III
BASTA
cavalerie, l’an 1580 (A). Il n°y avait point d'entreprise considerable dont on ne lui donnût les principaux rôles. Pendant le siége d'Anvers en 1584, il eut ordre de tenir la campagne, afin d'empêcher qu'aucun secours n’entrât dans la place, et en 1585, ayant été renforcer les troupes qui assiégeaient Bonn, 1l contribua beaucoup à la prise de cette ville(b). Îl suivit en France le duc de Parme , pour le secours de la ligue, l'an 1590; et lan 1592 1l eut le commandement de l’arriere-garde, pendant la première retraite (c). Il fut aussi de l'expédition du comte Charles de Mansfeld en France, lan 1503 (d); après quoi il alla faire quelques campagnes en Hongrie, et revint au Pays-Bas, où il fut charge l’an 1596 d’une commission tres-difficile, dont il s’acquitta tres-glorieusement (e) :
ce fut de jeter un secours de vivres dans la Fèere assiégée par Henri IV. On n’a jamais vu plus de conduite, plus de secret, plus de diligence , qu'il en fit paraitre dans cette occasion. Mais le plus beau théâtre de ses exploits a été sans doute la Transilvanie et la Hongrie. Il remporta en 1601 une victoire signalée sur Sigismond Battori , qui s'était fait élire prince de Transilvanie.
À peine demeura-t-il trois cents
(b) Tiré de Strada, décade. IT, liv. TIT, et liv. VT et X.
(c) D'Aubigné, tom. IIT, liv. IIT, chap.
IX ; De Thou, Liv. CII, vers La fin. Voyez tous tes exploits de George Basta pendant ces deux expéditions dans Dondiui, Histor, de Rebus in Galhià gestis, et les Klogi di Capitani illustri de Lorenzo Crasso, pag. 17.
(d) Angel. Galluccius, de Bello belg., lib. I.
(e) Idem, lib, VIII.
y hommes sur la place du côté des impériaux ; mais Battori perdit plus de dix mille hommes, cent dix drapeaux, quarante pièces de canon, et tout le bagage de son armée. La ville de Clausembourg fut assiégée peu après, et contrainte de subir la loi du vainqueur. Basta se défit d’un rival un peu incommode, qui avait partage avec Jui la gloire de cette journée : je parle du vaivode de Valachie, qu’il fit tuer dans sa tente, parce qu’on le soupconna d’une intelligence secrète avec les Turcs.
L’année suivante, il acheva de ruiner les affaires de Battori, par la prise de Bistric, et par la défaite de Moïse, prince des Sicules : de sorte que Battori, demandant humblement la paix, renonça à toutes ses prétentions, et se contenta d’obtenir comme une grâce la qualité de baron dans la Bohème. En 1603 , Basta défit tout de nouveau l’armée que Moïse avait levée, et il en au— rait peut-être forcé les débris dans Temeswar, si les approches de l'hiver n’eussent empêché qu’il n’assiégeät cette place. Les rigueurs qu'il exerça l’année suivante contre les protestans de Transilvanie firent beaucoup de tort à l’empereur. Il en fit exercer de semblables en Hongrie, par le comte de Bel-Joïeuse ,
. ce qui fut cause qu’Étienne Bost-
kai prit les armes , et se trouva bientôt assez fort pour gagner une victoire sur les troupes impériales que ce comte com mandait. Basta ne put réparer qu’en partie cette perte; car si d’un côté le siége qu'il mit devant Cassovie dégagea le comte
de Bel-Joïeuse , il fallut de l’autre qu'il se retirât de devant la place (f). En 1605, il eut le chagrin de-ne pouvoir empêcher les Turcs de se rendre maîtres de Strigonie (g); mais il eut du moins la consolation, par son campement auprès de Comorre , de leur opposer une barrière invincible ; et de les charger avec avantage lorsqu'ils allèrent prendre leurs quartiers d'hiver.
La paix qui se fit, et le peu de temps qu'il vécut après cela, firent cesser les historiens de parler de ses exploits(B). Il avait été honoré du titre de comte(h).
Il y en a qui disent que jamais les Turcs n’eurent de l'avantage sur lui (C). N'oublions pas qu’il est auteur (D), et auteur fort estimé (E).
(f) Ex Thuano.
(g) Mercure Français, tom. T.
(h) Strada , decad. IT, lib. TIT.
(A) Le duc de Parme, ... le fit commissaire général de la cavalerie, Pan 1580. ] Je remarquerai par occasion que cette charge était d’assez nouvelle création au Pays-Bas en ce temps-là. Le duc d’Albe lPy avait transportée en 1567 : il l’y avait, dis-je, transportée d’Itaiie, où elle devait depuis peu la naissance à Ferdinand de Gonzague , gouverneur du Milauez. Celui auquel le duc d’Albe Ja conféra était Antoine Ülivera, issu de ce Martin Olivera, que don Pedro, roi de Castille, avait fait venir de France, pour s’en servir contre les Maures de Grenade (1). George Basta remplit fort bien cette charge, et Von s’apereut que , pendant qu'il était malade à Caudebec , la cavalerie se relâchant de la bonne discipline sous laquelle il Pavait tenue, ne fit pas bien son devoir à l’attaque que tes Royaux livrèrent au duc de Parme en 1592 (2).
(x) Ex Stradà, decad. T, lib. FT, ad annum 1507.
(2) Dondini, Historia de Rebus in Galliä gesüs, lib, III, pag. à13,
BASTA
(B) La paix ,... et sa mort,...
firent cesser les historiens de parler de ses exploits. ] Bonifacio Vannozzi , dans une lettre datée du mois de janvier 1608 , témoigne que deux lettres de G. M. Praga, écrites le 17 et le 24 de décembre 1607 , lui avaient appris la mort de George Basta (3).
Je pense que ce G. M. Praga avait été secrétaire de ce général. Il s’afiligeait de la perte de ce maître, et se louait des bontés que le comte Charles, et la comtesse sa mère lui témoignaient (4). Je ne remarque cela qu’afin qu'on voie que notre général ne mourut point sans postérité légitime. Les avis qu'on donne à G. M. Praga, me font juger qu’il voulait écrire l’histoire de son maître. Ces avis-là sont fort sensés. Le Vannozzi lui représente que, si l’on désire de ne point passer pour flatteur, il faut entreprendre l’histoire particulière d’un événement fameux , où là personne dont on veut faire la vie, ait eu la principale part. I] lui en indique un, par rapport à George Basta ; et il ajoute , qu’en s’y prenant de la sorte, on à une occasion favorable de faire venir sur la scène les actions glorieuses d’un homme , sans qu’il paraisse qu'on ait affecté cela. La grande commodité de cette conduite est qu’elle n'engage point à parler des imperfections de son héros, au lieu qu’une histoire entière de sa vie demande qu'on le dépeigne, non - seulement selon ses vertus ; mais aussi selon ses vices, Or, quelque louable que puisse être une personne , elle a ses défauts ; et quelquefois même les mauvaises qualités ne sont pas moindres que les bonnes. Il cite là-dessus Tite Live, eu égard à Annibal. Æ/lcuni , per Juggir il nome d'adulatore , tanto ambüo , quanto dannato , si danno a scriver” un attion publica, o un tal membro di essa, nella quale habbia parte principale colui , di cui noi intendiamo istoriar l'attioni , e La vita : verbi grazia, volendosi porre in carta la vita del Sig. Co. Basta, si potrebbe pigliare descriver un’ accidente della guerra d'Ungheria, siasi il tumulto e la seditione de’ Ribelli, od altra impresa , nella quale $. E.
