CO
moribundo corpore
SN Le Poe Jia D'ediontie d'a niie Vie Ua: vole le De, à
Tpse Epicurus obit decurso lumine vitæ ,
Qui geuusf humanum ingenio superavit, et umuis
Præstrinxerit stellas exortus li œtherius soL.
Tu verd dubitubis et indignabere obire
Mortua quoi vita est propè jam vivo, aique videnti ,
Qui somno partem, etc. (7).
-Disons de même aux petits particu-
liers qui se chagrinent des amourettes de leurs femmes : « Vous vous fâchez » d’une chose dont les plus puissans » monarques, les plus grands guer- » riers, les plus beaux esprits, les » plus savans et les plus zélés doc- » teurs, ne sont pas exempts. C’est » bien à vous à faire les délicats : ap- » prenez par ces grands exemples à » supporter patiemment votre infor- » tune.»
Permettez-moi de dire en passant que notre Malherbe s’est servi de la pensée de Lucrèce dans lépitaphe d’un prince.
Je suis poudre toutesfois ,
Tant la parqu- a fait ses lois
Egales et nécessaires ,
Rien ne m'en a su pdrer :
Apprenez, dmes vulgaires,
A mourir sans murmurer.
M. Ménage, sur ce! endroit de Malherbe, rapporte l’épitaphe de Marguerite d'Autriche, dont la conclusion est :
At vos plebeio de sanguine, quandd
F'errea nec nobis didicerunt fata, nec ullis Parcere nominibus, patientius ite sub umbras.
Jean Second est l’auteur de cette épitaphe. M. Ménage à parodié les vers de Malherbe au sujet d'un poëme épique (8).
Notons aussi en passant que l’on s'est servi d’une semblable moralité pour apprendre à tous les hommes qu'ils ne doivent pas se plaindre d’étre sujets à la mort. Les plus grandes
(7) Lucret., Lib. IIT, sub. fin. Voyez Bex-
nier , Abrégé de Gassendi, om. VIT , pag. 27, édition de 1684. ù
(8) Voyez ses Observations sur Malherbe, pag. 521.
villes périssent, leur a-t-on représenté, et nous sommes assez hardis pour trouver étrange que l’homme meure !
Ex Asid rediens, cm ab Ægind Megaram versùs navigarem, Cœpi reglones circumocirca prospicere. Post me erat Ægina, antè Megara , dextrd Piræeus, sinistré Corinthus : quæ oppida quodam tempore florentissima Juerunt , nunc prostrala et diruta ante oculos jacent. Cœpi egomet mecum sic cogitare : Hem, nos homunculi indignamur, si quis nostrm interiit, aut occisus est, quorum vila brevior esse debet , oùm uno loco tot oppidim cadavera projecta jaceant (9), Le Tasse a fort bien copié cette pensée :
Giace l'alta Cartago : a pena i signi
De l’alle sue ruine il lido serba.
Muoiono le cilia, muoiono i regni.
Cuopre i fasti, e le pompe, arena ed herba:
E l’'huom d’esser mortal par che si sdegni.
O nostra mente cupida e superba (10)!
Consultez l’Entretien XXX de Balzac, vous y trouverez en vers latins une belle imitation de cette pensée; mais vous n’y trouverez pas ces paroles de Rutilius :
Non indignemur mortalia cerpora solvi.
Cernimus exemplis oppida posse mori (xx);
Ni ces vers d’Ausone :
Miremur periisse homines ? monumenta fatiscurt , Mors etiam saxis marmoribusque venit(12).
Scarron , qui donnait un air burles- A à $ 7 a
que à toutes choses, n’a pas épargné
celle-ci. Voyez le fameux sonnet qui
commence par
Superbes monumens de l'orgueil des humains, Pyramides , tombeaux , dont la vaine structure,
et dont les six derniers vers sont
Par l'injure des ans vous êtes abolis ,
Ou du moins la plupart vous êles démolis.
IL n'est point de ciment que le temps ne dissoude.
. Si vos marbres si durs ont senti son pouvoir , © Dois-je trouver mauvais qu'un méchant pourpoint not, ; ;
Qui m'a duré deux ans, soit percé par le coude ?
N'oublions pas les petits auteurs : 1ls doivent, et moi tout le premier, faire
(9) Servius Sulpicius, Epist. ad Ciceronem.
C'est la V®. du [V®. livre ad Familiares, pag. 193, 194.
(10) Gierusalem. del Tasso, canto XF.
(5) Rutilius Numatianus, Itiner., lib. TI, vs. h13.
1 (12) Ausonius, Epigrammate XXXV , pag. 30.
BAUTRU
quelque usage de cette moralité. Les fautes qui leur échappent peuvent devenir vénielles, par la raison que les écrivains les plus illustres et les plus savans, les Scaliger et les Saumaise, ont fait beaucoup de bévues. Si de tels auteurs se sont trompés fort souvent, ne doit-on pas se consoler de ses méprises, quand on est d’un rang vulgaire daus la république des lettres? Ils doivent faire à l'égard des autres auteurs ce que fit Carthage à l'égard des autres peuples. Post Carthaginem vinci neminem puduit (13) :
personne n'eut honte d’être vaincu , après que Carthage eut été vaincue.
C'est ce que je disais dans le projet de ce dictionnaire (14). Notez que l’on ne doit pas prétendre que je ruine ici ce que je disais en cet endroit-là, et que j'avais étalé plus amplement en un autre endroit (15), que les grands auteurs sont les plus sujets à faire des fautes. Cela est très-vrai à .
certains égards ; et néanmoins leurs méprises peuvent servir de consolation et d’excuse aux écrivains du tiers état. Mais il n’en faut pas abuser : il faut tendre le plus qu’on peut à la perfection.
(C) ZI mourut.…, à proprement parler, sans confession.] Ma preuve se trouve au Ménagiana : « M. de Bau- » tru avait environ soixante et dix- » sept ans lorsqu'il mourut. Il venait » me voir fort souvent, deux ou trois » ans avant sa mort, aux Jours de la » Mercuriale. J'étais chez un de mes » amis lorsqu'on me vint dire qu’il » était tomhé en apoplexie. Je cou- » rus pour le voir, mais il avait déjà » RE connaissance, Ce fut le père » d’Harrouys qui fut appelé pour le » confesser. Lorsqu'on lui eut dit le » sujet pour quoi il était venu : Je » ne VOUS connais pas, et vous ne me » connaissez pas aussi, mon père , lui » dit-il d’une parole fort embarras- » sée, cependant il faut que je vous » dise ce que j'ai fait de plus secret.
» Je le vis mourir. Ainsi ce que l’on » dit qu'il me cita n’est point vérita- » ble. Il mourut, pour ainsi dire, sans » parler, et même sans confession. Il
(13) Florus, Ub. IT, cap. VII.
(14) Vers la fin du paragraphe II. Voyez-le à la fin du XVN®. volume de cette édition.
(15) Dans les Nouvelles Lettres contre Mairebourg, pag. 24 et suiv.
La
BAUTRÜ.
» se confessa bien, si l’on veut que » la confession se fasse par interprè- » te. Comme il balbutiaït, un laquais » expliquait au confesseur ce que le » maître voulait dire. Je laisse à pen- » ser quelle confession c'était là (16). »
Si l’on demande pourquoi son confesseur ordinaire ne fut point appelé, il faudra peut-être répondre : C’est parce qu’il n’en avait point. Il était apparemment de ceux qui se conduisent à l’égard du sacrement de Pénitence comme envers celui de l’'Extrême-Onction : ils les renvoient tous deux au lit de la mort.
