TOME II
» s’'augmentait dans la troisie- » me, lorsque les soldats du prin- » ce (b), avertis que Babelot s’é- » tait renfermé tmprudemment » dans Champigni (c), hvrèrent » un assaut si furieux , qu'ils » emporterent la place (d). Le » plaisir de se voir maîtres de la » personne de celui qu’ils regar- » daient comme leur bourreau, » les rendit plus humains à l’e— » gard de la bourgeoisie de Cham- » pigni. Ils lui pardonnerent, » et déchargerent toute leur co- » lére sur Babelot. On le pendit » à un gibet extraordinairement » haut (e) (B) ; et si on lui donna » le temps de se préparer à la » mort, ce ne fut que pour avoir » le Di de lui faire des repro— » ches de sa cruauté. La ven- » geance, que le duc de Mont- » pensier qui l’aimait prit de » son supplice sur les calvinistes,
(b) IT entend le prince de Condé, chef des protestans.
(c) Ville de Poitou :
duc de Montpensier.
(d) En 1568.
(e) C’est grand hasard si ses confrères ne l'ont mis au nombre de leurs martyrs,
elle appartenait au
Le BABELOT.
» quand le hasard ou la faiblesse » lesjetaient entre ses mains, mit » pour quelques semaines la mau- » vaise guerre ( f) entre les deux » partis. Les soldats de Brissac » égorgèrent la garnison de Mi- » rebeau , quoiqu’elle eût capi- » tulé dans les formes ; et d’An- » delot traita de même celle de » Saint-Florent.» Voila un homme bien destiné à faire mourir les huguenots , puisque même apres sa mort 1l fut cause qu’on en égorgea beaucoup. Brantôme le croyait capable d’une autre sorte de crimes, c’est-à-dire d’inspirer à son maître la brutalité de faire violer les femmes (C).
(f) C'està-dire, qu'il n'y eut plus de quartier.
(A) ZI sollicita obstinément le dernier supplice des calvinistes, et ne pouvait souffrir que l’on pardonnät à aucun d’eux.] Brantôme mérite d’être oui : Quand on lui amenoit, dit-il, (x), en parlant du duc de Montpensier, quelques prisonniers, si c’étoit un homme, il lui disoit de plein abord seulement : Vous êtes un huguenot, mon ami, je vous recommande à monsieur Babelot. Ce monsieur Babelot étoit un cordelier, savant homme , qui le gouvernoit fort paisiblement , et ne bougeoit jamais d’auprès de lui, auquel on amenoit aussitôt le prisonnier , et lui un peu interrogé, aussitôt condamné a mort et exécuté.
(B) ZI fut pendu à un gibet exu'aordinairement haut.]Cela me fait souvenir de la conduite de Galba envers
un homme qui tâchait de se délivrer
du dernier supplice par son droit de bourgeoisie romaine : 1l le fit attacher à une croix bien blanchie, et beaucoup plus haute que les autres.
C'était pour faire honneur à la qualité du criminel, et pour lui fournir une petite consolation ; mais tout cela pouvait bien tenir de la moquerie :
Tutorem qudd pupillum cui substitutus hæres erat veneno necässet cruce affecit, implorantique leges et civem
(x) Brant., Mémoires, tom. III, pag. 281.
romranum se testificanti , quasi solatio et honore aliquo pœnam levaturus, mutari, mulloque præter cæteras altiorem et dealbatam statui crucem jussit (2). Je ne sais pas quel fut le motif de ceux qui choisirent un gibet plus exhaussé pour le moine Babelot :
peut-être voulurent-ils simplement exciter plus d’attention sur la bizarrerie des caractères du personnage, sans allusion ni rapport à la pratique de l’antiquité. Voyez Justin (3) touchant Maléus , général disgracié des Carthaginois, qui filium cum ornatu suo in altissimam crucem in conspectu urbis suffigi jussit ; et Silius Italicus (4) touchant Régulus :
... Vidi cum robore pendens Tialiam cruce sublimis spectaret ab alid.
Haman, dans le livre d’Esther, avait
préparé pour Mardochée un gibet de
cinquante coudées. On a voulu quelquefois par la taille démesurée du gibet, que le patient fût exposé à la vue de plus de monde. Voyez la remarque (C) de l’article d’Oruox III. Je dirai, en passant , que ceux qui compa-
rent cette croit de Galba avec celle
dont Verrés se servit contre Gavius
(5) n’ont aucune exactitude ; car tout ce qu'il y eut de remarquable dans celle-ci fut qu'on la posa , non pas au lieu où les habitans de Messine avaient accoutumé de crucifier les gens, mais du côté qui regardait l’Italie. C’est ainsi que Verres voulut insulter au patient qui se disait bourgeois romain : « Il vegardera, dit-il, du haut de sa croix l'Italie et sa maison. » Quid attinuit cum IMamertini more atque inslituto suo crucem fixissent post urbem in vi& Pompeid , te jubere in ed parte figere quæ ad fretum spectaret, et hoc addere quod negare nullo modo potes, quod omnibus audientibus dixisti palàm, te idcircod illum locum deligere, ut ille qui se civem romanum esse diceret , ex cruce Ttaliam cernere ac domum suam prospicere posset. C’est cette derniére circonstance que Cicéron à principale-
ment relevée (6), quoique Lactance,
(2) Sueton., in Galbä , cap. IX.
(3) Justin, 4v. XVIII, chap. VII.
(4) Lib. IT , vs. 343.
(6) Torrentius Le fait. Voyez son Comm. is Suet. Galb., cap. IX.
(6) Cicero, ên Verr, VIT.
qui n'avait que faire de cela pour le but de son discours , ne lui fasse considérer que l’indignité de ce supplice en général (7).
(CG) Brantôme le croyait capable...
de faire violer Les femmes. Le duc de Montpensier avait la coutume de recommander ses prisonnières à son guidon , viro benè vasato et benë mutonialo. Brantôme décrit cela fort librement , et ajoute ce qui suit. « Voi- » là la punition de ces pauvres dames » huguenotes, inventée par monsieur » de Montpensier, qui me fait penser » avoir été prise et tirée possible de » Nicephore(8)par monsieur Babelot, » où il dit que l’empéreur Théodose » Ôta et abolit une coutume qui étoit » de long-temps dans Rome , à savoir, » que si quelque femme avoit étésur- » prise en adultère, les Romains fa » punissoient, non par la coëércion du » crime qu'elle avoit Commis, mais » par plus grand embrasement de » paillardise ; car ils enfermoient en » une étroite logette celle qui avoit » commis l’adultère , et puis après » permettoient impudemment qu’elle » assouvist sa lubricité et paillardise » son saoul, et d’un chacun qui vou- » droit venir, et qui étoit plus vilain » et sale. C’est que les compagnons » galans et paillards qui alloient, se » garnissoient et accommodoient de » certaines sonnettes au temps qu'ils » avoient compagnie avec la dame, » à ce qu'au mouvement elles, faisant » un son et tintinnement, donnas- » sent non-seulement avertissement »'aux passans et écoutans de leur fait » et besogne qu'ils y étoient, mais » aussi afin que par ce moyen et à ce » son de sonnette fust enseignée cette » peine conjointe avec injure et op- » probre. Quel opprobre ! dontlles » s’en soucioient beaucoup. Vraye- » ment voilà une terrible coutume » que ce sage empereur abolit, ainsi » que le dit l'historien Nicéphore, » dans lequel possible M. Babelot » lavoit feuillettée et tirée, pour la » faire pratiquer a ce brave guidon
po) Ret , Instit. divin., lib. IV, cap.
8) IL eût mieux valu citer Socrate, liv. F, chap. XVIII.
(9) Brantôme, Mémoires, tom. TITI, pag.
BABYLAS *, l’un des plus célébres martyrs de l’ancienne église, fut fait évêque d’Antioche, dans le IIT°. siecle, sous l'empire de Gordien (a). N gouvérna son église comme un bon et saint prélat doit faire, et, apres s'être acquitté dignement de sa fonction environ treize ans, il mérita la couronne du martyre, vers l’année 251, pendant la persécution de Décius. Quelques uns disent qu’il fut effectivement mis à mort pour la foi chrétienne (à): d’autres disent qu’il mourut dans la prison (c). On convient qu’il souhaita d’être enterré avec ses chaînes (4). On pré— tend que ses reliques imposèrent silence à un oracle d’Apollon.