(3) Vannozzi, Lettere miscellanee, vol. TITI, (4) Li même, pag, 196:
BATHYLLUS.
havesse havuto parte principale ; et cosi dissimulatamehte mettersi a dir delle sue prodezze con molto proposito, e fuar di sospetto ; che hoggi di per lo più non si leggono Vite, e narrationi di grandi, che non h«bbiano del favoloso : e per cotali Serittori son tenuti a dire il vero, e fugzgir la menzogna : stando che, cosi non Juss’ egli, non vi sia alcuno tanto laudabile, che non habbia i suo’ nei:
Onde saggiamente Livio, dopo una gran diceria a favor d’Annibale, chiuse il periodo cost : Æquabant vitia virtutes : perche, come peritissimo maestro, sapeva, che non si poteva , ne doveva tralasciar’ indietro i cenni de’ vizi, del descritto per vertuoso (5). Ii remarque qu’Annibal, qui était borgne, censura le peintre qui lui avait donné deux yeux, et récompensa celui qui l'avait peint en rofil (6). Cela montre qu'il ne vou- Lait point qu'on mentît ouvertement en sa faveur, et qu'il était bien aise qu’on trouvât l’art de dissimuler ses défauts. Le Vannozzi se jette ensuite sur un précepte latin, qui est trèsbeau : Convien dunque , dit-il (3) , ut veritas ante oculos habeatur , gratid aique odiis posthabitis : melius est enim historicum , et politicum , si non Jert ratio temporum, ab historid scribendä abstinere, quam eam turpiter mentiendo, et adulando, quod plerosque factitässe ÆFlavius Vopiscus scripsit, maculare. Reipublicæ enim interest, ne quid omninô , nisi quod sit compertum , et exploratum , in lucem exeat , etc. Cela veut dire que, si le temps ne permet pas de rapporter la vérité, il vaut mieux s'abstenir d'écrire l’histoire, que de la salir de mensonges ; car 1l importe au public que tout ce que l’on imprime soit bien certain. Il conclut par une autre règle, louer peu, et blämer encore moins. « Serriamo la lettera, dit-il » (8),con quel moralissimo detto :
» Lauda parcë, et vilupera parciüs. »
Ceci valait bien la peine d’une digression : j'en fais juges tous ceux qui ont du discernement,
(5) Vannozzi, Lettere miscellan., vol. IIT, pag. 191, 192.
(6) La même , pag. 192.
(5) La même.
(8) Vannozri , Lettere miscellan. , vol, III, pag: 192.
(C) Ly en a qui disent que les Turcs n'eurent jamais d'avantage sur lui. 7] Écoutons Strada. Militari scientid clarum quem è Farnesiand scholä supremum Cæsarei exercitiis ducem vidimus in Pannonid ex othomanicis copiis perpetud victorem (9).
(D) Zl est auteur. | On imprima son Maestro di campo generale, à Venise, en l’année 1606 , et son Governo della cavalleria leggiera , à Francfort, en 1672.
(B)..... et auteur fort estimé. | Voici comme M. Naudéen parle dans son traité de l’Étude militaire : {n equestris mt.
litiæ disciplindquatuor seu duces seu tri bunicommuniter proponuntur, quorum de ed re lucubrationes tanquan absolutissimæ omnium sibi calculos et approbationem concilidrunt; scilicet Georgius Pasta, qué summus mandatorun curator in belgico regis exercitu, et cæsarianarum deindè copiarum ductor summo cum imperio fuit, Les trois autres sont : Ludovicus Melzus, Flaminius à Cruce, et Joannes Jacobus Walhausius.
(a) Strada, decad. IT, lib. ITI.
BATHYLLUS, jeune homme
de Samos, aimé passionnément par Anacréon, qui en parlait souvent dans ses vers (A). Entre les odes qui nous restent de ce poëte il y en a une (a) où il a fait le portrait de ce beau garçon. Ge portrait ne se borne pas comme ceux de nos romans aux parties découvertes : il s’étend aussi sur les plus cachées ; et de là vient que mademoiselle le Fèvre n’a pu remplir tous les endroits de sa traduction : il a fallu y laisser des lignes toutes entières parsemées d'étoiles. Ce même Bathyllus avait été aime de Polycrate, tyran de Samos, qui lui fit dresser une statue (B), dont l’attitude était celle d’un homme qui chante, et qui joue de Îa lyre. Chabot s’est trompé en l’ap-
(a) C'est la XXIX.
pelant pantomime (C). M. le Fevre, en tächant d’excuser les déréglemens d’Anacréon , a publié des choses qui n'étaient pas fort connués (D). On verra ce que c’est ci-dessous dans la der— nière remarque.
(A) Ænacréon.….. parlait souvent de lui dans ses vers. ] Horace l’a remarqué : voici ses paroles :
Non aliter Samio dicunt arsisse Bathyllo
Anacreonta T'ejum ;
Qui persæpè cavd testudine flevit amorem Non elaboraium ad pedem (1).
On ne peut guère voir de distraction plus étrange que celle d'André Schottus, qui a cité ces vers d’'Horace, pour prouver que Mécène aimait le pantomime Bathyllus, dont je parlerai cidessous (2). Charles Étienne ne s’est pe moins égaré lorsqu'il a dit que
athyllus, mignon d’Anacréon, est le même que le pantomime auquel se rapportent ces paroles de Juvénal, mo{li saltante Bathyllo (3). N'est - ce pas vouloir que Juvénal et Anacréon aient été contemporains ?
(B) Polycrate..…. lui fit dresser une statue. ] Quelques-uns croient que Juvénal en à parlé, lorsque s'adressant aux dieux , il dit :
. Ut video, nullum discrimen habendum est Este inter vestras, statuamque Bathylë (4).
D'autres lisent F’agelli, au lieu de Bathylli. Cette statue de Bathyllus était au temple de Junon à Samos, devant l'autel. Apulée en a fait une descriptiôn fort particularisée (5).
(C) Chabot s’est trompé en l'appe-
lant pantomime. | Æic Bathyllus, dit-il (6), samius fuit pantomimus Anacreonti in maximis deliciis. Son erreur vient apparemment des idées qu'il avait d’un autre Bathylle, à qui le titre de pantomime convenait très - bien ; comme on le verra cidessous.
(x) Horat., Epod. XIV. é
(2) Andr. Schot. Not. ad Senec. Controv., præf., lib. V, pag. 484, édit. Th. dé Juges.
(3) Elles sont dans la VIe, Satire, vs, 63.
(4) Juvenal., Sat. XIIL, vs. 118.
(5) Apul. Floridor., pag. 350, 351.
(6) Chab. , in Horat., Epod. XIF.
BATHYLLUS.
(D) M. le Fèvre, en tdchant d'excuser les déréglemens d’Anacreon, a publié des choses qui n’étaiént guère connues. ] C’est ici que j’exécutérai da paroïe que j'ai donnée dans Ja remarque (G) de l'article d’Anacréon. Ilvaut mieux qu’on trouve ces choses ici :
elles auraient donné trop de longueur à Particle de ce poëte, et n’en donneront pas trop à l’article de Barsyzivs.
Je dis donc, que comme M. le Fèvre ne pouvait pas ignorer que amour de notre poëte pour Bathyllus n’ait passé pour uné franche pédérastie, et que la jalousie de Polycrate par rapport à Smerdias n’ait fait du bruit, on ne comprend pas qu’il ait dû dire, qu’on ne lit point que les plaisirs d'Anacréon dient été des matières de scandale , ni qu'on se soit jamais plaint de sa belle humeur (7). Ce qu’il remarque en un autre endroit est beaucoup plus raisonnable. Il dit qu'on a vu des passions bien plus scandaleuses dans les troupes auxiliaires de France, que ne létaient les amours d’Anacréon. La manière dont il raconte la chose est trop belle dans son latin , pour être traduite : Æn id potius amet quod patrum nostrorum memorid ih copiis auxiliaribus vidit Gallia?
