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qu'on ne peut établir de loi contre celles-là ; et que toute l’église a tou- Joursjugé que le mariage avec la veuve de son frère est incestueux. Hoc manifestum est, et negare nemo potest, quod lex tradita Levit. xvin. 20 , prohibet ducere fratris uxorem , etc. ;: sed divina , naturalis, et moralis Lex est intelligenda tam de vivi quam de morui fratris uxore , et quod contra hanc legem nulla contraria lex fieri aut constitui possit (13) : et ils soutiennent, de l’autre , que cette loi du Eévitique est susceptible de dispense : Zegati statuunt dispensaticni locum non esse, nos vero putamus esse il locum. Si
elle est susceptible de dispense , Henri
VIII a dû se tenir pour bien marié avec Catherine d'Aragon. Si elle ne l'est point, si elle est divine, naturelle, morale, et telle en un mot qu’elle ne puisse soufirir aucune constitution contraire , si l’Église enfin a toujours jugé qu’un mariage non conforme à cette loi est incestueux, Henri VIII n’a dû regarder son commerce avec Catherine d'Aragon que sur le pied d’un inceste : il a donc dà y renoncer incessamment ; les théologiens de Wittemberg n’ont pas dû étre en balance s'ils approuveraient, ou s’ils désapprouveraient son divorce. La maxime , {l y a des choses qu’il ne fallait pas faire ; mais quand elles sont une fois faites, il ne faut pas les défaire , ne pouvait point avoir lieu ici, puisqu'il s'agissait de la continuation d’un inceste. Des gens médisans, et intéressés à l'emploi de la récrimination , ne conviendraient pas sans peine de ce que remarque M. Burnet , que si l'on ne voit point dans la conduite des théologiens Saxons cette finesse, cette politique, et cette dissimulation de la cour de Rome , on y voit du moins la franchise, la bonne foi, et la conscience des temps apostoliques (14). En mon particulier , j'aime mieux Croire qu'ils ne raisonnaient pas conséquemment , que de prétendre qu'ils voulaient avoir le plaisir de médire de la dispense du pape, et en même temps la prudence de ménager Charles-Quint , et les intérêts de la princesse Marie , sa cousine ; mais des ennemis qui se plaisent à donner
(13) Apud Seckendorf, pag. 112, et Burnet 4
in Documentis, part. T1, lib. IT, num. 35.
{14) Burnet, Hist, de La Réformation,
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un mauÿais tour aux choses pourraient bien par représailles faire ici de sinistres jugemens (15)
(D) {1 fut employé dans le projet du mariage d'Anne de Clèves. | Ce fut un malheur pour Barnes, parce que le roi, très-peu satisfait de ce mariage , n'en épargna point les auteurs , ni Les instrumens. C’est monseigneur l’évêque de Salisburi qui l’assure (16). Luther a touché à une autre circonstance : il a dit que la vraie cause de la haine de Henri VIII pour Robert Barnes fut la liberté avec laquelle ce docteur lui déconseilla de répudier Anne de Clèves (17). M. Seckendorf prétend que M. Burnet observe la même chose (18) : j’en doute fort; je n’ai point rencontré ce fait dans sa Réformation d'Angleterre.
(E) Z{ fut envoyé à la Tour..., et n'en sortit que pour aller souffrir la mort au milieu des flammes.] La relation de son martyre futenvoyée d’Angleterre en Allemagne : M. Seckendorf l’a trouvée dans les archives de Weimar , traduite en langue allemande (19). Luther la publia (20) , et y joignit une préface , où il loue entre autres choses la modestie de Barnes.
Il n'ignorait pas, dit-il, les défauis de Henri VLIT , et il ne les dissimulait pas , quand il était avec ses amis ; mais partout ailleurs , il ne parlait de ce prince , qu'en termes de respect et d'honneur (21).
(F) Onapour le moins deux livres de Barnes. | L’un contient les articles de sa foi , Vautre est l’histoire des papes.
Le premier fut imprimé en latin, avec une préface de Poméranus , chez qui Barnes était logé en ce temps-là. On limprima en allemand , à Nuremberg , Van 153r. Il contient XIX thèses selon les principes de Luther, et plusieurs preuves tirées de l’Ecriture et des Pères. L'autre livre fat imprimé à Wittemberg , lan 1536 , avec
(15) Voyez M. de Meaux, Hist. des Variat,, liv. VIT, num. 57.
(16) Hist. de la Réformation, Liv. IT, pag.
689 , à l’ann. 540.
(17) In Præfat. Relation. Martyrii Barnesii, apud Seckendorf, lib. TIT , pag, 262, num. 25.
(18) Seckendorf, :bidem.
(19) Idem, ibidem, num. 24.
(20) Elle est insérée au VIS. tome de ses OEuvres, édit. d'Allorf, folio 422. Seckendorf, db. TIT , pag. 262, num. 25,
(21) Tbidem , num, 25.
une préface de Luther : il contient la vie des papes , depuis seint Pierre jusques à Alexandre III. Il est dédié au roi d'Angleterre : l’auteur écrivit l’épitre dédicatoire le 10 de septembre 1535. Il maltraite fort les papes :
il promettait de continuer leur histoire jusques à son temps (22). M. Seckendorf juge que ce livre mériterait une seconde édition (23) , etilen a inséré la préface dans ses Indices, parce, dit-il, qu’on le trouve très-rarement, et qu’on le peut compter pour perdu.
