TOME Il
is tres l'ont condamne, à cause que l’on y soutient, sauf un meilleur avis, que les livres de magie doivent être conservés soigneusement, parce que le temps approche que, pour certaines causes que l’on ne spécifie pas, il faudra nécessairement /es feuilleter, et s'en Servir en quelques occasions.
Naudé ajoute que Roger Bacon estoit tellement adonné à l'astrologie judiciaire , que Henri de Hassia, Guillaume de Paris, et Vicolas Oresme..… Jurent contraints de déclamer asprement contre ses escrits, ettoutes les vanités des astrologues (11). *
(E) Z! prétendait, que non-seulement les laïquesdoivent lire l'Ecriture, mais aussi en entendre les originaux.] Comme je n’ai point lu la lettre, je ne saurais dire s’il se fonde sur ce qu’un particulier qui n’entend ni la langue grecque ni la langue hébraïque , est obligé de s’en rapporter à la bonne foi et à la capacité des traducteurs : fondement fragile , dira-t-on, et qui ne mérite pas que nous y posions les intérêts de notre salut. Quoi qu’il en soit, sa prétention n’est pas éloignée de l’extravagance , et renferme des impossibilités. C’est le jugement de l’auteur qui a parlé de cette lettre. Inter scriptores 13 seculi, qui a Whartono pro Scripturis et sacris vernaculis adducuntur , comparet Ragerus Bacon , cujus epistolam de laudibus S'acræ Scripturæ ad Clementem IV” Pibliotheca lambethana tenet. Observat autem, autorem illum portentosa quædam et impossibilia in prolixä illd epistol& comminisci. Non enim lantum necessarium esse docet, utomnes christiani Sacram Scripturam tanquam fidei suæ fontem et regulam perfectè sciant, sed etiam fontes hebraïcos et græcos ab omnibus consulendos asserit. Et quamvis incredibile videatur , ut singuli christiani linguarum istarumm notitiam sibi comparare possint , id tamen Baconus factu perquam facile esse persuadere suis lectoribus cupit , imprimis cum se grammaticam quandanr universalem.
invenisse glorietur , cujus ope intra paucissimos dies quilibet linguam hebraïcam, græcam , latinam et arabicam addiscere queat; et ut omnes .
quod legunt, etiam intelligant, se opus
(x1) Naudé, Apologie pour les grands Hom mes , pag, 520,
quoddam manuductorium seu præliminare ad promovendam Sacræ Scripturœ intellisentiam editurum spondet , enixè pontificem orans , ut arlificium suum suMmiiis Omnium votis expelitum et frequentibus vaticiniis confirmalum , apostolicé autoritate confirmet , et universæ ecclesiæ commendet, undè innumera in ecclesiam beneficia redundatura minimé dubitat (12).
(x2) Acta Eruditor. Lips. mensis junit 1607, pag. 207, dans l'extrait du livre d'Usserius de Historià dogmaticà Controversiæ de Scripturis et . sacris Vernaculis.
BACON ( François), grand chancelier d'Angleterre * sous le roi Jacques 1°. a été un des plus grands esprits de son siècle, et l’un de ceux qui connurent le plus doctement l’imperfection où était la philosophie. Il travailla fortement aux moyens d'y remédier, et 1l forma de très-beaux plans de réformation (A). Le public reçut favorablement ses ouvrages. On en fit une édition complète à Francfort, in-folio , Van 1665. Le Journal des Savans n’en parla pas sans donner beaucoup d’éloges à cet illustre chancelier (a). Le traité de Augmentis Scientiarum , qui fut réimprimé à Paris l’an 1624, est une des meilleures productions de l’auteur (B). Ses Ofuvres morales et politiques , traduites en français par Baudoin, eurent un si grand débit, qu'il fallut en faire plusieurs éditions.
Sa Wie de Henri VIT, roi d'Angleterre , est fort estimée (b). À force de travailler pour la
* Fr. Bacon a aussi dans Chaufepié un article supplémentaire et bien plus étendu que celui de Bayle : il a plus de vingt pages in-folio. À
(a) Dans le Journal du 8 mars 1666. No- 1ez qu'on en promit une édition er 6 volumes in-12, l'an 1684. Voyez les Nouvelles de la Républiq. des Lettres , Juin 1684, au Catalogue des livres nouveaux, num. PF.
(b) Voyez dans Pope-Blount, pag. 635, le jugement qu’en ont fait Conringius, Boc-
BACON
république des lettres, Bacon négligea tellement ses affaires domestiques, ou se plongea en tant de dépenses, qu'il mourut fort pauvre. Nous rapporterons deux autorités sur ce sujet (C).
On met la fin de sa vie au neuvièeme jour d'avril 1626. Il vécut soixante-six ans,
clerus , etc. On voit là méme d’autres jugemens à la gloire de Bacon.
(A) Z! forma de très-beaux plans de réformation.] Voyez ce que M. Paillet en a dit dans le premier tome de la Vie de M. Descartes (1), et ce que Gassendi a dit en particulier dela Logique de Bacon (2).
(B) Son traité de Augmentis Scientiarum..….. est une des meilleures productiions de l’auteur. 7] Voici ce que Costar en écrivit à Voiture : J'ai lu depuis quelques mois le livre que le chancelier Bacon a fait du Progrès des W'eiences , où j'ai trouvé beaucoup de choses admirables (3). I rapporte ensuite quelques-unes de ces choses, et fait voir par ce choix-là son bon goût; car, en eflet, ce sont toutes belles et grandes pensées. Jai ouï dire que les OEuvres de Bacon étaientun des livres que Costar maniait le plus, et qu’il en tirait le fond ou la base de ses recueils : c’est-à-dire, qu'ayant trouvé dans les écrits de Bacon quelque pensée qui lui plaisait, 1l l’écrivaitsur une feuille ; et puis, quand il rencontrait dans d’autres livres quelque chose qui se rapportait à cela, il l’ajoutait à cette feuille, après quoi , il ne manquait pas de répertoire ni de Heux communs.
(C) ZL mourut pauvre. Vous rapporterons deux autorités la-dessus. |.
La première m'est fournie parla Bibliothéque universelle, et la seconde par le Sorberiana. La Bibliothéque universelle m’apprend que Jacques Howel dit dans une lettre (4) datée du, G de janvier 1625 (5)... que le chan-
1) Pag. 145 et 148.
2 ee spa , tom. TL, pag. 62,
(3) Entretiens de Voiture et de Costar, pag.
173, édit. de Paris en 1654.
(4) La VIII. de la sect. IV du T®*.'volume.
(5) IE faut qu'il y ait ici une faute d’impression dans Les chiffres ; car Le chancelier Bacon ne mourut que le à d'avril 1626.
BACOUE.
celier Bacon mourut sipauvre, qu’à peine avait-il laissé de quoi l'ensevelir; ce qui fait juger a Howel, qu’encore que ce füt un grand génie pour les sciences , ul n’était pas fort judicieux. Il attribue néanmoins la pauvreté de ce fameux chancelier ou au mépris des richesses, ou à une excessive libéralité. Un peu avant que de mourir, il écrivit, au rapport d’'Howel, une lettre pitoyable au roi, dans laquelle il le priait de le secourir, « de » peur qu’il ne füt réduit, en ses der- » niers jours, à porter la besace, et » que lui, qui ne souhaitait de vivre » que pour étudier, fut contraint d’é- » tudier pour vivre. » Paroles qui semblent aussi basses à notre auteur , que celles d’une autre letire que le méme avait écrite auparavant au prince de Galles, étaient profanes. Il disait à ce prince , « qu’il espérait que com- » me le père avait été son créateur, le » fils serait son rédempteur (6). »
Voyons maintenant ce que dit Sorbière. « Histoire naturelle de Bacon, » à Paris, 1631, traduite, ou plutôt » abrégée par Pierre Amboise, écuyer, » sieur de la Madelaine. I] y a un dis- » cours du traducteur sur la Vie de » ce chancelier , et au bout est ajou- » tée la version du Vova Atlantis.
» Ce peu d’excellentes remarques que » J'ai vues mé fait grandement sou- » haiter une version entière et fidèle.
» M. Boswel me dit qu’il avait eu par- » ticulière connaissance avec ce rare » homme, qui lui laissa par testament » tous ses papiers, qui fut la seule » chose exécutée de plus d’un million » de légats qu’il avait fait par galan- » terie. Il léguait quatre cent mille » livres à un collége imaginaire, dont » il dresse le plan en son ÂVova » Atlantis (7). »\Ce discours ne semble pas dire que Bacon soit mort dans la pauvreté : c’est plutôt insinuer qu’il mourut un peu bien visionnaire (3) ; wais prenez-y garde de plus près, vous trouverez qu'il y a là un témoignage d’indigence.
(6) Biblioth. Univers., tom. XV, pag. 45.
(5) Sorberiana , pag, 41, édit. de Hollande.
