, chap. XXX ri.
(S) Craltor et pnlchro vcniens in corpore virtus.
Virgil, ;Eaçïd., lib. V , vs. 344.
rum enimverb médius fidius , dit -il
(9) Ovi.Iius, Epist. S.nppb. vs. 3i.
(10) Oclaviain Claudius antetjuàm îferom traderet , ne sororem is suam ducere viderelur, Claudii et ipsrfilius adoptivus , in aliam familiam adoptandam dedtt. Toirentius in Suetonium, Claudii, cap. XXXf^ , ex Xifhil. et Zonarâ.
(11} Panzirol. , IH. III , cap. XXI.
(12) , nequaquhin inficiandum aut du- ait tant suivi la méthode des Pyrrho-
bàiindum est qidn mulieres consillum niens ; car il a prouvé fort solidement
dure possint , quandoquidem ( o dig- son opinion lorsqu'il a voulu le faire •
nam histnriani et digito ligandam) mais il la voulu rarement : il a mieux
rejert Joh. Calderinus , Canonist. fa- aimé rapporter ce que les autres di-
mosissimus, quàd semel consuluitsuam saient et laisser ses lecteurs au milieu
uxorem , an comii^ator teneatur hoid de la dispute (i4).
prandUmitteieadconuivasuli'eniam, (G) On. lui a donné de pompeux
quœsapienter et tanqnam altéra Sibyl- éloges. ] Il est appelé Archidnctor
la respondu, ad Jenunas et extranens Decretorum dans l'épitaphe de sa fille
esse mitlendum qui se Jacdè non inge- Bntine : on lui donne dans son épifa-
runt , sednon ad alios , nisi cssent gra fes personœ. Johan. Calderin. in. c.
ult. de Renunt. et post eum yEgid.
Bell. in. c. quidam col. 3. uers. tertio quœro. eo. ti. et Panormit. in c. ciiin inter unii^ersal. in fin. de elect. et de hoc elirint per Collect. in cap. à crapu- Id , Exl.de vit. et lion, cleric. et Bal.
phe le titre de Bubi dovtorum , Lux , Censor,Normaque morum. On prétend que le pape Boniface VIII le régala de 1 éloge de Lumen mundi (i5).
(H) On l'accuse d'avoir été un insigne plagiaire.] La plupart de ses additions an Spéculum de Durant furent prises mot à mot d'un livre d'Oldrade
in proœm. (j-resor.col. 5.i>ers. Quœre, /,a\ i 1. r> u » i-
^ • j u I r ■ • "/""^ ' (ib) : de sorte que Balde , avant de-
outdazK sc«o/a;w. Ce qui me persuade „„,. ' ,.f „f • j- - 1 ■ •' \
iL . t . « r ij ■ i 1 ua <:; couvert et indique ces larcins , ne put
le plus que Laldena se maria avec une „i « k„ 1 V ,' .^
s'empêcher de le nommer voleur insi-
liUe de Jean André, est de voir qu un „„„,/.. ,^^,,„/ j- .•••■,-
1 ^ r } i ■ i-i. ' 1^. gne an trai'ail a autrui , insisms ahe
Jean Calderin, qui fit reparer le tom- ^ > . „.',-?...
beau de Jean André l'an i5oi , l'ap pelle son quatrième aïeul, alauum; et qu'il dit qu'un Jean Calderin était son troisième aïeul , abnuus (i3). Je doute que les adoptions de ces derniers siècles aient fondé de tels degrés de parenté jusqu'à la cinquième génération ; et, franchement , je ne crois pas ([ue si la demoiselle de Gournai eût laissé lignée , ses descendans se qualifiassent aujourd'hui dans une inscription publique , simplement et absolument, petits-fils ou arrière-petits-fils de Michel de Montaigne
noruin laborum fur (77). Cela était
d'autant plus inexcusable , que dans
:s mêmes additions il découvre et il
indique quantité de voleries de Duran t (i8j. On l'accuse , outre cela , d'avoir volé le traité de Sponsalibus ac ISIatrimoniis , que Jean Anguissola , de Césène, avait composé (19).
