ON
liam herbam quœ in Mgypto vocaretur Osf rites , diuinam et contra omnia bénéficia ; sed , si lola erueretur , stathn euni qui eruisset , niori : seque evocdsse umbras ad percontandum U<>merum qudnam palrid, quibusque parenlibus genitus esset , non tamen ausus projiteri , quid sibi respondisse diceret ( 16). Il paraît, par ce passage , qu'Apion s'était vanté lui-même , dans ses écrits , d'avoir employé la magie pour s'aboucher avec Homère, et qu'il faisait le mystérieux sur les réponses qu'on avait faites à ses demandes. Cela sent fort le charlatan.
Pline fait assez entendre le jugement qu'il faisait du personnage. Sénèque ne l'estimait pas beaucoup. Apion grammulicus , dit-il (17) , qui sitb C. Cœsarc totâ circwulatus est (18) Grœcid , et in nomen Honieri ab omnibus duitatibus adoplatus , aïebat , Hnnierum utrâque matcrid consuinmatd , tt Odysseâet Iliade , principiuin adjccisse operi sua quo bellum Trojanum complexus est. Hujus rei argumentum ajferebnt , quod duas litleras (19) in primo versu poiuisset ex induslnd libroruni suorum numerum continentes (20). Nous apprenons par ces paroles que ce grammairien en donnait bien à garder à la Grèce , puisqu'on l'y recevait, dans toutes les villes, comme un second Homèi'e , comme un Homère ressuscité. Un homme qui a du savoir , et outre cela de l'impudence et du faste , trompe bien des gens par son babil.
(E) // accusa les Juifs dei'ant Caligula de ne ifouloir pas lui consacrer des images. ] Ce fut la principale accusation. Joscphe , dans l'endroit que le continuateur de Moréri a cité, le raconte nettement : et comme c'étaient les Juifs d'Alexandrie qu'Apion avait ordre d'accuser , il est manifeste qu'il ne s'agissait pas de ce que les Juifs de Jérusalem faisaient, ou ne faisaient point. Cependant, si l'on en
(16) Plinius, lib. XXX , cap. II , suhjinem.
(17) -Scnica, l-pistolà LXXXVIII, pag. 36i.
(18) Le manuscrit de Lipse , sur ces parolet de Sénèque , approuve cHte leçon , el prétend <;«* Apion était un charlatan ei un saUitnbanquef Agyrta (uit et eiiculator,
(i^) Le premier mot de l'Iliade est /XMVIV. La lettre /^ vaut 4o, T» vaiU 8.
(10) Coiifer <i lia Platuch. SytTtpos., lib- IX, cap. III , pas- 739.
APION
tr
croit notre continuateur , il ne s'agissait que de cela, et ce n'était point la ville d'Alexandrie qui se plaignait des Juifs , c'était Caligula qui se plciignait de ce qu'ils n'at^aienl pas l'Oulu recevoir son image dans le Temple de Dieu. Il faut avouer que cet empereur
composa une Apologie, où il répondit à ces censures, et aux calomnies que l'on débitait contre les Juifs. La moitié de l'Apologie ne regarde pas Apion, quoiqu'on la cite ordinairement commesi elle était toute co/itre /4pion. Elle est citée par Origène sous le titre
fit de grands eflbrts pour faire placer de Anliquitate Gentis Judaïcee (a3)
sa statue dans le Temple de Jérusalem (ai); mais avouons aussi, que l'ambassade de Philon, ni celle d'Apiou, ne regardaient pas ce fait. Phiion , lorsqu'il rapporte si exactement les plaintes et les questions que Caligula lui fit, ne raconte rien qui concerne
(G) On connaît le titre de quatre ou cinq de ses livres. ] J'ai parlé de ses Antiquités d'Ef^ypte, divisées en cinqlivresfa^), etdeson Traité contre les Juifs, J'ajoute qu'il composa un Traité de Luxu Apiai (aS) , un autre de Lingud Romand (36) , et uu
cette statue du Temple (23). Caligula autre de Disciplina metallicd (27).
fait des plaintes générales de ce que les Juifs étaient les seuls qui refusaient de l'honorer comme un dieu. Apion l'avait déjà aigri sur ce sujet , afin de l'empêcher de rendre justice sur le fond de l'affaire. Il s'agissait proprement des privilèges dont les Juifs devaient jouir dans Alexandrie : leur cause était bonne, ils l'auraient gagnée devant des juges désintéressés. Que fit Apion ? il donna le change , il rendit odieux les juifs à Caligula , il se jeta sur les accusations d'impiété, il amusa le bureau par des incidens captieux.
