‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 3)Chapitre 91 sur 113 · ARTABAN III. ARTABAN IV · texte numérisé non relu

ARTABAN III. ARTABAN IV

parce qu'ils ne se soumettaient point à lui , qu'à cause qu'ils avaient ete rebelles à sou père. In quos ut patris sui quoque dejeclores, ira magis quhm ex usu prœsenti accensus (12). Quel est ce père , si ce n'est pas Artaban? Je serais presque tente de croire que r Artaban dont parle Tacite (i3) était le fils qui avait déjà succédé, ou qui devait succéder au roi Artaban , et que Gotarze , autre fils du roi Artaban , se défit de ce frère , afin de régner , et enveloppa , pour plus grande sûreté , la femme et le fils dans la même ruine que le père. Cette conjecture dissipe toutes les contradictions. Mais voici d'autres diversités entre Josepbeet Tacite. Celui-ci fait mourir Gotarze de maladie , et lui donne Vonones pour successeur , auquel il fait succéder son fils Vologèse (i4)' Josephe fait périr Gotarze par la trahison de ses sujets , et lui donne pour successeur immédiat son fière Vologèse (i5).

(12) Tacit. , Annal. , lih. XI , cap. FUI.

(iZ) Intel- Golarzispleraque sieva (qui necem fralri Arlabano conjugique acjilio ejus propcraverat, d'autres lisent, praeparaverat , unde melus ejus in cœteros) accivére Hardanem. Tacit., Annal. , lib. XI , cap. VIII.

(i4) Idem, Annal. , lib. XII, cap. XIV.

(iS) Josepli. Antiquitat. , lih. XX , cap. II-

ARTABAN III , roi des Parthes, successeur , et peut-être fils du Yologèse dont Suétone parle comme d'un bon ami de î4érou et de Vespasien , vivait au temps de l'empereur Titus.

C'est ce que nous apprenons de Zonaras en cette manière (a).

Il dit qu'un homme d'Asie , nommé Térentins Maximus , prétendant être Néron , persuada cela à quelques personnes daïis son pays , et encore à plus de gons vers l'Euphrate , et qu'enfin il se retira auprès d'Artaban , roi des Parthes , qui , étant alors de mauvaise hunaeur contre Titus , reçut fort bien ce

(rt) Zonaras , in Tito , ad ann, circitcr 80.

personnage, et se prépara à le rétablir (A).

(A) // reçut bien Térentius Maximus , et se prépara à le rétablir.'] Encore qu'il y ait eu plus d'un faux Néron , bien des gens auront quelque peine à croire qu'il faille distinguer ce Térentius Maximus du fourbe dont Suétone a parlé. Et si l'on objecte que celui-ci ne parut que vingt ans après la mort de Néron , c'est-à-dire , la septième année de Domitien , on répondra que Zonare n'est point incapable de confondre deux règnes l'un avec 1 autre , et qu après tout il serait un peu étrange qu'en si peu de temps deux imposteurs eussent trouvé un grand support au même pays , ou que, l'y ayant trouvé, ils n'eussent pas été tous deux placés dans l'historien qui a parlé de l'un d'eux comme d'un événement singulier. L'unique, dont parle Suétone, trouva beaucoup de support auprès des Parthes :

Ciim post uiginti annos adolescente me extitisset conditionis incerlœ qui se lYeroneni esse jactaret, tant favorabile nonten ejus apud PartJios fuit, ut l'ehetnenter adjutus et i'ix reddi" tus sit (i).

(i) SuetOD. , in Néron», subjinem.

ARTABAN IV a été le dernier roi des Parthes ; car Artaxerxès , Persan de nation , l'ayant dépouillé de la couronne et de la vie l'an 22g , se donna le titre de roi des Perses , que ses successeurs portèrent pendant que cette monarchie durav Le règne d' Artaban avait été assez glorieux , et s'était fait sentir aux Romains qui , de leur côté , se firent sentir à ce prince. Il avait eu l'imprudence de ne se point tenir sur ses gardes, pendant que l'empereur Sévère ravageait les pays voisins ; il dormait en repos sous le bénéfice de la pai.\, lorsqu'il vit fondre tout d'un coup les troupes romaines sur ses états. Tout ce

ARTABAN IV

qu'il put faire fut cle se sauver avec une petite escorte (a) : la ville de Ctésiphonte , où il faisait sa résidence , fut pillée ; tous ses trésors et tous ses meubles tombèrent entre les mains de l'ennemi {b). Mais cette supercherie ne fut rien en comparaison du tour déloyal que lui joua Caracalla. Il lui envoya des ambassadeurs chargés de riches présens , pour lui demander en mariage sa fille ; et lui allégua cent belles choses , qui devaient résulter de cette alliance au bien et à la gloire des deux nations (c). Artaban rejeta d'abord cette demande, ne prévoyant aucune concorde dans ce mariage , vu la différence de langage et de coutumes , qui serait entre sa fille et un empereur romain.

Enfin les nouvelles instances de Caracalla , ses sermens , ses protestations d'amitié pour sa future épouse , obtinrent le consentement du père. Mais on va voir que Caracalla méditait une perfidie, qu'on peut regarder comme le modèle , ou du moins comme l'ébauche de la saint- Barthélemi de Catherine de Médicis. Il alla avec son année au pays des Parthes , et fut reçu partout comme le gendre du roi; et dès que Ton eut appris qu'il était près de la capitale, Artaban , accompagné d'une multitude infinie de monde , alla au-devant de lui. Les Parthes ne songeaient qu'à bien témoigner leur joie; ils ne faisaient que boire, que chanter et que danser : alors Caracalla ,

(rt) Hcrodian., Hb. III , cap. IX. {b) En l'année 300, «e/on Calvisius.

(c) Herodiuu. , lib. IF, cap. X , et set/.

donnant le signal à ses troupes , fit faire main basse sur cette multitude de gens. On en tua tant qu'on voulut ; car il n'y avait personne qui fût en état de résister. Artaban ne fut sauvé qu'avec peine. Depuis cette journée , Caracalla ne fit que piller et que brûler , jusqu'à ce qu'étant las de le faire , il s'en retourna dans la Mésopotamie , oii il fut tué. Artaban , affamé de tii'er raison de l'injure qu'il avait soufferte , marcha le plus tôt qu'il put contre l'armée romaine , qui avait élu Macrin à la place de Caracalla. Le combat ayant duré deux jours de suite , depuis le matin jusqu'au soir , recommença le troisième , et aurait apparemment duré jusqu'à l'entière ruine de l'une ou de l'autre armée , si Macrin n'eût fait savoir à Artaban la fin malheureuse de Caracalla , et ne lui eût déclaré qu'il désapprouvait le passé, et qu'il voulait lui rendre tous les prisonniers et tout le butin qui se trouveraient encore , et vivre en paix avec lui.

Artaban accepta ces offres , et ainsi la paix fut conclue entre lui et le nouvel empereur l'an ai-j. Il fut le premier que l'on nomma le grand roi ; et il portait un double diadème (A). Sa mauvaise fortune lui suscita en 226 un redoutable ennemi , je veux dire cet Artaxerxès, qui soutint sa rébellion avec tant de bonheur et tant de courage , qu'au bout de trois ans il mit fin à la monarchie des Parthes.

(A) Il fut le premier que l'on nomma le grand roi , et il portait un double diadème, (i).] J'ai cite mon au-

(i) Herodian. , lib. II , cap. II, pag, 257.

