TÉE
voie rien de l'Arcadie, qui fut l'une des principales stations d'Aristée (E). Vous verrez dans les remarques les variations des auteurs , la fausseté de quelques censures , et telles autres jjarticularités ; et je n'oublierai pas la découverte astronomique que l'on donne à Aristée (F) , ni son culte pour la canicule , ni sa fille Macris (G). On a dit que, pour les services qu'il avait rendus au genre humain par la connaissance qu'il avait de tous les arts profitables , les dieux le placèrent entre les étoiles , et qu'il était \ Aquarius du zodiaque (c). Les conformités de son histoire avec celle de Moïse ont été curieusement et doctement étalées par M. Huet {d). Presque tout ce que Lloyd a joint à Charles Etienne dans cet article, a été' tiré mot à mot du commentaire de la Cerda (e) : il ne le cite pas pourtant.
(c) Voyez le Comment, de Germanie, in Aratea Pbsenomena, cap. de Aquario , pag. ii8.
{d) Huet. Demonstr. Evang., propos. IV, cap. VIII , nxiin. 17, pag. 110.
(e) In lib. /^Géorgie. Virgilii.
(A) // était Jils d'Apollon et de Cyrène. ] C'est la tradition générale ; et il y en a bien peu dans les sujets mythologiques , qui soient plus constantes que celle-là. Cependant Cicéron en allègue une autre : les Grecs assurent , dit-il , qu' Aristée est Jils de Bacchus. Il ajoute qu'on l'honorait en Sicile , dans le temple de cette divinité. Quid ? il s'adresse à Verres , ex œde Liberi simidacrum Arislei non tuo impcrio palain ablatum est ? . ... Aristœus , qui , ut Cr*:ci ferunt, Liberi filins , iin'cntor olei esse dicitur , iin'a cum Libero pâtre apud illos eodem eral in tcmpln cnnuecrnlus (i). Dans un autre livre , il s arrête à l'opinion
( r) Cicero, in Vcricni, Oiat, IX, cap. LVII.
ARISTÉE
no**
la plus comraurve ; il dit qu'Apollon était père d'Aristëe. Quid Aristœus qui olifce dicilur in^enlor Apollinis JiUus (2) ? Parlons de Cyrène : elle était fille d'Hypseiis roi des Lapithes, fils de Peneùs et de Creuse (3). Celleci était fille de la Terre i Peneùs était fils de l'Océan. Cyrène méprisait les occupations des autres filles et leurs divertissemens de table (4); et se souciant très-peu de dormir la grasse matinée (5), elle n'aimait que la chasse , et faisait un grand carnage de bêtes féroces. Apollon l'ayant rencontrée , lorsqu'elle se battait seule avec un lion , demanda à Chiron qui elle était , et s'il ne ferait pas bien d'user de main mise , et de coucher avec elle?
'Otria,
KxwTàv Pc.**/"* °' ■TrfWiviyx-iiv ;
Kêîpêv fjLtKiï\iia, TToicfi (6) ; Fas-ne est illuslrem manuin ei admovere ? Vtrum et ex slralis tondere melUtam kerbain ?
Chiron , commençant par répondre à la dernière demande , repiésenta que les amans se doivent servir de la clef du cœur , c'est-à-dire de paroles douces et adroites , qui persuadent à la belle d'accorder ce qu'ils désirent.
Il ajouta que, parmi les dieux, etparmi les hommes , la pudeur s'oppose à la précipitation avec laquelle on prétendait débuter par la jouissance , et s'expliquer là-dessus fort nettement :
.... KcK £v Ti deoic
Ai^Téovt' dy.<^a.Jov tl- J'ilùLç ruX.ih To ^paJTov iùvâiç (^).
El inter deos et hominei pariter verecundaniur apertè postutato dulcifnti priinum cubili.
<c Au reste , continua-t-il , c'est par » un effet visible de votre grande civi- » lité , que vous me faites l'honneur » de m'interroger : vous me deman-
(2) Idem, de Naturâ Deorum, lib. III , capi
(3) Pindari Ode IX Pythior. , pag- 433.