C'est ainsi qu'en usent tous les jours les faux dévots, pour se maintenir dans la très-injuste domination qu'ils usurpent, tant sur les consciences, que sur toutes sortes d'afl'aires. On ne saurait trop souvent le répéter.
(F) Josephe se crut obligé de réfuter les calomnies malicieuses dont cet auteur avait chargé les Juifs. ] Le continuateur de Moréri broncfie encore en cet endroit. Cela, dit-il, donna lieu ensuite à Josephe d'écrire la t^ie et les erreurs d' Apion. 11 n'est point vrai que Josephe ait écrit la vie de ce grammairien; et c'est parler peu exactement, que de dire qu'il écrivit ses erreurs. Ces paroles inspirent naturellement cette pensée : c'est que Josephe écrivit un livre de controverse contre les hérésies d' Apion. La vérité est, qu'ayant appris que plusieurs critiques s'étaient élevés contre ses Antiquités judaïques, non pas pour en condamner la forme ou le style, mais pour l'accuser de mille fables débitées à l'avantage de sa nation , il
(71) Philo, de Légat.
(as) Jbiii. , png. io4i et seqq.
Suidas lui attribue une histoire où il traitait de chaque nation , 'îypct^i^ »Vofi*v x*T ï9vo;, scripsit Historiani.
de singuUs gentibus. La fameuse histoire du lion d'Androcle n'est connue que par le récit d'Apion. Il en parle comme témoin oculaire. Aulu-Gelle la rapporte après lui ( 28) . Il lui doit une autre remarque , c'est la raison pour laquelle les anciens portaient une bague à la main gauche au doigt le plus voisin du petit. Apion en donnait une raison tirée des découvertes qu'on avait faites en Egypte par l'anatoraie (29).
(H) Une faute échappée au père Rapin , nu sujet d'Apion, a été cruellement relevée parle jésuite f^avasseur. 1 11 raconte d'abord le fait, et puis il ajoute ; « Devinez , lecteur, la plai- » saute méprise du réflexif, pour » avoir mal entendu deux mots de ce » commentateur (3o). Au lieu que )) j'ai mis , dès qu'il fut sorti de l'école » du professeur, il peignit l'image de » Jupiter j notre réflexif, pour ex- » primer ces mots d'Eustathius , xaî }> ÀTiciv iyfU..^ii , et egressus pinxit, •» s'est avisé de mettre comme l'écrit » Apion le grammairien. En quoi le )) bon homme certes n'a pris garde à » rien. 11 ne s'est pas aperçu, ni que j) ce participe àtiûSv n'est pas 'A^r/av, » comme s'appelle ce grammairien j
(23) Orig. , contra CeUam.
(24) Tatianus, apuj, Easeb. Praipar. Evang. pag. 49H.
(25) Athen. , Ub. Vil , pag. 294. F.
(26) Idemjib. XV, pag. 6So.' D.
(27; Plinlus, in indice libri XXXK (28; Aulus Gelllus , Ub. V, cap. XIK.
(29) Idem, Ub- X. cap. X.
(3») C'eU-à-dire , d'EuiUtliiui.
APOLLIiNARIS.
» ni que le Verbe ïyfct-^tv signifie en » ce lit u là, il peignit, comme il est » dit auparavant en même sens •),^â^û)v » et ypéi^it 5 ni qu'enfin «.ot*v cùm )> discessisset , rt^ponJ au verbe qui » précède, 7ra.piu,adsluU. Après cela, » si le re'flexif a vu lui-même l'en- » droit d'Eustathius , je m'étonne de i> ce qu'il l'a si mal conçu : et s'il a )) pris cette interprétation de quel- » que autre, je m'étonne encore davan- » tage de ce qu'il a fait si fort î) semblant d'avoir vu Eustafhius , » marquant soigneusement l'endroit }> qu'il n'a pas vu (3 1).»
(3i) Remarques sur les nouvelles réliexioiis touchant la Poétique, pag. 56, 5'].
APOLLINARIS ( Caius Sulpi- Tius ) , grammairien fort docte , natif de Carthage (A), a vécu dans le IP. siècle sous les Antonins. Il eut pour successeur dans la profession de grammaire Helvius Pertinax , qui avait été son disciple, et qui fut enfin empereur (a). On le croit auteur des vers qui paraissent à la tête des comédies de Térence (B) , et qui en contiennent le sommaire.