Serica cum dominom ducebant vincla ca-
pellam,
Cui nitidum cornu mullo radiabat ab auro ,
Et segmentatis splendebant tempora vitis.
Iila rosé et myrto sertisque recentibus ibat
Alium vincta capul, dileciæ conscia for-
mæ (8) Voilà un morceau d’anecdotes, dont apparemment plusieurs lecteurs chercheront les circonstances ; une chèvre maîtresse de quelque général italien, et menée en pompe avec des ornemens de poupée. On ne saurait pousser plus loin par des explications forcées le
Novimus et qui te transversa tuentibus hir-
cis (9).
Ces anecdotes firent des affaires à M, le Fèvre. Z{ n’est pas fort à propos, dit-il (10), qu'on sache que j'ai fait les vers du Bouc couronné. A. votre père, à qui j'ai autrefois récité l’his-
(7) Vie des Poëtes grecs, pag. 48, édit. de Hollande en 1680.
(8) Epist. dedicat. Anacreont.
(9) Virgil. , Eclog. III, vs. 8.
(xo) Poëtes Grecs, pag. 54.
BATHYLLUS.
toire de là Chèvre dont il est parlé dans la Dédicace d'Anacréon, et qui n'ignore pas dé quelle manière je Jus traité dans Le sanhédrin, vous dira mes raisons. Voici de quoi faciliter la recherche de ce fait. Le duc de Nemours, ayant assiégé Lyon , l'an 1562; Jüt contraint de se retirer, abandonné par trois mille Italiens, qui déserterent faute d'étre payés à point nommé, Leur vie avait été si licéncieuse, qué des paysans ne jugèrent pas la pouvoir expier qu'en brülant toutes les chèvres des lieux par où ils avaient passé {11).
J'aime mieux citer M: Varillas que D’Aubigné , qui nous apprend que le duc de Guise ayant voulu que celuide ÎVemours. commandät au siége de Lyon, T'avannes fit dissiper l’armée, mécontenta les Italiens, disant ne pouvoir mener à la guerre des gens qui forçaient les enfans et les chèvres, chose si connue au pays ; que les paysans n’en laissèrént aucuns en vie après leur départ (12). Le même historien raconte que le baron Des-Adrets, menant ses gens au combat contre le comte de Suze, leur dit pour toute harangue : Les voilà les tueurs de femmes et enfans, et les amoureux de chèvres : donnons (13). D’Aubigné sans doute savait cela par uné tradition toute fraîche , et avait lu un historien qui nomme les chefs de ces infâmes soldats , et qui raconté qué Tavannes, ou peu satisfait de l’arrivée du duc de Nemours qui devait commander au siége, ou n’espérant aucun bon succès du siége, sé retira en Bourgogne; qu'énsüite le duc de Nemours tira droit en Dauphiné | où se firent plusieurs exploits (14) ; mais le comte d’Anguesol, continue-t-il, se plaignant qu'il n'estoit payé , se rétira dès lors, horsmis six énseignés qui accompagnèrent Nemours sous la charge de Brancaccio. Ces troupes d'Italiens envoiez et soldoyez par le pape firent beaucoup dé maux par où ils passèrent, él pillérent jusques aux souliers des pauvres ladres qu'ils trouvoient, et au reste si vilains et dé-
(ax) Varillas, Charl. IX, tom. I, pag: 226, édit. de. Hollande. |
(x2) D'Aubigné, tom. L, pag. 214, à l'ann.
(13) La méme, pag. 208.
(14) Théodore de Bèze, Histoire, ecclésiast, , Liv, XT, pag. 230 , à l'ann. 1562.
testables en leur vie, qu’ils tratnoient avec euñdes chèvres ; jour s’en servir « leurs vilenies plus que brutales ; qu Jut cause que puis après en tous les lieux par où ilsavoient passé les chèvres furent tuées et jetées en la voyerie par Les paysans. C’est alors sans doute que l’on vit cette chèvre si parée, dont parle M.le Fèvre. C'était celle du général. Les soldats vérifièrent alors cette sentence de Claudien :
Uique ducum lituos sic mores castra.sequunture
L'auteur de l'Histoire des choses mémorables avenues en France depuis l'an 1547 , jusqu'au commencement de l'an 1597, raconte les mêmes choses.
En cesentrefaites , dit-il (x5), Le sieur de Tavanes vint de Bourgogne jusques à trois lieues près de Lyon, faisant estat d’assaillir la ville ; mais il en estoit trop loing : combien qu'il eust lors plus de cinq mille hommes , outre trois mille Italiens, conduits par le comte d’Anguesole (16), et soudoyez du pape. Ces Italiens, qui estoient les plus grands pillars du monde , tratnoient après eux force chèvres, et se mesloient brutalement avec les bestes , etc. (17) IL paraît par tous ces auteurs, que le fait dont il s’agit concerne l’an 1562. Mais voici un écrivain qui donne d’autres circonstances.
« L'Histoire de France , dit - il (18), » nous rapporte que le duc de Nevers, » passant d'Italie en France, pour » venir au secours du ror, dont la » maison de Guise tâchait denvahir » Ja couronne , sous prétexte de reli- » giôn , y amena avec lui deux mille » chèvres couvertes de caparacons de » velours vert, avec de gros galons » d’or. Elle me nouûs laïsse pas en mé- » me temps liéu dé douter à quel » usage servaient ces chèvres ; puis- » qu’ellé nous dit, qu'autant qu'il y » avait d'officiers, c’étaient autant de » maîtresses pour eux et pour lui. »
Ce duc de Nevers est sans doute Louis de Gonzague, qui épousa Henriette
de Clièves, le 4 de mars 1565. Or
(15) Pag. 255 ; édit. de 1599.
(16) Théodore de Bèze le nomme ainsi, pag.
259 de son Histoiré ecclésiastique.
(17) Ce que je supprime ici est mot à mot ce qu'on vient de voir aux dernières lignes du passage de Théodore de Bèze.
1) Mémoires d'Artagnan , tom. IT, pag.
nous ne lisons pas qu’il soit passé d'Italie en France , avec un Gorps de troupes, l’an 1562 : sor expédition
regarde l'an 1567. Il était lieutenant général dans le marquisat de Saluces, ét dans ce qui restait du Piémont à la France, et ilrecut ordre d’en tirer les troupes aguerries, que l’on y tenait en réserve (19) ; étayant payé, de l’argent que le pape lui envoya, une partie des montres qui étaient dues à ses soldats , i{ les tira de son gouvernement au nombre de treize mille, entra dans le Dauphiné , leva le blocus de Lyon, assié à et prit Mâcon , et alla joindre le dde d'Anjou en Champagne (20). Voyez Davila, au IVe. livre de son Histoire (21). De deux choses l’une, ou l’on vit deux fois en France ces chévres-là , ou on ne les vit point dans l’armée de Louis de Gonzague :
et quoi qu'il en soit, les Mémoires d’Artagnan pècheront toujours contre la chronologie; car au temps de ce voyage du duc de Nevers , la maison de Guise ne tâchait pas d’usurper le trône. Les historiens protestans, qui parlent des chèvres de l’an 1562, ne disent rien de semblable touchant les troupes du duc de Neversen 1567 (22).
Or personne n’ignore que leur silence ne soit là-dessus extrémement signiticatif *. |
(9) Varillas, Hist. de Charles IX , tom. EI, pag. 102, édition de Hollande.
(20) Là même, pag. 103.