(D) ZE avait été peu dévot: | C’est ce que l’on peut inférer de ce que je viens de dire’, qu'il n’y avait nulle connaissance entre lui et le confesseur qui le prépara à la mort. Mais que veut-on de plus exprès que le témoignage de M. son fils? « Après la » mort de M. de Bautru, quand on » voulut vendre sa maison , il se trou- » va que la chapelle était en désor- » dre et en ruine. J/ ne faut pas s’en » étonner, dit M. de S.... (17). 4. de » Bautru se souciait aussi peu de sa » chapelle, qu’il avait soin de sa cui- » sine et de sa bibliothéque (18). » S'il gardait re apparences , ce n’était que pour le decorum : à peine se laissait-il effleurer par les exercices de religion : £tant allé faire une retraite à Saint-Lazare , on lui donna a méditer sur l'endroit de la passion qu’il croirait le devoir le plus toucher : il s’'attacha fixement aux trois des (19) : c’est-à-dire , à l’endroit où il est dit que les soldats jetérent le sort sur les habits de Notre-Seigneur.
Il aimait fort le jeu (20).
(E) .…...et très-sensible aux injures conjugales à certains égards. ] Voyez dans la remarque (B) le procès qu’il intenta à sa femme, et la dure punition qu’il fit porter au valet eomplice. N'est-ce pas être bien sensible à la disgrâce du front? mais d’ailleurs, il prit bientôt le parti de s’en moquer, et d’en rire comme les autres : il disait quelquefois : #3 les Bautrus sont
(16) Ménagiana, pag. 104 de la seconde édiäüon de Hollande.
(17) C'est-à-dire Serrant , comme dans la première édition, pag. 59.1
(18) Ménagiana, pag. 105.
ù (19) Ménagiana , pag. 97 de la première édi- {ton
{20) La méme.
cocus, ils ne sont pas des sots (21);
C'était le plus fin expédient qu’il pou :
vait choisir (22); car si un railleur
comme lui eût fait le rétif, le morne,
le sérieux sur cette aventure domesti-
que , on aurait trop ri à ses dépens.
Ët, aprés tout , il en pouvait plaisanter tout à son aise, puisqu'il n’avait pas toléré la faute : il n’y a que le cocuage volontaire que l’on puisse justement reprocher , soit dans le sérieux, soit en raillerie. Z£ est surprenant , dit M. Ménage (23), que pendant quarante ou cinquante ans M.de Bauiru ait rempli toute l'Europe de ses railleries et de ses bons mots, pendant qu’il y avait tant de choses à dire contre Lui. Risum fecit , sed ridiculus fuit. Je ne sais où j'ai lu cela: la hardiesse l’emporte sur beaucoup de choses (24).
(21) Ménagiana, pag. 104.
(22) Voyez ci-dessus le commencement de la remarque (B) de l'article d'Acésiraus IT.
(23) Ménagiana, pag. 200 de la première édition.
(24) On a cité ces paroles dans la seconde édition, pag. 105, sans dire de qui est ce latin. Il est de Quinulien, Institut. Orator., Lib. VIT, cap. I.
BAUTRU (Nicoras), frère du précédent, et capitaine de la porte, a été connu sous le nom de comte de Nogent(A). De son mariage avec Marie Coulon, sœur de Jean Coulon , conseiller au parlement de Paris, sont sortis cinq enfans : [. ARMAND BAUTRU, comte de Nogent, capitaine de la porte, lieutenant de roi d’Auvergne , maître de la garde-robe, et maréchal de camp, lequel fut tué en 1672, comme il passait le Rhin à cheval et à la nage (B). Son corps fut trouvé quinze jours apres, dans le Rhin, à trois lieues au-dessous de Tolhuis , où le. passage se fit.
Ce comte avait épousé Diane Charlotte de Caumont de Lausun, sœur du marquis de Lau-— sun, qui à été capitaine des gardes du corps, et gouverneur
de Berri, et a eu l'honneur d’être accordé avec mademoiselle de Montpensier , fille de Gaston de France, duc d'Orléans, et petite-fille de Henri-le-Grand.
IT. Nicoras BAUTRU, marquis de Vaubrun (C), lieutenant général des armées du roi, et gouverneur. de Philippeville. Il épousa Marguerite Bautru (a), qui était sa nièce à la mode de Bretagne, et fut tué en 16-5, à la bataille qui se donna au delà du Rhin, peu de jours apres la mort du maréchal de Turenne. IIT. Louis Bavrru , appelé le chevalier de Nogent, mestre de camp de cavalerie. IV. Mare BauTRu, femme de René de Rambures, marquis de Rambures. De ce mariage sortit un fils en la personne duquel la maison des sires de Rambures a fini à l'égard des mâles. V. Crar- LOTTE BAUTRU, femme de Nicolas d’Argouge, marquis de Rannes, cornette des chevau-légers de la garde, et colonel général des dragons de France (b). Il fut tué en Allemagne, au mois de juillet 1638 (c). Il était lieute-
nant genéral. Sa veuve:s’est re
mariée à Jean-Paptiste-Armand de Rohan, prince de Montauban, fils de Charles de Rohan, duc de Mombazon (d).
(a) Petite-fille de M. Bautru le bel esprit.
(b. Cet article a été tiré. de M. Ménage, Remarques sur la Vic de Guillaume Ménage, pag. 377:
(c: Mercure Galant,
(d) Ménage, Remarques sur la Vie de
Guillaume Ménage , pag. 56,
(A) IT a été connu sous le nom de comte de Nogem. | Ce comte a été Vun des patrons de Sorbière , comme il paraît par la XX£. lettre de cet auteur , où il le prie de faire valoir l’é-
BAUTRU
loge qu’il avait fait du cardinal Mazarin. Cela paraît encore mieux par la lettre LXXXT, où il le remercie de Vargent dont son éminence l'avait gratifié. Je cite ces lettres , afin que ceux qui désirent connaître les gens par des témoignages publics satisfassent leur curiosité. Ils peuvent voir aussi la lettre XLVII. Le HMénagiana contient des choses curieuses qui concernent M. le comte de Nogent. IL « arriva à Paris n'ayant que huit » cents livres de rente, et il en avait » cent quatre - vingt mille lorsqu'il » mourut. Le premier jour qu’il pa- » rut à la cour, il porta le roisur » ses épaules , pour le passer par un » endroit où il y avait de l’eau. C’é- » tait aux. Tuileries. M. de Nogent » était un homme admirable pour re- » mettre les conversations languis- » santes. Un jour, étant au cercle de » la reine-mére Anne d'Autriche, et » voyant que la conversation était » cessée, et qu'il y avait déjà quel- » que temps que n1 la reine, n1 les » dames, parmi lesquelles madame » de Guimené était, ne disaient mot :
» {V'est-ce pas, madame, dit-:l in- » terrompant le silence, et s’adres- » sant à la reine, une grande bizar- » rerie de la nature, que madame de » Guimené «t moi soyons nés un mé- » me jour, et à un quart d'heure l'un » de l’autre, et cependant qu’elle soit » si blanche, et moi si noir (1)? »
Ceux qui ont l’adresse qu’il avait de remettre Les conversations languissantes, sont d’un grand seconrs dans le monde, car puisqu'aux cercles mé:
mes des reines de France, on tombe dans une espèce d’assoupissement qui n’est guère moins fâcheux à la compagnie que le calme et la bonace aux sens de mer, on peut croire qu’une infinité d’autres assemblées sont sujettes à ces sortes de défaillances. Quel plaisir donc:n’est-ce pas qu’il s’y rencontre quelqu'un qui soit toujours prêt à rejeter une balle, afin qu'on ne puisse pas dire comme ces dames du Ménagiana , Z! pleut ici de l'ennui à verse ? Mais je m'étonne que le comte de Nogent, doùé de cette vertu , ait été aussi faible que M. Ménage le représente contre les te de lAngeli. « Un jour, au dîner du roi, l'An-
(1) Ménagiana, pag. 41 de la seconde édition.