(8) Voyez ce que du le sieur du Maurier touchant le testament de Cérisaries, Mémoires de Hollande, pag. 430.
BACOUE (Lrowv), natif de Cas-
bi
tel-Jaloux , dans la Basse-Guien-
BADIUS. 19
ne , quitta la religion de sa naissance , qui était la réformée, et entra chez les cordeliers. 1 parvint ensuite à la prélature, et fut fait évèque de Glandeve. Celui qui m'apprend cela remarque que le pere Léon Bacoue est le seul huguenot converti, qui soit parvenu à lépiscopat sous le regne de Louis XIV (a). Ce cordelier publia un poëme latin sur l'éducation d'un prince , environ le temps qu’on devaitdonner des précepteurs à monseigneur le dauphin. Il lefitréimprimer à Paris l’an 1685. Le Journal des Savans en parla l’année suivante (b) *.
(a) Rocoles, Histoire véritable du Calvinisme, pag. 166.
() Le 21 de janvier, pag. 23.
* Leclerc dit que Bacque , évêque de Glandève en 1672, et de Pamiers en 1686, (mort en 1694), a donné une traduction française de la Somme de Théologie morale et canonique de Villalobo 1635 , deux parties in-folio, Outre son Deiphinus, seu de primé Principis Institutione, imprimé à Toulouse dès 1670, in-4°., et à Alby, 1685 , in- 8°, il avait composé un poëme latin intitulé Sanctiss. ac Beatiss. Patri, Clementi 1x Carmen panegyricum, Toulouse, 1667 , in-80.
BADIUS ( Jonocus ou Josse) , surnommé ÆAscensius, à cause qu'il était né dans le bourg (a) d’Assche aupres de Bruxelles , s’est fait estimer ‘par le grand nombre de livres qu’il a imprimés et commentés. Il naquit en 1462. Il fit ses premieres études à Gand : illes continua en Italie, et fit beaucoup de progres dans la langue grecque, à Ferrare, sous Baptiste Guarini.
Il s'établit à Lyon, et yenseigna,
(a) Moréri a tort de l'appeler une maison:
Les auteurs quil cite se servent du mot Municipium. Gesner donne à Badius Le surnont de Gandensis,
tant en public qu’en particulier , la langue latine et la langue grecque. Puis il transporta ses tabernacles à Paris, et y dressa une imprimerie qui lui fit honneur (À). Il en fit sortir un bon nombre d’auteurs classiques, avec ses explications et ses notes (B). Il prit la même peine sur quelques auteurs modernes , comme sur Pétrarque, sur Politien, sur Laurent Valle, sur Baptiste Mantouan, etc. Il publia aussi quelques livres de sa façon , tant en vers qu’en prose (b) (C), et fit demeurer d’accord les connaisseurs , que si les soins domestiques ne l’avaient pas obligé de diriger ses travaux du côté du gain , autant ou plus que du côte de la gloire , il eût réussi beaucoup mieux qu’il ne faisait (D). Il échappa à Érasme de le comparer en certaines choses à Budé ; et l’on ne saurait croire les vacarmes qui furent faits à Paris contre cette comparaison (E). Ceux qui mettent la mort de Jodocus Badius à l’an 1626 se trompent (F). Il était chargé d’une assez grosse fanulle, et Von a dit dans son épitaphe, qu'apparemment il aurait produit autant d’enfans que de livres, s’il se fût mis aussi tôt à lune de ces fonctions qu’à l’autre (G); mais qu'il y avait longtemps qu'il était auteur lorsqu’il s’engagea au mariage. Je ne voudrais pas répondre que cela fût exactement vrai (H). ConraD Bapius, son fils, naquit à Panis, et fut s'établir à Geneve.
11 devint fort bon protestant, et il le témoigne dans!’ Æ/coran des
(b) Ex Valerii Andreæ Bibliothecä belgic., pag. 538, 589.
BADIUS
Cordeliers. Il en a traduit le premier livre, et compilé le second , et il a orné l’un et l’autre de notes marginales qui emportent la piece. Il était imprimeur et auteur, et se mêlait de faire des vers français. Il en fit contre Nostradamus (c). Trois de ses sœurs furent mariées à de fameux imprimeurs (1). J'ai ignoré pendant quelque temps ce que voulait dire un moderne, qui semblait accuser Henri Étienne d’avoir censuré Josse Badius (K). Je ne sais que dire d’un Conradus Bapius *, qui mourut de peste avec toute sa famille à Orléans, où 1il était ministre Van 1562 (d), et qui avait été ami de Théodore de Beze depuis sa jeunesse (e).
M. Chevillier , qui a recueilli plusieurs éloges de Josse Badius, assure qu'il avait été professeur des belles-lettres dans l’université de Paris , et ensuite dans La ville de Lyon, où il lisait publiquement les poëtes ( f).
Il y a apparemment une faute dans le titre d’un des livres que Valère André lui attribue (L).
(c) Du Verdier-Vau-Privas, Biblioth.
française, pag. 23 * Joly reproche à Bayle de ne pas en dire davantage de Conrad Badius (qui a un article dans le Dict. de P. Marchand. ) Joly attribue à C.Badius les Satires Chrétiennes de La Cuisine papale, 1560, in-8°. de 132 pages : ce livre est de P. Viret. e (d) Bèze, Histoire des Eglises, Liv. WI, pag. 549.
(e) Ant. Fayus ir Vità Theodori Bezæ, ag. 45.
(f) Chevillier , Orig. de l'imprimerie , pag. 137. S
(A) Il dressa à Paris une imprimerie qui lui fit honneur. | Le père.du Moulinet nous apprend que Jodocus Badius est le premier qui ait apporté en France les caractères ronds , et qu'avant lui tous les imprimeurs du
. BADIÏUS.
royaume s'étaient servis de caractéres gothiques. Il vint d'Italie en France environ l’an 1500, tant pour y enseigner le grec à Paris, que pour ÿ établir une fort belleimprimerie, qu'il appela Prezum Ascensianum (+). Le père du Moulinet oublie que Badius s'arrêta assez long-temps à Lyon avant que de venir à Paris. Voyez la remarque (H). Au reste, M. Chevillier a prouvé, contre ce père, que l’imprimerie de France n'a point commencé par le gothique (*), et qu'on ÿ a fait des impressions en lettres romaines, avant le temps de Josse Bade (2), et qu'encore que celui-ci ait fait un grand nombre d'éditions en bonnes detires ,..... il en a fait plusieurs en gothiques (3)
(B) ZI imprima un bon nombre d’auleurs classiques , avec ses explications et ses notes. | Valère André en donne une liste, daus laquelle paraissent Horace , Perse, Térence, Juvencus , Théocrite , Salluste , Valère Maxime , Quintilien , Aulu-Gelle , et plusieurs traités de Cicéron. Commentar verd , sive familiares enarrationes circumferuntur in Horatium Flaccum, etc. (4). La liste de Swert est plus ample ; Ovide et les tragédies de Sénèque y paraissent (5).
(C) 2! publia quelques livres de sa facon, tant en vers qu'en prose. | Valère-André marque les suivans: Psalterium B. Mariæ, Epigrammatum liber, Novicula stultarum Mulierum , de Grammaticdä, de conscribendis Epistolis, Vita Thomeæ à Kempis *.
(D) Si Les soins domestiques ne l’avaient pas détourné ,...…. il etit réussi
(x) Voyez le Journal des Savans du 31 janvier 1684, pag. 38.
(*) Gabriel Naudé , chap. Vil de son Addition à l'Histoire de Louis XI, pag. 317 et 318 de l'édition de 1630 , prétend que ce furent les ouvriers qui, moins cupides de l'honneur que du profit , introduisirent le caractère gothique; mais je ne sais comme il l’entend , puisque quantité d'anciennes éditions que nous avons en lettre carrée, ne sont pas moins chargées d’abreviatures que les gothiques qui leur out succédé. Rem. crir.
(2) Chevill., Origine de l'Imprimerie de Paris, pag. 54.
(3) La même, pag. 108.
(4) Valer., Andreas, Bibl. belg., pag. 589.
(5) Swert.. in Athen. belgicis.
* Leclerc remarque qu'on lui doitun Comrnenium in Boëtium de disciplin& scholarum imprimé dans le volume intitulé : Commentum duplex in Boëlium, Lyon, 1498, petit in-folio.
pe A
beaucoup mieux qu'il ne faisait. | Érasme en a parlé assez franchement.
