‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 2 sur 113 · TOME II · texte numérisé non relu

TOME II

aussi que la puissance des princes était une usurpation, et que les hommes sous l'Evangile doivent jouir d'une pleine liberté.

Ils rebaptisèrent leurs sectateurs ; et, pour mieux faire passer cette pratique, ils enseignèrent que le baptême conféré à des enfans est nul. Quant au reste, il insistèrent beaucoup sur la morale rigide ; ils recommandèrent les macérations, les jeûnes, et la simplicité des habits; et ils séduisirent par-là une infinité de monde. Après ces heureux commen— cemens , Munzer devint si téméraire, qu'il exhorta hautement les peuples à résister aux magistrats , et à contraindre les souverains à se défaire de l'autorité.

Un tel Évangile plut si fort aux paysans d'Allemagne , qui trouvaient un peu trop rude le joug de leurs maîtres , qu'ils se soulevèrent en mille lieux, et qu'ils commirent une infinité de violences. On leva des troupes contre eux , on les battit aisément , on en fit mourir un très-grand nombre. Munzer, qui les avait

2 ANABAPTISTES

abusés , et qui s'était tant vanté plus eflicaces dont on se put avid'enthousiasmes {a) , fut pris et ser pour l'extirpation de cette décapité l'an i525(^). Les disci- secte; mais on n'en vint point à pies qu'il avait laissés en Suisse bout (<?). Elle s'est conservée jusy multiplièrent la secte et y eau- qu'à présent dans les Provinces— sèrent beaucoup de troubles , et Unies. Il est vrai que peu à peu il fallvit recourir aux lois pénales elle s'est guérie de ses principales plus sévères pour arrêter les les faiblesses (D) : elle ne se vante progrès de l'anabaptisme. Il fal— plus d'enthousiasme , elle ne Jut faire la même chose dans s'oppose point aux ordres des niaplusieurs villes d'Allemagne et gistrats, elle ne prêche plus l'afailleurs. Les ministres , à lavé- franchissement total de toute rite , réfutaient soigneusement sorte de sujétion , la commuées sectaires ; mais , comme cela nauté de biens , et choses semne produisait pas le fruit que l'on blables. Elle a souffert une infisouhaitait , les magistrats sup- nité de subdivisions (E) , comme pléaient à ce défaut par les voies il est inévitable à toute secte qui de l'autorité (B). Les anabaptis- ne se gouverne point par le printes firent beaucoup de progrès cipe de l'autorité. Elle se vante dans la Moravie , et ils y en eus- d'un grand nombre de martyrs sent fait davantage, malgré les (F). Son martyrologe est un gros oppositions sévères du bras se- in-folio. Je ne crois point qu'auculier, s'ils ne se fussent pas di- cun auteur ait parlé d'elle aussi visés en deux factions (c). Il n'y équitablement que George Casent point de ville plus tourmen- sander (G). Les théologiens prêtée de ces gens-là que celle de testans l'ont combattue avec zèle Munster (G). Chacun sait qu'ils dans les Provinces-Unies, et ont s'en rendirent les maîtres , et que obtenu en divers temps quelques Jean de Leide, le roi de cette édits pour la réprimer (H). Néannouvelle Jérusalem , se défendit moins elle y jouit de la tolérantant qu'il put ; mais qu'enfin , la ce. On dit que M. van Beuning ville ayant été prise , il fut puni raisonna uu jour là-dessus avec du dernier supplice l'an 1 536. Les M. de Turenne (I) fort solideanabaptistes de Frise et de Ho!- ment et fort vivement. Les lilande désapprouvèrent en plu- vres que l'on a écrits touchant sieurs choses la conduite de leurs cette secte et contre ses dogmes frères de Munster , et ne laisse- sont innombrables (K). Je ne rent pas d'exciter beaucoup de dois pas oublier qu'on n'a pu entroubles {d). L'un de leurs prin— core l'éteindre parmi les Suisses , cipaux chefs se nommait Men- quoiqu'on ait usé des voies de la non. On se servit des moyens les rigueur en divers temps if). Je

{a) Voyez son article. [Bayle ne l'a pas donné.]

ib) Moréri a tort de dire <jue cet hérésiarque se vantait , environ t'au 15^2 , que le Saiol-Espril lui révcl.iil, etc.

(c) Ci-lle des Hultériens , et celle des Gabriélistes.

{d) F ojres l'article PiCi.UD'i, rcmarqtte ^) .

(e) Tiré d'une dissertation de Frideric Spanheim le père, <ie Oritjine, Progressu , Sectis et n<imiiiil>us Anabiiptislarum , imprimée à Lcidc , l'an l6i^3. Jean Cloppenljoiir* l'a insérée dans sa Gangrana Tlieologije An;<baptisticie, imprimée à Frarieker, l'an i6!j(), in-!\ .

[/) yoyci Stoupp. Relig. tics IloUaml.