BEAUCAIRE
» gel dit à M. le comte de Nogent :
» Couvrons-nous : cela estsans con- » séquence pour nous. M. le comte de » Nogent en eut un tel chagrin que » cela ne contribua pas peu à le faire » mourir (2). » Dans la première édition, on a dit cela de M. de Bautru , frère aîné du comte de Nogent. Il est vrai qu’au lieu de dire que cela contribua beaucoup à sa mort, on dit seulement qu’il en eut un furieux chagrin. [1 aurait été à souhaiter que M. Ménage eût pu corriger lui-même le Meénagiana.
(B) Armano Baurru… futtiuéen 1672, comme il passait le Rhin à cheval et à la nage.] La nouvellistes de ce tempslà fivent savoir au public que ceux qui croyaient que ce comte avait élé noyé sans avoir élé blessé, et que son cheval avait été cause de sa mort, se trompaient , puisqu’après avoir trouvé son corps, on reconnut qu'il avait élé tué d’un coup de mousquet à la téte.
Ils firent savoir aussi que son corps Jut inhumé dans la grande église de Zevenart. Le marquis de Biron épousa en 1686 une fille de ce comte de Nogent (3).
(C) Nicoras BauTru , marquis de V’aubrun. | C’est celui de toute la famille qui paraît avoir eu la plus grande liaison avec Sorbière. Les lettres imprimées de cet auteur en font foi, comme aussi sa relation d’un voyage d'Angleterre. Par la lettre qu'il lui écrivit le 8 d'août 1657 (4), on apprend que ce marquis était mestre de camp général des carabins de France, et d’une valeur extraordinaire; mais que cela ne l’empéchait pas d’aimer les bons livres : J'attends, lui dit-il, le bonheur de vous revoir l'hiver prochain à Paris, dans cette chambre du Louvre où je vous ai si souvent trouvé sur votre Tacite, tandis que les autres courtisans que je venais de quitter employaient lamatinée à poudrer leurs cheveux , et à nouer des rubans. C’était un officier de guerre fort actif :
les disputes qu’il eut avec le comte de Lorge, après la mort du maréchal de Turenne, pensèrent être funestes aux Français.
(2) Ménagiana, pag. 345.
(3) Mercure Galant de 1672, tom. III.
(4 C'est la XLVTI®. Voyez aussi la LVIITe.
BEAUCAIRE DE PEGUILON
(Francois), en latin Belcarius
Peguilio , évêque de Metz, a été un fort habile homme dans le XVI. siecle (A). Il sortait d’une des plus anciennes maisons du Bourbonnais, et il fut un des premiers gentilshommes de sa nation qui s’attachèrent solidement à l’étude des belles-lettres.
Le progres qu'il y fit obligea Claude de Lorraine, premier duc de Guise, à le choisir pour précepteur du Cardinal de Lorraine son second fils. Beaucaire s’acquitta si heureusement de cet emploi *, qu'il en reçut de la cour de France des applaudissemens qu'il n’attendait pas.
Il accompagna le cardinal de Lorraine à Rome, et y eut des conférences avec Paul Jove, évé-
ue de Nocere, qui ne l’empé- Cherent pas depuis de réfuter les égaremens historiques de ce prélat. À son retour d'Italie, le cardinal de Lorraine lui procura l’évêché de Metz (B) : il lé mena ensuite au concile; et ce fut devant cette célèbre assemblée, que Beaucaire prononça la ha rangue (C), qui se trouve au bout de son XXX°. livre (a) : car :1l faut savoir qu'il écrivit en latin unèê Histoire de son témps, qui est estimée. [l commença d’ travailler lorsqu’en 1568 il eut cédé l’évêche de Metz au cardinal Louis de Lorraine (D), et se fut retiré dans son château de la Chrete en Bourbonnais. Il la conduisit depuis l’année 1462, jusques en l’année 1567, et cessa
* Du désaveu rapporté par Bayle dans sa remarque (G), Leclerc conclut contre ce que Bayle dit ici.
(a) Tiré de la Préface du Louis XI de Varillas. |
d'y travailler Van 1588. Il était alors dans sa soixante-quinzième année (b); car il naquit le quinzièeme avril 1514 (c). Il avait dessein de continuer (d), mais apparemment les incommodités de la vieillesse ne le lui permirent pas. Il n’eut point dessein de publier cet ouvrage (E) : 1l craignait d’avoir dit des vérités qui pourraient faire de dangereux ennemis. Ce fut Philippe Dinet, sieur de Saint-Romain (e), qui, ayant trouvé cette Histoire dans la bibliothéque de l’auteur au château de la Chrete, la fit imprimer à Lyon, l’an 1625 ( f).
On dit que Beaucaire mourut le 14 de février 1591 (g). C'était un homme fort propre à dresser les décisions d’un concile (F); car il savait si bien ménager les termes, que les disputans que lon voulait contenter y trouvaient leur compte. La manière , dont il opina un jour sur l'autorité épiscopale, ne plut point aux flatteurs de la cour de Rome, et l’on dit même qu'il en fut censuré par le cardinal de Lorraine (G), qui nia qu'il eût jamais été son disciple. Je renvoie à M. Moréri pour d’autres choses que je ne dis pas.
Je crois qu’il y a de l’hyperbole dans ce grand nombre d’ouvrages qu'il attribue à Beaucaire, et un peu de confusion dans les titres qu’il rapporte(H). Le cardinal Pallavicin a loué Louis XJIT,
(b) Belcarius , in fêne lib. XXX.
(c) Idem , in præfatione Historiæ.
(d) Idem, in fine lib. XXX.
(e) IL avait été gouverneur du duc de Longueville, et puis son envoyé en Suisse, sliverses fois.
(f) Dans l'avertissement du libraire.
(g) Spondanus, ad ann. 1566, nm, 34.
BEAUCAIRE
d’avoir trouvé bon qu’on lui dé— diât un livre, où les alliances de François I. avec les Turcs sont censurées fort librement (h).
Ge livre est l'Histoire de France composée par notre évêque de Metz. Il avait un frère, nommé JEAN , qui avait été élevé auprès du connétable de Bourbon (5), et qui eut un fils tue à la bataille de Dreux, et une fille mariée à Sébastien de Luxembourg, vicomte de Martigues (1).
(2) Pallavic., Histoire du Concile de Trente, div. PV, ch. 1°*. , num. 3.
(&) Belcarius , ir præfatione.
(A) Il vivait duns le XVIe. siècle.] Konig le fait vivre l’an 1625. Res Gallicas , dit-il, anno, 1625 in litteras redegit. C’est un mensonge. Son histoire, à la vérité, fut imprimée à Lyon, l’an 1625; mais il y avait long temps qu’elle était faite. Les biblio.
graphes tombent souvent dans la faute que je viens de remarquer.
(B) Le cardinal de Lorraine lui procura l'évéché de Metz. | Quelques-uns disent qu'il n’était qu’un Custodinos , et que le cardinal de Lorraine ne lui conféra cette prélature que quant au titre. On ne sera pas fâché de trouver ici tout ce que Théodore de Bèze a conté sur ce sujet : Ên ce mesme temps (1) , dit-il (2), Charles de Lorraine , cardinal et évesque de Mets, le plus grand ennemi qu’eust la religion, se démit de l’évesché de Mets, de quoi ceux de la religion se resjouissoient grandement. Mais comme il n'estoit aucunement vraisemblable qu’un tel homme, estant des plus ambitieux et avaricieux de son estat qui Just au monde, quittast volontairement un si gros morceau, il se trouva incon-" tinent que ce bon hypocrite n'avoit
Jait autre chose sinon résigner son ti-
tre d’évesque, comme faisant conscience de tenir tant de crosses en ses mains, et cependant s’estoit réserve tout le temporel. Cest évesque titulaire se nommoit Peguillon, l'un de ses pro-
(1) C'est-a-dire , environ l'an 1556. ” (2) Bèze, Histoire ecclésiast. , div. XWT, pag. 439.