(21) Davila, Histoire des Guerres civiles de France, liv. IV, pag. 183.
(22) Voyez d'Aubigné, tom. T, liv. EF, chap. XII, pag. 314; l'Histoire des Choses
mémorables, pag. 329, et La l’opelinière, Vraie et entière Histoire des Troubles, Liv. III, folio 104.
* De tous les écrivains que Bayle cite dans cette remarque, il n'y en pas un seul, dit Leclerc, qui ne soit très-récusable.
BATHYLLUS d’Alexandrie (a), affranchi de Mécene qui l’aimait beaucoup (A), et Pylade, furent
inventeurs d’une nouvelle ma-
niere de danser toutes sortes de
pieces de théâtre(B). Cette nou-
velle manière fut appelée Jralr-
que (b) (CG), et comprenait la (a) Athen., lib. T, cap. XVII,
(b) Suidas, in ITuxædyc. Athen., Gb, 7, cap. XVII.
BATHYLLUS.
tragique , la comique , et la satirique. Ce n’est pas qu’elle en fût un mélange; mais c'est que ces deux pantomimes conserverent le caractere de chacune dans l'exécution de leur jeu. Il y avait entre eux cette difference, que Bathyllus excellait dans le comique (D), et Pylade dans le tragique (c). L’émulation qui régnait entre eux forma deux sectes qui ont duré assez longtemps : chacun laissa des disci-
ples, qui se piquerent de faire … fleurir l’école, et de perpétuer
le nom de leur maitre (d); car les sectateurs de Bathyllus s’appelaient Bathylli , et ceux de Pylade s’appelaient Pyladæ. Les uns et les autres conservaient les manieres et les caracteres de leur chef, La danse de ceux-ci était grave, et propre à exciter les grandes passions de la tra gédie : la danse de ceux-là était enjouée, et se rapportait à des aventures d'amour , et à des sujets comiques. Elle remuait tellement la concupiscence, et donnait des tentations si victorieuses aux spectatrices, qu’on n’oserait dire en français ce que Juvénal a dit en latin (E). Les Romains se partagerent en fac
tions pour ces deux célebres
pantomimes ; et il semble même que les partisans de Bathyllus eurent une fois le crédit de faire bannir Pylade (e). La faveur de Bathyllus aupres de Mécene peut autoriser cette conjecture, n’en
(c) Athen., ibid. Plutarchus , Symp., lib. VIT, cap. VIIL.
(d) Seneca, Natural. Quæstion. , lib. VIT, cap. XXXII. Voyez Saumaise in Carinum Vopisci; Vossius, Inst. Poëtic., db. IT, cap. XXXVIII,
(e) Dio, lib. LI.
BATHYLLUS.
déplaise à Macrobe (F). Voyez ce que nous dirons dans l’article de PyLanE. Ilest fait mention de Bathyllus dans la- VIII. fable du V°. livre de Phèdre. L’auteur du Supplément de Moréri a parlé pertinemment de ce pantomime ; mais 1l a mal cité , car la, citation de Plutarque ne se rapporte qu’à une petite par— tie de l'article; et celle de Lucien a deux grands défauts :
l’un, que le livre de Pantomini Scend, auquel on renvoie le lecteur, est une chimere ; l’autre, que le traité de Saltatione, où Lucien a dit quantité de choses des pantomimes, ne parle point en particulier de Bathyllus et de Pylade. Je crois avoir découvert la source de cette mauvaise citation (G).
(À) 1 était affranchi de Mécène qui l’aimait beaucoup.] Voyez le scholiaste de Perse sur ces paroles de la Ve. satire : [ vs. 123.]
Tres tantum ad numeros satyri moveare
Bahylli,
et considérez ce passage du chapitre LIV du Ier. livre des Annales de Tacite , Zidulserat ei ludicro Augustus dum Mæcenati obtemperat effuso in amorem Bathylli. Consultez aussi Dion , au livre LIV; et Sénèque, à la préface du Ve. livre des Controverses,
(B) Lui et Pylade furent inventeurs d’une nouvelle manière de danser les pièces de thédtre. ] Suidas dit expressément qu’ Auguste inventa la danse des pantomimes , Pylade et Bathyllus étant les premiers ‘qui l’introduisirent (1). Chacun sent que Suidas veut dire qu’Auguste fut le premier qui autorisa , et qui établit l’in-
vention de ces deux grands baladins (2). Il y a dans le grec de cet auteur BaxXvaidou : cette faute est demeurée dans le Suidas d'Emilius Por-
(1) Suidas, in "OpXxnris.
(2) Voyez Losime, liv. I.
tus , quoique Lipse l’eût corrigée (3) lorsqu'il rajusta deux passages de Sénéque , l’un desquels portait, Bathyllo Mæcenate (4), au lieu de Bathyllo Mæcenatis ; et l’autre, si pantomimus essem, pantillus essem (5), au lieu de si pantomimus essem, Bathyllus essem. Zosime est conforme à Suidas (6) : 11 met entre les causes de l’ébranlément de l'empire l'introduction qui fut faite sous Auguste de la danse de pantomimes, inconnue auparavant, de la quelle Pylade et Bathyllus furent les auteurs. Athénée, quand il parle de son chef, nomme seulement Bathyllus ; mais quand il cite Aristonicus, il nomme aussi Pylade (7). Il est vrai que pour trouver cela dans son texte , il y faut corriger un mot de la manière que M. de Saumaise le corrige toutà-fait bien (8). Le grec porte : roÿ- Toy Tov Béfuraov, @uoiy ‘Apisovixos xæi Tluradue , où és} ai ovyypapua mepi opXñatæe , mhv ‘Iraxxbv GpXnai œushcabeu x vhs xowxñs, etc. Il faut lire Turadyy et traduire , Aristonicus ait , Baihyllum hunc et Pyladem qui librum de saltatione scripsit, italicam saltationem composuisse ex comic, etc. Il n’y a nulle apparence que tant d’autres écrivains ayant fait participer Pylade à la‘gloire de invention , ou la lui ayant conférée toute entière, lui-même dans un livre public lait donnée toute à son rival. Ce passage d’Athénée a servi au même critique pour corriger Suidas (9). De la manière que le texte de Suidas est rangé, on y trouve que Pylade a écrit de la danse italique qu'il avait inventée, de la danse nommée comique, de la danse tragique, de la danse satirique (10). Wolfius et Emilius Portus:
l’entendent ainsi, parce qu’ils n’ont point vu de fautes dans ces paroles :
"Eypade rep) opxñoews tüc "Iranxhe, HTic ür auroÿ éupéôn. Ilepè Tic xœpuxñc a nouuévne dpXioecws.... La ThS TATUpILNS.
M. de Saumaise prétend qu’au lieu
(3) Lipsiusin Tacit. Annal., Lb. I, pag.63.
(4) Controvers., Præf., lib. W.
(5) Præf., lb. TITI Epilom.
(6) Zosim. , Lib. I.
(3) Athen., lib. I, cap. XVII, pag. 20.
(8) Salmas. , in Carinum Vopisci, pag. 831, edit. Lugd. Bat., ann. 1671.
(9) Idem, ibid. Voyez Nossius, Instit. Poët., lb. IT , pag. 180, À
(xo) Suid, ,in Tluaadue,
de épi rie sœmuxñe, il faut lire à The xœumhs , et ainsi du reste; en sorte que le sens soit que Pylade a fait uo livre touchant la danse italique , qu’il avait inventée et formée de la comique , etc. Il est sûr que , par ce moyen, Suidas dirait une chose qu’Athénée rapporte positivement. C’est aux lécteurs à juger s’il ne pourrait pas être vrai que le livre de Pylade traitait en détail de trois anciennes sortes de danse et de celle qu’il avait substituée à ces trois-là, qui nécessairement devait différer de chacune, encore qu'elleles retint peut-être toutes en leur entier.