(4) Idem, ibid., pag. 434-
(5) Tov (Tê iTuyiiat'ro]/ yKutiùv
TrcLt/pOV iTT! ^Ki^OLpOlÇ
Tvciv AvatXicrxoio'*, pêTOVTaTrpàç ctaî.
Exiguum autem somnum concubitorem siiaven in palpebris iinpendens, quum advenlaiet aurora. Piadari Ode IX Pylhior. , pag. 434.
(6) Idem , ibid. , pag. 437.
(n) Idem, ibidem.
)) dez l'extraction de celte fille , vous » qui savez toutes choses. ;> Voilà le sens de Pindare : je ne prétends point donner une traduction de mot à mot , il me suffit de représenter la pensée.
Or , si c'est là ce qu'il veut dire , qui pourrait voir sans indignation la licence d'un auteur français , qui Ta fait parler ainsi ? « Est-il permis de w la voir ? Puis-je bien m'en appro- » cher? Ne serai-jepoint téméraire si je )> prends sa belle main , et si je cueille » sur sa bouche une de ces roses ver- » meilles que j'y vois peintes ? Mais » le Centaure , en souriant , lui ré- « pondit de la sorte : Un chaste » amour , Apollon , doit être toujours )) caché , et le beau sexe , parmi les » dieux , comme parmi les mortels , M n'accorde point ses faveurs aux yeux » du monde. C'est sans doute cette » raison qui vient de vous faire par- » 1er avec tant de retenue. Un amant » moins chaste que vous n'aurait pas » eu tant de respect, et c'est à vos » bonnes mœurs , plutôt qu'à mes en- " seignemens , que vous devez cette )) modestie (8). » Cette traduction est contraire à l'original , et ne se soutient point dans ses faussetés j car si l'on suppose qu'Apollon ne s'exprima point grossièrement , mais honnêtement et chastement , la réponse de Chiron est ridicule et contradictoire.
La lin fut qu'Apollon, sans nul délai , enleva Cyrène , et la transporta en Afrique , et jouit d'elle sur-le~.
champ .
'ilKiîit S"' 'iTTiiyofjiîyaiv »j)n &iéi^ 'zrpS.^iç , oîToi T« lèpttXiidii.
KiJVO XSIV' à.[/.</.p (AstlTst-
«•êv* 6xKa,y.cf> Si fAiyiv iv ■?ra\ijXpîjrcti AiCùa.ç (g).
Celer autem est properantium jam deorum actio , viœque brèves. Illiid Ma dies peregil. In thalamo autem Libyie divite auri congressi sunt.
Chiron eût voulu qu'il eût pousse' les beaux sentimens , et filé le parfait amour ; mais les dieux des poètes , comme l'observe Pindare , ne s'accommodaient pas de cette patience j ils expédiaient prompfement les choses , ils allaient au fait par les chemins les
(8) Notes sur l'Aiistée de Virgile, traduit en français, et imprimé à Iffon , Van 1668 , pag.
(9) Pindari Ode IX Pylhior. , pag. 443.
ARISTÉE
plus courts, et fort vite à l'abordage , et de but en blanc à la jouissance , ou de gré ou de force. Ils prenaient le roman par la queue (lo) , et ils disaient comme Borée ,
Apla mihi vis est (ii).
Cyrène conçut , et mit au monde notre Aristée. Notez que Virgile (12) et Hygin (i3) , qui la font fille de Pénée , suivent en cela une ancienne tradition (i4)- C'est pourquoi nous pouvons dire que Frischlin a eu grand tort de blâmer Boccace , et d'ignorer ce qu'ils avaient affirmé.
Constat non reclè scripsisse Bocaliuni , l. '] Geneal. , c. 28,dum asserit Cyrenen Penei fuisse Jiliam (i5). Apollonius suppose qu'elle était bergère , et qu'elle avait résolu de vivre dans le célibat; mais qu'Apollon qui l'enleva ne lui permit point de conserver sa virginité (16).