ARTABAN !V

teur, et il est trcs-vrai que l'on trouve crate , où il lui fait dire : Je m'as-

ces pavoles dans le chapitre que je sure que. quand ce serait le grand sei-

cote d'He'rodien : 'ApTstfavôv Tê tov gneur, et non pas une personne de

wpÔTêfiov xdXoôfAivov TOV juïya,v ^eta-ihicL, basse condition, il préférerait une nuit

Kcti éuai é\a.éiiiA.a.<n ;^pa)^5vov À7roxTêiva,i semblable à celle-là , à toutes les

(aj. Atque Al ahano^ qui rex magnus nuits et à tous les autres jours de sa

piinms appellalus est, duplicique dia- "vie , etc. Je t^oudrais bien lui deman-

demale uteù/ilur, neceni intulisse. Je der ii ce grand seigneur n'est pas le

crois qu'il a voulu dire qu'avant Ar- Turc; et si c'est lui, comment So-

taban IV . aucun roi des Partîtes n'a- crate en pouvait parler , si ce n'était

vait pris le titre de grand roi, et il par prophétie , puisqu'il ne peut pas y

se tromperait fort , s'il disait abso- auoir huit cents ans que les Ottomans

Jument que ce fut le premier prince ont commencé leur tyranitie, et qu'il

qui se nomma de la sorte 5 car il est y en a plus de treize cents du siècle

sûr que les anciens rois de Perse de Socrate au leur , à conqiter depuis

avaient pris cette qualité , et qu'elle Vannée quatrième oit il en né , dans

leur fut aflèclée. Voyez le vingt-qua- la 7^^. olympiade (5). Voici la

trièmt" vers des Perses d'Eschyle , et réfutation de cela. « Un habile

les notes de Slanley sur ce vers-là. Il allèjiue le témoignage de Dion Chrysostome , Orot. lll ; de Josephe, Antiquit. , lib. XI , cap. VI ; d'Hérodote , lib. VUIetUb. ^/deXénophon , Expedit. , lib. I ; d'Aristides, in Roniœ Encondo ; de Suidas, in l^ÀyAç 0tta-i\iùç. M. du Rondel m'a

'> homme m'aurait épargné une ré- » ponse en ne me faisant pas » une demande si sotte. Mais pa- » tience ; répondons à cet ignorant.

J> Oui , paladin (6) , le Turc est au- » jourd'hui celui qu'on nomme le }) grand seigneur. Mais du temps de « Socrate , c'était le roi des Perses

indicpié ce passage de Stanley. On » qu'on appelait de la sorte, et qu'on

peut ajouter à ces autetns Platon , i« » ne nommait point autrement. Aux

Gorgid, pag. 321 , C ; Plutarque, i« ■» autres rois, dit Suidas, on don-

Vitd Cimonis , pag. ^èS , E ; le li- » ne le titre des états et des pays qui

vre d'Eshter , chap. XVI , i's. \ . Li- » sont de leur obéissance , et pour

sez aussi le Panégyrique d'Isocrate, )> ce on dit le roi de Macédoine et

vous y trouverez la plainte de cet » le roi des Lacédémoniens. Celui des

orateur contre les Grecs de son temps, » Perses se qualifie simplement le

qui , dai^s leur langage ordinaire , w grand roi ou le grand seigneur ,

donnaient au monarque des Perses » i^îyctç fLctcriXii/ç , fAiynç é^io-TroTnç. Et

le titre pompeux de Grand Roi : Où » comme il portait le titre de grand

ficLTixia, TOV /uiiycLv tcùrov Tr^oiruycifiù- » seigneur , ses sujets prenaient la

0//6V 5 ùo^TTip xlXf^oLXaiTni yiyovoTH -.1 (i) « qualité d'esclaves , et sa cour s'ap-

IVon euni quasi bello cnpti regeni » pelait la Porte , ses courtisans o«

mngnum appellamua ? Notez que les w Î7nùùpa,H ficttrlxiaiç , ceux qui étaient

rois de Perse ne furent pas les pre- » à la porte du roi. L'empereur des

miers qui se donnèrent ce nom. Les )> Turcs lui a succédé au titre de

rois d'Assyrie l'avaient porté, comme » grand seigneur, aussi-bien qu'en

on le peut recueillir du chapitre XVIII du II*. livre des Rois (4) , où l'on trouve les paroles du député de Sennacherib. Je me souviens de la réponse que le père Goulu fit quand on Cl itifpia un passage de sa traduction de l'Apologie de Socrate. Rapportons d'abord les paroles du censeur : Je ne sais de quoi l'accuser , si ce n'eit d'une ignorance volontaire en un passage de son Apologie de So-

(î) Herottian. , lih. JI , cap. II , pag. iS'j. (3) Isocmtcs , in Panei;yr. , pag. 96. Voyez l'ariicU Kc.Èsii.Kv$ II, citafion (38).

(/)) ylux vers 19 et 38.

)) la meilleure partie de ses royauj< mes , et en la forme de sou gou- » vernement. De façon que, sans ré- » relation et sans prophétie, Socrate » a pu parler du grand seigneur, de )) quoi le paladin ne l'a pu reprendre )> sans découvrir son anerie. Mais de » le renvoyer à Hérodote , à Thucy- » dide , et aux autres bons auteurs ,

(5) Disroiirs d'Âristarque à Nicaodre , sur les fautes (te Pliyllarquc , pag. 120, 121.

(fî) On M^ sert lie ce mot, a causf* quon avait h faire il Javen^ic, contre lequel il avait paru une satire , iniuulc'c La Défaite du Paladin Javersac. Voyei son article.

ARTABAN IV

i) pour apprendre la vérité de ce que » je dis , ce serait à moi peine per- » due^ car le pauvre malheureux con- » fesse qu'il n'a point de livres , ni i> d'argent pour en acheter^ et à pei- » ne ceux qui ont des bibliothe'ques » lui voudraient confier les leurs j et » puis il n'y entend du tout rien. Je w me contenterai donc de l'envoyer » étudier l'histoire des Turcs au bout » du Pont-Neuf, où les colporteurs » étalent leurs images, afin que, sans 3) qu'il lui en coûte rien, il apprenne, i> dans les cartes où les empereurs w des Turcs sont figurés en taille- » douce, depuis quel temps les Ottoj) raanssont devenus grands seigneurs:

« s'il y a huit cents ans , comme dit » le paladin , ou bien si c'est depuis 3> trois siècles seulement (7). » J'ai rapporté tout ce long passage afin que l'on vît à peu de frais , et sans consulter les pièces de la fameuse dispute du général des feuillans , les manières rudes et grossières de ce tempslà (8) entre les auteurs qui étaient en guerre. Mais ne laissons point tomber la supercherie du père Goulu.

N'ayant pas trouvé son compte dans y.îyx; fii^fhiùç , il supposa faussement que les mots fxiyoLç S'î^ttÔt^ç sont dans Suidas. Ce n'était point se tirer d'affaire auprès des lecteurs habiles : cela ne servait qu'à imposer aux ignorans 5 cela exposait partout ailleurs à la note de faussaire : tout bien compté , il se trouve que l'on critiqua justement son grand seigneur.

Au reste , le titre superbe de roi des rois était moins propre que celui de grand roi , à flatter l'orgueil des Orientaux j car nous voyons qu'Artaban IV , pour se donner du relief, se fit nommer le grand roi. Il avait déjà eu , comme ses prédécesseurs, la qualité de roi des rois. Du temps de Pompée on la donnait communément au roi des Parthes ; et si Pompée ne se régla point sur ce formulaire en lui écrivant, ce fut pour l'amour des autres rois qui étaient venus lui rendre hommage (9). Phraates se la donna dans une lettre qu'il écrivit à Auguste (10). Suétone l'a donnée au

(n) Achates à Palémon , pour la défense de PliTlIarque, pa^. 43.

(8) C'e.st-h-ditr, Van 16 j8.