,(C).….. qui fut appeléeitalique.] Faï mieux aimé m'expliquer ainsi, que de dire simplement que Pylade et Bathylus inventérent l’art de représenter une pièce de théâtre par la danse, et par le mouvement des mains. Je mignore pas que bien des auteurs en parlent comme d’une chose qui ne commenca que sousAuguste; car, outre les autorités citées dans la remarque précédente, il est sûr que Suidas dit quelque part, qu’en ce temps-là (c’està-dire sous cet empereur), fut intro duite la danse des pantomimes , inconnue auparavant | oùræ porepoy ourx (11). Zonare en met aussi l’établissement sous Auguste (12). Mais comme M. de Saumaise a fait voir invinciblement que la coutume d’actionner la poésie dramatique par le mouvement des pieds et des mains était beaucoup plus ancienne que Bathyllus et que Pylade (13), il vaut mieux dire
qu'ils n’ont fait que perfectionner cet
art, et que s’en servir d’une nouvelle facon. Il croit qu'avant eux les pantommes ne faisaient leurs danses et leurs gesticulations , que pendant qu’on représentait la tragédie ou la comédie ; et que ces deux-ci furent les premiers qui se détachérent de tous les acteurs; et qui introduisirent la danse toute seule sur l’orchestre (14). Je dirai ailleurs (15) de quels nouveaux agrémens Pylade enrichit Part qu’il professait.
Lipse à cru être le premier qui eût découvert qu’Auguste a été l'inventeur de cette danse (16). La découverte,
(xx) Suid., in "ABiyodwpos.
(12) Zonaras, Ub. I.
(13) Salm. , in Carinum Vopisci , pag. 820.
(x4) Tbidem, pag. 830, 83
(15) Dans l'article de ce Priane.
(16) Lips., in Tacit, Annal., Lib, E.
BATHYLLUS.
comme on voit, n’est pas trop heureuse. è
(D) Bathyllus excellait dans le conique. ] Athénée (17) ét Plutarque (8) nous apprenneut la différence qui était à cet égard entre ces deux baladins.
On la peut fort bien recueillir de ces paroles de Séneque le père : Quidam melits equitém patiuntur , quidam ju-
um , et ut ad morbum te nieum vocerr,
ylades, in comœdi&, Bathyllus ir tragædid multüm à se aberant (19). La suite du discours montre qu’il s’agit là de faire voir , qué l’on n’est pas également propre à diverses choses. Mais encore que chacun de ces pantomimes eût le fort et le faible que jai marqué, ils ne laissaient pas de se mêler tous déux du tragique et du comique. Bathyllus n’était pas le seul qui Jouât les piéces où il fallait représenter des personnages qui se remuaient beaucoup , comme les Pans et les Satyres en régal avec l'Amour : on voit que Pylade se signala à représenter une fête donnée par Bacchus à des bacchantes et à des satyres (20). Vossius , qui a mis un tel sujet dansle partage de Bathylilus (21), n'avait pas assez pris garde à la docte dissertation de Saumaise.
(Ë). On n'oserait dire en français ce que Juvénal a dit en latin.] Qu'ainsi ne soit, voici les termes de Juvénal dans la VI®. satire, vs. 63.
Chironomon Ledam molli saliante Baihyllo .
Tuccia vesicæ non imperat : Apula gannit
Sicut in ampléñu : subitum et miserabiié longum j |
Attendit T'hymele : Thymele tunc rustica dis-
cul Le père Tartéron jésuite a supprimé ce latin dans sa nouvelle édition de Juvénal (22), qu’il a traduit en français. Il a supprimé d’autres passages pour les raisons qu’il allègue dans la sréface. Cela soit dit en passant.
(EF) I! semble que les partisans de Bathyllus..…. firent bannir Pylade : la faveur de Bathy llus peut autorisercette conjecture, n'en déplaise à Macrobe.} Il dit que Pylade encourut Pindigna-
(15) Lib. TI, cap. XVII.
(18) Sympos. , üb. FIT, cap. VIII.
(19) Epitom. , Gb. III, Præfat.
(20) Voyez les deux épigrammes grecques rapportées par Saumaise sur le Catin de Vopisc., pag. 835.
(21) Vossius, Instit. poët. , Lib. IT; pag. 18x.
(a2) Elle est de Paris, en 1689.
Les" { LUS
BATHYLLUS.
lion d’Auguste, à cause que la dis-
ute qui régnait entre lui Pylade, et bols qui avait été son élève, avait excité une sédition parmi le peuple.
La réponse qu’il met dans la bouche de Pylade : dire, vous éies un ingrat, laissez-les s'occuper de nos différens (23), est la même que Dion lui prête.
Dion rapporte que ce pantomime , rappelé de son exil, et grondé par Auguste de ses querelles avec Bathyllus, lui répondit : il vous est avantageux , César, que nous amusions le peuple, et que nous l’empéchions de faire aitention à d'autres choses. Euvudépa &0, Kaæivap, épi Huas roy duo àrodiarpi- Ceoa. Expedit tibi, Cæsar, populum nobis intentum lermpus consumere (24).
Prendra parti qui voudra pour Macrobe contre Dion : pour moi, je donne la préférence à celui-c1; et je trouve fort vraisemblable que ce ne fut point en faveur d'Hylas ; mais en faveur de Bathyllus, que l’empereur se fâcha contre Pylade. Nous verrons dans l’article de celui-ci l'opposition qui est entre Dion et Suétone.
(G) Le Supplément de Moréri cite
. mal touchant Bathyllus ,.… et je crois
avoir découvert la source de cétte mauvaise citation.] M. de Saumaise cite op fois Lucien, qui a fait un
eau traité de la Danse. Entre autres endroits, il cite celui qui contient la description de l'équipage du pantomime, s'il nest permis dé parler ainsi pour exprimer tous les instrumens qui accompagnaient la danse. Or, avant que de citer Lucien, il se sert de ces paroles, Lucianus de Pantomimi scend et apparatu : il ne + point désigner aucun titre de livre; mais seulement la matière d’un certain passage qu’il va citer. Néanmoins M. Hofman s’y est f{rompé ; car, après avoir dit une partie des chosés qui regardent le pantomime Pylade dans le
livre de M. de Saumaise , il nous ren-
voie à Lucien de Pantomimi scend et appar. : et, comme il met ces paroles en italique, il ne faut point douter que le Continuateur de Moréri n’ait trouvé là un panneau, où il a donné tout de son long.
(23) Kai dXapigeis Rarined ; Earov av- TOUC repinuas dTYoreic deu. Macrob., Sâtur., lib. IT, cap. VII , in
(24) Dio ;
Jine.
UE, LIV, ad ann. 736, pag. 610.
BAUDERON. 171
BATHYLLUS , poëte latin, contemporain de Virgile. Voyez dans le Supplément du Dictionnaire de Moréri ce qu’on peut savoir de lui. Il faut seulement y ajouter cette circonstance, que la seconde affiche de Virgile commençait par le distique que Bathyllus s'était approprié, et qu'après cela on lisait, Hos ego versiculos fect, etc. I ne fallait point citer le Giraldi, qui est un auteur moderne, mais la Vie de Virgile par Donat. Je ne sais point où Charles Étienne a péché son Bathyllus excellent poëte tragique, qui ne réussissait pas si bien dans les comédies.
* BAUDERON (Brice), médecin français, natif de Parei *, dans le comté de Charolais, a fleuri vers la fin du XVI°. siecle, et au commencement du XVII*.
