TOME IH
d'état ordinaire, introducteur des ambassadeurs, ambassadeur vers l’archiduchesse en Flandre , et envoyé du roi en Espagne, en Angleterre, et en Savoie, était d'Angers (a), fils de Guillaume Bautru conseiller au grand conseil (b). Il a été un des beaux esprits du XVII. siecle. Il se faisait surtout admirer par ses bons mots, et par ses fines reparties (À); et l’on trouve dans les écrivains de son temps mille marques de la belle réputation où il était. C’est un homme, disait l’un d’eux(c), qui met une partie de sa philosophie à n’admirer que tres-peu de choses, et qui depuis cinquante ans a été les délices de tous Les ministres , de tous les favoris, et généralement de ious les grands du royaume , et n'a jamais été leur flatteur. I] entra dans l’académie française des le commencement de sa fondation : il n’avait garde d’être oublié, étant aussi connu qu'il l’était du cardinal de Richelieu. Son mariage avec Marthe Bigot , fille d’un maître des comptes de Paris , ne fut pas le plus heureux de ce monde(B).
Belle matière de lieux communs et de réflexions. Il en vint un fils, savoir, GUILLAUME BAUTRU, comte de Serrant, chancelier du duc d'Orléans , et mari de Marie Bertrand, fille de Macé Bertrand , seigneur de la Basimiere, et trésorier de l’épargne. De ce mariage sortirent deux filles ; Marguerite , et Marie Magdelaine. La premiere a été mariée
(a) Histoire de l’Académ. française, pag.
347, édit. de 1672.
(b) Ménage, Remarques sur la Vie de
Guillaume Ménage , pag. 376.
(c) Costar, Lettres , tom. I°*. , pag. 120.
au marquis de Vaubrun , son oncle à la mode de Bretagne, comme 1l sera dit ci-dessous (4).
La seconde a été mariée avec Édouard-François Colbert, comte de Maulevrier, lieutenant général dans les armées de France, et frère de M. Colbert. J’apprends du Ménagiana, que le grand-pere de ces dames mourut à l’âge d'environ soixante-dixsept ans (e), et, à proprement parler, sans confession (G). 1l avait été peu dévot (D), et tressensible aux injures conjugales à certains égards (E) *.
(d) Fay. l’article suivant , citation (a).
(e) Ce fut l'an 1665.
* Bayle et l’ahbé d’Olivet ont ignoré, comme le remarque Leclere, que Bautru était auteur, Ghapelain, dans ses Mélanges, pag, 260, dit que Bautru, dans sa jeunesse, avait composé des satires ingénieuses. Une intitulée, Onosandre , et qui est contre le comte de Monthazon ( qui toutefois n'est pas
nommé), à été imprimée sous le nom de Bautru dans le Cabinet satirique. Leclerc
la trouve très - plate. Il paraît que Bautru,
avait fait une autre satire intitulée, l’4#bigu. Le père Lelong et Chapelain lui attribuent les Lettres et dépêches de M. de Bautru, depuis le 7 octobre 1628 jusqu’au 17 novembre 1042, manuscrit. L'abbé de Marolles , dans ses Mémoires , a placé Bautru parmi les meilleurs épigrammatistes français.
(A) IT se faisait admirer parses bons mots, et par ses fines reparties.| Je n’en veux point d'autre preuve , que le tour que le poëte Saint-Amant prit, pour se moquer de ceux qui aimaient les turlupinades et les pointes :
Si vous oyez une équivoque, Wous jetez d'aise votre toque,
Et prenez son-sens malauiru Pour un des beaux mots de Bautru (1).
Le Ménagiana me fournirait de fortes preuves, si j’en avais besoin : on y trouve à tout moment M. de Bautru, et l'on est averti dans la préface, qu’outre les bons-mnis de M. Ménage , on en trouvera encore d’autres , et particuliérement ceux du fameux M. de Bautru , qu'il savait parfaitement
(1) Saint-Amant, dans le poème intitulé , le Poëte crotté, pag. 228.
BAUTRE.
bien, puisqu'il avait été si fort son ami, et qu'il l'avait vu et fréquenté si Jamilièrement. La lettre de Costar , que J'ai citée (2), contient plusieurs choses capables de faire connaître le génie de M. de Bautru. Il avait linspection sur la Gazette (3), et c’est à lui que l'avis du gazetier de Cologne (4) impute ce qu'il y avait de trop favorable pour le cardinal Mazarin dans la Gazette de Paris.