Saint Chrysostome a déployé plus d’une fois toutes les forces de son éloquence, pour célébrer la mémoire de saint Babylas: c’estdommage qu'il n’ait pas été assez instruit des faits qu’il avance. 1] suppose que ce martyr fut mis à mort pour avoir exclus de l'entrée de l’église un empereur criminel (A), et il parle du crime de cet empereur en homme qui n'avait guere consulté l’histoire (B). Il n’a point même su ce que l’on disait de la déférence de ce prince pour la discipline
sévère de saint Babylas (C). On
* Joly se contente de renvoyer aux Mémoires de Trévoux, juin 1737, qui contiennent une Dissertation sur ce que rapporte saint Chrysostome du martyre de saint Baby las . contre La censure injurieuse que fait M. Bayle de la narration du saint docteur.
(a) Euseb., Hist, ecclesiat., Gb. FI, cap. XXIX,
(b) Chrysostom. . tom. T, pag. 641, 669.
(ce) Martyrolog. Romanum., ad diem 24 januar. Euseb., Hist. ecclesiast., lib, FI, cap XXXIX.
(d) Chrysostom., 1om.T, pag. 669, et Martyrol. Romanum , ad diem 24 januarii.
peut trouver le fondement général de quelques-unes de ses me— prises (D). Nous parlons de tout cela dans les remarqués, comme aussi de la demande qu’on prétend que fit Apollon à l’empereur Julien , par rapport aux reliques de saint Babyÿlas (E).
On attribue à ce martyr trois grands triomphes sur les empereurs paiens, deux pendant sa vie, un après sa mort (e). Le premier est l’avantage qu’il remportasur Philippe, en l’obligeant de se tenir hors de léglise dans l’état de pénitent : le second est celui qu'il remporta sur le persécuteur Décius, lorsqu'il aima mieux se préparer à tout souffrir pour la foi, que de rien faire qui fût indigne d’un bon prélat:
le troisieme est celui que ses cendres remporterent sur l’oracle d’Apollon auprès d’Antioche (f). M. Chevreau a parlé peu exactement du martyre de saint Babylas (F). Cest ce que nous examinerons plus au long ci- dessous.
(e) La Vie de Tertullien et d'Origène,
pag. 757.
(f) Voyez la remarque (E).
(A) S'aint Chrysostome. . .. suppose que ce martyr fut mis à mort, pour avoir exclus de l'entrée de l’église un empereur criminel. ]On ne peut douter que Babylas ne soit mort sous l’empire de Décius. Ce serait donc Décius qui aurait été exclus de l'entrée de Péglise, si la narration de saint Chrysostome était véritable ; mais il ne
paraît pas que Décius ait jamais été à
Antioche pendant son empire. Baronius avance sans preuve que Décius alla en Syrie l’an 253, pour faire la guerre aux Perses , et que ce fut en cette rencontre que Babylas ne souffrit point que son église fût profanée par la présence d’un tel empereur (1).
(1) Baron., Annal., «ad ann, 253, num. 128.
Cela ne s'accorde, ni avec la chronologie, ni avec l’histoire, ni avec la prudence de l’évêque d’Antioche. Les meilleurs chronologues mettent la mort de Décius à l’an 251 (2). Aucun bon historien ne dit que Décius ait été dans l'Orient pour faire la guerre aux Perses. Il est vrai que les Actes de saint Laurent {3) assurent que cet empereur alla faire la guerre aux Perses, et qu’il leur enleva le pays de Babylone , l’Assyrie, toute la Perse, l’Ercanie , et même la Bactriane, et qu’il mourut à Rome possédé du démon, peu aprés le martyre de saint Laurent (4) ; mais ces Actes sont sans autorité et pleins de fautes (5). Le père Noris n’a point hésité à dire que toute cette guerre de Perse est une pure fable (6).
À l'égard de la prudence de saint Babylas , nous pouvons dire qu’elle n’aurait point souffert qu'il eût résisté à un empereur paien. {{ n’était pas dans l’ordre de la conduite de l’église que saint Babylas entreprit de l’empécher d'y entrer, sil y fut venu étant païen pour y commettre quelque violence ; car l’église n'avait de puissance et ne l’exercait que sur ceux qui étaient du nombre de ses enfans , et elle souffrait paisiblement l'insulte des persécuteurs. C’est ainsi que parle l’auteur de la vie de Tertullien et d’Origène (7). M. de Tillemont confirme cette remarque. L'église, dans ces occasions, ne se défendait , dit-il (8), que par ses prières. et par la patience humble et paisible: avec laquelle elle souffrait les insultes des persécuteurs.
Que si l’on trouve dans une oraison attribuée à saint Chrysostome (*), que saint Romain d Antioche a empéche un gouverneur puien d'entrer dans l’église, c’est une conduite fort extraordinaire, et ce fait n’est nullement assurê* Il remarque aussi que tous les termes de saint Chrysostome indiquent que le prince auquel saint Babylas ré-
(2) Calvisius, Petau, Pagi, etc.
(3) Foyez Tillemont, tom. III, pag. 600.
(4) Ce saint ne mourut qu'en 258. Tillemont, la même.
(5) La même.
(6) Noris, Epochæ syro-maced., pag. 203; cité par Tillemont , 4 méme.
7) Imprimée à Paris, en 1655. Voyez-en la page 642.
(8) Tillemont , tom. IIT, pag. 821.
(*) Gbrysost., tom. I, Oratione XLVIII, pag. 547, a; 549, e; 550, €.
sista était chrétien. I n’est donc pas vrai que ce saint homme ait résisté à Décius , et cependant il est mort sous Décius : il faut donc dire que saint Chrysostome s’est trompé, quand il a dit que saint Babylas souffrit la mort pour avoir défendu l’entrée de son église à un empereur.
(B)..….. et il parle du crime de cet empereur en homme qui n'avait guère consulté l'histoire.] IL conte qu'un certain peuple , qui faisait la guerre à cet empereur, souhaïta de la terminer, et d’affermir la paix par tous les liens les plus forts et les plus inviolables qui fussent parmi les hommes; que l'accord fut fait et confirmé par serment de part et d'autre ; que ce
peuple, voulant faire connaître à ses ennemis qu'il agissait sincèrement, persuada à son roi de donner son propre fils en otage au prince avec lequel il avait conclu la paix ; que la suite témoigna que l’on avait mis dans la gueule du lion celui que l’on croyait avoir mis comme en dépôt en la garde d’un ami, puisque ce prince n'ayant égard ni a la jeunesse du fils de son allié, ni à la sainteté inviolable du ‘serment qu'il avait fait, ni cet œil toujours ouvert de la justice divine pour la punition des crimes. .… égorgea de sa propre main celui qu'il devait chérir comme le dépôt sacré et le nœud inviolable de l'alliance (9). Voilà, selon saint Chrysostome, quel fut le crime du prince que saint Babylas traita de la manière que l’on va voir.
Ce grand prélat imita parfaitement en cetterencontre le zèle d’Elie et de saint . Jean ; car il ne considéra point qu’il avait alors à résister non-seulement à un prince, à un roi ordinaire, mais à celui qui était maïtre d’une grande partie de la terre, qui avait une armée très-puissante, et que toutes choses semblaient devoir contribuer à lui rendre redoutable. Il ne fut point éblaui par tout cet éclat extérieur... .. et ce méme éclat ne servant qu'à lui représenter en ce moment la majesté du rot supréme dont il était le ministre, . ..
il s’avança hardiment vers ce prince
criminel au milieu de tous ses gardes,
l’arréta avec la main qu’il lui mit contre l'estomac , lui représenta son crime, et lui défendit de la part de Dieu
(9) Voyez la Vie de Tertullien et d'Origène, Pag, 632.
d’entrér dans l'assemblée des fidèles (10). Il n’est pas nécessaire d'observer que saint Chrysostome ajoute à la narration de ces faits les figures les plus vives et les plus pathétiques de sa rhétorique (11) : on se l’imagine de reste, quand on sait (et qui ne le sait? ) qu'il était grand prédicateur , et qu'il parlait à un peuple rempli de respect et de zéle pour lé nom de saint Babylas (12). Mais ne pourrait-on pas le plaindre d’avoir employé tant d'or:nemens, et tant d'efforts" d’imagination et de poitrine, sur des faussetes ?
car qu'y a-t-il-de plus chimérique , que ce peuple, ennemi des Romains , qui persuada à son roi de mettre son fils en otage entre les mains de leur empereur ? Si quelque peuple avait fait cela, ce seraient sans doute les Perses. Or il est bien sûr qu'ils ne firent rien de semblable pendant la prélature de saint Babylas. Je doute fort qu'aucun empereur de Rome ait Jamais tué de sa propre main un jeune prince qui lui eût été donné comme en dépôt et en otage après une paix conclue ; mais il est très-faux qu’une perfidie si barbare ait été commise par les empereurs sous lesquels saint Babylas a joui de l’évéché d’Antioche, Je ne doute nullement que saint Chrysostome n’ait erré de bonne foi ; car non-seulement il débita en chaire ces faussetés, mais aussi dans un écrit qu'il composa contre les gentils (13).