(9) Plularcli., in Pompeio , pag. 639, C. (jo) Dio, /('/(, I^y, ad aiinum ']^Z,pag. 63G.

roi des Parthes contemporain de Germanicus : c'est dans l'endroit où il raconte le regret qu'on eut de la mort de cet illustre Romain : Régulas quosJam barbain posuisse , et uxorurn capita rasisse ad indicium maximi lucliLs. Regum etiam Regem et exercitaùone l'enandi et conuiclu Megislanuin abstinuisse, qund npud Parllios justilii instar eU (i t). Je ne m'é • tonne pas du goût d'Artaban , lorsque je considère que le titre de roi des rois a été beaucoup plus commun que le titre de grand roi. On a donné à Agamcmnon le titre de roi des rois (12). Diodore de Sicile assure qu'Osmanduas et Sésostris étaient qualifiés de cette manière, l'un dans son épitaphe ( i3) , l'autre dans des inscriptions de colonne (i4)- Us avaient tous deux régné en Egypte glorieusement. Cyrus fut aussi qualifié de la sorte dans son épitaphe (i5) ; et c'était un titre que l'on donnait à Tigranes , roi d'Arménie (16). L'Ecriture sainte le donne à Nabuchodonosor (17). Notez que les rois de Per se , qui succédèrent aux rois des Parthes , continuèrent à se nommer rois des rois. Voyez la lettre de Sapor à Constantius , dans Ammien Marcellin (i8) , et les notes de Heni-i de Valois sur cet endroit-là. Voyez aussi Trébellius PoUion, dans la vie d'Aurélien , et les notes des commentateurs. Quelques auteurs veulent que les empereurs de Constantinople aient redoublé ce titre : Ils portaient en arnioirie quatre B , que les nôtres appellent Jusi/s , qui l'eulent dire jiita-i- Kiuç fia,TiKitev 0a,TiKiua>v /ictTiKiun , c'est-à-dire, rois des rois, régnant sur les rois ( 19). Disons en passant (jue c'était par faste qu'on laissait à un prince tributaire le nom de roi.

(11) Sueton. , in Caligiilâ , cnp. f.

(12; Cicero , Epist. XIV . lih. IX , ad Familiar., pag. 3i. Livius, lib. XLV, cap. XXVII.

(i3) Diodor. Siculus, lib. I , cap. XLFII.

(14) Idem, ihid. , cap. l,V .

(i5; Sirabo, Uh. XV , pag. 5oa.

(i6j Plutarclius, in Lucullo, pag. 3oo , C.

(i-) Voyez la Prophétie d'ÉzécIiiel, chap. XXVI, ys. ■;.

(j8) Ammian. Marcellin. , lib. XVII, cap. V, pag. 163, ad unn. 357. lii.sselius, Uuinarum illu^lr. dec. IV , pag. 445 , dit faussemenl que Capitolin a parle de celle lettre.

(i()) bodin, de la République, lii-. I, chap. IX , vers la fin , pag. 211.

456 ARTABAZE. ARTAVASDE l".

ARTABAZE , filsdePharnace, par un autre chemin. Si Mardonius

commandait les Parthes et les Chorasaiiens dans l'expédition de Xerxës (a). Ce fut lui qui ; après la bataille de Salamine, escorta le roi son maitre jusqu'à i'Hellespont , avec soixante mille hommes d'élite {b). Dès que Xerxës eut repassé en Asie , Artabaze revint sur ses pas , et il se crut obligé en chemin faisant

avait survécu à cette perte de bataille, il n'eût pas manqué de dire dans son manifeste qu'Artabaze l'avait sacriûe'5 qu'Artabaze n'avait été', ou que le spectateur du combat , ou cju'un fuyard ; qu'Artabaze, qui avait déconseillé cette bataille , avait contribué de son mieux à la faire perdre , afin d'élever un trophée aux lumières de sa prudence. Artabaze ne serait pas le seul qui aurait soutenu par cette sorte de preuves l'opinion qu'il

oc v.i«i v^w.^^^ -- aurait eue au conseil de guerre. C'est

de punir la ville de Potidée , qui une étrange bévue, que de dire, com- 4 - , :^„„ rioc Ppr^pft me fait M. Moréri , que les Grecs per-

avait secoue le joug des Per.es ^.^^^^ ^^^^^ ^^^^.^^4 ^^ ^^ ^^,j^^

sur les nouvelles de leur mauvaise fortune. Il l'assiégea fort long-temps , sans pouvoir en venir à bout , à cause des inondations causées par les tempêtes. Il avait été plus heureux au siège d'Olynthe. Il désapprouva la résolution qu'on prit de laisser Mardonius en Europe (c) , et ce fut aussi contre son avis , que Mardonius s'engagea à la bataille de Platée , qui fut si funeste aux Persans. Artabaze , qui avait prévu ce qui avint , conserva les quarante mille hommes qu'il commandait, et les ramena en Asie , avec beaucoup de prudence (A). M. Moréri n'use point là de discernement. Voyez la remarque.

(a) Herodot., lib. VU, cap. LXVI.

\b Idem, lib. y III, cap. CXXVI.

(c) Idem, lib. IX, cap. LXF, LXXXVIII.

(A) // consert^a les quarante mille hommes qu'il commandait , et les ramena en Asie at^ec beaucoup de prudence.'\M. Moréri débite qu'Artabaze recueillit les débris de l'armée. C'est n'avoir point entendu l'auteur qu'on cite. Hérodote nous fait clairement comprendre qu'Artabaze retint auprès de lui ces quarante mille hommes comme un corps de réserve , et <jue lorsqu'il 1<!S voulut mener au combat il s aperçut de la déroute de Mardonius, et prit le parti de la fuite

Potidée nu et dégarni de toutes sortes de circonstances , que fait-il là ? De quoi sert-il à un lecteur ?

ARTAVASDE I". , roi d'Arménie , fils et successeur de ce Ti— grane qui fut vaincu par Lu— cullus et par Pompée durant la guerre de Mithridate , trompa vilainement les Romains lors de l'expédition de Crassus (a) ; car , après avoir été trouver ce général avec six m.ille chevaux , pour lui prometre un secours de quarante mille hommes , il ne tint point sa parole , et s'excusa sur la guerre qu'il avait à soutenir dans son pays contre les Parthes {b). Crassus , se voyant joué , usa de grandes menaces (c) ; mais il ne fut pas en état de punir cette perfidie :

au contraire , Artavasde eut bonne part aux réjouissances qui furent faites à la cour du roi des Parthes , pour la ruine de l'armée romaine. Il avait arrêté le mariage de sa sœur avec Pacore , fils d'Orode , roi des Parthes {d) ; et il était à la cour d'O-

(a)Dio, lib. XL.

{b) Plutarc. in Crasso , pag. 554- (c) Id. , ibid. , pag. 556.

{d) Id. , ib- , pag. 564. Cicero , Epist. ad F^miim, lib. XF.

ARTAVÂSDE F'. 4^7 rode, pendant les excès de joie qu'ils se nnissent à genoux devant qu'une si grande victoire y eau- elle, ou qu'ils lui fissent des supsa. Il vit mille divertissemens plications : ils ne la nommèrent remplis d'insultes pour les Ro- que par son nom , ce qui fut mains ; il assista aux festins et cause qu'on les traita plus dureaux comédies , et il entendit ap- ment. Quelque temps après on pliquer des vers d'Euripide au fit mourir Artavasde , et l'on endésastre de Crassus , dont la tête voya sa tête au roi des Mèdes. fut apportée pendant qu'on re- Ce fut Cléopâtre qui lui envoya présentait les Bacchantes de ce ce présent , lorsqu'elle fut de poëte. Cela fournit à Plutarque retour à Alexandrie après la l'occasion de dire qu'Orode en- perte de la bataille d'Actium fg-J. tendait le grec, et qu'Artavasde Elle crut que cette tête portea composé des tragédies , des rait le roi des Mèdes à s'allier

harangues et des histoires (A) , qui subsistaient encore en partie. Je ne pense pas qu'il faille distinguer cet Artavasde de celui qui trompa Marc Antoine (B).