BEAUCAIRE
thonotaires , homme de quelques lettres, mais mal versé en théologie, le ” quel, accompagné de deux autres évesques, à savoir de Thoul et de Ver- - dun, tous deux de mesme estoffe que lui, venu à Mets, esitonna quelque peu ceux de la religion, estimant qu’ils Jussent venus comme inquisiteurs avec quelque grand pouvoir de les persécuter, qui fut cause que plusieurs s’absentèrent de la ville. Mais Dieu détourna celte tempeste , et se contenta Peguillon de faire un petit livre en latin touchant La sanctification et le batesme des petits enfans, auquel il Jut bien-tost après respondu : et par ainsi ceux qui s’estoient absentez rentrérent sans qu'on leur dist mot. Mais ces évesques en rapportérent un sou-
briquet qui leur fut donné par ceux de.
leur religion mesmes , qui les surnommèrent évesques de caresme-prenant , pource ( disoient-ils ) qu’ils estoient maigres comme caresme, n'ayant qu'une petile pension. assignée sur l’évesché dont ils avoient letitre, mais Le cardinal estoit le prenant, Voyez cidessous la remarque (D).
(C) .®..… et le mena au concile de Trente, où il prononça une harangue.] fl la prononca le jour que les pères du concile choisirent pour rendre gr4ces à Dieu de la bataille de Dreux (3).
Les deux historiens de ce concile conviennent de l’éloquence de ce prélat (4) : mais Pallavicin, qui ne donne pas un si long extrait de la harangue, est plus prolixe que Frà-Paolo sur les louanges de lorateur ; et il remarque même que Beaucaire avait perdu son neveu dans cette bataille. Belcarius episcopus ]Metensis , vir eloquentit præclarus, victorum laudes celebravit magnificé oratione ad synodum | publicæ felicitati gratulatus in luctu domestico, quippe qui Gilbertum Belcarium sui fratris filium amiserat in conflictu , atque hæc omnia eleganiti quam scripsit historiæ (*) consignata posteritati tradidit (5).
(D) IL céda l’évéché de Metz au cardinal Louis de Lorraine. | Quand le cardinal Charles de Lorraine lui
(3) Le 9 de janvier 1563.
(4) Voyez le père Paul, Liv. VII , pag. G30 de la version d'Amelot, édition d'Amsterdam , en 1686. 6
(°) Lib. XXX, à num. 6 ad 10.
(5) Pallavic. , Gb, X1X, cap. X, num, 5,
céda cet évêché , il se réserva le droit de retour ou de réversion : Regressum, ut Romani pragmatici vocant, sibi exceperat (6), mais ce ne fut point pour lui-même qu'il se servit de ce droit.
L’évêché de Metz demeura entre les mains de Beaucaire depuis l’an 1555, jusqu’en 1568 (7). On a faussement débité dans l’avertissement au lecteur , à la tête de son histoire, qu’il avait suivià Trente le cardinal Louis de Lorraine, auquel il céda sa mitre.
Il est certain qu’il la lui céda (8 ) ; mais ce fut le cardinal Charles de Lorraine qu’il suivit à Trente. Il était à Rome au mois de novembre 1555, lorsque le pape le bulla évêque de Metz. Je l’infère de ce qu'il dit, qu’il admira l’éloquence avec laquelle ce pape lui représenta les devoirs de l’'épiscopat. Mense novembri Paulus me pontificatu Metensi cedente Lotharingo cardinale donavit , ac quüum illi gratias agerem me met offici admonendo , et commissum populum commendando , facund& in primus et satis prolix& oratione respondit, ut tam expeditam in homine sene et in multis negotüs versalo eloquentiam admirarer (9). Après sa démission , il se retira chez lui, et s’enfonca dans l'étude. Quum...… post decimum terlium ex quo id munus suscepissem annum, Metensi pontificatu defunctus essem , eoque cessissem , et me ab hominum frequentié subducens in christianum fundum (10) paratum senecluti jam dudum inter nostros Boios studiorum meorum domicilium secessis :
sem, ne omnind oliosum vilæ exlrer mum tempus traducere viderer , Commentarios rerum Gallicarum scripsi (ar).
(E) Z{ n'eut point dessein de publier son Histoire. Il le déclare lui-même.
Hos ( Commentarios ) me editurume non profiteor : lateant in christianä (12) nosträ bibliothecé | donec tuto exire possint : verè nec in Cujusquam gratiam aut odium scripsisse confirmo (13). Voilà ce qu'il dit dans sa pré-
(6) Belcar. , lib. XXVT, num. 6.
(7) Belcarius , sub fin., lib. XXX.
(8) Tdem , ibidem.
(a) Belcar. , lib. XXVII, num.6, ad ann.
(xo) La terre de la Chrète.
(11) Belcarius, in Præfatione.
(12) De la Chrète,
(13) Belcarius, ë7 Præfalione.
face ; et voici ce qu'il dit en finissant : Maiuro judicio ne in mulitorum odia incurrerémus, veritas enim odium parit, ut inquit poëla comicus , non statim edendos judicavimus. I est fort violent coutre ceux de la religion ; mais ce n'est point à cet égard que la crainte d’oflenser plusieurs personnes le fit renoncer à la lumière publique.
(F) Z{ était fort propre à dresser les décisions d’un concile. ] Le père Paul rapporte les embarras où les pères du concile se trouvèrent sur les Questions du mariage. « Le premier » chapitre des abus portant le réta- » blissement des bans ordonnés par » Innocent II[..... fut touché et » retouché plusieurs fois ...; mais » toujours avec si peu de succès, que » la dernière correction était tou- » jours la pire. Entre autres choses, » on changea un point déjà établi, » qui était que tout mariage fait en » présence de trois témoins fût bon.
» Et, au lieu de l’un des témoins, » l’on mit que tous les mariages con- » tractés sans la présence du prêtre » fussent nuls ; ce qui rehaussait » infiniment l’ordre ecclésiastique. .… » Je n’ai point trouvé dans mes Mé- » moires , qui fut l’auteur de ce » grand avantage, niplusieurs autres » particularités que je n’eusse pas » manqué de raconter , si je les eus- » se sues. Cependant je ne saurais » frustrer Francois de Beauquerre , » évêque de Metz, de la gloire qui » lui est due : car ce fut lui qui, » voyant l'impossibilité de concilier » des sentimens si différens , donna à » ce décret la forme où 1l est, la- » quelle véritablement souffre divers » sens ; mais qui aussi s’accommode » admirablement. à la diversité des » opinions (14). » Voici ce qu'on trouve dans les Annales de Sponde :
In quo decreto ad formam reducendo guæ probaretur et in sessione. promulgaretur , cum patres valdè perplexi essent , Franciscus Belcarius , episcopus Metensis , vir pius doctusque et acumine ac maluriltate ingenit præstans, eam composuit quæ publicé conspicitur , ceteris comprobantibus (15). Si quelqu'un m'’objecte qu'un
(14) Fra-Paolo, Histoire du Concilede Trente,
iv. VIII, pag. 730, à l'ann. 1563.
(15) Spondanus, ad ann. 1563, num. 39.
