BELLEAU. BELLEFOREST
Louvain. Il acquit sa première réputation pendant les sept ans qu’il enseigna la théologie dans ce lieu-là (97); et comme il était augustinien sur les matières controversées entre Baïus et ses antagonistes , il n’y a nulle apparence qu’il se soit Jamais fâché contre ce docteur pour le sujet que M.
Leydecker indique.
«(07) Nicius Erythræus , Pinacoth. I, pag. 85.
BELLEAU(Remr), poëte français au XVI°. siecle, naquit à Nogent-le-Rotrou. Je n’en dirai pas beaucoup de choses ; car M.
Moréri a déjà marqué presque tout ce que j’eusse pu recueillir.
Ce poëte mit en vers français les Odes d’Anacréon , et leur déroba une grande partie de leurs grâces , si l’on en croit quelques auteurs (a): mais d’autres sou— tiennent, qu’il égala l'original ; et que sl eùt aimé à boire, comme faisait Anacréon , il l’eût surpassé. Ne vous fiez pas beaucoup à cet éloge; car il est tiré d’une pièce de poésie qui fut faite par Scévole de Sainte-Marthe à la louange de la traduction française dont nous parlons (b).
Pasquier pense qu'en matière de gayetez Belleau fut un autre Anacréon de son siècle (c) (A).
Il joua l’un des principaux roulets dans la Cléopâtre, et dans la Rencontre de Jodelle, lorsqu'elles Jurent représentées devant le rot Henri à Paris en l’hostel de Rheims .. . et au colléce de Boncour (d). Il mourut en 1577, dans sa cinquantièeme année (e).
(a) Teissier, Addit. aux Éloges de M.
de Thou , tom. 1, pag. 468, édit. de 1696. Il cite Le tome VIII de la Cléklie , pag. 859.
(b) Sammarth., Elogiorum. lib. III , pag, -
(c) Pasquier, Becherch. Liv. VII, chap.
VI, pag, 622.
(d) Là même, pag. 618.
(e) Thuan., lib, LXIV , pag, 204.
Il a commenté la seconde par— tie des Amours de Pierre Ronsard *.
* Cet article est si court , dit Joly, qu'il n’ennuiera personne. Bayle aurait dû au moins dire que Belleau faisait partie de la fameuse Pleiade (les autres auteurs étaient Baïf, Ronsard , J. Dorat, Jodelle, Joachim du Bellai, et Ponthus de Thiard). Joly aurait bien voulu savoir si Remi Belleau n’était pas un calviniste couvert; ce qu’on peut croire puisqu'il avait pris plaisir à tourner les prêtres et les moines en ridicule dans son poëme macaronique intitulé : de Bello Huguenotico dictamen metrificum. Un trait de sa comédie {a Reconnue , a rendu encore sa religion suspecte. Mais, ajoute Joly , comme cette pièce n'a été imprimée que huit ans après la mort de l’auteur , ce trait rapporté par Niceron dans le tome XXXI de ses Mémoires pourrait bien avoir été ajouté par quelque calviniste.
(A) Selon Pasquier, Are un autre Anacréon de son siècle.
C'était aussi le sentiment d'André du Chesne. « Le pays du Perche , dit- » il (1), nous a produict ce docte et » gentil poëte entre plusieurs autres, » souz le règne de Henri Il, que je » pense avoir eslé, en matières de » gaietez, un autre Anacréon de nos- » tre siècle ; je dis Remi Belleau, le- » quel voulut imiter Sannasar aux » œuvres dont il nous a fait part.
» Car tout ainsi que Sannasar , Ita- » lien, en son Arcadie, fait parler » des pasteurs en prose, dedans la- » quelle il a placé toute sa poésie » toscane , aussi a fait tout le sem- » blable nostre grand Belleau dans sa » Bergerie. »
(x) Du Chesne, Antiquités des villes de France, pag. 276.
BELLEFOREST (François DE) naquit au mois de novembre 1530, proche de Samatan *, ville du pays de Comminges , dans la Guienne (a). Il n’avait que sept à huit ans lorsque son père mourut : sa mère , qui se trouvait sans bien, fit tout son
* Suivant Belleforest lui-même , tom. III,
pag. 34 de ses Histoires prodigieuses : ce fut
au village de Sarzan , dit Joly.
f (a) La Croix du Maine, Bibliothéque française, pag. 88.
possible pour l’entretenir quelque temps dans les écoles. Il fut nourri quelques années chez la reine de Navarre, sœur de François 1°. Ensuite 1l étudia à Bordeaux, sous Buchanan, Vinet, Salignac, Gelida, et quelques autres savans hommes : puis 1lse transporta à Toulouse, afin d'y étudier en droit; mais son génie l’appliqua à tout autre chose. Il s’amusa à faire des vers français pour plaire aux dames et damotselles, et ayant passé sept ou huït ans parmi les délices de la noblesse, et les bagatelles de la galanterie , 1l s’en alla à Paris, où il écouta les lecons des professeurs, et lia des habitudes étroites avec plusieurs savans personnages, ef s’insinua même dans la connaissance de plusieurs personnes de qualité (b). Tout cela fut un fonds stérile; de sorte que si les libraires ne Iui avaient acheté les productions de sa plume , il n’aurait pas eu du pain à manger. L'étude lui tint lieu de patrimoine, et il fut un de * ces auteurs qui font rouler leur famille sur la pointe de leur plume. Ses meilleurs amis nous ap— prennent qu’avec la bénédiction de Dieu répandue sur le travail de ses mains 1l avait entretenu sa famille à force de faire des livres (A). On s’étonnera moins après cela qu'il en ait fait un si grand nombre (c), et qu'il ait entrepris tant de différentes matieres qui passaient
(b) Du Verdier Vau- Privas, Biblioth.
franc., pag. 366, 367.
(c) Vous en trouverez une longue liste dans la Bibliothéque de la Croix du Maine, et dans celle de du Verdier Vau-Privas. [Il y en a une plusexacle, dit Joly, dans les Mé-
moires de Niceron tom, XI et XX, qui sont de 1730 et 1732.] -
ya