(B) Il fut l'inventeur du secret de tirer le miel , de faire l'huile et le fromage. '\ Diodore de Sicile rapporte qu' Aristée ayant appris des nymphes qui le nourrirent l'art de cailler le lait , et de préparer des ruches , et de cultiver les oliviers , fut le premier qui communiqua aux hommes ces trois inventions. Les commodités qu'ils en tirèrent les remplirent d'une telle reconnaissance, qu'ils lui rendirent les mêmes honneurs divins qu'à Bacchus. Cet historien dit aussi que les nymphes lui imposèient trois noms, celui de Nomius , celui A^ArisXœus , et celui diAgreus{i']). Cela s'accorde assez bien avec Pindare(i8). Mais notez qu'il dit que les Heures et la Terre , auxquelles Mercure porta ce petit enfant , le nourrirent de nectar et d'ambroisie. Notez aussi que d'autres disent qu' Aristée ayant inventé dans l'île de Céa la préparation du miel et celle de l'huile, et ayant fait lever les vents qu'on nommait Eté-
(10) Conférée, la V'. scène des Précieuses ridicules.
(11) Ovldius, Metamorph., lib. VI, vs. 690.
(12) Virgil. , Géorgie, lib. IV, w- 355. f^orcî aussi Servius sur le 'il']', vers de Virgile.
(li) Hygin., cap. CLXI.
(li) Scboliast. ApoUooii in lib. II Argonaut. , vs. 502.
(i5) FriscVilin. , in Callimacli. Hymn. Il, pag. 39a , edil. Ullraj. an. 1697.
(16/ Apollon., Argon., /i7>. //, vs. 5ot et sea.
(l'j) Diod. Sicul., lib. IV , cap. LXXXIlI, vae, 167.
(i8} Pindari Ode IX PylUwt. , pag, 441 .
siens , fut surnommé Jupiter Aristaeus (19) , et Apollon Agreiis et Nomius (20). Le surnom de Nomius lui convenait à cause du soin des bestiaux , et celui d'Agreiis à cause de l'application à la cliasse (ai). Voici une autorité curieuse touchant cette application : Ceux qui attrapent les loups et les ours avec des fosses et des pièges , font prières à Aristeiis , pour ce que ce fut le premier qui intenta la manière de les prendre aux pièges et avec des laqs courons. Cest un passage du Plutarque d'Amiot; en voici l'original : Ei';t°vTot( «T' 'Aptç-a.ia Joxoi/VTêc IpôyfAcia-t Koù /Spô;f 5 >^ÛX.(,VÇ KO.) etpKTovç oç TrpùoTaç ô^fio-a-tv tTrvi^i TlûSâl.-
ypa.ç (22). Aristœo votafaciunt foveis actis j aut laqueis positis, quilupis aut ursis insidiantur , ille feiis primus pedicas quia icndere coepit. Le seoliaste d'Apollonius n'explique pas de la même sorte l'étyraologie de ces deux surnoms. Il fonde celui de Nomius sur ce que Cyrène eut affaire avec Apollon pendant qu'elle était bergère , et celui d'Agreiis , sur ce que l'action se passa au milieu des champs. Il ajoute que, selon d'autres, l'étyraologie vient de ce q'uAristée enseigna l'agriculture aux bergers, 'hypia. kai Nô^iov, dit-il , tI /Lih, on «v â'j^fœ î/uiy» tÎî //.nTp! aÙtoZ 0 'Awcl^^a!V. No/<iov cTs , OTi yifAoîi(r\f 'i/A.iyyi. oî tTs, éVi t»)v xstT«. Toùç Àypaùç Btpa,7riia,v tok vo/xsùa-t il(r>iyïi(!-xTo (23). L'endroit où Apollonius dit que les habitans de Thessalie donnèrent ces deux surnoms à Aristée , contient des choses qu'il est bon de mettre ici. On y trouve qu'Aristée fut élevé dans l'antre de Chiron ; et que, lorsqu'il fut adulte, les Muses le marièrent , et lui enseignèrent la médecine et les sciences divinatrices, et le préposèrent à tous leurs troupeaux (24). On trouve dans un autre endroit du même poète, qu'il inventa le miel et l'huile (aS). II dit dans
(ig) Scholiast. Apoll. in Argon. , lib. II,
vs. 5oo.
(io) Apollon., Argon., liv. IV, vs. 1218, fait mention d'un temple d^ Apollon Nomius,
(21) Benediclus in Pindarum , Ode IX Pylhior. ,
(22) Plularcli., i;i Amator. , pag. ')S'}.