S'il avait pu se promettre que ses auditeurs lui feraient quartier sur une tradition fausse et pieuse, 1l n’aurait pas espéré la même grâce des ennemis du nom chrétien. Il croyait donc ne rien dire qui fût faux.
(C) S'aint Chrysostome n’a point su ce que l’on disait de la déférence de ce prince pour la discipline sévère de saint Babylas. ] Saint Chrysostome a supposé que saint Babylas eut à
(xo) Voyez la même Vie, pag. 636.
(xx) Érasme conseillait de lire cette Homélie dans les colléges de Louvain, comme un modèle que les écoliers devaient préférer à Lysias, à Libanius, etc. oyez la Letire qu'il écrivit au principal d'un collége de Louvain; c’est læh XXIV®. du XXVTITS. livre, pag. 1505.
(x2) Au peuple d'Antioche. Saint Babylas avait élé évêque de cette ville.
(33) Saint Chrysost., Homil, de sancto Babyl.. pag. G4x , vol. T : item contra Gentil. etde sancto Babyl., pag. 647, 655, etc., cité dans la Vie de Tertullien et d'Origène, pag. 632.
faire à un monarque qui punit du dernier supplice la sainte hardiesse qu’on avait eue de lui refuser l'entrée du temple. La fausseté de ce fait a été déjà montrée par la raison que saint Babylas mourut sous lempire de Décius, et que Décius n'avait point trouve de résistance à Ja porte de l’église d’Antioche, Voici un nouveau moyen de montrer cette même fansseté. Le prédécesseur de Décius s’appelait Philippe : c’est à lui qu’on croit que saint Babylas refusa l’entrée de son église, ne le considérant pas comme empereur, mais comme chrétien, qui devait subir les lois de la pénitence et les canons de la discipline. Or on prétend que cet empereur s’y soumit, et qu’il en usa à peu près envers le prélat d’Antioche, comme Théodose en usa depuis envers saint Ambroise à Milan. Eusèbe raconte que l’empereur Philippe voulut assister aux prières publiques la veille de Pâques, mais que l’évêque ne lui permit d'entrer dans l’église qu'après l'avoir obligé à confesser ses péchés, et à se mettre au nombre des pénitens ; ce que l’empereur exécuta avec des témoignages sincères de piété et de crainte de Dieu (14). Eusèbe ne raconte cela que sur un simple ouidire, et ne nomme, ni le lieu de ce grand événement , ni le prélat qui fit un si bel exploit. Il est bien étrange que de telles choses aient été confusément connues. Aussi voit-on de très- Savans hommes qui soutiennent que l'empereur Philippe m'était point chrétien. Mais, quoi qu’ilen soit, il ne faut point séparer la fermeté de Babylas, et la soumission de Philippe, comme saint Chrysostome les sépare :
1l faut, ou les recevoir , ou les rejeter toutes deux. Il y a des historiens qui en parlent d’une manière moins vague qu'Eusèbe. La Chronique d’Alexandrie marque que l’impératrice ne fut pas moins condamnée à la pénitence que l’empereur son mari : elle ajoute que saint Babylas usa de cette rigueur à cause que Philippe avait tué le fils de l’empereur Gordien (15 ). Notez qu'Erasme, trompé par saint Chrysostome , a trouvé une grande diflé-
(14) Euseb., Hist. eccles,, Lib. VI, cap.
(15) Chron. Alexandr., pag. 630, cité par Tillemont , tom, TIIT, pag. 822.
rence , quant au succés, entre la fermeté de saint Babylas, et celle de saint Ambroise. Babylæ, dit-il (16), parüm feliciter cessit quod imperatorem impid cæde funestatum templo prohibuit ; imo feliciter cessit ipsi qui præsidis autoritatem sud morte confirmavit. At Ambrosio cessit felicius , qui summd constantid suam tluens autorttatem , ipsum etiam Cæsarem Christo lucri fecit. Autre passage : Ambrosius episcopus mediolanensis ausus est T'heodosium Cæsarem , ob crudelem ac præcipitatam in Thessalonicenses sententiam , a templi limine secludere, postque sævas objurgationes , post indictam satisfactionem , in pœnitentium classem relegare..... Tentavit idem Babylas Antiochenus episcopus adversüs regem innocentis homicidio pollutum , et interfectus est (17).
(D).... On peut trouver le fondemient général de quelques-unes de ses méprises.] Nous veuons de voir qu’on a dit que saint Babylas se fonda sur la déloyauté sanguinaire de Philippe.
L'empereur Gordien , sous qui il était préfet du prétoire , lui avait confié son fils : aprés que Gordien fut mort, Philippe, voulant régner en sa place ; tua le jeune prince qu’on lui avait confié. Saint Babylas, le sachantsouillé d’un meurtre si exécrable, ne voulut point ladmettre à l’église. Décius vengea l’affront fait à Philippe, car il fit mourir saint Babylas à cause de cet affront. Voilà ce qu’on trouve dans la Chronique d'Alexandrie ; et c'était Léonce, évêque d’Antioche lan 348, qui avait débité cela. Ïl ne savait pas bien la conduite de Philippe, mais il s’éloignait un peu moins de la vérité que saint Chrysostome. L’empereur Gordien, sous qui Philippe était préfet du prétoire , n’avait point d’enfans à confier à personne; car il n’en avait pas du tout. Ce ne fut donc point pour succéder à cet empereur I mort, que Philippe tua Île fils 1 défunt; et ainsi Léonce-rapporte très-mal la chose. Philippe, se prévalant de la jeunesse de l’empereur Gordien, cabala de telle sorte, qu’il se fit déclarer son collègue et son tuteur.
Les factions recommencèrent : celle
(16) Erasmi Epist. III, Lib. XXVIIT, pag.
(17) Idem , Epist. LXIX, lib. XXIX , pag.
de Gordien succomba ; Philippe le fit déposer et puis tuer (18). Voilà la vérité du fait. Les altérations de ce fait sont allées en augmentant.
Léonce a dit que Philippe avait tué le fils de son empereur, le même fils que cet empereur lui avait donné en garde. C’est déjà un égarement : c’est se poster fort à côté de la vérité. Saint Chrysostome assure que Philippe avait tué le fils d’un prince avec lequel il avait conclu un traité de paix, le même fils que ce prince lui avait laissé en dépôt comme un gage de son amitié, et de son désir sincère de vivre en bonne intelligence avec lui :
c'est un second égarement ; c’est se loger fort à côté du faux poste de Léonce. Ce dernier auteur avance que Décius fitmourir saint Babylas pour le punir de son insolence envers Philippe.
Ceux qui ont su l’aversion de Décius pour Philippe, aversion qu’on croit avoir été cause que Décius persécuta les chrétiens, ont trouvé absurde ce que Léonce disait. Ils l’ont donc corrigé, en supposant que Philippe fit mourir lui-même saint Babylas (19) : ils ont corrigé une faute par une autre, et ont malheureusement trompé saint Chrysostome. Ils lui ont fait perdre des réflexions qu’il aurait parées des ornemens de son éloquence, pour repousser les insultes des païens, et pour donner du relief au ministère évangélique. L’humiliation d’un empereur à la parole d’un evêque eût fourni de belles pensées à saint Chrysostome : c’est dommage qu’il ne l'ait point sue. Voyez an peu de quelle manière il se prévaut de la résistance de saint Pabylas : « Au lieu, dit-i£ (20), » que les prêtres des fausses divinités » sont plus esclaves des empereurs » que de leurs dieux, et ne se ren- » dent assidus à leur culte, que par » la crainte qu’ils ont deces princes, » à qui les démons sont ainsi redeva- » bles de leur culte et de l'honneur » qui leur est rendu par les hommes, » ce grand évêque d’Antioche mon- » tra en punissant l’empereur même » d’un châtiment très-sensible à un » esprit raisonnable, et autant qu’il
(18) Voyez Capitolin, dans la Vie de Gordien. (19) Veyez Tillemont, tom. TIT , pag. 822.
(20) Contra Gentil. de sancto Babyl., Oper. , tom. I, pag. 664, 665, cité dans la Vie de Ter tullien et d'Origène, pag. 639.
» lui était permis de le faire selon la » mesure de la puissance de l’Église , » que les prêtres de la religion de Je- » sus-Christ ne sont esclaves de qui » que ce soit sur la terre, et qu'ils » doivent être si jaloux de cette sain- » te élévation que Dieu leur a donnée » en partage, comme le vrai carac- » tère de leur dignité. qu’ils soient » plutôt disposés à prodiguer sainte- » ment leur vie, qu’à perdre ce pri- » vilége. Ce même exemple, ajoute- » t-il, en confondant l’orgueil des » païens, augmenta la piété des fidè- » les, qui apprirent de la conduite de » leur pasteur à craindre plus Dieu » que tous les hommes; et il ferma » entièrement la bouche à ceux qui » osaient soutenir avec une extrême » impudence, qu'il n’y avait point » de vrai courage parmi les chré- » tiens, mais que tout y était faux et » emprunté , n'étant couvert que » d’une belle apparence.