Il lui persuada de tourner ses armes contre le roi des Mèdes (e) ; et l'embarqua par ce moyen dans une entreprise qui eut un très-mauvais succès , et oii il ne le seconda nullement {f). Marc Antoine , renvoyant la vengeance à une occasion plus commode, dissimula pour le coup ; mais deux ans après, savoir l'an '^20 de Rome, il se servit de tant d'artifices , et de tant de belles promesses , qu'il l'attira enfin à s'aboucher avec lui ; et alors , il le retint prisonnier , le chargea de chaînes d'argent (C) , et l'emmena en triomphe à Alexandrie.

La femme et les enfans d'Artavasde furent aussi un des orne— mens du triomphe de Marc Antoine. Ils furent tous amenés à Cléopâtre , au milieu du peuple , chargés de chaînes d'or ; mais on ne put obtenir d'eux, ni par promesses , ni par menaces ,

(e) // s'appelait Artavasde.

(/) Dio, lib. XLIX. Stmho, lib. XI, pag. 36i et 366. Plutarcb. in Anlonio, pa§. ySS,

plus étroitement avec Marc Antoine contre Auguste. On verra dans l'article suivant ce que devinrent les fils d' Artavasde. Il avait une fille mariée au fils du roi Déjotarus (h).

(g) Dio, lih. LI. Voyez la remarque (G), citation (l i).

(h) Cicero, ad Attic. Epist. XXI, lib. V.

(A) Artavasde a composé des tragédies, des harangues, et des histoires.] Voici un poète et un historien grec qui, en tant que poète, a été' oublie' par Vossius , mais non pas en tant qu'historien (i) , quoique Mallincrot le mette dans son recueil des historiens qui avaient e'chappëaux recherches précédentes. Mallincrot observe qu'Appien a cité l'histoire de notre Artavasde 5 mais qu'il a donné à l'auteur un nom un peu différent. Il ajoute que ce prince est le premier de son nom, qui ait régné en Arménic(a).

Cela pourrait être vrai, quand même la conjecture de plusieurs critiques sur un passage de Justin serait bonne.

Ils prétendent qu'il faut lire Arta^>asdes, et non pas Ortoadistes, au II*, chapitre du livre XLIl. Il y aurait donc eu un roi d'Arménie nommé Artavasdes, au temps de Mithridate-le-Grand, roi des Parthes. Ce Mithridate fut

(i) Vossius, de Histor. Grœcis , pag-. iS^- (2^ Mallincrot, Paralipomenon de Ili.slor. Grtec, pag. ii et 87 : 1/ le nomme avec Vossius Artuasdes. M. Ryck , sur Tacite , Tpag. 2S , pre'iend que Plutarque le nomme Arlabaze ; mais il est certain qu'il le nomme plus sautent

'Ap'r«to;/*9'<r»iç.

ARTAVASDE I".

chasse, et eut Orode son frère pour successeur , lequel Orode remporta une si mémorable victoire sur les Romains. Notre Artavasde, à la ve'rité, régnait en même temps qu'Orode ^ mais rien n'eraj^êche qu'il n'ait commencé de régner avant lui, et que

720 ? M. Moréri remarque «jue ce prince détrôné mourut en prison quelque temps après. C'est oublier une circonstance très-essentielle, car il fut

tué. 'AvMpjÔ» tJI/VStîTT&VT&ç Tci/ 'AxTfStKoî/

-TToXifjiotj (10) , Bello Actiaco gliscente inlerj'ectus est. Cléopûtre, selon Dion,

Tisrane son père ne soit mort avant était de retour à Alexandrie, après la la déposition de Mithridate-le Grand ; bataille d'Actium , quand ce meurtre

auquel cas Artavasde aura pu être en guerre avec ce dernier. Il est vrai , qu'afîn que Justin soit d'accord avec Plutarque (3) et avec Dion (4)) il faut supposer que son Mithridate-le-Grand est lePhrahate que ceux-ci font régner du temps de Tigrane.

(B) Je ne crois pas qu'il J'aille distinsuer cet y/rtafasde de celui qui trompa Marc Antoine. J Voici mes raisons. Celui qui trompa Crassus , était fils de Tigrane , à ce que Dion assure (5). Celui qui trompa Marc Antoine était fils de Tigrane, à ce que dit Josephe (6), dont le témoignage pourrait être confirmé en cas de besoin par Strabon qui assure, non-seulementque celui que Marc Antoine punit de sa perfidie avait régné aprèsTigrane ("7), mais même qu'il était son fils (8). Donc, celui qui usa de supercherie envers les Romains au temps de Crassus, est le même qui les trompa dans l'expédition de Marc Antoine. M. Moréri ne l'entendait pas ainsi : il voulait qu'oa reconnût deux Artavasdes. S'il en fi'lt demeuré là, on n'aurait pas trouvé fort étrange son sentiment ; mais voici ce qu'on ne saurait payer. Il veut que l'un de ces Artavasdes soit celui qui avait composé des histoires et des poésies, et que l'autre soit celui que Marc Antoine mena en triomphe dans Alexandrie l'an 720 de Rome. Il dit que celui-ci laissa un fils de ce même nom, qui est peut être celui dont parle Plutarque , qui aidait tant d'esprit (9) et qui trahit Crassus. Quel aveuglement ! Crassus fut trahi l'an 701 ; celui qui le trahit était actuellement roi d'Arménie : comment donc serait-il le fils d'un roi d'Arménie détrôné l'an

(3) Plutarcli. , m Pompeio.

(4)Dio, Ub. XXX ru.

(5) Idem, lih. Xt.

(G) Joscpli. , Ub. XV, cap. V.

(^)Sliabo, lib. XI, subfnem.

(8) Idem, Ub. XI, paf;. 3G5.

(g) Plulari|iie ne. du point qu'il eût beaucoup, Kl tant d'cspiit.

fut commis (i i). On ajoute qu'il laissa un fils nommé Artavasde. Ce n'est point cela j son fils aîné , qui lui succéda, se nommait Artaxias ; son autre fils se nommait Tigrane : et quant à cet autre Artavasde, qui, selon M.

Moréri, citant Tacite , perdit bientôt l'Arménie , que Tibère lui avait donnée , il n'était point fils de l'autre, et il ne fut que le troisième ou le quatrième roi après lui. Il est faux de plus que Tacite nous apprenne que Tibère lui donna l'Arménie. Voici ce qu'il dit : Dein jussu Aui^usti impositus Artauasdes , et non sine clade nostrâ dejeclus, Tum C. Ccesar com.ponendœ Armeniœ deligitur. Js j^riobarzaneni , origine Medum , oh insigneni corporis formam et prœclaruni animum uolentibus Armeniis prœfecit (12). Enfin, ce que dit M. Moréri , qu'Auguste y avait envoyé un fils d'Agrippa qu'on chassa bientôt , est trèsfaux j car l'envoi de Caïus César fils d'Agrippa fut postérieur à la ruine du dernier Artavasde. Caïus César ne fut point envoyé dans l'Arménie pour y régner, mais pour y mettre ordre aux afl'aires ; il y établit Ariobarzanes , et puis continua de visiter l'Orient avec une pompe digne de l'héritier présomptif de tout l'empire romain. Si l'on tâchait à faire des fautes , en ferait-on plus que M. Moréri ? En feraiton sept ou huit dans seize lignes ?

M. Hofman n'en fait que ti-ois dans cet article. Il dit , 1°. qu'Artavasde secourut Crassus contre les Parthcs (i3) j 2°. que Tibère donna l'Arménie à un autre Artavasde ; 3°. qu'avant cela, Auguste l'avait donnée à Artabaze fils d'Agrijipa , qui fut bientôt chassé.