ÎVec infeliciter omnind cessit conatus Badio, adest illi facilitas non indocta, felicius tamen cessurus , nisi curæ domesticæ reique parandæ studium tnterrupissent otium illud Musis amicum hujus laudis candidato necessarium (6). I confirme ce jugement dans uue de ses lettres (7). lis liberum erit de Badio judicare quod volunt , ego semper illum habui in eorum numero, quorum nec eruditionem, nec in= genium , nec eloquentiam possis contemñere : tametsi non dissimulo illum longè majorem fuisse futurum, si fortuna benignior otium ac tranquillitatem studiorum suppeditésset. Brixius , après avoir donné une idée tout-à-fait médiocre de Badius, l’accuse de travailler beaucoup plus à gagner du bien, qn’à devenir éloquent. Scio Badium non esse prorsus &uoucov. Ferüm qualis qualis est talem se ceriè hominibus nostris hactenüs probavit, ut guoties de doctis sermo inter doctos in cidit, de Badio planë oûdiis noyos. Illi, quod non inficiaris, quæstus tantm non eloquentia scopus est (8).
(E) Ærasme le compara.... à Budé ; et l’on ne saurait dire les vacarmes qui furent faits à Paris contre cette comparaison.} Brixius, qui était ami d’Erasme, lui écrivit, sur ce sujet, la lettre dont je viens de rapporter quelques paroles. Il ne lui cache point que les savans de Paris étaient indignés de voir qu’on eût en quelque façon préféré Badius à Budé : Quo major indignatio nostrorum omnium animos subit, quod häc in opinione, justé de causé quüm sint, existiment illum abs te non tantüm Badio collatum , sed et postpositum.…. ÆEa una commissura adeù nostris omnibus invidiosa est, ut multorum tibi benevolorum animos à tut studio abalienérit | ob id--quod existimant Budæum cum Badio commissum perindè esse ac si quis Achillem cum Thersite committeret(9). Érasme se justifia, et fit voir qu'il avait très-clairement établi la supériorité de Budé. Il s’étonnait que l’on n’eût
(6) Erasmus, ir Cicerouiano, pag. 73.
(7) La XXVIIIe. du XXII®. livre, pag:
(8) Brixius, in Epistolà ad Erasm, inter Epistolas Erasmi XX VII, Lib. XXII, pag, 1166.
(9) Tbidem, pag. 1168.
pas apercu cela en France, ou que si on l'avait apercu, on eût tant crié , et tant composé de vers satiriques, Demiror isthic esse doctos, qui hæc non videant, et si vident, magis etiam demiror esse qui vociferentur, qui maledicis versiculis rem dignam existiment. (10) Cette affaire fut tant prônée, qu’elle vint jusqu'aux oreilles de Francois 1°". Si verus est rumor , sic fremunt amici Budæi, quasi in cineres pairis ac matris illius imminxerim.
Clamant, 6 cœlum ! 6 terra ! Budæum cum Badio ! Clamant me invidere gloriæ Budæi, meque muliis epigrammatiis dilacerant.…. Causa delata est et ad regis cognitionem. Volenti cognoscere dissidit causam , dictum est Budæum me taxässe in loco quodam , eo me offensum quæsisse vindictant, eumque cum Badio contulisse (11). Si Erasme avait eu dessein de faire honneur à Badius par cette comparaison, il fut bien trompé; car quels coups de poignard n’enfonçait-on pas dans le cœur de ce pauvre homme, toutes les fois qu’on se plaïgnait de Pinjustice que Budé avait soufferte ! il aurait mieux valu pour Badius qu’Érasme ne se fût point souvenu de lui. On raccommoda l’endroit dans la seconde édition.
(F) Ceux qui mettent sa mort à l'an
1526 se trompent.] Swert s'était contenté de dire qu’il trouvait qué Badius était parvenu jusqu’à l’année 1526 (12). Cela signifiait bien qu’on ne savait pas s’il avait vécu au-delà de cette année, mais on ne prétendait point assurer qu'il n’eût point vécu au delà, Konig, au lieu de se servir de cette réserve, aflirme que Badius est mort l’an 1526. D'autres l'ont dit après lui. Mais qu'on voie un peu la lettre de Brixius que J'ai citée , elle fut écrite l’an 1528 , et Badius y paraît comme un homme plein de vie.
Valère André ne dit rien touchant la mort de cet homme : M. Moréri l’a placée environ l’an 1529 ou 1530. Il s’abuse , car on sait qu'Érasme , dans une lettre du mois de septembre 1530 (13), se réjouit de ce que la nouvelle
(10) Erasmus, Epist. XXVIII, b. XXII, pag. 1172.
(ri) Erasmus, Epist. LXXII, 4h. XX, pag.
(z2) Swert. , in Athenis belgicis, pag. 400.
(13) C’est la XXIII®, du XXE, liv., pag.
BADIUS,
qui avait couru de la mort de Badius n'était pas vraie; et nous avons une édition des Épiîtres de Longolius, faite par Badius, lan 1533. Gesner, dans sa Bibliothéque, imprimée l'an 1545, observe qu’il y avait environ dix ans que Badius était mort. Il ne l'était pas Jorsqu’on imprima à Paris le livre d’Alphonse de Castro contre des hérésies; car il fut l’un de ceux qui l’imprimèrent l’an 1534 (14). La première page du Pierre Lombard in Epistolas Pauli, contient ceci : pro hæredibus Jodoci Badii, 1535, mense decembri (15). 11 n’était donc plus en vie au mois de décembre 1535 *.
(G) ZL aurait produit autant d'enfans que de livres, s’il se füt mis aussitôt à l’une de ces fonctions qu’à l’autre, | Cette pensée fut le sujet d’une épitaphe qu’on lui composa. La voici :
Hic , liberorum plurimorum qui parens , Parens librorum plurimorumque qui fuit , Situs Jodocus Badius est Ascensius.
Plures fuerunt liberis tamen libri,
Quod jam senescens cœpit illos gignere, Ætate florens cœpit hos qudd edere (16).
Cette épitaphe n’est point celle que l’on voit sur le tombeau de Jodocus Badius, au charnier de l’église collégiale de Saint-Benoît ; à Paris (17).
C'est là qu’il fut enterré (18). Si les vers qu’on vient de lire sont un exposé fidèle , il avait suivi la maxime de la pluplart des savans , il s'était marié tard. Voyez le livre intitulé Valesiana (19).
(4) Z{ y avait long-temps qu'il était auteur lorsqu'il se maria... Je ne voudrais pas répondre que cela fut exactement vrai. |] Le sieur de la Caille m'inspire ce doute : il m’apprend que Badius, à son retour d'Italie, enenseigna plusieurs gentilshommes à lyon, et composa et imprima quanti-
(54) Voyezla Caille, Histoire de l'Imprimerie,
(15) Chevill., de l'Origine de l'Imprimerie de Paris, pag. 138. L
* Leclerc et Leduchat disent que Badius mourut certainement dans le cours de 1535.
(16) Swert. , Athen. belgic., pag. 490, rap= porte cette épitaphe comme faite par un ami de Badius. Z{ devait dire par le petit-fils. Voyez la remarque suivante.
(17) Vous la pouvez lire dans la Caïlle, Histoire de l'Imprimerie, pag. 75.
(18) Rocoles, Histoire véritable du Calvinisme, pag. 213.
(9) Pag. 5, édition d'Amsterd.
BADIUS
té de bons livres chez Jean Trecusez, imprimeur de Lyon, duquel il épousa la fille, nommée Tueur Trecusez … (20). Ce fut à lui, poursuit cet auteur, que le savant Robert Gaguin, vingtième général de l’ordre des trinitaires, qui connaissait son mérite el sa capacité pour la correction des impressions, écrivit pour imprimer ses ouvrages, ainsi qu’on le voit par la lettre que ce général lui adresse, qui est à la téte de ses Epttres in-4°., l'an 1498. Ce qui obligea Badius à venir a Paris, vers l'an 1499 ou 1500 *, après la mort de son beau-père, tant pour y enseigner la langue grecque, que pour y rétablir l’art de l’imprimerie, qui commencait à décliner. I résulte de ce passage, que Badius était marié en 1900. Or il n’avait encore que trente-huit ans : on ne peut donc pas dire qu’il ait différé son mariage jusqu’à la vieillesse ; jam senescens cœpit illos gignere : et cependant c’est Henri Étienne, son petit-fils, qui l’assure *?, car c'es! Henri Étienne qui est l’auteur de cette épitaphe latine , et d’une épitaphe grecque, qui roule sur la même pensée. Jodoco Badio elegantissimis hisce epitaphiis parentavit ex fili& nepos Henricus Stephanus , quæ propter elegantiam non potui non adscribere (21). Ces épitaphes se trouvent dans le livre de Henri Étienne de Artis typographicæ Querimonid.
M. Almeloveen les rapporte toutes deux, avec une autre latine du même auteur , dans sa curieuse dissertation de Vitis Stephanorum.
(1) Trois filles de J. Badius furent mariées à de fameux imprimeurs.] Catherine Badius , fille de Jocodus , fut mariée à Michel Vascosan (22). Perrette Badius, autre fille de Jocodus, fut femme de Robert Étienne ( 23 ).
Jeanne Badius, sa sœur, épousa Jean de Roigny (24), qui prit lu marque
(20) Histoire de l’Imprimerie, pag. 72, 73.