(E) On prétend qu’ Apollon fit une demande à l’empereur Julien, par rapport aux reliques de saint Babylas. ] Îl y avait auprès d’Antioche un temple et un oracle d’Apollon dans un lieu qui s'appelait Daphné. La superstition et la débauche concouraient comme à l’envi, à distinguer ce lieu-là :
c'était le rendez-vous des amans et de leurs maîtresses; d’autres y allaient pour faire leurs dévotions; et apparemment plusieurs y allaient pour ces deux fins tout à la fois. Gallus, frère de Julien l’Apostat, n'eut pas été plus tôt déclaré César, que, pour faire cesser ce double désordre, 1l fit bâtir dans ce hieu-là une église, où il donna ordre que l’on transportât le sépulcre de Babylas. On dit que, dès que cela fut fait, Apollon ne rendit plus de réponses. Le tombeau de ce martyr en fut cause, et non pas l'interruption des sacrifices ; car, les sacrifices ayant recommencé sous l'empire de Julien , oracle continua de se taire ; et lorsque Julien le consulta en personne, il apprit que les cadavres dont ce lieu là était plein, fermaient la bouche à l'oracle. L'empereur n’appliqua cela qu’au sépulcre de Babylas ; c’est pourquoi il en ordonna la translation. Les chrétiens d’Antioche transportérent ce tomheau dans la ville. Ce fut une procession de personnes de tout sexe et de tout Âge, qüi chantérent par
tout le chemin (21) un cantique de triomphe ; car leur refrain concernait la confusion de ceux qui adorent les idoles , et était pris du psaume XCVII.
"Efñpxov dé roy Laauær rois dau, 0h TouTous : dupiGoUvTes, nai ÉvVerñye To mNNB0s éy cuupovia HE TAUTHY THV Po éridev" hr XUVOnTaY mévrTes où TpOTHUVOUY- Tec TOI VAUT TFUIES 08 éYyHAU X@ LEO! TOES sidonus (22). Prœcinebant autem cæteris ii qui psalmos apprimè callebant ; multitudo deindè respondebat cum concentu et hunc versiculum succinebai : Confusi sunt omnes qui adorant seulptilia, qui gloriantur in simulachris. Par l’argument du plus au moins , on pourrait conclure de cette histoire, que la naissance de Jésus- Christ imposa silence aux oracles du paganisme , si d’ailleurs on ne voyait, que, de l’aveu de Sozomène, cet oracle d’Apollon avait rendu des réponses jusqu’à l'empire de Constantins , sous lequel Gallus eut la dignité de César.
L’objection paraît plus forte contre ceux qui ne reconnaissent aucune opération diabolique dans les oracles des paiens. Mais voici ce que répond M. van Dale. Il suppose que les prétres d’Apollon , ne voulant point être éclairés de si près par les chrétiens, qui venaient en foule au tombeau de Babylas, inventèrent une réponse qui pût obliger l’empereur à faire ôter de ce lieu le tombeau de ce martyr. Ces prêtres ne craignaient rien tant que es yeux des incrédules, et ils n’espéraient pas de pouvoir cacher leurs finesses à des gens aussi curieux de les découvrir ; qu’étaient les chrétiens.
Peut-être aussi que l’aveugle superstition de ces prêtres leur persuadait qu’ils feraient un bon acte de religion, s’ils faisaient ôter du voisinage de leur temple le tombeau d’un martyr chrétien, vénéré par les ennemis de leurs dieux. Christiuni quibus repleta erat Æntiochia, aliique ejusdem religionis aliundè advenientes, visitabant quotidiè sepulchra martyÿrum, atque in primis quidem Babylæ. Sub quo prætextu dum loca illa ita frequentarent, cum subreperent etiam huic oraculo , oculisque emissitiis omnia perlustrarent, ut sic detegerent imposturas ac præstigias ibi exercitas, neque id fer-
(21) Il était d'environ 4o stades , c'est-&-dire, 5000 pas.
(22) Sozomeni Hist, eccles., Lib, F7, cap. XX.
rent ea tempora , ut vi expellere eos indè possent antistites ; ill sub prætextu à mortuis purgandi locum dis sacratum , cum Babyld aliisque, christianos indè removere nitebantur.
IVihil enim magis aut citius detegere valebat antistitum ejusmodi imposturas, quam continuus concursus publicæ que panegyres, ob ludos aut festa publica 1bi celebranda : siquarumcumque sectarum philosophis eorumve sequacibus ad illa pateret accessus (23).
(F) M. Chevreau a parlé peu exacment du martyre de saint Babylas. ] Voici ce qu’il en dit : « Babylas , évé- » que d’Antioche, souflrit le martyre » avec ses trois enfans, pour n'avoir » pas voulu permettre à Vumérien de » voir les cérémonies des chrétiens, » ajoutant, qu'un hommé souillé de » sang el du sacrifice des idoles, ne » pouvait pas entrer dans l’église, » ou, comme le dit Suidas, qu'il ne »-souffrirait point que le loup en- » trât dans la bergerie du WSeigneur (24). » 1°. Babylas n'avait point d’enfans : il fallait dire qu'il y eut trois frères encore enfans, ou fort jeunes, qui souffrirent le martyre avec lui (25). 2°. Il y a plus de trente ans entre la mort de Babylas et l'empire de Numérien. 3°. Les anciens auteurs ne prêtent pas au martyr les:
phrases de M. Chevreau. Avouons que c’est une entreprise bien difficile que celle de l'Histoire universelle. M. Chevreau était habile homme , 1l connaissait les défauts de ceux qui l’ont précédé dans ce dessein, 1l a mis un temps fort long à son ouvrage ; et cependant... comme il est plein de vie (26), et que nonobstant son âge, …l jouit de la santé du corps et de celle de l'esprit, je ne doute pas qu’il ne publie une nouvelle édition, qui sera encore plus belle que les précédentes (27).
J'avais espéré que M. Chevreau ne prendrait pas en mauvaise part les
(23) Van Dale, de Oracul., pag. 442. Voyez les Nouvelles de la République des Lettres, mois de mars 1684, pag. 15°, 16. -
(24) Chevreau , Histoire da Monde, div. IF, chap. IV, pag. 4oo du II. iome, édiuon de Hollande en 1687.
(25) Vie de Tertullien et d'Origène, pag. 758.
(26) On écrit ceci l'an 1604.
(27) IL a publié en effet une édition à la Huye, l'an 1698, avec plusieurs additions et corrections ; mais il n'a rien changé au passage qui concerne Babylas.
petites notes critiques que lon vient de voir, et comme J'avais pour lui toute l’estime qui était due à son grand mérite, je les aurais supprimées, si J'avais prévu qu'elles le chagrineraient ; mais je le croyais au - dessus de toute atteinte de fâcherie pour si peu de chose. Je m'étais imaginé qu’il s’appliquerait à ce que j'avais dit dans ma première préface , et il était assurément du nombre de ces auteurs, qui ne doivent point redouter les petites pertes (28). Ainsi j'ai été surpris de sa sensibilité imprévue, et fort f4ché de ce qu’il s'était fâché. Il y a des personnesillustres qui pourront rendre témoignage qu’en lui souhaitant une vie encore plus longue qu’elle n’a été (29) , fe me fondais , non-seulement sur ce qu’il était un ornement de son siécle , mais aussi sur le désir qu’il pût lire dans cette seconde édition les sentimens de mes respects, et l’éclaircissement d’une chose qui avait été exprimée d’une facon ambigué. Je m’imagine que cette équivoque a été la grandesource de son mécontentement.
Il a cru que la ligne ponctuée, et cependant.….., cachait beaucoup de venin : C’est un vide que son imagination a rempli d'idées désobliseantes , et je souhaitais qu’il sût, que selon ma véritable pensée , il ne faut trouver dans cette lacune , que la représentation générale de l'impossibilité d'éviter Les fautes , quelque habile que soit un auteur qui entreprend un ouvrage à grands détails.
Mais venons au fond. M. Chevreau reconnaît lui- même la solidité de ma première remarque, puisqu'il avoue (50), qu'il eut été mieux de mettre trois frères encore enfans, pour ôter toule équivoque, et qu'il devait s’expliquer plus clairement que beaucoup d'auteurs , qui l'ont écrit de méme avant lui. Pour ce qui regarde les phrases que j'ai dit que les anciens auteurs n'ont point prêtées à saint Babylas, M. Chevreau cite Georges-le- Syncelle, et Paul Diacre (31) ; mais
(28). Voyez le Projet de ce Dictionnaire, vers la fin du VIe. paragraphe.