M. Llovd a supprimé tout cet article, quoi<iu'il fût assez bon dans Charles Etienne.

(C) Marc Antoine..... le chargea'

(10) .Sirabo , lib. XI , subjinem.

(11; Vurez Tacite, Annal, lib. II, cap. III.

(12) Idem, ibid.

(i3) Charles Etienne le dit aussi.

ARTAVASDE II. 459

de chaînes d'argent.'] Dion remarque plaintes de ses sujets , et sur la

qu'on les choisit telles, pour ue pas aemande qu'ils firent de Tigrane

faire déshonueur à la maieste royale ^ , '■ - '. -, -i ' > tî

par des chaînes de fer («Ij- Paterca- ^on ficre , qui était eleve a Relus dit qu'afin qu'elles fussent hono- me , Auguste donna ordre a lirables, on voulut qu'elles fussent d'or, bère de chasser Artaxias , et de Caienis, sed ne quid honoii Jeesse.i , conférer le royaume à Tigrane <2wei4 ct/jrit fi5). On avait use d une ., . - «-^ , ^ semblable cérémonie envers Darius {d). Artaxias fut tue par ses su- (16) JJais que dirons-nous de M. Ryck, jets ayant 1 arrivée de Tibère ( A); qui a traité de fiction un fait avance ainsi il ne fut pas malaisé d'inpar Louis d'Orléans pour accorder Pa- staller Tigrane (e). Cela fut fait terculus avec Dion (17): Ce lait est ,, •> / j d tqu'Artavasde fut chargé de chaînes 1 an 784 de Rome. Tigrane , m d'argent en prison , et de chaînes d'or Ses fils , ne jouirent pas Ion gle jour du triomphe. M. Ryck soutient temps de la royauté {f) ; ils fi— que ni l'un ni l'autre de ces historiens rent place à A"rtavasde II (B) , n a parle, ni de prison , ni de triom- . ^ , . phe, et qu'ainsi on ne sa.irait les con- 4"^ "^ conserva guère ce poste cilier ensemble. Il est pourtant vrai {g)- Auguste, qui le lui avait que Dion , dans la même page où il a donné , apprenant les confusions parlé des chaînes d'argent, parle des jg l'Arménie, y envoya Caïus cliaines a or ffu on donna a Arta\asde ^, ,-. ri et à sa famille le jour du triomphe, ^esar sou j^etit-fils, pour y met- Admirons les mauvais tours que la tre ordre. Ce jeune prince y étamémoire nous fait. blit pour roi Ariobarzane , avec (i4) Dio, lib. XLix. circajinem. la satisfactiou de tout le monde.

(i5) Paterculus, lib. II , capitR LXXXII.

(163 Curiius, lib. r, cap. XII. Vide ihi {d)Ty\o, Uh-LlV.

Frein>hemium. ,. j^ -f^.j

(i") Ryclt , Anlmadv. ad Tacit. Annal. , lib- ^ '

II,'eap. III , pag. liS , 2Q. if) ^^^ Tigrani diuturnum imperium

fuit, nec libcris e/us. Ticilus, Annal., lib,

ARTAVASDE II fut établi 11, cap. m.

roi d'Arménie j>ar Auguste. Il (sJ Tacit., Annal., lib. 11, cap. m.

avait été précédé deimis la mort ... . ~ , .

d'Artavflsde \" mr ArtaKiis mr ^^> ^rtaxiasfut tue avant l arrivée

d Arta\asae 1 .pai Aitaxias, pai ^^ Tibère.] Dion , qui nous apprend

Tigrane et par les enlans de li- eettc circonstance, s'est abusé sur les

grane. Artaxias, fils aîné d'Ar- noms; car il appelle Arlabaze celui

tavasde I". , s'était sauvé lorsque q"'»* 'l'^^'^iit nommer Artaxias (i). Ta-

c . • c / \ cite n impute la mort d Artaxias qu a

son père tut mis aux ters (a) ; 1 * 1 ■ ' j „ a..

1 j> • •'> trahison de ses parens : occiso Ar-

mais non pas avant que d avoir taxiâ per dolum propinquorum {1) -,

essayé de se maintenir avec ses mais Horace l'attribue à la valeur de

troupes et les villes qui le décla- Tibère ,

rèrent roi lorsque son i^ère eut ■ • •. ^'■'""^' vinute Neronis

r, r . ,j, Ti .1 11 Àrmenius cecidil (3).

ete pris (y). 11 eut le malheur

d'être battu par Marc Antoine ; ^ °e faut pas s'en étonner , les poètes

.1 ■^ 'c ■ ^ I savent trop bien donner un bon tour

<^t a ors il se retugia chez les . . ' . . ...

q . aux evenemens ; tout se convertit en

Fartties , et il ht si bien avec sujets de louanges entre leurs mains j

leur secours , qu'enfin il régna ils trouvent partout des fleurs pour

dans l'Arménie (c) : mais sur les e° couronner les princes. Josephe dit

(a) Joseph. , Antiq. , lib. XV, cap. V. (i) Voypj. Lipse sur les Annal, de Tacite, liv.

{}>) Dio. lib. XLIX. II, chap. III.

(c) Arsacidanim mj seque regnumr/ue tu- (2) Tacitus , ibid.

tatus est. Tacitus , Annal. , lib. II , cap. III. (3) Horat. , Epist. XII , vs. 26 , Uh. I.

ARTAVASDE II.

seulement qu'Artaxias fut chasse' par dactâ Armeiiiâ in potestalem popuH Archelaiis et par Tibère (4)- Sue'tone, Romani, regnum ejus ylrtai'asdi tra-

sans dire un mot d'Arfaxias, se con tente d'observer que Tibère mit Tigrane sur le trône : Ducto ad Orientent exercitu regnum ^rmeniœ Tigrani restiluit , ac pro trihunali dia

didit (9). Ce n'est pas sa seule faute, il a nomme Artavasde celui que Tibèl'e couronna roi d'Arménie, et il fallait le nommer Tigrane.

(B) Tigrane et sesjils,...jirentpla-

dema itnposuit (5). Je ne vois pas que ce a Arlavasde //. J Les auteurs du

le terme de restituer ait ète ici bien employé, car Tigrane, qui était le cadet d'Artaxias , n'avait jamais été possesseur de l'Arménie , et n'avait point dû l'être pendant la vie de son aîné. Scaliger , qui a eu raison de dire qu'Eusèbe ne devait point se servir d'un mot signifiant que l'Arménie fut subjuguée par Tibère (6 ) , puisque les Arméniens ne demandèrent pas mieux que d'avoir pour roi Tigrane qu'il leur amenait , Scaliger , dis-je , qui relève justement cette fausseté ,

Supplément de Moréri n'ont pas été en cet endroit moins fautifs que Moréri même. Je laisse passer ce qu'ils disent , que notre Artavasde était fils d'Artaxias , et par conséquent neveu de Tigrane ; il n'est rien dit de cela dans le IP. livre des Annales de Tacite , le seul auteur qu'ils aient cité. Mais passe pour cela : ils ajoutent que les fils de Tigrane furent nommés rois par l'ibère, et i\\x^ Artavasde II , leur cousin , succéda bientôt à la couronne par ordre du même empereur.

ou cette impropriété d'Eusèbe ( 7 ) , Tacite , leur témoin unique, les con-

aurait bien fait d'éviter le restiluit fond, car il dit expressément que tout

de Suétone , et de ne pas donner le cela fut fait par Auguste. Il ne dit

titre d'usurpateur à Artaxias (8). Il y point avec eux que les Romains aient

a une autre impropriété ou fausseté fait la guerre à cet Artavasde, et qu'ils

dans Eusèbe et dans saint Jérôme, son l'aient enfin détruit : ses paroles sont,

traducteur , qui n'a pas été relevée non sine clade nostrd dejeclus , qui

par Scaliger. Us nous assurent que Tibère se saisit de Y Arménie , vapiç»o-a-ro , occupai'it .Armeniani : or , il ne fit autre chose que donner aux Arméniens le maître qu'ils demandaient.

