‹ Dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle (volume 4)Chapitre 18 sur 109 · BAR LEUS · texte numérisé non relu

BAR LEUS

ait là rien à reprendre, qu’au contraire il y trouve un art merveilleux de représenter l’endurcissement de l’homme , et il est fort surpris qu’on ait osé faire ce procès à un tel prédicateur. Tanti nominis, dit-il (4), concionatorem , tantoque cum fructu verbum Dei disseminantem , ut adhuc vigeat ad perpetuum tanti viri decus commune in lialid proloquium, NEscit PRÆDICARE QUI NESCIT BARLETTARE (9) (*).

Pour ce qui est du fond de l'autre objection, il y répondit trés-mal ; car il prétend que, selon Barlette, la Samaritaine connut à l’habit et à la chevelure que Jésus-Christ était Juif, d’où, en raisonnant, elle tira cette conséquence, il est donc circoncis. Encore un coup, le plus court est de dire que ce pauvre prédicateur ne savait ce qu'il disait avec sa troisième marque : il n'aurait su où il en était, s’il avait prise pour un objet de raisonnement.

(D) On l'a voulu justifier, en disant qu'il n’est point l’auteur des sermons qui ont couru sous son nom. | Léandre Alberti se vante d’avoir connu en sa Jeunesse lignorant qui forgea ces indignes productions , qui ont couru sous le nom célébre de Barlette (6).

Il y a lieu de s'étonner que le nouveau bibliothécaire de l’ordre n’ait pas allégué cette raison pour justifier son confrère : et l’on dirait qu’il n’a osé s’en servir, parce qu'on a reconnu que le fait avancé par Léandre Alberti n’est pas véritable. Mais, qu'il le soit ou non , il est du moins fort certain que dans les écrits qui sont incontestablement de Barlette il y a des choses impertinentes. Nous venons de voir ce que Pierre de Vaucluse y a censuré.

C’est à tort que M. Moréri soutient que divers auteurs protestans, se sont servis de ces sermons prétendus de Barlette, pour tourner en ridicule les catholiques , et qu'entre ceux-lx Henri Etienne est des premiers ; car j'ose bien mettre en fait que les sermons d’où Henri Etienne a tiré ses railleries

(4) Idem, ibid.

(5) Il avait déja dit cela dans la page 105, avec une tirade de pompeux éloges.

(*) La France eut aussi son Barlette au commensement du seizième siècle, en la personne du Jacobin Guillaume Pepin, fameux prédicateur.

Voyez la note 12 sur le chap. VII du Ile, livre

3 P de Rabelais, Rem. crir.

(6) Alberti Descriptio Laliæ, pag. 370.

ne sont pas ceux qu’Alberti attribue à un imposteur *. La dispute entre le Père et le Saint-Esprit est une des gaietés de Henri Etienne ; or, Altamura la reconnaît pour un enfant légitime de Barlette.

* Bayle, dit Leclerc, parle avec trop de confiance, Alberti, ajoute-t-il, parlait généralement de tous les sermons imprimés et publiés sous le nom de Barlette, et 11 soutient qu'ils ne sont nullement de ce moine; mais l’avis d'Altamura sur lequel s'appuie Bayle vaut bien au moins celui d’Alberti.

BARLEUS (Mercnior), natif d'Anvers, poëte latin au XVI.

siecle, et fils de Lambert Barleüs, qui fut garde des archives d'Anvers plus de quarante ans, fut élevé sous de bons maîtres, et témoigna par divers écrits tant en vers qu’en prose (A) les progrès qu’il avait faits. L’un de ses frères, nommé JACQUES , quitta son pays pour la religion , et se sauya en Hollande , où , apres avoir été régent de la seconde dans le collége de Leyde, il fut appelé à la Brille, pour y être recteur du collége. Gaspar Bar- LEUS , frere aîné de Melchior (B), succéda à la charge d’archiviste, que son père avait exercée ; mais lorsque Anvers eut été remis sous le joug de la domination espagnole, il sortit de sa patrie, et se retira en Hollande.

{1 y transporta son fils aîné, qui était encore au berceau (a), et dont je parle dans l’article survant.

(a) Tiré de l'Oraison funèbre de Gaspar

Barleüs , prononcée à Amsterdam, par Jean- Arn. Corvinus, le 18 de janvier 1648.