(I) Za petitesse excessii'e de sa tailla fîtbienrire les cardinaux .^ On dit que, quelques décrétales étant devenues suspectes de fausseté , l'académie de Bologne députa à Boniface VIII , Jacques de Castello , qui était un petit (F) // avait écrit plusieurs livres. ] ^^°^^}^ fo>-J »aid. Il entra , accompa- Son premier ouvrage fut une glose gtie d un grand nombre de personnes .■<ur le n^. Hure des Décrctales. nciiiït «i'"^ j« Consistoire. Le pape lui fit bien jeune quand il le fit , et il le re- ''''^" des honneurs et le croyant a getoucha ensuite et l'augmenta. 11 fit """''' i» l"i d't trois fois de suite de aussi des Gloses sur les Clémentines "?. ''^^^'' tfo). Le députe ne savait que et puis un Commentaire sur les Décré- ^""V- ^^'f* • ''*'''' l'onteux. Il y eut un taies, lequel il intitula Nouellœ , par ^«••^'inal ^''^ «^ mit a dire que c était la raison que j'ai rapportée ci-dessus.
Il fitunCommentairetn Régulas Sexti, qu'il intitula Mercuriales , ou parce qu'il y avait travaillé les mercredis , ou parce qu'il y avait inséré ses disputes du mercredi. Il augmenta le Spe- / > n 1 j 1 t i 1.
/ T r\ . r? o/T v'71 Faiiiirol- , de clar. Lesum Interpreljb. ,
cMturM de Durant, en 1 année 1 347- Je hO. III . cap. xrx. ne parle point de quelques autres traités qu'il publia. C'est dommage qu'il
(12) Hotman. , adversus Italo-Galliam Mathalelli , ptig. 214.
(i3) faille Panzirol. Je clar. Leg. lolerprel., Uh. JII, cap. XIX.
qui se mil a dire qi
un autre Zachée ; ce qui fit rire tout
le monde. Bien des gens soutiennent
(i4) Idem, ibid.
(i^) Idem , ibid.
{16) Intitule', Consilia.
cap.
(18) yide Thoruasium , de Plagio litterario , r.uni. 359, 4ï4-
(kj) Panzirol. , de clar. Leg. Interp. , lit. [II, cap. XIX- Doujntius , Praenotion. Canoiiicar. pag. 6o4.
{20) yojyetla remarque (l) de l'article Albihî-
bG ANDRÉ.
que ce ne fut point à Casicllo à qui ceci avint; mais à Jean André , homme de petite taille et fort laid (11) *.
(21) Panzir. , de clar. Leg. Interp., lib. III , cap. XIX.
* Leclerc et Joly, sans citer aucune autorité , affirment an contraire que cela arriva à Caslello et non à André.
ANDRÉ ( Jean ) , auteur d'un livre intitulé Confusion de la secte de Mnhumed , était né Jiiahoinétan, àXativa, au royaume de Valence , et il avait succédé à son père dans la dignité d'aï— faqui de la même ville. Il fut éclairé de la connaissance de Jésus-Christ , en assistant à un sermon , dans la grande église de Valence , le jour de l'Assomption de la Sainte Vierge , l'an 1487 (a). Il demanda le baptême , et se souvenant de la vocation de saint Jean et de saint André , il obtint qii'oii le nommerait Jean André. « Ayant re- '< eu les ordres sacrez , dit-il (b) , » et d'alfaqui , et esclave de » Lucifer , fait prêtre et minis- » tre de Christ , je cominence , » comme saint Paul , à prescher » et publier le contraire de ce » que i'avoye auparavant faulse- » ment creu et aflirmé, et avec » l'ayde du Seigneur très-hault » je converty premièrement en » ce règne et guidé à la fin du » salut plusieurs âmes d'infidèles » Mores , qui s'en alloyent per- » dre en Enfer sous le pouvoir » de Lucifer. De là , je fus appelé » par les plus catholiques prin— » ces le roy don Fernand et la » royne donne Isabelle , afin » que j'allasse prescher en (ire—
(a\ Le prcilicalcur se nommait Marques Adesora.