(B) Son mariage... ne fut pas le plus heureux de ce monde.] Puisqu’on a imprimé à Paris avec privilége ce que Je vais dire, je puis sans doute le publier en Hollande , sans crainte d’en être blâmé par les personnes judicieuses. « M. de $S..... (5) était fils de » M. de Bautru ; et quoiqu’ils demeu- » rassent ensemble où demeure pré- » sentement M. de Seignelai , néan- » moins, ni l’un ni l’autre ne se re- » connaissent pour père ou pour fils.
» M. de Bautru disait qu’il reconnai- » trait M. de S..... pour son fils, » pourvu qu'il fût honnête homme :
» peut-être avait-il quelque raison » de douter qu’il le fût. Les soupcons » violens qu’il avait de l’infidélité de » la mère l’avait poussé à la pour- » suivre en Justice, et à en demander » la vengeance. Eneffet, il fit prendre » son valet, qu’il accusa d’avoir eu » quelque intelligence avec sa femme, » et le fitcondamner à être pendu par » son premier jugement. Le valet en » appela, et fut condamné aux ga- » lères seulement, parce qu’il exposa » que M. de Bautru s'était fait justice » lui-même, et l'avait cruellement » maltraité. Cette aflaire ayant fait » beaucoup d'éclat, M. de Bautru se » mit sur le pied d’en rire comme les » autres : aussi disait-il quelquefois :
» Si Les Bautrus sont cocus, ils ne » sont pas des sots. Sa femme voulut » toujours être appelée Madame de » Nogent , nonobstant son mariage » (6), disant qu’elle ne voulait pas
(2) C’est la L®. du I, volume.
(3) Ménagiana, pag. 328 de La première édition de Hollande.
(4) Imprimé en 1647. Voyez-y les pages 30, 45.
(5 Dans la première édition de Paris , on «a mis lout du long Serrant.
(6) Je n'entends point cela; car il faudrait, ce me semble, afin que ceci eùl du sens, que celle dame eut élé appelée mademoiselle ou madame de Nogent, lorsqu'elle épousa M, de Bau-
BAUTRU
» être appelée Madame Bautrou par » la reine Marie de Médicis, qui » avait alors de Ja peine à bien » prononcer le français. » Voilà ce qu’on trouve dans la seconde édition du Ménagiana où l'on a raccommodé cetendroit, qui n'était point intelligible dans la première. Mais depuis que le nom de cette dame a été écrit selon la prononciation italienne, on voit pourquoi elle ne le voulait pas porter. On était alors au temps des pointes, eton pouvait la persécuter de mille estocades par allusion au mot trou.
Si l'esprit pouvait garantir de cette disgrâce. de front , que tant de gens appréhendent, et que tant de gens nomment une bagatelle, M. de Bautru en aurait été exempt; mais ni Pesprit, ni le courage, ni la bonne mine , ni les couronnes mêmes, n’en garantissent pas. Cette disgrâce, ou cette honte bourgeoise, a quelque chose de commun avec la mort, et la garde qui veille aux barrières du Louvre, etc ; mais d’ailleurs les différences sont grandes : la mort n’épargue aucune tête couronnée , et il y a partout des reines très-vertueuses.
Malgré ces différences, voilà deux chosés que le même lieu commun de consolation doit faire souffrir patiemment à une infinité de personnes. Un poëte philosophe a tâché fort noblement d’inspirer de l’indifférence pour la mort par cette raison : « Les bons » rois, les plus redoutables monar- » ques , les grands foudres de guerre, » les plus beaux génies, les inven- » teurs des arts, les philosophes les » plus subtils, sont morts; et vous, » misérable petit particulier , qui » croupissez dans l'esclavage de mille » basses passions , vous ferez le ren- » chéri, et vous oserez vous plaindre » de ce que la mort ne vous épar- » gnera pas ?
Lumina sis oculis etiam bonus Ancu’ reliquit Qui melior mullis quam tu fuit, improbe, rebus. \ TIndè alii multi reges, rerumque potentes Occiderunt magnis qui sentibus imperitérunt.
Ille quoque ipse, viam qui quondam per mare magnum
tru. Or cela n'a nulle apparence; car M. de Bautru avait un frère qui se nommait M. de Nogent : ce qui montre que cette terre n'était Point entrée dans leur famille par le mariage de M. de Bautru.
Stravit, iterque dedit legionibus ire per allum , .
Lumine ademplo animam udit,
Scipiades belli fulmen, Carthaginis horror ,
Ossa dedit terræ proindè ac Jamul infimus essekt.
Adde repertores doctrinarum aique le; orum,
Adde Heliconiadum comiles , quorum unus
* Homerus Sceptra potitus eddem alis scpilu’ quiete est.