ANABAPTISTES. 8

rapporterai quelques raisons que tis impatienlihus (i). Ses adversaires l'on allèffue pour iustifier leur les plus passionnes demeurent d'ac- , > ■ ' 9t ^ A j 1 cora qu u desapprouva la cooduite sevenle (L). On marque dans le ,^aitieuse qui par accident semblait Moréri de Hollande les princi- être neede sa doctrine. Le père Maimpaux dogmes qui sontparticuliers bourg raconte que les rebelles , ayant aujourd'hui aux anabaptistes ; ««^«^-e leur manifeste à Mai tin Lu- > . . 1 i • tuer, turent trompes dans 1 espérance cest pourquoi je ne les coterai qinh avaient eue de le lui faire appoint. Il est sûr que la descrip- prouver (2); car, ajoutc-l-il, Luther, lion que le sieur Moréri don- fofanl que plusieurs l'accusoient liane de cette secte ne convient ^oir donné lieu h cette révolte par les

, ., , . . lucres qu a ai'oit écrits en langue »'«<,-

point au temps ou il écrivait , et gairepourla liberté é^angélique, con-

je doute uii peu que jamais on ire la tyrannie de ceux qui l'oppri-

ait eu raison de la charger de ces ruaient par des traditions humaines ,

deux doctrines qu'il lui impute leur répondu par un long écrit , où d

. ,, ?-i • leur montre que l escnture les oblise

(M) : lune est, qu ils en^e/g-Zie^f j^ se soumettre aux princes et aux

qu'une fomme est obligée de COn- magistrats , quand même ils abuse-

sentir à la passion de ceux qui roient du pouvoir que Dieu leur a

la recherchent : l'autre est , qu'ils donné sur eux , qu'ils doivent s\,dres-

, j ' . j ^ ser a JJteu , et cependant souffrir en

condamnent le mariage des per- patience, en attendant qu'il y mette

sonnes qui n adhèrent pas à leurs ordre comme il luy plaira; et que la

sentimens. Il faut regarder com- ^oye des armes , qu'ils ont prise , sera

me une fable ce que disent quel- ^""*« ^«, leur damnation, s'ils ne les

^,•1 J mettent bas. INous verrons dans 1 arti-

ques auteurs, qu il y a eu des ^j^ Munzer *, quUl rejeta bientôt les

catholiques romains qui , s'étant propositions de ce fanatique,

faits anabaptistes , avaient acquis {H) Les ministres... réfutaient soi-

tout aussitôt la capacité de lire g'ieusement ces sectaires; mais... les

et de discourir sur des matières 'r^j'^rats recouraient h la uoie de

. . ,, l autorité.] Les plus ardens ennemis

de religion , mais qu étant ren- ^u luthéranisme auraient eu bien de

très dans le papisme , ils oublie- la peine à imaginer une méthode aussi

rent tout , et se trouvèrent igno- capable de l'étoufler dans le berceau ,

rans comme auparavant {g). ^"'^ ^'f *?^^ ^^ ;<=^'^™^ .^"^ ^''r,""' ^l

i \o/ ses adlierens lorraerent. Ils prêchaient

Letlr. /r, pag loo et suiv. Mais plutôt ""« i°*:l"°';.,'^"' /''"^f'-^.^" l^T. voyez les kuuÀ. Anuhaptist. de Jean Henri

Oltius , imprimées à Bâle , l'an j6^2.

(g) Lindan-us, Dial. //'/Dubitantii, etThyrrcus , lib. de ûfeinuniacis , cap. XXI, apiid ïbcopbil. Raynaiidum , tlieologise Natur. Dist. ly, nuin. 33o, pag, 4o4-

(A) Ils abusèrent d'une proposition

versement total des sociétés , et ils la mettaient en pratique avec des ravages inconcevables. Ils avaient en des liaisons avec Luther, et ils convenaient avec lui que le christianisme devait être réformé selon la pure parole de Dieu (3). Ainsi toute la haine que Ton concevait contre eux relom-

qiie Luther prenait dans un fort j^^jt 5^, j^i ^t sur ses semblables^ et bon sens.'] C'est ce qu'il fit voir par quand on voyait les suites funestes l'explication de sa pensée, dès qu'il

eut vu comment ces gens-l.î avaient (,) Frider. Spanliemius , de Origine, Proabusé de ses expressions : Quœ verba gressa, Sectis , et Nominilms Anabapiistarum sano sensu h Luthero... scripta et prolixâ 'i^ny»(ru declnrata , oppositoque aphorismn eumdem omnium servum esse et omnibus subjectnm exjooiifrt , detorta fuére in sensuni seqiiiorcm nb hominibus suœ pariler etaliencv quie-

pag. 196. Je me sers de Ve'dition insérée damla Gan^rœna Theologiœ AnabiiptisticK de Cloppenbour^;.