(23) Scholiast. ApoUonii , in l b. II , vs. Sog.
(24) Apollon. , Argonaut. , lib. IV, vs. 5ia etseq.
(-.iS) Idem, ibidem, w. il 35,
ARISTÉE
Virgile, que la peine qu'il s'était donne'e pour perfectionner l'agriculture , et pour nourrir le bétail , lui avait acquis toute la gloire qu'il possédait.
£n etiam hune ipsuni vUte morlalis honorerriy Quem inihi vix Jruguin et peeudum cuslodia
sollers Omnia tenlanti extuderal , te matre , relin-
quo (16].
Il est l'une des divinités que Virgile invoque ayant à écrire de l'agriculture :
Et cultor nemorum , cui pinguia Ceœ
Ter cenlum nivei tondenldumeta juvenci (27).
Oppien (28), Nonnus(29), le scoliaste de Pindare , celui d'Apollonius , etc. , s'accordent à le faire l'inventeur des choses que j'ai naarquées.
On verra ci-dessous quelques passages sur ce sujet. En voici un où on lui donne pour patrie la ville d'Athènes.
Oleum et trapetas Aristœus yllheniensis. Idem mella (3o). Le mot trapèzes veut dire les meules à broyer les olives (3i). N'oublions pas qu'il inventa le benjoin. C'est ce qu'assure un ancien auteur cité par le scoliaste d'Aristophane (32) , comme vous le pourrez voir à la page 356 du commentaire de Saumaise sur Solin.
Notez que Justin (33) débite que Cyrène engrossée par Apollon , à Deo repleta , eut quatre fils , JVomius , Aristœus , AiUhocus , et Argœus (34).
C'est avoir changé en deux hommes les deux surnoms d'Aristée (35).
(C) Il se transporta dans l'île de Céa.] Le grec de Diodore de Sicile porte tiç K£ vmtov , et un peu après «V tï Kâ. Rhodoman traduit in Co insulam , et in Co. Cette traduction embarrasse les lecteurs , car elle les porte à croire que cet historien grec parle là de l'île de Cos , la patrie du grand Hippocrate , et non pas de l'île de Céa, comme font les autres auteurs, quand il s'agit d'Ariste'e. Soyons néan-
(26^ Virgil. , Géorgie, lib. IV, vs. SaS.
(27) Idem, ibidem, lib. I , vs. i4
(28) Opplaa. Cyneg., Ub. IF.
(2g) Nonnns, Dionys. , lib. V.
(Soi Plin,, Ub. VII, cap. LVI , pag. 99. (3i) Varro, de Lingiiâ Ut., lib. IK, pag. 3^. (32) 'Apiç-stioc Tf^Tov Tijv ipya-
«■(«tV TOf C-|X<f>IOJ/ i^iVfit OùO-Triù KAI TOI/ ^ÉMTOÇ.
(33) Lib. XIII , cap. m.
(34) Il faut lire Agrseus.
(35) ^o>« Vossius, deTheolog. Genlili , lili . VII, cap. X.pag. 35o.
moins assurés qu'il parle de l'île de Céa , soit qu'il faille corriger le texte en mettant Kîa, au lieu de Kœ (36) *, soit que les règles de la contraction aient pu permettre qu'on dît indifléremment K«è ou Klai , quand il s'agissait de cette île (37). Prenons garde à ces paroles de Diodore, Trctpà. t£i Ke/œv Ti/udùç , de honoribus apiid Ceos (38j. Elles montrent visiblement qu'il ne prétend point parler de l'île de Cos. Quoi qu'il en soit , alléguons quelques auteurs qui ont assuré qu'Aristée s'établit dans l'île de Céa , et commençons par le commentaire de Servius sur ces paroles de Virgile :
El cultor nemorum, cui pinguia Ceœ, etc.,
qu'on a vues ci -dessus (Sg). Aristœum invocat, id est Apollinis et Cy renés filium ,... hic ( ut etiam Sallustius docet ) post laiiialum à canibus Aclceonem filium Thebas reliquit , et Ceam insulam tenuit primo adhiic hominibus uacuam{^o). Apollonius nous apprend qu'Aristée ayant été appelé par les habitans des îles Cyclades , pour faire cesser la peste , passa de Thessalie en l'île de Céa.