(ù) Jean André, Pouvparler , ou Préface de sa Conlusiuii de la sccle de Maliuriied, folio 3 , verso.
» uade aux Mores de ce royaume, » que leurs altesses avoient conn quis. Donc par ma prédication » et volonté de Dieu ( qui le vou— » loit ainsi) une tourbe infinie » de Mores , reniant Muharaed , » se convertit à Christ : et peu » après je fu créé chanoine par » leur bénignité , et fu une au- » tre fois appelle par la très— » chrestieune royne donne Isa- » belle , afin que je m'en vinsse » en Arragon , pour m'employer )» en la conversion des Mores de » ces règnes , lesquels au grand » mespris et deshonneur du Sau- » veur crucifié , et au dan et » péril des princes chrestiens , » persévèrent jusques aujour— » d'huy en leur erreur ; mais » cette très-saîncte intention de » son altesse , pour la mort qui » la prévint , ne put sortir son » effect. » Il ajoute que , pour ne demeurer oisif, il se mit à traduire cTarabe en langue arra^ gonoise toute la loi des Mores , c'est-à-dire , l'Alcoran et ses gloses , et les sept livres de la Suné. Il le fit par le commandement de Martin Garcia, eVeque de Barcelone , et inquisiteur d^ Arragon {c). Ayant achevé cette entreprise, il fit l'ouvrage, dont j'ai parlé au commencement (A) , et qui a été trouvé assez bon (B).
(c) Tiré de la même préface.
(A) JJrtrn>rage (l'^nt j'ai parlé au commencement. ] .l'entends le livre qu'il intitula Confusion de la Secte (le Jlfnhumed. Jl contient XII chapitiesi. L'autour y a recueilli les fabuleuses firtinns , runcqueries , tromperies , beslialtlez , folies , uilenies , inconvenicns , inipossibililtz , bourdes et contradictions de pas à pas, lesquels le pci l'ers et meschant Mahtimed , pour
de(-€woir les simples peuples, a laissées semées et esparses es libres de la Secte, et principalement cnl'^lcoran, lequel ainsi qu'il tlict lui fut en une nuit révélé par l'ange en la cité de la Jlcke , combien qu'ailleurs en se contredisant il affermel'ai^oir\composé en l'ingt ans ; et ny intitulé l'œwre susdit la Confusion delà Secte de Mahumed {\). Il nous apprend (2) qu'il composa cet ouvrage, ajfîn que , non-seulement les sages chrestiens , mais aussi les simples , cognoissans la diuerse croyance des Mores , d'une part se gabent et se moquent de telles insolences et hestialitez ; et d'autre part furent complainte pour leur av'eugli'iseiTient et perdition.
Ce livre publie' premièrement en espagnol , a ete traddit en diverses langues. Je me sers de la traduction française , que Guy le Fèvre de la Pioderie en fit sur Titalien et qu'il publia à Paris , chez Martin le Jeune , l'an i574 , in-8°.
(B) Ce lii^re a été troui'é assez bon."] Tous ceux qui écrivent contre les maliomëfans le citent beaucoup. Voyez entre autres Hoornbeek dans sa dispute de Muhammedismn (3) , Hottinger dans son Historia Orientalis , et Samuel Scultetdans son Ecclesia Mahummedana breciter delineata.
{i) Jean André, dans sa yiréface , folio 4- (2) Là même.
(X) C'est une partie de sa Summa Controversiarum.
ANDRÉ (Tobie), professeur en histoire et en langue grecque à Groningue , naquit à Braunfels , dans te comté de Solins , le 19 d'aoïit 1604. Son père était ministre du comte de Solins— Braunfels , et inspecteur des églises qui dépendaient de ce comte. Sa mère était fille de Jean Piscator , fameux professeur en théologie à Herborn , dans le comté de Nassau. Il fit ses humanités à Herborn , et puis il étudia en philosophie , au même lieu , sous les auspices d'Alstedius , et de son oncle Piscator («) ;
(a) Fils du pro/esseur en théologie
après quoi , il s'en alla à Brème , et y séjourna sept ans (A). Il fut im des auditeurs les plus assidus du sieur Gérard de Neuville , médecin et philosophe; et comme il aspirait à la charge d'enseigner publiquement, il s'y prépara par des leçons particulières qu'il fit en philosophie. Il retourna eu son pays , l'an 1628 ; et , sans y faire beaucoup de séjour , il prit la route de Groningue , attiré par Henri Alting son bon patron.
