BARLOW
de Lincoln, sous le regne de Charles IT, a été un tres-savant homme. Il enseigna iong-temps la théologie dans l’université d'Oxford, et quelqu'un a soupconné qu'on l'en tira, parce qu’il était trop orthodoxe (A). Il avait un zele ardent contre le papisme, et il l’a témoigné par ses écrits (B). Il avait beaucoup de livres, et une grande lecture.
Il mourut l’an 1600, ouenviron.
On a publié depuis sa mort quel-
ques opuscules trouvés parmi ses papiers. Quelques-uns le confondent avec GuiLLaAUME BarLow (G), évêque de Lincoln , qui florissait sous le roi Jacques 1°". , et qui mourut même sous ce prince.
(A) Quelqu'un a soupconné qu'on le tira de l’université d'Oxford parce qu'il était trop orthodoxe. | Ce quelqu’un est un célèbre ministre et professeur en théologie à Groningue :
c’est en un mot Jacques Alting. Îl dit dans une lettre, datée du 13 de mars 1636, qu’on avait élevé depuis peu de temps le docteur Barlow à l'évêché de Lincoln, afin de l’ôter de l’académie où il enseignait la foi orthodoxe (1) ; car, ajoute-t-il, les Anglais penchent beaucoup vers le pélagianisme et le socinianisme : et là-dessus il parle d’un livre de Unione et Communione cum Christo, dont l’auteur s’appelait Sherlok.
(B) I avait un zèle ardent contre le papisme.…. : il l’a témoigné par ses écrits. | Lorsqu'on parlait tant de Titus Oates, et de l’horrible conspiration dont il fut le délateur, cet évéque publia un livre, où il maintenait contre toutes sortes de chicaneries que c’est un article de la foi romaine que le pape peut déposer les souverains , et donner leurs états à d’autres. C’était un très-bon moyen de témoigner qu’on voulait nuire aux papistes; car de toutes les choses qui sont capables d’exciter contre eux le zèle de la nation, il n’y en a point qui le puisse
(1) Jac. Altingi Operum, tom. F7, pag. 3at.
BARNES
faire davantage que de montrer qu’ils sont toujours prêts, par principe de conscience, à se soulever contre les rinces protestans. Le livre que M. Barow publia sur cette matière fut traduit tout aussitôt en français, et publié sous ce titre : Traité historique sur le sujet de l’excommunication et de la déposition des rois. Æ Paris, chez Claude Barbin, 1681 (2).
(C) Quelques - uns le confondent avec Guizzaume Barzow.] Les deux auteurs qui ont joint des supplémens au traité de Jean Deckherrus de Seriptis Ædespotis , sont tombés dans cette faute. Deckherrus avait débité que le jésuite qui écrivit en anglaïs contre le roi Jacques, au sujet de lapologie du serment de fidélité, fut réfuté par M. Baclo, évêque de Lincoln. Un de ses amis (3 ) lui écrivit que ce prélat ne se nommait point Baclo, mais Txomas BarLow. Îs si placet est Taomas BarLovius magni apud Anglos nominis, et de nosiratibus optimè meritus.
Optandum foret videre aliquando ävéxdora ipsius, quorum magnam in instructissimd su Bibliothecä copiam habet, et nuperrimèé uns et altero opusculo præsertim contra Curiam Romanam magnum litteratis desiderium excitavit. Historia ejus de conspiratione contra JacosuM ANGLIÆ REGEM , vulgo The Gunpowder Treason, non üü pridem publicum vidit. La lettre dont je tire ces paroles, fut écrite à Strasbourg , en 1681. Il est donc visible que l'ami de M. Deckherrus s’imaginait que l’évêque de Lincoln, qui avait écrit pour le roi Jacques contre un jésuite , vivait encore. Or, c’est une grande bévue. Ce fut en l’année 1609 que Le roi Jacques fit écrire contre Robert Persons , jésuite anglais , et qu'il se servit de la plume du docteur Barlow, évêque de Lincoln. Si ce docteur eût été en vie l'an 1681, son âge eût été une chose tout-à-fait extraordinaire , et l’on ne saurait excuser ceux qui auraient fait mention de sa science et de ses livres, s’ils avaient oublié de parler de son grand âge. Qu’on
ne chicane point , qu'on n’allègue
point qu'il y a des hommes de lettres qui vivent cent ans : cela ne servirait
(2) I n'est pas besoin d'avertir que le lieu de ê'impression est supposé.