BEAUCAIRE
homme qui saurait former un décret avec tant de netteté, que tous les lecteurs ÿ pourraient connaître que l’on y condamne cela et cela, et que l’on n’y approuve précisément qu’une telle chose, serait plus propre que Beaucaire à dresser les décisions d’un concile , voici ma réponse. Je conviens qu'un tel homme serait plus propre à cette fonction; et le seul qui y serait propre, si les assemblées synodales pouvaient ou voulaient sacrifier à la vérité et à la droiture les vues humaines , et les intéréts de la prudence politique; mais comme ceux qui composent ces assemblées n’ont pas, ou assez de vertu pour ne travailler qu’en faveur de la justice, ou assez de foi pour espérer que
la bonne cause trouvera dans la pro-
tection de Dieu de quoi se passer du secours de la politique , il n y a point de gens qui leur soient plus propres que ceux qui savent dresser des actes pleins d’obliquités , et d’où les divers partis puissent remporter chacun sa pièce. En tout cas, on ne me saurait nier que l’évêque dont je parle ne fût un vaisseau d’élite pour le page ; puisque lon avait pour but dans ce concile de ménager toutes les factions de l’école. « Qui n’admirera la prudence » de ce concile * ? On nous avoue ici » fort ingénument (16), que sa dis- » position a été de mesurer tellement » ses décisions, et d'en choisir et limer » tellement les termes | qu’elles ne » donnassent aucune atteinte aux dif- » férens sentiniens de l’école; sur » lesquels les docteurs catholiques » étaient d'ailleurs très-partagés. On » ajoute qu'il était en effet de la pru- » dence du concile de ne pas exposer » l'église à de nouveaux troubles, par » les contestations fächeuses qui se:
» seraient élevées entre les théolo- » giens , Si on avait entrepris la dis- » cussion et la censure de leurs dog- » mes ; et qu'il paraît que c’est un » des articles sur lesquels le: pape » avait fait instance particuliere , » n'ayant marqué son penchant pour » rien de particulier, que pour Île
* Il faut, dit Joly, que la passion de critiquer soit bien vive, pour blâmer cette conduite du concile de Trente.
(16) C'est-à-dire, dans un livre fait par ur docteur de Sorbonne nommé M. Quéras , et imprimé à Paris, l'an 1685, touchunt la suffisance de l’attriion.
BEAUCAIRE
» ménagement des disputes des sco- » lastiques , afin de ne choquer au- » cune opinion sans nécessité, et de » réunir toutes les forces catholiques » contre les sectaires. Cela se prati- » qua si exactement, poursuit-on, » qu'on peut voir méme par les paro- » Fe dont on a composé les définitions, » que les pères du concile ont été > exacts presque jusqu’au scrupule à » chercher des termes qui ne blessas- » sent les sentimens ni des uns ni des » autres , en exprimant les vérités » qu'on déterminait. Si c'était Fra- » Paolo qui parlât ainsi, on pren- » drait uu tel discours pour une pe- » tite satire de la cour de Rome ; mais » c'est le cardinal Pallavicin qui le » dit ; et par conséquent il faut bien » croire que cela est vrai (19). »
(G) 22... fut censuré par le cardinal de Lorraine. ] Le cardinal Pallavicin ayant rapporté que cet évêque de Metz déclara qu’il croyait que les évêques recevaient immédiatement de Dieu leur autorité , et qu'ils n'étaient pas de simples délégués du pape , et que la puissance du pape n’est point illimitée, ajoute qu’en cela il franchit les bornes , hdc in re plurimüm ille cancellos transgressus est (18). « On » soupconna , poursurit-il , que cet » évêque et le cardinal de Lorraine, » s’entendaient , et qu'ils agissaient » de concert ; mais le cardinal ayant » su que l’on formait ces soupcons , » déclara qu'il n'avait jamais été le » disciple de Beaucaire , et le censura ». devant les ambassadeurs de France »et douze évêques, » Fama erat , hunc episcopum Lotharingi magistrum Juisse : et sanè intimam cum eo familiaritatem exercebat , atque ejus operd nobilem illam sedem acceperat. Undë suspicio fuit, eos concorditer se gessisse, el textum à discipulo obscurè propositum , fuisse dilucidatum à magistro interprelatlionis suæ claritate.
Sed cardinalis, hujusce famæ conscius, Gualterio negavit (*), se unquam Beauqueri discipulum fuisse ; cum quidem à se agnosci virum maxi-
(7) Ce passage est tiré des Nouvelles de la République des Letires, février 1686, art. Ier., pag. 127.
(18) Pallavicinus, Lib. XIX, cap. VI, num.
{*) Littera Gualterii ad Borromæum, 7 decembrés el sequentibus ann. 1562.
mæ lüteraturæ , sed minimi consilii.
Nec abstinuit, quin illum castigaret coram duobus: Gallis oratoribus , et duodecim episcopis (19). Ceux qui connaissent l’esprit de cour, qui était l’Ââme de toute la conduite de ce cardinal, ne feront pas grand fond sur ce qu'il dit quand il eut su qu’on le rendait responsable de l'opinion de Beaucaire. Il était bien homme à l’envoyèr sonder le gué , pour voir si l’on pourrait aire quelque chose qui plût à Véglise gallicane , et puis à le désavouer, quand il voyait que la cour de Rome s’en fâchait. Au reste, 1l ne serait pas impossible que Beaucaire eût été de peu de conseil et de conduite , comme l’on suppose que ce cardinal le déclara. Cela n'est que trop ordinaire aux gens d'étude.
(H) Ly a un peu de confusion dans les titres de ses livres que Moréri rapporte. ]1l dit que Beaucaire composa un Traité des Enfans morts dans le sein de leur mère. et un Traité contre les calvinistes. C’est déclarer nettement que le premier de ces deux traités ne combat point les dogmes des calvinistes : et cela est faux ; car ïl est destiné à combattre l’opinion qu’ils ont que les enfans des fidèles sont sanctifés dès le ventre de leur mère ; et qu’ainsi, quoiqu'ils meurent sans recevoir le baptême, ils ne laissent pas d’être sauvés. Le passage de Théodore de Bèze, que j'ai rapporté ci-dessus (20), nous apprend que l’on répondit à ce livre de Beaucaire. Un anonyme répliqua à cette réponse : sa réplique fut imprimée à Paris , l'an 1567 , in-8°.
(21) , avec le premier traité de Beaucaire (22) , et quelques autres. À proprement parler , les deux livres dont M. Moréri parle ne sont qu’un seul et même livre : il s’est donc brouillé en deux facons pour le moins. M. de Sponde remarque que Beaucaire publia en 15679 sa Dissertation contre le dogme des calvinistes , touchant la sanctification des enfans dans le sein
(19) Acta Paleotti, apud Pallavicinum, zbid., nuin. 6.
(20) Dans la remarque (B).
(21) Elle a pour titre : Anonymi Ant-Apologia contra Apologiam Metensium ministrorum nomine scriplam, po eversione Sanctificationis Calviniaræ, Ÿ,
(22) IL a pour titre : Contra Calvinianorum dogma de Sanctificatione Infantium in uteris maiTum,
des mères ; mais ce que j'ai rapporté ci-dessus montre manifestement que ce livre avait paru avant ce temps-là, et peu après l'installation de Beaucaire à la cathédrale de Metz. Or il obtint cet évêché au mois de novembre 1555, comme Je le dis dans la remarque (D).
11 faut donc dire que Beaucaire prépara une seconde édition de son traité , et qu'il ne la publia qu'en 1567.
1 y inséra des lettres interceptées à Chälons-sur-Marne , pendant la tenue du colloque de Poissy. Ces lettres étaient de Taflin et de Theodore de Bèze. Taffin, ministre de Metz, avait consulté les ministres du colloque de Poissy, surla question s’il fallait rebaptiser les enfans baptisés par une femme. On lui répondit que des personnes de beaucoup de jugement ne croyaient pas qu'il fallût le faire ; et qu’ainsi l’on avait jugé à propos de renvoyer la discussion de ce point à l’église de Genève , et à celle de Zurich (23).
