BELLEFOREST
pin , honneur du palais de Paris , et plusieurs autres : il fut caressé des princes , comme aussi aimé de la noblesse , et porté de tous Les vertueux de ce royaume ; mais si bas de fortune, qu'il n'y a eu que le contentement de l’estude qui l'aye nourri, et Le travail de sa main et de son esprit , bénys et soubstenus de grâce divine 5 gui ont porté les affaires de sa maison.
(B) Thevet… s'est vanté publiquement que Belleforest lui fit une réparation. au lit de mort. | Iln’y a rien de plus malhonnête que le procédé de cet homme. Il se fait honneur de l'humilité que son adversaire témoigna envers lui dans le lit de mort, et 1l ne laisse pas de le maltraiter , tout comme il aurait pu faire avant leur réconciliation. Voici comme il parle :
« Îl y en a eu, qui n’estans plus » habiles de sçavoir que Munster, ont » néanmoins osé gratter sur lui , le » refondre de nouveau , qui est le se- » cond chef, sur lequel je fonde le » grief que je prétends à l’encontre » de ceux qui, n’ayans porté leur nez » guères plus loin que les tisons de » leurs foyers , leurs poiles , ou leurs » cahuettes , cependant osent se faire » accroire qu’il n’y a coin , canton, » ni angle de terre , lequel ils n’ayent » fureté ; mais c’est imaginairement.
» Pour couvrir leur par trop présomp- » tueuse entreprise , ils ont, par-ci, » par-là, dérobé ce qu’ils ont peu , et » quelquefois ont voulu estfonçonner » de petits lopins de la suite des dis- » cours qu'ils ont chastré : si bien que » leurs gros bouquins ne sont compo- » sez pour la pluspart que de pièces » rapportées , qui sont de si mauvaise » grâce , qu’à ce que Je puis appren- » se ils ne servent qu’à faire des cor- » nets aux espiciers et beurriers. Ce » que j'en dis ainsi ouvertement est » pour le regret que j'ai que Bellefo- » rest ait assez indiscrétement voulu » rabobliner la Cosmographie de » Munster. Je ne fais pas de doute que » quelques-uns n’estiment que ce que » j'en dis soit pour lui rendre pour » pois fèves , et qu'ayant esté agacé » par lui, je vueille à cette heure des- » charger la fureur de mon courroux » sur lui. Dieu m'en sera à témoin : et » de ma part , quand il m’auroit plus » offensé qu'il n’a , je serois bien fas- » ché de satyriser et mal parler d’un
» mort. Joint qu’à la fin de ses jours, » reconnoissant le tort qu’il scavoit , » d’avoir fait imprimer ces livres, où » contre sa conscience il déchiroit la » renommée des gens de bien , et de » ceux qui lui avoient mis le pain à » la main, il me manda, et en pré- » sence de deux docteurs de la Sor- » bonne , son médecin , et son mar- » chand libraire et imprimeur Ga- » briel Buon , après m'avoir baisé les » mains, Confessa publiquement qu'il » sentoit sa conscience chargée des » biasmes qu'il m’avoit imposés ; par » quoi il me demanda pardon par plu- » sieurs fois. De ma part , je le requis » au mieux qu’il me fut possible , et » lui dis qu’il ne devoit point penser » à cela, attendu que nous estions » tous hommes (2). »
(C).…. La Popelinière dit beaucoup de mal de ces deux auteurs. 1 Je rapporterai un peu au long ce qu’il en a dit, et j'espère que cela ne déplaira point à ceux qui aiment à voir les choses en original , et qui auraient trop de peine à trouver l’auteur que je cite. « Ces deux , ores amis, ores » ennemis , à la poursuite de leurs » vacations, ont autant mal mérité des » bonnes: lettres, qu’ils estoient indi- » gnes de les traicter. Voire aussi des- » pourveuz d'esprit, de jugement, de » mémoire, et de toutes les conditions » qu’un bon naturel y peut appor- » ter, que fournis de hardiesse à mal » interpréter, et pirement escrire, ce » qu'ils