. (3) Paulus Vindingius, Voyez le livre de Scripts Adespotis, pag. 355, edit. ann. 1686,
de rien quant au fond, puisqu'on sait que l’évêque de Lincoln qui écrivit pour le roi Jacques s'appelait Guillaume , et non point Thomas, comme celui qui vivait encore lan 168r. Je ne sais pas si cent ans auraient suffi à Thomas Barlow pour être en vie au temps dont je parle, et pour avoir été évêque lan 1609: car il est très-rare qu’en Angleterre on soit évêque avant l’âge de trente-cinq ou quarante ans, L'auteur des Nouvelles de la république des lettres, qui fit une petite revue des fautes de M: Deckherrus, et de celles de M. Vindingius, non-seulement ne s’aperçut point de celle-ci , mais il Vadopta, qui pis est (4).
ns) Voyez le livre de Scriptis Adespotis , pag.
BARNES (Rogerr) (a), professeur en théologie, et chapelain de Henri VIII (A), roi d’Angleterre, fut envoyé en Allemagne par son maître, l’an 1535 (B).
Il conféra d’abord avec les théologiens protestans sur l'affaire du divorce : il eut ensuite quelques audiences de l'électeur de Saxe , et Se joignit aux ambassa— deurs anglais , qui proposèrent. à cet électeur une alliance contre le pape, et qui demanderent que Henri VII füt associé à la ligue de Smalcalde. Ils faisaient espérer la réformation de l’Angleterre , mais au fond ils n’avaient pour but que d’obtenir-une approbation doctorale du divorce de leur maître, et une alliance politique afin de susciter plus d’affaires à l’empereur, qui menaçait de venger l’injure de sa tante répudiée. Ils remportèrent un avis des théologiens de Wittemberg, qui ne leur était pas entierement favorable (C), mais ils en ôterent la conclusion, quand ils le montrerent au roi.
était à la conclusion que se
(a) Voyez la remarque (AY.
trouvait Ce qui ne pouvait pas plaire à ce prince (b). La condui-
te de Barnes plut beaucoup au
roi d'Angleterre, ce qui fit qu’on lemploya pour entretenir correspondance avec les princes allemands. On l’envoya plusieurs fois à ces cours-là ; et, entre autres négociations, il fut employé de premier dans le projet du mariage d'Anne de Clèves (D). Il était bon luthérien , et 1l ne s’en cachait guere dans ses sermons ; car pendant le carème de l’an 1540, il réfuta le sermon que l'évêque Gardiner avait prèché contre la doctrine de Luther. Il prit le même texte que Gardiner avait pris, et enseigna une doctrine toute contraire à celle que ce prélat avait établie touchant la justification : 1l attaqua même d’une maniere indécente la personne de cet évêque , et plaisanta sur le nom de Gardiner (c).
Les amis de Gardiner en porterent plainte au roi, qui ordonna que Barnes en ferait satisfaction, qu’il signerait certains articles , et qu'il se rétracterait en chaire.
Tout cela fut exécuté, mais de “telle sorte, qu’on se plaignit que dans une partie du sermon il avait eu la finesse de soutenir ce qu’il avait rétracté dans l’autre.
Sur ces plaintes, il fut envoyé à la Tour par ordre du roi, et il n’en sortit que pour aller souffrir la mort au milieu des flam-— mes (E); car il fut condamné comme hérétique par le parlement, sans avoir eu la permission de se défendre. Il exposa sa créance peu avant que de mou
(b) Seckendorf , Histor. Lutheranismi À lib. II, pag. 110 et sequent.
(e) Ce mot signifie jardinier,
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rir, rejeta la justification par les œuvres, l’invocation des saints , etc., et fit supplier le roi de s’emr ployer à une bonne réformation (d). Il y avait long-temps que la liberté de sa langue lui avait fait des affaires. Pendant la faveur de Volsey , il prêcha si fortement à Cambridge contre le luxe des prélats , que tout le monde devina sans peine qu'il en voulait à ce cardinal. Zà-dessus, il fut amené à Londres , où les sollicitations de Gardiner et de Fox.