(A) IL fit divers écrits , tant en vers qu’en prose.| En voici les titres : Brabantiados libri V, et Antverpiæ Encomium; De diis Gentium libri duo , en vers élégiaques , à Anvers, en 1562 (1), De raptu Ganymedis libri

(3) Valerii Andr. Bibl. belg. , pag. 660.

tres (2), et Bucolica, à Anvers, en 1572. Une Harangue de Vitæ humanæ F'elicitate, cum adjuncto Carmine De Rerum humanarum vicissitudine ad Gasparum fratrem, à Anvers, en 1566 (3). Historia de Domis Austriacæ eminentid (4).

. (B) Gaspar Barleus était frere aîné de Melchior. | Je ne doute point que Valère André n'ait pris ce Gaspar pour celui qui a été professeur à Amsterdam , et dont les vers latins ont fait tant de bruit. S'il l’a fait, 1l s’est trompé lourdement : ce professeur était le neveu de Melchior, et non pas son frère. Si, pour disculper Valère André de ce côté-là, on soutenait qu'il ne prend point les choses de la manière que je suppose, on le mettrait dans le tort d’un autre côte : car quand on fait connaître un auteur par ses parens , on ne doit pas citer des parens qui soient inconnus, ou dans la république des lettres, ou dans le monde ; et par conséquent, ces paroles de Valère André , Aelchior Barlœus Antverpiensis, Gasparis frater, seraient frivoles si elles étaient entendues du frère de Melchior ; car ce frère , quoiqu'il ait régenté à Bommel, est un sujet inconnu. M. Moréri a commis la même faute que Valére André.

(2) Corvin. , in Orat. funebri Gaspar. Barlæi. (3) Valerii Andr. Bibl. belg., pag. 669.

(4) Corvin. , ën Orat. funebri Barlaæi.

BARLEUS (Gaspar), neveu du récédent, a été professeur en philosophie à Amsterdam, et l’un des bons poëtes latins du XVII°.

siècle. Il naquit à Anvers l’an 1584 (a). Son père , qui était de la religion, se réfugia en Hollande, dès que le duc de Parme se fut rendu maître de cette ville. Il s'arrêta trois ans à Leyde , apres quoi il fut appelé à Bommel, pour y être recteur du collége. Il exerça cette charge pendant sept ans, et puis il mourut, ayant destiné son fils

(a) Par l’épttre dédicatoirce de ses Lettres on voit qu’il naquit le 12 de février.

BARLEUS.

Gaspar au mimistere du saint Évangile. Ce Gaspar étudia huit ans dans le collége de la province de Hollande à Leyde, et puis ayant été reçu ministre, 1l servit une église de village auprès de la Brille. Bertius étant monté de la charge de sous-principal à celle de principal de ce collège, ne crut point que personne füt plus propre que notre Barleüs à lui succéder. Sa recommandation fut efficace : Barleus fut fait sous-principal ; et quelque temps

apres on lui donna la profes- P

sion de logique dans l’université de Leyde. 1l se méla si avant dans les disputes des arminiens, qu'il fut déposé de toutes ses charges lorsque le parti opposé à celui-là eut pleinement triomphé lan 16:8, au synode de Dordrecht. Barleüs se mit alors à étudier en médecine, et dans deux ans il se crut capable du doctorat. Il en prit les degrés à Caen, mais 1l ne pratiqua pres-— que point. Il y eut des jeunes gens qui le prierent de leur faire des leçons de philosophie et de belles-lettres , et , comme, 1l était rompu à cela, 1l se remit dans cette route, et recouvra même à Leyde un caractère pour cette fonction. Les ES d'Amsterdam ayant érigé une école illustre, lan 1631, lui offrirent la profession en philosophie. Il laccepta, et l’exerça dignement jusques à sa mort arrivée le 14 de janvier 1648 (b).

C'était un homme de grand meérite. On a un volume “D Harangues qu'il prononca sur divers

(b) Tiré de son Oraison funèbre, prononcée par Jean Arnold Corvinus. Ze Diarium du sieur Witte met.sa mort à l'an 1647.