*1 Leclerc cite une Epiître dédicatoire datée de Lyon en juin 1501. Ce ne fut qu'après qu'il vint à Paris. Le premier livre sorti de son imprimerie est de la fin de 15017.
X2 Sur ce témoignage, Leclerc croit le mariage de Badius postérieur à 1507.
(21) Almeloveen, de Vitis Stephanorum, pag.
(22) La Gaille, Histoire de l'Imprimerie, pag. 302:
(23) La
(24) Là
même, pag. O6.
Ed même , pag. 105,
de son beau-père, et arbora à ses éditions le Prelum Ascensianum pendant
plus de vingt-cinq ans (25), Perrette
savait la langue latine , soit que son père la lui eût enseignée , comme le croit M. Almeloveen (26), soit qu’elle eût apprise à force d'entendre parler latin chez son mari. Ces deux opinions ont chacune leur probabilité :
ceux qui se rangeront à la seconde se pourront fonder sur ce qu’une sœur de Henri Etienne , fille de Perrette Badius , apprit ie latin sans le secours de la grammaire, et par la seule voie de l'usage. C’est que la maison de Robert Etienne était remplie de gens qui parlaient toujours latin, ce qui fit que les servantes mêmes aequirent l'intelligence de cette langue.
Voyez l’Epiître dédicatoire de l’Aulu- Gelle de Henri Étienne, vous y trouverez ceci ; l’auteur s'adresse à son fils : Aviæ tuæ eorum queæ latinè dicebantur ( nisi rarius aliquod vocabulum intermisceretur ), haud difficilior erat intellectus, quäam si dicta sermone gallico fuissent. Quid de superstlite sorore med, amitd autem tué, nomine Katharinä dicam ? Llla quoque eorum queæ latinè dicuntur interpretem non desiderat : multa verd et ipsa eodem loqui sermone potest ; et guidem ütà ( licet nonnunquam impingat ) ut ab omnibus intelligatur. Undè ili hæc latinæ linguæ cognitio ?
Artem certè grammaticarm haud magistram habuit, nec alius illi häc in re quum usus præivit. Il explique ce qu’il entend par cet usage : c’est que les imprimeurs et les correcteurs de Robert Etienne ne parlaient que latin.
(K) J'ai ignoré pendant quelque temps ce que voulait dire un moderne qui semblait accuser Henri Etienne d’avoir censuré Josse Badius.} étais dans cette ignorance , pour n'avoir pas entendu une période française du sieur la Caille ; mais, enfin, je l’ai comprise, ce me semble. Cette période contient ces termes : « Voyons » son épitaphe, rapportée par Henri » Étienne, dans le livre qu’il a com- » posé de Ærtis typographicæ Que- » rimonid , imprimé par le même
(25) Chevillier, de l’Origine de l'imprimerie de Paris, pag. 138.
(26) Almeloveen
, de Vitis Siephanorum, pug. 28. |
» Émienxe, en 1569, où il y a plusieurs » plaintes adressées audit Bapius, tant » en grec qu’en latin (27). » J'avais d’abord cru qu’on voulait dire que Henri Étienne faisait cent reproches à Badius, tant en langue grecque, qu’en langue latine, d’avoir gâté le métier ; mais faisant réflexion qu’il était son petit-fils, et ne trouvant rien contre Badius dans la Querimonia Artis typographicæ , que M. Almeloveen a publiée, je demeurais fort en suspens. M. Almeloveen m’'ayant assuré qu'il n'avait rien retranché de la Querimonia, a été cause que J'ai relu tout de nouveau la période, et que jai compris que, tant en grec qu'en latin, se doit rapporter peut-être non pas à plaintes, mais à épitaphes.
Enfin, j'ai pu consulter cet ouvrage même de Henri Etienne (28). J'y ai trouvé, 1°. une préface en prose contre l'ignorance des imprimeurs; 2°. un poëme où l’on introduit l’imprimevie qui se plaint de sa décadence ; 3°. l’épitaphe , tant en grec qu’en latin, ou en latin seulement , de quelques doctes imprimeurs. Je n’y ai point trouvé de plaintes, ni contre Badius, ni adressées à Badius : cet endroit du sieur la Caïlle est une énigme pour moi, sil n’est pas une méprise. Se faut-il étonner que les langues mortes, avec ce grand attirail de transpositions qui leur est permis, aient tant d’obscurités à notre égard:
la nôtre ne nous jette-t-elle pas dans les ténébres, dès qu’on se relâche sur l’arrangement naturel des mots?
(L) {ly a apparemment une faute dans un des livres que Valère André lui atitribue.7]1l lui donne un ouvrage intitulé , Vavicula stultarum mulierum (29) , et n’en marque, ni le lieu, ni le temps de l’impression : il s’est contenté de copier à cet égard le Catalogue de Swertius. J’ai été averti (30) que Badius publia en 1513 un livre qui est intitulé avis stultiferæ coldectanea ab Jodoco Badio Ascensio vario carminum genere, non sine e0rumdenr familiari explanatione con-
(27) La Caille, Histoire de l'Imprimerie, pas: 74.
(28) A. Almeloveen ,, qui prête si obligeamment ses livres, a eu la bonté de m'envoyer l’Artis typographicæ Querimouia.
(29) Voyez la remarque (C).
(30) Par AT, de la Coste, nunistre hollandais.
BADUEL.
flata. H est apparent que le livre dont Valère André fait mention ne diffère point de celui-ci; ou que tout au plus, il n’en différe que comme une partie est différente du tout. Je crois aussi que l'ouvrage publié par Badius en 1513 est tiré de celui qui est intitulé Vavis Narragoniæ , et dont l’auteur est Sébastien Brandt (31), natif de Strasbourg , professeur en droit, et bon poëte pour ce temps-là, qui était la fin du XV°. siècle. Voyez dans la Bibliothéque de Gesner (32), ce que c’est que Vavis Varragoniæ ou IVavis stuliorum.
(31) Ou Titio. à
(32) Gesneri Bibliothecæ folio 503.
BADUEL (Craune), en latin Baduellus, a vécu au XVI°. siecle. Il était de la religion , comme il paraît par la traduction latine qu'il fit de quelques sermons de Jean Calvin, et qu'il publia à Genève; comme aussi par les Actes des Martyrs , qu'il fit imprimer en latin dans la même ville, lan 1556 (a) Je ne doute point qu'il m’ait enseigné les belles-lettres dans le collège de Nîmes, car on trouve parmi ses ouvrages imprimés Oratio ad instituendum Gymnasium nemausense de Studiis Litterarum, et une autre piece intitulée de Collegio et Universitate nemausensi. Il écrivait bien en latin, et il était bon orateur*, bon père et bon chrétien. Ces deux dernières qualités paraissent beaucoup dans son £prstola Parænetica ad Paulum filium de vero Patrimonio et Hæreditate quam christiant Parentes suis Liberis debent relinquere.
Je vous renvoie, touchant les ti-
(a) Frisiüi Epitome Bibliothecæ Gesneri, pag. 150.
* La latinité de Baduel m'a paru très-médiorre, dit Joly, et l'écrivain assez froid orateur,
BADUEL.
tres de ses autres livres, à l’Épitome de la Bibliothéque de Gesner; mais je dirai quelque chose du traité qu'il publia sur le mariage des gens de lettres (A):
et j’observerai que les abréviateurs de Gesner n’ont pas marqué tout ce qu'ils devaient, car ils ne disent point que Baduel
ait composé en latin l’Oraison«
funèbre de la dame de Saint-’éran (b). Le catalogue de la bibliothéque d'Oxford lui attribue des Notes sur les livres apocryphes , imprimées à Londres V’an 1660.
(b) Elle était fille du premier président du parlement de Toulouse. Cette Oraison funèbre, traduite en francais par Charles Rozel, fut imprimée à Lyon, l’an 1546.
Voyez la Biblioth. de Du Verdier.
(A) Je dirai quelque chose du traité qu'il publià sur le mariage des gens de lettres. | en voici le titre : De Ratione vitæ studiosæ ac litteratæ in mamatrimonio collocandæ ac degendeæ.
Il fut imprimé à Lyon , chez Sébastien Gryphius , l’an 1554, in-4°., et réimprimé à Leipsick, l’an 1577, et l’an 1581 (1). Cette dernière édition est de 143 pages iz-8°. Un professeur de Leipsick, nommé Grégoire Bresman, ya mis une préface où l’auteur etle livre sont fort loues. Il est certain que c’est un écrit tout-à- fait senséet plein de bonne morale. Ba.
duel le dédia à M. de Masencal (2), premier président au parlement de Toulouse. Il y relève l'excellence du mariage, et y montre les désordres qui accompagnent pour l’ordinaire le célibat ; et il réfute ceux qui disent que le mariage ne convient pas aux gens de lettres, vu que c’est un état qui les détourne de l’étude, et qui ne leur permet pas de s’y appliquer tout entiers. [1 nous apprend (3) qu’il avait
choisi cet état, et il y donne des con-
(1) C'est ce qui a fait faussement croire à JL. Konig, que Baduel l'avait composé en 158x. Voyez sa-Bibliotheca vetus et nova.