Il travailla avec beaucoup de succès sur la composition des médicamens, et il publia une Pharmacopée (A) ; qui s’est ac üis une tres-grande autorité **.
Elle est en français. Il s’établit à Mâcon (a), et y pratiqua assez long-temps la médecine. Cest dé ce lieu-là qu’il date la préface d’un livre latin, qu'il fit imprimer à Paris, l’an 1620 (B), et dans laquelle il nous apprend qu'il avait quatre-vingts ans, et *1 Ou Paraÿ, il y était né, dit Joly, en 1539. id *3 Leclerc, dans sa Bibliothéque de Richelet, raconte que Sénecé étant à Paris, en 1715, entra chez un apothicaire pour achèter quelques drogues ; et qu'ayant été par hasard reconnu pour arrière-petit-fils de Bauderon, l’apothicaire ne voulut pas recevoir son argent, par reconnaissance et respect pour Ja mémoire de l’auteur de la Pharmacopée.
(a) Voyez au-devant de $& Praxis, etc.,
les vers français de Jean Baptiste Verjus, Maconnais.
BAUDIER.
qu'il pratiquait la médecine depuis cinquante. Il n’état plus en vie l’an 1623 (b).
(b) Foyez la remarque (AY:
(A) Il publia une Pharmacopée.] Elle a été imprimée plusieurs fois, Jean de Renou a observé que la seconde édition est de Lyon , chez Benoist Rigaud, en 1596; et que la troisième est de Lyon, chez Pierre Rigaud, en 1693 (1). Il à dit aussi qu'il avait vu dans la troisième la faute qu’il avait critiquée. Notez qu'il fait cette remarque dans un livre qui fut imprimé
BAUDIUS.
débiterent assez bien. Je n’aï connaissance que des livres sui vans : Inventaire de l’Histoire générale des Turcs (a); V'Histoire du Sérail; celle de la Religion des Turcs; celle de la cour du rot de la Chine ; la Vie du cardinal Ximénès ; la ie du cardinal d’ Amboise, la Vie du maréchal de Toiras ; V'Histoire du ministère de Romieu ; le Soldat Piémontais , racontant du Camp de Turin ce qui s'est
Van 1623, etqu'ilyrepoussela plainte passé en la campagne d'Italie
du fils de Bauderon , et qu’il l’exhorte à être plus diligeni une autre fois à bien examiner et éplucher de près les écrits de son père pour les rendre clairs et intelligibles a tous ceux de sa profession, au lieu de les noircir et obscurcir davantage (2). Inférons de làs deux choses : l’une, que notre Bauderon n'était point en vie en 1623 * ; Vautre, que sa Pharmacopée a paru avec quelques additions de son fils.
Elle a été traduite en latin par un Anglais, nommé Philémon Holland.
Cette traduction fut imprimée, avec quelques autres pièces de même genre, à Londres, l’an 1639, in-folio, eta la Haye, en 1640, in-12 (3).
(B) JL fit imprimer un livre latin, à Paris, l'an 1620.] C’est un in-4°.
de 849 pages, intitulé Praxis in duos tractatus distincta : in priore agitur de febribus essentialibus , tam simplicibus, quam compositis, confusis, erraticis , malignis, ac pestiferis , et symptomaticis in genere el specie curandis : in posteriore, de $ymptomatis et Morbis internis , à capite ad pedes usque.
(x) Renou, Antidotaire, Liv. VIT, chap. IV,
pag. 73 de la traduction française, edit. de Lyon, en 163.
(2) La même. Voyez l'article Renou.
* [l'est mort en 1623, dit Joly.
(3) Mercklin: Lindenius reno vatus , pag. 133.
BAUDIER (Micnez), gentilhomme du Languedoc, a vécu sous le regne de Louis XIII. Il publia plusieurs livres, qui le mirent sur le pied d’un auteur fécond et laborieux, et qui se
de l’année 1640.
(a) La 2°, édition est de Paris, en 1620, in-{0,
BAUDIUS (DommwiqQuE), professeur en histoire dans l’académie de Leyde, naquit à Lille, le 8 d’avril 1561. Il commença ses études à Aix-la-Chapelle. Son père s’y était retiré avec sa famille pendant les fureurs du duc d’Albe, et y mourut l’an 1576.
Notre Baudius alla peu après à Leyde, afin d’y continuer ses études. Il ne s’y arrêta que huit mois ; et s’en alla ensuite à Gand, où sa mere s'était retirée, et d’où elle l’envoya à Genève. Il y étudia en théologie, et y fit toutes les fonctions de proposant. Il revint à Gand, en l’année 1583, et y continua ses études de théologie sous Lambert Daneau , puis il passa à Leyde, où s'étant fort appliqué pendant quinze mois à l’étude de la jurisprudence, il fut reçu docteur en droit au mois de juin 1585. Quelques jours après, 1l suivit les ambassadeurs que les États-Généraux envoyèerent en Angleterre , et s’y fit connaître à plusieurs personnes d'impor—
BAUDIUS.
tance , et nommement à l’illustre Philippe Sidneï. Il fut mis sur la matricule des avocats de la Haye, le 5 de janvier 1583 ; et, se dégoûtant bientôt du barreau (À), il alla voyager en France (B), où il s’arrêta pendant dix ans(C). Il s’y fit de bons amis, et il y trouva de grands patrons. Achille de Harlai, premier président au parlement de Paris, fut du nombre de ces derniers, et le fit recevoir avocat en parlement l’année 1502 (a). Baudius fit le voyage d’Angleterre l'an 1602, avec Christophe de Harlai, qu'Henri-le- Grand y envoyait en ambassade (b). Ce Christophe était fils unique de M. le premier président.
Enfin Baudius se fixa à Leyde, y ayant été nommé professeur en éloquence au mois de mai 1602. Il fit des leçons sur l’histoire, apres la mort de Merula : il eut aussi permission d’en faire sur la jurisprudence.
L'an 1611, messieurs les États partagerent entre lui et Meursius la charge de leur historiographe (c); et ce fut en conséquence de cela qu'il fit l'Histoire
de la Tréve (d). Cet ouvrage est
bien écrit. Le style de Baudius était fort poli, comme il paraît
ar ses Lettres. Ses amis en publièrent un assez grand nombre apres sa mort, et de temps en temps on en a joint quelques autres dans les nouvelles édi-
(a) La Vie de Baudius, que je citerai cidessous, met 1591; mais il paraît par sa lettre XXILIL de La I'°. centurie, que ce fut en 1592.
(b) Voyez la remarque (C).
(c) Baudius, Epistolà XC VIII, cent. III.
(d) Tiré de sa Vie, imprimée à la têle de ses Poésies et de ses Lettres. Voyez aussi Meursii Athenæ Batavæ, pag. 155,
tions. Il était grand poëte latin (Dj):les vers que l’on a de lui ne permettent pas d’en douter.
Il en fit de plusieurs espèces, et en grand nombre , et ils ont été réimprimés assez souvent. Il mourut à Leyde le22 d’août 1613 (e). Il avait eu dans les dernieres années de sa vie quelques mortfications (E). Ce n’était pas un de ces docteurs belliqueux dans le cabinet, qri ne veulent ni paix ni trêve , et qui traitent de malintentionnés contre la patrie tous ceux qui ne rejettent point comme un poison dangereux, et comme un piége funeste, les offres et les offices des médiateurs de paix. Il exhorta fortement messieurs les États à la trêve avec l'Espagne. Il est vrai qu'il n’osa point mettre son nom à la tête de deux Harangues qu’il publia sur ce sujet( f).