M. Moréri débite que lAistoire de France par Beaucaire commence à Van 1460, et finit à l’an 1580 ; mais s’il avait consulté les auteurs qu’il cite , il aurait appris de M. de Sponde (24) qu’elle commence à l’an 1462, et finit à l’an 1666 : que l’auteur promettait bien de continuer, si Dieu lui donnait assez de vie pour cela ; mais qu'il n’a rien paru qui fût l’effet de cette promesse, quoiqu’on n'ait publié l'ouvrage qu'environ quarante ans après que Beaucaire l’eut achevé.
Le Catalogue d’Oxfort fait la même faute que M.Moréri : je ne m'en étonne point, puisque la préface du libraire contient cette erreur.
(D) Son frère Jean. eut... une fille mariée à Sébastien de Luxembourg , vicomte de Martigues. 1 Beaucaire parle de ce mariage, et dit que ce fut la reine Marie Stuart , femme de Francois If, qui le procura à sa nièce qu'elle aimait beaucoup (25). M. le Laboureur confirme cela. Sébastien de Luxembourg , dit-il (26), se maria moilié par inclination , moitié sur l’es-
(23) Clande de Saintes , Réponse à l'Apologie de Théodore de Bèze, citée pur Pratéolus, Elench. Haæres., pag. 97, 08.
(24) 4d ann. 1566 , num,34.
(25) Belcarius , Histor., Lib. XXVIII , num.
7e 69 Addit. à Castelnau, tom. IT, pag. 829, [A
BEAULIEU
pérance qu’il eut des bonnes gréces et de la faveur de la reine Marie Stuart, à Françoise (27) de Beaucaire, fille de Jean S.de Peguillon ,et fille d’honneur de cetle reine qui l'aimait infiniment pour Ses belles qualités. LL eut d’elle une fille unique , de laquelle elle administra les biens avec autant de soin et d'intelligence, qu’elle en eut pour l'éducation de cette riche et puissante héritière (28). Brantôme n’avait pas oublié ceci ; car il mit dansla liste des dames qui ont brillé à la cour de Catherine de Médicis madame de Martigues , dite avant mademoiselle de Villemontois, grande favorite de la reine d'Ecosse (29). M. le Laboureur dit que la demoiselle de Villemontois était Marie de Beaucaire,
fille de Jean, seigneur de Puy-Guillon,
sénéchal de Poitou (30).
(27) Son oncle, qui le devait bien savoir, la nomme Marie, div. XX VIII, num. 37, M. le Laboureur, mieux instruit, le lui donne ausst en un autre endroit. Voyez la fin de cette remarque. j
(28) Elle épousa en 1555 Philippe Émanuel de Lorraine, duc de Mercœur , frère de Louise de Lorraine, femme de Henri III.
(29) Brantôme, Vie des Dames illustres, pag.
à (30) Le Laboureur, Addit, a Castelnau, tom. IT. , pag. 318.
BEAULIEU (Louis LE Bzawc, SIEUR DE) ministre et professeur en théologie à Sedan , au XVII°.
siècle, a été un homme fort re— commandable par son érudition et par sa vertu. Il fit soutenir un grand nombre de Thèses de théologie , qui furent rassem— blées en un volume après sa mort, et imprimées en Angleterre. Le public en fut si content, que cette édition fut bientôt vendue : on en fit une autre au méme pays , l’an 1683 (a). On aurait vu à la tête de l’une ou de l’autre de ces éditions quelque préface qui eût traité de la vie de l’auteur, sil n’eñût pas été Français; car je ne vois guère
(a) C’est la troisième : la première est
celle de Sedan, in-° ; les deux d'Angleterre sont in-folio,
| BEAULIEU
que les Français, qui aient la négligence de laisser tomber dans l'oubli l’histoire ou la vie d’un parent illustre par son es— prit et par ses ouvrages. C’est à une semblable négligence qu'il faut imputer l'impossibilité où je me trouve de dire le temps et le lieu de la naissance de Louis le Blanc, le temps de sa promo tion au ministre, et à la profession en théologie, et telles autres circonstances historiques et chronologiques. Je ne puis dire autre chose, sinon qu’il mourut au mois de février 1675 *, et qu'il eut beaucoup de part à l'estime du maréchal de Fabert (b), l’un des plus grands génies de son siecle. On fit imprimer à Sedan quelques-uns de ses Sermons , l’an 1675. Ce n’est point là qu’il faut chercher le mérite le plus éclatant de l’auteur , en tant qu'habile homme, mais dans ses T'hèses. Il y traite avec une merveilleuse netteté d’esprit (A), et avec beaucoup de pénétration, les plus importantes matières de la théologie , et 1l s’attache principalement à écarter le malentendu qui a tant multiplié les controverses. [Il cherche l’état de la question , 1l débrouille les équivoques , et il fait voir qu'il y a bien des disputes que l’on croit réelles, qui ne sont que des disputes de mots. On ne saurait croire le tort que cela lui fit aupres d’une infinité d’ignorans , qui s’'imaginerent qu'il ne cherchait qu’à faire rentrer les réformés dans la communion romai-
* Il mourut, dit Leduchat, le 3 des calendes de mars (27 février) 1675. Son épi taphe se trouve dans la lettre de Bayle à Mi-
nutoli, du mois d'avril 1675.
(b) IE était gouverneur de Sedan,
ne (B). Ceux qui connaissaient sa vertu et sa piété n’avaient garde de le soupçonner de cela : ceux qui étaient capables de bien ju ger de ses thèses ne l’en soupçonnaient ‘point non, plus ; mais combien y avait-il de gens dans les provinces éloignées , auxquels il n’était connu que parce qu’ils avaient oui dire, qu'il montrait qu’en certaines choses les théologiens des deux partis n'étaient pas aussi éloignés les uns des autres qu’on le croyait? ces genslà, soit par la crainte de voir diminuer les sujets de division , qu'ils auraient mieux aimé que l’on augmentät , soit par la mauvaise coutume ou d'interpréter les choses en mal, ou de croire témérairement ceux qui donnent un méchant tour aux actions de leur prochain , se représentaient M. de Beaulieu comme un fauxfrère, qui travaillait au grand dessein de réunir les églises, duquel le cardinal de Richelieu s’était entêté (C). La pénétration de ce professeur l’obligea à éviter certains termes de la commune traditive, qu’il trouvait un peu incommodes. Il le fit en particulier dans la matiere de la certitude du salut. Cela donna lieu à une querelle que lui fit M. Arnauld (D). M. de Beaulieu n’eut
oint d’enfans : sa veuve, qui était une femme fort éclairée et fort vertueuse, a témoigné une constance héroïque dans la derniere persécution (c). On n’a jamais pu la contraindre à la moindre signature ; de sorte qu’après bien des vexations qu’on lui fit souffrir , elle mourut sans avoir
(c) M. Quick en parle dans ses Prolégomènes du Synodicon in Gallià reformatä.
donné aucune atteinte à sa profession. M. le Blanc, conseiller au présidial de Sedan , frère de M. de Beaulieu , a tâche deux fois de se sauver en Hollande depuis sa signature ; mais 1l a été attrapé sur les chemins, et ramené en son pays (d).
M. de Peaulieu a été mêlé
dans la querelle de deux minis-
tres français , qui ont disputé entre autres choses sur le principe de la foi. Ce que je cite de leurs écrits pourra servir à faire connaitre ses sentimens et son caractere {E); et par conséquent ne sera pas une chose superflue.
Quelques-uns se persuadent qu’il y a beaucoup de malentendu dans cette contestation (F). On Va aussi attaqué sur sa doctrine touchant l’efficace du baptème Voyez l’ouvrage que je cite (e) , qui fut imprimé à Amsterdam en 1695; voyez-y, dis-je, le feuillet 5 de la préface, et le traité qui en fait la conclusion. Voyez aussi M. Saurin , aux pages 522, 550, etc. de son examen de la théologie de M. Jurieu. Au reste, je viens d'apprendre que M.
de Beaulieu naquit au Plessis Marhi (f), où son pere était mimistre , et qu’il mourut à l’âge de soixante ans et six mo1s.