n’entendirent jamais. Et pour » ce qu’à l’un quelques mal considé- » rez voyages , et à l’autre une desré-- » glée volonté d’escrire , favorisérent » un peu leurs essais envers le vul- » gaire, qui ne veut etne sauroit pren- » dre le loisir de bien examiner au- » cune chose : ils se licentièrent tel- » lement à chafourrer le papier , que » tous les imprimeurs de Paris, pré- » férans leur mal mesurée capacité » d’esprit à tous ouvrages judicieux , » s’employoient comme à Vl’envi à » les acheter , publier et faire veoir » à tout le monde. Et bien qu'ils » n’eussent jamais esté bien instruits » en leur jeunesse , voire sans au- » cune valable expérience des cho- » ses de ce monde , pauvres d’ail-
(2) Thevet, Éloges des Hommes illustres, tom. VIT, pag. 292, 293, édiion de 167,
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leurs et desnuez de tous les moyens que les plus advisez ont tousjours nommés les ailes de vertu, ces esprits
universels toutesfois ont passé sur
toutes vacations. Il n’y a langue ni science qu'ils n’ayent profanées. Ils ont mesme barbouillé l’histoire particulière , générale et universelle à leur sotte fantasie. Qu’'y feriezvous ? Comme toutes saisons ont certains accidens , qui ne peuvent opérer que mal à tous et nul bien à aucun, desquels mesme on ne peut cognoistre ni rapporter les causes à Ja faute des hommes ; aussi s’est tousjours trouvé et se trouvera pour Jamais certains particuliers en tousestats , lesquels ne pouvans que confondre ou perdre tout , n’entreprennent rien qui ne préjudicie à autruy , et ne profite à un seul. Ces gens sont comme une démangeson , présage d’une maladie à ceux qui en sont tourmentez. Les mains et les esprits frémiroient d’escrire à ceux-Cy : non pour le bien public, ains , pour leur profit particulier , qu'ils entretenoient au misérable travail de leur plume effrénée. Si que je me suis souvent fasché, voiant la France bien pourveue de bons cerveaux , que si foibles esprits, et qui ne se pouvoient recommander que d’un assidu mais doublement infructueux travail , trouvassent qui voulussent perdre le temps à la lecture de leurs ravauderies : encore plus, de recevoir leurs annales, histoires et géographies universelles, imaginées, formées , escloses et publiées en leurs solitaires taniéres.
Ceux qui ne prennent la peine de s'informer des particularitez du monde , et surtout de remarquer le cours et issue des actions privées d’un chacun , ne scauroient croire de combien Belleforestet Thevet ont préjudicié à lajeunesse, et par conséquent à l’estat, interprétans si mal et souvent tout au rebours de bien , infinis passages ; corrompans et falsifians les matières, supposansinfinies choses qu'ils s’estoient ridiculement fantasiez en leur trop mal conditionné cerveau : sans parler d’un million d’autres inepties, dont 1ls sont rapetassé leurs foibles escrits. Aucun des deux Catons n’excuseroit en cela Pelleforest , (encor qu’il se vantast d’a+
4 M \ \ ‘BELLEFOREST.à
» voir autant écrit que saint Augus- » tin,) sila pauvreté le fit parler com- » me ungeay, c’est-à-dire, commeune » beste, Carils’est monstré trop brutal » en toutessortes,versla postérité (3).»
(D) Le Ghilini a commis beaucoup de fautes dans un court éloge de Belle-
forest. ] Ce qu’il a dit de notre Belle-
forest ne contient en tout que vingtdeux lignes. Voici ses erreurs : il prend Comminges pour une ville de Gascogne * ; il affirme que Belleforest publia plusieurs écrits en latin, et entre autres les Annales de France en deux volumes , l'Histoire des neuf rois de France qui ont eu le nom de Charles, \’ Histoire universelle ou l’'Abrégé de la Cosmographie.