.... AiTêv ^''oyi Tarpàç è<f>sT//ît $9/«v. «V (f= Ksffi x«.T{v*cra-a,To Xaov iiyilfa.ç
Is relictd ex parenlis jussu Phthiâ in Ceum ivit habitatum , eontraclo
exercilu E Parrhasiis.
Le scoliaste de ce poète assure , comme je l'ai déjà dit , que ce fut dans la même île qu'Aristée enseigna à faire le miel et l'huile. 'Apiç-otîoç Si h ti? Kéço iVftev T« f/.i\i<r<nufyiKit TrfSroç, kxi
TilV TOÛ iKcLtHV KXTtpyUTtstV (^'i). NoUS
verrons dans la remarque (F) , qu'il y établit des lois pour le culte de la Canicule. Varron Atacinus avait raconté dans son poème des Argonautes,
(36) C'est la pense'e de Vossius , Je Theoloe. Gentili , l,b. VU , cap. X , pag. 35o.
" Wesselingue, dans son excellente édition de Diodore de Sicile, ( Amstelod. , 1745), a adopté l'opinion de Bayle et a écrit Ksai , au lieu de K*.
(37) C'eslla prétention de Saumaise sur Solin, pag. i44 , 145.
(38) Et non pas apnd Coos , comme Rliodoman a traduit.
(39) Citation (27).
(4») Servius , in Géorgie. , lib. I , vs. 14. (40 Apollon. , Argon., lib. II , m. 521. (42) Schol. Apollon. , in lib. 11^ yf. 5qo.
ARISTÉE
qu'une grande mortalité de bestiaux plaisii" d'avoir perdu Acte'on lui donna
ayant affligé cette île, Aristée s'y - '-' .i-'--a» 1 d--i:- .^
transporta par le conseil d'Apollon , et la délivra de ce fléau , après avoir fait un sacrifice à Jupiter Icmseus. Les vents et les chaleurs qui causaient la mortalité s'apaisèrent. Aristée étant mort, les habitans de l'île de Céa obéirent à l'oracle , qui leur commandait de le mettre au nombre des dieux, et ils le nommèrent Nomius et Agreiis, à cause du bien qu'il leur avait fait par son adresse dans la nourriture des troupeaux, et dans la culture des terres (43). Ne soyez point surpris de voir ici qu'il fit cesser la mortalité en calmant les vents , et de trouver ci-dessous , qu'il la fit cesser en faisant lever des vents ; car c'est ainsi que sont faites les anciennes traditions : l'une réfute l'autre ^ l'une oublie les particularités qui sont les seules que l'autre n'oublie pas. Une narration complète eût pu apprendre, qu'en faisant changer le vent , il ramena la santé 5 mais ceux qui ne savent pas tout dire observent que le vent cessa : n'attendez point d'eux le reste j ou que le vent se leva : vous n'en saurez point davantage j ils ne vous apprencfront pas que le vent contraire fut arrêté , et que le vent favorable lui succéda. La correction d'un passage d'Héraclide, que j'ai lue dans Saumaise , me paraît heureuse ; cependant je ne voudrais pas jurer qu'il n'y eût dans l'original, que le fléau e l'île de Céa venait du vent. *âofâç ov(n\ç (^wrcûv ko.) ^mai\ S'ia. to ttvhv l'vno-ia.z (44> Quiim contigisset hïc aliquando magna lues stirpibus et animantibus propter continuas Etesiarum Jlatus. Saumaise corrige ainsi. Ai* jît>iV«.toto TTVêîv iTtio-ictç. Joucm rogot^it
un tel dégoût pour la Béotie, et pour tout le reste de la Grèce , qu'il fut chercher une demeure dans les pays éloignés (47). Ce fut alors, disent-ils, qu'il conduisit une colonie en Sardaigne. On a dit que Dédale , s'étant sauvé de l'île de Crète, s'associa avec lui pour la conduite de cette colonie (48) j mais la chronologie réfute cela invinciblement. Il était contemporain d'OEdipe , roi de Thèbes (49) :
il n'a donc pu lier aucune partie avec Aristée gendre de Cadmus. Quoi qu'il en soit , les variations sont ici bien dégoûtantes. Pausanias dit qu'une troupe de Libyens s'était établie dans la Sardaigne , et associée avec les naturels du pays , avant qu'Aristée y allât; mais Aristote raconte qu'Aristée fut le premier qui la cultiva, et qu'auparavant elle ne servait de demeure qu'à beaucoup de grands oiseaux (5o).