(29) Il est mort le 15 de février 1701, égé de quatre-vingt-sept ans et quelques mois. Foyez le Journal de Trévoux, mars et avril 1701, page 241, édition de Hollande.
(30) Chevræana , II. part., édition de Hollande.
(31) Là même, pag. 32x.
sont-ce des auteurs qu'on puisse appeler anciens, par rapport au temps du martyr dont il s’agit? n’ont-ls pas vécu vers la fin du Ville. siècle ?
Enfin ül cite plusieurs écrivains, la plupart modernes , qui ont dit que Babylas fut tué par Numérien ; et il rapporte (32) ces paroles de M. de Tillemont : {{ faut avouer que l'histoire de saint Babylas est embarrassée de plusieurs difficultés insurmontables à notre faiblesse. Je conviens que tout cela peut servir d’excuse à ceux qui parlent peu exactement du martyre de saint Babylas ; mais il sera toujours permis de remarquer qu'ils n’ont point choisi ce qu'il y avait à dire de moins inexact sur cette matière.
Je suis fort persuadé que M. Chevreau a trouvé des fautes dans mon ouvrage. On y en peut trouver beaucoup, sans avoir le quart des lumières d’un si habile homme. S'il eût donné des exemples de ce qu’il a dit en général touchant ces fautes essentielles contre notre langue, et touchant ces expressions basses et burlesques , obscures etentortillées (33), je me crotrais obligé, ou de disputer là-dessus, ou de passer condamnation , et je prendrais sans nulle peine ce dernier parti, pour peu que je visse que la raison le demandât ; mais, puisqu'il n’a rien marqué, on trouvera bon que je prenne pour des reproches vagues cet endroit-là de son livre (34). Il m'a reproché en particulier une espèce de contradiction concernant un homme, qui a été long-temps, dit-il (35) , mon idole. Je suis sûr qu’il aurait omis cela , s’il avait vu comment je me suis justifié sur ce chapitre dans mes Zé-
Jlexions sur un imprimé qui a pour
titre Jugement du Public, etc. Et pour ce qui est des mots, qu’il assure que les oreilles délicates ne peuvent souffrir (36), on verra dans un éclaircissement , à la fin de cet ouvrage, ce que j'ai à lui répondre. Je voudrais bien mériter tout ce qu'il observe dans la rétorsion de la période qui finit par cependant... (37) ; etjem'es-
(32) La même, pag. 329, 330.
(33) Lu même, pag. 320.
(34) Conferez ceci avec la fin de lu remarque (C) de l’article Roy.
(35) Chevræana, ZI®. part. , pag, 320.
(36) Lu même.
(37) La même, pag. 330, 331.
timerais trop heureux, si l’on voulait m'excuser sur la raison qu’il est impossible , ou presque impossible , de ne pas faire beaucoup de fautes dans un ouvrage tel que celui-ci, Je ne pense pas que je me fusse jamais engagé au travail de ce Dictionnaire , si J’eusse prévu que toute mon attention à éviter les méprises ne m’empécherait pas de me tromper fort souvent et bien lourdement. Au reste je dois conseiller à mes lecteurs de consulter le savant ouvrage que M. de Larroque (38) fit imprimer à Pb: ) Tan 1688, sous le titre de Matihæi Larroquanti adversariorum sacrorum libri tres. Voyez-y la page 9 et les suivantes. +
{38) Daniel Larroquanus, Matthæi filius.
BABYLONE. M. Moréri et ses continuateurs ont ramassé tant de choses touchant cette ville , que si je voulais donner à cet article une forme raisonnable , je serais contraint de répéter la plupart de leurs recueils. Ainsi , pour épargner au public le dégoût de trouver les mêmes choses dans différens dictionnaires , je m’arrêterai ici à un fait qu'ils n’ont point touché. Je n’examine point si ce qu'ils rapportent est dans toute l’exactitude qu’il eût fallu. Les habitans de Babylone prétendaient que cette ville étaittres-ancienne ; il comptaient quatre cent soixante-treize mille ans , depuis les premières observations de leurs astrologues, jusqu’à l’arrivée d'Alexandre. C’est ce que nous apprend Diodore de Sicile (a). D’autres , s’attachant à un nombre rond , disent que les Babyloniens se vantaient d’avoir conservé dans leurs archi— ves les observations que leurs astrologues avaient faites sur les
(a) Libro XI, paginé 118, edit. Rhodomanni,
BABYLONE
nativités pendant quatre cent soixante-dix mille ans (A). Il faut corriger par-là un endroit de Pline (B), dont quelques auteurs se servent mal à propos , ou pour réfuter l’antiquité de Babylone, ou à d’autres usages.
Un savant professeur de Leyde l’a remarqué depuis peu (b), etil est étrange qu’on ait tant tardé à le remarquer. Aristote savait sans doute que les Pabyloniens se vantaient de posséder une suite d'observations astronomiques qui comprenait un prodigieux nombre de siecles. Ayant voulu s’éclaircir par le moyen de Callisthene, qui était à la suite d'Alexandre, il trouva bien du mécompte; car on prétend que Callisthene lui fit savoir qu'il n'avait vu dans Babylone que pour mille neuf cent trois ans d'observations astronomiques.
Simplicius rapporte cela, et l’emprunte de Porphyre (c). Si Callisthène à bien suppute, il faut convenir que les hommes apres le déluge se hâterent furieusement de devenir astrologues : Car , selon la Bible hébraïque, on ne saurait trouver que deux mille ans depuis le déluge jusqu’à la mort d'Alexandre. Il y a lieu de douter de ce que rapporte Simplicius , et il est remarquable que tous les anciens au— teurs , qui ont attribué à Sémi— ramis la fondation de Babylone, n’ont eu pour garant que Ctésias, dont les histoires étaient rem-— plies de fables (4). Aussi voyons-
(b) M Perizonius. Voyez la remarque (B), citation (8) et (9).
(c) In lib. II de Cœlo, Com. XLFVT, pag.
(d) Marshamus , à Chronic., pag. 507, edit, anni 1670, in-/p°.
BABYLONE
nous que Bérose blâme fort les écrivains grecs d’avoir publié que Sémuramis avait bâti Baby lone, et qu’elle l'avait ornée de bâtimens admirables(e). Le Supplément de Moréri cite Quinte- Curce touchant l’impudicité des femmes de Babylone. On peut ajouter que ce désordre était fort ancien. La lettre de Jérémie insérée dans le livre de Baruc, en touche quelque chose , mais d’une mamiere obscure, et qui a besoin d’un commentaire
tiré d'Hérodote (C).
(e) Berosus, Chaldaïcorum id. IT; apud Joseph., lib. I contra Apion., pag. 1045.
(À) Les Babyloniens se vantaient d'avair conservé les observations que leurs astrologues' avaient faites... pendant quatre cent soixante - dix mille ans. | Citons seulement deux passages de Cicéron. Contemnamus etiam PBabylonios , et eos qui à Caucaso cœli signa servantes , numeris et moribus stellarum cursus persequuntur. Condemnemus, inquam , hos aut stultitiæ, aut vanitalis, aut imprudentiæ, qui ceccixx millia annorum, ut ipsi dicunt , monumentis comprehensa continent (1). Voyons comment il se moque de cela dans un autre endroit. Quod aiunt 470 millia annorum in periclitandis experiundisque pueris quicunque essent nati, Babylonios posuisse fal lunt. Si enim esset factitatum , non esset desitum. Neminem autem habemus autorem qui id aut fieri dicat, aut factum sciat (2).
(B) ZT faut corriger, à l'occasion des observations astronomiques des Babyloniens, un endroit de Pline.] Voici ses paroles : Æpigenes apud Babylonios 720 annorum observationes syderum coctilibus lateritiis inscriptas docet, gr'avis auctor imprimis : qui minimum Berosus et Critodemus 480 annorum.
Æx quo apparet æternus litterarum usus (3). Il venait de dire qu'il croyait que les lettres assyriennes avaient tou-
(x) Cicero , de Divinat., Lib. I, cap. XIX,
(2) Id. ibid. , lib. II, cap. XLVI.
(3) Plinins , Lb. VII, cap. LFI.
jours existé, ou que les Assyriens avaient toujours eu l’usage de lécriture : Litteras semper arbitror assyrias Juisse (4). Il faut donc prendre pour la preuve de son opinion les témoigna-
es qu’il emprunte d’Épigènes et de Prose , touchant les observations astronomiques que les Babyloniens avaient fait graver; car la conclusion qu'il tire de ces témoignages est la même chose que Popinion qu'il avait représentée peu auparavant :
ex quo apparet, voilà sa conclusion , æternus litterarum usus. Or il ny 2 rien de plus absurde que son raisonnement , si l’on suppose qu’il a parlé comme 1l parle dans les manuscrits et dans les éditions de son livre. Epigénes , auteur grave , assure que les observations des astrologues babyloniens comprennent sept cent vingt ans. Ceux qui leur donnent la plus petite étendue, comme Bérose et Critodème, leur assignent quatre cent quatre-vingts ans.