Il est certain d'ailleurs qu'il l'intronisa , qu'il lui mit le diadème sur la tête, et qu'il lui aurait prêté main forte s'il l'avait fallu : d'où vient donc que Scaliger dit que l'Arménie futi'endue à Tigrane sans l'intervention de Tibère ? Que veut-il dire quand il soutient que saint Jérôme ayant assuré que Tibère s'empara de l'Arménie , occupai'it , a dû croire qu'elle appartenait déjà aux Romains ? J'avoue que je n'entends rien à cette grammaire. Mais pourquoi n'intentait - il pas un procès à Paterculus, aussi-bien qu'à ces deux pères de l'Eglise ? Paterculus , historien aussi flatteur envers Tibère qu'un poète , ne l'a-t-il f)as loué d'avoir réduit l'Arménie sous a puissance du peuple romain ? Re-

(4) Josepli., Antiquitat, , lib. XV , cap. V. (.5) Sueton. , in Tiberio , cap. IX.

(6) ïlttpi(rriTa.TO, nrmis subjugavil, recepu, Ud dedilionem compulil,

(7) Scalig., in Euseb. , pag. 170.

(8) Il le nomme mal .hlabaze , k Vimilation de Dion. Fralrc ejus /irlabaze , du-il, rcgr.L iniessore ab Armeniis occiso.

peuvent signifier le contraire de ce qu'ils disent , savoir : qu'on le chassa malgré les Romains qui le soutenaient, et par la défaite de leurs secours.

Voyez l'article d'ARTAVASDE , roi des Mèdes. Enfin ils disent que Tigrane , oncle de notre Artavasde , eut la têle tranchée à Rome sous l'empereur Tibère. C'est une absurdité, car l'installation de Tigrane , oncle , à ce qu'ils prétendent , d'Artavasde II, se fit l'an 734 de Rome , et son règne dura fort peu. Le supplice de Tigrane, sous Tibère , arriva l'an 789 : il faudrait donc, selon ces messieurs, que ce prince détrôné eût survécu à sa chute plus de cinquante ans , et qu'il fût parvenu à une vieillesse que l'historien n'eût pas omise , en parlant de l'indignité de sa mort. Remarquez bien que Tigrane, créé roi d'Arménie en l'an 784, avait été fait prisonnier avec son père par Marc Antoine , en 720 , et qu'il était déjà grand (10). Remanjuez aussi que , peu après son couronriement , il maria ses enfans ensemble (11), selon la coutume de ces nationslà. Mais il y a plus , celui que Tibère

(g) Paterr. , lib. II , cap. XCIV.

(10) Voyez Josephe , lib- XV, cap. V.

(11) Tacit. , Annal. , lib. II , cap. III.

ARTAVASDE. 461

Il est croyable que ce prince ne fut pas long-temps captif, et qu'il est ce roi de Médie auquel

Cléopâtre envoya la tête d'Artavasde roi d'Arménie, l'an 'j'Z^de Rome(^).LeSupplémentdeMoré-

fit mourir est un pelit-fils d'Herode.

Josephe nous dit qu'Alexandre , fils d'Herode , eut de Glapliira, sa femme, fille d'Archëlaiis , roi de Cappadoce , deux fils , dont l'un, appelé Tigrane , régna en Arménie , et fut accusé devant les Romains (i-x). Voilà sans doute celui dnot Tacite parle en cette ma- „• „^^ ,„: +^ ,j^„i„- If. /A^ Bière -.JVe Tt^mnesquidcm Armenid ^ est ICI toutpleui de fautes (A). quondam politus, ac tune reus , no- (b) Idem. lib.LI. mine regio supplicia cu'iuni ejfugit

{i3). La conjecture de M. de Tille- (A) Le Supplément de Moréri est mont, que ce Tigrane fut roi de la pe- ici tout plein de Joutes. ] On y débite , tile Arménie, qui avait été donnée i°. que cet ^rtai^asrfe roi des MèJes, ar Auguste à Archélaiis (i4) , serait fils et successeur de Darius , soutint onne si Ton pouvait l'accorder avec uigoureusetnent la guerre contre Ar- Josephe, qui dit ((ue les descendans tauasde roi d'Arménie , et contre d'Alexandre , fils d'Hérode et de Gla- Pomjiée ; 2°. qu'il fut enfin défait par phyra , ont régné dans la grande Ar- les Parlhes , et qu'il se réfugia a ménie. 'H<fê 'KXi'^ÂvS'^w "j/fvêÀTÎïç fj.iya.- Rome auprès d'Auguste , qui lui donna la petite Arménie au lieu de la Médie qu'il aidait perdue. On cite Plutarque et Dion au livre XLIX. Mais pour réfuter cela en rétrogradant , n'est-ce pas se moquer du monde , que de citer simplement Plutarque ?

N'est-ce pas vouloir faire des fautes impunément ? car qui n'aimerait mieux s'abstenir de critiquer, que de lire deux gros volumes in-folio , pour vérifier un petit fait ? Il est sur que Dion au livre XLIX ne dit point que cet Artavasde se soit réfugié à Rome , ni qu'Auguste lui ait fait présentde la petite Arménie. Je ne sache point d'auteur qui dise cela. Je trouve biea dans Tacite qu'Auguste fit régner dans l'Arménie un Artavasde , après les fils de Tigrane , mais non pas que ce fut pour le dédommager de la Mé-^

XJ«f 'Ap//cnviac iSciTiXtuiri (i5).

(12) Josept. , lib. XrUI , cap. Vil.

(.3) Tacil. , Annal. , lih. VI , cap. XL. (i4' Histoire des Empereurs, toin. I, note 11, sur Tibère.

(i5) Joseph., de Bello Jud., lib. II, cap. XIX.

ARTAVASDE , roi de Médie , fut attaqué par Marc Antoine , à la sollicitation d'un autre Artavasde, roi d'Arménie. Cette entreprise fut très- funeste à Marc Antoine; et comine il crut que celui qui l'y avait engagé l'avait trahi , il tourna toute sa colère de ce côté-là , et fit alliance avec le roi de Médie. Il lui donna une partie de l'Arménie ,

dès qu'il en eut dépouillé l'autre die. Apparemment ceux qui ont fait Artavasde , et il voulut cimenter cette paix par le mariage de son fils Alexandre avec Jotape , fille du roi des Mèdes. Les troupes qu'il lui fournit le rendirent victorieux des Partîtes , et d'Artaxias fils d' Artavasde roi d'Armé-

le III*. volume de Moiéri se sont servis à deux mains de ce passage de Tacite : d'un côté , pour débiter que Tibère donna l'Arménie à un Artavasde , fils d'Artaxias , et neveu de Tigrane (i)j et de l'autre, pour dire qu'Auguste la conféra à un Artavasde , roi dépouillé de la Médie. Enfin quelle négligence , que de dire qu'où s'est défendu vigoureusement contre

nie; mais quand il les eut retirées,

et qu'il eut retenu celles que sou le roi d'Arménie, et contre Pompée !

allié lui prêta, celui-ci ue put Celte guerre contre le roi d;Arménie ,

, . , ,^ . , ^ ^1 qui n avait guère besoin d être vigou-

resister a ses ennemis , et tomba ^usement f oussée , vu la trahison

entre leurs mains. Dion raconte de ce prince envers Marc Antoine, est cela sous l'an ^21 de Rome (a).