BARLEUS.

sujets , et qui sont non-seulement recommandables parlestyle, mais aussi par le tour, et par divers traits d'esprit. La poésie était son fort : ses muses avaient beaucoup de fécondité et d’élévation (c). Il n’y eut au monde pendant sa vie presque rien de grand dont il ne fit un pompeux éloge , lorsque la raison d’état n’y apportait point d’obstacle (A). Le cardinal de Richelieu , et le chancelier d’Oxenstiern ne furent pas oubliés : encore moins oublia-t-on les con— quêtes et les beaux exploits du prince d'Orange Frideric Henri.

La reine Marie de Médicis , et la magnifique réception qui lui fut faite à Amsterdam (d) donnèrent de l’exercice à l'éloquence de Barleüs. Il avait publie quelques ouvrages de controverse tres-piquans contre les adversaires d’Arminius (B). Cette plaie ne se ferma jamais: il fut regardé toute sa vie comme un fauteur de cette secte (C), et 1l se trouva bien des gens qui murmurérent contre les magistrats d'Amsterdam, de ce qu'ils entretenaient un tel professeur. On observait de pres toutes ses démarches, et on ne lui pardonnait rien. On cria contre lui d’une terrible manière , à cause de certains vers qu'il avait faits sur le livre d’un rabbin (D). Ses lettres ont été publiées apres sa mort, en deux volumes (e); mais le Sextus Empiricus, que l’on

(c) Voyez les éloges que lui donne Borrichius, Dissertat. de Poëtis, pag. 140.

(d) En 1637.

(e) Gérard Brandt, son gendre, les fit imprimer à Amsterdam, l'an 1667. On en voit quelques-unes des principales dans le recueil des Épistolæ præstantium ac eruditorum Virorum, publié par les arminiens, in-8°.,

l'an 1660, et in-folio, l'an 1684.

attendait de lui, n’a jamais paru.

Il a fait voir de quoi il était ca— pable en fait d'histoire par la relation de ce qui s’était passé dans le Brésil, pendant que le comte Maurice de Nassau en fut gouverneur. [Il publia cette hrstorre lan 1647. Il a couru d’étranges bruits sur sa dernière maladie (E), et sur sa mort (F); mais on ne peut guere savoir au vrai ce qui en est. Il faut faire peu de fond sur les bruits de cette nature, Car on sait par cent exemples, que, pour peu qu’un auteur se soit distingué, la renommée fait d’une mouche un éléphant sur les disgrâces corpo- | relles ou domestiques qui lui surviennent : et d’ailleurs ceux qui savent tout le mystere sont ordinairement des personnes qui n’avouent point ce qui fait quelque déshonneur.

(A) II n'y eut rien de grand dont il ne fit un pompeux éloge, lorsque la raison d'état n'y apportait point d'obstacle. ] J’emploie cette restriction , parce que j'ai lu dans les lettres de Barleüs qu’il ne voulut point faire un poëme sur le couronnement de l’empereur Ferdinand IIT, comme on l’en avait prié. Il considéra qu’il avait à faire à gens soupconneux, qui ne manqueraient pas de le décrier comme un pensionnaire de la maison d'Autriche; et d’ailleurs, il ne voyait pas qu'après avoir tant chanté les victoires de Gustave sur l’empereur , il pôt louer Ferdinand d’avoir acquis une grande gloire en faisant la guerre aux Suédois. Voilà un poëte honnête homme. Combien y a-t-il de gens de sa profession qui ne sont pas si scrupuleux ? ils ont une plume à deux mains ; non-seulement ils préparent des acclamations pour le parti qui vaincra , quel qu’il puisse être ; mais même aprés l'événement, ils font des vers pour les deux partis (1). Je ne

(x) Conférez avec ceci ce que Macrobe, Saturn. , lb. II, cap. F, pag. 339, rapporte d'un

doute point qu’il n’y ait des poëtes en Italie qui ont loué, ou qui loueront M. le Dauphinet M. le prince Louis de Badesur la campagne de 1693. Litteras accept Viennä, ce sont les paroles de Barleüs (2), quibus petitur uti laudatione aliqu& velim prosequi éoronationem Ferdinandi tertii imperatoris. Ego si sapiam abstinebo ab illé laudatione religiosissimè. Quamquam enim ea possem scribere quæ àd daudes imperatoris faciant , nec Reip.