Donc l'usage des lettres est éternel, et estime avec raison qu'il a existé toujours dans l’Assyrie. C’est ainsi que Pline raisonne dans l’état où est aujourd’hui son Histoire naturelle :
c’est ainsi, dis-je, qu’il raisonne, aprés avoir observé que Cadmus apporta l’usage des lettres en Europe, et qu'on disait que leur inveütion en Egypte précéda de quinze ans le régne de Phoronée. Un fou, un homme ivre , un radoteur, pourraient - ils faire une plus extravagante rapsodie ?
Il faut donc supposer nécessairement que ce passage n’est pas dans son état paturel : et c’est un grand süjet d’étonuement que mille doctes critiques aient examiné ces paroles, sans y aperceyoir une impertinente logique, qui les leur rendit suspectes. Les Scaligers, les Vossius, les Marshams, les Dodwels sont si peu entrés en défiance là-dessus , qu'ils les ont prises pour le fondement des conclusions
u’ils voulaient bâtir touchant l’âge
e Bérose (5), ou contre l’antiquité de Babylone (6) , ou pour d’autres
(4) M. Perizonius croit qu’il faut lire Assyriis. Voyez sa Dissertatio philologica de Originibus babylonicis : ce sont des thèses soutenues au mois d'avril 1694.
(5) Scaliger, ad Græca Eusebii, pas. 407.
Vossius, de Historicis græcis, apud Perizon. , in Origin. Babylon.
(6) Marshamus, Secul. XVII, pag. 474, edit. anglic. apud eumdem.
vues (7). Le père Hardouin a corrigé une partie de ce passage : mais ce n’a pas été principalement afin de faire bien raisonner Pline ; car si ce motif principal l'avait fait agir, ilaurait corrigé tout : c’est M. Perezonius (8) qui a développé amplement les causes du mal, et la preuve de Ja corruption &u texte (9). Il a montré qu’il faut ajouter le nombre de mille, tant du côté d’Epigènes, que du côté de Bérose ; ét ainsi Pline aurait dit que, selon le témoignage d’Epigènes , les observations des astrologues de Babylone comprennent sept cent vingt mille ans ; et selon le témoignage de ceux
ui, comme Bérose et Critodème, leur
onnent le moins d’étendue, quatre cent quatre-vingt mille ans. Pline a raison, en supposant comme il fait que ces témoins sont dignes de foi, de conclure qu’on ne saurait marquer le commencement des lettres assyriennes. Or, quand une chose est si ancienne, qu'on n’en saurait marquer la naissance, on ne fait point de scrupule , en écrivant comme faisait Pline, de la nommer éternelle. Mais oserait-on la qualifier de la sorte, lorsque les preuves de Pantiquitéqu’on lui donnerait la laisseraient plus nouvelle qu’une chose dont on marquerait le commencement ? C’est le cas où Pline se trouverait, s’il avait dit ce que l’on trouve aujourd’hui dans son ouvrage. Pesez bien ce qu'il a dit touchant Cadmus et Phoronée.
Il faut expliquer à part la correction du père Hardouin. Il rétablit ainsi le texte de Pline. Æ diverso Epigenes apud Babylonios CCCCLXX annorum ÎW, observationes siderum coctilibus laterculis inscriptas docet..….. qui minimum , Berosus et Critodemus CCCCXC annorum. D’un côté il met quatre cent soixante - dix mille au lieu de sept cent vingt, et de l’autre, il met quatre cent quatre-vingt-dix , au lieu de quatre cent quatre-vingts. Il se fonde sur les manuscrits, quant à la dernière correction ; et sur l'autorité
(7) Vide Dodwel, Observat, Cyprian., in Append. , pag. 36, 37.
(8) Ci-devant professeur à Franeker. IL est professeur à Leyde ; en grec, en histoire , et en éloquence, depuis l'année passée 1693.
(9) Voyez sa Dissertatio I de Originibus balonicis.
BABYLONE
de Cicéron, quant à la premiéré(10).H est vrai qu'il dit en, passant, que le lieu même de Pline semble demander la #premiére correction. Certè annorum millia locus iste postulure videtur nonannos(x1).C’estune marque qu’ila senti le mauvais raisonnement que la lecon ordinaire attribue à Pline. Mais si l’on ajoute mille aux quatre cent quatre-vingts de la lecon ordinaire, l’on tombe dans une autre dificulté :
Von soutient que Bérose donne quatre cent quatre-vingt mille ans aux observations des astrologues babylomiens ; et cependant nous savons qu’il n’a parlé que de cent cinquante mille ans , lorsqu'il a fait mention de la diligence avec laquelle ceux de Babylone conservaient la mémoire de diverses choses naturelles et historiques. Bnporodc £y rh rpoTy rov BaCurnwviæxoy duos yevéobes durov xar *Ané£avdpoy Toy Dinirrou Thy nuxfay, dyaypapas de TON A@y 6 BaGur®ys quraToeoba jet à TONANC éTiuenciac do ÉTOY OU ÜTEp JAUpIA dE 1€ Tips XoUTas Xpôvov” repié Xe de Tac dvaypagds Ioplas épi Fou cüpævou » sai Ba- AATTNE, HAE TPOTOVOVIAE ; Has Éainéeæy , nai Toy xaT auTous rpéfewv (12). Berosus in primo libro Babylonicorum ait natum se ætate Alexandri Philippi filii : scripta verd multa servari Babylone magnd cum curd quæ tempus contineant annorum supra myriadas quindecim : hæc autem scripta continere historias circa cœlum , mare, et rerum primordia,etreges eorumque rés gesias.
11 faut avouer que ce passage prouve également ces deux choses : l’une, qu’il faut chasser du texte de Pline le nombre de quatre cent quatre vingts ou quatre cent quatre-vingt-dix , l’autre qu'il ne faut pas y substituer quatre cent quatre vingt mille, mais plutôt cent cinquante mulle. Ce n’est pas qu’on ne puisse faire des chicanes : on peut objecter que Bérose, s'étant mieux instruit du fait, trouva quire cent quatre-vingt mille ans, et débita ce calcul dans un ouvrage sur lequel Pline se régla. On pourrait aussi objecter que les nombres ont été falsifiés
(xo) C'est-à-dire, sur les deux passages du Traité de Divinatione, cilés ci-dessus, num. (1) et (2). :
de Harduin. ,in Plinium, tom. II, pag.
134, num. 157, ! |
(12) Berosus apud Alexandrum Poly-histor. citatum ab Eusebio , in Chronico, pag. 5 et 6, edit. Scalig. an. 1658.
Ê clans le passage qu'Eusébe cite: Quoi qu'il en soit , j'aimerais mieux retenir la correction du père Hardouin, et y ajouter, quant à Bérose et à Critodème, le changement de quatre cent quatrevingt-dix en cent cinquante mille.
Je dirai, en passant, que Vossius n’a point rapporté comme il devait ce qui concerne Bérose dans le passage de Pline qui sert de sujet à cette remarque. Îl prétend que Pline dit que Bérose a fait l’histoire de ce qui s’était passé pendant le cours de 480 ans.
Je cite les paroles de Vossius. Plinius, lib. vs, Hist. nat., cap. 1v., (il fallait dire hb. vi. cap. vi.) refert Berosum tradere memoriam quadringentorum annorum et ocioginta (13). Comparezles avec le passage de Pline, et vous verrez un fort grand mensonge. À qui se fier ?
(C) La lettre de Jérémie... touchant limpudicité des femmes de Babylone, a besoin d'un commentaire tiré d'Hérodote.] Voici le texte de Jérémie : Les femmes, environnées de cordes, sont assises par les che- MINS een... et quand quelqu’une d'elles attirée par quelque passant a couché avec lui, elle reproche à sa voisine qu'elle na pas été trouvée digne comme elle, et que sa corde n’a pas été rompue (14). Pour bien entendre cela, il faut recourir à Hérodote, qui nous apprend qu'il y avait une loi à Babylone, qui obligeait toutes les femmes du pays à s’aller asseoir auprès du temple de Vénus, pour y attendre l’occasion d’avoir à faire à un étranger (15). Ii fallait qu’une fois en leur vie toutes passassent par-là.