Il fit là pendant quelque temps des leçons particulières sur toutes les parties de la philosophie ; après quoi , Alting lui donna ses enfans à instruire ; et lorsqu'ils n'eurent plus besoin de précepteur , il lui fit avoir un semblable emploi auprès d'un prince palatin , ce qui dura trois ans , qu'il passa en partie à Leide , et en partie à la Haye , à la cour du prince d'Orange. Il fut appelé à Groningue, l'an i634 , pour succéder à Janus Gebliardus , qui avait exercé la profession en histoire et en langue grecque (b). Il remplit ce poste avec une extrême application à ses fonctions , jusqu'à sa mort , qui arriva le i^ d'octobre 1676 (c). Il avait été bibliothécaire de l'académie , et grand ami de M. Descartes (B) ; ce qu'il témoigna, et pendant la vie (C) , et depuis la mort de cet illustre philosophe (D). Il fit des livres pour lui , coinnie on le verra dans les remarques. Il avait épousé la fille d'un Suédois (d), illustre entre autres endroits par
(/>) Ex-y/itis professer. academiscGrouiug pnq. 1?.^.
(!■] Wille , Diar. Liograpli.
i^d^ Louis de Gecr.
88 A?sD
la charité envers ceux qui souffraient pour la cause de l'Evangile.
(A) // séjourna sept ans à Brème. ] Mon lecteur ferait fort mal de le croire , si l'auteur des Vies des professeurs de Groningue n'avait pas été plus exact dans ce calcul qu'à l'égard du temps que Tobie André fut à Kerborn. C'est une cliose étrange , qu'un correcteur d'imprimerie laisse passer de semblables fautes dans l'espace de cinq ou six lignes, lorsque les distractions de l'auteur l'ont empêché de les voir. Vous trouvez dans la vie de notre André , qu'il alla à Herborn , l'an CIO 13 cxviij qu'il y étudia cinq ans dans les classes et un an en philosophie 5 qu'il continua ces mêmes études à Brème, pendant sept ans ; et qu'après cela , ayant été' faire un tour chez lui , il vint à Groningue , l'an ciD ID cxxviii. On n'a rien écrit en chiffres , les fautes étaient apparemment dans la copie. Paul Freher a copié cela fort bonnement (i) et n'y a point aperçu d'erreur de calcul.
(Bj 11 était grand ami de M, Descartes. ] Il le servit de bon cœur dans le procès de Martin Schoockius , professeur en philosophie à Groningue.
Ce professeur se vit poursuivi par M. Descartes en réparation de calomnies atroces \ car il l'avait accusé publiquement d'athéisme. Quoique M. Descartes n'eût vu qu'une fois en sa vie notre André , il ne laissa point de lui recommander son affaire , l'ayant vu plein de bonne volonté en son endroit. M. de la Thuillerie, ambassadeur de France , et les amis de M. Descartes , agirent d'un côté : les ennemis que Voetius avait à Groningue agirent de l'autre (2); et par ce moyen M. Descartes obtint jusiire.
Son accusateur le reconnut innocent (3)^ mais il en fut quitte pour cet aveu , ce qui était une indulgence scandaleuse et de très-mauvais exemple ; car si on lui avait fait subir la peine du talion , comme il en était
(i) Dans son Thralrum Viroram illustrium, pan- i538.
l'a^ T'd condamnation de Schoocfdus retombait par coiUrr-coup sur yoelius.
(3) Voyez la Vie de M. Dcscartcis, par lU. R.TJIIet, (ont. II , pag. 252, et seq. ad ann. i(i/|5.