(2) Maimbourg , Hist. du Lutliéranisme , liv. I , pag. ii4, édition de HuUande.

* Ct'l article ti'exislepas , comme on Ta déjà dît*

(3) Voyez Spaobem. de Origine Auabaplistarum , pa^. 19!$.

4 ANABAPTISTES

que l'entieprise de la reformation tes publiques; mais son refrein est avait produites si promplement , on toujours, qu'aprèi cela les magistrats était tenté de croire que ce n'était firent leur devoir. Il nous conte qu'à point l'ouvrage de Dieu. Cela, sans Zurich les chefs des anab.iptistes , doute, retarda beaucoup les progrès ayant disputé trois fois à leur confude la réforme. Il ne faut pas s'étonner sion avec Zuingle (6), furent conque les ministres aient dit que c'é- damnés à se taire par un édit solentaient-là les profondeurs de Satan, et i\e\:ienatus Tigurinus iolemni edicio que l'ennemi de notre salut s'était pœdobaptisnmm snncil , et iinaùapservi de cette ruse , pour maintenir tisnti doctoribits silentium et quielein son empire, coulre les nouveaux apo- impeiai (7). Balthasiir Hubmeyer, l'un très que Dieu avait suscités (4). Ce d'eux , ayant promis de se rétracter langage coule naturellement des hy- publiquement, et ayant au contraire pothèses théologiques. Les controver- prêché ses erreurs, fut contraint à sistes du parti romain se prévalurent l'abjuration , et puis chassé delà ville de la conjoncture avec une adresse (8). Et parce que cette secte se multiextraordiiiaire , pour décrier la ré- pliait de jour en jour, en dépit de formation, et pour animer contre elle tous les obstacles , on recourut à des toutes les puissances. Mais les réfor- remèdes plus violons. Le sénat fit un roateurs ne furent pas moins vigilans, édit qui condamnait à la mort les

{)our se garantir de l'opprobre sous docteurs anabaptistes, et à de grosse.^ equel on voulait les envelopper. Ils amendes ceux qui leur donneraient crièrent de toute leur force contrôles retraite: Capitis pœna in anabuplUtaanabaptistes : ils les réfutèrent par non doclores deoreta , et gnwil/us in écrit- ils les engagèrent à la dispute eorumreceplatoresT)tulctis{f)).CeiteoTpartout où ils purent : Ut lahem iilain donnante fut faite l'an 1 53o. OEcoiamsibi ccqiiè ac doclrinœ Ei/ungelicce pade disputa dans Bâle avec ces héréti adspersam abstersum lient heroès ilti, (jues, l'an i525, l'an 1627 et l'an iSag. fiui in Templo Dei remetiendo Jidem 11 soutint très-bien sa cause ; mais il ne ne inteijritatem suam et Dei causant surmonta point l'opiniâtreté de ces publicis scriplis sibiogeiidamcensuére. gens-là. C'est pourquoi les magistrats Quod inler alios alacnler prœstitere les réprimèrent de telle sorte que l'é- Lutherus, Melanchthon, Zwinglius , glise recouvra la paix : Causœ quidem BuUingerus, Menius, Regius , alii, et abundè satisfecit, actoribus l'eropei' in seditiones et seditiosos graviter in- i^icacLbus non item ; ita in prudentisl'ecti, subditos perdueUes , de suo er- simi senalds, et strenui glorice dit'inœ ea potestates superiores flffîcio , ex t^indicis, in anabaptistarum sectariis Dei verbo mnnendo , tribunilios illos coërcendis authoritate , Ecclesice Bucnncionatores perstringendo , et omnes siliensis tranquillilati siniulet puritati ad quictemetdebitam principibus suis considendum ibidem J'uerit (10). Oa rei'erentiain hortando , nihil reliqui les réfuta à Berne, dans une dispute Jecére , ut impetum hnminum ad sce- publi(jue , l'an iSaj ; mais ils disaient lera et cruces furibundis aniniis ruen- en secret que leurs raisons leur semtiuni sufflaviinnrenl. Lutherus i-el im- blaient encore bonnes. Afin donc que piinùs concitatior nonvrjipa.iViTMà.tan- le triomphe de la vérité fût plus autiim scripta contra seduiosos , fcriim thentique , on ordonna une autre disetiani g-nMTiUTDcà. emisit , et peculiari pute , l'an i532: elle dura neuf jours. Libella contra Lalrones et homicidas On en publia les actes : cela servit de l'iiisticos uulgato ipse classicuin in beaucoup : mais les édits rigoureux illos cecinit, principes hortatus, ut ul du sénat de Berne furent sans compact «rnns lalrociniorum istoruTii inipe- raison plus utiles (n). Ces brouiltuni sisierent, et eos ad quietem co- Ions eussent établi à Saint-Gai leur gèrent, qui persuaderi nollent (5). Le

ministre, qui ras fournit ce latin, {&) En janvier , mars h novembre ^5^S.

Page 1