Quia liber ipse rarissimè invenitur , et pro deperdito haberi potest (24).1\ est pourtant vrai qu'on en fit une nouvelle édition à Leyde, Van 1615, qui contient aussi la vie des papes de Jean Paleüs, et qui n’est pas encore extrémement rare,
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(22) Ex Scholiis sive Supplementis Seckendorfii ad Indicem I.
(23) Recudi meretur, ibidem.
(24) Idem, in Indice HT, ad ann. 1536.
BARNES (Jean), en latin Zarnesius *, moine bénédictin, Anglais de nation, a été un de ces catholiques romains , qui, à l'exemple d'Érasme , de Cassan— der , de Wicelius, de Modrevius, du père Paul , et de plusieurs auires, ont fait profession toute leur vie de la catholicité, encore qu'ils y remarquassent une infinité d'abus, dont ils souhaitaient passionnément laréformation. Il fit un livre contre les Réserva— tions mentales, qui ne plut guère aux :jésuites (A), quoiqu'il l’eût dédié au pape Urbain VIII. Son Catholico-Romanus pacificus est tout plein de chosés qui ne sauraient être au goût de ceux qu’on appelle bons papistes (B). Il souhaïtait sans doute de rapprocher autant qu'il pourrait les deux communions. La cour de Rome lui en sut fort mauvais gré. Ce
* Dans Le privilége du roi pour sa Dissertation latine contre les ÉHquivoques, il est, dit Joly, appelé Jean Bernest.
pauvre homme, irréprochable dans ses mœurs (a) , etait à Paris lorsqu'on se saisit de lui (C), et qu’on lui Ôta les habits de l’ordre, pour le transporter en Flandre
garrotté sur un cheval. On l’en-
voya ensuite à Rome, où il demeura dans les prisons de linquisition, jusqu’à ce qu'il eùt été transféré dans celles des fous (b).
C’est dans cette derniere station qu’il finit ses jours, digne tres— assurément d’une meilleure destinée. Il était profes du couvent des bénédictins de Douai, et il y avait été supérieur (c); mais, ne pouvant s’accorder avec les religieux de son ordre, il s’était retiré en France , et n’avait point déféré aux sommations que les bénédictins lui avaient faites de revenir à Douai, ou de se retirer dans quelque autre de leurs couvens.
11 logea à Paris, pres du collége
de Navarre, puis au collége de
Bourgogne, et enfin chez le prince de Portugal, où le chevalier du Guet l’arrêta , le 5 de décembre 1626. Il composait une Ré-
onse au livre intitulé Æpostolatus Benedictinorum in Angliä *, dans laquelle il eût inséré ses sentimens particuliers sur la discipline de l'Église (d). Le gere Théophile Raynaud , dégui-
sé sous un masque de nom , écri-
(a) Voyez la remarque (B).
. (b) Voyez le Mercure Français, tom.
"XIV, pag. 336.
(c) Mercure Français, tom. XII, pag. 752.
* Joly, d’après un manuscrit, rapporte que la mauvaise doctrine contenue dans le ‘ Traité des Équivoques fit prendre garde de plus près au personnage, et on trouva que dans un autre ouvrage contre le livre De vero apostolatu benedictinorum in Angliâ, il maltraitait ses frères et ceux de son ordre en Angleterre. Ge livre , ajoute Joly, peut donc avoir contribué à sa prise.” (d) Là même,
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BARNES. '
vit contre son traité des Équivo-
ques (D).
On sera peut-être bien aise
de voir ici la raison pourquoi Barnes était ennemi des jésuites (E) : j'entends la raison qu'ils ont débitée.
- (A) Il fit un livre contre les Réservations mentales, qui ne plut guère aux jésuites. ] Il fut imprimé à Paris, l’an 1625 , sous le titre de Dissertatio contra Æquivocationes : on l’imprima en francais , la même année , et au même lieu , sous le titre de Traité et Disputes contre les FEquivoques. L’approbation de la faculté de théologie * porte que Jean Barnes était docteur ès arts de la sacrée théologie, et professeur de la mission anglaise , et premier assistant pour la congrégation d'Espagne , et est datée du 13 de juillet 1624. L’épitre dédicatoire de l’auteur est datée de Paris le 13 de janvier 1625, Le père Théophile Raynaud s’est donc trompé, lorsqu'il a dt que Barnes fut amené à Rome , et mis en prison , sous le pontificat de Paul V. Rapportons les termes dont il se sert; car ils nous apprennent quelque chose touchant ce pauvre bénédictin. Joannes Barnesius , jesuitis admodüm in- Jfensus, ob nonnullas suspiciones de comperld illis vit4 sud, eo loco fuit apud Paulum V'ui eumtanquamnovæ fidei fabrum per Alberium Austriacum è Gallid abductum , et ë Belgio Romam avectum judicaverit carcere dignum , donec emoto cerebro inter fatuos pone $° Pauli minoris ædem sacram fatuari desiit cum aliorum periculo (1). Ce passage a été cité par Édouard Brown à la page 826 de son Appendix du Fasciculus rerum expetendarum , imprimé à Londres , en 1690. Voyez la remarque suivante. On lit dans le Mercure Francais (2) que ce bon bénédictin croyait que Les jésuites lui voulaient mal de mort depuis l'impression
* Ceite approbation , dit Joly, n’empêcha pas que le livre ne fut condamné à être lacéré et brûlé par l'exécuteur de la baute justice.
(x) Theophil. Raya. , in Theolosiä antiquä de veri Martyrii adæquatè sumpti notione. Ce livre
fut imprimé à Lyon, en 1656, sous le nom de … Leodegarius Quintinus. Le passage que j'en
cile est à la page 154 de son Apopompæas.
(2) Au tome XIT, pag. 792.