On a l'épigramme qu'il composa sur l'ordre que Virgile avait donné de brûler son Enéide (C).
Aulu-Gelle, qui avait étudié sous lui , en parle souvent avec éloge (D). Je conseille surtout de voir ce qu'il en adit dans lechapitre VI du XVIIP. livre. On y trouvera le portrait d'un fanfaron d'érudition , et la manière adroite dont Apollinaris se moqua de lui (E).
(a) Julius Capitolinus , in Ferliiiace , cap. 1.
(A) Natif de Carlhage, J Je n'ai
foint trouvé d'auteur ancien qui me apprenne : je ne le débite que sur la foi des auteurs modernes qui ont publié descompilationsd'épigrammcîs, ou de Calalectes des anciens poètes.
(b) On le croit auteur des vers qui
yaraissenl à la létc des comédies de Térence.l J'ai lu dans une lettre de Pierre Crinitus (i) , que Politien avait remarqué que cts vers ne devaient pas être attribués à Térence, comme le croyaient bien des gens , mais à Sulpicius Apollinaris. Il ajoute, qu'on lisait , dans un très-ancien manuscrit de Téience , cette inscription en grands caractères sur les sommaires , G. SuLPici Apollinaris periocha. On s'est fort réglé sur cette inscription dans les éditions de Térence. M. do Tillemont nous renvoie à Sethus Calvisius, touchant ces sommaires (a).
Il est vrai que Calvisius en parle sous l'année i63 : mais il cite Suidas , et je doute fort qu'il l'ait dû faire. Il ne tient pas à M. de Tillemont que l'on ne croie que nous avons encore deux ouvrages d'ApoIlinaris. Il (*') a laissé quelques lettres , dit-il , et (*^) un écrit où, il reprenait un autre grammairien nommé Cœsellius f^index *'.
(C). On a l'épigramme qu'il composa sur l'ordre que f^irgile ai'ait donné de brûler son Enéide .'[ La voici j ce n'est qu'un distique *' :
Infelix alio cecidil propè Pergamon igné, El ptenè est alio Xroja cremata rogo.
Ces vers-là font regretter la perle des autres, f^ersus habemus ejus aliquos de jEneide Maronis qui deperditorutn accendunt sitim{3). Ces paroles sont du jésuite Briet. Je m'étonne qu'il ne parle pas des sommaires de Térence , et que Vossius ne dise rien de notre poète *^ J'avoue qu'il parle d'un Apollinaris que le Giraldi a compté entre les poètes latins j mais comme
(i) Elle est parmi celles de Politien, /« XXII*. du XII'. livre, e'dilion de Paris, en iSïS , m 4"-
(2) Tillemont , HIst. des Empereurs, lom. II, pag. 5R9.
(*■) Gellius, m. XV, cap. V.
(*=) Idem , Ub. II , cap. XVI.
*' Joly avoue que M. de Tillemont ne s'est pas expliqué exactement.
"^ Guib remarque que ce n'est pas un distique : la pièce entière a six vers que Joly rapporte, et qui se trouvent d'ailleurs dans la Vie de Virgile altribuée à Dorât.
(3) Brielius , de l'oet. Lat. , pag. l\-i..
*' Joly prétend que J. A. Fabricins n'a point consacré d'article à Apollinaris dans sa Btbliolhera Intina. C'est une erreur : le chapitre XIV du livre iU est consacré à Symmaque et ii Sidoine Apollinaire. L'article de ce dernier est à la page i3i du tome (I de l'édition citée par Joly.
APOLLîNARIS.
c'est un Apollinaris qui vivait au temps de Martial (4), il est manifeste que ce n'est pas le nôtre. D'ailleurs tous ceux qui se plaisent aux vers ne sont pas poètes : ainsi l'on a eu raison de contester au Giraldi la qualité de poëte qu'il a donne'e à l'ApoUinaris de Martial , et qu'il a fondée sur l'amour qu'avait cet Apollinaris pour les poe'sies de Martial : Eunt in pnëlis Tiieinornl Lilius , sed non sat jhino argumenta ; nec enim si delectaretur epigrammatis , eo et ipse Jiierit poêla (5).