(i) Vorez la remarque (B) de V article <i'AR-

{a'i Dio, lib. XLIX, tatasds U.

postérieure d'environ trente ans à celle que Pompée fît en ce pays-là.

Je n'ai remarqué , ni dans Plufarque , ni dans Appien aucun Artavasde roi des Mèdes , qui ait été attaqué par Pompée. Je vois seulement dans Appien que Pompée subjugua Darius roi des Mèdes (a).

(2) Appian. , in Milbridat.

ARÏAXATA (A) était la ville capitale de l'Arménie sur la rivière d'Araxe. Ce fut Annibal qui non-seulement en traça le plan , mais qui en dirigea aussi la construction , à la prière d'Artaxias,roi d'Arménie, chez qui il s'était relire après la défaite

ARTAXATA.

diguwn est. La ville fut couverte tout d'un coup d'un nuage épais , d'oii partaient une induite d'éclairs , pendant que le soleil luisait comme de coutume jusqu'à l'enceinte des murailles.

Cette ville fut rebâtie quelque temps après par Tiridate , qui la nomma Ncronée , pour faire honneur à Néron (c) , duquel il avait reçu uiille caresses à Rome , oii il était allé lui rendre hommage l'an de Rome 81 g.

(c) Xipliil. in Nerone.

(A) Arlaxata. ] Plutarque observe que cette ville tira son nom de celui

d'Anliochus {a). On peut croire du roi Artaxas (ou Artaxias) à qui au'une situation , qui avait été Annibal en proposa la construc choisie par un si grand capitaine, était fort avantageuse (B) , soit en temps de guerre, soit en temps de paix. Cette ville fut brûlée par Corbulon , l'an de Rome 811 {b). Ce grand capitaine n'aurait point exercé cette c'est le principal nom qu'il lui donne rigueur contre les habitans , qui Or il est certain qu'il l'appelle prinluiavaient porté les clefs de la ville cipalement ^rt«T«<« , et qu'il se cou- ,., ,,^ /. - . ,- 1 tente de due une lois qu elle avait le

dès qu il 1 eut fait investir , si les

lois de la guerre ne l'y eussent

comme forcé (C). C'était une

grande ville, qu'il ne pouvait

garder sans une grosse garnison ;

il ne pouvait y laisser autant de

soldats qu'il y en fallait , sans

affaiblir de telle sorte son armée ,

,•.»''! i> '^ ^ 3 • reproche

qu il eut ete hors d état de rien j^j^. . ^^^ qu'Annibal réfugié dans l'Ar-

entreprendre ; et il n'y eût eu ni ménie, et remarquant une situation

profit ni gloire à la conquête très - avantageuse , ait conseillé

tion (i). Ce que MM. Lloyd et Baudrand remarquent, que Tacite l'appelle Arlaxie, n'est pas vrai : il l'appelle constamment Arlaxala. Ce qu'ils ajoutent, que Sirabon la nomme Artaxiasata (2) , n'est point exart ; car c'est clairement insinuer qu'il ne la nomme qu'ainsi , ou que du moins

qu I

nom i^Artaxiasatii. Pinedo a eu raison de changer 'ApToL^utcrciTu. en 'Ap- Taf(cta-*Tat dans Êtieime de Bysance , qui sans doute n'a point parlé autrement que Strabon , puisqu'il le cite.

Il est sûr, du moins, qu'il n'a pas nommé cette ville Artaxia, comme Ortelius le lui impute aussi faussement qu'à Tacite. L'omission que Pinedo cet Etienne est inexcusa-

T 1 ^ , ,'^,, ^„..o,t oKo« prince son liote d y faire bâtir une

dune nlace qu on aurait aban— • ... ^ i-i \ u a \ v

' .1 " . ... ville , et qu il se soit charge de la di-

rection de ce travail, est une circonstance que l'on ne doit pas supprimer dans un dictionnaire de villes.

Je dirais volontiers qu'Etienne , ayant Strabon devant les yeux, quand il lit

(i) Plutarch. , in Lucullo , pap. 5i3.

(2) C'est apparemment par une faute d'iinpressivii iju'on lit Arraxiaïatra dans M. Baiidrand.

donnée toute telle qu'on l'aurait prise. Il se résolut donc à la ruiner, et y fut encouragée par un grand miracle (D), si crcdere

(fl)PIutarc., l'n Lucullo, p«/?'. 5i3. Str.ibo, lib. X/, pai;. 36]. f^ojcz l'article d'A.R- T-iWlA-S !•■'■., citation (c).

(i) C'eut le 5^\ de Jésus-Christ:

ARTAXIAS P'. 463

l'article d'Arfaxata , n'oublia point ce cre par les raisons que Tacite a expoqu'il y vit toucliant Annibal, et que séea. ^rluxulis ii^nis intmiisus , ilelec'est à son abreviateiir , moins habile taque et sn/o œqiiula sunt , qùia nec tehomme que lui, qu'il faut imputer la nerisine ^^aliJo prœsidionh niagnUudi^ ne'gligence dont Pinedo a fait une nein mœ/iiinii , nec id noùis virium juste plainte. Il n'y a peut-être point erat quodjirniando prœsidto et capesd'ouvrage qui demande plus dédis- sendo be.Uo dli^iderciur , l'el si intégra cernement et de bon goût que l'abre- et incustoditar elinqucrentur, nutla in ge d'un gros livre (3j. Je ne me lasse eo utilitas aut gloria qni>d capta espoint de faire cette remarque , parce sent (6). Les insultes qui; Ton l'ait à que je porte chaque jour la peine de son ennemi, loisqu'il abandonne ses la négligence d"S abrëviateurs. ils conquêtes sans les mettre hors d'e'tat sont cause que je trouve des obscurités de lui nuire, ou qu'il ne les garde embarrassantes en cent endroits, ([ui qu'en aliaiblissant trop ses armées, le apparemment étaient fort intelligibles rendent si rae'prisable (jue , pour dans Fauteur qu'on a abrège. Voyez maintenir sa réputation , l'un des plus ce que M. tironovius observe contre grands ressorts de la guerre, il ne \esi\\\ienrf:à\\SynopsisCriticortim{^). faut jamais donner lieu à ces insultes.

(B) Sa situation était fort ai'anta- C'est donc par une fatale et maliieu • geiise. ] Strabon nous apprend qu'Ar- reuse nécessite' , que les dures lois de taxata était biltie dans un endroit où la guerre obligent à [jriver son ennela rivière faisait une péninsule , de mi de ce dont on ne saurait profiter sorte que les murailles étaient entou- soi-même.

rées de cette rivière, comme d'un (D) et qui y fut encourage par

cercle presque entier. Son traducteur un grand miracle. ~\ Tacite , avec tout

n'a pas entendu la chose, et Pinedo son grand esprit, donnait d'aussi bon

le lui a fort justement reproché (5). cœur <|u'un autre homme dans ce

Si l'on ne consultait que la version , merveilleux dont on airne à se repaî-

on croirait que cette ville était sans tre. Les hubitans d'Artaxata clierchè-

murailles , hormis l'endroit où la ri- rent sans doute à se consoler de l,i

vière ne l'entourait pas : Cincta niuri ruine de leur ville , entre autres rai-

locn fluudne , nisi qua isthmus est. Le sons, par quebjue miracle qui les assu-

grec ne dit point cela : To rùxoç kÔ- r;1t que les dieux ne l'avaient point

icxai TTfioCiCKifyAvûv Tov TroTttfAov , TThùv agréée; et ils crurent aisément tout

'raû'ls-BfAoû. ce c[ue l'on inventa dans cette vue.