(2) 4d Joannem Massecalum.
(3) De Ratione Vitæ studiosæ in matrimonio collocandæ , pag. 3.
seils touchant le choix d’une femme à ceux qui voudront conjoindre, comme il les y exhorte puissamment , les plaisirs d’un doux hymen avec la profession des lettres. Il dit que Guillaume Bigot, homme bien versé dans les matières de médecine et de physique, avait promis un traité, qui devait montrer que le mariage est nécessaire ; c’est-à-dire, selon la pensée de Baduel, que l’homme, sans le mariage, ne saurait vivre en santé. Guillelmus Bigotius , dit-il (4), qui in medicis ac physicis diligenter versatur , summam harum rerum habet scientiam, aliquandd promisit se de conjunctione matrimonit usuque ejuS necessario scripturum. IVecessarium (opinor ) intelligit , sine quo homo non potest valere. Ilaque eam partem naturcæ , conjugium ad bonam corporis constitutionem appetentis, nos ei explicandam relinquamus : in quo valdè prudenter Jaciet, si eam commoditatem ex legitimd uteris conjunctione , ejusque moderatd consuetudine , petendam esse doceat : et ea incommoda ostendat quæ ex liberis illis ac dissolutis scortationibus humanis corporibus multa et magna afferuntur.
Pour bien caractériser cet ouvrage, j'emprunterai quelque chose du professeur de Leipsick , qui en a procuré une seconde édition. Il remarque , qu'il n’y a rien de plus important dans la conduite de la vie, que de consulter les règles de la prudence , mais qu’il y a peu de gens qui les consultent, lorsqu'il est question de mariage , la chose du monde où il est le plus difficile de délibérer prudemment (5). On s’y engage par l’impétuosité de la jeunesse; on n’écoute que les cohseils de la passion , et cependant c’est une affaire où les fautes sont irréparables. Plerique vigentis adolescentiæ annis, ajoute-t-il (6), cum inest maxima consilii imbecillitas aique imperiliä , cœco quodam amoris impelu commoli ac fervore juvenili inflammati, antè implicantur conjugio , quam quod illud vitæ genus sit judicare potuerunt. Mulüi formeæ
(4) Tbidem , pag. 47, 48.
(5) In deliberatione de contrahendo matrimonio, quæ est una omnium difficillima. Gregor. Bresmanus, Præfatione ad lectorem.
(6) Gregor. Bresmanus, Præfatione ad lectorem.
venustate allecii, plures dotis magni- tudine inescati, neque pauci splendo-
re generis fascinati, his autoribus et
consuasoribus agunt omnia..…... Quos,
meo quidem judicio, satius erat, cum
animis suis considerantes illud Publii Syri, deliberandum est diù quod statuendum est semel ; et hoc item alierum , deliberare utilia, mora est tutissima , diù secum muliumque deliberare , atque ad naturæ sucæ rationemque vilæ institutum consilium conferre omne præsertim cn in deligendo mairimonio , si quid erroris acciderit (accidit autem sæpissimé) non quod aliis in rebus facere in promptu est, cum quis fortè se errdsse intelligit, ralionem et consiliorum mutationem instituére cuiquam sit integrum : sed aut stultitiæ poœnam luere, aut negligentiæ culpam præstare oporteat sempiternam. Étant donc si nécessaire , et en même temps si rare de s’engager prudemment dans cet état , on croit rendre un service signalé au public, en faisant réimprimer le livre de Baduel, puisque l’on y trouve les meilleures instructions d monde, et nommément le conseil de recourir par des prières ardentesaux lumières du Saint- Esprit. L’auteur de la Préface soutient qu’il faut commencer par-là, quand on délibère sur un point si délicat et si périlleux. Qui hanc vitæ conjugalis viam ingressuri sunt , operam ante omnia dabunt , ut Deum sibi consiliarium , atque in rei tam arducæ consultatione , atque effectione moderatorem , pié ac religiosé nominis divini imploratione asciscant... de qué unius et trini Dei, in coëundo conjugio ardenti invocatione diligenter faciendé, præter complura alia prudentiæ et circumspectionis et cautionis in hôc vilæ genere constituendo præcepta seduld tenenda , piè , sapienter, et eruditè admodüm , in hoc quem tibi, lector benevole, de alieno largientes offerimus , libello disseritur.
Cet ouvrage de Baduel a été traduit en francais par Guy de la Garde (1) ; mais s’il n’a pas mieux réussi dans la version de l’ouvrage que dans la version du titre, ce doit être peu de chose. Ilintitule sa version , imprimée
(7) Lieutenant particulier en la sénéchaussee de Provence, au siége d'Arles. Voyez la Bibliothéque de la Croix-du-Maine, pag. 134, et celle de du Verdier, pag. 532,
BAGNI
à Paris, l'an 19548, in-8°., Traité très-fructueux de la Dignité du Mariage et de l'honneste Conversation des.
Gens doctes et lettrés.
PBAGNI (Jran Francois) a vécu au XVII®, siècle. Il fut élevé au cardinalat par le pape Urbain VITI Van 1629 , à la recommandation de la France (a). M. Mo-
«réri parle de lui assez amplement, mais non pas sans faire des fautes , qu’il sera bon de remarquer (A). Ce cardinal avait passé par plus d'emplois que
. Moréri n’en indique , comme on le verra dans nos remarques.
On a dit de lui * une chose dans le Sorberiana, qui est fausse en plusieurs maniéres (B). Il avait un frere, qu’on nommait le marquis de Bacni (C) , et qui fut général des troupes du pape dans la Valteline, l’an 1624.
(a) Ministère du cardinal de Richelieu, à l’année 1630, au commencement.
* Ce n'est pas de lui, mais de son neveu, dit Leclerc.
(A) Moréri parle de lui... et fait des fautes qu’il sera bon de remarquer. ] I dit, 1°. que le cardinal Bagni était des comtes de Guidi. C’est prétendre que le nom de sa famille était de Guidi ; mais il ne fallait point séparer le nom de Guidi de celui de Bagni, ou à Balneo. Naudé ne les sépare jamais ; 2°. qu’il naquit le 4 d’octobre 1573. Cela ne s'accorde point avec un auteur dont l'exactitude est un garant mile fois plus assuré que M. Moréri (1). Cet auteur met la mort du cardinal Bagni au 24 de juillet 1641, et lui donne soixante-seize ans de vie. Il met donc sa naïssance à l’an 1565; 3°, que Clément VII envoya Bagni en France, pour y féliciter Henri-le-Grand sur son mariage avec Marie de Médicis. Ce n’est point cela.
M. Moréri n’a point entendu Thomasin, qu'il a cité. Il pouvait lire dans cet auteur que le cardinal Aldobran-
(s) Baillet, Vie de Descartes , tom, I, pag.
BAGNI
din , légat de Clément VIIT en France, tant au sujet du mariage de Henri IV, que pour la paix de Savoie, avait à sa suite Jean francois Bagni. Voilà en quoi consistait la prétendue députation de cet homme ; 4°. M. Moréri multiplie plus qu’il ne faut les nonciatures de Bagni : il veut qu’on lait envoyé deux fois nonce en France, une fois sous Grégoire XV, et une fois sous Urbain VIII ; et qu’outre cela Grégoire XV «l'avait envoyé nonce en Flandre. Thomasin en dit un peu moins, et se contente de dire que Bagni fut envoyé à Paris par Grégoire XV , en qualité de nonce extraordinaire; et qu’il alla de Paris en Flandre, pour y faire la fonction de nonce ordinaire. Gassendi en dit moins que Thomasin : il dit que Bagni,, al- Jant à la nonciature de Bruxelles, passa par Paris , et y vit incognito tout ce qu’il y eut à voir. Zransiit sub id tempus (c'est-à-dire , au mois de juillet 1621). Parisiis memoratus supra vice legatus à Balneo , pontificis nuncius DESTINATUS in Élandriam , qui cum vellet singularia quæque in urke spectare, sed tamen quasi \NCOGNITUS, commodum profecto convaluit Peireskius , qui ipsum variè deduceret ad eruditos, ad musæa, ad opera omnia rariora (a).
Je sais bien qu'il a été nonce en France , mais ce fut dans un autre temps. Le même Gassendi racontant les connaissances que fit M. de Peiresc avec des hommes illustres lan 1614, dit ceci de notre Jean François Bagni.
Unus fuit Joannes Franciscus Vidius a Balneo , patracensis archiepiscopus, el per ea tempora avenionensis vicelegatus. Singularis enim deinceps necessitudo intercessit seu donec ille Avenione degit , seu chm est versatus perillustris nuncius tam apud prin.
cipes Belgarum, quam apud regem christianissimum, seu posiquäm factus est cardinalis raræ ac spectaitæ virtutis (3). Il est très-certain que Bagni avait été deux fois nonce ; car Naudé, qui fut long-temps son domestique et son bibliothécaire, lui parle ainsi, en lui dédiant ses Coups d'état : « Mox- » SEIGNEUR, puisque vous êtes main- » nant à Rome, jouissant des hon- > neurs qui servent de récompense à
(2) Gassend. , in Vitä Pcireskü, Lib. LIL ad ann. 1621, pag. 280.