Ilest vrai encore que ces deux Harangues (F) , et les vers qu’il fit pour Spinola, excitérent de grands murmures(G). Cette humeur pacifique ne regardait que l’état public; car d’ailleurs il n’était pas ennemi des querelles poétiques : 1l les soutenait d’une manière Si emportée , que je ne crois pas que les poëtes du paganisme les plus fameux par le fiel de leurs médisances, les Archilochus et les Hipponax , aient pu entasser plus d’injures, ni faire un choix plus exquis de termes diffamatoires. Il en voulait principalement aux ennemis déclarés du grand Scaliger. C’é-
(e) Foyez sa Vie. Saint-Romuald, dans son Journal chronologique, met le 17 de Juin. j
(f) IT publia l’une sous le nom de Latinus Pacatus, et l’autre sous celui de Julianus Roshecius, ?
/ taient des esprits malendurans, et il aurait fallu être bien fin pour faire qu'ils demeurassent en reste. Ainsi c'était une grêle réciproque , et un bombardement alternatif entre l’académie de Leyde, et le collége d’Anvers (H). Je n’ai point trouvé que Baudius fasse mention de ses enfans; mais je sas qu'il laissa grosse sa dernière femme (g), et qu'il se maria pour le moins deux fois ([), et que ce n’est pas le bel endroit dé sa vie.
Le vin et les femmes ont été les deux écueils sur lesquels sa réputation a fait naufrage (K).
Cela le fit mépriser, et l’exposa à la risée publique. Ses amis mêmes en firent des plaisanteries sanglantes, qui ont été im primées. Il ne faut pas néanmoins croire sur le dernier chef tout ce que le satirique Scioppius a publié(L). C’est un pas glissant pour la bonne renom mée que certains tempéramens.
On ne peut nier que Baudius ne fût de complexion amoureuse.
11 n’était encore que proposant, lorsqu'il se laissa coiffer d’amour pour une fille qui logeait chez son professeur Lambert Daneau (h). Les remarques nousen diront dayantage. Il était trop libre dans ses sentimens , et même dans ses discours : 1l ne s’accommodait pas avec assez de prudence aux préjugés du temps et des lieux; cela n’était que trop capable de lui faire de dangereux ennenus , et de l’exposer aux mauvais eflets de leurs jugemens
(g) Elle accoucha d’une fille, après la mort de Baudius. Voyez Casauhon, Epist.
DCCXCIF , pag. 1012.
(k) Foyez sa XXVI£. lettre, centur, II, pag. 224,
BAUDIUS.
téméraires (+). Il consultait trop les idées platoniques, et de là vint qu'il fut un peu trop scandalisé des disputes qui s’élevèrent en Hollande. Il en tira de mauvais augures , dont les uns ont été faux , et les autres vrais. 11 crut que cela ferait changer le gouvernement , 1l s’est trompé (M) ; il crut que cela formerait un schisme , il a eu raison (N). Au reste, ceux qui ont publié ses Lettres ont procuré plus de plaisir et d'utilité aux lecteurs, que d'honneur à sa mémoire. Elles sont écrites poliment (0), et pleines d'esprit; mais 1 s’y donne trop de louanges , il y paraît trop gueux (P), trop importun à ses amis , trop men-— diant , trop vain, trop intéressé, trop déréglé. Cest justifier son siecle de la dureté dont il l’accuse. C’est par une partie de ces défauts que plusieurs personnes de lettres se font mépriser dans les lieux de leur demeure , pendant qu'ils se font admirer partout où l’on ne connaît que ce qu'ils publient.
Quelque long que soit déjà cet article , je ne puis m’empécher d'ajouter ici une chose assez singulière; c’est que Baudius avait entrepris un ouvrage destiné à la réunion des religions (Q) : ouvrage qui, comme il l’avoue lui-même en communiquant son dessein à M. de Thou , demandait, entre autres talens , beaucoup de piété. On verra Ci-dessous ses propres paroles.
(à) Foyez la remarque (M).
(A) {se dégouta..…… du Barreau}
Un Wallon comme lui ne savait pas assez de flamand, pour plaider avec
BAUDIUS.
succès : outre qu’il avait besoin d’une occupation qui lui donnât de 1 argent comptant; et c'est ce qu 1l ne faut attendre de la profession d’avocat qu'au bout de plusieurs années. Joignez à cela qu’il se repaissait un peu de la fumée de cour , et enfin qu’il était né poëte, la chose du monde qui donne le moins de goût pour les épines et pour les chicanes du barreau.
Voyez les conseils que Lipse lui donne de persévérer sans impatience (1).
(B) I! alla voyager en France.] Il avait bonne opinion de lui-méme , et il s'était mis dans la fantaisie qu’il obtiendrait un caractére public pour voyager honorablement. Il simagina que Îles États le députeraient au roi de Navarre, pourvu que sesamis les en priassent. Il communiqua sa pensée’ à Juste Lipse, qui était alors professeur de l'académie de Hollande :
la réponse qu’il recut lui apprit tout doucement à se mieux connaître.
Prioribus (lHtteris) agebas de legatiunculd ad INavarrenum quo fundamento , mi Baudi, aut qué spe? Nunquam id factum, et ut in tud persond novum exemplum ordines instituant , cave credas. Tu hoc et alia mereris , sed malè res humanus nosti, si merila in his talibus appendis potiüs quäm fortunam..….. Hocunum te moneo ne præcipitentte tuorumvota , pia, sed improvida, qui ad lapsum sæpè impellunt dum cogunt festinare. ÎVe sperne honores , sed nec avidè appete , et qui eo minorem te putant qui cares, tu eos habe pro minutis (2). Cela est très-bien pensé : Sénèque ne saurait rien dire de plus judicieux, On ne profita guère de ce bon avis : nous verrons dans la remarque (C) que Baudius demeura toute sa vie entêté de députations et d’ambassades.
(C)...... où il s’arréta pendant dix ans.| I témoigne dans quelques-unes de ses lettres , qu’il avait dessein d’y finir ses jours, pourvu qu’il y trouvât une condition raisonnable. Ægrè enim ægré Galliam desero, nec deseram , nisi desertus ab omni sver-
(x) Ile sont dans une lettre datée du 1°.
d'octobre 1587 : elle est la XXPVIE. dans La IVe, centurie de celles de Baudius, édit. de Leyde, en 1650.
(2) Lipse, dans une lettre datée du mois de septembre 1588 : elle est la XXWTI. parmi celles de Baudius, à& La centurie IV.
mie. (3). Ægo hic aut alibi in hoc reg no sedem extlii circumspicio : 19n0scat mihigéniuspatric, planè nonteneor revertendi desiderio (4). U allègue à M. de Thou plusieurs raisons pourquoi il n’a point dessein de retourner en Hollande, et il emploie celle-ci comme Ja plus forte : c’est qu'il ne pouvait quitter la France pendant qu’il y espérait quelque chose. Vos...
qui vid non pervulgaté ad bonam mentem adSpiramus , non magis istic ad res tractandas idonei censemur quam vos Avpac; vultures togati omnia virtuus præmia possident bonis de præsidio dejectis , vel (quod deterius est) viri Mercuriales, quibus quam benè conveniat cum genere litteratorum discimus magno nostro malo. Denique (quæ raüo maxima est) non possum à vobis divelli quamdiù speculæ locum videro (5). T1 fut trop heureux de retourner dans un pays dont il disait tant de mal. H pria M. de Thou de le placer auprès du prince de Dombes(6), et je crois qu'il fit la même prière à Scaliger (7).
On le plaça chez un honnèéte homme qui , outre la table , lui donnait huit cents francs par an(8); et par ce moyen, 1l se trouva à portée de s'insinuer dans la connaissance de tout ce qu'il y avait de plus illustre au parlement de Paris qui séait alors à Tours. Il écrivit de Caen à M. de Thou, qui travaillait à un ouvrage semblable à celui de George Cassander (9).