nostræ adversentur, tamen prout sunt nostratium ingenta, judicarent me beneficio obstriclum Austriäcis. Soimus Cœsarem non quidem: aperto Marte nos petere , sed per latus Hispani nobis gravem esse. Laudavi etiam non ita pridem Gustavum Sueciæ regem, ejusque adversus Cæsarem bella probavi. Jam ut laudem Ferdinandum tertium ob gesta adversus Suecos feliciter bella, à prudenti& med impetrare non possum. IVon sum ambidexter, sed ab omni adulatione alienissimus. Cuperem obsequi petitioni illustrissimi legati , sed hoc cavendum ne dum foris benè ; domi male audiam. Fortè nimis sum meticulosus , sed et illud ceriüm illam Cæsaris laudationem à me profectam calumniæ suspicionibusque oportunam fore. La crainte de Barleus n’était point sans fondement ; et si la raison voulait

qu'il ne fit pas le panégyrique de Fer-

dinand INT, puisque la Hollande était en guerre avec la maison d'Autriche, et qu’il ne faut pas qu’un auteur souf-

fle je chaud et le froid, la prudence

n’exigeait pas moins de lui qu'il ne se mélât point de cet éloge. Ceux qui le croyaient ami des arminïens l’eussent Dieu et de l’état, et ne sé seraient pas contentés de le dire dans les maisons et dans les rues. Au reste, si tous les héros qu’il loua le payérent aussi bien que le cardinal de Richelieu (3;, il

n'eut pas sujet de dire que la cultu+

re du Parnasse est celle d’un terroir ingrat.

(B) Æl publia quelques ouvrages de

homme si avait instruit deux corbeaux, l’un

pour féliciter Auguste, l'autre pour féliciter Marc Antoine. 1

(2) Caspar. Barlœus, Epist. CCCXXXIF, pag. 668. La lettre fut écrite l'an 1636.

(3) Ce cardinal lui fit donner cinq mille francs pour son éloge , si l'on en croit Sorhière , Sorberiana , pag. 4u.

iflamé comme un ennemi de

BARLEUS.

controverses très-piquans contre Les adversaires d’Arminius.] Ïl publia à Leyde, en 1615, un écrit intitulé : Bogermannus #heyXouevos, sive Examen Æpistolæ dedicatoriæ quam suis ad pietatém illustrium ordinum Hollandiæ et West-Frisiæ Notis præfixit Joannes Bogermannus , ecclesiastes Leovardiensis : in quo etiam Crimina a Matthæo Slado impacta Erasmo Roterodamo diluuntur. L'année suivante, il publia un livret dont voici le titre : Dissertatiuncula in qué aliquot patriæ theologorum et ecclesiastarum malè sana consilia et studia justé orationis libertate reprehenduntur. 1 y avait trop d’aigreur dans cette pièce, et trop d’injures contre les prédicateurs; car il prétend (4) que l’on trouvait en Hollande V’iros prædicatorii ordinis vocales plus satis, qui ad scribendos salutiferos libros inepti, ad prædicandam Christi sapientiam elingues , tamen ad obtrectandum cum magistratibus, tum dissentientibus circa res religionis symmistis diserti sint et copiosi. Dans la page suivante il dit : Sitempla aliquot Hollandiæ peragrare libeat, theologos quamplurimos in spermologos ; concionatores in conviliatores ; pacis præcones in factionum principes et schismatis faciundi buccinatores transformatos mirabere, nec tam reformatæ amplius, quàäm pessimis aliquorum moribus deformaiæ religionis antistites esse jurabis.