(D). Aulu-Gelle..., parle sowent d' Apollinaris , avec éloge (6.) ] H l'appelle l'iriim prœstanli litterarum scicntiâ('j) : hominemmenioriœ nostrœ doctissimum (8) : l'iruni eUganti scientiâ ornatuni (g) : l'irum in memorid nostrdprœter alios doctum(jo.) Voyez le chapitre XIII de son XJI*. livre. Il lui donne une autre qualité , qui n'est pas moins estimable que l'e'rudition : c'est qu'Apollinaris n'avait pas cette fierté' pe'dantesque , qui fait qu'on censure magistralement ceux qui s'émancipent à parler des choses dont ils ne sont pas bien instruits. Pour lui, il avertissait doucement de l'erreur.
Aulu-Gelle en produit un illustre exemple ^ car pour peu qu'Apollinaris eût éfé pédant , il eût pris le ton le plus aigre de la censure , dans l'occasion où Aulu-Gelle le représente revêtu de beaucoup d'honnêteté. On avait demandé en sa présence qui était un certain Cato IVepos , qui paraissait à la tête d'un volume ? Un jeune écolier prit la parole tout le premier , et se mêla de répondre à la question , et se trompa. La majesté professorale se trouvait là ofiensée j un jeune homme avait prononcé sur une question en présence d'un professeur en grammaire, sans attendre que le grammairien eût dit son avis : cette précipitation n'était guère supportable ; néanmoins Apollinaris ne l'ectifia point
(4) Jl lui adresse Vépigramme XXV , du VII'. liv.
(5) Vossius, de Poct. Lat. , pag. 5o.
(6) Aiilus GpII., Noct. Atlif.ir., lih. VI .cap. VI, pl Ub. XIII, cap XVI, el Ub. XX, cap. VI. '
(7) Idem, Ub. IV, cap. XVII.
(8) Idem, lib. XIII , cap. XVII.
(9) Idem , lib. XVI, cap. V.
(10, Idem , lib. XVIII ,cap. IV.
la fausse réponse du jeune homme, sans débuter par des louanges, et par des honnêtetés : Tum Apollinaris , ut mos ejus in reprehendendo fuit , placide admodiim leniterque, « Laudo, inquit te j) mifili, quodintantuldœtateetiamsi ■» hune M. Catonem,dequonuncquœ- » ritur quis fuerit ignoras , auditiun- » culd tamen quâdam de Catonis fw » milid aspersus es (11).»
(E). Il se moqua adroitement d'un fanfaron d'érudition. ] Ce fanfaron se vantait chez un libraire d'être le seul qui entendît bien Saliuste. « Je ne » m'arrête pas, disait-il, à l'écorce , » ou à l'extérieur de ses pensées : je » vais jusqu'au sang et aux moel- » les. » JVeque primam tantiim eutem ac speciem sententiarum , sed sanguinem quoque ipsum ac niedullam ferborum ejus eruere atque introspicere penilîis prcedicaret. Apollinaris , recourant aux manières ironiques de Socrate (la), adressa la parole à cet homme avec un air respectueux , et se félicita de trouver si à propos \\n oracle à consulter sur un passage de Saliuste, dont on lui avait demandé l'explication le jour précédent, sans qu'il eût pu la donner. Il lui demanda quelle différence mettait Saliuste entre stolidior et fanior , quand il disait Cn. Lentulus... perincertum stolidior an ranior (i3). Le fanfaron répondit, d'un air méprisant , qu'il fallait proposer CCS bagatelles à d'autres, et qu'il ne se donnait point la peine d'approfondir ce que tout le monde savait. Il ne laissa pas de faire clairement connaître son ignorance sur la question proposée ; mais quand il vit qu'on voulait le serrer de plus près , et qu'on ,se moquait de lui, il se retira sous prétexte d'avoir ailleurs des affaires. Apollinaris expliqua ensuite ce passage de Saliuste, et prétendit que ca- HMi signifiait un fourbe, et que i<o/«c?MS signifiait un homme rude et grossier.
Le.s paroles d'Aulu-Gelle sont dignes d'être rapportées ; elles peignent bien : Tum ille rictu oris labiarumque ductu
(11) Autus Gell., Koct. Atlicar., lib. XIII, cap. XVIII.
(11) Jactatorem quempiam el venditalorem Sallit'tiante lectionis irrisit illusilque génère ill» Jacptifstmœ dissimulalior.is , qud Sucrâtes ad sophiftas ulebaiur. A. Gellius, lib. XVIII . cap. IV. *
(i3) Sallustius , Hljlor. , lib. XII.