Le firent sortir d'affaire, moyennant l’abjuration de quelques ar ücles qu’on lui proposa. « Dans » la suite, 1l fut remis en pri- » son, sur de nouvelles accusa— » tions : et pour ce coup on crut » assez qu'il serait brûlé, mais » 1l se sauva, et passa en Alle- » magne, où il s’appliqua entie- » rement » à l’étude de la Bible et de la théologie. Il y fit de si grands progres, qu'il fut fort considéré et des docteurs et des princes. Lorsque le roi de Danemarck envoya des ambassadeurs en Angleterre, il voulut que Barnes les accompagnät (e) , ou même qu'il füt l’un d’eux (f). M. l’évêque de Salisburi , que je cite en marge, pourrait être facilement justifié d’une chose qu'on lui a critiquée (g). On a pour le moins deux livres de Barnes (F).
(d) Tiré de l'Histoire de la Réformation d'Angleterre composée par.le docteur Burnet (à présent évéque de Salisburi), lis.
IIT, pag. 689 et suivantes.
(e) Là même, pag. 688.
(f) Fox deébite ce dernier sentiment, qui paraît douteux au docteur Burnet : là méme , pag’. 689. \
(g) Voyez la remarque (B).
(A) I fut professeur en théologie , et chapelain de Henri VIII. | Il est
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revêtu de ses titres dans la lettre de créance que le roi son maître lui donne pour négocier en Saxe; et cette lettre est datée de Windsor, le 8 de juillet 1535 (x Son nom de baptême ne paraît pas dans cette lettre devant cefi de Barnes. Il se donnait en Allemagne le nom d'Antoine Amarius, quoique son vrai nom fût Robert Barnes.
Quand il dédia sa Wie des Papes au roi d'Angleterre, Pan 1535, il signa Robert Barnes , doctor ( 2). On voit dans une préface de Luther (5) que Bärnes cachait son nom et sa qualité de docteur dans Wittemberg, à cause des persécuteurs. Mélanchthon l’appelle D, Antonius doctor, ou D. Antonius , dans une lettre qu’il écrivit au roi d'Angleterre , le 13 de mars 1535 (4).
(B) Z/ fut envoyé en Allemagne par son maître, l'an 1533.1. La préface ue J'ai citée m’apprend que Barnes déneié à Wittemberg environ l’an 1530, et qu'il logeait même chez Luther. Quis ante annos decem hoc decus in Barnesio quæsivisset : et quod Christus ipse in eo nobiscum versatus esset ? domesticum enim et commensalem habuimus (5). Barnes aurait pu demeurer en Allemagne jusqu’en l’année 1535, et y recevoir une lettre de créance de Henri VIII pour négocier avec l’électeur de Saxe. Sur ce pied-là, l’on aurait pu dire dans l’histoire de la réformation d'Angleterre ; qu’enfin, dans le temps que l'évéque de Hereford. était à Smalcalde, c'est-a-dire, en l’an 1536, Barnes fut envoyé en Angleterre par ce mainistre, et y fut très-bien recu de Henri, et entretenu par Cromwel (6). Sur ce pied-là, dis-je, ce récit serait exact ; car toute la raïson que M. de Seckendorfallèsue pour le critiquer, est que Barnes vint d’Angleterre en Allemagne l’an 1535, avec une commission de Henri VII (7). 11
(x) Voyez Seckend., Hist. du Luthéranisme, Liv. ITT , pag. 110, à l'addition.
(2) Idem, in Supplementis ad indicem I, fume: 10.
(3) Celle qu'il a mise au-devant de la Relation du Martyre de Barnes, insérée au VIIS®, vol.
de ses OËuvres. Voyez Seckead. , Liv. TIT, pag.
(4) C'esi la XXVIC. du EL. livre.
(5) Luther., apud Seckendorf, üb. TIT, pag.
(6) RS mi Hist. de la Réformat., Liv, III,
(AT PRE à (7) Seckendorf , Lib. III, pag. 262.
était donc retourné en Angleterre
avant que l’évêque d’'Hereford l’y en-
voyât ; et ainsi il ne fallait pas comp-
ter pour son retour dans la patrie le message dont ce prélat le chargea.
Mais peut-on prouver que la lettre de créance ne fat point envoyée à Bar-
nes en Allemagne, et qu’il fut Iui-méme envoyé en ce pays-là ? Oui, on le
peut : Seckendorf le prouve par des
archives qui lui ont fourni une infinité de bonnes pièces. V’enerat Witienbergam( Reg. x, fol. 99 , n. 42 ) verno
hujus anni 1535 tempore , doctor sx Brirannia ab Henrico rege wmssus (8).