(3) Tbidem , pag. 281.
» vos mérites, et vivant dans le repos » que les fonctions publiques heureu- » sement exercées en sept gouverne- » mens, une vice-légation, et Deux » NONCIATURES, VOUS y ont acquis, Je » n'ai pas cru, etc. » Il fut envoyé nonce à Bruxelles par Grégoire XV, et en France par Urbain VIIT. Thomasin et Moréri sont tous deux en faute :
ils n’ont su débrouiller un fait le plus facile du monde à bien raconter. Ce fat pendant la nonciature de France :
que Bagni fut élevé au cardinalat.
Gassendi conte, qu’au printemps de l'année 1631, il passa par la Provence pour s’en retourner à Rome , et qu'il alla voir son ancien ami M. de Peiresc. Ÿ’erè novo cardinaiis à Balneo, utrâque sud legatione functus , et accepto Parisiis purpurato pileo, Romam rediit (4). amenait avec lui le docte Gabriel Naudé. Il continua à Paris les fonctions de nonce, pendant plus d’un an depuis son élévation au cardinalat, et se mêla en particulier de la pacification des différens qui régnaient entre la reine-mère et le cardinal de Richelieu (5).
Un mémoire manuscrit de M. Baudrand porte 1°. qu’il ne fut point fait cardinal à la recommandation de la France, quoiqu'on l’assure dans l’Histoire du ministère du cardinal de Richelieu,mais purement par le pape, comme nonce du saint -siége , qui est ce que l’on accorde fort souvent aux nonces en France , en Espagne, et à la cour de l'Empereur ; 2°. qu’il y a erreur dans ces paroles de Gassendi, que j'ai rapportées.(6) : Accepto Parisiis purpurato pileo, Romam rediit. « Le pape » n’envoie point le chapeau rouge aux » cardinaux qu'il fait, mais il faut » qu'ils Paillent quérir à Rome ; car le » pape n’envoie que la calote, d’abord » par le courrier , et ensuite le bon- » net rouge par un de ses camériers.
» Ainsi les cardinaux de Richelieu et » Mazarin n’ont jamais eu le chapeau » rouge, parce qu'ils ne furent pas à » Rome depuis leur promotion. Il n’y » a eu, depuis plus de cent vingt » ans, que le cardinal Infant, à qui
(4) Gassendi, in Vità Peireskii, Lib. IF, ad ann. 1631, pag. 30n.
(5} Voyez l'Histoire du cardinal de Richelieu, par Aubery, tom. T, pag. 264, et 279, édition de Hollande, in-12.
(6) Cidessus, citation (4).
» le pape envoya le chapeau rouge en » Espagne, par une faveur particu- » litre, à cause du roi d’Espagne, » son frère. » Tout cela est bien cu-
rieux , mais néanmoins M. Baudrand
n’a point dû trouver de fautes dans les paroles de Gassendi, puisqu'elles ne signifient pas que ce cardinal avait reçu le chapeau rouge : elles signifient seulement qu’il avait recu le bonnet rouge. Gassendi se sert du mot pileo.
et non pas du mot galero. On dit que Paul V dérogea à l'usage introduit par Sixte V , et cela en faveur du duc de Lerme , à qui il fit donner à Madrid le chapeau de cardinal et l’anneau , en 1618 , ce duc étant âgé de soixante et dix ans (7). Voyez le chapitre XI du XVE. livre de l'Histoire du concile de Trente de Pallavicin.
(B) On a dit de lui une chose dans le Sorbériana, qui est fausse en plusieurs manières. | On prétend, qu’à la vue des Conciles imprimés au Louvre en XXX VII tomes , il s’écria : Je m’étonne qu'il y ait encore des hérétiques en France. Où est le chrétien qui désormais puisse n’étre pas catholique ? Sorbière admire cette pensée: Optimè cardinalis Banius in Gallid nuncius, dit-il, dum 37 vol.
Concil. cerneret typis regiis impressa, aiebat : « Miror undè jam in Galliä » hæretici fiant : quis enim hypothe- » sium christianarum servans potest » non esse catholicus (8)? » Il est faux que ce cardinal ait vu ces XXXVII tomes. Il mourut lan 1641, et cette édition des Conciles est de l’an 1644. Mais s’il avait dit ce qu’on lui impute , il eût débité une très - fausse pensée ; car il n’y a rien de moins propre à la conversion des hérétiques, qu’un ouvrage de plusieurs volumes, que XXXVII tomes de Conciles. De dix mille protestans , à peine s’en trouve-t-il deux, qui puissent lire une page dans cette édition du Louvre; et parmi ceux qui entendent le latin, la plupart n’ont ni le goût ni la patience nécessaires pour entreprendre une si vaste lecture. On n’ôterait pas l’inconvénient par des versions en langue vulgaire ; car, où sont les ignorans qui ne se perdissent sur une mer comme celle-là? Sans la grâce
(7) Mercure Galant d'avril 1706, pag. 100.
(8) Sorbériana, pag. 52, édit, de Hollande.
BAGNI
de Dieu , et la force de l'éducation, la lecture des Conciles ferait cent fois plus d’incrédules que de chrétiens. Il n’y a point d'histoire qui fournisse plus de sujets de scandale, ni un théàtre plus choquant de passions, d’intrigues , de factions, de cabales et de ruses , que celle des conciles (9).
Ceux qui ont publié le Hfenagiana, ont oublié un bon mot que j'ai oui plus d’une fois aux mercuriales de M. Ménage. On y citait un homme d'esprit qui, lorsqu'il entendait dire, Un tel fut condamné dans un tel concile, s’'écriait : C’est une preuve qu’il n'avait pas su cabaler aussi bien que ses adversaires , ou qu'il n'avait pas comme eux , l'appui du bras séculier.
Ceux qui connaissent la religion de Sorbière ne doivent - ils pas étre bien édifiés de son optimè ?
(C) ZT avait un frère qu’on nommait le marquis de Bagni.1 M. Baillet assure que ce marquis était frère du cardinal Jean Francois Bagni ; etqu’ayant quitté l’épée , il s’avanca dans les dignités ecclésiastiques jusqu’au cardinalat, dont il fut pourvu l’an 1657 (10).
Il avait été nonce en France, durant tout le pontificat d’'Innocent X, et les deux premières années d’Alexandre VII... Il mourut à Rome le 23 d'août 1663 , âgé de quatre-vingts ans (11). M. Baillet trouve vraisemblable que M. Descartes l’alla voir à la Valteline : il fonde sa conjecture sur l’attachement de ce marquis pour les études de physique (12). Ce qu’il y a de bien certain, c’est que M. Descartes était fort connu et fort estimé du cardinal Jean François Bagni (13).
Le Mercure Français rapporte que le marquis de Bagni, auquel sa sainteté avait donné le pouvoir de commander les gens de guerre qui étaient à la Valteline, était reconnu pour partisan d'Espagne, issu de la maison des Colonnes tout- à-fuit espagnole, chef des gibelins en la Romagne , et qui avait toujours été pensionnaire d'Espagne , ayant en cette qualité accompa-
(9) Foyez la remarque (B) de l'article Nes- TORIUS.
A Baillet, Vie de Descartes, tom. I, pag.
IQ.
(11) La même, pag. 1x9, 120. ne Li même, pag. 119. Voyez aussi pag.
(13) Lä même, pag. 253; 254, 300, 30% eb 302,
BAIUS.
gné le connétable Colonne au voyage qu’il fiten Espagne il y a quatre ans (14).
(x4) Mercure Français, iom, X, pag. 179 à l'ann. 1624, citant les Gazettes de Venise.
BAIUS (a) (MicxeL), professeur en théologie à Louvain, était.
né à Melin, dans le territoire d’Aeth , l'an 1513. Il se distin-
ua de telle manière par ses progres , et par la sagesse de sa conduite pendant le cours de ses études à Louvain , qu'il ne sortit de la condition d’écolier que pour passer à celle de principal de la maison de Standonck (d).
Ayant eu cette charge pendant trois ans , il se mit à enseigner la philosophie, et apres qu’il eut donné six années à cette profes-.
sion , il obtint la charge de principal dans le collège du pape lan 1549 (c). Il prit cette même année ses licences en théologie.