C'était outrager avec excès ceux que leur caractère lui devait rendre vénérables. Cette invective fut traduite tout aussitôt en flamand. Je ne saufais bien dire si ce fut dans cette dissertation qu'il traita de nebulo un certain Vincent Drielenburch, qui s’était érigé en prophéte; mais, ou dans cet écrit, ou dans quelque autre , il s'était servi de ce terme injurieux : ce qui émut tellement la bilé de ce personnage , qu'il publia un livre, dans lequel , après avoir traité Barleüs de fripon et de sceélérat, nebulonem et scelestum, il s'engage à donner cent francs à la diaconie de Leyde , et à se livrer à la justice, afin que sa punition serve d'exemple , en cas qu’on prouve par de solides raisons qu’il est fripon , Vebulo Vincentius etiam Drielenburch suis prophetandi parti-

(4) Pag. 4:

ve LS AC nu d

BARLEUS.

bus non defuit, nam anno superiore à Casparo Barlæo in scripto quodam nebulonis nomine designatus , id adeo propheticæ suæ dignitati putavit esse injuriosum, ut edito mox scriplo eumdem Barlœurm scelestum et nebulonem nominaret, etc. (5). Peu après il parut un livre, où lon prétendit prouver, par dix raisons incontestables, ce qu’on avait avancé contre Drielenburch. Il répondit à ces dix raisons, et s’emporta extrêmement contre Barleus. Celui-ci composa une Remontrance à messieurs les Etats- Généraux ; pendant son exil. Elle est datée de Francfort, au mois d’août 1620, et intitulée : Fides imbellis, sive Lpistola parænetica ad illustrissimos et potentissimos Foderatarum provinciarum Ordines. C’est une piéce trés-bien écrite, et où l’on représente gravement les maux des persécutions , et les droits de la conscience. Vous la trouverez dans les Præstantium et eruditorum Virorum Epistolæ (6).

(C) £! fut regardé toute sa vie comme fauteur de la secte d’ Arminius. ] Il est certain que depuis qu’il fut réhabilité dans l’académie de Leyde , il n’interrompit point ses correspondances avec les arminiens. Sa CLVI®, lettre apprend à Uytenbogard que Polyander , professeur en théologie à Leyde , avait révélé à ses amis que tout ce qu’il y avait de modération dans l'écrit que la faculté de théologie avait publié contre les arminiens venait de lui : Quidquid mollius leniusque scriptum reperilur in specimine, à se profectum esse, reliqua asperiora collegarum esse (7) ; mais qu'il souwhaitait que, si les arminiens savaient cela, ils ne le témoignassent pas, vw que ce serait l’exposer à l’indignation de ses collègues: Rogavit me obnixè per D. Vossium internuncium , vobis uli scriberem, ne si forté hkæc res ad aures veslras perveneril, ejus in responso vestro meminisse velitis, ne col-

legarum suorum invidiæ ac odiis , quorum jam semina jacta, miser obji-

ciatur (8). La lettre suivante témoigne

(5) Salom.: Theodotus, in Pacificatorio dis

secti Belgii , pag. 156, 179.

(6) À la page 630 et suiv. de l'édition de

(7) Barlæus, Epist. CLVI, pag. 356:

(8) Tbidem:

qu’un des collègues de Polyander Jui avait reproché d’avoir dit cela à Barleüs, ennemi de l’Église : Tu hoc dixisti Barlæo, quem scis esse hostem Ecclesiæ , qui illud ipsum ad Uytenbogardum et Æpiscopium perscripturus est. Ces lettres furent écrites l’an 1630:

H paraît par les lettres de Barleüs qu’il a toujours été dans les opinions des remontrans.

(D) On cria contre... les vers qu’il avait faits sur le livre d'un rabbin.

Manassé-Ben-fsraël, Pun des plus habiles hommes qui aient été entre les Juifs dans le XVIIe. siècle, publia un livre sur la création, l'an 1634. Barleüs fit une épigramme sur ce livre, et souffrit, selon la coutume, qu’elle parût à la tête de l’ouvrage. Il déclarait trop expressément qu'il préférait la bonne vie à la vérité des dogmes üe spéculation. Un théologien de Deventer lui fit là-dessus une grosse affaire : 1l publia un écrit où il soutenait que l’épigramme était remplie de blasphèmes, et que l’auteur était un socinien. On voulut même porter l'affaire devant les états de Hollande, pour convaincre de socinianisme Barleus et tous les arminiens. Consilia agitari uti libellus iste censorisordinibus Hollandiæ exhibeatur ut appareat Barlœum et remonstrantes esse socinianos (9). Barleüs se défendit avec chaleur, et se mit bien en colère. Il soutint qu’on interprétait malignement ses paroles, et qu’on les falsifiait même , afin de mieux colorer les chicaneries dont on se servait pour trouver des sens auxquels il n'avait jamais pensé. Æpigramma quoddam meumm....… quœæsilis et perversis detorsionibus malignè interpretatur. Dicit illo Epigrammate contineri varia quæ Ecclesiæ perniciosa , religioni christiancæ probrosa, et in Deum ac Dominum nostrum Jesum Christum impia sunt. Socinianismum adhuc auctori Epigrammatis impingit.… Censor pessimé fide voculam à carmine sustulil,. et Suam substituit, maneaus pro vivamus. Jensus affingit verstbus meis de quibus ne per somnium quidem cogitavi (10). Il protesta qu’il n’était point socinien, qu’il ne l'avait jamais été, et qu’il détestait les dog-