Mélanchthon confirme la même chose en grec; ear il se servit de cette langue pour faire savoir à son bon ami Camerarius qu'il ÿ avait un enyoyé d'Angleterre qui ne parlait que du second mariage du roi, et qui disait que Henri VITT se souciait peu des affaires de religion. "HAe dé por muac Éévos ic meuoeis ën Tic BperaViac, uovor diæneyéuevos rep} roù deurépou yauou ro BaiNÉœc , TOY dé The ExXANTIAC TPAYUMATEV où jéner, &c quot, T@ Basic (9). Mais encore qu’on ne puisse pas mettre ceci sur le pied que je disais, on peut dire néanmoins que le récit en question n’est pas fautif. L’historien dit simplement que l’évêque d’Hereford envoya Barnes en Angleterre : il ne nie point que Barnes n’y fût retourné auparavant.
(C) Lui et ses collègues... remportèrentun avis des théologiens de Wittemberg , qui ne leur était pas favorable. ] M. Burneten donne très-exactement le précis. La première pensée qu’ils eurent dans cette affaire , dit-il (10), fut que les Ordonnances du Lévitique n'étaient point morales... Er.
suile , ils changèrent de sentiment, lors que la question eut été agitée un peu davantage : mais ils ne convinrent jamais qu'un mariage déja fait put étre cassé, et ils se confirmérent de plus en plus dans cette dernière opinion ; tellement qu’ils condamnèrent les deux mariages du roi. Il rapporte cela sous l’année 1530. Ce n’est pas qu'il ignorât que cet avis fut donné en 1536 : c’est sans doute afin de
(8) Idem, ibidem.
(9) Mélanchthon, lettre CLXX du I1P®, lis.
datée de l'onzième mars 1535,
(xo) Burnet, Hist. dela Réformation, lius TZ, pag. 230, à l'ann. 153e.
montrer tout de suite à son lecteur les différens sentimens des théologiens sur le divorce de Henri VIII. M. Seckendorf s’en est bien douté ; car lors qu’il remarque que l'avis des théologiens de Wittemberg se trouve dans l'Histoire de la réformation d’Angleterre, au volume des Preuves et des Pièces justificatives , parmi celles qui regardent lan 1530 , il ajoute cette parenthèse ( fortè per occasionem ).
Annus et dies responso huic non est adscriptus , et Burnetus, illud inter acta anni 1530 ( forté per occasienem) retulit lib. xx, fol. 94 (11). M. de Meaux n’a point su que le décret de Wittemberg est..de l’année 1536. Il ne parle, quant à cette année - là, que de l’avis de Mélanchthon , et il ne critique pas M. Burnet d’avoir mis à l’an 1530 la
réponse des théologiens de Wittemberg (12). M. Seckendorf remarque que l’exemplaire de cette réponse, qu'il a lu dans les archives de Weimar , est plus long que celui qu’on trouve parmi les preuves de M, Burnet. Voici ce que les ambassadeurs de Henri VIIT en retranchèrent : Ætsi consentiamus cum Dominis legatis servandam esse legem de uxore fratris non ducendé , mansit tamen inter nos controversum quod legati statuunt dispénsationi locum non esse, nos verû putamus esse illi locum. ÎVeque enim strictius' obligare nos lex potest quam Judcæos : si autem lex dispensationem admisit , vinculum matrimonit utique fortius est quam lex illa altera de uxore fratris. M. Seckendorf conjecture que les ambassadeurs supprimèrent cet endroit , afin de n’ôter pas à leur maître toute espérance qu’enfin les théologiens de Wittembergapprouveraient ses secondes noces.
Cette pensée est très-raisonnable :
et en général, ces docteurs pouvaient supposer très-justement qu'il y a des choses qu’on n'aurait pas dû exécuter, et que néanmoins on doit maintenir lorsqu'une fois elles ont été exécutées; mais j’avoue que je ne comprends pas. trop bien comment on peut mettre d'accord le commencement et la fin de leur avis. Ils avouent , d’un côté, que les ordonnances du Lévitique
… sont dde , vaturelles , et morales ; (zx) Seckendorf, lib. IIT, pag, 112.
.(r2) Voyez l'Histoire des Variations , y.
VII , num. 58.