Deux ans apres, 1l reçut le doctorat, et devint professeur royal de l’'Écriture. Il fut en 1563 l’un des théologiens que le roi d’Espagne envoya de Louvain à Trente (A). Il se fit admirer dans le concile. Il obtint le doyenné de Saint-Pierre-de- Louvain , l’an 1575. Au bout de trois ans, on lui conféra la dignité de conservateur des priviléges de l’académie (d). Son épitaphe porte qu’il fut chancelier de la même académie , ét inquisiteur général dans le Pays-Bas. C’était un fort kabile homme , et qui n’était
(a) IT est plus connu sous ce nom latinisé, que sous celui de de Bay, qui était son nom gérilab le.
(b) C’est le nom du fondateur.
(c) Je corrige ainsi Val. André; car son nombre C1). 19 XCV, est une faute très-absurde des imprimeurs.
(d)Ex Valer. Andreæ Biblioth. belgicà , pag. 650. /
pas moins recommandable par ses bonnes mœurs , par sa piété, par sa modestie , que par son esprit et par sa science (e). Il avait lu neuf fois les œuvres de saint Augustin (f). I] composa divers ouvrages de théologie (B), qui sentaent cette lecture (g), et où l’on prétendit avoir trouvé un grand nombre de propositions que le pape Pie V censura (G). Il écrivit aussi quelques livres de controverse contre ceux de la religion (D). Il eut tant de déférence pour la censure du pape (Ë), quoiqu’il ne crût pas avoir enseigné aucune hétérodoxie , qu'il ne voulut point que les livres que l’on prétendait contenir les propositions censurées fussent réimprimés (A). Valère André a fait plusieurs fautes en parlant de cette censure (F). On fait espérer une nouvelle édition des œuvres de Michel Baïus.
Elle contiendra plusieurs pièces qui n’ont jamais été imprimées.
Celui qui les a rassemblées l’en— richira de beaucoup de notes théologiques et historiques. Il a confronté les éditions des ouvrages de cet auteur avec les manuscrits qui s’en trouvent dans de, bonnes bibliothèques. On a voulu dire que Michel Baïus, pour se venger des jésuites, qu'il croyait avoir été les promoteurs de la censure de sa doctrine, employa tout son crédit à Louvain, our y faire censurer les dogmes de Léonard Lessius (4). Je ne dois
(e) Voyez la remarque (H).
(S) Swert. in Athen. belg., Valer. André.
(g) Forez la remarque (E).
(2) Valer. Andreas, in Bibliothecà belgicäâ, pag. 671.
(à) Voyez l’Apologie des Censures des
point passer sous silence que l’on ménagea son honneur dans la bulle de Pie V (G). Son testament fut une preuve de sa grande charité (H); car il laissa tous ses biens aux pauvres (4). Il fonda un collége à Louvain, et le mit sous la protection de saint Augustin (2). 11 mourut le 16 de septembre 1589 , âgé de soixante-dix-sept ans, et fut enterré dans le collége du pape, où 1l avait été long-temps principal, Jacques Baïus, son neveu , docteur en théologie, lui fit dresser un monument , avec une belle inscription (m). Ge neveu marcha sur les traces de son oncle. Sa promotion au doctorat en théologie est de l’an 1586 (n).
11 fut souvent député pour les affaires de l’académie de Louvain, et s’acquitla sagement et habilement de ces commissions (0). Il fut doyen de Saint-Pierre dans la même ville , et professeur royal d’un catéchisme (p). Il publia quelques traités (1). Il destina tous ses biens aux usages d’un collége (K), et décéda le cinquième d'octobre 1614 (g).
La nouvelle édition des œuvres de Baïus , de laquelle j'ai parlé comme d’une chose à venir, a paru depuis la premiére impression de ce Dictionnaire (DL), et a été condamnée à Rome par la congrégation de l’index. Elle con-
deux universités, publiée par M. Gery, lan 1688.
(4) Swert., in Athenis belgicis, pag, 565.
(4) Idem , ibid.
(m) Vous la trouverez dans Swert, pag.
(n) Valer. Andreas , Bibl. belg., pag. 4ox.
(o) Swert., in Athenis belgicis, pag. 355.
(p) Valer. Andreas, Bibl. belg., pag. 4or. {g) Idem, ibid., Swert dit le Q d’octobre.
te Lu Ai
BAIUS.
tient plusieurs détails instructifs, et plusieurs choses qui méëneraient loin les faiseurs de réflexions. La remarque que je donnerai touchant cette éditionlà contient un bon supplément de cet article *. Celui qui l’a procurée a été fort maltraité par le pere Der, jésuite, dans un ouvrage composé exprès pour défendre l’église romaine contre les injures de cet homme-là (r).
* Sur cet article Baïus, Leclerc dit que borné comme il est à un petit nombre de feuilles ; il ne lui est pas possible de corriger au long cet article. Il observe seulement que le sieur Gery « que Bayle a trop copié » , est un auteur qui ne mérite aucune créance.
Joly ne fait aucune observation sur cet article.
(r) Quibus eam affécerat Bai nuperus editor. i
(A) Le roi d'Espagne l’envoya de Louvain à Trente] Voyez dans le Cardinal Pallavicin tous les ressorts qui retardérent , ou qui avancèrent la députation de Michel Baïus (r}.
L’historien de Commendo na passé légérement sur cela, et avec trop de flatteries (2); mais celui du concile débrouille fort nettement toute l’intrigue de Commendon , et ne lui donne que ce qui lui appartient. Ce nonce étant à Bruxelles, l’an 156r, prit connaissance des différens qui avaient paru à Louvain, sur ce que Baïus et Hessels ne suivaient point la route ordinaire dans le dogme du franc arbitre , dans celui des œuvres, et dans quelques autres. Ces deux docteurs avaient gardé le silence pendant quelque temps, par déférence pour ceux qui leur donnèrent des avis ; mais quand ils surent que la Sorbonne , à la sollicitation des cordeliers, avait censuré XVIII propositions , et qu’ils se virent exhortés par leurs disciples à soutenir cette cause, ils se préparèrent à la défensive. Commendon arrêta cette grêle d’écritures, non pas ses beaux discours, comme Gra-
(1) Pallav., Historia Concili tridentini, lib, XV , cap. VII
(2) Antoine Marie Gratiani , Vie du cardinal Commendon, traduite par M. Fléchier, pag.
N BAIUS.
tiani l’affirme , mais parce que les lettres qu’il écrivit furent cause que le pape donna ordre au cardinal de Granvelle d'imposer silence (3).'
(B) 11 composa divers ouvrages de théologie.] Il en publia quelques-uns, dont voici les titres, tels que je Îles trouve dans Valère André : De Meritis Operum libri IT; de Primé Hominis Justitié et V'irtutibus Impiorum lib.IL; de S'acramentis in genere, contra Calvinum ; de Form& Baptismi. Tous ces traités furent imprimés ensemble à Louvain, l’an 1565. On y imprima, l'année suivante , ceux-ci : De libero Hominis Arbitrio liber I; de Charitate, Justitié et Justificatione, libri LIL ; de Sacrificio, liber T; de Peccato Originis, liber L; de Indulgentiis, liber I; de Oratione pro Defunctis, liber £.
(C) ..... Où l’on prétendit avoir trouvé un grand nombre de propositions que Pie F condamna. | Je n’ai pas voulu dire où l’on trouva, car la question de fait n’est pas encore vidée , et je vois que Michel Baïus est bien éloigné d’accorder qu'il eût enseigné ce qu’ori lui attribuait. Cependant, dit-il (4), entre ces propositions (5), il y en avait quelques-unes fort éloignées de nos sentimens ; d’auires que nous n'avions jamais soutenues ni traitées en aucun sens ; mais toutes, ou au moins la plupart, étaient tournées ou imprimées d'une manière si maligne , que les seules expressions les pouvaient rendre suspectes, principalement dans l'esprit de ceux qui n'avaient pas étudié exprès ces sortes de questions. Voilà le manége perpétuel de l’onrum Tueozocicum. Cette passion, qui a formé depuis longtemps un proverbe, trouve des hérésies partout où elle souhaite d’en trouver; elle fabrique des extraits si arlficieux , et si propres à gendarmer le peuple, qu’elle transforme en hérésies pernicieuses ce qui n’est Pas seulement hétérodoxe, quand il est considéré avec ses principes, avec ses restrictions , et ayec ses applications.
(3) Pallavic., Hist. Conc. trident., lib. XF, cap. VIT, num. 11.
(4) Dans sa Leitre au cardinal Simonette, citée par Gery, Apologie des Censures, pag. 42.
(5) Il parle de celles que les cordeliers montrèrent au cardinal de Granvelle, et qui furent envoyées ensuite à Rome. Voyez l'Apologie des Censnres , pag, 42, et 43.
Cette passion est contagieuse : un médecin , qui affectera de ne se porter pour délateur que par un motif de zèle , se trouve tout à.coup saisi de l'esprit sacerdotal ; il apporte des extraits sophistiqués , il sépare ce qu’il fallait joindre , il joint ce qu’il fallait séparer ; 1l donne aux propositions un tour propre à surprendre la religion des juges. Le médecin Francois Blondel nous en donnera bientôt un exemple. Ce n’est pas la seule injustice qu’on remarque dans les personnes possédées de cette passion : la duplicité de poids et de mesure est une autre iniquité qui les accompagne, Demandez-leur la censure de leurs promoteurs, et de leurs chiens au grand collier , faites-leur voir manifestement la justice de votre cause, ils font la sourde oreille, ou bien ils vous paient de galimatias. C’est alors que leur charité souffre tout, qu'elle excuse tout.