(d) Le roi lui a remis la peine des galères, à laquelle il avait été condamné, pour avoir voulu sortir du royaume contre les défenses. Remarques sur la Confession de Sancy, pag. 555, édition de 1699
(e) Recueil de divers Traités concernant l'efficace et la nécessité du baptême.
(f) Seigneurie qui appartenait à M. du Plessis-Mornai.
(A) IT avait une merveilleuse netteté d'esprit. Y On en croira plutôt M. Nicolle que moi; je m'en vais donc citer un passage de ses Préjugés lésitimes contre les calvinistes. « Un de leurs » professeurs de Sedan, nommé Louis
BEAULIEU
» le Blanc , s’est particulièrement si- » gnalé sur ce sujet dans des thèses » de la Justification, qu'il y a fait » soutenir. Ce professeur, à qui l’on » peut donner cette juste louange » d’être un esprit extraordinairement » net, et trés-propre à déméler les » questions embarrassées par les diffé- »rens usages des termes , examine » dans ses thèses les principaux dif- » férens qui sont entre les catholiques » et les protestans sur cette matière, » et conclut sur tous les articles que » celle des catholiques est bonne , et » que les protestans n’y sont contrai- » res que de nom (1). » .
(B) Sa manière de débrouiller les équivoques...... fit croire à quantité d'ignorans.… qu’il ne cherchau qu'a J'aire rentrer les réformes dans l'église romaine. ] Ce ne sont pas seulement les esprits faibles, qui ont formé des soupcons contre M. de Beaulieu ; car voici ce qu'un habile ministre a publié : « Je respecte la mémoire de » M. le Blanc ; mais l'intérêt de la vé- » rité m'oblige à remarquer ce que » person mignore : c'est que ce » théologien a écrit d’une manière » qui a rendu son orthodoxie fort sus- » pecte. En voulant éclaircir les ma- » tières , écarter les disputes inutiles » ou qui ne roulent que sur des mots, » et ôter toutes les équivoques, il a » extrêmement rétréci les espaces qui » nous séparent de l’église romaine.
» Îl a presque réduit à rien des con- » troverses très-importantes ; et par » cette conduite, aussi-bien que par » sa grande douceur et par la forte in- » clination qu’il a toujours témoignée » pour la paix , il a donné lieu à bien » des gens de le mettre au rang des » latitudinaires....… (2). Le célèbre » M. le Blanc de Beaulieu, pour la » mémoire duquel on a d’ailleurs » beaucoup de vénération , n’est pas » un théologien dont il faille emprun- » ter la plume , pour décrire le senti- » ment des réformés sur les matières » controversées avec les papistes...……..
» [l'était un peu trop neutre dans la » querelle que nous avons à démêler » avec eux (3). » Hæc ille (Le Blanc,
(x) Nicolle , Préjug. légit., chap. XT, pag.
197, 108, édilion de Hollande , en 1683.
(2) Saurin, Examen de la Théologie de M. Jurieu, pag. 259.
(3) Là même, pag. 477.
BEAULIEU
pag. 796 , num. 56 ) qui laxus nimiun est controversiarum quas tractat arbiter , quo Jactum ut nimium partium adyersarum conciliationi intentus , à communi vid reformatorum sæpè discesserit (4)..
(C) On a cru qu’il travaillait au grand dessein de réunir les églises, duquel le cardinal de Richelieu s'était entété. ] Ces faux soupçons se fortifiérent lorsqu'il courat un certain bruit que le maréchal de Turenne, s'étant entêté de la réunion des religions, avait sondé ce professeur de Sedan, et en avait recu une lettre qui était montrée à tous les ministres que l’on tâchait de surprendre. Ce bruit n’était pas sans fondement ; car M. Jaquelot raconte , qu’en 1672 , l'agent, qui fut employé pour cette aflaire, vint à Vassi en Champagne... chargé d'un billet de créance signé Louis, d'une lettre de M. de Turenne à M. de Beaulieu professeur en théologie à Sedan, et d’une réponse de ce professeur a M. de Turenne... et des signatures des pasteurs de Picardie et de Champagne qu'il avait visités; mais il ajoute que cette réponse ne faisait aucun tort à la réputation de M. de Beaulieu (5). Notez qu’il rapporte (6) un acte du synode de l'Ile de France, qui met à couvert les ministres qui avaient donné des signatures. L’écrit , où il parle de toutes ces choses , est une lettre contre M. Benoît ministre de Delft, qui n’a pas manqué de répliquer , et qui, entre autres remarques, a fait celle-ci ,que les signatures des ministres les plus innocens contenaient cette restriction, et je promets d'y contribuer autant que je le pourrai, ma conscience sauve (5). Cette dernière clause , ajoute-t-il, prise de la lettre de M. de Beaulieu , était Le piége tendu à la simplicité des bonnes âmes... Îl est certain que trois sortes de personnes étaient entrées dans ce projet : 1°. des gens malintentionnés ; 2°, des gens sunples et de bonne foi; 3°. des gens sages et éclairés, mais
(4) Leydecker, Præfat. in Aphorism. Lud. de Dieu, sect. VI.
(5) Jacquelot, Lettre aux pasteurs et conducteurs des Eglises Wallonnes des Provinces-Unies, pag. 32. Elle est datée de la Haye, le 13 de septembre 1198.
(6) La méme, pag. 33.
(7) Benoît, Apologie présentée à MM. les conducteurs des Eglises Wallonnes, pag. 40.
éblouis ou par l'utilité apparente de la chose, ou par le nom de M. de Beaulieu , homme de grand mérite , mais d'une sincérité trop apostolique , pour se déméler des ruses du maréchal de F'abert , vieux courtisan, et qui ne se piquait pas de ne vouloir tromper personne |8). 11 y a là une petite méprise, car le maréchal de Fabert était mort depuis plus de sept ou huit ans lorsque ce projet fut proposé. M. de Turenne en était le promoteur.
(D) Sa manière d'éviter certains termes donna lieu à une querelle que lui fit M. Arnaud. |] Il laccusa d’avoir renoncé aux sentimens des calvinistes sur quatre chefs, dans la matière de la Certitude du salut (9). M. de Beaulieu publia une thèse particulière sur ce sujet, pour répondre à M. Arnauld.
Celui-ci a répliqué après la mort de son adversaire (10); un disciple et intime ami de ce dernier a répondu à la réplique de M. Arnauld (11): Jai comparé ensemble la réponse de ce disciple et la réplique de M. Arnauld :
mais je n’ai pas pu bien voir qui a tort * ou qui a raison : ce sont proprement des questions de fait, sur lesquelles on peut répandre de part et d'autre millé équivoques, et tous les artifices de la dispute. Il faudrait avoir plus de loisir que je n’en ai, pour approfondir cela. Je ne laisse pas de croire que si M. de Beaulieu avait fait lui-même son Apologie, sa cause eût été mieux défendue.
(E) ZL a été mélé dans la que: cile de deux ministres français... Ce que je cite de leurs écrits pourra servir & Jaire connaître son caractère.|] Commencons par un passage de M. Saurin:
il venait de dire que le nom de M. le Blanc est moins autorisé parmi nous,
(8) Là méme, pag. 4x.
(9) Arnauld , Renversement de la Morale, cité par Jurieu, Justification de la Morale des Réformés, iv. IF, chap. XIV, pag. 405, édit.
de la Haye, en 1685.
(10) Dans son livre intitulé, le Calvinisme convaincu de nouveau de dogmes impies , chap.