Les plus riches se tenaient dans des carrosses, et menaient un grand nombre de domestiques : les autres n’avaient qu’une cloison de corde, c’està-dire qu’elles formaient certains rangs qui étaient séparés les uns des autres par des cordes (16), mais de telle manière, qu’il y avait des entrées et des issues, afin que les étrangers se promenassent librement dans les intervalles , et choisissent celles qu'ils
(13) Vossius , de Hist. græc., pag. 86.
14) Livre de Baruc , parmi les Apocryphes, or ,vs. 42 et 43. L PAR
(25) Herodot. , Lib. Î ,cap. CXCIX.
(16) On aide à la lettre; afin de faire mieux entendre par une paraphrase ce qu'Hérodote m'explique pas assez en détail.
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trouveraient le plus à leur gré. Quand ils l'avaient choisie, ils lui jetaient de l'argent sur le giron, et ils la menaient en quelque lieu à l'écart, pour jouir d’elle. Ils faisaient une prière pour elle à la déesse du temple (17).
Il n’était point permis à ces femmes de refuser aucun étranger, ni largent qu'on leur donnait, quelque petite que fût la somme. Il fallait qu’elles suivissent le premier étranger qui leur jetait de l’argent. Notez que cette somme était destinée à des usages de religion. Tivérær ap iepoy Toro To dpyupror (18). ST quidem in sacrum convertitur usum. Après la consommation de Vacte, elles. pouvaient retourner à leur logis : la dévotion , ou l’expiation, que la déesse exigeait, était accomplie. Celles qui étaient belles au jolies étaient bientôt expédiées , et relevées de sentinelle ; maïs les laides attendaient long-temps.
l'heure propice pour satisfaire à la loi.
Ily en avait de si malheureuses, que trois ou quatre ans d'attente ne finissaient point leur noviciat. Ka} yap ThÉTEA RAI TeTpaËTER UeTEÉÉTEpAI YpOVOY pévouar. (19). Vam quædam triennium guadrienniumque expectant. Il ny à plus d’obscurité présentement dans les paroles de Jérémie. Chacune de ces femmes se tenait dans une cellule entourée de corde, et n’en sortait qu’en rompant la corde, aprés quoi elle insultait à celles qui étaient encore en cloison. On pouvait appliquer à celles qui en sortaient tard, le
Tam gratum mihi quam ferunt puellæ Pernici aureolum fuisse malum, Quad zonam solvit diu ligatam (20).
Qui pourrait assez déplorer la monstrueuse alliance qui se faisait dans le paganisme entre le culte des dieux , et les passions les plus sales? C’est ce que l’on aurait pu appeler à Juste titre la dévotion aisée , 51 la comédie avait contenu plus d’actes et plus de scènes, et si l’on n'avait pas fait un mélange désavantageux à la laideur ; car cette patience de trois ou quatre ans pour un seul coup était une rude pénitence.
Martin del Rio rétracta ce qu'il avait
(19) C'était Vénus : les Babyloniens l’'appelaient Myliua. Herodot,, lib. I, cap. CXCIX.
(:8) Tbidem.
(19) Herodot. , kb. I, cap. CXCIX.
(ao) Catulli Epigr, LL.
dit sur les paroles que j’ai rapportées du livre de Baruc. Il avait cru qu’elles traitaient de certaines ligatures pratiquées pour se faire aimer. Voyez ses Disquisitions magiques (21).
(2x) Lib. TIT, part TI, Quest. III, pag. 13.
BACHOVIUS ( RetErR), na— quit à Cologne, l’an 1544. Sa vie se trouve parmi celles des jurisconsultes d'Allemagne, dans Melchior Adam. Je ne répéterai point ce que Moréri en a tiré :
je développerai seulement les persécutions qui furent faites à Bachovius dans Leipsick , à cause de son calvinisme. D’abord on n’eut que des soupçons contre lui , et l’on se contenta de l’éloigner des emplois publics; mais les temps ayant changé, il obtint la charge de sénateur , et puis en l’année 1585 celle d’échevin, et au bout de trois ans celle de consul. L’électeur Christien ΰ”. étant mort l’an 1591 , on pressa Bachovius de professer le luthéranisme; et comme il n’en voulut rien faire, on le contraignit de renoncer à ses charges. Il n’écouta point le conseil qu’on lui donna de se retirer, quoiqu’on lui représentât le péril de la prison : 1l crut que la fuite donnerait lieu à ses ennermis de publier qu’il ne se sentait pas innocent; mais 1l fallut en 1593 céder aux émotions populaires , et sortir de Leipsick. Il se retira d’abord à Serveste (*) , et l’année suivante au Palatinat , non sans avoir perdu presque tous ses biens. Il trouva un bon protecteur en la personne de
(*) Zerbst, nom allemand de cette ville, eu est aussi le nom français , et dans l’Zrdex Thuani, au mot Servesta , et dans Baudrand, au mot Zervesta. REM. CRIT.
BACHOVIUS.
‘tantisme et le papisme.
+ l'Électeur Palatin, et il exerca
lusieurs : charges lucratives et Lodle à Heidelberg, jusqu’à sa mort arrivée le 27 de février 1614 (a). 11 publia un livre qui sentait plus le théologien que le juriste (A). Il laissa entre autres enfans REINIER, ou RENARD Ba- CRovius, qu'il vit monter de la profession de politique à celle de Jurisprudence, dans l’académie d'Heidelberg. Ce fils a été un assez grand nom parmi les jurisconsultes du XVII°. siecle (B). Il possédait surtout l’art de réfuter subtilement ce qu’il s'engageait de combattre (b). Il fut flottant sur la religion *; car il dit en confidence à un professeur *? luthérien (c) que, si l'on voulait souffrir qu’il fit des leçons particuhières en jurisprudence à Strasbourg , :1 quitterait sa profession * d’'Heidelberg , et s’en irait à Strasbourg. 11 déclara qu'il détestait le dogme de la prédestination absolue, et qu’il croyait la présence corporelle de Jésus-Christ au sacrement de la Cène, quoiqu'il n’en sût pas la manière. Celui à qui il s’ouvrit de cette disposition, la communiqua aux magistrats de Stras— bourg, qui le chargerent de lui
(a) Tiré de Melchior Adam, dans le volume des Jurisconsultes.
(b) Voyez la remarque (B).
*: La Bibliothéque française dit que ce ne fut pas entre le calvinisme et le protestantisme que Bachovius flottait, comme Bayle le donne à entendre , mais entre le protes-
*à Dans la Bibliotheque française XXIX, 188, on remarque qu'il fallait dire étudiant, Otho Tabor n'étant alors que cela.
(c) Il s'appelait Tabor , ét passe pour un grand jurisconsulte.
*3 La Bibliothéque française note que Maximilien de Bavière ayant cassé en 1022 l’université d'Heidelberg , Bachovius ne pou-
vait y avoir de place en 1627.
BACON
témoigner qu’il serait le bien-venu. Bachovius se rendit dans cette ville avec sa bibliothéque :
mais, n’y trouvant point de quoi vivre (d), il s’en retourna à Hleidelberg *, où son confident le trouva chagrin et malade l’an 1629 (e).
(d) Vitæ praæsidiis destitutus religionem omisit. Praschius , ir Mausoleo Taboris.
* Ce ne fut pas à Heidelberg, mais à Spire, dit la Bibliothéque française.
(e) Tiré de Praschius, ir Mausoleo Taboris.
(A) 1! publia un livre qui sentait plus le théologien que le jurisconsulte.] C'était une espèce de commentaire sur le fameux Catéchisme du Palatinat. Melchior Adam en dit ceci : Propagandæ veritatis evangelicæ studio edidit Catechesin Palatinatds, testimoniis sacræ Scripturæ ac senlentiis patrum qui primis quingentis à Christo nato annis in ecclesid Dei claruerunt exornatam et illustratam, cum Epitome vitæ eorumdem patrum, et methodicà narratione de Conciliüis , quorum Canones in illo catechetico libello citantur (x).
(B) Renuer , ou Reina Bacno- VIUS...... da été un assez grand nom parmi les jurisconsultes.] Conringius l'appelle disciplinæ jurilicæ æternum decus (2). Selon Vinnius, il est subtilissimus jurisconsultus , non tam suæ sententiæ adstructor, quäm destructor alienæ (3). Un autre dit, £o in his quæ ad solidam nostri Juris interprelationem faciunt , acutiorem vix tradit prior ætas (4). Enfin les épithètes d’accuratissimus, de subtilissimus, d’acutissimus , d’inexorabilis censor (5) , ne lui manquent pas. L’éloge que Vinnius lui donne ne convient qu’à trop de gens; on ne voit que trop d'écrivains subtils, et grands raisonneurs, qui prouvent mal leur doc-
(x) Melchior Adam, in Vitis Jurisc., pag.