Tout cela est faux : ces ouvrages Jà nommément , et tous les autres de cet auteur, sont en français. Le Ghilini ajoute que lon voit de cet écrivain un Catalogue des Hommes illustres qui se sont rendus célèbres dans les couvens tant par leur science que par leurs actions , et l'Histoire des saints Martyrs, en trois’ volumes.
Mais il n’y a nulle apparence que ce Catalogue ait jamais été imprimé. La Croix du Maine ne lavait jamais vu, et il savait seulement que Belleforest en fit mention au feuillet 193 de sa Cosmographie. Du Verdier Vau-Privas, intime ami de Belleforest , ne dit rien de ce Catalogue ; et personne n’ignore que les auteurs renvoient à des cuve qu’ils n’ont pas encore donnés au public. Le même Du Verdier nous apprend que la Pie , Passion et Sépulture de saint Denis aréopagite , et de ses compagnons qui lui Jurent associez au martyre , colligée de divers autheurs, pur feu Jean, docteur en théologie , grand prieur de l'abbaye Saint-Denys en France, et mise en françois par Belleforest, est imprimée au 111°. 1ome de l'Histoire de la vie et mort des saincts (4).Voïlà le beau fondement des trois volumes de l'Histoire des saints martyrs attribuée à
(3) La Popelnière, Histoire des Histoires, pag. 456.
* Leduchat ayant dit que la ville de Comminges était mentionnée par de Thou, Sidoine Apollinaire, Grégoire de Tours, Joly explique que, quoiqu'il y eût un évêque portant le titre d'évêéque de Comminges, ce n’est plus que Le nom d’une contrée : la ville de Comminges ayant été détruite en 585 par Gontrand , roi des Bourguignons.
(4) Du Verdier, pag. 372.
BELLEYA) #
Belleforest par le Ghilini, non pas comme une version , mais comme un ouvrage primitif. Il lui attribue aussi la Ldiclién des œuvres de saint Cyprien. S'il eût consulté Vau Privas, il y eût lu que notre homme ne traduisit que certains traités de saint Cyprien (b),et que toutes les œuvres de ce saint furent traduites par Jacques Tigeou. Enfin le Ghilini est un peu blàmable de n’avoir point su l’an mortuaire de Belleforest , et de lavoir mis environ l'an 1600. Quant aux louanges excessives dont il couronne la mémoire de cet auteur, on pourrait les lui compter pour une faute , s’il n’y avait beaucoup de gens qui ont pu lui servir de guides dans cette prodigalité.
J'en citerai seulement un. C’est un homme de grande lecon , disait René de Lusinge , en parlant de Belleforest, qui n'ignore rien de ce que la vieille antiquité a laissé de confus , dont il esclaircit les passages avec grand soin,
et bon langage (6).
(5) La même, pag. 371, 372.
(6) René de Lusinge, Manière de lire l'Histoire, cité par Mart. Zeillerus, de Histor. chronol. et geograph. , part. IT, pag. 172.
BELLEY, ville de France et la capitale de la province de Bugel, est fort ancienne, puisque le siége épiscopal y est établi dès l'an 412 (a). Consultez le Dictionnaire de Moréri , et ajoutez-y ce qui suit. « Le diocèse de » Belley... a quatre villes , six » gros bourgs, et plus de deux » cents villages en dix lieues d’é- » tendue en diamètre (b).......
» La dignité de prince de l’empi- » re est jointe à celle d’évêque » de Belley , qualité qui fut don- » née par les empereurs à l’ar- » chevêque de Besancon et à » ses trois Comprovinciaux ou » suffragans , Bâle, Lausanne » et Belley ». La souveraineté
(a) Guichenon , histoire de Bresse et Bu gey , contin. de la II. part. , pag. 12.
(b) Jean Pierre Camus, évéque de Belley, pag, 137 de son Anti-Basilic,