(11) Voyez la Justification de la morale des Réformés, div. WI, chap. XIV, pag. 306.
* Leclerc fait dire à Bayle qu’il n’est pas au fait de la dispute entre Beaulieu et Arnauid , et part de là pour lui reprocher d’en parler à l'article Gomarus ( remarque (D) }. Leclerc reconnaît au reste que Beaulieu fut plus équitable que la plupart de ses confrères envers l’église ro maine,
qu'il n’est célèbre (12) , et voici ce qu’il ajoute : Ce que M. Jurieu rapporte de M. le Blanc « est plus propre » à décrier sa doctrine, qu’à lui don- » ner du crédit : par exemple, n’est- » ce pas une belle manière de défen- » dre l'autorité de l’Ecriture, et la vé- » rité de la religion chrétienne, que » de dire (*) qu’il est nécessaire que » ce qui est le premier principe de la » foi ne se prouve point de soi-même, » et ne soit point prouvé par un autre » principe ; et que toutefois le prin- » cipe de la foi ne sait pas quelque » chose d'évident, parce que, tout de » mnéme que dans les disciplines hu- » maines il y a certains principes , qui » sont les premiers d’où dépendent tous » Les autres, qui ne dépendent ni » d'eux-mêmes ni d'autres principes, » il en est äinsi de la doctrine de la » foi. Ceux qui savent les élémens et » VA, B, C, de l’art de penser et de » raisonner, savent aussi qu'une pro- » position qui n’est pas claire par » elle-même, et qui n’est pas démon- » trée médiatement où immédiate- » ment, par une autre proposition » claire par elle-même, non - seule- » ment ne peut pas être un principe » ni de science, ni de foi; mais même » ne peut point passer pour une pro- » position véritable, pendant qu’elle » demeure dans cette obscurité..…, » M. Jurieu ajoute, après M. le Blanc, » qu'encore que l’E'criture, c’est-à-dire » la divinité de l’Écriture , ne soit pas » évidente par elle-méme, et ne se » puisse prouver elle-même , on ne doit » pas conclure quecen’est pasle premier » principe de la foi, et qu’elle doit » emprunter son autorité d'ailleurs » (13). Ces paroles ne font honneur, » ni à la droite Raison, ni à la Parole » de Dieu. La divinité de l’Ecriture » est évidente par ses caractères...
» M. de Beaulieu ne raisonne pas plus » juste, quand il repousse ainsi les ob- » jections que les ennemis du christia- » nisme font contre l’Ecriture Sainte.
» Quant à ces importunes interroga- » tions que l’on nous fait, d’où prou- » vez-vous que les Apôtres ont écrit » Leurs Livres par inspiration divine?
(12) Saurin, Examen de la Théologie de M. Jurieu, pag. 260.
(*) Pag. 24, col. 1.
-(13) Saurin, Examen de la Théologie de M. Jurieu, pag. 261.
BE AULIEU
» ÎVous répondons qu’on nous demande » une chose injuste ; savoir que nous » démontrions une chose indémon- » trable. Nous confessons donc volon- » tiers que nous ne pouvons pas dé- » montrer cela ; c'est-a-dire , le prou- » ver et le démontrer mathématique- » ment. Mais nous nions que de là il » s’ensuive que ces livres ne puissent » étre la règle première et certaine de » la foi, parce que c’est là le propre » des principes de la foi d’étre inévi- » dens (14). » Voyez dans le livre même de M. Saurin comment il réfute ces maximes.
. 1 faut mettre ici la réponse de M. Jurieu. C'est une chose curieuse, dit-il (15), de voir les fiertés , les hauteurs, les duretés, et les emportemens de ÎW. Saurin contre ce M. de Beaulieu, qu'il appelle ailleurs un très-excellent
omme. Mais ici, parce qu’il est du sentiment de M. Jurieu, et de toute l’église sur l’inévidence du principe de la foi, ilfaut qu'il soit d'une ortho:
doxie fort suspecte, qu’il ait favorisé le papisme , l'arminianisme ; qu’il soit grand latitudinaire ; qu’il ait sauvé le plus de gens qu’il a pu ; qu'il ait avancé des absurdités qui le rendent digne d'étre renvoyé a l'A, B, C; qu'ily ait de l’imprudence à se confesser son disciple. En vérité, on a peine à en croire ses yeux. Ici l’on reconnaît combien les vivans ont d'avantage sur les morts , comme le Sage nous le dit. Tel arrache la barbe du lion mort, qui n'eût osé l’approcher de mille pas quand il était vivant... Ceux qui ont connu feu M. de Beaulieu savent que c'élait l’homme du monde le plus ré-
servé à dire ses propres sentimens :.
Historien fidèle de ceux d'autrui, au moins autant qu’il le pouvait, mais très-réserve pour les siens propres ; ne se déterminant que pour les choses notoires et avouées de tous les théologiens. Tellement qu’il faut le croire insensé, pour s'imaginer qu’il s’est ouvert sur ces propositions, dont les dehors sont si fâcheux , s'il n’a pas été persuadé qu’il suivait le chemin battu.
Lui, qui faisait son étude de connaître Les sentimens de tous les théologiens, et qui souvent ne se déterminait pas sur le pour et le contre , aurait ignoré un (14) Li même, pag. 262.
(15) Jurieu, Défense de la Doctrine universelle de l'Eglise, pag. 3792, 373
Wa
» sur la matière de la
fait que M. Saurin aurait pénétré, lui qui n'a vu les grandes bibliothèques que par dehors ! Ou bien M. de Beaulieu aurait il été assez fou et assez méchant pour établir comme le sentiment public une impiété dont il aurait été l’auteur?
A qui M, Saurin espère-t-il pouvoir persuader cela? Ceux qui auront lu la première partie de cet ouvrage sur la question de fait, auront honte pour M. Saurin de sa témérité, puisqu'ils verront , que depuis Calvin , tous nos théologiens orthodoxes ont parlé comme M. de Beaulieu, et qu’il n’est ici qu'historien, comme presque partout.
Mais M. de Beaulieu n'a-t-il pas sur celte question des duretés qui lui sont particulières ? par exempie (*) , que les preuves, qu'on apporte de la divinite de l’Ecriture Sainte, ne sont pas
du rangde celles qu’on appelle, defi-
de, dans l’école : qu’elles ne sont point puisées de quelque principe de foi, ni d’aucune règle de foi; et que, par elles-mêmes, elles ne peuvent fonder un article de foi. Quelqu'un a-t-il dit cela ? Qui, on l'a dit. Calvin l'a dit en plus forts termes : il appelle sotte et impertinente La prétention de ceux qui veulent produire la foi par les caractères del’ Écriture (16). Ces preuves ne sont pas de celles qu’on appelle de foi... & L'autre accusation que l’on » fait à M. de Beaulieu (*?) , d’étre la- » titudinaire, d'élargir la voie du sa- » lut, et de sauver le plus de gens » qu'il pouvait, est aussi ridicule, » puisqu'elle est incompatible avec la » théologie dont M. Saurin lui fait » un crime (17). Il était des rigides grâce, et » croyait que le Saint-Esprit faisait la » certitude de la foi, sans moyen, » comme on vient de le voir.
» Cette accusation. . .
.. est unique-
..» ment fondée sur ce qu’il a expliqué
» l'état de quelques controverses au- » trement qu’on ne les concoit ordi- » naiïrement. Mais quand il se serait » trompé, ce serait une pure erreur » de fait : car jamais il n’a favorisé » aucune opinion relâchée , ni établi » l'indifférence des religions , ni la
(*2) Disput., tom. IF de S, Script., num. Q.
(16) Jurieu , Défense de la Doctrine univer- D CP > 379 ?) Saurin , pag. 309. à (15) Jurieu, Défense de la Doctrine de l'Eglise, pag. 381. »