(2) Conringius , de Autoritate Juris publ. Justin. in Germaniâ, apud Magirum, Éponym. , pag. 09-
(3) Vinnius, cap, XI, de Pact. num. o, apud Magirum , Eponym., pag. 00.
(4) Hahn. , in dedic. Observat. ad Wesenbec.
#pud eumdem.
(5) Schutz, apud eumdem.
trine , mais qui renversent de fond en comble celle d'autrui. L'homme est ordinairement plus fort dans la dispute offensive , que dans la défensive. Voyez ce que disait un électeur de Cologne touchant les démêlés des cordeliers et des jacobins. C’est Fra- Paolo qui le rapporte. Voyez le IV<.
livre de son histoire du Concile de Trente, à la page 309 de la version de M, Amelot de la Houssaie,
BACON (Rocer), cordelier anglais, vivait au XIII*. siècle *.
Il était grand astrologue, grand chimiste, et grand mathémaucien. C’est sans doute ce qui donna lieu de le soupconner de magie. flcourt une tradition parmi le peuple d'Angleterre, que ce cordelier fit une tête d’airain qui répondait à ses questions (A).
Seldénus rejette cela comme une fable puérile (B), ets remarque qu'aucun historien n’en a parlé, et que Baleus, qui avait diffamé Roger Bacon , se rétracta, et répara honorablement cette injure. François Picus dit qu'il a lu dans un livre de Bacon « qu’un » homme pourrait devenir pro- » phète , et prédire les choses » futures, par le moyen du mi- » roir Almuchefi, composé sui- » vant les regles de perspective, » pourvu qu'il s’en servit sous » une bonne constellation , et » qu'il eût auparavant rendu » son corps bien égal et tempéré » par la chimie (a). » Cela n’est point contraire à Jean Pic de la Mirande , qui a soutenu que Bacon ne s’est amusé qu’à la magie
* Le Dictionnaire de Chaufepié contient un article assez étendu sur R. Bacon , comme supplément à celui de Bayle: pour mieux dire, c'est un nouvel article.
(a) Francisc. Picus, lib. IT, de Prænotione, cap. I, et lib. VIT, cap. VII, cité par sen Apolog. des grands Hommes, pag.
Ms. DA
naturelle (b). Ce cordelier envoya plusieurs instrumens de son invention au pape Clément IV (c). On a publié plusieurs de ses livres : Specula mathematica et perspecliva , Speculum Alchemiæ , de mirabili Potestate Aris et Naturæ , Epistolæ cum notis , etc. I] y a beaucoup d’apparence qu'il ne faisait rien par engagement avec le démon, mais qu'il ne laissait pas d'attribuer une efficace surprenante à des choses qui ne pouvaient l'avoir naturellement. On a donc raison de dire que ses écrits contien— nent beaucoup de superstition (C). Il était fort infatué de las— trologie judiciaire (D.
La lettre , qu'il écrivit au pae Clément IV, et qui se trouve dans la Biblfothéque de Lambeth, contient avec les éloges de la Sainte Écriture un dessein assez étrange ; car il exhorte ce pape à confirmer par l'autorité aposto— lique, et à recommander à toute l’Église , la méthode qu'il avait trouvée d'apprendre en tres-peu de jours atout le monde l’hébreu, le latin, le grec, et l’arabe. TI prétendait, que nou-seulement tous les laïques devraient lire PÉcriture, mais aussi en entendre les originaux (E); et il assurait que sa Grammaïre universelle était souhaitée passionnément , et que plusieurs propheties la confirmaient.
(b) en Picus ir præfat. Apolog. cité par
Naudé, {à méme.
(c) Naudé, là méme, pag. 493.
(A) On dit. qu’il fit une tête d’airain, qui répondait à ses questions.] Maïer remarque qu’on a de coutume d'introduire Roger Bacon dans les comédies comme un grand magicien, et que le bruit commun est que lui,
BACON
et son frère de religion Thomas Bungey, travaillèrent septans à forger cette teste, pour savour d'elle s’il n'y auroit pas quelqué moyen d’enfermer toute l'Angleterre d’un gros mur et rempart; sur quoi elle leur donna une réponse laquelle toutesfois ils ne purent bien entendre parce que, ne la croyans recevoir si tôt, ils s’estoient occupez à autre chose qu’à prester Les aureilles à cet oracle(1). Ce sont des contes populaires, qui ne méritent pas d’être réfutés. On en fait courir de semblables d’Albert-le-Grand (2).
(B).... Veldénus rejette cela comme une fable pucrile.] Rapportons ses propres paroles. {stiusmodi caput ex ære conflalum ab eruditissimo Rogero Bachone est in ore nostratis vulgi, sed non sine injurid in illius mathesin, quam summam et à dæmonum præstigtis puram monstrant satis illius Opera quoiquot nos legisse contigit , et quidquid advershs eum uti magum seu vexvouavriy J. Balœus inscitid dicam, an in oplimas arltes malitié , editione centuriarum, primé saiis incogütanter effutierat, id bené monitus omne non modo retractavit , verum in ed quæ tali et tanto viro digna sunt posiremd recognilione etiam prudenter commutavit. ÎVec quod hanc vulgi Jfamam adstruat , habent Annales nostri (3). Jean Dée, philosophe et mathématicien anglais, a fait une apologie de Roger Bacon. Il en parle dans l’épître dédicatoire de ses Propædeumata aphoristica de præstantioribus quibusdam naturæ virtutibus.
Voyez Naudé, à la page 488 de l’Apologie des Grands Hommes.
(C) Ses écrits contiennent beaucoup de superstition.] Martin del Rio, l’homme du monde qui sur ces matières-là prodigue le moins son absolution aux personnes soupconnées, Ôte cependant Roger Bacon du nombre des magiciens, et se contente d'en faire un auteur superstitieux.
Ælchindus, dit:1(4), Rogerius Ba-
chonus et Geber ÆArabs mullis sca-
1) Maierus, Symbol. aureæ mensæ, lib. X, 4 ; pag. 453, cité par Naudé , Apologie des grands Hommes, pag. 491.
(2) Voyez ci-dessus la remarque (F), num.
2°, de l’article d'Arzerr le Grand.
(3) Selden. de Dis syris, Syntagma TI, pag. 58:
(4) Disquisit, Magicar. ub, I, cap. TITI,
pags 22.
I, cap.
BACON
tent superstiliosis, ided petilæ lectionis etiam hos putérim. Jean Wier n’a pas la méme indulgence , car il met dans la même classe Roger Bacon, Pierre d’Apone, Anselme de Parme, Cicchus d’Asculum , et quelques autres ; au lieu que Martin del Rio traite de vrais magiciens les trois derniers que j'ai nommés, et ne met Bacon qu’au nombre des superstitieux. 4b hoc numero removeo ut dæmoniacos, magos, Picatricem hispanum, Anselmum parmensem, Cicchum esculanum, Petrum de Abono, et Cornel.
ÆAgripram, et Paracelsum..….. homines partim atheos, partim hæreticos (b)..Wier s'accorde parfaitement avec lui quant au reste, c’est-à-dire,
w’il a pris Pierre d’Apone , Anselme d Parme , etc., pour des sectateurs de la mauvaise magie. Superiorum magorum nugamenta itidem insulsè sequuti sunt ÆAppion grammalicus , Julianus Apostata, Robertus Anglicus apud Helvetios miserè mortuus, Rocerius BacnoN , Petrus aponensis, conciliator dictus , ÆAlbertus teutonicus, Arnoldus de Villanova, Anselmus parmensis , Picatrix hispanus , vel author libri ad Alfonsum sub Picatricis nomine, Cicchus asculus florentinus , et plerique alii obscurioris nominis scriptores, deplorati certè ingenii homines. Qui quüum se magiam tradere pollicentur , non nisi aut deliramenta quædam nuilé ratione subnixa, aut superstitiones pis omnibus indignas congesserunt (6).
(D) IL était fort infatué de l'astrologie judiciaire.] Jean Pic soutient que le livre qui a pour titre Speculum Astrologiæ, où il est traité des auteurs licites et illicites qui ont écrit de l'astrologie, est un ouvrage de Roger Bacon (7). Ce livre a été condamné par Gerson(8) et par Agrippa, comme superstitieux au possible (9):
Francus Picus (10) et beaucoup d’au-
(5) Tbidem.
(6) Wier., de Præstig., lv. TT, chap. IV. Il remarque que Jean Franç. Pic, liv. VIT, chap. VII , réfute Bacon.
(7) Jo. Picus , lib. I, adversus Astrolog., cité
ar Naudé, pag. 526.
(8) Lib. de Libris Astrolog. non tolerandis, Proposit. TIT, cité par Naudé , pag, 525.
(9) Agrippa, in Epistolis, cité par le même, La même.
(ro) Lib. VII de Prænotione, cap. II, cité
par le même , la même.