(C) Elle fut brûlée par Corbulon.... Mais ils n'ont point eu d'historien qui que les lois de la guerre y a\>aient ait fait parvenir jusqu'à nous ce qu'ils comme forcé.] Plus on considère les crurent. Les Romains, de leur coté , suites inévitables delà guerre, plus ne manquèrent pas de gens qui surent su sent-on porté à détester ceux qui en tourner la médaille. Nous le savons , sont cause. Voilà Corbulon <iui réduit grAccs à Tacite : Adjicitur miraculuni en cendres une grande et belle ville, velut nuinine nblatum , nain cuncta et qui jette dans la dernière désola- extra tectis hacteniis soie inlustria tion une infinité de femmes, d'enfans, fuére , quod mœnibiis cini^ebatur iia de vieillards , qui ne lui avaient ja- repente alrd nube cooperlùm fulgurimais fait aucune injure. Demandez à busquediscretumest,ulquiisi infe/tsanceux qui entendent le plus à fond le tibus deis exitio tradi credcretur {']). métier des armes s'il fit bien . ils vous

répondront qu'il fit très-bien, et f6) Tocit., Annal., a. X///, c^;». XL/. qu au cas qu il ne leût point lait , il

aurait agi en très-malhabile général , ARTAXIAS I". , roi d'Armé-

comme il eût ete aise de 1 en convain- ■ ''^ t ' j '

nie, n étant encore qu un des ge-

(3) ror„ ci-d.ssus la fin de la remarque (C) néraUX (V AutiocluiS -Ic-Graud ,

de iart.cte \caiLLE[io,n. I ,mg. 147], cl la partagea l'Annénie avec un des

reinarijue {t.) , nuin. r 1 1 , de l article AKUtioi.. * " r , 1 »

(4) Gronovius, in Tractatuàt ji.H5 Proditore. aulres gcueraux de cc même roi

Con.^uUez le.. Nouvelles de la Hépublique des (A). Cc «rinCC leur permit à l'uH

Lettres , mai 1684, art. VI , paf;. -irii. \ /^ 1 1

f5) Pinedo, in stepiian., de Urbibu5,'pn^. 117. et a i autre d y Commander sou-

464 ARTAXïAS II.

verainement (a). Ils ne manque- de l'emploi de toutes sortes de

rent paf de profiter de sa complaisance ; et lorsqu'il eut été vaincu par les armées romaines , ils se soumirent aux vainqueurs , qui leur donnèrent le titre de rois (b) ; et depuis cela , ils s'a-

moyens pour se maintenir dans l'usurpation , ni de sa mort dans les jjrisons d'Antiochus Épiphanes. Ce sont de pures chimères par rapport aux citations.

(A) Il partagea l' Arménie avec un

grandirent le plus qu'ils purent j^^ ^^^^^^ généraux d'Antiochus- Le

aux dépens de leurs voisins. Ti- Grand.} Dans les éditions de Stra-

erane , qui fit tant parler de lui bon, il est nommé 0Apa<r»ç en un

durant les cuerres de Mithri- '»«» (i) , et Z*pWf.f, ou z^tcTpWf.ç,

durant les guerres date , dont il avaitépousé la fille, descendait d'Artaxias. Plutarque raconte qu'Annibal , s'étant retiré chez Artaxias , après la défaite d'Antiochus , lui donna mille bons conseils , et qu'ayant trouvé qu'un lieu , dont on ne tenait aucun compte , était trèspropre à y bâtir une ville , il y en traça le plan , y mena Artaxias , et l'exhorta à la bâtir.

Artaxias goûta fort la proposition, et pria Annibal de se charger de la conduite de l'ouvrage :

il obtint ce qu'il souhaitait, et de là sortit une grande et belle ville , qui , à cause de lui , fut nommée Artaxata (c). Voilà tout ce que je trouve dans les deux auteurs que le Supplément de Moréri a cités (d) ; car pour la révolte contre son prince légitime, causée par la confiance que l'on avait en l'amitié des Romains (e) , je n'y en vois ni ombre , ni trace , non plus que

(a) Strabo , lib. XI, pag. 366. Vojez aussi pag. 364-

(p) Plutarque et Strabon, pag. 364, «' Stepbanus in 'Afna.^ATX , donnent ce titre à Jrlaxias.

(c) Plularcli. , in LucuUo, pag. 5l3: il l'appelle 'Aprci^xç. Voyez aussi Strabon , pag. 364.

{d) Plutarc, in Lucullo. Strabo, lib. XJ.

(e) Str.ibon dit expressément JipP^ov oîiTOt TOt/ /iia.<rlKiaiç 67riT^É4*VToç. //{ régis permissu imperaverunU

en un autre (2). Il était facile à ceux qui ont présidé à ces éditions de mettre partout le même mot ^ et je m'étonne que Casaubon n'ait point fait de note sur cela : il en a fait qui ne sont pas plus importantes.

(1) Pug. 364, «•''''•, ""■ 1587.

(2) Pag. 366.

ARTAXIAS II, roi d'Arménie , fils aîné d'Artavasde , comme nous l'avons déjà dit (a) , fut proclamé roi par les troupes de son père (A) , après que celui-ci eut été fait prisonnier avec sa femme, et avec ses autres enfans (b). L'aîné tâcha de se maintenir contre Marc Antoine, et lui donna bataille ; mais il fut battu , et contraint de s'enfuir au pays des Parthes. Il rentra depuis dans l'Arménie , et y régna : ce fut sans doute après la prise d'Artavasde , roi de Médie ; car, avant que les Parthes eussent jaris ce roi (c) , ils en avaient été battus , et Artaxias avait eu part à cette disgrâce. Il déplut tellement à ses suj ets , qu'ils l'accusèrent à Rome , et qu'ils demandèrent pour roi , Tigrane son cadet (d). Auguste , qui avait auprès de lui ce Tigrane , le leur envoya , et don-

(fl) Dans Artavasde ii.

(i) Dio , lib. XLIX.

(c) Idem. , ibid. , subjînem.

(d) i)io, lib. Lir. Tacit., Annal., lib. Il, cap. III. Vojez la remarque (B> dv l'article AniAVAiPE M.

ARTAXIAS III.

na ordre à Tibère de l'installer.

Artaxias fut tué par ses propres parens avant l'arrivée de Tibère.

(A) Il fut proclamé roi par les troupes de son père. ] Les continuateurs de Moreri font dire à Josephe ou à Tacite, que ce fut Marc Antoine qui mit sur le trône Artaxias : il n'y a rien de plus faux. Ils ajoutent qu'Artaxias ayant été défait fut envoyé en exil chez les Parthes.

Autre bévue ; il s'y réfugia. Si Marc Antoine avait été en état de le bannir après sa victoire , il ne l'aurait pas envoyé chez les Parthes, il l'aurait mené à Alexandrie pieds et poings liés.

ARTAXIAS III , roi d'Arménie, était fils de Polémon, roi du Pont , et s'appelait Zenon. Il s'était tellement plu dès son enfance à imiter les coutumes des Arméniens , qu'il s'acquit par-là les bonnes grâces de la nation :

de sorte que Germanicus ne crut point qu'il fallût jeter les yeux sur un autre , pour remplir la place de Vonones , que les Arméniens avaient chassé. Il alla donc à Artaxata , et en présence de tout le peuple il donna le diadème à ce Zenon , l'an de Rome yji. Tout à l'heure l'assemblée le proclama Artaxias, du nom de la ville capitale. Tacite , qui nous apprend toutes ces choses {à) , parle de sa mort sous l'an 788 {b).

{a) Tacit. , Annal., lib. II, cap, LVI. {b) ld.,ibid., lib. ri, cap. XXXI.

ARTÉMIDORE, celui qui a écrit sur les songes , était d'E— phèse; néanmoins il s'est donné le surnom de Daldianus dans ce livre-là , afin de faire honneur à la patrie de sa mère (A). Il s'était surnommé Ephésien dans

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