(9) Barlæus, Epist, CCCLXXXVIIL, pag. 655

Pa pug. 654, 675. Woyez duré Pas: 078 LT à

mes des sociniens. Il ajouta que quelques-uns seraient bien aises de le voir socinien, afin que la haine qu’ils lui portaient remportât un plus grand triomphe. /Von sum socinianus , nec Jui unquam , imd hostis sum istorum dogmatum acerrimus. Vellent quidam me esse qui explendi in une odit ma- teriam sollicutè quærunt (11). Si ce jugement était faux, il n’était pourtant point éloigné de la vraisemblance ; car ceux qui se trouvent engagés dans les querelles de doctrines, accusent de tant de choses leurs adversaires, qu'ordinairement parlant il ne saurait leur faire un plus grand dépit que de paraître autre qu’ils ne di- . sent. Quoi qu’il en soit , 1l était permis à Barleus de repousser la calomnie; mais il ne devait pas faire des vers si outrageans contre le théologien de Deventer, que peut-être Archilochus n’en faisait pas qui le fussent davantage. Ce théologien, au reste, s'appelait Vedelius, et il intitula son livre Deus $ynagogæ. Un professeur d’Utrecht (12) le seconda dans cette attaque par un écrit qu’il intitula orstius redivivus, et que Vedelius eut soin de faire imprimer.

Vossius se persuada que Barleüs devint malade pour avoir trop pris à cœur l'insulte de ces deux antagonistes. Voici ce qu'il écrivit à Grotius, le 15 de décembre 1639. Collega Bariœus jam tertium mensem laborat quartand. Metuitur ei à maparua. Ut convalescat non videtur idem fore qui quondam (13). Afflixit valetudinem opere properando quod nunc excuditur. Est hoc de ingressu (14) reginæ matris in urbem nostram, et honore pompæ ei exhibito. Typis prodibit auguslis plurimis exornatum picturis.

Aique hoc quod dixi non dissimulat apud amicos. Sed multm metuo ne morbum hunc indè contraxerit, qudd nimis ad animum revocaret quæ adversus eum scripta sunt à Doct. Vedelio, et Mag. Schoockio ( 15). Je (11) Barlæus , Epist. CCCLXXXVIIT, pag.

en Martin Schoockius. f’oyez Voetius, Disut. select. , vol. 1, pag. 1156.

(13) L'événement ne confirma point cette conjecture. On en fait tous les jours de semblables, ui se trouvent fausses.

(x4) Voila notre gallicisme iout pur. C'est celui de l'entrée.

(15) Epist. præstant. et eruditorum Virorum, pag. 706, edit. in-folio ann. :684,

BARLEUS.

crois qu’en général les meilleurs amis de Barleüs lui trouvaient trop de sensibilité pour la censure de son épigramme ; car on lui conseillait de mépriser ses censeurs, et on lui en écrivait beaucoup de mal. Tibi sum auc- Lor ut eos posthac præteritione mulctes.