Je ne sais si Jamais personne a mis Baudius dans la liste des pacificateurs de religion. I] travailla à faire appeler Juste Lipse à Paris, et il fut trésfâché que cette affaire se négligeit ; car 1l trouvait en cela un grand mécompte. Il souhaitait de revoir le pays natal, sans que les frais du voyage lui coûtassent rien, et d’une manière qui lui fit honneur , et qui lui fournît un prétexte de se donner des airs :
il avait espéré la commission de dé-
(3) Baudius, Epist. VII, cent. I, pag. 2: :
elle est datée de Caen, le 1. de juin 1591.
(4) Idem, Epist. VIIL, ejusdem centuriæ , pag. 22.
(5) Idem, Epist. VI, cent, Ife., pag. 18.
(6) Ibidem.
(9) Epist. VIII, page 22.
(8) Scipio Sardinius. Voyez la Lettre de M. Servin à Baudius, pag. 38 des Lettres de Bandius. Voyez aussi pag. 4x. |
(a) Epist. VII, pag. 20,
Wy6 puté auprès de Lipse; n’était-ce pas de quoi se fâcher que l’on s’empressât si peu à Paris de faire venir ce grand homme? Lipsio equidem omnia summa cupio, et ob honorem hominis , et ob amorem litterarum. Sed tamen mei potissimum commodi ratio à me ducebatur, cum tam ambitiosis flagitationibus hoc agebam, ut huc evocaretur. Suadebat enim voluntas, et rerum mearum status urgebat, ut in patriam excurrerem : quod ut sine sumplu meo et cum nonnullé dignitate fieret , bella occasio evenisse videbatur, si quod spe ac votis præceperam , publico nomine ad eum accersendum legatus forem(io). Lorsqu'il écrivait cela à M. de Thou, ses affaires étaient en mauvais état (11): il se tenait à la campagne , parce que sa bourse était trop mal garnie pour qu’il pût s’entretenir à Paris. La lettre suivante (12) fut écrite en prison au même M. de Thou : il lui marque que personne ne voulait être sa caution , et que sans cela le bon oflice de M. Servin, à la recommandation duquel le juge du lieu lui avait été favorable, lui était trés-inutile. Il était à Paris en 1597, plein d’une prétention trop présomptueuse. L’envoyé des Pro-
vinces-Unies était si malade, qu’on ne
croyait pas qu’il en réchappât. Baudius, se flattant de recueillir cette succession, écrivit en diligence à Scaliger, et le pria de le servir pour lui faire avoir le caractère d’envoyé des États-Généraux auprès d'Henri IV (13).
Scaliger lui fit à peu près la même réponse que Lipse lui avait faite dix ans auparavant (14). Baudius écrivit en 1598 aux deux envoyés de Hollande à la cour de France, pour Les supplier très-humblement de lui procurer quelque emploi au service de la patrie (15). Au mois de juillet de la même année il se trouvait en prison.
C'était pour des affaires civiles, c’était pour avoir été caution trop légésement. /n carcerem conjectus sum nullum ob flagitium, sed ob inconsultam
(10) Epist. XLI, cent. I'e., pag. 66, datee du mois d'août 1595.
(x1) Voyez la XLIIS. et la XLIIIE. lettre de la I'€. cent.
fr) C'est la lettre XLIV.
(13) Lettre XLV, pag. 70.
(14) Voyez ci-dessus la citation (2).
(15) C'est la lettre XLVII,
BAUDIUS.
spondendi temeritatem (16). Il passa en Angleterre l’an 1602, avec Christophle de Harlai , auquel il avait été donné pour secrétaire, pour conseiller, pour homme d’étude. Profectus sum in Angliam, ut ei sim à consiliis, à secretis , ab unterioribus studiis (17).
Il passa la même année en Hollande, et y devint professeur. C’est tout ce que ses Lettres m'ont appris touchant son séjour en France. 1l se croyait si propre à une ambassade, et il avait tant d'envie d’en goûter , que sa profession de Leyde ne put le guérir de cette passion. Surtout 1l aurait voulu être choisi pour aller féliciter Heouri IV , aunom des Etats-Généraux, lorsqu'il courut une nouvelle que ce prince avait été élu roi des Romains.
Si qua occasio aperitur, ut extra ordinem publico nomine in Galliam legari possem, mulium felicitati meæ gratularer. Sed hæc ægrisomnia sunt, ut et rumor ille qui pervagatur de Gallo designato rege Romanorum.
Quod si tamen ita esset, cum insit in incredibili sæpè veritas (18), et in verisimili mendacium , non disconve?
niret magnificentiæ 1llustrissimorum ordinum , mitti qui publicam lætitiam secundé oratione testarentur (19). L'an 1607, il passa en Angleterre , pour présenter ses poésies au roi Jacques, etil lui monta dans la fantaisie de se faire députer vers ce prince par les États- Généraux. Il pria M. Vander Myle , gendre de Barnevelt, de recommander ce dessein à son beau-père ; etil ne douta pas que Barnevelt n’inventât quelque bon prétexte de députation, Cela ne réussissant pas, Baudius fit ce à quoi il se préparait à tout hasard : il fit le voyage en qualité de son propre député. $i amplissimi ordines aliquidhuic mortali mandare dignarentur quod nostra vox de- Jerret ad aures regis, fortè nihil admitterent cujus eos pœnitereposset, et mihi tum gaudio tum honorüesset reip. causé legari, nec Baudii negotium omitte-
re... (20). Sin frustra mecum hæc
(16) Epist. XL VIII, pag. 54.
(37) Epist. LV, cent. I'e., pag. 80.
(18) Voyez ci-dessus la remarque (F) del'ar ticle AGATHON.
(19) Baudii Epistol. LXXI, cent. I'e., pag.
103, datée de Leyde, le 26 de mars 3603.
(20) Baudius, Epist. LXIV, cent. IT , pag:
blanda somnia meditor ibi à me legatus (21).
(D) 4 était grand poëte latin. 7 Voyez le jugement que font de ses poésies MM, Borrichius (22) et Morhofius (23). La premiére édition n’est point de l’an 1607 (24), mais de l'an 1587 : il la dédia à Pierre Regemorterus. Cette épître dédicatoire est la Ile. des lettres de Baudius. Il avait publié à part un livre d’Zambes l’an 1991, dédié au cardinal de Bourbon (25). Il dédia quelques-uns de ses Poëmes au roi d'Angleterre , et quelques autres au prince de Galles , dans l'édition de l’année 160% ; et il passa la mer, pour faire lui-même son présent à ses deux héros. Il eut la cruelle mortification de s’en retourner chez lui, sans avoir recu ni denier ni maille de ces deux princes : tout le gain qu’il fit à ce voyage fut de devenir leur créancier; ce qui valait beaucoup moins que la dépense qu’il avait faite. Voici ses complaintes et ses doléances (26). Arbitror le ex indicio Jfamæ factum esse certiorem , me superiori mense Augusto transfretésse in magnam Britanniam , cujus et Monarchæ de manu in manum tradidi Salisberiaci Poëmata mea , quorum minus malum carmen heroïcum ejus honori inscribitur. Duo verd Gnomarum {ambicarum libri dedicati sunt principi Britanniarum , quocum horam amplils unam familiariter sum callocutus. Sed hâc fine stetit omnis regia diberalitas , nec teruncio factus sum propensior , ut vel meo exemplo liquere possit, magnos terrarum dominos posseperdere, non donare. Interim non pœnitet suscepti itineris , nisi quod te non offenderim. IVam et habeo reges debendi reos , et olim fors fuat intelliget
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