Consultez M. Bochart, qui soutient que ce voyage d'Aristée est une fable (5i).
(E) L'Arcadie.... fut l'une des principales stations d'Aristée.'} C'est pour cela que Virgile le surnomme Arcadius , quand il parle de l'invention de produire de nouvelles abeilles :
Tempus et Arcadii memoranda inventa
Magislri Pandere , quoque modo cœsis jam stepè ju-
vencis Insincerus apes tulerit cruor.... (Si).
Cet art fut une invention d'Aristée, et le fit honorer comme Jupiter dans l'Arcadie. Post ed (Ceâ) relictâ , cum Dcedalo adSardiniam transilumfecit.
Haie opinioni Pindarus refragatur, qui eum ait de Ceâ insuld in Arcadiam migrasse, ibique uitam coluisse. JVam apud Arcadas pro Jot^e colitur , quod
Etesias fiare (45) : ce qui s'accorde primus oslenderit qualiter apes dédirai dans la remar- béant reparari (53). Justin donne à
avec ce que je que (F).
(D) De Libye... iljit uoile vers la Sardaigne .] Selon Diodore de Sicile , il fut s'établir dans l'île de Céa , après la mort d'Actéon , et puis il alla en Libye, et après cela en Sardaigne (4^); mais d'autres prétendent que le dé-
(43) Voyei Vossius, de Tlieolog. Gentili , llb. Vil, cap. X,pag. 35o.
(44) Heraclides, de Poliliis , pag. 20.
(45) S'ilmaà. , in Solin. , pag. i44'
(46) Diodor. Siculus , libro If, çapile
Lxxxir.
Aristée un grand royaume dans l'Arcadie : je citerai ses paroles dans la
(47) Pausan. , lib. X, pag. 332. Voyez aussi Silius Italie, lib. XH , pag. 498.
(48) Pausan. , liO. X , pag. 33a. Sallustc avait dit cela, comme on Va vu ci-dessus dans un passage de Servius , citation (4o).
(49) Pausan. , lib. X, pag. 332.
(50) Ari.itotel., de Mirabilibus Au5Cult.,0per., lom. I , pag. 881.
(5i) Bochart. , Geograph. sacr. , parte II, lib. I, cap. XXXI, pas. 632 , 633.
(52) Virgil., Géorgie. , lib. IV, vs- 283.
(53) Servius, in Géorgie, lib. I , vs. i4'
ARISTÉE
remarque suivante. Il n'est pas vrai , comme M. Lloyd l'assure, qu'Apollonius fasse passer Anslee de 1 Arcadie ea l'île de Cea. Il a copie cette faute de Saumaise(54)-
(F) Je n'oublierai point la découfettc astronomique que l'on donne a u4rii,lée.'] A ne considérer les paroles de Justin que fort superiiciellcmant , il pourrait venir dans l'esprit qu'il attribue à Aristée la première decouverte des solstices ; mais ceux qui
Quadniginla diebus ; et hodiique saceniutet
tn Co Anle CanUulœ exortuin cperantur sacris.
Diodore de Sicile ne fait pas entendre avec assez de clarté, si les vents étesieus furent l'efièt du sacrifice d'Arislée(58j. 11 semble dire que ce sacrifice ayant été oflert en\iron le temps du lever de la canicule , temps qui concourt avec la saison de ces vents etésiens, la peste cessa. iMais il est sûr qu'il prétend cpie les ardeurs lisent avec attention s'aperçoivent de la canicule furent adoucies par les aisément qu'il parle du lever delà ca- actes de religion qu'Ariitée fit. Il nicule. yîrislœum in Arcadid latè reg- trouve en cela im sujet d'étonnement ndsse , eumque priinum et apium et puisque la même personne dont le met/is usurn et laclts ad coagula ho- fils avait été' déchiré par les chiens minibus tradidisse , solstiliatesque corrigea la malignité d'un astre qui ortus sideris printum infenisse (55). s'appelle le chien. Je laisse son grec ,
Les plus savans critiques ont remarqué (ju'il faudrait lire ou ioZifitia/i5(7ue ortus sideris, ou solstitialesque ortus Sirii (56). L'une et l'autre de ces deux leçons nous donnent la canicule , à ce qu'ils prétendent. Ce qu'il y a de certain est que cet astre avait une relation particulière à notre Aristée.