Æcerrima vindicta est contemptus in malam rem homines ad civilia ingenia vexanda natos. Ex Epigrammate scilicet quo Manassen Judæum non proscindis convitiis , totus in te theologorum ordo asperatus omnem Hæreticorum senlinam in caput luum infundet.….. Si verpum, apellam, recutitum eumdem dixisses et virum, ut videtur, non malum poeticis scommatibus exagitässes , palmarium meruisses .….. Si quid mihi apudie est fidei , crabrones istos iterum dico posthac negliges. ÆAcrius enim post repulsam instant, et ubi excusseris venenum omne in aculeos advocant tanquam ipsi læsi (16). L’épigramme de Barleüs , qui donna lieu à tant de fracas , trouverait ici sa place, si elle n’avait été insérée depuis peu dans un petit livre qui est entre les mains de tont le monde (17). Je m'étonne que l’on n’y ait inséré qu’une très-petite partie des vers de Barleüs contre Vedelius; mais je m'étonne bien davantage qu’on ait pu penser que l’endroït qu’on en rapporte montre que l’auteur se moquait des deux religions. Voici ce que dit Sorbière : Cüm V'edelius nomen suum in priori scriplo analytico Epigrammatis Barlæani restituisset (18), ait :

. . Quid tenebroso

Calumniaior prave delites antro ,

Et exoletu sæve tergiversator

Arcessis orco monstra perditæ seclæ ?

Cur versipellis Surmalæ maias voces

Portenta fidei, exsibilata Senensis Commenta verbis affricas Serenatis ?

Queæ sanè nec Calvinianis satisfacere nec alüis, sed utriusque religionis ludibrio habitæ poëtam meritd suspectum reddidere (1g). Il faut rêver ou être ivre pour juger ainsi; car les vers que Von vient de lire sont les plus piquans

(16) Rochus Honerdius, in Epist. ad Barleum , cbid., pag. 705. ENT

(17) Dans le Sorberiana, pag. 37 et 38, édux. de Hollande , en 1694. ï

(8) C'est sans doute une faute d'impression.

L'auteur avait dit peut-être Siluisset; car outre qu'il est faux que Nedelius se soit nommé au premier écrit ; les vers allégués supposent qu'it avail supprimé son nor.

(19) Sorberiana, pag. 30.

BARLEUS.

que l'on puisse faire contre le socinianisme, et l’on ne saurait témoigner plus vivement que fait Barleüs combien il détestait d’être soupconné de cette hérésie. La prose de cet auteur, que Sorbière avait citée auparavant, ne tonne pas moins contre cette secte.

(E) Il a couru d'étranges bruits sur sa dernière maladie. ] J'ai ouï dire qu'il croyait être de verre, et qu'il craignait d'être cassé en morceaux uand il voyait que l’on s’approchait 4 lui. D’autres m'ont dit qu'il croyait être de beurre ou de paille; et que, dans cette fausse imagination , il n°osait s'approcher du feu. Cela est incompatible avec le narré de son oraison fanébre, prononcée par le sieur Corvin, professeur en droit : car on assure qu’il fit une lecon à ses écoiers le jour qui précéda sa mort, et et qu'il était prêt à leur en faire une lorsqu'il fut saisi d’une défaillance de laquelle il ne revint point. {d quod dolemus eo accidisse momento quo se parabat ut juventuti sibi commissæ docendo debitum præstaret officium (20).

ÆAntecessit quidem eum morbus cum quo luctabatur subindè, non tamen tantus quin aliquomodo consuetis adhuc es laboribus. ÆAudiverant eum pridiè diei quo eum mors invasit, discipuli docentem : audivissent eddem qué occidit, nist ipsis eum abstulisset, laut accepimus, plurimis hodiè exemplis ferè epidemica lipothymia. Il s’était servi peu auparavant ( quod notandum.) de la même circonspection :

Inopinala eum extinxit ,| UT NOBIS RE- LATUM , lipothymia. Indè factum ut eum exstinctum antè audiverimus , quam morti esse propinquum morbus prænuntiaret. Notez que Corvin venaît d’apostropher les disciples du défunt. Aurait-il osé dire faussement en leur présence qu'ils avaient assisté à une de ses lecons le jour de devant sa morte (F) .…... et sur sa mort, | Morhofius conte que Barleüs mourut dans un puits, et qu’on ne sait s’il y tomba par mégarde, ou s’il sy précipita vo- Jontairement. Misero fato periit, pu-

… 160 submersus, an sponte, an casu , in-

ertum , de morte ejus jam supra dixi- |: TRE Re s. C’est ainsi qu'il parle dans la pa-

ni ge 300 de son Polyhisior. N nous ren-

Voie sans doute à la page 155, lorsqu'il {20) Corvinus, in Orat. funebri Barlæi.

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