(D) Z écrivit quelques livres de controverse contre ceux de la religion.]| Le même Valère André en fournit les titres, que voici : Responsio ad Quæstiones Phil. Marnixu de Æcclesi& Christi, et Sacramento Altaris, à Louvain, en 1579; Æpologia pro Responsione contra Objectiones ejusdem de Weritate Corporis Christi in Eucharisuüid, à Louvain, en 1581; Æpistola de Statuum Inferioris Germaniæ unione cum is qui se desertores romanæ ecclesiæ vocant , et de juramento quod eorum jussu à clero et monachis exigitur, à Louvain et à Cologne , en 1579. Il fit aussi une lettre de Juramento jussu Ducis Alenzoni ÆAntverpiæ in prætorio concepto et comprobato.
(Ë) Z! eut beaucoup de déférence pour la censure du pape. | Pour bien commenter ce texte, Je me servirai des paroles du sieur Gery, bachelier en théologie. Ce pieux et savant docteur, dit-il en parlant de Baïus (6), perdant l'éclat de sa plus grande reputation , vit paraître tout d'un coup une bulle contre LX XVI propositions, que les solliciteurs de cette censure lui attribuaient toutes, quoiqu'il y en eut qui n'étaient point de lui, d’autres
(6) Gery, Apologie historique des deux Censures, de Louvain et de Douai, pag. 26, édit, de Cologne, en 1688.
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qu'on avait tournées d’une manière maligne pour les rendre censurables , et d’autres que la bulle méme reconnaît pouvoir étre soutenues dans un sens catholique. On ne se contenta pas de l'envoyer à Louvain dans les formes ordinaires en 1570 ; on en fit une seconde publication huit ou dix ans après , et l’on affecta de la faire faire par un jésuite en 1580 ; ce que la société avait sans doute sollicité, pour faire parade de son crédit. Que Jit Baïus? que fit la faculté? Rien autre chose que de se soumettre humblement, et de supprimer, pour le bien de la paix, et pour l'édification des fidèles, toutes les justifications et toutes les explications qu'ils auraient pu faire, et tout ce qu'ils auraient pu représenter. 1 ne faut pas croire néanmoins que Baïus n’ait rien écrit pour sa justification. Sa Lettre au cardinal Simonette (7) prouve le contraire , car il y expose que le docteur Jean Hessels et lui mirent entre les mains du cardinal de Granvelle leur réponse à certaines propositions que ce cardinal leur avait communiquées.
Les scotistes, pour décrier ces deux docteurs , .fabriquèrent ces propositions , et les proposèrent à des personnes établies en dignité, sans nommer ni Hessels ni Baïus. Si l’on me demande pourquoi l’on voulut décrier ces deux professeurs , je répondrai que ce fut à cause qu'ils se servaient
; à FA te Ce d’une méthode qui avait l’air d’une
fâicheuse nouveauté. Après l’explication du Mattre des Sentences , ils tdchaient de réduire l’étude de la théologie à l’Ecriture Sainte, et aux écrits des anciens pères (8), et principalement à ceux de saint Augustin. Cela ne plut point à des personnes accoutumées à d’autres sentimens, el particulièrement à ceux qui, ne voulant pas se donner la peine de beaucoup étudier, croyaient qu'il vaut mieux suivre les opinions reçues par le plus grand nombre, que celles que l’on élablissait avec beaucoup de soin sur Le solide fondement des Ecritures ; et ces personnes s’imaginaient qu’on avait dessein de les reprendre et de les mar-
(7) Le sieur Gery, pag. 4o, en produit une partie, qu'il a traduite du latin qui est imprimé dans les Fastes de l’université de Louvain, pag. 366. k
(8) Gery, Apologie des Censur., pag. 40, 4x,
quer toutes les fois que, dans les leçons ou dans les disputes, on parlait autrement qu'eux, ou que l’on enseignait quelque chose de différent de ce qu'ils avaient, . ... accoutumé de lire dans certains auteurs. Baïus ne se contenta pas de cette Lettre (9), il envoya une Apologie de ses sentimens au pape, Pan 1560.
(F) Falère André a fait plusieurs
Jautes en parlant de la censure de
Pie V contre Baïus (10).] 1°. Il donne pour un fait constant que la bulle
de Pie V contre les LXXVI propositions fut confirmée par Grégoire XIII.
On montrera, dans la nouvelle édition de Baïus , que cela est faux (11).
2°. Il assura que la plupart des LXXVI propositions furent extraites des livres de Baïus. On fera voir le contraire dans la nouvelle édition. 3°, Il se contente de dire que la bulle de Pie V fut publiée à Louvain , le 17 et le 19 d’avril 1590. Mais, outre qu’il devait dire , Le 16 de novembre , il est tombé dans quelques péchés d’omis-
sion. [l n’a point dit que la bulle fut
publiée, non pas par l’ordre du pape, ou par celui du cardinal de Granvelle, mais par l’ordre du duc d’Albe, et par celui du synode de Malines.
Ce fut une irrégularité, puisque le pape avait commis le cardinal de Granvelle, pour notifier la bulle aux théologiens de Louvain, en la manière qu'il jugerait la plus convenable. En tout cas, Valère André devait exprimer qui furent ceux qui donnée rent ordre que l’on publiât la bulle.
Il devait aussi observer qu’aux jours qu'il marque, je veux dire le 17 et le 19 d'avril, Michel Baïus exposa publiquement quelle était son opinion sur les propositions condamnées.
La rétractation qu’on tira de lui fut extorquée par de nouveaux moyens.
La nouvelle édition traitera de toutes ces choses. 4°. Il raconte que des personnes dignes de foi dirent au pape qu'il y avait des théologiens à Lou-
(9) Elle est citée dans la Bibliothéque univer : selle, tom. XIV, pag. 198, comme étant imprimée à la fin de l’Apologie de Baïus , à Rouen, en 1666.
(10) Valer. Andr. , in Fastis academicis Studii lovaniensis.
(ax) Ce que je dis, tant ici que dans le corps de l’article, touchant la nouvelle éduion de Baïus, est tiré d’un mémoire qui m'est tombé entre les mains, et qui vient de bon lieu.
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BAIUS.
vain , qui faisaient lapologie des propositions condamnées. On montrera, par le témoignage de Tolet ; que ce furent des imposteurs qui rapportèrent. ces bruits au pape. 5°. II assure que Grégoire XIIT condamna tout de nouveau les mêmes propositions. On fera voir que cela est faux.
6°, I1 met la mort de Baïus au 16 de décembre : il fallait la mettre au 16 de septembre (12). Je ne répète pomt ce que j'ai déjà observé (13) touchant la mauvaise chronologie de ses 1mrimeurs. Je ne dois point y ajouter ’an 1551, qu’il donne pour le premier de la profession royale en théologie ; il ne se trompe pas ; mais l’épitaphe de Baïus ne fut point dressée sur cette date, puisqu'elle fait durer quarante ans cette profession , deux ans plus que n’en demande le calcul de Valère André. Ce qui a pu porter bien des gens à multiplier les bulles contre Michel Baïus, est qu’on s’imagine qu’il n’y a point de différence entre condamner un dogme et faire publier la condamnation qu’un autre a faite de ce dogme. En ce sens-là, il est vrai de dire que Grégoire XIII a condamné les LXXVI propositions ; car non-seulement il fit une bulle dans laquelle il inséra la constitution de Pie V, en déclarant qu'il l'avait trouvée dans les registres de ce pape, et qu’on y devait ajouter une entière foi, mais aussi il commanda que sa bulle fût publiée solennellement à Louvain, par le jésuite Tolet, lan 1580. Morillon , grand vicaire de Malines , notifia celle de Pie V aux théologiens de Louvain, en 1567. Il la leur notifia encore , avec un peu plus de formalité , l'an 1570.
(G) On ménagea son honneur dans la bulle de Pie F.1] La lettre de Baius , qu’on a citée (14), ajoute qu'après beaucoup de longues sollicitations , qui commencèrent dés le pontificat de Pie 1W, ils obtinrent enfin de Pie V une bulle datée du 1°. ociobre 1567, qui condamne LXXVI (15) propositions (16). Îl est vrai que celui
(12) TT l'a fait dans la Bibliothéque belgique. (13) Dans la citation (c).
(1x4) Ci-dessus , citation (7).
(15) Pallavic., Hist. Concilii trident., Lb. XF,
cap. ; UM 12, mel septuaginta novem Ban Positiones. ,
(16) Gery , Apologie des Censures, pag. 43.