En voici la cause : les chaleurs de la canicule désolaient les îles Cyclades , et y produisaient une peste que l'on pria Aristée de faire cesser. 11 passa alors en l'île de Céa , et fit bâtir un
et je ne rapporte que la traduction de Khodoman. Singularem hanc reruni coni'crsionem , si quis penitiùs exaniinet , merilo demiretur. Qui enim Jilium a canibus discerptum uidit , is cœlcslè sidus canis nnniine appellatum , quod hominibus ejt ilium edferre putalur , miiigauit , et mortw libus non paucis auctor salutis extitit (Sg). D'autres auteurs disent en termes clairs et précis , que les dévotions d'Aristée furent la cause de ces vents-là. Canicula exoriens cestu eorum (60) loca et ogros fructibus orba-
autel à Jupiter: il offrit des sacrifices
à ce dieu 5 il en ofl'rit aussi à cet hal ■■ et ipsos morbo affectos , pœnas
astre malfaisant, et lui établit un Icario cum dolore sujf'erre cogebat ,
anniversaire. Cela produisit un très- eb qubd latrones recipissent. Quorum
bon effet; car ce fut de là que les vents rex Aristeus , Apollinis et Crye-
ctésiens tirèrent leur orgine ; vents nés filius , Actœonis pater , petit à
qui durent quarante jours , et qui tempèrent l'ardeur de l'été
Ka./ fi<ey.oy TrainTi //.iyaiv Aïoç iK/uttioia'
parente quo facto à catamitale cici tatem posset Uberare ; quem Deux jubet multis hostiis expiare Icarii , ,• ~ „,, , , -„ , ,■ , mnrleni, et ab Jove petere , ut quo
l£p^ T IV ££f êÇ£v 6v oyp«^.v «^rêf. xHVû. tefiipore canicula exoriretur , dies 2..f.^,*c/T^ T€ K.oyKTi, A... To.o <f txwT. quadraginla wcnlum daret , qui œstui TcL,o.,i7riUx^va-i,i^i,TmiKA^oicLVf^, caniculœ mederetur. Quod jussum
Aristeus conf'ecit, et ab Joi^e impetrauil ut Etesiœ Jlarent (61). Le scoliaste d'Apollonius dit formellement, qu'à la prière d'Aristée, les vents etésiens soufflèrent. "Oti 'irmrlci.1 iTrviuo-a.» 'Afiiç-cLÎov ot(TS3-a//£vou (62). Consultez aussi le commentaire de Ger-
(.<i8) DloJor. Sîcui., lib. IV,cap. LXXXIV,
(Sg) Idem , ibid. , pag. 268.
(Oo) C'eit ainsi qu'il fauL lire , et non pat coriim. Vuyei SaMtaaMe, jur Solin, pag. 1^4.
((ji) Hygiu. Poètic. AstroDom.,, /16. II. cas. ir, pal 305. ' '^
(62) Schol. lApollon., in lib. II , vs. Soo,
"Hy.a.TA TtTTa.pa.KovTdt., Ksû) «T' éti vî/v
'AvToxsûov ^poTrâpofâï xuvoç fêÇot/iri Si/n-
Xaç (5^).
T'itin augusla extructa ara Jovis Humiferi, Sacra lilalo fecil in montosis et slellœ illi Sirio , el ip.'i Jofi Saturni Jilio. Cujus rei
graùd Venli Diales anniversarii perfrigeranl lellurein
(,'>41 Salmas. , in Solin., pag. gg.
1 55) Justin. , lib. XIII, cap. VII, pag. 3i3 , 314.
^5(5) Voyez le Juslin Variorum de M. Grœviiis , sur cet endroit.
(57) Apollon. , Argon. , lib. II , vs. 5^.